LES TERRITOIRES MILITAIRES DE TOMBOUCTOU ET DE OUAGADOUGOU
L'ancienne région nord du Soudan français est devenue en vertu du décret de 1899 le premier territoire militaire ayant Tombouctou pour chef-lieu, et l'ancienne région Est-Macina est devenue le second territoire militaire avec Ouagadougou pour chef-lieu.
Depuis l'occupation de cette ville en 1894, nous avons eu assez fréquemment des conflits avec les tribus nomades et la pacification n'a été achevée que tout récemment. Les tribus, qui continuaient à lancer des rezzous contre les populations soumises ont été successivement pacifiées grâce à l'envoi de nombreuses reconnaissances de cavaliers et de méharistes : peu à peu nous avons fondé aussi le long du fleuve une série de postes échelonnés de Bamba jusqu'à Say et qui ont mis fin aux incursions desTouai^eg sur la rive droite du Niger. Les opérations qui ont amené cette soumission ont été marquées par un regrettable incident, la surprise àRhergo en 1897 d'une reconnaissance commandée par les lieutenants de Chevigné et de la Tour de Saint- Ygest et qui fut massacrée. Les deux régions ont coopéré en 1898-99 à la pacification de la partie septentrionale de la boucle du Niger, et aujourd'hui il ne reste à soumettre que les Touareg Aoulimmiden réfugiés sur la rive gauche du fleuve.
L'affaire de Rhergo avait permis de constater que le rezzou qui surprit la reconnaissance française s'était formé en plein Sahara et que sa formation avait été connue dans le sud algérien. Si des relations directes avaient été établies entre le gouvernement général de l'Algérie et le gouvernement du Soudan, peut-être aurait-on pu prévenir ce rezzou. Ainsi s'est manifestée la nécessité d'une entente entre l'Algérie et le Soudan en ce qui concerne notre politique au Sahara.
,">7(i QUATRIÈME PARTIE CHAPITRE III
Les officiers de Tombouctou ont réussi à diverses reprises à faire parvenir «les correspondances envoyées par caravaniers indigènes à travers le Sahara aux autorités d'Aïn-Sefra. Aussi ils ont étudié un projet de création dune ligne télégraphique transsaharienne destinée à relier le Sud oranais à Tombouctou et qui rendrait nos communications avec l'Afrique occidentale indépendantes du réseau de câbles anglais de la cote d'Afrique. L'itinéraire qui semble devoir prévaloir pour cette ligne n'est point celui qui a été inscrit dans le projet de loi relatif à l'extension des lignes télégraphiques terrestres des colonies de l'Afrique occidentale (1) et qui passe par Tombouctou, Araouan, Ouallen, Taourirt et Timmimoun. Les officiers de la région de Tombouctou ont établi que la traversée du Tanezrouft par cette ligne offrirait des difficultés presque insurmontables et qu'un itinéraire plus pratique partirait de Gao sur le Niger, en aval de Tombouctou, et passerait par Argabesch, l'Adrar du Sud, Kerchouel, Taberrichet, Telaya, Inchouchaïe, Timissao, Inzize et In Salah.
L'Algérie et le Soudan doivent avoir une politique saharienne commune. C'est l'idée que résumait en ces termes le colonel d'artillerie de marine Klobb, lors de son commandement à Tombouctou : « Ici nous ne sommes pas au Soudan des noirs, mais dans' le Sud algérien. »