LE TERRITOIRE MILITAIRE DE ZINDER
Un troisième territoire militaire a été constitué en Afrique occidentale en 1900, celui de Zinder.
La déclaration franco-anglaise du 5 août 1800 avait établi, comme limite méridionale du Sahara français, une ligne tracée de Sav à Barroua, de façon à laisser à l'Angleterre « ce qui dépend équitablement de l'empire du Sokoto ». Cette ligne avait été déjà parcourue par le colonel Monteil qui, en avril 18(.):2, atteignit le lac Tchad par Say, Sokoto, Kano, le Bornou et Kouka, d'où il prit la route du Nord pour rentrer par le Sahara et la Tripolitaine.
Une nouvelle mission française pénétra dans cette région en IS'.IS, la mission Cazemajou, constituée par le Comité de l'Afrique
(1) Rapport de M. Maurice Ordinaire, Chambre des Députés, 1900, n" 1727.
française. Le capitaine du génie Cazemajou, parti de Sav avec l'interprète Olive et quelques tirailleurs, reconnut la fausseté de la légende suivant laquelle des survivants de la mission Flatters auraient été gardés prisonniers dans cette région et arriva à la fin d'avril 1898 à Zinder. Son but était d'atteindre le lac Tchad et d'arrêter une ligne politique à suivre avec Rabah, le chef noir qui venait de conquérir une grande partie du Soudan central. Malheureusement Cazemajou et son interprète furent assassinés le 5 mai à Zinder sur l'ordre du serkv Ahmadou.
En 189'.,), une autre mission française, la mission de l'Afrique centrale (mission Voulet-Chanoine), arrivait dans la région de Zinder dans le but de reconnaître la nouvelle ligne déterminée par la convention franco-anglaise du 14 juin 1898 et de donner la main à la mission Foureau-Lamy, partie de l'Algérie à travers le Sahara et k la mission qui descendait le Chari sous les ordres de M. Gentil. De tristes événements compromirent le succès de cette mission : le colonel Klobb, envoyé avec la mission de faire une enquête sur des accusations portées contre les chefs de la mission, fut assassiné à Maijirgui, le 14 juillet 1899, sur les ordres du capitaine Voulet, et celui-ci, ainsi que son second, le capitaine Chanoine, furent tués à leur tour par leurs tirailleurs révoltés. Les autres officiers, reprenant la marche, arrivèrent le 30 juillet à Zinder après avoir battu le sultan à Tyrmcni. Bientôt le lieutenant Pallier, qui avait pris le commandement de la mission, estimant qu'il ne pouvait continuer la route vers l'Est, reprit la routt, du Soudan avec 300 hommes. Le lieutenant d'artillerie coloniale Joalland resta comme résident à Zinder avec le lieutenant d'infanterie coloniale Meynier, qui accompagnait le colonel Klobb et qui avait été blessé auprès de lui et il acheva la pacification du pays qui fut complète le 15 septembre après la mort du serky de Zinder Ahmadou, l'assassin de Cazemajou, tué dans une action d'avant-garde. Le lieutenant Joalland, en vertu des instructions données au colonel Klobb disant que la jonction avec la mission Foureau-Lamy n'était pas le principal objectif et qu'il y avait au contraire un intérêt national à arriver le plus tôt possible sur le Tchad, crut de son devoir de reprendre la marche vers l'Est. Le 3 octobre, il quittait Zinder avec le lieutenant Meynier, 130 tirailleurs montés à méhari, quelques spahis et canonniers et un canon. Le 23 octobre, après avoir parcouru, en triomphant des difficultés dues à la rareté des puits, 525 kilomètres en 21 jours, Los Colonies, vol. I. 37
dont 12o en 38 heures sans eau, il atteignit le Tchad à Nguiffmi, le contourna par le nord, traversa le Kanem où il établit l'influence française, comme on le verra plus loin, et se relia le 9 décembre 1899 avec la mission du Chari qui opérait dans le Baguirmi contre llabah.
En novembre 1899 arriva à Zinder, où le lieutenant Joalland avait laissé cent hommes sous le commandement de l'adjudant Bouthel, la mission saharienne (mission Foureau-Lamv). Nous avons indiqué plus haut la marche de cette mission dans l'Extrème- Siid algérien. Elle se composait de cinq membres civils : MM. Fourcau, chef de mission, Dorian, député de la Loire, Villatte, Leroy et Du Passage, de onze officiers, le chef de bataillon Lamv, le capitaine Reibell, les lieutenants Rondeney, Métois, Verlet, Britsch et Oudjari, des tirailleurs algériens, le lieutenant de Chambrun, de l'artillerie coloniale, le lieutenant de Thézillat, des spahis sahariens, et les Drs Fournial et Haller et de 280 hommes. Partie de Sedrata le 23 octobre 1898, la mission, escortée et ravitaillée par le goum du capitaine Pein, arriva, le 1er février 1899, à In Azaoua, près de l'ancien puits d'Asiou, après avoir visité dans une reconnaissance le puits de Tadjenout, où avaient été massacrés le colonel Flatters et ses compagnons. D'In Azaoua à Zinder, elle mit près de dix mois. Le 24 février, elle arriva à Iferouane, le premier village de l'Air. La difficulté d'obtenir des animaux de transport allait ralentir sa marche. Les indigènes se montraient indifférents ou hostiles et le 12 mars on dut repousser l'attaque d'une bande de 500 Touareg. Après. un séjour forcé de trois mois à Iferouane, la mission arriva le 26 mai à Aguellal et fit autour de ce point diverses reconnaissances, dont l'une, celle du 14 juin, fut assaillie à Guettara par un parti de 800 Touareg que le commandant Lamy dispersa en ne perdant qu'un homme. La mission, perdant toujours ses animaux de bât sans pouvoir les remplacer, atteignit enfin, le 28 juillet, Agadès, la capitale de l'Air, dont le sultan accepta le protectorat français. Ce "sultan n'est d'ailleurs maître que de la ville et les Kel- Oui sont partagés entre plusieurs chefs. Aussi la mission dut se* remettre en route pour Zinder avec ses propres moyens. Elle fit une première marche effroyable dans le désert jusqu'aux puits d'Irhaiène, trompée par son guide qui la dirigeait vers le nord. Elle revint donc à Agadès et, devant l'indolence des autorités, elle occupa les puits alimentant la ville pour obtenir les chameaux et
les ânes qui lui étaient nécessaires. Enfin le 17 octobre 1899, sous la conduite du Vizir Mili-Menzou, elle quitta Agadès, traversa les régions de l'Azaouakh, du Tagama et du Damergou et parvint en novembre à Zinder.
Elle y resta jusqu'au 26 décembre. Pendant ce temps, le commandant Lamy soumit la région de Tessaoua et recueillit un tribut de chevaux et de chameaux. Le gouvernement ayant autorisé la mission à continuer sa route vers le Tchad, M. Foureau et ses compagnons, sauf MM. Dorian et Leroy, qui devaient rentrer par Say, se dirigèrent vers l'est, mais par une route plus méridionale que celle de la mission Joalland. Ils suivirent la vallée du Komadougou, pénétrèrent dans le Bornou, assistèrent à l'investiture de Ahmar Scinda comme sultan du Bornou et, à travers le pays ravagé par l'incursion de Babah, contournèrent le nord du Tchad, atteignirent Nguigmi le 5 février 1900, longèrent la côte orientale du Tchad à travers le Kanem, rencontrèrent la mission Joalland à Debenenki le 18 février et allèrent au Chari pour prendre part aux opérations contre Babah dont nous parlerons plus loin.
Après la défaite de Babah, le capitaine Joalland revint à Zinder, mais en passant par la rive méridionale du Tchad, à travers le Bornou. De retour à Zinder le 10 juillet 1900, il fit une tournée dans la province et fut relevé le 3 octobre par le capitaine Moll.
Un arrêté du gouverneur général, en date du 25 juillet 1900, avait constitué la région de Zinder en un territoire militaire qui fut confié au lieutenant-colonel Péroz, de l'infanterie de marine. Ce dernier concentra sa colonne à Sorbo-Haoussa, port situé sur le Niger en amont de Say. Il s'attacha d'abord à organiser la partie occidentale du territoire, le V formé par le Niger et le Dallol Maouri, et ses officiers en quelques mois parcoururent tout le pays, soumettant de nombreux villages et couvrant le pays de reconnaissances sans tirer un coup de fusil. Puis il se mit en route pour Zinder qu'il atteignit le 20 avril 1901, après des fatigues de toutes sortes causées par la rareté des puits et l'hostilité des Touareg Kel Grcss. L'arc de cercle de 166 kil. tiré au nord de Sokoto rejette au nord en plein désert la route française de Say à Zinder et, bien que le colonel Péroz et le commandant Gouraud aient pu trouver une route pour lem\s convois, il semble difficile que nos colonnes et nos renvois suivent régulièrement celte route pénible. Aussi on a agité la question d'une modification à la ligne frontière déter-
minée par la convention de 1898, de façon que nous puissions accéder plus facilement à Zinder qui sera un de nos grands ports sahariens du sud et par où nous tiendrons tout le Sahara méridional. Dès son arrivée à Zinder, le colonel Péroz a pu se mettre en relations par des courriers avec les officiers du territoire du Ghari et en continuant l'occupation de son territoire, il pourra ainsi réaliser d'une façon définitive l'union de l'Afrique occidentale et de l'Oubangui.
4° dans le sud soudanais
Enfin il faut citer une autre région de l'Afrique occidentale où l'œuvre d'exploration et d'expansion n'est point terminée : c'est l' arrière-pays de la Côte d'Ivoire, et notamment la partie voisine du Haut-Libéria où ont opéré les missions Blondiaux et Woelffcl et qu'a traversée la mission Hostains-d'Ollone (région du Haut- Cavally) sans y rencontrer la moindre trace d'influence libérienne.
Cette dernière mission a rectifié nos connaissances sur le cours du Cavally et établi que ce fleuve, dont le bassin nous appartient, fait une boucle dans l'arrière-pays du Libéria. La France devra occuper cette région et ce sera pour elle le moyen de surveiller les événements de cette république noire en décadence où le Gouvernement libérien n'a aucune autorité réelle et que l'Angleterre, l'Allemagne et même les Etats-Unis songent à faire entrer dans leur zone d'influence.
Des explorations vont être faites également dans la rivière Sassandra où l'administrateur Thomann a fait déjà des reconnaissances et où il a été envové en mission en octobre 1901.