III. ORGANISATION ET DÉVELOPPEMENT COMMERCIAL
Le décret du 11 décembre 1888 avait réuni le Gabon et le Congo français et depuis lors ces deux possessions n'ont formé qu'une seule colonie. Son administration a été réorganisée par un décret du 28 septembre 1897 qui a placé les territoires du Congo français, y compris la région de l'Oubangui, sous l'autorité du commissaire général du gouvernement avant sous ses ordres un lieutenant-gouverneur du Contro français et un lieutenant-gouverneur de l'Oubangui. Le commissaire général a aussi sous ses ordres le coin mis-
ti.'ili QUATRIÈME PARTIE CHAPITRE IV
saire du gouvernement au < Ihari, mais le décret du 5 septembre 1900, qui a créé le c< territoire militaire des pays et protectorats du Tchad », a rendu autonome le budget de cette circonscription qui est toutefois soumis à l'approbation du commissaire général ; le môme décret a supprimé le budget particulier de l'Oubangui, bien que cette région, sous la direction de l'administrateur Bobiehon ait pris un grand développement en 1900-1901.
Uri projet tend à séparer de nouveau l'ancien Gabon et le Congo. Les partisans de cette « dislocation » (1) font valoir que les dépenses dans la région du nord de la colonie ont absorbé les revenus particuliers du Gabon, et que cette dernière région demeure ainsi stationnante, sans travaux publics; que le Gabon est soumis au tarif général des douanes, tandis que le Congo est soumis aux fluctuations du régime prescrit par l'acte de Bruxelles pour le bassin conventionnel ; et qu'au surplus, les populations à administrer dans les deux régions sont absolument différentes. Ils concluent à la suppression du commissariat général, à la séparation du Congo et du Gabon avec deux gouvernements distincts et à la création d'un budget spécial de pénétration.
Le mouvement commercial subit au Congo une progression constante. En 1894 la colonie faisait 4 millions 1/2 d'importations, dont 1,100,000 francs de France et 6 millions d'exportations, dont 1 million 1/2 pour France. En 1899, elle a fait 0,600,000 fr. d'importations, dont 2 millions 1/2 de France et un chiffre presque égal d'exportations, dont 1,600,000 fr. pour France. Dans le chiffre total des exportations, l'ivoire entre pour 1,878,000 fr., le caoutchouc, pour 3 millions et les bois pour 1,150,000 fr. Le chiffre total du commerce de 1900 a été de plus de 18 millions, dont 10 millions 1 2 d'importations.
La mise en valeur du Conço français a donné lieu en 1899 à un important mouvement de colonisation et à l'octroi de nombreuses concessions territoriales. Un décret du 28 mars 1899 a déterminé le régime de la propriété foncière fondé par application du système Torrens : la base du régime appliqué au Congo est l'immatriculation des immeubles sur les registres d'un conservateur de la propriété foncière résidant à Libreville. Une série de décrets publiés en
(1) Rapporl de .M. Guynet, délégué du Congo, Bulletin du Comité de l'Afrique, 1900, y. 253.
1899 et en 1900 a accordé à des concessionnaires des concessions territoriales d'une assez grande étendue : le cahier des charges joint aux décrets de concession exige des concessionnaires la constitution d'une société anomyne, le versement d'une redevance annuelle, une contribution aux frais d'installation de nouveaux postes de douane, l'entretien d'un certain nombre de bateaux à vapeur, le versement à la colonie d'une part de bénéfices. La plus grande partie des terres domaniales ont été ainsi concédées et réparties entre une cinquantaine de sociétés qui à ce jour ne paraissent pas avoir réussi en grand nombre; quelques-unes ont eu avec des maisons anglaises antérieurement établies des difficultés qui se sont traduites en 1900 par une intervention diplomatique du gouvernement anglais. D'autres ont éprouvé des difficultés considérables pour engager leurs opérations. On a môme parlé de crise du Congo » et il semble que quelques concessions seulement pourront se maintenir et prospérer.
Le Congo français manque de travaux publics, et plus particulièrement de voies de communication. Les seuls moyens de transport en usage sont le portage à dos d'homme et le batelage sur les cours d'eau. Pendant longtemps l'unique voie d'accès à Brazzaville était la piste non carrossable de Loango à Brazzaville à travers la forêt du Maymbe et au milieu de populations souvent hostiles. Un projet de voie ferrée a été étudié en 1894 entre Loango et Brazzaville. Mais il a été abandonné, et actuellement la colonie et le commerce empruntent la voie du chemin de fer belge qui part de Matadi, contourne l'escalier du Congo sur une longueur de 400 kilomètres et aboutit à Léopoldville ; il a été construit de mars 1890 à juillet 1898. Un projet français a été étudié en 1898-99 de la Sangha à Libreville par la mission Fourneau-Fondère.
Ajoutons que l'Etat Indépendant du Congo a commencé les études d'une voie ferrée allant de l'Oubangui au Nil.
La navigation sur le Congo et ses affluents a été jusqu'en 1900 le monopole d'une société congolaise et d'une société hollandaise. Lesnouveaux concessionnaires du Congo doivent lancer des bateaux sur le fleuve et quelques-uns, réunissant leurs obligations respectives, ont fondé des compagnies de navigation fluviale.
De nombreuses reconnaissances ont été faites en 1900 parles officiers de la mission du commandant Gendron.
Les Colonies, vol. I. 42