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II. SITUATION DE LA BANQUE DE LA REUNION AU 3 0 JUIN

Extrait du rapport présenté à V Empereur le 4 août 1865 ; — Moniteur du \% novembre 1865.

Actif.

Numéraire en caisse 3,430,856 fr. 63 c.

f Effets sur place à deux

signatures 5,255,084 fr. 95

Effets garantis par les actions de la banque 93,000 » }... 8,065,518 95

Obligations pour prêts

cl sur récoltes 2,429,480 :

°* ! Prêts sur marchan-

\ dises 287,954

Inscriptions de rentes sur l'Etat (représentatives du

capital social) 3,000,000 »

Inscriptions de rentes de La réserve (3 p. 100) 818,681 75

Immeubles de la réserve 374,003 4 4

Agence centrale 5,3!)0 16

Divers 5,373 27

Jetons de présence 1,196 »

Valeurs mobilières 8,075 40

Dépenses d'administration 36,181 97

Total de l'actif 15,745,277 fr. 57 c.

Passif.

Passif / Billets en circulation. >

euï" — f « porteur.. . . ^640^475 > e5g 7 33

gible i —A ordre 1,307 80 i ' '

(1). \ Comptes courants.. 7,939 53 )

Capital social 3,000,000 »

Fonds de réserve 1,285,445 29

Mandats sur France 714,658 64

Caisse des dépôts et consignations 625,165 31

Divers 17,624 77

Dividendes. Arriérés 31,192 fr. 61 } ,R .__ 7g

— Au 31 décembre 1863. 17,293 15) '

Résidu. Première répartition. ... 470 94 » fl.

— complémentaire 5,993 15 ( ,4b* J

Réescompte 34,239 50

Profits et pertes. Intérêts, escomptes, primes et 1

commissions. 269,212 fr. 38 I 354,471 88

— Arrérages 85,259 50 )

Total du passif 15,745,277 fr. 57 c.

Solde net du compte de profits et pertes, déduction faite des dépenses d'administration 318,289 91

III. LES OURAGANS DANS LA MER DES INDES. (Extrait de la Science populaire, 3e année, par M. J. Rambosson.)

Pendant mon voyage dans l'Océan et la mer des Indes, j'ai pu observer au moins une dizaine de ces terribles ouragans qui portent la désolation sur leur passage; j'ai recueilli nombre de renseignements de la part de capitaines expérimentés, d'anciens créoles, et, par-dessus tout, j'ai pu profiter des travaux et de l'expérience de M. Bridet, capitaine de port à l'île de la Réunion, savant aussi actif qu'intelligent. J'ai eu l'avantage de publier ses travaux dans mon établissement typographique de la colonie. Outre mes observations personnelles, telles sont les sources abondantes qui ont été mises à ma disposition....

Rien de plus grandiose, de plus effrayant que ces ouragans. Lorsque l'hivernage est arrivé, c'est-à-dire les plus brûlants de ces climats, et qu'un calme sinistre et inaccoutumé se répand dans la nature, chacun consulte le ciel, cherche à lire dans la forme et la direction des nuages, observe le vol des oiseaux et interroge le baromètre. Ces indications ne trompent guère, et on n'est nullement étonné alors de voir bientôt le ciel se couvrir de

(1) En vertu du décret du 15 avril 1863, la banque peut élever le chiffre de son passif exigible jusqu'à 10,125,000 francs.

(2) Ce mémoire a été lu par l'auteur, à l'Institut (Académie des sciences) et inséré, en partie, dans les Comptes rendus, n° 18, 2 mai 1864.

nuages fauves qui portent avec eux la terreur, prophétie éloquente du bouleversement prochain. La voix du canon ne tarde pas à donner aux navires le signal d'appareiller et de s'éloigner des côtes hospitalières, qui ne seraient bientôt pour eux que le récif de leur naufrage.

Chacun est dans une attente pleine d'inquiétude; tous s'interrogent d'un triste regard et se communiquent leurs funèbres pressentiments. Dans toutes les habitations les ordres sont donnés, les précautions les plus minutieuses sont prises, les troupeaux sont rentrés du labeur, les fruits sont abrités, les portes et les fenêtres sont doublées de larges planches et consolidées par de fortes barres pour résister aux fureurs de l'ouragan qui, sans cela, les ferait voler en éclats. En plein jour, il fait donc nuit dans les maisons et on travaille aux lumières artificielles, en attendant le dénoûment des convulsions de la nature qui s'approchent. Je ne me rappelle qu'avec effroi ces moments de deuil anticipé qui précèdent ces scènes terribles.

Enfin, un point s'éclaircit dans le sombre horizon; c'est le cratère qui indique la venue et la direction du sinistre : le signal est donné ; en un clin d'oeil la nature est bouleversée.

Un souffle violent bat la mer, et l'eau est balayée en poussière, les arbres crient et se brisent, les champs de cannes sont renversés, emportés, et les constructions écroulées ; au bout de quelques heures succède à la végétation la plus luxuriante la plus vaste désolation.

Dans ces affreux moments, nous avons vu de fiers créoles verser des larmes, non pas pour la perte qu'ils venaient de faire, mais sous l'émotion inexprimable que leur faisait éprouver le changement qui venait de s'opérer à vue d'œil, et qui avait imprimé aux campagnes les plus fortunées, le plus lugubre aspect.

Ce n'est que quelques jours après le sinistre que l'horizon revêt tous ses crêpes de deuil. Les branches et les feuillages restés sur les troncs solides, mais qui ont été froissés par l'ouragan, jaunissent et donnent aux sites enchanteurs qui rappelaient les jardins d'Armide, un aspect d'automne et de mort auquel le regard du créole n'est pas fait.

Pendant ces crises gigantesques, la mer est tellement brassée que son écume est transportée à plus de trois quarts de lieue dans les terres. On ne voit plus le vaste Océan : ses eaux sont

réduites en poussière que le tourbillon emporte avec lui ; mais on entend sa voix terrible comme son immensité, la vague qui déferle, lescailloux et les rocs quiseheurtent, un bruit semblable à celui des flammes qui sortiraient de la gueule d'un four vaste comme les flancs de l'abîme. On dirait que l'on se trouve au milieu du chaos que fécondait l'esprit de Dieu au commencement des jours.

Dans la touchante histoire de Paul et Virginie, Bernardin de Saint-Pierre a décrit d'un pinceau de maître un de ces horribles ouragans.

Entrons maintenant dans les détails scientifiques de ce météore dévastateur.

La théorie des ouragans que nous allons exposer n'est pas le résultat d'études ou de calculs compliqués, mais bien le fruit de conclusions tirées défaits recueillis dans des milliers de journaux de bord...

L'examen des journaux de bord et l'étude d'un grand nombre d'ouragans ont permis de constater que ces phénomènes obéissent à deux mouvements bien distincts : un mouvement de rotation et un mouvement de translation. Les directions des vents autour du point central se sont toujours trouvées orientées de la même manière par rapport à ce point central et par rapport aux points cardinaux du monde, et on a toujours vu le mouvement de translation entraîner l'ouragan dans une direction presque constamment la même.

On a donc conclu avec raison que les ouragans obéissent à des influences presque invariables qui ont conduit à formuler la loi des tempêtes, loi générale pour les deux hémisphères, et se réduisant aux deux principes suivants :

1° Les ouragans sont des tourbillons de plus ou moins grand diamètre, dans lesquels la force du vent augmente de tous les points de la circonférence jusqu'au centre où règne un calme d'une étendue et d'une durée variables ;

2° Ces tourbillons suivent une direction variable pour chaque hémisphère, mais à peu près constante dans chacun d'eux.

« Les ouragans ne sont que de vastes trombes, dont le diamètre considérable n'avait pas permis, jusqu'à ces derniers temps, d'apercevoir l'ensemble.

Les lois que nous venons d'énoncer sont générales pour les deux hémisphères, c'est-à-dire que, dans chacun d'eux, les ou-

ragans sont animés d'un double mouvement de rotation et de translation. Mais le mouvement de rotation ne se fait pas dans le même sens, et le mouvement de translation ne s'opère pas dans la même direction pour l'un et l'autre hémisphère.

1° Dans l'hémisphère sud, le mouvement de rotation se fait de telle manière, que tous les points situés au nord du centre éprouvent des vents d'ouest; tous ceux placés à l'est du centre éprouvent des vents du nord; tous ceux au sud du centre ont des vents d'est ; et, enfin, les poinls qui se trouvent à l'ouest du centre subissent des vents du sud, etc. Les autres directions des vents se rencontrent dans des positions intermédiaires à celles-ci. (V. dans la Science populaire la planche annexée, fig. 1.)

2° Le tourbillon, une fois formé, se met en marche, de son point d'origine, vers l'ouest-sud-ouest ouïe sud-ouest du monde, continuant dans cette direction jusqu'à ce qu'il ait atteint une certaine latitude; il descend ensuite vers le sud du monde pendant quelque temps pour prendre enfin sa direction vers l'estsud-est ou sud-est, se mouvant ainsi suivant une parabole dont les deux branches s'écartent plus ou moins l'une de l'autre (V. id., fig. 2).

Les ouragans prennent généralement naissance par une latitude de 5 à 10 degrés : le mouvement vers l'ouest-sud-ouest ou sud-ouest dans la première branche s'accomplit ordinairement jusque par la latitude de 20 ou 25 degrés.

Le mouvement vers le sud n'occupe guère plus de 2 à 3 degrés de latitude, et c'est, dans la plupart des cas, entre les latitudes de 30 à 35 degrés que l'on rencontre la deuxième branche parcourue par l'ouragan...

Une remarque très-importante à faire, c'est que l'un des demi-cercles de l'ouragan est plus dangereux que l'autre, parce que le vent y est animé d'une plus grande vitesse.

Il est facile, en eliet, de s'apercevoir que, lorsque la direction des vents produite par le mouvement de rotation se trouve dans le même sens que le mouvement de translation, la force du vent doit être augmentée de cette vitesse de translation, et diminuée de cette même vitesse en sens contraire.

Mettons, par exemple, que le mouvement de translation d'un ouragan soit de 10 milles à l'heure, et la vitesse du vent de 80,000 milles. Si un navire quelconque se trouve sur son passage de telle manière que les vents soufflent sur lui dans la même direc-

tion que se trouve le mouvement de translation, ils souffleront avec une vitesse de 90 milles, tandis que si un autre navire se trouvait en même temps et à la même distance du centre, mais dans le sens opposé, c'est-à-dire de manière que les vents soufflassent sur lui dans une direction opposée au mouvement de translation, il n'aurait à supporter qu'un effort de 70 milles ; soit une différence de 20 milles ou un peu plus d'un cinquième.

Il en est de même pour tous les points situés dans la même position que les navires, par rapport à la ligne décrite par le centre; il en résulte que l'on a donné le nom de demi-cercle dangereux à celui dans lequel le vent souffle avec le plus de violence, et de demi-cercle maniable à l'autre, et cela à cause de la facilité de manœuvres que les navires y rencontrent (V. td.t fig. 2, nos 1, 2 et 3)

Il est enfin à remarquer que, suivant la branche de la parabole où se trouve l'ouragan, le demi-cercle dangereux occupe soit la partie est ou la partie nord de l'ouragan.

Le but que s'est proposé M. Bridet, dans son excellent travail, regarde exclusivement l'hémisphère sud ; cependant il est facile de faire l'application de ces données à l'hémisphère nord ; il n'y a que les termes à changer.

Voici succinctement ce que nous enseigne l'étude de la première partie de la parabole, suivie par les ouragans tropicaux dans les mers du sud :

1° Le vent est d'autant plus violent que l'on se rapproche plus du centre d'un ouragan, où règne un calme d'une plus ou moins grande étendue;

2° Le baromètre baisse d'autant plus que l'on, se trouve plus rapproché de ce point central, où il atteint son minimum de hauteur pour remonter ensuite à mesure que l'on s'en éloigne ;

3° Sur la trajectoire ou ligne de parcours d'un ouragan , le vent ne souffle que de deux directions complètement opposées, sud-est et nord-ouest; la saute du vent, cap pour cap, n'ayant lieu qu'après un intervalle de calme d'une durée variable;

4° Pour les navires qui passent au sud d'un ouragan, et qui se trouvent dans la partie que nous appelons dangereuse, le vent tourne sur la rose des vents de gauche à droite : sud-est, nord-est, nord, c'est-à-dire en sens inverse du mouvement ordinaire des aiguilles d'une montre;

5° Les navires qui passent, au contraire, au nord d'un oura-

gan, dans la zone que nous avons appelée maniable, voient les vents se succéder du sud-sud-est au sud, sud-ouest, ouest et nordouest, c'est-à-dire de droite à gauche sur la rose des vents, ou mieux encore dans le sens du mouvement ordinaire des aiguilles d'une montre ;

6° Dans ces trois positions que peut occuper un navire , le vent souffle en augmentant de violence jusqu'au centre, ou jusqu'au point qui en est le plus rapproché, et la durée du temps pendant lequel la force du vent va en croissant est presque toujours plus grande que celle qui est marquée par une diminution progressive de la violence des rafales.

Au milieu du calme qui se trouve au centre de l'ouragan, le ciel se dégage, la pluie cesse, et les apparences du beau temps sont quelquefois assez manifestes pour que l'on puisse croire que tout danger a disparu.

L'intensité de l'ouragan est d'autant plus grande, que l'on se rapproche plus du centre; il en est de même de sa durée, puisque le navire, qui passe par le centre, traverse le phénomène suivant un diamètre, tandis que clans toutes les autres positions il la coupera suivant une ligne d'autant moins grande, qu'il sera plus éloigné du point central; c'est ainsi que le même météore, quelle que soit sa violence, peut offrir cette particularité d'être ouragan pour l'un, coup de vent pour l'autre, et simple bourrasque pour un troisième.

Il suit de là tout naturellement que la position la plus fâcheuse pour un navire ou un pays, est celle où ils passent par le centre d'un ouragan, et c'est à s'en éloigner que doivent tendre tous les efforts d'un capitaine

La science est arrivée au point de se jouer impunément avec un navire, au milieu de ces phénomènes terribles, sans l'exposer à de sérieuses avaries.

Pour un bâtiment à vapeur, toujours maître de sa manœuvre par le moteur qui lui permet de se placer là où le capitaine l'ordonne, à un moment donné, ajoute avec raison M. Bridet, il n'est plus d'ouragan possible. Sans doute qu'il peut être enveloppé dans le tourbillon et y rencontrer de violentes bourrasques, mais plus de ces rafales terribles, plus de ces sautes de vent qui exposent le bâtiment et les hommes qui le montent à une perte presque certaine.

Pour un capitaine instruit , un ouragan n'est plus qu'une trombe ordinaire autour de laquelle il circule, s'en écartant ou s'en rapprochant, selon que cela lui est utile.

Par lui tout est prévu; il sait d'avance quelle variation le vent doit présenter, quelle sera la violence des rafales, et il est parfaitement sûr de n'être jamais fatalement entraîné au milieu de ce centre si dangereux, toujours la cause de désastres inévitables, qui peuvent amener la destruction du bâtiment.

Non-seulement le bâtiment à vapeur n'a rien à craindre de ces ouragans jusqu'ici si redoutés, mais ils deviennent, au contraire, pour lui, un auxiliaire important.

Méprisant leur fureur, un capitaine peut aller chercher des vents favorables à sa route, et, s'il ne lui est pas possible d'anéantir la puissance dévastatrice qui le menace,, du moins peut-il, en contournant cet ennemi redoutable, en faire servir la violence à le conduire au point de destination qui lui est assigné.

Un navire à voiles n'est pas aussi libre dans ses mouvements.

N'ayant pas de force motrice à sa disposition, le capitaine qui le commande peut être surpris par des calmes avant la venue de la tempête, et se trouver ainsi obligé de subir le cyclone auquel rien n'a pu le soustraire ; il ne lui est pas toujours possible de se transporter là où il sait trouver des vents favorables à sa route; la cape est souvent sa seule ressource, mais la science est assez avancée pour qu'il soit assuré, s'il est fidèle à ses indications, d'épargner à son navire les avaries désastreuses qui ont trop souvent jusqu'ici affligé la grande famille maritime.

On est parvenu à connaître dans leurs plus petits détails, nonseulement les lois des ouragans, les manœuvres que doivent exécuter les navires pour éviter leurs effets désastreux, mais aussi les causes de ces lois et des signes qui accompagnent ou suivent ces terribles phénomènes

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