‹ Les colonies françaisesChapitre 227 sur 315 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Coup d’œil historique.

La Basse-Cochinchine ou pays de Gia-Dinh représente un vaste rectangle formé par la pointe de terre qui termine au sud le royaume d’Annam.

Elle est située entre les 103 et 105® 11' de longitude E. et les 10® 5' et 11® 30' lat. N.

Elle secompose de six provinces. Le traité de Saigon, du 5 juin 1862, en a attribué trois à la France : celles de Bien-Hoa, de Gia-Dinh ou Saigon, et de Dinh-Tuong ou Mitho. — Ces trois provinces, aujourd’hui à la France, ont une superficie totale de 22,380 kilomètres carrés (1), dont 5,700 pour la province de Saigon.

Saigon se trouve par 104® 21' 43" longitude E. et 10° 46' 40" lat. N.

La nation annamite, disent les Notices du Ministère de la marine, d’abord gouvernée directement par la Chine au dixième siècle de notre ère, ensuite par deux maisons indigènes, Ly et Tran, sous le protectorat du Grand-Empire, ne s’affranchit de la domination chinoise qu’au commencement du quinzième siècle. Ce fut Nguyen-Tiên, l’ancêtre des rois actuels, qui opéra cette révolution en 1428, et qui parvint à placer sur le trône Lô-Loi,. descendant du grand homme Lé-dai-hanh, dontLy avait usurpé le trône au dixième siècle.

(1) C’est à peu près 6 fois et demie la surface de la Guadeloupe, 23 fois celle de la Martinique, 10 fois celle de la Réunion, 4 fois et demie celle de la Guyane, 1/23® de la France, 3 1 /2 départements français. -- Elle égale celle de la Nouvelle-Calédonie.

S/tOUjlO

COCHINCHINE

Le pays, alors habité par la nation annamite, n’était autre que le Tong-King ; il s’étendait dans le sud jusqu’à la chaîne de montagnes située au nord des provinces actuelles de Hué. Tout le pays au sud de ces montagnes jusqu’au Cambodge appartenait à ia nation Tsiampoise.

Nguyen-Tiên et ses descendants, sortes de maires du palais, gouvernèrent effectivement le pays au nom des Lè, sous le titre de Chuà (seigneurs).

Vers le milieu du seizième siècle, on vit un des descendants de ces Nguyen, Taoi-Gong, s’établir dans les plaines et les montagnes de Hué avec une émigration de mandarins mécontents, de soldats réfractaires et de gens du peuple fuyant la misère et la famine. Son père l’avait déshérité en donnant la seigneurie de Chuà à un de ses employés, nommé Trinh, auquel il avait marié sa fille.

Il se forma alors deux vice-royautés : celle des Trinh au N. et celle des Nguyen au S. des montagnes de Hué.

En 1570, Taoi-Gong se déclara roi sous le nom de Tien-Nguyen, pendant que la dynastie des Lé, ses ancêtres, continuait à régner au Tong-King.

Tien-Nguyen fi^ avec succès la guerre aux Tsiampois qu’il refoula peu à peu dans le Sud, commençant ainsi l’absorption de la Basse- Gochinchine par la nation annamite.

Yers la fin du dix-septième siècle, les Tsiampois avaient perdu leur nationalité.

En 1658, le roi de Cambodge, qui avait envahi les frontières des Annamites, fut battu par ceux-ci et fait prisonnier. Il ne recouvra la liberté qu’à la condition de demeurer à jamais vassal du royaume d’Annam.

Après le renversement de la dynastie des Ming en Chine, le général en chef chinois de la province de Canton, Diung-Ngan- Nghich, se rendit à Tourane avec 3,000 hommes et 50 ou 60 jonques, pour demander des terres au roi d’Annam. Celui-ci leur désignale pays de Gia-Dinh, où existaient des terres considérables dépendant du Cambodge, et dont le gouvernement annamite ne s’était pas encore emparé. — Il se débarrassait de la sorte de gens trop hardis pour ne pas devenir bientôt dangereux et en faisait en même temps les avant-coureurs de ses prôjets de conquête sur le Cambodge.

Les Chinois entrèrent donc en Basse-Gochinchine et s’établi-

rent à Bien-Hoa et à Mi-Tho, sans opposition de la part du roi du Cambodge, trop faible pour résister à une invasion derrière laquelle il entrevoyait une guerre avec son redoutable voisin (1680).

En 1689, invasion annanfite. Le roi du Cambodge, qui résidait encore à Saigon, est battu et forcé de se réfugiera Houdon, abandonnant aux envahisseurs toute la partie du royaume du Cambodge qui forme aujourd’hui la Basse-Cochinchine.

Les Annamites poussent, en 171b, leur conquête jusqu’à Ha- Thien, puis jusqu’à Vinh-Long (1733), enfin jusqu’à Chau-Doc (1765). — Saigon devient la résidence du gouverneur général ou vice-roi de la Basse-Cochinchine.

On s’occupe de la colonisation du pays ; on y introduit une population nombreuse, composée principalement d’agriculteurs; on l’attache au sol, aux dépens des indigènes, par des concessions de terres.

En 1772, la guerre éclata entre les royaumes d’Annam et de Siam. — Une armée siamoise s’empare d"Ha-Thien, s'avance jusqu’à Chau-Doc, mais est repoussée finalement par les Annamites.

Un traité de paix est conclu entre les belligérants; Ha-Thien est rendue au roi d’Annam.

Cette même année, une grande révolte éclate, celle des frères Tay-Son. L’affaiblissement graduel de la dynastie royale et légitime des Lé, causé par l’ambition ascendante des Nguyen, qui, dans l’origine, n’avaient pas le titre de souverains, avait excité de très-vifs mécontentements chez le peuple annamite, très-attaché à ses coutumes. Cette situation fut habilement exploitée par le nommé Nhac, riche marchand de la province de Qui-Nhou, qui, à l’aide de ses deux frères, entreprit de se faire un royaume pour lui-même aux dépens de la famille Nguyen. La révolte se répandit bientôt dans tout le royaume, dont la capitale tomba aux mains des frères Tay-Son {montagne de l’ouest, nom du pays de Nhac et de ses frères), vers la fin de 1775.

En 1779, le roi Tien-Thon, chassé de Hué, se réfugie à Saigon, où les rebelles s’emparent de sa personne et le mettent à mort. Son fils, Théto ou Nguyen-Anh, qui plus tard devait régner sous le nom de Gia-Long, parvient à s’échapper.

En 1785, Théto est réduit à se réfugier à la cour de Bang-Kok et à réclamer l’assistance du roi de Siam. Succès, suivis de revers, dus surtout aux exactions des troupes auxiliaires.

COCHINGHÎNE.

De cette époque date Fintervention militaire de la France en Cochincliine, où elle n’avait jusque-là été représentée que par ses missionnaires et ses martyrs. Au moment où tout paraissait désespéré pour le dernier des Nguyen, héritier légitime du royaume d’Annam (le dernier de la dynastie, de Lé était mort en Chine, après avoir été forcé d’abdiquer en faveur d’un des frères Tay-Son), à ce moment, le sort lui fit rencontrer le célèbre évêque d’Adran, Mgr Pigneau de Behaine, qui lui offrit un asile précaire dans sa retraite menacée elle-même. L’évêque lui propose de solliciter l’appui de la cour de France pour faire valoir ses droits et s’offre à passer lui-même en Europe pour y négocier avec le roi Louis XVI une alliance offensive et défensive. Le fils de Théto, âgé de six ans, accompagne l’évêque dans cette mission.

Traité du 28 novembre 1787, signé à Versailles par le comte de Montmorin et l’évêque d’Adran. Ce dernier revient ensuite dans ITnde pour en surveiller l’exécution.

Les principales dispositions du traité sont les suivantes :

1° La France doit envoyer un corps auxiliaire d’environ 1,500 hommes et tout un matériel de guerre.

2® Le roi de Cocbinchine cède à la France, en toute propriété et souveraineté, la presqu’île de Tourane et l’île de Poulo-Gondor.

3° Le port de Tourane doit appartenir concurremment aux deux puissances ; la France y peut créer tous les établissements jugés nécessaires à sa navigation, à son commerce, à la réparation et à la construction de ses bâtiments.

4° Liberté absolue pour la France d’échange et de circulation dans tout le pays, à l’exclusion des autres peuples.

Ce traité, malheureusement, demeura sans exécution, par la faute du comte de Çonway, gouverneur de nos établissements de rinde, chargé de la conduite de l’expédition, et surtout par les événements de 1789.

Toutefois, l’évêque d’Adran put procurer au roi de Gochinchine un appui assez ferme pour triompher de ses ennemis et restaurer sa dynastie. Les noms des Français qui l’aidèrent dans cette entreprise, Ghaigncau, Vannier, Ollivier et Dayot, sont restés populaires dans le pays.

En 1790, le pays de Gia-Dinh est reconquis, grâce à l’appui des Français. — Théto élève Mgr d’Adran à la dignité de premier ministre. — Les officiers français, désignés précédemment, orga-

nisent Tarmée annafnite, forment la marine, bâtissent les fortifications de Saigon, celles de Hué et les citadelles des provinces.

1799. Mort de Mgr d’Adran. — Le roi accompagne son cercueil avec son fils et la reine, prononce lui-même le panégyrique de l’illustre défunt, et lui fait ériger, aux environs de Saigon, un tombeau que le gouvernement français, en août 1861^ a déclaré propriété nationale.

1802. Théto, ayant reconquis tout son royaume, se déclare roi du Tong-King et de la Gochinchine, sous le nom de Gia-Long.

. 1820. Les officiers français sont systématiquement écartés sous Minh-Mang, fils et successeur de Théto. Ils reviennent en France (1823), et le pays retombe dans sa léthargie asiatique.

Persécutions contre les chrétiens, en 1820, sous Minh-Mang, en 1840, sous Thieu-Tri, et, en 18-47, sous Tu-Duc.

De 1817 à 1 83 1 , nos bâtiments se montrent dans la baie de Tourane pour essayer de renouer des relations politiques avec la Gochinchine (de Kergariou, 1817 ; Bougainville, 1823; Laplace, 1831), et pour protéger, par la vue du pavillon français, nos missionnaires persécutés. Ges tentatives n’aboutissent pas.

1843. Le commandant Lévêque parvient à sauver et à recueillir à bord de \' Héroïne cinq missionnaires (MM. Galy, Berneux, Gharrier, Miche et Duclos) désignés pour le supplice.

1845. La corvette Alcmène obtient la délivrance de Mgr Lefebvre, évêque d’isauropolis.

1847. Le capitaine de vaisseau Lapierre vient à Tourane avec deux navires de guerre pour protéger nos nationaux.

Ses réclamations sont méconnues. Un guet-apens est dressé contre les officiers français par ordre du roi. Le 13 avril, ordre est donné d’attaquer les forts des Annamites; on leur tue 1,000 hommes, on leur coule ou brûle cinq corvettes de guerre.

1836. Mission de M. de Montigny, chargé de négocier un traité avec les souverains de Siam et d'Annam. On répond à la lettre qu’il envoie d’une manière évasive et dédaigneuse.

1837. Meurtre de Mgr Diaz, évêque espagnol, vicaire apostolique du Tong-King.

1838. L’amiral Rigault de Genouilly est chargé d’opérer militairement contre les Annamites et d’obtenir par la force la réparation de nos griefs. L’Espagne se joint à l’expédition. — Le 31 août, l’amiral se présente devant Tourane avec une frégate,

COGHINCHINE.

deux corvettes, cinq canonnières, trois transports et un petit vapeur espagnol.

Les forts sont détruits et l’ennemi dispersé. Le 2 septembre, toute la presqu’île de Tourane était en notre pouvoir.

Le but primitif de Tamiral était d’agir sur Hué, mais les maladies particulières àlabaie de Tourane, le changement de mousson qui allait rendre plus difficiles les opérations déjà difficiles en cet endroit et les renseignements qu’il reçut sur les provinces de la Basse-Cochinchine, le décidèrent à changer son plan et à se diriger sur Saigon. Laissant une garnison à Tourane, il quitta cette position le 2 février 1859.

1859. Le 7 février, l’amiral pénètre dans la rivière de Saigon et détruit, en la remontant, les forts qui défendent les approches de la ville. — Prise de Saigon, le 17.

Le 15 septembre, l’amiral, de retour à Tourane, attaque les retranchements élevés par l’ennemi qui est rejeté sur la route de Hué.

Le novembre, le contre-amiral Page, qui remplace l’amiral Rigault de Genouilly, s’empare de la position de Kien-San, laquelle commande la route de Hué.

La guerre avec la Chine met un terme à ces brillantes opérations. On abandonne Tourane, et l’on se borne à conserver Saigon, comme base des opérations futures.

1860. Le contre-amiral Page, obligé de partir pour la Chine, laisse à Saigon le capitaine de vaisseau Dariès avec 700 hommes, deux corvettes et quatre avisos.

(( Pendant près d’une année, cette faible garnison eut à tenir en échec toute l’armée annamite, qui s’était fortifiée dans la plaine de Ki-Hoa autour de Saigon et tendait chaque jour à nous resserrer dans la ville. Ses attaques furent chaque fois repoussées avec succès. »

1861. Le 7 février, arrivée à Saigon du vice-amiral Charner. Le 24, 3,000 Français chassent du camp de Ki-Hoa les 20,000 Annamites qui l’occupent.

(( Pendant que les troupes opéraient sur terre, le contre-amiral Page remontait la rivière de Saigon avec une division composée d’une frégate, une corvette, trois avisos et cinq canonnières, et détruisait les forts et les barrages que l’ennemi avait construits pour assurer sa retraite vers le nord.

« Après avoir expulsé l’armée annamite de la province de Sai-

gon, l’amiral Gharner envoya une double expédition, par terre et par eau, la première sous la direction du commandant de Quilio, la seconde sous celle du contre-amiral Page, pour s’emparer de Mitho. ))

Le 12 avril, prise de Mitho par la division de l’amiral Page. — La prise de cette ville nous livre la province de Dinh-Tuong, et tout le pays entre le Donnai et le Cambodge se trouve ainsi en notre possession.

Le roi d’Annam demande la paix et cherche à soulever le peuple contre notre autorité. Ses manœuvres sont découvertes et les négociations rompues.

Le 17 décembre, l’amiral Bonard disperse 3,000 Annamites retranchés à trois lieues au nord de Saigon, détruit les obstacles élevés sur la route de Bien-Hoa, et s’empare de cette ville.

1862. Le 23 mars, pi;’ise de Yinh-Long, d’où les émissaires de Tu-Duc excitaient à la révolte les habitants de la province de Mitho. — Préparatifs d’une expédition sur la rivière de Hué.

Le 5 juin, la paix est signée à Saigon.

Les clauses du traité sont les suivantes :

1® Cession par le roi d’Annàm à la France des trois provinces de Bien-Hoa, de Saigon et de Mitho, ainsi que de Tîle de Poulo- Condor ;

2° Libre exercice du culte catholique dans l’empire ;

3® Autorisation pour les sujets de la France de commercer librement dans les trois ports annamites de Tourane, Balat et Quang-Au ;

4® Paiement en dix ans d’une indemnité de guerre de 20 millions de francs.

1863. Insurrections locales. Expédition heureuse sur le territoire de Go-Cong, dans le sud de la province de Saigon.

Le 15 avril, échange des ratifications du traité, à Hué, où l’amiral Bonard se rend en personne.

Le 1" mai, départ pour la France du vice-amiral Bonard. Il remet le service au contre-amiral de La Grandière.

((Un des premiers soins du nouveau gouverneur fut dérégler nos rapports avec le royaume du Cambodge. Au dix-septième siècle, ce royaume s’était reconnu tributaire de l’Annam. Mais l’influence de ce pays sur le Cambodge avait passé progressivement au roi de Siam qui, profitant habilement des querelles de Tu- Duc avec la France, avait fini, dans ces derniers temps, par gou-

COGHINGHÏNE.

verner à Houdon, au moyen de l’influence de ses commissaires sur l’esprit du monarque cambodgien. L’amiral de la Grandière entama des pourparlers avec le jeune roi du Cambodge, Phra-Norodon, qui s’est placé sous notre protectorat par un traité du 11 août 1863, et nous a livré, pour y fonder un dépôt de charbon, l’importante position des Quatre-Bras, sur le grand fleuve du Cambodge. »

Le roi Tu-Duc, dans le courant de 1863, envoie à Paris une ambassade. Elle a mission de proposer le rachat de. nos trois provinces et la concession du protectorat des six provinces de la Basse-Cochinchine. Après de longues négociations, la proposition est rejetée, et l’on en revient au traité de 1862.

1864. Quelques bandes d’insoumis et de malfaiteurs se fortifient dans le cercle de Baria, sur la frontière du Binh-Tuan. Le lieutenant-colonel Loubère^, commandant la province de Bien- Hoa, est envoyé contre ces insurgés. Dans les journées des 22, 23 et 24 avril, il les bat et détruit leurs forts. — Soumission des Moï des montagnes de Baria.

{( Partout, les indigènes ont appris maintenant à apprécier les bienfaits de notre civilisation et se rapprochent de nous chaque jour davantage. En plusieurs circonstances, ce sont les milices indigènes qui ont réprimé elles-mêmes des tentatives d’agitation; ce sont elles, enfin, qui, au mois d’août 1864, ont poursuivi, attaqué le mandarin Quan-Ding, et, après qu’il eut été tué dans le combat, ont rapporté son corps à Go-Gong, c’est-à-dire au lieu même où, dix-huit mois auparavant, ce mandarin, par sa rébellion, s’était acquis une certaine renommée. » (Notices, etc.)

Commandants et gouverneurs.

1858- 1859. Le vice-amiral, Rigaultde Genouilly, commandant en

chef de la division navale des mers de Chine et du corps expéditionnaire, s’empare de Tourane le 1" septembre 1858, et de Saïgon le 17 février 1859,

1859- 1860. Le capitaine de frégate Jauréguiberry, comimandant

à Saïgon. — Le contre-amiral Page directeur des affaires en Gochinchine.

1860- 1861. Le capitaine de vaisseau Dariès, commandant supé-

rieur à Saïgon.

1861. Le vice-amiral Gharner, commandant en chef, s’empare des provinces de Saïgon et de Mitho.

522 LES COLONIES FRANÇMSES.

1861-1863. Le contre-amiral Bonard, commandant en chef, s’empare de la province de Bien-Hoa, et de Yinh-Long. 1863-1865. Le contre-amiral de La Grandière, gouverneur.

1865. Le contre-amiral Roze, gouverneur et commandant en chef par intérim.

Page 1