CHAPITRE ni
Fleuves et rivières. — Rades. — Lacs. — Étangs salins. — Température. — Saisons. — Opinion de Buffon sur le climat sénégalais. — Vents. — Ras de marée. — Marées,
Les principaux fleuves et rivières du Sénégal français et dépendances sont, entre autres :
Le Sénégal ;
La Falémé, son principal affluent ;
Le Saloum;
La Gambie;
La Gasamance ;
Le Rio-Gachéo ;
Le Rio-Geba ;
Le Rio-Grande;
Le Rio-Nunez ;
Le Rio-Pongo ;
La Mallecory.
Deux rivières forment le Sénégal. Ge sont le Ba-Fing et le Ba-Khoy.Ils descendent des montagnes du Foiita-Djalon et se réunissent à Bafoulabé.
Le Sénégal, à la suite de certains ras de marée, voit son em-
bouchure déplacée parfois de plusieurs milles ; toutefois elle se maintient toujours dans un espace de dix milles, entre la pointe du sud de Guet-N’dar et Mousse-Guiob au sud de Gandiole. La barre, à la date du 1®"' avril 1863, se trouvait à 9,300 mètres au sud de rhôtel du gouvernement à Saint-Louis.
A son embouchure, le Sénégal a de 1,500 à 1,800 mètres de largeur ; quinze ou vingt lieues plus haut, elle est de 400 à 600 mètres. Elle n’est que de 150 mètres le long de l’île à Morfil et çàet là, au-dessus de Saldé, de 800 mètres.
La longueur du fleuve est de 400 lieues. Sa profondeur, en deçà de l’embouchure, est de 10 à 12 mètres. A 90 lieues plus loin, à Mafou, premier haut-fond, elle n’est plus, pendant les basses eaux, que de 1“,25.
Pendant les hautes eaux, le Sénégal déborde sur presque toute l’étendue de son parcours. C’est une sorte de flot de marée qui, au commencement de septembre, passe à Bakel et, cinq semaines après, gagne Saint-Louis.
Le débordement dure le plus souvent un mois.
Les eaux alors ont une crue de 16 mètres à Bakel, de 6 mètres à Podor, de 3 mètres à Dagana, de 1“,20 à Saint-Louis. L’inondation s’étend souvent à plusieurs lieues.
Le mois de juin est l’époque des plus basses eaux. En juillet, elles recommencent à monter jusque vers la fin de septembre où elles sont entièrement répandues sur les terres voisines.
La barre ne permet pas l’entrée du Sénégal aux très-grands bâtiments. Ceux qui calent 12 pieds d’eau peuvent, en toute saison, la franchir et remonter jusqu’à Richard-Toll (à 30 lieues de l’embouchure du fleuve) du mois d’août au mois de novembre.
Les bâtiments calant 8 pieds d’eau peuvent remonter, en toute saison, jusqu’à Mafou, à 90 lieues de l’embouchure.
Enfin, les bâtiments à vapeur peuvent remonter jusqu’à Médine, à 250 lieues de l’embouchure.
On appelle marigots les petits affluents du Sénégal. Ils sont nombreux. Ils forment, près de Saint-Louis, plusieurs grandes îles inondées, pour la plupart, pendant les hautes eaux. La plus grande île du Sénégal, l’île à Morfil, est formée par un marigot ou plutôt par un bras du fleuve, qui, se détachant du bras principal sur la rive gauche, ne va retrouver le Sénégal qu’un peu au-dessous de Podor.
LE SÉNÉGAL
Le Sénégal est abondamment pourvu de poissons. On y remarque un poisson électrique et une huître non comestible.
La Falémé prend aussi sa source dans le Fouta-Djalon.
Pendant les hautes eaux, les bâtiments calant 6 pieds, peuvent y naviguer sur une longueur de 40 lieues depuis Arondore, point où elle se jette dans le Sénégal, c’est-à-dire après un parcours de iOO lieues.
Le Saloum^ après avoir traversé le royaume du même nom, va se jeter à 65 milles de l’île de Gorée. A 30 lieues de son embouchure, à Kaolakh, on a établi un poste, que le bâtiment faisant le service entre Gorée et la Casamance ravitaille chaque mois.
Il se divise en deux branches à 15 lieues de son embouchure. L’une se porte vers l’est, et garde le nom de Saloum ; l’autre se dirige vers le nord et porte le nom de rivière de Sine.
Le Sine et le Saloum sont navigables, à marée haute , sur presque toute leur longueur, par les bâtiments qui calent de 6 à 8 pieds.
La Cammance prend sa source dans les montagnes du Kabou. Son embouchure se trouve à 12 lieues de la Gambie^ à 40 lieues S. de Gorée. Son parcours est de 250 kilomètres.
L’entrée en est obstruée par des bancs de sable. De ses trois passes, celle du milieu a 1,200 mètres de largeur; c’est la seule praticable pour les bâtiments calant au plus 4 mètres.
Les principaux lieux de traite du fleuve sont Sédhiou, Garabane et Zighinchor (poste portugais non fortifié).
(( Le Rio-Nunez^ dontl’embouchure est située par 10° 32' de latitude N. et 17° 5' de longitude O., est l’un des fleuves les plus importants par son commerce et l’un des plus fréquentés de la côte occidentale d’Afrique.
c( On y pénètre par une passe, qui a un mille de large et 5 à 6 mètres de fond.
C’est à Wakaria que commence le territoire désigné sous le nom de Karcandy, qui s’étend jusqu’à la source du Rio-Nunez, partie la plus riche et la plus commerçante du fleuve. Le grand village de Boké (d’où partit Caillé, en 1824, pour visiter l’Afrique centrale), est situé à 8 milles environ de l’endroit où le fleuve prend sa source.
« Les bâtiments calant 2 mètres peuvent amortir à Boké, qui ^ est le point central du commerce du fleuve et le rendez-vous des
caravanes qui viennent de l’intérieur par le Fouta-Djalon. » {Notices^ etc.)
Le Bio-Pongo a deux branches principales, celles de Mud-Bar et de Sand-Bar; ce sont les seules que fréquentent les navires.
L’embouchure est au sud du Rio-Nunez, à 130 kilomètres de ce fleuve.
La côte occidentale d’Afrique a peu de rades sûres.
«A 15 lieues au sud du cap Blanc et à 90 lieues au nord de l’embouchure du Sénégal, se trouve la rade d’Arguin, peu connue et qu’on considère même dans le pays comme impraticable.
« La baie de Portendick est un peu plus au sud; l’accès du mouillage et l’atterrage en sont très-difficiles.
((La rade foraine de Guet-N’dar, en face de Saint-Louis, est le meilleur mouillage pour communiquer avec cette ville ; on y trouve de 13 à 18 mètres de fond, sable et vase.
(( La rade de la barre du Sénégal est située en pleine côte ; en dehors de la barre, la tenue de la rade est bonne, et offre un fond de vase de 7 à 13 brasses, selon que l’on se place à 2 ou à 5 milles de cette barre. En dedans, la rade est très-sûre, et offre une profondeur de 7 à 8 brasses.
((La rade de Gorée estau N.-E. de l’île, et est abritée de tous les vents depuis le S. -S.-O. jusqu’à l’E. -N.-E. Elle est parfaitement sûre pendant huit mois de l’année, de novembre à juillet. Pendant la mauvaise saison, il faut prendre le mouillage de l’hivernage qui donne la chasse.
(( A 3/4 de lieue environ de la pointe N. de Gorée, sur le continent, entre les pointes de Dakar et de Bel-Air, se trouve l’anse de Dakar, où l’on termine en ce moment (1863) une jetée de 250 mètres de long pour former un port qui servira d’escale aux paquebots fran(5ais de la ligne du Brésil. » {Notices^ etc.)
Le lac de Cayor et celui de Guier sont les seuls auxquels on puisse donner ce titre.
Ils se remplissent, pendant l’hivernage, des eaux du Sénégal, et, lors de la saison sèche, lui rendent leur superflu.
Les bateaux ne peuvent pénétrer dans le lac de Cayor ; ses affluents sont engorgés par les herbes.
Ce lac est situé dans le pays des Trarzas, sur la rive droite du Sénégal. Le lac de Guier s’étend dans le Oualo.
LE SÉNÉGAL
Les étangs salins de Gandiole, près de l’embouchure du Sénégal, jouissent d’one réputation méritée. D"une longueur de 400 à 600 mètres, ils ont une largeur de 200 à 400 mètres. L’eau rend en sel le tiers de son volume.
La quantité produite est supérieure, non-seulement aux besoins de la colonie, mais même à ceux du commerce avec l’intérieur de TAfrique.
Les marais salants de N’Guirer, dans le Oualo, sont peu exploités.
La température est fort variable au Sénégal.
A Saint-Louis, pendant la saison sèche, par des vents d’est, on constate souvent 20° de différence entre la température du matin et celle de l’après-midi.
Pendant le mois de janvier, qui est le plus froid, la température est rarement inférieure à 11° au-dessus de zéro (à Saint- Louis). Elle commence à s’élever dès le mois de février, et parvient à son maximum 3o°, en juillet, août et septembre. Néanmoins, pendant la saison sèche, lorsque souffle le vent d’est, le thermomètre monte quelquefois jusqu’à 36° à l’ombre et 63" au soleil.
Dans les postes du haut du fleuve, la température est en moyenne de 4 à 5 degrés plus élevée qu’à Saint-Louis. A Podor, on voit monter fréquemment le thermomètre jusqu’à 6.5° à l’ombre. Si les mois de juillet, avril et septembre sont les plus chauds à Saint-Louis, à l’embouchure du fleuve, il n’en est pas de même dans les localités situées à son cours supérieur. Ainsi, à Bakel, on a constaté en 1860 que la température, qui avait atteint le chiffre de 42° en avril, a commencé à baisser avec les premières pluies en mai, juin, juillet, et est arrivée à 32° en septembre, pour remonter ensuite en* octobre à la cessation des pluies. {Notices, etc.)
Deux saisons : une saison sèche et une saison pluvieuse.
Du milieu de juin à la fin de septembre, les pluies sont abondantes et accompagnées d’orages.
Du mois d’octobre au mois de juin, la sécheresse est extrême. A Saint-Louis, l’hygromètre de Saussure marque souvent 0°. Les rosées et les brumes de décembre en mai atténuent à peine la situation.
Le vent d’est {harmattan) souffle de novembre à la fin de mars. En novembre, il alterne avec le vent du N. -N. -O., mais en janvier
il règne sans partage. A la fin de ce mois, il diminue insensiblement et disparaît en mars.
La chaleur brûlante occasionnée par ce vent est ainsi expliquée :
(( Au Sénégal, dit Buffon, t. II, p. 211 et suiv., le vent d’est ne peut arriver qu’après avoir parcouru toutes les terres de l’Afrique dans leur plus grande largeur, ce qui doit le rendre d’une chaleur insoutenable. Si l’on prend donc en général toute la partie de l’Afrique qui est comprise entre les tropiques où le vent d’est souffle plus constamment qu’aucun autre, on concevra aisément que toutes les côtes orientales de cette partie du monde doivent éprouver et éprouvent en effet une chaleur bien plus grande que les côtes orientales, parce que le vent d’est arrive sur les côtes orientales avec la fraîcheur qu’il a prise en parcourant une vaste mer, au lieu qu’il prend une ardeur brûlante en traversant les terres d’Afrique avant que d’arriver aux côtes occidentales de cette partie : ainsi les côtes du Sénégal, de Sierra-Leone, de la Guinée, en un mot, toutes les terres occidentales de l’Afrique, qui sont situées sous la zone torride, sont les climats les plus chauds de la terre, d
Le vent d’ouest paraît en avril et règne jusqu’à la fin de mai. En juin, la brise devient moins régulière. En juillet, août, septembre, elle est tour à tour O.-N.-O., O. -S. -O.; en octobre, elle revient au N. -N. -O.
De janvier à avril, les ras de marée sont très-forts; ils persistent parfois dix ou douze jours et le plus souvent cessent aux époques de la nouvelle et de la pleine lune.
A Saint-Louis, la pleine mer atteint une hauteur de 1 mètre (11 heures) ; elle est de 1“,20 dans la rade de Corée (7 heures3/4).