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CHAPITRE III

Population. — Européens. — - Israélites indigènes. — Musulmans. — Répartition des Européens entre les trois provinces algériennes. — Population en 1861, 1862, 1863 et 1864. — État civil des Européens. — Mariages. — Naissances. — Décès. — Etat civil des indigènes. — Les Djemmaâs.

Le mouvement de la population varie peu d’une année à l’autre.

En 1861, on comptait, en Algérie, 2,990,583 habitants, se répartissant ainsi :

Français

Européens

Armée

Population en bloc

Israélites (indigènes)

Arabes des territoires civils....

Arabes des territoires militaires.

Aghalicks de l’extrême Sud

Sous le nom de population en bloc, on comprend : le personnel des hôpitaux, des orphelinats, des lycées, des collèges, des pensionnats, séminaires, couvents, prisons, etc., parmi les Européens; et, parmi les indigènes, tous les Berranis (artisans et manœuvres) formant la population üottante.

VÈtat de V Algérie en 1863 répartissait ainsi, entre les trois provinces, l’élément européen de la population, pour 1861 :

Province

Province

Province

d’Alger.

d’Oran.

de ConstHiiline.

Français

Espagnols

Italiens

Maltais

Allemands, Suisses. ...

Nationalités diverses. .

En tout : 192,746 Européens.

A la fin de 1863, la population européenne était évaluée à 213,061. Soit, en deux ans, une augmentation, en population fixe, de 20,315 Européens. — - Dans ce chiffre, on ne comprend pas la population en bloc. {État de V Algérie en 1863.)

Au 31 décembre 1864, le nombre des Européens était, en Algérie, d’après le lableau de la situation publié en 1866, de 235,570 individus.

Le chiffre adopté par M. le ministre d’Ètat dans un discours au Corps législatif du 5 mars 1866 est inférieur au précédent. Suivant lui, la population algérienne présentait les chiffres sui-

Musulmans (Arabes et Kabyles) 2,580,000

Français... 112,229

Autres Européens. ... * 80,31 7

La lettre de l’Empereur au maréchal, duc de Magenta, offrait aussi à peu près les mêmes chiffres :

Musulmans 2,793,334

Européens 192,546

Armée 7 G; 000

Le désaccord n’est qu’apparent. Le chiffre adopté par M. Rouher et dans la lettre impériale est celui de 1861, au lieu d’être celui de 1864, inconnu alors.

La population européenne est disséminée diversement dans les trois provinces.

La province de Constantine possède surtout, en étrangers, des Italiens et des Maltais. « Ce sont, dit le général de la Rue, des hommes pleins d’ardeur au travail; ils ont formé à Bône, à Constantine et à Philippeville, des établissements importants, dont les chefs exercent sur la colonisation une influence considérable. Ils sont producteurs, commerçants, armateurs même...

(( Dans la province d’Alger, les établissements industriels et agricoles ont été fondés surtout par des Français et par des Juifs indigènes. L’élément étranger est représenté par des Espagnols des îles Baléares et de la hnerta de Valence. Ces hommes sont commerçants en ville et jardiniers à la campagne...

« La province d’Oran renferme comme élément étranger des Espagnols des côtes de Malaga et de Carthagène; quelques-uns s’y sont constitué de l’aisance, mais peu y ont fondé des établissements commerciaux. Ce sont des hommes actifs, mais difficiles à conduire, et qui souvent ont des antécédents fâcheux... C’est là, dans le voisinage du Maroc, que le fanatisme religieux est le plus vivace. 11 est entretenu par les chefs de corporations religieuses marocaines qui, dans ce pays, font quelquefois échec à l’empereur lui-même. » {Sénat, 5 juillet 1865.)

L’état civil des Européens et des Israélites indigènes fournit les résultats qui suivent :

1° Européens.

Mariages. — En 1862 il y a eu 1,929 mariages,

~ En 1863 — 1,948 —

Différence en plus. ... 1 9 —

En 1863 8,531

Garçons 4,395

Filles 4,136

Décès, — En 18G3 6,347

Hommes 1,785

Femmes 963

Garçons 1,873

Filles 1,726

La différence au profit des naissances a donc été de 2,184

2° Israélites indigènes.

Naissances 1,551

Décès 864

Différence au profit des naissances 6b7

Le nombre des naissances a été, en 1864, de 8,408 (Européens).

Le nombre des décès, de 5,497.

En prenant pour moyenne de la population européenne 214,158 habitants, on a 2.76 pour 100 pour rapport des naissances aux décès.

Or, en 1862^ ce rapport a été, en France :

De 2.48 dans le département de la Seine ;

De 2.53 dans les villes au-dessus de 2,0Ü0 habitants.

De 2.02 dans les campagnes.

D’où cette conséquence que, parmi les Européens de l’Algérie, la mortalité serait supérieure de 0.23 pour 100 à la mortalité dans les villes de plus de 2,000 habitants en France, c’est-àdire que, pendant qu’il meurt 300 personnes dans ces villes, il en meurt un peu moins de 301 en Algérie.

Mais ce chiffre est trop élevé; car, en Algérie, la statistique embrasse les morts-nés, et on ne les compte pas en France.

Par le seul fait de l’excédant des naissances sur les décès, la population européenne de l’Algérie devrait doubler en 56 ans environ, tandis que la population de la France ne le peut qu’en 141 ans.

La moyenne des mariages est de 1,828 ou 0.85 par 100 habitants. — En France, elle n’a été, en 1862, que de 0.81 pour 100.

Depuis la conquête jusqu’au 31 décembre 1864, il y a eu, en Algérie, 62,768 décès contre 44,900 naissances ; soit un excédant de décès de 17,868. — En 1853, l’excédant des décès a cessé de se manifester.

La population israélite indigène a donné, en 1864, des résultats plus satisfaisants encore.

Population 30,099

Naissances, (en moyenne) 1,542

Décès (en moyenne) 875

Naissances par 100 habitants 5.27

Décès par 100 habitants 2.96

Les Israélites indigènes meurent un peu plus que les Européens. Diflèrence : 0.20 pour 100. Mais ils se multiplient dans une proportion plus grande; différence : 1.30 pour 100.

De 1862 à 1864, la population israélite s’est élevée de 28,097 à 30,099, c’est-à-dire 7 pour 100. Par ses seules forces de reproduction, elle peut donc doubler en 31 ans et 9 mois.

Tous les chiffres ci-dessus sont extraits, soit de l’État de l’Algérie en 1863, soit du tableau de la situation des établissements français (1864), publié en 1866.

L’état civil des Musulmans présente des difficultés presque insurmontables.

Chez les populations du Tell, il est possible de le constituer ; mais chez les populations sahariennes, il n’y faut pas compter.

Dans la province d’Oran, la tenue des registres de l’état civil a été confiée aux cadis et à leurs adouls. Ces magistrats y font figurer, sur les renseignements qui leur sont donnés par les caïds et les chefs de douar, les naissances, les décès, les mariages et les divorces. « Lj3s déclarations des mariages, divorces et décès ont lieu assez exactement, parce que des intérêts matériels sont attachés à ces actes ; mais il n’en est pas de môme des naissances, dont les déclarations ne sont pas faites le plus souvent par les familles. Ces constatations, tout incomplètes qu’elles soient, n’ont lieu que dans le Tell. Les exiger chez les populations sahariennes serait demander l’impossible, à raison du genres de vie de ces populations. » (Tableau de la situation des établissements français dans l’Algérie , en 1864. — Paris, Imprimerie impériale, 1866).

En 1864, dans le ressort administratif des centres européens, la population musulmane était de 358,760 individus. C’est d’après ce chifîre de population que les calculs suivants ont été faits :

Naissances 5,476

Décès 6,449

Excédant des décès 973

Mais il est probable que la proportion des décès renferme une certaine exagération.

Depuis le sénatus-consulte de 1863, les registres de l’état civil sont confiés aux djemmaâs. u Celles-ci, disait le général Allard au Corps législatif, séance du 5 mars 1866, vaincront facilement les résistances que l’établissement de l’état civil a rencontrées jusqu’à ce jour chez les Arabes. »

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