CHAPITRE lï
Le Gabon. — Situation de notre établissement. — Géologie. — Forêts. — Rivières. — La rivière Como. — L’île de Ningué-Ningué. — L’Ogo-Wain-Gaps. — Température. — Vents. — Marée. — Ras de marée. — Villages de la rive droite et de la rive gauche. — Indigènes : Gabonnais, Bouloux, Bakalais, Babouins.
(( Vis-à-vis de notre établissement, situé sur la rive droite, le Gabon a une largeur de 7 milles ; un peu plus loin, il s’élargit et se termine en un vaste bassin, au milieu duquel on distingue quelques îles de moyenne grandeur, dont les principales sont l’île Goniquet, la seule habitée et surmontée d’une hauteur qui sert à se diriger dans les passes d’entrée, etl’île marécageuse des Perroquets.
c( Sur la rive droite, au second plan, les monts Bouet et Baudin dominent les nombreuses collines qui se dirigent en pente douce des bords du rivage vers l’intérieur.
« Notre établissement est situé à 12 milles de l’embouchure
GABON
du Gabon ; son élévation est de 40 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il comprend :
« 1® Deux pavillons en maçonnerie surmontés d’un étage faisant face à la mer : l’un sert de logement au commandant, aux officiers et employés des divers services ; l’autre, d’hôpital et de caserne aux troupes de la garnison.
«2° Plusieurs barracons ou planches servant de magasins et d’ateliers.
(( 3° Une poudrière, une batterie.
(( 4® Deux jardins, dont un dit d'essai^ fondé par M. Aubry- Lecomte, où l’on cultive le café, le cacao, le coton, les arbres à épices, les fruits intertropicaux et les légumes d’Europe.
«Un, parc et une étable^pour le troupeau de bœufs.
« Les pavillons et les magasins sont entourés d’une palissade de 100 mètres de côté. Auprès de notre établissement s’élèvent les factoreries de nos commerçants, la maison des sœurs de la communauté de Castres, les cases du village de Libreville.
« Plusieurs villages indigènes sopt disséminés sur le bord de la mer.
« Sur la rive gauche de l’estuaire, s’élève le village Denis, un des plus importants des rives du fleuve.
« Les bâtiments de la mission apostolique française où réside l’évêque, dont le coadjuteur est détaché en Sénégambie, sont construits à quelques kilomètres plus à l’ouest, près du village de Louis, sur le plateau où s’élevait le blockhaus, établi à l’époque de l’occupation en 1842 et aujourd’hui abandonné. » (Notices^ etc., d’après le Mémoire de M. E. Yignon, ex-commandant du Gabon.)
Le sol sur lequel sont assis nos établissements, et surtout aux environs de ceux-ci, se distingue par une fertilité rare.
Les couches inférieures, formées d’un calcaire coquillier gris à grains fins et réguliers, sont immédiatement surmontées d’une couche de terre jaune argilo-sablonneuse, laquelle, à son tour, est recouverte d’un terreau noir extrêmement abondant et riche.
Le calcaire des couches inférieures peut être converti en chaux, mais après une cuisson d’un mois.
Dans la couche de terre jaune, on trouve des pierres ferrugineuses faciles à tailler et qu’on pourrait employer à bâtir. Les indigènes se servent de cette terre pour former le sol de leurs maisons; à l’aide de l’eau et du damage, on lui donne une solidité très-grande.
De nombreuses forêts s^étendent depuis le littoral jusque fort avant dans l’intérieur. Parmi les principales essences dont elles se composent, on doit noter le teck, propre aux constructions navales, l’ébénier, l’oucoumé (sorte de bursera semblable à l’acajou femelle); l’oingo, bois de teinture rouge, le mandgi, beau bois d’ébénisterie, etc. A l’Exposition d’agriculture de 1860, toutes ces essences ont été fort appréciées. D’autres, en grand nombre, produisent des graines ou amandes oléagineuses.
Entre les rivières qui sillonnent le Gabon, on doit mettre en première ligne celle qui porte ce nom.
Le Gabon est moins un fleuve qu’un magnifique estuaire pouvant offrir un abri sûr à une flotte considérable. Il se trouve naturellement divisé en deux bassins, auxquels on a donné le nom de bassin extérieur et de bassin intérieur.
La longueur de l’estuaire est de 25 milles, et sa largeur moyenne de 8 à 10 milles. La profondeur de l’eau, dans le premier bassin, varie de 8 à 25 mètres, et celle du second, de 5 à 8 mètres. Malheureusement .la navigation dans le bassin extérieur et dans les passes qui y conduisent exige la plus grande prudence, à cause des nombreux pâtés de roches à fleur d’eau qui s’élèvent brusquement sur des fonds unis où rien n’annonce leur voisinage.
L’estuaire du Gabon reçoit plusieurs cours d’eau, dont les principaux sont : les rivières Gomo et Rhamboé.
La rivière Gomo débouche dans l’estuaire, à une extrémité; elle le continue. Sa source est dans les montagnes de Gristal, non loin des rivières de Bénito, d’Anger, de Mondah, et sur le versant opposé de celle du cap Lopez.
. Tous ces cours d’eau s’éloignent de leurs sources en configurant par leur trajet une surface triangulaire dont les montagnes de Gristal forment le sommet, la rivière Bénito le côté nord, celle du cap Lopez le côté sud, en tournant le pâté de montagnes par i’est en arête, enfin la rivière Gomo à peu près le milieu de la base.
Gette dernière, assez large à son embouchure, ne tarde pas à se rétrécir. Ginquante milles plus loin, elle ne présente plus que 7 à 800 mètres. En cet endroit, elle opère sa jonction avec la rivière Bogoé, son principal affluent, un peu avant d’arriver à un bâtiment de l’Etat qui mouille là et sert d’avant-poste aux commerçants fréquentant la rivière.
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La navigation, facile dans la plus grande partie de ce parcours, n’offre de difficultés réelles que vers les approches du stationnaire où des bancs de sable et de roches forment un chenal assez étroit. Au-dessus de ce point, la rivière n’est plus navigable qu’aux cotres et petites goélettes. La marée se fait sentir jusqu’à près de 70 milles de l’embouchure, mais on trouve l’eau douce à marée basse.
On observe à l’entrée de la rivière Como quelques îles ayant plusieurs milles d’étendue. La plus importante de ces îles est celle de Ningué-Ningué, placée à l’embouchure du Bogoé, un peu au delà du mouillage du stationnaire. ^
Cette île sert de point de relâche aux traitants noirs qui parcourent ces rivières.
Une mission protestante américaine a fait de cette île le cheflieu de ses établissements et de son commerce. {Notices^ etc.)
Les rivières Rhamboé et Mondah se jettent dans l’estuaire du Gabon, la première près de l’île Ningué-Pongoé; elle forme à son embouchure un bassin de plusieurs milles de longueur sur un mille de largeur ; sa profondeur moyenne est de 5 mètres, et son parcours d’environ 40 milles dans le Sud-Est. La seconde communique avec l’estuaire par une de ses branches, la rivière Cobit; elle a son embouchure dans la baie de Corisco.
L’Ogo-Wai, ou rivière du cap Lopez, se rend à la mer par plusieurs embouchures, au-dessus et au-dessous du cap, à 60 milles environ au sud du Gabon. Cette grande artère, l’une des principales de l’Afrique occidentale, est formée à une soixantaine de lieues de son embouchure par deux rivières considérables, rOkanda et le N’Gouniay, et reçoit les eaux du lac lonanga. Dans tout son parcours, il a une largeur moyenne de 2,500 mètres. A marée haute, son eau reste constamment douce.
Les caps à mentionner sont les suivants : le cap Esteiras, à 8 milles au nord de l’entrée de l’estuaire du Gabon, prolongé dans le nord-ouest par des récifs, et où la mission française a un établissement d’instruction primaire ; le cap Santa-Clara, pointe nord de l’embouchure du Gabon, qui a 20 mètres de hauteur; la pointe Pongara qui forme l’extrémité sud de l’estuaire; le cap Lopez, à l’extrémité sud de l’île Lopez, à 70 milles au sud du Gabon, à 25 milles de l’embouchure de la rivière Nazaré (une branche de l’Ogo-Wai), où les navigateurs trouvent un abri excellent contre les vents régnant du S. -O. et la houle.
On a, au Gabon, huit mois de pluie (de janvier à la mi-mai), et quatre mois de saison sèche (de la mi-mai à la mi-septembre).
La température n’èst pas extrême. A l’ombre, on a rarement au delà de 32°. La chaleur est modérée par des nuages qui interceptent les rayons solaires.
Les vents du large varient du N. -O. au S.- S. -O. Pendant la nuit, des brises de terre soufflent du S.-E. à l’E.
Devant le poste, la marée se fait à 5*‘,80“. La mer, dans les petites marées, marne del“,6, et, dans les grandes, de2“,l.
« Les ras de marée ont lieu principalement lors de la saison des pluies, mais ne sont pas dangereux sur la rade. Une digue en grosses pierres sèches, mais construite avec soin, forme un abri qui protège efficacement les communications de la rade avec le comptoir. Les marées produisent un courant violent qui rend très-pénible le va-et-vient des embarcations. Les grands bâtiments ne peuvent pas mouiller prudemment à moins d’un mille de terre. Les avisos se rapprochent à 500 ou 600 mètres en recherchant avec soin, pour jeter l’ancre, les lits de vase qui séparent les plateaux rocheux embarrassant le mouillage devant Libreville. » {Notices, etc.)
Le nombre des Gabonnais, habitant les villages les plus voisins de notre établissement, peut être évalué à 3,000, esclaves non compris.
Sur la rive droite de l’estuaire, on rencontre les villages suivants :
Village de Manoël-Kringé 60 habitants.
Quaben
Louis
Glass
Toko
Prince-Glass
Boulalfen
Tom-Lowson
Libreville
Sur la rive gauche :
Village de
Denis
Petit-Denis
Georges
Duking
Dans l’île Coniquet, le village français a 100 habitants.
Les Gabonnais ou M’Pongoé, lesBouloux, les Bakalais, les Fans ou Pahouins, tous appartenant à la race nègre, mais aux traits
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plus réguliers, moins disgracieux, à la peau moins foncée, sont les peuplades principales du Gabon et de ses affluents.
« Les Gabonnais servent de courtiers entre les populations de rintérieur et les capitaines du commerce dont ils reçoivent par avance les marchandises à échanger contre les produits du pays.
c( Les Bouloux habitent les premiers villages que l’on rencontre en remontant la rivière Como. Cette peuplade, autrefois toutepuissante, ne possède plus aujourd’hui qu’un petit nombre de villages disséminés sur les deux rives. Elle compte tout au plus 3,000 âmes. Seuls courtiers pendant longtemps des Gabonnais les Bouloux étaient seuls en relation avec les Sauvages de l’intérieur qu’ils tinrent longtemps en échec, mais qui commencent à se rapprocher de nous.
« Les Bakalais ou Akalais, que l’on trouve après lès Bouloux, en remontant la rivière Como, appartiennent à une nation comptant environ 60,000 âmes, qui s’étend depuis lés rives de l’Ogo- Wai jusqu’à celles des rivières Bogoé et Como. Cette peuplade, qui sert d’intermédiaire entre les Pahouins et les Bouloux, tend, comme ces derniers, à disparaître devant l’invasion des premiers, de l’est à l’ouest.
c( Les Pahouins forment la peuplade la plus nombreuse de ce pays ; leur nombre peut être évalué à 120,000 âmes environ. Ils sont moins noirs que leurs voisins les Bakalais et les Bouloux. C’est un peuple brave, éminemment guerrier et chasseur. Descendus des montagnes de Cristal, ils se sont établis depuis plusieurs années dans le haut delà rivière Como et tendent constamment à se rapprocher du littoral, en exterminant les peuplades qu’ils rencontrent sur leur passage et qui leur ont servi jusqu’à présent d’intermédiaires. Ce sont eux qui poursuivent l’éléphant et qui nous font parvenir, par les Bakalais, les Bouloux et les Gabonnais, l’ivoire que leur fournissent leurs chasses. Ils préparent aussi le caoutchouc, la cire, les billes de bois d’ébène et savent travailler le fer qui abonde dans leurs montagnes. — Les Pahouins commencent à venir dans notre établissement, à bord de nos navires et dans nos factoreries... » (Notices.)
Ces différentes peuplades ont chacune une langue différente; mais le français, l’anglais, l’espagnol, sont familiers aux Gabonnais, les premiers courtiers de la rivière.