CHAPITRE IV
Agriculture. — Jardin d’essai fondé par M. Aubry-Lecomte. — Bœufs. — Chevaux. — Moutons. — Cabris. — Volaille. — Cire. — Graines oléagineuses. — - Ivoire. — Bois d’ébène. — Exportation et importation. — Objets d’échange. — Liberté commerciale. — Mouvement de la navigation à l’entrée.
L’agriculture, très-négligée par les Gabonnais, pouvait facilement prospérer sur le sol de la colonie.
‘Ces peuples ne cultivent que les produits indispensables à leur nourriture.
Les plantations ont lieu en septembre, disent les Notices pu-
GABON
bliées par ordre du ministre de la marine et des colonies, c’està-dire au commencement des pluies. Elles consistent en patates douces, bananiers, arachides, manioc, maïs et ignames.
La canne à sucre n’est cultivée que comme un objet de luxe, une friandise pour les hommes et les enfants.
En 1850, un jardin d’essai, fondé par M. Aubry-Lecomte, a prouvé que la plupart des légumes d’Europe pouvaient venir au Gabon. Les expériences tentées dans ce jardin, celles qu’ont tentées dans les leurs les missions française et américaine sur le café, le cacao, le coton, ont été décisives. Malheureusement, il n’a pas encore été possible d’amener les Gabonnaisà cultiver ces produits.
Les indigènes n’ont pas de troupeaux de bœufs. Le roi Denis seul en a un; mais il le considère bien plus comme un objet de luxe que comme un objet de spéculation.
Les troupeaux de bœufs du Comptoir et des deux Missions, qui ne comprennent que des sujets nés dans le pays, sont fort beaux. Les bœufs de provenance étrangère vivent difficilement au Gabon.
On peut aussi élever des chevaux, mais ils exigent beaucoup plus de soins que les bœufs.
Les Bouloux et les Bakalais, populations de l’intérieur, possèdent quelques moutons et cabris d’assez bonne qualité, qu’ils vendent aux Européens à des prix modérés.
La volaille est commune; les porcs s’élèvent facilement, mais on en restreint le nombre, à cause des dégâts qu’ils commettent dans les plantations.
La cire qu’on récolte au cap Lopez est de bonne qualité.
Les graines oléagineuses du Gabon donnent une huile analogue à l’huile d’olive; notamment le djavé, le noungou, le dika, l’owal, l’élozy-zégué, les noix de palme, de m’poga et de coula.
Le commerce se fait par l’intermédiaire des capitaines français, anglais, américains et portugais. Les produits qu’ils y traitent, par l’intermédiaire des courtiers indigènes, en échange de leurs marchandises et môme quelquefois contre des espèces, sont: l’ivoire {npugni), le bois d’ébène {ebila), le sandal (oingo), la gomme copal, le caoutchouc, la cire.
L’ivoire vaut de 1 fr. 50 à 20 fr. le kilogramme suivant sa grosseur. On sait que l’ivoire du Gabon est le plus beau qui existe;
c’est surtout dans le haut de la rivière Gomo que se trouvent les plus beaux spécimens.
Les bois d’ébène coûtent de 15 à 18 francs le tonneau ; le sandal, de 15 à 18 francs aussi (chaque bûche doit peser 10 kilogrammes; au-dessous de ce poids, on en peut exiger deux pour une); la cire coûte 2 francs le kilogramme; la gomme copal, vendue par les Bouloux 5 francs les 12 kilogrammes, se trouve en abondance à Gama et au cap Lopez; le caoutchouc, commun dans les rivières Mondel et Danger, se vend, suivant qualité, de 1 à 3 francs.
Il est indispensable que tout capitaine, voulant commercer avec le Gabon, ait un assortiment des marchandises que recherchent le plus les indigènes.
Yoici, d’après les Notices de la marine, la nomenclature des objets nécessaires à la traite, avec les prix du pays en regard :
Romals
Liménéas
Madapolam
Chiloé
Fusils anglais peints en rouge
— français de munition ‘.
Poudre de traite
Eau-de-vie de traite à 19®
Pipes communes, grandes, sans talon.. .
Barrettes en cuivrejaune, 0'“,70 dia.,
0“,60 long
Barrettes en cuivrejaune, 0“,045 dia. ,
0“,60 long.
Barres de fer de 2“,25 long., 0“,03
larg., 0“,25 épaiss
Tabac en feuilles
Assiettes communes avec ou sans
dessins
Clochettes
Rasoirs de traite
Ciseaux de traite
Foulards communs en soie
Chapeaux de paille communs
— — plus fins
Chemises de couleur très-communes.
— blanches
— de couleur
Chaudrons en cuivre à anses de fer,
diam
Petits bassins en cuivrejaune
Neptunes en cuivre jaune
Bonnets de coton rouges ou bariolés.
Couteaux flamands
1 fr. » c. la brasse.
15 » la pièce de 9 brasses.
20 » la pièce de 12 brasses.
5 » la pièce de 3 brasses.
20 » l’un.
1 » la livre.
1 75 le litre.
1 » les six.
1 » l’une.
0 20 la tête de 3 feuilles.
0 50 l’une.
1 » l’un.
0 50 la paire.
5 » l’un.
2 50 l’une.
5 » l’un.
GABON
Coffres en bois blanc léger, plaiiciies minces, serrures très-communes, de 0“,72 long., 0«i,34 haut., trèsimportants pour la traite ; peuvent
s’apporter démonlés 5 fr. » c. l’un.
Cuvettes et pot à eau: * 3 50 les deux.
Perles blanches, moyennes mates. .. 1 » la livre.
Masses de petites perles mates blanches, roses, bleu clair, rouge-sang,
jaune clair 1 »> la masse.
Masses de perles rouges moyennes. . 1 » —
Caisses de vin rouge ordinaire 15 » Tune.
Bouteilles de vin blanc 2 » —
— d’aniselte commune 2 50 —
— d’huile d’olive 3 50 —
— de gin, petites carrées. . . 5 » —
Papier peint, de 3 brasses et demi à
4 brasses 3 » le rouleau.
Casquettes très-communes 2 50 l’une.
Gilets de tricot en coton blanc 5 » i’un.
— de coton à ramages l5 » —
Petits miroirs avec cadres en bois. .. 1 » —
Bonnet basque noir commun 2 » —
Chandelles de suif, petites » 25 l’une.
Dames-jeanne de dix litres 5 » —
JBarbançons en grès i 50 * l’un.
Verres à boire » 50 —
— de traite » 50 —
Bols en faïence » 50 —
Malles communes grandes 15 » l’une.
— — petites 10 » —
Marmites en fonte 2 » —
Petites haches 5 » —
Sabres dits manchettes 2 50 l’un.
Cadenas de moyenne grandeur..... 1 » —
Cravates en soie noire, communes.. 5 » l’une.
Parapluies en soie, communs 20 » l’un.
— en coton 10 » —
Savon de Marseille 1 50 la livre.
Boucles d’oreilles de forme tubulaire et creuses en cuivre doré, ayant les dimensions suivantes ;
Diam. ext., 48mil.;diam. int., 35 mil. 15 » la paire.
Plus, des effets confectionnés d’été communs, chaussures communes, robes de chambre, couteaux, chaises communes, paniers de bière, sardines à l’huile et parfumerie commune.
« Toutes les saisons sont bonnes pour commercer; mais quand on a à prendre une cargaison de bois rouge, il vaut mieux venir pendant la saison sèche (de mai à septembre) ; car, à cette époque, les chargements se font beaucoup plus vite, et les équipages res-
teiit moins exposés à l’insalubrité des rivières, dans lesquelles les navires sont tenus de se rendre pour opérer leur chargement.
«Une maison de commerce doit établir le centre de ses opérations sur l’un des points de notre concession ou près du littoral, afin d’éviter une location ou un achat de terrain aux chefs du pays.
«Indépendamment des navires destinés à alimenter la factorerie principale de marchandises d’Europe et à y transporter en retour les produits indigènes, il est indispensable d’avoir une goélette ou un cotre pour aller dans les rivières voisines alimenter les succursales et y prendre les produits traités dansTintervalle d’un voyage à l’autre. » {Notices, etc.)
Le commerce du Gabon jouit de la plus entière liberté.
En 1862, les importations ont atteint le chiffre de 655,551 fr., et les exportations celui de 1,624,805 francs.
Aux importations on trouve les articles suivants :
Spiritueux 128,519 fr.
Vins 10,244
Armes 28^290
Poudre 48,178
Conserves alimentaires, denrées diverses 69,186
Quincaillerie 36,842
Mercerie et chapellerie 15,748
Tissus divers. 184,454
Sel 5,400
Articles divers confectionnés 38,942
Faïences et verroteries 25,212
Meubles 4,330
Tabac 44,105
Bois de construction et embarcations 15,800
Aux exportations figurent principalement :
Bois de sandal 9,907 fr .
— d’ébène 224,991
— rouge 111,775
Caoutchouc 104,419
Cire 23,526
Gomme copal 723
Ivoire 420,965
Dika -. 3,024
Huile de palme ,007,171
Café 1,370
Cacao ... 6,425
Huile de coco 10,500
Camwood j 7,835
Espèces monnayées 25,000
Articles divers 1,374
GABON
Répartition du commerce extérieur entre les diverses puissances :
Importations. Exportations.
Navires français 198,414 fr. 330,112 fr.
— anglais 409,758 1,236,682
— américains 32,279 58,011
— portugais 4,000 »
— hambourgeois 16,000 »
Mouvement de la navigation à Ventrée :
i 5 navires français, de 3,788 tonneaux, et 173 hommes.
16 navires anglais, de 3,346 tonneaux et 180 hommes.
3 navires américains, jaugeant 646 tonneaux et montés par 39 hommes.
3 navires portugais, de 205 tonneaux et 34 hommes.
1 navire hambourgeois, de 230 tonneaux et 13 hommes.
Le commerce du Gabon est appelé à prendre des proportions autrement importantes.