‹ Les colonies françaises (volume 3)Chapitre 15 sur 31 · COLONIE · texte numérisé non relu

COLONIE

La raiisc principale de la plupart des discussions qui se sont élevées, surtout pendant le cours du dix-neuvième siècle, sur les mérites respectil's des diverses colonies et des divers procédés de colonisation, — sur les peuples qui sont colonisateurs et sur ceux (|ui ne le sont pas, — réside dans ce fait que le mot colonie sert à désigner plusieurs choses f(u*t difîcrentes les unes des aulnes.

Il en résulte que, dans une discussion, les polémistes ne sétant i>as mis préiilablemeiit d'accord sur le véritable sens à attacher aux mots qu'ils emploient, sont exposés îi do per-

pétuclles confusions, et n'arrivent, ni à se comprendre, ni par conséquent à se mettre d'accord.

Ce n'est pas le seul cas, d'ailleurs, dans lequel des discussions interminables n'ont pour unique point de départ, qu'un simple malentendu sur la signification des mots.

Etymologiquement, le mot colonie dérive du verbe latin colère, qui signifie : cultiver la terre, et, sous la plume des écrivains latins, le colon, — colonus^ — c'est le cultivateur.

C'est par une dérivation toute naturelle que le nom de colonie — colonia a été appliqué aux colonies militaires, qui étaient des colonies agricoles, puis, successivement, à tous les genres d'établissements créés par les habitants d'un pays, sur les confins extrêmes ou en dehors des confins de ce pays.

Il en est résulté que le mot colonie^ — en apparence toujours identique à lui-môme, — a été employé h la désignation d'établissements dont le caractère varie extrêmement do l'un i\ l'autre ; de sorte que lorsqu'on l'emploie sans bien spécifier à quel genre particulier d'établissement on l'applique, on

s'expose à eire mal compris et à trouver des contradicteurs.

Il n'existe pas moins de six types bien distincts d'établissements qui tous, ont été confondus sous la dénomination commune de colonies.

Ils diffèrent cependant les uns des autres d'une manière essentielle, soit par leur origine, soit par leur organisation, soit parle but auquel ils tendent.

D'autre part, il existe des établissements qui présentent exactement les caractères de l'un des six types de colonies et que, cependant, l'on ne désigne pas sous le nom de colonies, ce qui ne sert qu'à augmenter la confusion.

Dans ce chaos, nous allons essayer d'introduire l'ordre et la méthode, bases indispensables de la clarlé.

Tout d'abord, définissons ce que nous entendons par le terme général, et par conséquent a<sez vague, de colonie.

Une COLONIE est tin établissement créé par les habitants diui pays sur les confins extrêmes ou en dehors des confins de ce pays.

Nous sommes obligés d'infci'odiiirc dans celte définrtion les mots « sur les confins extrêmes», afin qu'elle puisse s'appliquer aux colonies militaires.

Par leur origine, par leur organisation, ou par le but auquel ils tendent, tous les genres de colonies peuvent être répartis en six types distincts, caractérisés chacun par des particularités essentielles.

Ce sont, en suivant leur ordre d'apparition dans l'histoire de l'humanité :

1*" Les Colonies d'essaimage ;

2° Les Comptoirs commerciaux ;

3"* Les Colonies rnilHaires ;

4*^ Les Colonies (T exploitation ;

5^ Les Colonies de peuplement ;

6" Les Colonies de conquête, d'expansion et de partage territorial du globe.

Les trois premiers types ont fait leur apparition et se sont surtout développés dans l'antiquité, sans exclure tout à fait les autres, comme nous aurons l'occasion de le constater dans le corps de cet ouvrage.

Les deux types suivants ont pris leur plus

grand développement du xv au xviii® siècle.

Enfin, le dernier type de colonies, bien que déjà visible dans l'antiquité, bien qu'il ait donné lieu, du xv* au xyu!»* siècle, aux bulles de Sixte IV et d 'Alexandre VI, et, plus tard, à des guerres coloniales prolongées et sanglantes, n'a pris tout son essor qu'au xix** siècle, et le xx' siècle en verra vraisembla blcment l'apogée.

En conséquence, voici quelle sera la division de ce volume :

Page 1