LES COLONIES D'EXPLOITATION
Nous voici au début d'une nouvelle t*re coloniale.
Les populations no sont pas assez denses pour donner lieu à la formation de véritables colonies d'essaimage.
Los colonies militaires des Romains ont été déjà, depuis longtemps, remplacées par des places fortes.
En revanche, l'industrie et le commerce ont pris un fssor inouï jusqu'alors. Les Flandres, Venise, (Jénes, constituent autant d'entrepôls où s'jimassent des richesses incalculables. Des fortunes commerciales colossales s'édifient rapidement, et il règne
dans tout le monde civilisé une fièvre qui se traduit pai' un idéal nouveau : s^enrichir vite !
Pour cela, nous lavons vu, il faut tenir les grandes routes du commerce, notamment la route des Indes, et c'est à cette unique préoccupation qu'obéissent les souverains et I»'iS '' grands découvreurs '' du xv® siècle.
Les Portugais doublent le cap de Bonne- Espérance, Christophe Colomb croit avoir trouvé une nouvelle route à l'ouest, — et aussitôt toutes les nations se précipitent à la curée.
Toutefois, dans cette course à la richesse, il y eut des sages et des fous, des modérés et des fiévreux, des prudents et des insouciants, comme nous le verrons dans la suite de cette histoire.
La plupart des pays colonisateurs songèrent à l'avenir et se préoccupèrent de le préparer, lentement mais sûrement, par des établissements stables, réguliers, et des entreprises susceptibles d'une longue durée et d'un progrès indéfini.
D'autres s'empressèrent de jouir du pré-
sent, de tuer la poule aux œufs d'or, d'épuiser jusqu'aux moelles les pays nouveaux, de sacrifier tout à YexploUalion intensive^ dans toute la force du terme, des peuples conquis. Parmi ces pays colonisateurs sans prévoyance, avides des jouissances immédiates, sans aucun souci de préparer l'avenir, l'Espagne occupe le premier rang.
Christophe Colomb avait inconsciemment découvert un nouveau monde. Co fut la proie de l'E^îpagne.
La première colonie esp.ignole fut Hispaniola (Haïti), fondée parC»lomb lui-même, lors de son premier v(»yîige, en 1402. Puis l'Espagne colonisa Cuba, Porto-Ilico et la Jamaïque.
Puis, le Mexique est conquis par Fernand Cortez (1519-1524), — et ensuit:' le Pérou, le Chili, Quito, par Pizarre et par ceux qui continuèrent son œuvre.
Bref, l'Espagne, parla quantité d'or qu'elle extrait de rensemi)le de sns p )ss'^ssions, prend place à la tète des nations.
Mais qu'était-ce que les coloni(\s espagnoles? Des colonies de conquête, immédia-
tement transformées en colonies d'exploitation, — exploitation à outrance, sans merci, de toutes les ressources qu'elles pouvaient présenter.
La Mùre-Patrie ne les considérait que comme autant de coffres-forts, dans lesquels elle puisait sans retenue.
Elle les fondait uniquement pour s'y livrer à la recherche de Toret de l'argent.
Les points occupés militairement constituaient autant de forteresses destinées à défendre racc('s du continent contre les tentatives étrangères : Vera-Cruz, Cumana, Carthagéne, Valencia, Caracas et Porto-Bello furent les principales.
Les autres villes n'étaient, à proprement parler, que de vastes magasins, où s'entreposaient les métaux précieux. Telles étaient Acapulco, Panama, Lima, Concepçion et Buenos-Ayres.
Le pouvoir royal, — moins éclairé sur ses propres intérêts que ceux de France et de Portugal, — ne sut pas faire tourner au profit de l'Etat ce (lot de richesse qui débordait sur l'Espagne.
DK LA COLONISATION 70
Ferdinand était un fantôme de roi. Toute
sa gloire fut l'œuvre dlsabelle et des
hommes qui entouraient cette reine intelligente et politique.
Il laissa toute une bande daventuriers avides et insatiables se ruer sur les terres découvertes.
Dans certaines crises sociales, l'homme se rapproche de la bcte et semble se complaire ù faire litière de ce que Dieu hii a donné pour le distinguer du reste de la création. L'histoire de la colonisation cspngnole est un enchaînement de forfaits, une longue suite de crimes et d'uttentals contre les lois divines et humaines.
Des bandes sans nom, sous lu conduite de chefs déshonorés, exploitaient au gré de leurs passions, guidés seulement par l'amour du lucre, ces terres vierges de souilhires, et c'est par les tortures qu'ils leur firent endurer que les indigènes du Nouveau-Monde connurent les Espiignols.
Saint-Domingue, Cuba, le Mexique, le Pérou, et bien d'autres contrées, furent le théâtre d'odieuses violences.
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La religion servit souvent de prétexte à toutes les spoliations.
Une administration inquisitoriale, cafarde, calquée, pour tout dire, sur celle de la métropole, pesa lourdement sur les territoires conquis.
De colons, point ! Les colonies espagnoles ne comptaient que des fonctionnaires royaux et des indigènes esclaves.
Alors qu'une colonisation douce, équitable, savante, intelligente, aurait assure à l'Espagne une prospérité et une force durables, ce pays mit la violence au service de la plus cynique cupidité. Cette polémique aveugle devait hâter sa ruine, et la rejeter pour longtemps en dehors du concert actif des autres nations.
Le grand Charles-Quint lui-même rendit des édits bizarres, et fit promulguer des lois prohibitives, dont la rigueur acheva de semer l'anarchie dans sa fantaisiste administration coloniale.
Los produits américains, si Ton en excepte les bois précieux, les oiseaux rares, les métaux d'or et d'argent, étaient dédaignés par
un gouvernement inexpérimenté et inintelligent.
La seule préoccupation économique que Ton vit poindre dans ce chaos fut encore une erreur et une faute. Pour favoriser son industrie et son agriculture, TEspagne leur réserva la fourniture en Amérique de toutes les denrées européennes.
C'était favoriser l'exportation nationale au détriment de l'industrie et de la culture coloniales.
C'était, pour le bien de quelques ateliers métropolitains, paralyser les efforts et le développement des pays annexés. Et cela, au ivbs grand détriment de l'intérêt bien entendu de la nation.
En effet, l'extraction des métaux précieux devait fatalemonl, tôt ou tard, éprouver au moins un ralentissement, sinon une fin. Il étaitdonc imprudent de limiter le rendement colonial aux seuls produits alors exploités, c'est-à-dire, à l'or et à l'argent, si on ne voulait pas, de gaieté de cœur, arriver à ne posséder finalement que des non-valeurs.
Il aurait été beaucoup plus sage de favori-
ser certaines industries indigènes et la culture des produits exotiques dont l'abondance aurait amélioré la condition des habitants de la Mère-Patrie ; -— tandis que, par ce dangrereux système, on enrichissait quelques traitants au détriment des colonies et sans grand profit pour TEtat.
Ainsi, on défendit aux colonies de produire le vin, le chanvre, le lin, les vaisseaux, la poudre, le sel, etc. C'était du progrès à rebours.
Puis, quand la route fut connue des étrangers, on multiplia les obstacles, les lois fiscales et prohibitives pour consolider, pour fortifier le monopole concédé aux traitants espagnols.
On recourut aux tarifs douaniers. Enfin, on interdit à tout vaisseau étranger de relâcher sur les côtes du Nouveau-Monde, même pour réparer ses avaries.
Toute la politique de l'Espagne à l'égard de ses colonies peut donc se résumer en ces quelques mots :
« Ruiner l'indigène au profit du colon, et déposséder celui-ci *au bénéfice de la Mère- Patrie. »
Singulière politique d'hommes d*Etat à courte vue, qui coûta à TEspagne autant d'or que de larmes, autant de larmes que de sang.
Certainement, à cette époque, aucun des Etats de l'Europe ne concevait le commerce sans monopole.
Mali, le grand tort de l'Espagne, ce fut de pousser ce principe jusqu'à ses extrêmes limites
Elle désigna Séville, puis Cadix comme ports uniques du commerce avec les Indes occidentales.
C'est de là que partaient les galions, accompagnés de navires de guerre.
Quel fut le résultat de tant d'aveuglement ?
C'est que vers la fin du xyi** siècle et au commencement du xvii'', tout le négoce de l'Europe avec les colonies espagnoles était tombé entre les mains des Français et des Italiens.
L'E^pugne avait semé la servitude, — elle récolta la révolte.
Ce grand empire se désagrégea comme un
roc ruiné, et ses débris allèrent grossir les possessions des nations voisines, ou se constituèrent en Républiques indépendantes, ne retrouvant d'unité que dans la haine commune qu'ils avaient vouée au nom espagnol.
Il semblerait que d aussi terribles mésaventures eussent dû servir de leçon aux gouvernants espagnols et leur faire modifier leur système colonial, afin de conserver les derniers fleurons de la splendide couronne de possessions que les conquistadores avaient acquises à la péninsule.
Il n'en fut rien cependant.
A Cuba, à Porto-Rico, aux Philippines, l'Espagne suivit les mômes errements. Ces riches possessions continuèrent à jouer, vis-à-vis de la métropole, le rôle de tributaires exploitées à outrance et sous toutes les formes, pour combler les déficits permanents des budgets métropolitains.
Mais les taxes excessives légalement établies par la Mère-Patrie n'étaient pas les seules qui fussent prélevées sur les habitants des colonies. Il est notoire que le gouvernement de ces possessions était généralement
conlViv à de grands personnages de la métropole, dont la fortune avait subi des atteintes et qui avaient besoin de se '' refaire."
Sauf exceptions, ces grands personnages se créaient tous, rapidement, des fortunes colossales, en mettant en œuvre tous les moyens que leur procurait leur pouvoir : concussions, vente des charges et des faveurs, fraudes, contrebande, commerce clandestin des esclaves, etc., etc.
D'ailleurs, tous les fonctionnaires coloniaux, à n'importe quel degré de la hiérarchie, étaient originaires de la métropole. On n*en choisissait aucun parmi les habitants de la colonie. Tous avaient pour unique préoccupation de profiter de leurs fonctions pour se procurer, per fas et nefas^ les plus gros bénéfices qu'il leur fût possible de réaliser, pendant le court délai d'occupation de leur poste, puis ils cédaient la place à de nouveaux venus, affamés, voraces, avides, qui continuaient, et exagéraient parfois, ces mômes traditions.
Avec un pareil régime, il n'est pas étonnant que TEspagneaiteu souvent à réprimer
à grands frais des révoltes terribles dans ses dernières possessions d'outrc-mer.
On sait comment les Etats-Unis, profitant de la dernière crise de ce genre qui s'est produite, a définitivement enlevé à l'Espagne ses possessions d'Amérique et d'Océanie.
Aussi, que reste-t-il aujourd'hui à TEspagnc de cet immense empire colonial sur lequel " le soleil ne se couchait jamais? ''
Des bribes insignifiante^, en Afrique :
Les îles Canaries, les îles de Fernando-Po et dWnnobon dans le golfe de Guinée, — et les '' Présides, '' sur la côte du Maroc : Geuta, Pénon de Vêlez, Melilla, Alhucemas.
C'est tout !
C'est un des plus lamentables efTondremcnts qu'ait enregistré l'histoire, — et c'est, il n'y a pas à le contester, une conséquence inévitable du système colonial adopté par l'Espagne : l'exploitation à outrance !
La meilleure preuve de ce fait, c'est qu'il y a eu, et qu'il y a encore bien d'autres colonies d'exploitation, qui n'ont pas éprouvé le même sort que celles de l'Espagne, uniquement parce que le système employé pour les
gérer a été sage et prévoyant, — au lieu d'être abusif cl tyrannique.
Les modèles du genre sont certainement les colonies néerlandaises de Tlnsulinde.
La cause initiale qui porta le génie entreprenant des Hollandais vers la colonisation est extrêmement curieuse... Ce fut la haine de Pélranger! Voici comment.
L'Espagne, en absorbant le Portugal, sous Philippe II, engloba du môme coup dans ses
possessions l'ensemble des colonies portugaises.
Puis, le sombre successeur de Charles- Quint fit aux Pays-Bas cette guerre atroce qui suscita tant de haines contre l'Espagne. Les Hollandais, ces '* facteurs de la mer, " comme ils étaient appelés, ces '' marchands de fromage, '* suivant l'orgueilleuse et insultante expression de Louis XIV, enveloppaient dans la même rancune les Portugais, devenus sujets de Philippe II.
Or, les Hollandais possédaient alors une puissante marine.
Ils firent la chasse aux navires portugais, et c'est en les poursuivant qu'ils pénétrèrent pour la première fois dans Tlnde, en 1595.
Us s'emparèrent bientôt de Java, d'Amboine, de Ternate, de Ccylan et de Macassar.
Comme ils étaient très industrieux et très persévérants, leurs colonies prospérèrent.lls conclurent de solides traités avec les indigènes, et parvinrent à se créer une situation exceptionnelle.
A peu près à la môme époque, ils s'établirent au Brésil, et plus tard à Saint Eustache, à Tabago, à Curaçao et à la Guyane.
Us fondèrent deux Compagnies des Indes dont le succès fit le désespoir de Richelieu et de Colbcrt.
Ce fut la Compagnie Hollandaise des Indes orientales qui, la première, fonda un établissement au Cap de Bonne-Espérance pour servir de point de relâche et de ravitaillement aux navires faisant le trafic entre l'Europe et rExtrcme-Orient. Ce fut le premier germe de la colonie du Cap et des deux Républiques boers de l'Orange et du Transvaal.
Le but de la colonisation hollandaise était publiquement avoué. Ses promoteurs ne déclaraient pas hypocritement qu'ils brûlaient d'aller porter à de malheureux infidèles les
lumières de la religion, — quitte ensuite ù massacrer des millions d'indigènes pour un peu d'or. Les Hollandais étaient des marchands qui cherchaient des fournisseurs et des clients. Ils n'avairint aucune raison pour cacher le caractère mercantile de leurs expéditions.
Les Portugais, les Espagnols et les Français, n'étaient pas, h la vérité, dans la même situation indépendante que les Hollandais vis-à-vis de la suprématie alors considérable du Saint Siège.
Aux Portugais et aux Espagnols, la papauté avait concédé des privilèges d'où venait, en partie, leur puissance, et qu'ils tenaient à conserver. Ils étaient donc tenus à se prêter complaisamment aux entreprises religieuses faites à Toccasion des expéditions coloniales.
Les Français, désireux d'obtenir les mômes avantages, devaient aussi, de leur côté, favoriser l'expansion religieuse.
Mais il en était tout autrement des Hollandais, absolument détachés de Rome, et dégagés, par conséquent, de semblables préoc-
cupations. C'est môme ce qui distingue, à cette époque, la Hollande des autres puissances coloniales de TEurope.
Depuis l'année 1616 jusqu'en 1626, ses navigateurs découvrirent la Nouvellc-HoHande, la Terre de Van-Diemen et la Nouvelle-Zélande.
Bien que les guerres aient fait perdre, depuis lors, à la Hollande, une partie des vastes possessions qu'elle avait su acquérir, elle a conservé, entre autres conquêtes, Tlnsulinde, qui est peut-être la plus belle colonie du monde.
L'Insulinde, par sa position géographique, par son climat, par sa nombreuse population indigène active et industrieuse, est principalement une colonie d'exploitation.
L'Européen ne peut y coloniser à proprement parler, c'est-à-dire s'y livrer aux travaux qu'exigent les cultures et les industries coloniales. Son rôle est tout entier de gouvernement et de direction.
H ''exploite " le pays, — il ne peut le '' peupler. "
C'est là le caractère essentiel qui distingue
les colonies d'exploitation, où domine Tùlément indigène, — des colonies de peuplement y où de véritables colons européens peuvent s'établir en niasses, cultiver le sol, et prospérer exactement comme dans la métropole.
Par exemple, Tlndo-Chine est une colonie d*exploitation, — tandis que TAlgérie est une colonie do peuplement.
On a vu comment TEspagne avait compris \qs colonies d'exploitation. Elle les avait dépeuplées, puis elle avait dû y introduire des travailleurs noirs pour remplacer la population primitive, et enfin, la population mixte issue des migrations d'Européens et des croisements avait été s«)umiseaux pires exactions.
Les Hollandais, pratiques et prévoyants, se gardèrent bien d'employer le môme système. Ils eurent le grand art, Tart suprême de gouvernement, qui consiste à ne rien modifier aux usages et aux habitudes séculaires des populations indigènes. Ils laissèrent à ces dernières leur organisation politique et sociale, leurs lois, leur système de taxes et d'impôts et même leurs gouvernants.
Seulement, au-dessus de ces formes so-
cialcs conservées, planaient les fonctionnaires et les résidents européens, enveloppés dans une sorte d'apothéose.
Les blancs représentaient le pouvoir suprême sans entrer pour ainsi dire en contact avec les populations. Lorsqu'un résident européen faisait une promenade sur une route de Java, tous les indigènes qui Tapercevaient se prosternaient aussitôt dans la poussière, osant à peine le regarder.
Los Hollandais sont certainement les colonisateurs qui ont voulu et qui ont su maintenir le prestige du blanc. Les Boers ont conservé ce môme système vis-à-vis des indigènes de l'Afrique australe. Peu entichés de principes égalitaires, en dehors des droits des burghers, ils ont conservé cette idée, qui a son origine dans la nature même des choses, que le blanc, être supérieur, doit commander, — que le noir, être inférieur, doit obéir.
Cette idée est à la base de toute Thistoire de la colonisation hollandaise.
Mais aussi quelle admirable organisation que celle de l'Insulinde au point de vue du
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rendement commercial et financier. Jamais une affaire d'ordre économique ne fut aussi parfaitement administrée.
Toutes les critiques qu'a suscitées le système colonial des Hollandais daîis l'Insulinde, — et cela en Hollande môme, — sont d'ordre purement politique.
En réalité, c'est l'exploitalion économique d'une possession extérieure, pour le plus grand bien de la métropole, mais sans oublier, — comme l'avaient fîiit les Espagnols, — qu'une semblable expl()it:ition ne peut être durable qu'autant qu'il est tenu compte des intérêts de la colonie.
Les Espagnols se sont conduit^ comme un propriétaire forestier qui saignerait ses bois *' à blanc, " sacrifiant tout l'avenir pour le présent.
Les Hollandais se comportent, au ronlraire, comme un administrateur habile, qui rrgle ses coupes annuelles suivîinl la capacité exacte de ses forets, et qui n'Iiésite pas à améliorer ses futaies et ses taillis, toutes les fois qu'il voit la possibilité d'en augmenter
le rendement, ou pour empêcher celui-ci de diminuer.
L'Angleterre fut, pendant fort longtemps, dans rincapacité de lutter, sur le terrain conial, avec les Espagnols, les Portugais, les Hollandais, et môme les Français.
La formation de la Compagnie des Indes, en 1600, fui la première étape qui la conduisit à la conquête de son vaste empire colonial, constitué surtout aux dépens des nations rivales.
L'Inde anglaise, enlevée aux Français, est la plus vaste colonie d'exploitation qui existe au monde.
Le système colonial qui y fut adopte, d'abord par la Compagnie, puis par le Gouvernement britannique, tient à la fois du système espagnol et du système hollandais, mais toutefois sans avoir tous les défauts du premier et toutes les qualités du second.
C'est un système mixte, hybride, qui exploite le plus possible, sans dépasser certaines limites, — et qui ne dépense que le strict nécessaire pour conserver et pour réparer le domaine exploité.
Parmi les possessions extérieures de la France, il n'y a guère que Tlndo Chine que Ton puisse considérer comme une colonie d'exploitation.
Mais la France a une manière toute spéciale d'exploiter ses colonies.
Elle a transporté partout les errements de l'administration métropolitaine, avec son énorme personnel de foncticmnaires inutiles, sa paperasserie, ses dépenses que ne justifie aucune nécessité véritable, et (pii en font l'administration la plus coûteuse du monde.
Alors que toutes les puissances coloniales se sont efforcées de réduire le personnel et le budget afTectés à leurs possessions extérieures dans les plus strictes limites, — le budget et le personnel colonial grossissent en France dans des proportions que ne justifient ni les services rendus, ni les résultats obtenus.
Presciue partout, la métropole est obligée de suppléer à l'insuffisance des budgels locaux, et, dans les rares coloiiicvs où l'on arrive à balancer h^s recett(\s et b.'s dépenses, on se hâte d'augmenter lepersonniM colonial
OU d'entreprendre des travaux coûteux, afin qu'il n'y ait jamais d'excédents disponibles.
Comme les échanges commerciaux de la France avec ses colonies ne contrebalancent nullement ce que nous coûtent celles-ci, il en résulte que nous nous trouvons dans la même situation qu'un propriétaire foncier qui entretiendrait à grands frais des fermes dontil ne toucherait jamais les fermages.
Il pourrait être très fier de l'étendue de ses terres, — et certes nous ne nous privons pas du plaisir de faire sonner bien haut le nombre de kilomètres carrés de notre empire colonial, — mais s'il n'avait que leur revenu pour vivre, il serait fort exposé à mourir d'inanition.
Aussi, n'avons-nous rangé l'Indo-Chine française parmi les colonies d'exploitation qu'en raison de sa similitude apparente avec rinsulinde, et avec l'Inde anglaise, et plutôt pour faire ressortir le contraste qu'elle présente avec ces dernières.
Mais, en réalité, cette colonie, comme d'ailleurs presque toutes les colonies françaises, doit être placée dans une toute autre
catégorie, celle des colonies de pure souveraineté, dites colonies d'expansion, et dont la seule utilité réelle a été depuis longtemps définie en ces termes :
— Ce sont des points d appui pour la flotte!
Et encore y aurait-il beaucoup à redire sur ce point, comme nous le verrons ci-après.
11 existe enfin une '* colonie d'exploitation, ", tard venue dans le monde colonial, et qui porte une toute autre étiquette, mais qui mérite tout h fait ce nom.
C'est VElat indépendant du Congo.
On connaît ses origines, tout emmiellées de sciQnce et de philanthropie.
L'excellent homme d'afi'aires qu'est Sa Majesté Léopold 11, roi des Belges, avait réuni en son palais de Bruxelles les sommités de Texploration et de la science géographique de tous les pays pour leur soumettre une idée qui ne manquait pas de séduction. (12, 13 et 14 septembre 1876).
Au lieu d'épuiser isolément tant de précieux efforts en vue de l'exploration de l'Afrique centrale, ne valait-il pas mieux grouper ces efi'orts, et marcher de concert
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à la conquête scientifique du continent noir, par une entente internationale et des expéditions méthodiques de pùnétration, qui serviraient en même temps la cause de la civilisation, en mettant Vlïï h la traite des noirs ?
Le projet était trop beau pour ne pas rencontrer des approbations unanimes. \S Association internationale africaine était née, sous le haut patronage du roi des Belges.
Les premières entreprises qu'elle accomplit (1877-1880) furent modestes et en rapport avec son but primitif, mais dès que Stanley, après satraverséedu continent noir et sa découverte du cours du Congo, eut conféré à Bruxelles avec Léopold II, et fut entré au service de l'Association, les opérations de celles-ci changèrent complètement de caractère. Stanley avait parlé d' " immenses richesses '' à conquérir.
On sait la course de vitesse qui eut lieu, sur les rives du Congo, entre Savorgnan de Brazza et Stanley. Celui-ci se mit l\ annexer des territoires pour le compte du Comité d'éludés du liant-Congo^ accomplissant ainsi de véritables actes de souveraineté. Les an-
ncxions succédant aux annexions, V Associaiion internationale africaine et le Comité d'études du Haut-Congo disparurent, absorbés par Y Association internationale du CongOy qui émettait des prétentions à la souveraineté sur tout le bassin du Congo.
Le roi Léopold II eut la suprême habileté d'utiliser les rivalités des puissances coloniales en Afrique pour faire reconnaître cette souveraineté pur la conférence africaine qui s'ouvrit à Berlin, le 15 novembre 1884, et dont VActe Général, signé le 20 février 1885, mit fin il l'Association internationale, en constituant VElat indépendant du Congo, sous la s )uveraineté personnelle de Léopold II, roi des Belges.
Ce but, si longtemps visé, une fois atteint, il s'agissait de recueillir les bénéfices de si longs efforts.
Une double aclion parallèle fut aussitôt entreprise. La première avait pour objet de déborder sur tout le pourtour dos frontières du Congo, afin d'étendre dans la plus large mesure la sphère d'exploitation où l'on pouvait opérer. C'est ainsi que d'immenses ter-
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ritoires furent arracl)és au Porliigal sur le
Kassaï, à la France sur TOubanghi.
La seconde avait pour ol)jet de se procurer, n'importe comment, le plus de ressources possible, en arrrachant aux indigènes, per fas et surtout per nefas^ tous les stocks de caoutchouc et d'ivoire disponibles.
Sous prétexte de délivrer les esclaves, on enrôlait de force, dans les milices, esclaves et hommes libres, et toute résistance opposée à ces pillages et à ces violences, fut Toccasion d'épouvantables massacn-s.
L'Etat indépendant du Congo a appliqué le système colonial de l'Espagne avec un redoublement d'avidité et de férocité.
Certes, si l'on consulte les renseignements officiels, il semble que tout aille pour le mieux dans le meilleur des Congos possibles, — mais toutes les fois que Ton a l'occasion de consulter en secret un témoin oculaire de ce qui se passe là-bas, les révélations sont effrayantes.
C'est le pillnge organisé au sein de nations décimées et terrorisées, la haine de la race blanche semée avec une inconscience inouïe
au centre de l'Afrique, et se traduisant par des révoltes et par des massacres de résidents, non seulement de la part des tribus indignement exploitées, mais aussi, ce qui est encore plus caractéi-istique et symptomalique, de la part des milices régulières, (|ui massacrent leurs chefs, désertent avec leurs armes et leurs munitions, et deviennent les ennemis les plus redoutables de TEtat.
En façade, le chemin de fer du Conco et quelcpjes Compagnies congolaises plus ou moins prospères servent de trompe l'œil.
En réalité, la ruine et l'iinarchie sorjl prochaines.