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L’EMPLACEMENT

Le projet de loi relatif à l’Exposition, déposé par le Gouvernement sur le bureau de la Chambre le 2 1 novembre 189b, consacrait le principe de l’unité d’emplacement, avec la réserve d’une annexe à Vincennes pour y donner des fêtes sportives, des concours, etc. Ce texte prévoyait l’emplacement de tout le parc du Trocadéro pour l'Exposition coloniale dans les termes suivants : « Au Trocadéro , l’Algérie, la Tunisie, les autres colonies ou pays de protectorat étaleraient leurs constructions multicolores en un joyeux amphithéâtre , et détacheraient les silhouettes caractéristiques de leur architecture sur un fond de végétation luxuriante. Ce serait l’une des parties les plus attractives de l’Exposition. »

Ap rès les rapports successifs de M. Bouge, député, et de M. Lourdes, sénateur (3 février, 9 juin 1896), le projet de loi fut adopté par les Chambres, et la loi relative à l’Exposition universelle fut promulguée le 1 6 juin 1896. Elle conservait les termes du projet concernant l’emplacement de l’Exposition coloniale.

En 1889, la superficie totale affectée aux colonies et pays de protectorat était de 3/j,65o mètres carrés, dont 28,825 mètres carrés pour les colonies.

La surface bâtie comprenait 1 o,646 mètres carrés.

Pour 1900, le parc entier du Trocadéro offrait une étendue plus considérable que celle affectée aux colonies

et pays de protectorat sur l’esplanade des Invalides. Celte augmentation était tout au moins indispensable, car notre domaine colonial s’était considérablement accru depuis 1 889 ; l’écart des chiffres élait le suivant, pour l’étendue et la population de nos possessions d’outre-mer :

En 1889, surface totale des possessions

françaises . 3,65o,ooo k. q.

Population . 36, 000, 000 liât».

Dans ces chiffres on ne comprend pas Madagascar, où nous ne possédions que Diégo-Suarez.

En 1898, surface totale des possessions

françaises . 7,84o,ooo k. q.

Population . 5o, 000, 000 liai).

Ces augmentations provenaient de :

Madagascar . 090,000 k. q.

Congo et Oubanghi . i,roo,ooo

Soudan et Boucle du Niger . 2,000,000

Total . 4,190,000 k. q.

Dai ts ces chiffres qui se sont encore notablement surélevés en 1900, n 'étaient pas compris certains territoires acquis en Indo-Chine, mais où notre occupation n’était pas encore effective.

Les coloniaux se tenaient pour satisfaits de l’emplacement qui leur était octroyé par la loi. Le Délégué dut attendre les demandes de terrain des comités locaux, avec l’intention d’opérer ensuite la répartition de l’ensemble en se basant sur ces diverses demandes.

RAPPORT GENERAL

NOS COLONIES

Mais en juillet i 896 le Commissaire général prévint le Délégué des colonies qu’en raison de l’extension prise par les expositions étrangères il se trouverait peut-être obligé de placer, dans le parc du Trocadéro, certains palais qui n’avaient pas été prévus lors de l’avant-projet.

Le Ministre des colonies se trouva dès lors dans la nécessité d’adresser aux gouverneurs une circulaire les invitant à lui faire connaître, d’urgence, les superficies réclamées parleur colonie, et, le 22 novembre 1896, le Délégué pouvait fixer au Commissaire général le chiffre de 4o,ooo mètres carrés comme indispensable à l’Exposition coloniale, dont 20,000 mètres carrés étaient réservés à l’Indo-Çhine , 6,000 pour quatre bâtiments principaux (palais central, petites colonies, Côte occidentale d’Afrique, Madagascar), 2,000 pour des pavillons annexes (serre, constructions diverses, etc.), plus 5o p. 100 pour les routes et jardins.

Le 1 5 avril 1897, le Commissaire général arrêta un plan de lotissement du Trocadéro, qui, déduction faiLe des chemins, laissait aux colonies une superficie peu différente de celle de 1889, à laquelle il convenait d’ajouter la galerie Ouest du Trocadéro et une partie du quai de la Seine — rive droite — en aval du pont d’Iéna. Le parc du Trocadéro était divisé en deux parties : celle de droite affectée à l’Algérie et aux colonies étrangères, celle de gauche aux colonies françaises, à la Tunisie et au Palais du Groupe XVII.

Le Ministre des colonies, sur la proposition du Délégué, exprima au Commissaire général de l’Exposition son regret de voir ainsi réduire les espaces primitivement

promis (lettre du ier juillet 1897). Le Commissaire général lui lit observer que, sans compter le groupe de la colonisation, qui occuperait q,5oo mètres carrés, l’ensemble des possessions françaises disposait de 4ô,3oo mètres carrés, chiffre notablement supérieur à celui de 1 889 (7 juillet 1897).

D’autre part, une certaine émotion avait gagné le monde colonial, qui tenait à avoir la faculté pleine et entière de démontrer les progrès accomplis dans ces dernières années. A la rentrée du Parlement, le bureau du groupe colonial de la Chambre présenta à M. Boucher, Ministre du commerce, une pétition signée par la plupart des députés appartenant à ce groupe et par un certain nombre de personnalités s’occupant depuis longtemps, avec beaucoup d’énergie et d’activité, des questions coloniales. Celle pétition demandait que l’Exposition coloniale fût installée, non pas sur les terrains de l’Exposition universelle, mais en dehors de Paris.

« A mesure, disaient les pétitionnaires , que le plan de l’ Exposition universelle se précise, un fait devient de plus en plus évident, c’est que remplacement réservé aux colonies est sans proportion avec l’importance (/ue leur accorde aujourd’hui l’attention publique. »

Celte démarche souleva aussitôt une série de discussions dans les journaux, dont un certain nombre opposait le principe de l’unité d’emplacement de l’Exposition aux vœux formulés par les coloniaux.

Elle motiva un rapport adressé au Ministre des colonies par le Délégué, étudiant la question du transfert de 1 Exposition coloniale à Saint-Cloud.

NOS COLONIES

Dans une lettre du 5 décembre 1897, le Délégué résumait ainsi les raisons qui lui avaient fait écarter les emplacements autres que celui de Saint-Cloud :

i° Pour Versailles, voyage d’une durée minima de deux heures et d’un prix minimum de 2 francs, aller et retour, en plus d’un ticket d’entrée et des frais de nourriture indispensables ;

20 Pour Saint-Germain, mêmes inconvénients, plus la difficulté des transports qui devraient se faire par une seule ligne ;

3° Pour Meudon, nécessité de construire d’une part un chemin de fer, d’autre part un funiculaire, et impossibilité d’emmener par les trains et les bateaux plus de 1 5,ooo personnes en une heure, chiffre insuffisant;

4° Pour le plateau de Courbevoie, outre les difficultés des transports, une augmentation de frais par la nécessité de louer des terrains appartenant à des particuliers;

5° Pour Je bois de Vincennes, malgré le chemin de fer, les tramways et les bateaux, transports moins faciles qu’à Saint-Cloud; de plus, la grande masse des étrangers se loge près de la gare' Saint-Lazare et aurait à prendre une voiture ou un tramway pour gagner la gare de Vincennes; enfin, les terrains ne pourraient être mis à la disposition de l’Exposition que par la Ville de Paris;

6° Enfin, pour Bagatelle, dont I emplacement est situé dans la zone d’octroi de Paris, et, par suite, ne soulève pas les objections de la Ville à ce sujet, ainsi qu’il en est pour tous les projets en dehors de celle zone, la difficulté de trouver des moyens de transport suffisants est plus grande que partout ailleurs.

En résumé, de tous ies emplacements proposés, le parc de Saint-Cloud semblait au Délégué le seul qui pût être adopté.

Cette question de l’emplacement de l’Exposition coloniale, soulevée au sein du Parlement et dans la presse, fut agitée également au Conseil municipal de Paris.

Dans sa séance du 27 mars 1893, le Conseil municipal avait adopté l’avis que l’Exposition universelle de 1900 devait avoir lieu au Champ-de-Mars , mais qu’il convenait d’établir une annexe à Vincennes. A la suite de la démarche faite par le groupe colonial de la Chambre auprès du Ministre du commerce, M. Quentin-Bauchart fit prendre par le Conseil municipal, le 3 décembre 1897, une délibération par laquelle le Conseil, désirant maintenir intégralement à Paris l’Exposition universelle et rappelant la convention signée entre l’Etat et la Ville de Paris, protestait contre les projets tendant à installer l’Exposition coloniale hors Paris.

Mais le 2 3 du même mois la même assemblée, sur l’initiative de M. Fourest, prenait une nouvelle délibération , émise la veille par le Conseil général de la Seine , sur l’initiative de M. Coll y, par laquelle, considérant que l’Exposition coloniale 11e pouvait trouver place dans l’enceinte de l’Exposition, elle demandait que cette Exposition coloniale fût installée au bois de Vincennes.

C’est alors que le Gouvernement institua, pour étudier la question, une commission interministérielle composée de la façon suivante : MM. le Ministre du commerce, président; le Ministre des colonies; Morel, sénateur; Charles-Roux, député, rapporteur du budget

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du commerce; Riotteau, député, rapporteur du budget des colonies; Etienne, député, président du groupe colonial; Puech, vice-président du Conseil municipal de Paris; Picard, commissaire général de l’Exposition de 3900; Bouvard, directeur des services d’architecture à l’Exposition ; Dislère , Délégué des colonies et pays de protectorat ; Scellier de Gisors , architecte de l’Exposition coloniale; Régnault, consul général, représentant la Tunisie; Saladin, architecte de la Tunisie; Ballu, architecte de l’Algérie.

La commission tint une première séance le 26 janvier 1898. Le Délégué des colonies y fit tout d’abord l'historique de la question. Il rappela les conventions soumises au vote du Parlement et les indications fournies par les rapporteurs à la Chambre des députés et au Sénat concernant l’Exposition coloniale 3 le parc du Trocadéro avait été affecté dans son entier à cette Exposition, et la surface ainsi déterminée paraissait suffisante pour y loger, dans de bonnes conditions, i’ exposition de nos établissements d’outre-mer. Mais le développement progressif des demandes de l’étranger vint modifier la situation première et déterminer le resserrement de l’Exposition coloniale française sur la partie Ouest du parc du Trocadéro; seule, l’Algérie resta dans la moitié Est du parc. Telle fut la distribution arrêtée en 1897 et approuvée par M. le Commissaire général.

« Dans cet état, disait avec raison mon honorable prédécessear, il semblait encore, à première vue, que les Sâ,792 mètres carrés de surface utilisable pouvaient donner, dans une certaine mesure, satisfaction aux demandes de nos

colonies , bien que l’Indo-Chine à elle seule eut demandé, dès le début, 31,600 mètres carrés sans les jardins et l'espace nécessaire au village laotien quelle se proposait d’édifier. Cependant, en tablant sur Y accroissement survenu dans notre empire colonial, depuis une dizaine d’années, et en considérant que son commerce, dans la même période, avait augmenté de plus de 50 p. 100, il était possible de prévoir que notre Exposition coloniale ne disposerait pas en 1900 d’un espace suffisant. »

Depuis avril 1897, la situation s’était encore modifiée; d’une pari, il avait été décidé que l’Algérie serait transférée de la partie Est du Trocadéro sur les emplacements occupés par les deux parterres parallèles, au centre même du paie, modification regrettable, car elle avait l’inconvénient d’enlever de l’air à ce coin de l’Exposition, où plus lard on reprocha aux pavillons d’ètre trop les uns sur les autres ; elle masquait l’entrée principale des pavillons tunisiens, et enfin elle privait l’Exposition d’une de ses plus belles perspectives, celle du Champ-de-Mars , d’une part, et du Trocadéro, de l’autre. Enfui, d’après un plan relevant les plantations du Trocadéro et communiqué par le Service d’architecture en octobre 1897, il y avait nécessité de conserver certains arbres dont la transplantation 11e pouvait se faire avec chance de reprise ; ces arbres se trouvaient au nombre d’environ 200 dans la partie Ouest du parc affecté aux colonies françaises.

C’était là un nouvel obstacle dont il fallait tenir compte dans la répartition des emplacements et dans la disposition des constructions à édifier. En présence de cette situation de plus en plus difficile, de violentes et justes réclama-

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lions s étaient fait jour depuis quelques mois déjà. Un certain nombre d’idées avaient été soumises à M. le Ministre des colonies et étudiées par le Service de l’Exposition coloniale. En ce qui concerne les projets comportant un transfert de l’Exposition des colonies en dehors des limites de l’octroi de Paris, deux objections principales étaient à envisager : la première était celle qui résultait de la convention du 18 novembre 1895, passée entre l’Etat et la Ville de Paris, sur le vu du plan général de l’Exposition, plan qui ne pouvait être modifié sans l’assentiment de cette dernière; la seconde provenait de ce que ce transfert, motivé par un besoin d’accroissement de l’Exposition coloniale, nécessitait une notable augmentation des crédits prévus à l’origine.

A cette dernière objection, on avait opposé un moyen de se procurer des ressources sans faire appel au budget métropolitain ; ce moyen consistait à faire émettre par toutes les colonies et par les pays de protectorat un emprunt spécial dont le montant devait être affecté à la création de l’Exposition coloniale; chacun de ces pays d’outremer devait contribuer à l’emprunt dans la mesure de ses ressources personnelles.

Pour rejeter ce système comme inapplicable, le Délégué faisait remarquer, d’une part, que les ressources des colonies étaient loin de correspondre, pour la plupart d’entre elles, aux dépenses qui seraient nécessaires pour leur exposition particulière, et que, par suite, les colonies, qui feraient elles-mêmes les frais de leur exposition, seraient encore contraintes de s’endetter pour couvrir les dépenses afférentes à l’exposition des colonies moins for-

tunées; la proportionnalité ne pourrait donc pas exister en fait. En second lieu, l’état de la législation coloniale devait rendre impossible toute réalisation d’emprunt pour certaines colonies, sans le vote de modifications importantes, ce que le temps qui restait à courir jusqu’en 1 900 ne permettrait pas d’accomplir, dans les hypothèses les plus favorables.

Il fallait, par suite, prévoir que le budget métropolitain devrait faire une avance de 758 millions, si l’on transportait l’Exposition coloniale hors de Paris.

Ces deux objections supposées écartées et les questions de principe qu’elles soulevaient supposées tranchées favorablement par les Pouvoirs publics, le Délégué examinait d’abord les divers projets portant sur des emplacements situés à l’extrémité des limites de l’octroi, les seuls qui permissent le transfert de l’Exposition coloniale entière :

i° Versailles. — Les principaux obstacles au transfert étaient l’éloignement , et par suite le prix élevé des transports, le manque de communications rapides entre le Champ-de-Mars et le parc de Versailles, dans la partie Sud duquel le projet plaçait l’Exposition coloniale, près de la pièce d’eau des Suisses; ces inconvénients majeurs suffisaient pour faire rejeter ce projet;

20 Saint-Germain. — Mêmes difficultés que pour Versailles et, en outre, communications avec Paris réduites à une seule ligne ferrée;

3° Meudon. — Le terrain proposé était disposé de telle façon qu’il était inutilisable; de plus, une seule ligne ferrée y conduisait et il 11’y avait aucune relation directe possible avec le Champ-de-Mars ;

4° Courbevoie. - — - Outre leioignement, il y avait lieu de considérer qu’il fallait louer les terrains proposés et créer des voies d’accès et de transport;

5° Vincennes. — Le dossier de ce projet venait seulement de parvenir au Ministère des colonies; mais l’éloignement de cet emplacement au dehors de Paris et du côté opposé au Cliamp-cl e-Mars ne devait pas permettre aux visiteurs de se rendre facilement d’une exposition à l’autre, faute de moyens de transport directs et rapides;

6° Saint-Cloud. — Ce projet, au contraire, semblait donner toute satisfaction au point de vue de l’emplacement et de la disposition des lieux; on pouvait utiliser environ 2 8 hectares dont une grande partie en terrain plat, au bord de la Seine , et le reste en amphithéâtre montant jusqu’au plateau; la dépense devait être de 7 et 8 millions. Les communications étaient assurées dans d’excellentes conditions; il existait deux lignes ferrées : la ligne de Versailles (R. D.) dont on pouvait utiliser l’embranchement conduisant à l’emplacement de l’ancien château de Saint- Cloud, et la ligne des Moulineaux reliant directement le Champ-de-Mars à Saint-Cloud; deux lignes de tramways à vapeur conduisant du Louvre et du Trocadéro à Saint- Cloud et à Sèvres; enfin la Seine devait être utilisée par un service direct de bateaux rapides entre l’Exposition universelle et Saint-Cloud. Ces divers moyens de transport permettaient d’enlever en une heure plus de 2 5, 000 voyageurs avec des prix réduits. Toutefois, il était à prévoir une moindre allluence de visiteurs qu’au Trocadéro.

Passant aux projets qui restaient dans les limites de l’octroi de Paris, on trouvait :

1 ° Bagatelle. — Ii y avait lieu de tenir compte des frais de location du terrain qui pourraient être considérables; il n’existait qu’une voie de communication, la Seine; il n’était possible d’y ajouter que deux lignes de tramways, ce qui devait être insuffisant quoique occasionnant de fortes dépenses;

2° Terrains Cail, à Grenelle. — Il fallait louer à des prix élevés à différents propriétaires pour avoir un espace suffisant et convenablement disposé ; différentes constructions en bordure du quai devaient être conservées; les moyens d’accès du Champ-de-Mars à ces terrains étaient difficiles à établir; les propositions faites manquaient d’ailleurs de précision;

3° Pelouse de la Muette. — On disposait de 4 hectares libres de toute plantation pour y élever les constructions; sous les bouquets d’arbres voisins, on pouvait disposer quelques villages indigènes. Ce terrain, peu éloigné du Trocadéro, pouvait être rattaché par une ligne spéciale de tramways qui aurait permis d’aller du Trocadéro à la pelouse de la Muette, sans sortir en quelque sorte de l’enceinte de l’Exposition et moyennant un prix minime. Une partie des colonies y aurait été installée , le reste demeurant au Trocadéro. La dépense devait être d’environ 3,5oo,ooo francs.

La situation étant ainsi nettement définie par le Délégué, la commission aborda la discussion des questions de principe.

M. le Commissaire général, après avoir déclaré que, dès l’origine, le parc du Trocadéro avait été affecté à l’ensemble de l’Exposition coloniale, et contesté les chiffres

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relatifs aux surfaces données par le Délégué des colonies, lit remarquer que la combinaison financière, sanctionnée par le Parlement, avait pour base deux conventions conclues l une avec la Ville de Paris, l’autre avec les souscripteurs de parts de garantie et les acquéreurs de bons; que l’on avait assuré à ces derniers la possiblité de voir l’ensemble de l’Exposition moyennant un ticket unique et qu’en violant ce traité on s’exposait à des revendications. De plus, les bons n’étaient pas définitivement classés; un assez grand nombre étaient encore, en portefeuille et les détenteurs saisiraient ce prétexte pour se soustraire à leurs engagements. Enfin, envisageant le cas où il serait possible de conclure un arrangement avec la Ville de Paris, le Commissaire général exposa (pie l’unité de ticket ne suffirait pas à résoudre la difficulté, car on se verrait obligé d’assurer le transport gratuit des visiteurs, ce qui nécessiterait un contrôle dont l’exercice rencontrerait, en fait, les plus grands obstacles.

M. Charles-Roux, étant donnée l’unité de ticket pour les deux enceintes, ne partagea pas les craintes du Commissaire général au sujet de l’opposition que pourraient former les établissements financiers, sur le concours desquels il était fondé à croire (pion pouvait compter jusqu’au bout.

M. P uech déclara (pie le Conseil municipal était unanime à s’opposer à toute modification du plan général de l’Exposition entraînant l’établissement d’une partie quelconque de l’Exposition en dehors des limites de l’octroi. La contribution de 20 millions votée par la Ville l’avait été en vue des bénéfices (pie pouvait rapporter aux Pari-

siens l’affluence des visiteurs de l’Exposilion. Les électeurs ne comprendraientpas que l’onsacrifiât leurs intérêts vitaux.

M. Etienne démontra l’insuffisance du projet applicable au Trocacléro. Puis, après que M. Charles-Roux eût lait remarquer, au sujet des réclamations formulées par la Tunisie, qu’il ne fallait pas entrer dans les contestations entre colonies, mais n’envisager que la nécessité de faire une exposition en rapport avec notre expansion coloniale , une discussion de détail s’engagea entre le Commissaire général et le Délégué des colonies, au sujet des surfaces, et aussi du caractère colonial du Groupe XVII. Sur la proposition de M. Etienne, la commission décida d’étudier la question sur les lieux et de se transporter au Trocacléro, le 29 janvier suivant, deux membres du Bureau du Conseil municipal devant accompagner M. Puech.

Le 3 1 , la commission se réunissait à nouveau. M. Etienne expliqua comment la commission avait pu, sur place, et aidée des plans préparés par le service spécial de l’Exposition coloniale, se rendre compte de l’insuffisance absolue des terrains mis à la disposition des coloniaux, malgré l’excellente utilisation qui en avait été faite sur les plans. Une exposition organisée dans ces conditions ne pouvait donner ce qu’on était en droit d’en attendre.

M. Charles-Roux avait ressenti la même impression que M. Etienne; l’expansion coloniale, disait-il, est un fait accompli : il est impossible de n’en pas tenir compte; il faut viser la mise en production de notre domaine d’outremer, en y intéressant le public d’une manière pratique. Les plans actuels 11e pouvaient répondre à l’importance de cette idée. M. Régnault s’exprima dans le même sens.

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Le Commissaire général estima que l’Exposition coloniale disposerait d’un espace très suffisant et demanda à sérier les questions. C’est ainsi que la commission décida tout d’abord qu’il était nécessaire d’agrandir l’espace consacré à l’Exposition coloniale, puisque les porteurs de bons avaient droit à î’ünité d’enceinte, après que M. Charles- Roux eût fait remarquer qu’on ne portait pas atteinte aux conditions prévues, du moment qu’avec un ticket unique ces porteurs pouvaient visiter toutes les parties de l’Exposition.

Devant les déclarations très nettes de M. Puech concernant l’attitude du Conseil municipal, la commission décida qu’il n’y avait pas lieu d’étudier les projets hors Paris.

Les colonies étrangères se refusant absolument à abandonner les terrains qui leur avaient été concédés au Trocadéro, le Commissaire général estima qu’il était impossible d’entamer avec elles de nouvelles négociations à ce sujet. Il restait donc à examiner deux projets : celui de la Muette, où l’on ne transporterait qu’une partie de l’Exposition coloniale, et celui de Vincennes, où on la transporterait tout entière. Pour (fue la commission put se prononcer en connaissance de cause , le Commissaire général fit étudier, avant la séance suivante, la question des voies d’accès à ces deux emplacements.

La commission se réunit une troisième fois le i 8 février et discuta spécialement le projet cle la Muette, après lecture par le Commissaire général du rapport de M. fur, ingénieur des ponts et chaussées, envisageant les deux hypothèses d’un tramway mécanique et d’un chemin de

fer aérien, ce dernier préconisé par les inspecteurs de la Ville:

Le projet de la Muette comportait une dépense de 5,4oo,ooo francs.

Le chemin de fer aérien était d’un coût relativement peu élevé. Le système de contrôle permettant aux visiteurs d’entrer à l’annexe de la Muette avec le ticket leur ayant déjà servi serait impraticable, ou tout au moins fort coûteux. Une plate-forme pour les piétons coûterait également fort cher.

Ces points établis, la commission discuta la question de savoir si l’Algérie et la Tunisie devaient rester ensemble , ou l’une d’elles seulement au Trocadéro, au cas où les colonies d’Afrique seraient transférées à la Muette.

Elle décida d’entendre MM. Lépine et Millet, ainsi que M. Paschal Grousset, sur sa demande.

Dans ce but, la commission se réunit à nouveau le 27 février. M. Lépine, trouvant que la place accordée à l’Algérie était essentiellement avantageuse, au centre du Trocadéro, estima que l’Algérie ne pouvait rien désirer de mieux.

Après quelques considérations sur les avantages que l’Exposition coloniale avait à se transporter à la Muette, M. Millet déclara que la Tunisie ne demandait qu’à s’y transporter, mais en faisant remarquer qu’il y aurait évidemment inconvénient à ce quelle fût séparée de l’Algérie.

M. Lépine déclarant à nouveau que l’Algérie n’avait aucun intérêt à abandonner le Trocadéro, M. Etienne expliqua qu’il concevait ce point de vue d’intérêt exclusif,

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mais que la pensée supérieure de notre expansion coloniale devait primer les intérêts particuliers. Une discussion s’engagea à ce sujet entre MM. Charles-Roux, Lépine, Picard et Etienne.

Quant au transfert à Vincennes, MM. Lépine et Millet s’y montrèrent opposés.

MM. Paschal Grousset et Baulard, députés de la Seine, furent entendus ensuite.

Ils exposèrent les doléances des habitants de la région Est et Sud-Est de Paris; une Exposition coloniale située à Vincennes, surtout si elle devenait ensuite permanente, devait être pour eux une compensation à l’oubli dans lequel on les avait tenus en 1878 et en 1889, malgré les promesses faites. On fit remarquer, en réponse, que la construction de bâtiments définitifs devait majorer la dépense de 1 5o p. 1 00; que les colonies, qui avaient à faire ellesmêmes les frais de leur Exposition, seraient du même coup obligées de doubler leur dépense; enfin, si l’on adoptait le projet de Vincennes, il faudrait ou y transporter les colonies étrangères, ou leur abandonner tout le parc du Trocadéro.

Ce projet fut repoussé à l’unanimité.

Il 11e restait donc plus à envisager que le projet de la Muette. MM. Etienne et Charles-Roux furent d’avis que l’exposition de l’Afrique tout entière devait v être transportée. Le Commissaire général fit observer qu’on ne pouvait rien faire à la Muette sans l’assentiment du Conseil municipal. Le Ministre des colonies répondit que si le Conseil des ministres ratifiait les décisions de la commission, il engagerait immédiatement les négociations

avec la Ville, et pourrait déposer vers le i5 mars les demandes de crédits au Parlement.

Sur les questions posées par le président, la commission décida : i ° que l’emplacement du Trocadéro était insuffisant pour y installer l’Exposition coloniale, et que, par suite, il y avait lieu de faire une annexe; 2° que l’annexe devait être établie sur la pelouse de la Muette, et comprendre l’ensemble des colonies d’Afrique, Algérie et Tunisie incluses; 3° qu’il n’y aurait pas lieu, par contre, de faire une annexe à la Muette pour les colonies d’Afrique, si l’Algérie et la Tunisie restaient au Trocadéro.

La commission décida de ne pas formuler d’avis sur le transfert proposé des colonies d’Asie à la Muette. Ainsi prirent fin ces délibérations, qui restèrent sans effet sur la question du transfert de l’Exposition des colonies d’Afrique à la Muette.

Ces réclamations ne furent cependant pas inutiles, car elles aboutirent, par la suite, à faire reconnaître la nécessité d’une extension de l’emplacement de l’Exposition coloniale, et décidèrent le Conseil municipal à autoriser l’annexion du bassin et du rond-point de la place du Trocadéro ainsi que de certaines emprises sur les rues avoisinantes.

M. Paschal Grousset porta la question à la tribune de la Chambre, le 5 mars 1898, sous forme d’interpellation; il plaida la cause de l’emplacement de Vincennes comme il l’avait déjà fait devant la commission.

M. Gauthier (de Clagny) intervint en faveur de Saint- Cloud et de Versailles. Le Ministre du commerce répondit en résumant les délibérations prises par la commission,

RAPPORT GENERAL

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et l’ordre du jour pur et simple fut voté par 43 1 voix contre 98.

Tandis que la question continuait à être discutée dans les journaux, le Ministre du commerce invitait le Préfet de la Seine à en saisir le Conseil municipal (17 mars), ce que fit le Préfet par un mémoire du 2 5 mars suivant. M. Thuillier, au nom de la Commission municipale chargée d’étudier l’affaire, déposa un rapport qui concluait à ce que l’Exposition coloniale française fût maintenue au Trocadéro, et à ce qu’au besoin une annexe fût établie par une occupation du terre-plein et du bassin de la place du Trocadéro. Dans sa séance du 8 juillet, le Conseil municipal semblait deiviir adopter ces conclusions, lorsque, dans la précipitation d’une fin de session, il vota un amendement ayant pour objet le report de l’Exposition coloniale à Vincennes, sans que les représentants de l’Administration aient eu le temps de se faire entendre. Le 18 juillet, le Commissaire général écrivit au Ministre du commerce pour lui exposer cette situation et lui demander de vouloir bien , à la prochaine session du Conseil, introduire une nouvelle demande portant renonciation aux terrains de la Muette et repoussant Vincennes pour les raisons capitales qui avaient prévalu devant la Commission interministérielle.

Le Préfet de la Seine, à qui le Ministre des colonies avait demandé d’insister en ce sens auprès du Conseil municipal, répondit qu’il le ferait dès qu’il y serait invité par le Ministre du commerce , et qu’il pensait avoir les plus grandes chances de réussir.

En effet, l’affaire vint, quoique tardivement, en délibé-

ration devant le Conseil municipal, le 2 2 décembre 1898, et cette fois le Conseil autorisa l’extension de l’Exposition coloniale sur les emplacements ci-après désignés, en annexe à la partie Ouest du parc du Trocadéro :

1° Le bassin de la place du Trocadéro, devant être relié au palais et au parc, soit par des passerelles, soit par un passage souterrain, l’emprise devant être limitée par une circonférence concentrique à ce bassin, tracée à 2 m. 4o de la bordure du trottoir et à 4 m, 20 de la même bordure de la partie faisant face à l’avenue Kléber, afin d’assurer en cet endroit les accès de la station du chemin de fer métropolitain ;

20 ltue de Magdebourg, sauf maintien du trottoir Est de cette voie, dans toute sa longueur, ainsi que d’une chaussée de 5 mètres, avec établissement de deux trottoirs de 1 m. 5o du côté Ouest, dans la partie comprise de la rue Fresnel au quai Debilly;

3° Des zones à prélever sur l’avenue du Trocadéro et sur la rue Le Nôtre , entre la rue de Magdebourg et la place du Trocadéro, conformément à une entente préalable à intervenir avec l'Administration municipale.

Le Préfet de la Seine en informa le Ministre des colonies et lui communiqua les plans le 28 février 1899,

La question de l’emplacement de l’Exposition coloniale était enfin résolue, an an à peine avant la date fixée pour son ouverture, et d’une manière qui était loin de donner satisfaction aux légitimes revendications des coloniaux. On voit par ce qui précède que ce n’est pas sur ceux-ci, ni sur le Délégué, que l’on peut faire retomber le re-

proche, qui fut adressé par la suite à l’Exposition coloniale, d’être trop exiguë, trop tassée et de manquer d’air.

M. Dislère, conseiller d’Etat, avait été nommé Délégué des colonies et pays de protectorat, le 22 mai 189 4- Le personnel qui lui fut adjoint, au fur et à mesure des besoins, se composa de M. Chaper, ingénieur, nommé adjoint au Délégué le 20 février 1 8 9 ô ; M. Morel, rédacteur au Ministère des colonies, détaché aux services de l’Exposition coloniale, en août 1 89 5; M. Basset, auditeur au Conseil cl’Etat, attaché à l’Exposition coloniale le

29 janvier 1896; M. Scellier de Gisors, inspecteur général des bâtiments civils, nommé architecte en chef le

30 octobre 1896; M. Ivan Broussais, nommé adjoint au Délégué le 9 novembre 1896, par suite du décès de M. Chaper, survenu le 8 juillet précédent; M. Emile Merwart, nommé attaché le 9 décembre 1896. Le 1 o décembre 1896, M. Basset fut nommé chef du cabinet du Délégué, et M. Morel, secrétaire général le 10 octobre 1898, après sa nomination de sous-chef de bureau au Ministère des colonies. Le i5 du même mois, M. Saint- Germain fut nommé directeur, adjoint au Délégué, et M. Iv an Broussais sous-directeur le 1 1 novembre 1898.

M. Paul Dislère , nommé président de section au Conseil d’Etat, ayant donné sa démission le 20 octobre 1898, M. J. Charles-Roux fut désigné pour lui succéder, le 2 5 octobre de la même année, avec le titre de Délégué des Ministères des affaires étrangères et des colonies à l’Exposition universelle de 1 900.

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