INDO-CHINE
L’exposition de cette colonie fut faite suivant une classification conforme à limité administrative, économique et morale, appliquée par le gouverneur général, M. Doumer, et qui a réuni, en un même faisceau, le Cambodge, la Cochinchine, l’Annam, le Tonkin, le Laos.
(1) Le Ministère des colonies , Exposition du Service de santé des colonies, par M. le docteur Kermorgant , p. 43
Palais des produits. — Ce palais contenait des échantillons des produits de toute l’Indo-Chine. C’étaient principalement diverses variétés de riz , paddy, riz décortiqué , alcool de riz, thés, cafés, cannelle, poivre, badianes, gommes, benjoin, cacao, cire, miel, cannes à sucre, indigo, bois de teinture, objets en rotins et bambous, soie, crépons, coton, huile d’arachides, de coco, de poisson, de ricin, noix d’arec, ivoire, ramie et diverses plantes textiles, matériaux de construction, laques, terres cuites, poteries, opium brut, opium manufacturé, tabac, allumettes, poissons salés, nuosman (saumure de poisson), nacre, écaille brute, coquillages, nattes, armes, or, argent, cuivre, étain, charbon, instruments de musique, voitures, palanquins, jonques et barques, instruments aratoires, plumes brutes, etc.
L’ensemble du mouvement commercial résultant de l’échange de ces différents produits s’est chiffré, en 1899, par 2 5 3, 3 6 1,731 francs pour toute l’Indo-Chine, soit une augmentation de 2 3,4o6,456 francs par rapport à 1898. Il est intéressant de noter l’importance relative de chacun des produits dans ces chiffres d’ensemble; le riz arrive en première ligne : on en a exporté, en 1899, 895,000 tonnes, représentant une valeur de 98 millions de francs. La Cochinchine-Cambodge a exporté 2,00 tonnes de poivre valant 3, 800, 000 francs et 1 8,000 tonnes de poisson sec, valant 6,600,000 francs. L’Annam a exporté 268 tonnes de cannelle, d’une valeur de i,i5o,ooo francs. Le Tonkin et l’Annam réunis ont exporté 172 tonnes de soie grège, valant 2,090,000 francs. Des mines de Hongaï (Tonkm) sont sorties 33o,ooo tonnes
NOS COLONIES
de houille, représentant 3, 600,000 francs. L’exportation du thé de l’Annam mérite une mention spéciale, car sa progression étonnante vaut qu’on y réfléchisse : en quatre ans, depuis 1897, e^e a été successivement de 10,000 kilogrammes, puis de 39,000, puis de 137,000, et, en 1900 de 180,000 kilogrammes. Il y a là une indication précieuse pour l’avenir économique de l’Annam.
Le Palais des produits contenait également les modèles des grands ponts en fer et ouvrages d’art de l’Indo-Chine commandés en France par le gouvernement général, et qui, outre le bénéfice immédiat que l’on en retirera par les facilités qu’ils donneront au point de vue des moyens de communication, ont déjà eu l’avantage d’étonner les indigènes par leur grandeur, et de produire un effet -> moral considérable en notre faveur.
Aux murs étaient appendus des plans et cartes : plans des monuments en cours d’achèvement de Saigon, de Hanoï, de Hué, de Pnom Penh; je mentionnerai tout particulièrement l’admirable carte au i/5ooooo de l’Indo-Chine, la plus complète qui ait jamais paru; elle constitue la condensation, le résumé de tous les travaux géodésiques exécutés jusqu’à ce jour, tant par les explorateurs célèbres que par la foule anonyme des officiers, fonctionnaires, chefs de milice. En face de cette carte en était affichée une autre qui la complétait, et indiquait, avec une minutie surprenante, pour chaque point de quelque importance, les productions agricoles, industrielles ou minières, en somme une carte économique parfaite, établie par la Direction de l’agriculture et du commerce. Ces deux cartes étaient heureusement com-
plétées par la carie forestière de l’Indo-Chine en six planches, qui figurait au pavillon des forêts et donnait l’indication des richesses de la colonie en bois de toutes sortes.
Palais des arts. — Dans ce palais et ses deux annexes étaient réunis les produits des arts industriels et de fart indo-chinois: dessins, gravures, livres illustrés , tableaux , peintures, parasols, éventails, écaille ouvrée , soie ouvrée , broderies (il y en avait de merveilleuses), meubles de style indo-chinois et meubles exécutés par les indigènes d’après les modèles européens, tabletteries, objets laqués, sculptés et incrustés, plumes ouvrées, faïences et porcelaines décorées, ouvrages en or, argent, étain, bronze, vannerie, costumes, harnachements, ivoires, émaux, armes, etc.
Pavillon des forêts. — Outre les échantillons de bois qui figuraient dans les cloisons ajourées de ce pavillon , des travaux de menuiserie et d’ébénisterie, des cubes nombreux présentaient au public les bambous, rotins, gô, joncs, dan, sao, cam-lai, cam-xé, trac, tech, boloï, en résumé tous les bois de notre colonie indo-chinoise. Le côté droit du pavillon était tendu d’instruments de pèche et de chasse, de filets, d’éperviers, de nasses, de pièges. Sur le panneau du fond, des attributs, instruments et produits de la chasse, peaux de tigres et de panthères, arcs et flèches. A gauche, une série d’objets en vannerie, paniers, gourdes, mannes, cordages, 1.1s et filasses, instruments de musique et peaux de fauves de toute beauté. Citons encore une collection
NOS COLONIES
d’innombrables modèles de bateaux, de jonques, de pirogues.
Le Pnom et la pagode des Bouddhas. — Je n’insisterai pas sur la construction de cette colline artificielle, ni sur la salle souterraine qui fut un des succès de l’Exposition de 1900, M. Scellier de Gisors en ayant fait la description détaillée dans la notice dont j’ai parlé plus haut. Je me bornerai donc à les mentionner, ainsi que les statues de bouddhas, les figurines et ornements religieux qui emplissaient la pagode bâtie sur la terrasse. Je mentionnerai également le village du Thé, élevé sur le flanc de la colline, et où des indigènes vendaient du thé de l’Annam, des éventails, etc.
Enfin, à droite de l’escalier, l’enclos et la cabane où s’ébattait Sari, un petit éléphant blanc, de très belle race, offert à M. Doumer par le roi du Cambodge.
Je tiens à mentionner spécialement les travaux de la mission Pavie, placés dans les deux vestibules latéraux qui donnaient accès, par derrière, dans la salle souterraine.
C’étaient d’abord l’ouvrage publié par la mission Pavie, dont cinq volumes étaient terminés; puis des cartes géographiques; des échantillons d’histoire naturelle; des agrandissements photographiques; de merveilleuses aquarelles en albums; une série de documents ethnographiques du plus haut intérêt, parmi lesquels de fort beaux objets niellés d’or, des bijoux et des figurines en cire, grandeur naturelle , représentant les types des différentes races étudiées par la mission, vêtues de costumes originaux.
Quant aux maisonnettes annamites où travaillaient des indigènes, j’aurai l’occasion d’en parler en m’occupant de ces derniers, dans le chapitre qui leur sera spécialement consacré.
SENEGAL-SOUDAN.
L’exposition du Sénégal-Soudan mettait particulièrement bien en valeur aux yeux des visiteurs les trois grands produits de cette colonie : arachides, gommes, caoutchouc.
Les statistiques ne nous fournissent pas les chiffres du mouvement commercial du Soudan, mais ceux du Sénégal méritent d’être relevés : ils sont, pour 1899, de 73,606,259 francs , soit une augmentation de 1 1 , 3 o 3 , 9 5 !\ francs par rapport à 1898.
L’arachide était présentée sous tous ses aspects : simple plante avec sa fructification souterraine; cacaouetfe connue dont se régalent les Espagnols et les Arabes, et que les camelots exotiques sont en train de vulgariser sur nos grands boulevards; gousse triée dans les grandes maisons de Marseille et de Bordeaux, huile, pâte, tourteau etc.; un nègre, en vue des semailles, préparait la terre légère des « lougans » en la remuant avec sa bêche en forme de croissant nommé hilaire, en souvenir de M. Hilaire Maurel qui l’inventa; des cartes graphiques indiquaient les résultats progressifs de son exploitation. Le Sénégal a exporté, en 1899, 85,5oo tonnes d’arachides, représentant une valeur de 12,120,000 francs.
La gomme était présentée selon les mêmes modes in-
NOS COLONIES
structifs, documentaires et vulgarisateurs. On la voyait telle que les noirs l’apportent aux escales; un gommier authentique s’élevait devant le spectateur et un pourougne, récolteur indigène, détachait ce produit avec un instrument spécial. Un remarquable tableau de M. Merwart figurait l’arrivée de la gomme à Podor, et des photographies représentaient le triage dans les ateliers à Bordeaux. Les vingt-huit ou trente variétés qu’on obtient étaient toutes exposées avec les produits et les sous-produits de cette industrie. La gomme figure aux exportations pour /| , 2 2 o tonnes, en 1899, soit une valeur de 3,5 2 3, 000 francs.
Comme on avait réuni le Sénégal et le Soudan dans un seul palais, non seulement par suite de la similitude des produits, mais encore parce (pie la plupart, pour ne pas dire toutes les maisons commerciales qui opèrent dans le Soudan, sont des succursales de celles établies au Sénégal, on pouvait observer de notables différences parmi les multiples échantillons de caoutchouc qu’on y avait groupés et la comparaison de ces diverses expositions était extrêmement curieuse pour les connaisseurs. Ils trouvaient là toutes les variétés du Soudan en même temps que celles de la Casamance, qui est la région la plus productive du Sénégal. Ifs trouvaient aussi tous les caoutchoucs obtenus par les divers systèmes de coagulation avec le sel, le baobab, l’oseille, l’acide azotique, etc. Ils pouvaient voir un indigène en train de saigner une liane, et étudier les classifications commerciales des diverses variétés de caoutchoucs. Le caoutchouc arrive en troisième ligne comme grand produit du Sénégal. Il
figure à l’exportation pour une somme de 2,221,000 francs, valeur de 477 tonnes de cette marchandise.
Le rayon des sels n’offrait pas moins d’intérêt, A côté des barres de sel du Sahara, extrait des carrières de la Sebka-Didjik et de Taodéni, et qui sert de monnaie d’échange et de principal produit de trafic dans les immenses régions de l’Afrique centrale, qui s’étendent jusqu'au lac Tchad, on remarquait ce produit en pains agglomérés, d’une éclatante blancheur, tel qu’une industrie de formation récente l’exporte aux colonies.
Le secrétaire général de la colonie avait réussi à donner un intérêt exceptionnel à l’exposition du service local. Des graphiques représentaient la vie économique et politique du Sénégal pendant ces dix dernières années; à côté figuraient les travaux des enfants des écoles et les expositions des différentes villes accompagnées de curieuses monographies. Rufisque, au point de vue économique, se distinguait par la situation financière privilégiée quelle occupe, grâce à un Decauville dont l’exploitation suffit à alimenter ses finances et qui dispense de toute taxe cette heureuse cité.
Le coton remplissait un rôle important; on y trouvait notamment une balle énorme du type de celles envoyées au Havre au nombre de 4o en 1898, et qui trouvèrent acheteur à 43 francs les 100 kilogrammes. Mais d’autres produits tenaient aussi leur rang : les laines, le tomboulourou, ce produit de chenilles spéciales dont les indigènes fabriquent de curieux tissus comparables à ceux des toiles d’araignées de Madagascar; les matières alimentaires, filé de Tombouctou, grains de mil, riz, haricots;
NOS COLONIES
enfin, findigo et les plumes d’oiseaux rares. En outre des plumes étaient exposées deux collections d’oiseaux, l’une sous la forme commerciale (oiseaux en peau), l’autre sous forme d’oiseaux naturalisés, harmonieusement groupés sur un arbre factice : foliotocol, fourmilliers , merles métalliques, cardinaux, aigrettes blanches, martinspêcheurs, marabouts, et jusqu’à une autruche du Soudan.
La vitrine des tissus avec ses pagnes de coton et de soie , ses étoffes obtenues par les moyens les plus primitifs de tissage et de teinture, n’était pas moins instructive; dans les galeries étaient suspendus des armes, des poteries, de la vannerie, des engins de pêche et de chasse, des instruments de musique. Ces documents avaient été recueillis, en majeure partie, par le comité central de Saint-Louis et son dévoué président, M.Léon d’Erneville.
Ailleurs encore on remarquait de nombreux spécimens d’oiseaux, de poissons, de reptiles, cl’animaux féroces et des curiosités artistiques : la collection des études et des dessins de M. de la Nézière h), les bijoux d’Ahmadou prêtés par l’Office colonial et ceux exposés par les bijoutiers de Saint-Louis, une curieuse reproduction de village toucouleur, et les panneaux de M. Merwart.
Je signalerai tout particulièrement les diagrammes qui se trouvaient dans les galeries extérieures, et surtout les cartes de M. Bournas, l’une consacrée aux moyens de communication télégraphiques et attestant les progrès accomplis en ces dernières années. Mais l’œuvre carto-
Voir le Guide de l’Exposition du Sénégal-Soudan , avec la reproduction des dessins de M. de la Nézière.
graphique de ce simple commis de ire classe des aiïaires indigènes mérite à elle seule une mention spéciale : détaché au service géographique du gouvernement, il exposait une grande carte du Sénégal à l’échelle du 1/200000, dressée d’après les ordres de M. Chaudié, gouverneur général de l’Afrique occidentale.
Pour dresser cette carte, M. Bournas a recueilli pendant plus de deux ans tous les croquis et itinéraires des tournées les plus récentes de MM. les administrateurs, résidents, commis et agents des travaux dans les cercles, ainsi que ceux de MM. les officiers en résidence dans les postes militaires, renseignements demandés ou centralisés par M. Aubry-Lecomte, directeur des affaires indigènes. Les travaux de MM. les lieutenants de vaisseau Buchard, Mulher, .Régnault, les cartes générales de MM. Binger, Monteil et Fortin avaient été utilisés.
Les indications onomastiques, administratives, géologiques, celles des puits, des gîtes d’étapes, des lignes télégraphiques, des frontières, des résidences, des pistes militaires, etc., en font le travail le plus complet qui ait été publié.
Cette exposition était une des plus scientifiques, des mieux documentées et des mieux présentées. Le pavillon du Sénégal-Soudan était peuplé d’indigènes, dont je parlerai plus loin.
CONGO
Le rez-de-chaussée compris entre les pilotis à clairevoie supportant le pavillon était consacré à l’exposition des bois et du matériel colonial. Ces bois comprenaient
NOS COLONIES
un grand nombre d’espèces, pour la plupart inconnues des marchés européens; c’étaient une variété d’ébène, l’okoumé, le santal rouge, les cynométra, le moabi, le manglier ou palétuvier, le djouga, les pentadesma, l oba, l’évino, le m’zimou ou m’bimo, et de nombreux échantillons de ficus, de parkier, des anona, etc. A hauteur de la vérandah du premier étage, il y avait encore d’énormes billes de bois d’érigo, de Tchibanzili et d’Okoumé. Les bois du Congo représentent i,i5o,ooo francs à l’exportation. C’est le troisième des grands produits de la colonie, après le caoutchouc, dont elle exporte 670 tonnes valant 3,oi5,ooo francs et l’ivoire, dont la production ne varie guère depuis plusieurs années et qui a été en 1899 de 100 tonnes valant 1,878,000 francs. Le mouvement commercial de la colonie s’est élevé à 1 3,3 1 5,3o4 francs, marquant une augmentation de 2,775,766 francs sur l’année précédente.
Sur la vérandah figuraient deux grandes cartes représentant la concession du Haut-Ogooué, et, entre deux panneaux portant les noms des explorateurs du Congo français, deux cartes du Congo, en 1889 en !9°o, dessinées par M. Barralier.
Dans la grande salle, au-dessus des portes ornées de pagnes, de vanneries et de pointes d’ivoire, on trouvait d’abord des expositions de la Société du Bas-Ogooué et de la Société du Haut-Ogooué : pointes d’ivoire, bois, caoutchouc préparé à la mode indigène, ou ayant subi une préparation plus perfectionnée; alcools tirés de fruits abondant dans la colonie tels que mangues, ananas, ofoss, papaye.
Plus loin venait l’exposition de la Société agricole et commerciale du Setté-Cama et une importante collection de botanique rassemblée pour le compte de la colonie par iVJ. Autran.
Une grande vitrine renfermait de nombreux objets en ivoire sculpté et des produits divers exposés par la Compagnie française du Congo occidental; cet ivoire est travaillé par les indigènes Loangos.
La compagnie propriétaire du Nian-Kihou , à côté de produits provenant des riches plantations du lac Cayo, exposait une intéressante collection minéralogique avec de nombreux échantillons de cuivre , très répandu sous forme de malachite, dans la région de Loudina (Boko- Sangho).
A côté d’échantillons de lave réunis par M. Autran, les sociétés de l’Alima et du Baniembé exposaient des photographies, des cartes de leurs concessions, et la Compagnie des Messageries lluviales du Congo divers modèles de bateaux en service sur le Congo- ou sur l’Oubanghi.
Un vaste panneau rassemblait des objets provenant de la mission Crampe! , des armes, des tissus, des objets de vannerie provenant de la Sangha, de l’Oubanghi, du Chari.
Au centre de la salle figuraient des expositions diverses : matériel d’équipement et de campement du voyageur au Congo (exposition Conza et de Beaulaincourt); des peaux d’iguanes, d’éléphants, d’hippopotames, artistement travaillées; des photographies; tous les objets d’importation, perles, tissus, étoffes en pièces, etc., des meubles artistiques en bois du Congo.
NOS C.OLONIES
Les portraits ou bustes de M. Savorgnan de Brazza par M. Charles Tôplfer; de M. Gentil par M. Paul Merwart, de M. II. de Lamothe, et des paysages de MM. Noël Dorville, Payeur-Didelot et Castellani, ornaient la grande salle.
Cette exposition avait donc avant tout un caractère économique. Elle était complétée au dehors par la reproduction d’une case des Langouassis (peuplades du Haul- Chari) et par le panorama de la mission Marchand, peint par M. Castellani.
J’ai vivement regretté qu elle ne l’ait pas été aussi par la figuration d’un certain nombre d’indigènes qui eussent habité les cases construites, pour lesquels on aurait pu facilement en construire d’autres, ainsi qu’on le fit autour du pavillon du Dahomey. Dans le recoin frais et spacieux où s’élevait le pavillon du Congo, autour de la pièce d’eau qui en baignait le pied, il eût été facile d’édifier une sorte de village congolais, qui aurait produit en cet endroit le meilleur effet. Malheureusement, la colonie ne voulut pas envoyer d’indigènes , et ce coin si agréable et si charmant pendant les chaleurs très fortes de l’été demeura vide de visiteurs, ou à peu près, alors qu’il eut pu être au contraire un centre d’attractions. Nous n’avons pu, par suite, faire pour celte exposition ce que nous rêvions, après avoir vu l’exposition du Congo belge à Tervueren, que nous n’aurions guère eu qu’à imiter.
DAHOMEY
Quelques sièges de cahécères dans le vestibule, puis une première salie abondamment garnie de collections
ethnographiques. Occupant le milieu du panneau de droite, une grande carte du Dahomey, de 3 m. 5o sur 2 mètres, mise à jour d’après les documents les plus récents, et portant le tracé du chemin de fer qui va être construit de Kotonou à Say. A côté, la première carte gravée du «royaume de Dahomé», dressée par Robert Morris en 1790, puis une série réduite de toutes les cartes anciennes du Dahomey, depuis la première carte hollandaise jusqu’à la plus récente édition française. Des statistiques nombreuses montraient la rapidité avec laquelle la colonie a progressé.
Couronnant plusieurs meubles, de grandes olives de verre contenaient l’huile de palme, montrant ainsi aux visiteurs que c’est là le grand produit du Dahomey et sa principale richesse agricole.
Les objets d’ethnographie étaient des vêtements, des récades, des coiffures, des masques; la série des sièges des rois qui se sont succédé sur le trône d’Abomey, depuis Dako-Konou, le premier roi, jusqu’à Ago-li-Agbo, successeur de Behanzin, et dont les plus intéressants étaient ceux de Agonglo, couvert de feuilles d’argent, et de Guézo , supporté par les crânes de ses quatre premiers ministres; une superbe défense d’éléphant pesant plus de 90 kilogrammes; une très complète collection d’instruments de musique; des vitrines contenant des bijoux de fabrication indigène; des nattes, des pagnes de coton et paille finement tissés.
Signalons enfin les bustes du général Doclds, de Victor Ballot et du roi Toffa.
Dans la seconde salle figuraient des régimes du palmier
à huile, des noix, des amandes extraites de ces noix, de l’huile de palme et ses applications industrielles, la stéarine et les savons de toilette, et un tableau en indiquant la production au cours de ces dernières années; puis, d’autres produits encore : arachides, copras, kola, noix de karité et le beurre qu’on en tire, caoutchouc, indigo, manioc, ivoire, plusieurs espèces de cotons, riz, maïs blanc et [aune, cacao, café, haricots, miel blanc et rouge, farine de manioc, antimoine, etc.
Une vingtaine de bocaux contenaient une collection de plantes médicinales employées par les indigènes, collection réunie par le docteur Gouzien.
D’autres vitrines montraient les instruments de précision à l’usage des explorateurs, les costumes d’apparat du roi Toffa, la tunique de la reine des Amazones avec deux mains d’argent en guise d’épaulettes, de riches fétiches en or et en argent, des poteries, des armes, des objets en ciur ou en vannerie.
Beaucoup de photographies et des aquarelles, originaux de dessins parus à 1 Illustration, décoraient cette salie.
Dans la galerie extérieure figuraient des échantillons de bois, rocco, ronier, bois de fer et des panneaux de marqueterie.
Un petit bâtiment qui suivait contenait les grands parasols royaux, la table des sacrifices, des billots et de grands coupe-coupe, avec des fétiches en fer et en bois.
Sous le pavillon principal él ai l installée l’exposition de la Compagnie de l’Ouémé-Dahomey.
Les bâtiments annexes éLaient occupés par des indigènes; sur un petit lac, trois pirogues creusées dans des
troncs d’arbres se balançaient, non loin d’une case lacustre et d’une case servant de poste.
M. Victor Vaissier montrait, dans une grande paillotte, la transformation de l’huile de palme en savon.
Enfin un petit pavillon, où se trouvait le bureau d’administration, offrait une salle où les visiteurs pouvaient examiner de près les échantillons de produits déjà exposés dans les pavillons, et les articles d’importation (notamment les tissus) sur lesquels ils pouvaient ainsi pleinement se renseigner.
CT
On a reproché à l’exposition du Dahomey d’ètre trop conçue suivant les anciennes formules, c’est-à-dire d’ètre une exposition de casse-tètes et de coupe-coupe. Il eût été facile au commissaire d’éviter ce reproche; pour faire une exposition ayant un caractère économique , il n aurait eu qu’à exposer un seul énorme bocal rempli d’huile de palme . . . mais le public aurait peut-être trouvé que cela manquait de variété. En effet, le mouvement commercial de la colonie s’élevant à 2 5,o68, i 6o fr. , en augmentation de 7,534,834 fr. sur i 898, les exportations y entrent en ligne de compte pour près de i3 millions, dont 5 millions d’huile de palme et 8,5oo,ooo d’amande de palme.