‹ Les colonies françaisesChapitre 52 sur 106 · INDO-CHINOIS · texte numérisé non relu

INDO-CHINOIS

Les indigènes indo-chinois se divisaient en deux catégories : i " les ouvriers qui travaillèrent à l'édification et à l’ornementation des pavillons indo-chinois du Trocadéro; 2° les artisans qui , arrivés à Paris peu après l’ouverture de 1 Exposition, y travaillèrent jusqu’au mois d’octobre.

I. Les ouvriers formaient plusieurs équipes : les ■Chinois comprenaient un patron, huit peintres, sept maçons, deux sculpteurs, un interprète , onze charpentiers, deux cuisiniers; les Annamites comprenaient un sculp-

teur, quatre charpentiers ; les Cambodgiens, sept peintres, douze doreurs, six charpentiers, quatre mouleurs et un interprète; les Tonkinois, quatre maçons, quatre charpentiers, six laqueurs, un peintre; les Laotiens, un interprète et cinq charpentiers.

J’ai parlé dans mon introduction générale, p. 25, des travaux qui leur furent confiés et de leur installation dans un local spécialement aménagé pour eux, rue du Docteur-Blanche : je crois donc inutile d’y revenir. J’insisterai toutefois sur l’utilité de leur collaboration au point de vue du pittoresque de la décoration intérieure et extérieure des pavillons, et de la rigoureuse précision dans la « couleur locale », qui en fut la conséquence. Enfin, je signalerai encore une fois l’extrême habileté de main de ces ouvriers.

Ils furent employés au Palais des produits pour le montage des parties décoratives de la charpente , la peinture décorative et la dorure à l’intérieur et à l’extérieur du bâtiment. Ils furent également chargés du montage de la pagode des Bouddhas sur le Pnom et de la décoration. Les Laotiens montèrent les huttes laotiennes et deux ouvriers annamites commencèrent le montage des charpentes du pavillon des Forêts. Les charpentiers tonkinois aidèrent les ouvriers français pour les charpentes du palais de Co-Loa, où les laqueurs tracèrent les arabesques d’or sur la laque rouge des colonnes, tandis que les maçons terminaient la décoration extérieure des bâtiments par des dragons et par des chimères.

Tous ces ouvriers , sauf les Chinois, se montrèrent d’un caractère doux et soumis; leur séjour à Paris, agré-

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mente de soirées passées dans les théâtres, leur parut trop court.

IL Les artisans, qui travaillèrent sous les yeux du public pendant la durée de l’Exposition, étaient au nombre de 35; ils venaient du Tonkin, et étaient sous la surveillance de M. Viterbo, délégué de cette colonie. Partis de Hanoï le 9 mars, ils arrivèrent à Paris le i4 avril, après une traversée qui les émerveilla. Ils comprenaient trois sculpteurs, quatre brodeurs, trois incrusteurs, deux fondeurs, trois dessinateurs, deux fabricants d’objets votifs, un chef-ouvrier, deux cuisinières, une laqueuse, deux bijoutiers, deux meilleurs, trois tisserands, deux fabrb canls d’ustensiles divers, trois évenlaillistes, deux interprètes,

Très propres et très soignés de leur personne, gantés, et armés, par tous les temps, même les plus radieux, d’énormes parapluies, on les voyait, le matin, se diriger indivuellement de la rue du Docteur-Blanche au parc du Trocadéro; là, ils s’installaient dans les différentes maisons annamites élevées entre les palais indo-chinois, lapis dans la verdure, bien au frais, le long des ruisselets qui dévaïlentles pentes du Trocadéro, et y forment de petites nappes d’eau où s’ébattait une boitille de jonques minuscules, qu’une pluie d’orage sulïisait à faire couler à pic. Il y avait là des coins charmants de paysages un peu en miniature, où régnait une délicieuse fraîcheur et qui ont inspiré à M, Jules Claretie et à M. Gustave Babin de fort jolis articles parus dans le Temps et dans le Journal des Débats. Outre les maisonnettes, ils habitaient encore les cases du village laotien, où ils vendaient des petits vents

du nord si rapidement populaires à Paris, des friandises , des bibelots variés, et surtout des lasses de l’excellent thé de i’Annam, qui obtint un légitime succès lorsque les membres du Congrès des Chambres de commerce anglaises vinrent le déguster.

Ceux-là étaient les civils. A côté d’eux, il y avait aussi les militaires, i5 miliciens tonkinois et i4 miliciens laotiens, placés sous les ordres du garde principal Créach. Ils montaient la garde aux portes des divers pavillons et y assuraient l’ordre, tandis que ceux qui n’étaient pas de faction s’occupaient à leur guise dans la plus grande des cases du village laotien, qui leur servait de corps de garde. En marche, ils donnaient une excellente impression de bonne tenue et de discipline. Le phoquan et les doï se montraient d’une certaine coquetterie, et bien souvent il fallut les rappeler à l’ordonnance, pour les faux-cols, les cravates et les manchettes aux allures fantaisistes. J’ajouterai que lorsqu’d faisait chaud et qu’ils ne maniaient pas le fusil, ces braves militaires ne dédaignaient pas l’usage de l’éventail.

Je mentionnerai enfin les i i musiciens et les 7 chanteuses et instrumentistes du théâtre indo-chinois, qui furent également logés dans le local de la rue du Docteur- Blanche.

Pendant leur séjour à Paris, ces indigènes eurent une grande préoccupation : vérifier si ce que leurs compatriotes venus à Paris en 1 889 leur avaient dit de la « Grand'Ville » était vrai! Ils partirent, d’ailleurs, «le cœur plein de regrets pour ce beau pays de France qui les avait si bien accueillis et oit iis avaient été si heureux » [sic).

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En résumé, et pour répondre à certaines critiques adressées à l’Exposition coloniale de manquer d’indigènes , je ferai simplement remarquer que, sans compter les missions spéciales, dont je m’occuperai tout à l’heure, les indigènes représentés au Trocadéro se composaient de : 26 Dahoméens, 2 1 Sénégalais, 1 i!\ Malgaches, 1 4o Tunisiens, 1 65 Indo-Chinois, soit au total 476. J’ai déjà déploré que le Congo n’ait pas jugé à propos d’en envoyer à l’Exposition, car j’avais pu juger, à Tervueren, de l’intérêt qu’il y aurait eu à le faire, mais il me semble que les autres colonies ont largement fourni leur contingent.

Un des plus grands bénéfices que les indigènes de nos colonies devaient retirer de leur séjour à Paris était sans contredit leur initiation ou leur perfectionnement dans l’étude de notre langue. Nous eûmes, pour accomplir cette tâche, deux précieux collaborateurs, qui furent l’« Alliance française » et l’« Ecole Berlitz ».

A ce propos, voici un extrait du compte rendu des travaux de l’ Alliance française au cours de l’Exposition :

La plus grande attraction du pavillon pour le public fut toutefois, sans contredit , la classe faite aux indigènes de nos colonies et au personnel de plusieurs sections étrangères, qui voulurent apprendre notre langue ou se perfectionner dans son usage.

Il n’avait pas été donné suite au projet de faire venir à Paris des groupes scolaires; mais plusieurs des colonies et des sections étrangères avaient favorablement accueilli l’offre de permettre à leur personnel d’assister aux cours de français de Y Alliance française.

Le vendredi 11 mai, les cours commencent pour les indigènes, miliciens et civils, de la colonie de Madagascar. M. Bauchot, chef

principal des milices à Madagascar, professe devant douze élèves qui, jusqu’à la fin de septembre, assistèrent avec la plus grande assiduité à la classe faite pour eux deux fois par semaine.

Le il juin, M. Welholf, l’un des directeurs des cours Berlitz à Paris, donne leur première leçon aux indigènes de l’Indo-Chine. La semaine suivante s’ouvre le cours aux Dahoméens.

Le 27 juin a lieu l'inauguration des cours de français aux personnes attachées à la section de Norvège; le 29 juin, les indigènes du Sénégal, dirigés parleur chef Gallo Thiam, entendent leur première leçon, et le 25 juillet commence la série à l’usage des Persans, que le cheik Mahammed Hassan conduit.

Ces différentes classes sont confiées à M. Pauleau, l’excellent professeur de l’Institut Berlitz. Les directeurs , MM. Collonge et Welholf , ont droit a toute la gratitude de l’Alliance française pour leur dévoué concours.

A chacune des leçons données assistait un public très nombreux et très intéressé. 11 en fut de même lorsque, à différentes reprises, des médailles et des récompenses diverses furent décernées à ceux des élèves s’étant fait particulièrement remarquer par leurs progrès et leur assiduité.

La remise de ces médailles fut chaque fois l’objet d’une réunion amicale, et c’était un curieux spectacle de voir l’orgueil des élèves récompensés, qui sortaient fièrement avec leur distinction fixée sur la poitrine.

Quant à l’Ecole Berlitz, elle donna, le 28 septembre 1900, une séance de distribution dans la salle des conférences de l’Exposition coloniale; j’eus l’honneur de présider cette cérémonie, assisté de MM. Saint-Germain, directeur, Milhe-Poutingon , commissaire du Sénégal, Broussais, sous-directeur, Morel, secrétaire général. Basset et Malo, chef et chef adjoint du cabinet.

M. Collonge prononça un discours que je crois devoir reproduire in extenso, parce que la connaissance du Iran-

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çaispar les indigènes de nos colonies est un des problèmes les plus intéressants à étudier, et que M. Collonge donne un compte rendu très précis des travaux des professeurs de l’Ecole Berlitz pendant l’Exposition, et des résultats par eux obtenus.

Il est un axiome admis par tous les colons que l’indigène qui parle le français est acquis h la France.

Quand on visite nos colonies, on est surpris, et surpris douloureusement, en constatant que presque partout un grand nombre d’indigènes ne comprend pas un seul mot de français.

11 faut remédier à cet état de choses.

Là une difficulté se présente. Où trouver les professeurs français parlant les différentes langues des indigènes de toutes nos colonies?

Cette difficulté se trouve résolue et elle a été résolue par M. Berlitz, en la supprimant.

En effet, d’après la méthode Berlitz, les professeurs n’ont besoin que de connaître la langue qu’ils enseignent, puisque dans leurs leçons il leur est interdit d’employer un idiome auti'e que leur idiome maternel.

Nous nourrissions depuis longtemps le projet de faire profiter les indigènes de nos colonies des avantages de cette méthode. Que de travail économisé, que d’études épargnées, si on pouvait leur enseigner le français, sans connaître leur langue.

Le général Gallieni, qui prenait des leçons à notre école de Paris et à qui nous parlions de cela, nous encourageait beaucoup dans cette voie.

Nous nous sommes donc décidés un jour à aller trouver bien timidement le délégué du Ministère des colonies à l’Exposition de

Nous arrivions parmi les derniers, mais M. Charles-Roux, esprit éclairé, ouvert à tous les progrès, nous comprit immédiatement, fut séduit par notre proposition. On ferait à l’Exposition danser, chanter, travailler manuellement les indigènes en présence du public, pourquoi n’essaierait-on pas de les instruire ?

Il se fit expliquer la méthode Berlitz et vit immédiatement tout le parti qu’on pourrait en tirer aux colonies.

Il mit à notre disposition le terrain nécessaire pour élever un pavillon. Notre place était bien petite, mais ce que nous voulions surtout, c’était faire examiner les élèves par les différentes autorités compétentes et leur faire constater ainsi les résultats obtenus à la fin de l'Exposition.

Notre pavillon serait toujours bien assez grand pour contenir une vingtaine d’élèves et le professeur.

Mais l’Exposition était faite pour le public, et celui-ci n’aurait jamais compris qu’on ne l’admit pas à visiter un pavillon élevé dans l’enceinte de l’Exposition.

Nous avions donc réservé une petite place pour le public , croyant qu’il ne serait pas curieux d’assister à des leçons de langues.

Eli bien ! le pavillon aurait été cinq fois, dix fois plus grand, qu’il aurait été toujours plein. Et c’était pour nous une grande satisfaction que de voir les visiteurs s’intéresser aux cours que nous faisions.

Le premier mois, notre pavillon resta à peu près vide. C’étaient les élèves qui manquaient, et craignant de ne pouvoir y faire ce que nous voulions, nous avons été obligés de changer un peu, au début, sa destination.

Les indigènes qui étaient arrivés étaient tous occupés à l’installation de leurs expositions respectives.

Us construisaient des buttes, les tisseurs montaient leur métier, les bijoutiers installaient leur petit atelier et les miliciens se mettaient au courant de leur nouveau service.

Les Commissaires des différentes colonies à qui M. Charles-Roux avait bien voulu nous recommander nous remettaient de jour en jour. Malgré toute leur Ixmne volonté, ils ne pouvaient nous donner d’élèves.

Notre bonne fortune mit alors sur notre chemin M. Escoffier, le directeur de l’école communale de la rue Hamelin, qui nous proposa de nous tirer d’embarras.

<> Votre pavillon est très bien, les graphiques et les livres que vous

y exposez sont très intéressants, nous dit-il, mais une méthode qui repose sur l’enseignement par l’oreille ne peut pas rester muette dans une Exposition. »

Il prêchait un double converti et nous attendions impatiemment ce qu’il allait nous proposer.

«J’ai beaucoup d’élèves dans mon école, continua-t-il, ce serait bien surprenant si je ne pouvais pas en trouver une douzaine qui veuillent apprendre l’anglais.

«Je les conduirai moi-même, tous les soirs, à votre pavillon et vous leur donnerez des leçons. »

Le surlendemain, le i5, notre classe était organisée et fonctionnait régulièrement.

Quelques jours après, M. Madeuf, le directeur de l’école de la rue de Passy, nous confiait à son tour une classe mixte de garçons et de filles qui devaient étudier l’allemand.

Enfin, les travaux des indigènes étaient prêts, et on pouvait nous en envoyer quelques-uns.

Nous comptions beaucoup sur les Malgaches que nous savions très intelligents, mais nous avions un concurrent à l’Exposition, un bon concurrent, dont l’œuvre est essentiellement patriotique et pour lequel nous avons la plus vive sympathie.

L’« Alliance française », dont l’œuvre est connue depuis longtemps, avait obtenu, à juste titre, la priorité. On lui avait confié l’enseignement du français aux Malgaches.

Nous en étions d’autant moins fâchés que nous avions dès le début offert à l’« Alliance française » de mettre nos professeurs à sa disposition, offre qui avait été acceptée.

Nous nous sommes partagé plus tard les Dahoméens et les Sénégalais.

Nous allons pendant quelques minutes essayer de vous montrer les résultats que nous avons pu obtenir. Nous en sommes très heureux et très fiers.

Les Sénégalais ont suivi régulièrement, tous les jours, leur cours de français et plusieurs d’entre eux parlent maintenant couramment.

Ils ont |)u traiter leurs petites affaires dans notre langue et ils vont retourner dans leur pays y porter le goût de la langue française qu’ils ont tous du plaisir à parler.

Nous nous sommes attachés à les faire parler aussi correctement que possible; mais ils ont une difficulté énorme à conjuguer, et ceux qui savaient quelques mots ne pouvaient s’empêcher de nous tutoyer.

Les Dahoméens étaient moins cultivés et ont eu plus de difficulté au début. Malheureusement, ils ne pouvaient venir que trois fois par semaine et il y a eu tellement de fêtes, où ils formaient la garde d’honneur, qu’ils ont manqué bien des leçons.

Malgré cela, ils ont acquis un bagage suffisant pour se faire comprendre en français pour les choses usuelles de la vie.

Nos classes d’anglais et d’allemand ont aussi été très suivies et les enfants qui y ont pris part ont d’autant plus de mérite que ces deux derniers mois étaient les mois de vacances. Mais ils paraissaient tous venir avec plaisir et nous n’avons eu (jue de très rares absences à signaler.

Notre méthode a été discutée cette année par les professeurs venus de tous les coins du monde. Les Russes et les Allemands ont assisté assidûment à nos cours et nous avons vu certains auditeurs aussi souvent que nos élèves.

La première objection que tous faisaient était l’impossibilité qu’il semblait y avoir à enseigner l’anglais ou l’allemand à des Français , sans se servir de la langue française.

Après avoir assisté quelques minutes à la leçon, ils saisissaient bien vite le mécanisme de la méthode.

Les résultats sont là maintenant.

Nous avons donné à ces enfants une arme nouvelle pour le combat de la vie, et l’Union coloniale, une œuvre également bien française, a compris la nécessité d’armer nos compatriotes de l’instrument dont nous venons de parler et nous a chargé du cours d anglais qu’elle organise pour cette année scolaire.

Mais il faut borner là le compte rendu de nos travaux.

On a annoncé une distribution de récompensesà tous ces élèves.

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petits et grands, et on est toujours impatient de recevoir les prix, surtout quand c’est un long discours qui en retarde la distribution.

Je ne peux pas terminer cependant sans adresser nos remercie ments personnels aux Commissaires du Dahomey et du Sénégal, aux Directeurs des Ecoles de la rue Hamelin et de la rue de Passy, qui ont bien voulu nous faciliter l’organisation de nos cours.

Je suis sûr enfin d’étre votre interprète à tous, Français et indigènes, en remerciant l’Administration des colonies, qui nous a permis de faire cette expérience si concluante.

Nous sommes heureux, Monsieur Charles -Roux, de vous exprimer ici publiquement toute notre reconnaissance et vous demandons la permission de joindre à votre nom celui de votre dévoué collaborateur, M. le sénateur Saint-Germain.

Après M. Collonge, un jeune indigène sénégalais lut une adresse en français, dans laquelle il remerciait l'Administration coloniale des soins qu elle avait donnés à lui et à ses camarades, et témoignait de ses sentiments de fidélité à l’égard de la métropole. La voix était bien un peu hésitante, mais l’émotion de parler en public en était certainement la cause, car la prononciation était bonne, et je pus me convaincre, par quelques paroles échangées après la séance, que le jeune indigène en question pouvait couramment converser en français.

A mon tour, je félicitai MM. Welholï et Collonge, directeurs pour la France de l’Ecole Berlitz, des résultats obtenus par eux, surtout dans un laps de temps aussi court. Au point de vue colonial, ces résultats ont d’autant plus de valeur que leur elTet est double : d’une part, ils apprennent le français aux indigènes; d’autre part, ils apprennent aux Français les langues européennes dont

ils ont besoin aux colonies. Je déclarai combien je serais heureux de recommander la méthode Berlitz, que je venais de voir à l’œuvre, et dont j’étais maintenant à même d’apprécier les heureux résultats. Je profitai de l’occasion pour féliciter tout particulièrement le sous-brigadier de police Octave Bientz, qui avait suivi les cours avec la plus grande assiduité, grâce à laquelle il pouvait désormais s’entretenir dans leur langue avec les Anglais ; j’émis le souhait (pie beaucoup des collègues de Bientz suivissent les mêmes errements, d’autant plus méritoires qu’en arrivant au régiment Bientz était complètement illettré. Je témoignai combien j’étais heureux de lui remettre la médaille d’argent que l’Ecole Berlitz lui accordait, et je terminai en remerciant les professeurs de la peine qu’ils avaient prise, en les félicitant de leur dévouement et des progrès qu’ils avaient fait accomplir à leurs élèves.

La distribution des médailles eut lieu ensuite, pour la plus grande joie des indigènes.

Sur ma demande, et grâce à la bienveillante intervention de M. le Commissaire général, M. le Ministre du commerce voulut bien étendre à nos indigènes le bénéfice de la médaille des ouvriers, créée par décret du 9 juin 1899. Je fus heureux d’obtenir cette mesure très politique : les indigènes purent ainsi emporter un souvenir durable de leur séjour en France, et de cette distinction honorifique ils ne se montrèrent pas médiocrement fiers, lorsqu’ils la reçurent : je suis assuré qu’une fois rentrés auprès de leurs compatriotes ils ont dû arborer médailles et rubans avec plus de plaisir encore. On m’a même cité

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un père qui porte sur sa poitrine, outre la médaille qui lui fut décernée , celle qui fut décernée à son fils !

Par suite des départs des paquebots qui avaient lieu à des dates différentes, suivant leur destination, la remise de la médaille des ouvriers de l’Exposition aux indigènes ne put se faire en une seule séance. La distribution eut lieu, pour les Dahoméens, le 3 octobre; pour les Indo- Chinois, les Malgaches et une partie des Sénégalais, le 4 octobre; pour le reste des Sénégalais, le 5 octobre, et, pour les Tunisiens, le 12 novembre. A chaque fois, le cérémonial fut sensiblement le même.

La principale cérémonie eut heu dans la galerie des Bustes, au palais du Ministère des colonies, le 4 octobre. M. le Commissaire général avait bien voulu en accepter la présidence. Lorsqu’il lit son entrée, la musique malgache exécuta La Marseillaise. J’accompagnais M. Picard ainsi que MM. Legrand, chef du Secrétariat de l’Exposition, Broussais, Morel, Basset, Malo, Nicolas, Milhe-Poutingon, etc.

La médaille était enfermée dans un écrin de maroquin doublé de soie blanche et appendue à un ruban tricolore. Dans chaque écrin se trouvait également un petit nœud de ruban. Enfin, chaque indigène recevait un diplôme à son nom. Lorsque M. Picard eut pris place au bureau et ([lie la musique malgache eut terminé l’exécution de l’hymne national, M. le Commissaire général prit la parole ; il dit aux indigènes qu’au moment où ils allaient rentrer dans leurs pays respeclifs et y rapporter le souvenir de cette admirable manifestation humaine qu’était l’Exposition universelle de 1900, il était heureux de leur

offrir la médaille commémorai n e des ouvriers de l’Exposilion. Le Ministre du commerce, reconnaissant les services qu’ils avaient rendus pour l’illustration et l’éclat de cette admirable fête, avait bien voulu, sur la proposition de M. Charles-Roux, soumettre au Président de la République, qui l’avait signé bien volontiers, le décret leur accordant cette distinction.

«J’espère, ajouta M. Picard, que celte médaille vous aidera à conserver le souvenir de l’Exposition, à répandre parmi vos amis et vos compatriotes le renom du Gouvernement de la République et l’amour de la France, car le ruban qui la supporte est aux trois couleurs de la France. »

A mon tour, je remerciai M. Alfred Picard de la sollicitude qu’il n’avait jamais cessé de témoigner à nos indigènes. J’affirmai combien j’avais été heureux de signer les propositions pour la médaille eu question, et j’invitai les indigènes à crier : « Vive M. le Président de la République! Vive M. le Ministre du commerce! Vive M. le Commissaire général! » Les indigènes se joignirent avec grand plaisir à ces vœux, et la distribution des médailles commença, tandis que la musique malgache exécutait la Marche de Sambre-et-Meuse avec son brio habituel.

Les renseignements qui me sont parvenus depuis me permettent de penser que cette cérémonie a laissé le meilleur souvenir dans l’esprit des indigènes et a produit sur eux une excellente impression.

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