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CONCLUSIONS

Ainsi que j’ai eu l’honneur fie le faire déjà observer, l’Exposition du Trocadéro offrait, en 1900, le grand intérêt d’être la première Exposition coloniale internationale et de permettre ainsi la comparaison de l’œuvre coloniale des principales puissances possédant des établissements d’outre-mer.

Vis-à-vis des colonies françaises se dressaient les pavillons des Indes anglaises, de l’Australie occidentale, du Canada, des Indes néerlandaises, des colonies portugaises et les vastes et riches constructions qui contenaient les expositions des colonies russes d’Asie.

A la suite de l’Exposition de Tervueren, encore récente , et qui fut si complète , le Congo belge n’avait pas cru devoir participer à l’Exposition universelle, et nous eûmes le regret de constater son absence.

L’Exposition des Indes anglaises, fort bien comprise et aménagée, se résumait en deux produits : le coton brut et manufacturé; les thés de Ceylan. Ces derniers obtinrent un gros succès auprès du public : on pouvait les déguster dans plusieurs bars dont les terrasses s’élargissaient à travers les allées et qui, dès le début, furent, à 5 heures, un rendez-vous élégant et très fréquenté.

L’Australie occidentale offrait également à nos yeux deux grands produits : le bois et l’or.

Le bois emplissait tout le rez-de-chaussée du pavillon,

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en billes énormes, en planches, en poutres; il débordait même sur les jardins en troncs géants. L’exposition de l’or contenait une pépite valant 16,000 francs environ el pesant 5 kilogrammes.

Le Canada nous montrait aussi beaucoup de bois, puis des minéraux, des pelleteries en grande quantité.

Les Indes néerlandaises nous donnaient une grande el belle sensation d’art avec la reconstitution et les admirables moulages d’un temple du monastère de Tjandi-San, et une curieuse sensation d’exotisme avec ses maisonnettes aux murailles laquées, peintes et dorées, dont les toits, recouverts de libres végétales, s’emboîtaient l’un dans l’autre, leurs faîtages relevés au bord en forme d’éperons, armés de pointes de métal; c’étaient les demeures des chefs des liants plateaux de Padang à Sumatra. II y avait là des œuvres d’art de premier ordre.

Des colonies portugaises étaient venues en masse les riches denrées coloniales, cafés, cacaos, kola, caoutchouc, pelleteries, groupées dans un élégant pavillon de style officiel, devant lequel une fanfare d’indigènes vint donner de s concerts.

Enfin dans la reconstitution d’une partie du Kremlin, la Russie exposait le produit de ses colonies d’Asie : les thés et les raisins, les bois des apanages impériaux, avec un superbe bison; les mines de pétrole de la région du lac Baïkal ; dans une salle merveilleusement décorée, les riche* broderies, les armes, etc., des pays caucasiques et thibétams; l’amoncellement prodigieux de richesse des mille fourrures de la Sibérie, les poissons des lacs et des grands fleuves sibériens; les gemmes, les minéraux de

l’Oural; et les plans et travaux de la colossale entreprise qu’est le Transsibérien, qu’illustrait un panoramajmouvant; derrière, une série d’isbas (maisons (le paysans) donnait une idée de la vie des mouiicks; on y trouvait leurs instruments agricoles, des broderies, des ornements sacerdotaux, et les petites industries auxquelles ils se livrent.

D’autre part, on a pu constater le luxe et l’abondance des publications de tonies sortes, notices, catalogues, etc., éditées par les nations étrangères, soit sur elles-mêmes, soit sur leurs colonies, comme le Canada et l’Australie occidentale, par exemple.

Nous avions donc un voisinage redoutable, tant par la variété que par la richesse des produits exposés, par l’art avec lequel ils avaient été présentés, par l’importance et le nombre des documents écrits qui les accompagnaient.

Les récompenses qui nous ont été décernées parle jurv supérieur, l’accueil que nous a réservé le public, les articles favorables que la presse a bien voulu nous consacrer, nous ont prouvé que nous avions soutenu vaillamment la comparaison et que nous occupions honorablement notre place dans ce concours colonial international. Le thé de l’Annam, le café de la Nouvelle-Calédonie, les vanilles de la Réunion, nos caoutchoucs africains, se sont montrés en première ligne, et le côté artistique et pittoresque de notre Exposition, notamment la reconstitution du temple souterrain Khmer, 11e le cédait en rien à aucune autre.

Cependant, nous n’avons pas la prétention d’avoir réalisé un chef-d’œuvre, et nous nous sommes borné à apporter tous nos soins à l’exécution d’un plan que nous

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n’avions pas conçu. Ce plan a subi les conséquences de l’indécision de l’Administration supérieure, pour l’attribution définitive des emplacements réservés aux divers exposants, et des remaniements tardifs auxquels elle a dû recourir pour donner satisfaction aux exigences des nations étrangères.

En lisant mon long rapport, on a pu constater qu’il était question, au début, de nous attribuer le parc du Trocadéro en entier; puis on nous a réduits au côté Ouest; puis on voulait même nous supprimer la partie se trouvant derrière le palais, où nous avions placé le Congo français; puis enfin, on a consenti à nous l’abandonner et on a ajouté à notre lot le bassin du Trocadéro et quelques petits coins, par-ci, par là. Un an à peine nous séparait de la date d’ouverture quand nous avons su exactement à quoi nous en tenir.

Mais, en dehors de ces regrettables tergiversations, je n’hésite pas à déclarer que l’emplacement du Trocadéro était mal choisi à cause de son extrême déclivité, de la grande quantité d’arbres qu’il fallait forcément respecter et de la défectuosité de son sous-sol.

La création du groupe XVII a été également une fâcheuse mesure. Mettant entièrement en dehors de mes critiques les éminentes personnalités qui étaient à sa tête et qui ne sont aucunement responsables de celte innovation, je ne vois pas l’utilité de ces deux expositions coloniales, ayant des directions différentes, et se faisant pour ainsi dire concurrence, sans profit pour aucune d’elles.

Enfin, puisque 1 Exposition coloniale avait un budget indépendant du budget général, elle aurait dû jouir des

bénéfices de cette situation en percevant pour son compte les diverses redevances relatives aux attractions, au lieu de les verser dans la caisse de F Administration générale. Elle aurait imposé des taxes infiniment plus douces qu’on ne l’a fait, et se serait créé des ressources utiles tout en assurant le succès des attractions quelle aurait offertes au public. Je considère encore comme abusif le droit que s’est attribué le Commissariat général d’avoir placé le long des avenues et dans l’enceinte de l’Exposition une foule de kiosques d’alimentation et autres, dont aucun plan ne permettait de prévoir la construction, qui faisaient une concurrence fâcheuse à nos établissements, et présentaient de plus un aspect qui n’avait rien de colonial, puisqu’on y débitait en même temps que du vin, du pain et du saucisson, une foule d’autres objets, tels que des poupées, des mirlitons, etc.

Pour que l’Exposition coloniale eût été ce quelle aurait dû être, c’est-à-dire une imposante manifestation de la reconstitution de notre domaine d’outre-mer et un grand enseignement pour le public, il aurait fallu qu’on mit à notre disposition une surface plane et vaste. Au centre aurait été placé le palais des colonies françaises, dans lequel on aurait fait l’histoire de la colonisation et réuni les produits d’importation et d’exportation, tous les renseignements commerciaux, industriels et agricoles pratiques concernant la mise en valeur des colonies et les résultats déjà obtenus. Le palais des colonies aurait donné dans des jardins d’hiver et des serres chaudes, beaucoup plus grandes que celles que nous avions jointes au Palais du Ministère, et dans lesquelles on aurait réuni les échan-

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tillons de loules les plantes susceptibles d’être cultivées avec succès dans chacune de nos colonies.

C’eût été une véritable école pour les visiteurs désireux de s’instruire, et nous avons constaté qu’ils étaient plus nombreux encore (pie nous ne l’avions supposé.

A l’occasion de la première Exposition coloniale internationale, nous aurions été ainsi fort utiles à nos coloniaux, et nous aurions prouvé en même temps aux étrangers que nous savions non seulement conquérir un vaste empire colonial, mais encore l’exploiter et le faire fructifier.

Tout autour de ce palais, chaque colonie aurait édifié des pavillons construits d’après l’architecture locale, et habités par des indigènes vivant de leur vie habituelle et dont on aurait pu étudier les usages et les mœurs. On y aurait joint des échantillons aussi nombreux que possible de la faune et de la flore de chacune de nos colonies, et tous ces pavillons auraient été pour ainsi dire la preuve vivante, la leçon parlée, du résumé général qu’aurait contenu le palais.

Au Dahomey, des indigènes auraient fabriqué de l’huile de palme; au Sénégal, ils auraient cultivé et cueilli les arachides; auTonkin, du riz; en Annam, du thé, etc.

Il n’a pas dépendu de nous de réaliser ce beau rêve et, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, nous n’avons rien négligé pour tirer le meilleur parti possible des ressources dont nous disposions, heureux de prouver notre entier dévouement à une cause à laquelle nous sommes attaché depuis de longues années, et que nous servirons toujours avec passion.

Tous mes collaborateurs, M. Saint-Germain , directeur; M. Scellier de Gisors, architecte en chef; M. Broussais, sous-directeur; M. Morel, secrétaire général; M. Basset, chef de mon cabinet, et M. Malo, sous-chef, qui a pris une large part à la rédaction de ce rapport; M. Chambeurlanl, chef de la comptabilité, et ses adjoints, MM. Guer et Maygrier, m’ont prêté le concours le plus utile et le plus dévoué. Je suis heureux de leur en témoigner ma profonde reconnaissance, ainsi qu’aux Commissaires spéciaux des colonies françaises.

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