‹ Les colonies françaises (volume 2)Chapitre 15 sur 34 · PNOM-PENH. — LE PALAIS DU ROI · texte numérisé non relu

PNOM-PENH. — LE PALAIS DU ROI

On ignore si celte transformation fut due à l’initiative d’un prince entreprenant, au profit de la religion bouddhiste, ou si elle fut le résultat de guerres sanglantes; mais ce qui est certain, c’est que Bouddha lui-même vint au Cambodge. Le récit de son voyage est, comme toujours, accompagné de fables. On montre encore la trace de son pied, comparable à celle que l’on peut voir à Ceylan.

Les Khmers au Chin-La. — C’est à cette époque que les Khmers quittèrent l’Inde où les bouddhistes étaient exterminés par les brahmines et vinrent apporter une nouvelle force au royaume de Chin-la qui atteint sous son nouveau nom un grand degré de splendeur. Les frontières de cet empire étaient très reculées, et il est permis de croire qu’il comprenait la presqu’île Èi laquelle on donne aujourd’hui le nom d’Indo-Chine.

Les documents que l’on possède sur cette époque sont peu nombreux; néanmoins il est permis d’affirmer que le lôle de cet empire dans la conversion de l’Asie centrale au bouddhisme fut considérable ; ainsi s’explique comment ce pays a été considéré par les populations de ces régions comme une terre sainte et pourquoi l’on s’y rend encore en pèlerinage, à peu près de la même manière que les musulmans vont à la Mecque. C’est à celte circonstance qu’il convient d’attribuer l’état d’infériorité des populations, car nulle part peut-être plus qu’au Cambodge les moines bouddhistes ne montrent plus de saleté et d’ignorance. Il paraît que ceux du Thibet ne leur sont supérieurs à aucun de ces deux points de vue.

Le royaume de Kampuchea. — La littérature du Cambodge se compose d’un ramassis de traditions insensées qui font voir jusqu’à quel degré de folie peut arriver l’intelligence humaine, lorsqu’elle abandonne la réalité et l’expérimentation. On suppose généralement que le voyage de Bouddha au Cambodge eut lieu vers le cinquième siècle avant notre ère. C’est un peu plus tard, vers le troisième siècle, que le sanscrit fut remplacé par le paali, et que le nom de Chin-La

CAMBODGE

cessa d’êlre employé. Depuis celle époque ce pays fui désigné sous le nom de Kampuchea, d’où nous avons fail Cambodge.

Après de Irès longues guerres contre les tribus de race mongole qui, à maintes reprises, descendirent des montagnes de rnimalaya et envahirent le Cambodge, les Cambodgiens furent vaincus, et Angkor pris et ravagé. Ce fut là

t’agode de Oudong.

le commencement de la décadence du pays, qu’envahirent ensuite plusieurs fois les Annamites et les Siamois.

Enfin, les efforts combinés des rois de Siam et d’Annam eurent pour résultat de réduire le Cambodge à une situation tellement infime que c’est à peine si son nom était connu en Europe. C’est ainsi que l’auteur du volume que publia en 1830 VUnive^'s ‘pittoresque sur l’Indo-Chine ne cite son nom qu’une seule fois, pour le faire figurer au

nombre des dépendances de l’Annam. Et cependant, les rapports du Cambodge avec l’Europe sont fort anciens : ils datent du seizième siècle.

L’arrivée des Européens coïncida avec les développements de la piraterie, qui ravagea pendant de longues années les provinces maritimes de ce pays. Les pirates appartenaient à toutes les nations et les Européens y tenaient une place importanie. Le gouverneur espagnol de Manille, ayant entendu parler des richesses que les pirates tiraient du Cambodge, organisa une expédition destinée à opérer une razzia. On ignore quel fut le résultat de cette entreprise.

Les missionnaires portugais. — Les missionnaires portugais furent les premiers à entretenir des relations avec le Cambodge.

On a, à ce sujet, le récit très complet d’un voyage exécuté en 1590 par le père Gaspar da Cruz, de l’ordre de Saint-Dominique, qui a été publié à Lisbonne et résumé dans la collection des Pinchas.

Les Portugais furent reçus avec faveur par les rois du Cambodge, qui eurent recours plus d’une fois à leur science militaire et leur donnèrent l’autorisation d’établir une factorerie dans les provinces maritimes, qui constituent aujourd’hui la basse Cochinchine.

De leur côté, les Hollandais reçurent une autorisation analogue en 1635; ce furent eux qui, les premiers, cherchèrent à établir des relations avec l’intérieur. Dès 1641, ils avaient fait parvenir une expédition jusqu’à Vin-Thang, alors capitale de tout le Laos et qui est situé à plus de 1,000 kilomètres de la côte.

Les Portugais, jaloux de l’influence des Hollandais, firent assassiner le directeur de la factorerie hollandaise dans un voyage qu’il fit pour se rendre à Pnom-Penh, où se trouvait la cour du roi du Cambodge.

Ils étaient alors tout-puissants ; ils avaient la confiance du roi et rien ne semblait devoir arrêter leurs progrès.

CAMBODGE

lorsque le gouvernement chinois, averti de ce qui se passait, fit des représentations et peut-être même des injonctions au roi. Les Portugais furent disgraciés et à peu près chassés du pays.

En 1616, les Anglais avaient formé un établissement à

D NOM -Penh. — Lh [lyraniide.

Poulo-Gondore, dépendance de la Gochinchine française, oii se trouve actuellement le pénitencier destiné à rentermer les criminels de nos possessions d’Indo-Ghine ; mais la garnison était composée de cipayes qui se révoltèrent et massacrèrent les officiers qui les commandaient. Gette révolte mit fin à l’entreprise des Anglais, qui renoncèrent à s’établir au Gambodge.

L’histoire des premiers rapports du Cambodge avec 1 Europe poun^ait être facilement faite cà Lisbonne, et à Amsterdam, à l’aide des récits publiés autrefois. Elle serait tort curieuse et probablement très intéressante pour la f rance.

fous ces auteurs s’accordent à représenter le Cambodge comme un pays florissant, ayant un très grand nombre de villes peuplées et prospères sur les bords du Grand Lac, qui était la principale merveille du pays. Les ravages des invasions siamoises du quatorzième siècle étaient donc à peu près effacés, lorsque les Européens le visitèrent.

Les entreprises des Siamois. - C’est seulement vers 1750 que les Annamites s établirent dans les provinces maritimes U Cambodge et en 1810 que les Siamois pénétrèrent d’une açon definitive dans les provinces du Grand Lac. Mais cette occupation, tolérée par une puissance trop faible pour

aire valoir ses droits, n’a, en quelque sorte, aucun caractère legal ou définitif.

Du reste, les Siamois sont complètement hors d’état de tirer parti de ces provinces, qui ne peuvent être exploitées, vivifiées, civilisées, que par les possesseurs du Cambodge, dont elles sont le complément à tous égards.

Le général erançais Bodin. - Ces dernières conquêtes e Siam turent exécutées par un Français nommé Bodin qui était au service du roi de Siam, dont il commandait 1 armee. Ce Bodin paraît avoir joué un rôle très important dans les guerres de cette époque, et il a laissé un nom illustre dans le pays.

En 1832, le gouverneur d’une province limitrophe de Siam ayant été accusé de trahison, passa la frontière avec une partie de la population et vint se mettre sous la protection ces ennemis du Cambodge. Il en résulta une guerre où les Cambodgiens furent battus par les Siamois, commandés par le general Bodin. La défaite fut telle que le roi de Cambodge prit la fuite et se réfugia en Annam. Mais les Cambodgiens, débarrasses de leur roi, se défendirent si bien qu’ils batti-

CAMBODGE. Il*

renl à leur tour les Siamois et donnèrent aux Annamites ; le temps d’intervenir. C’est ainsi que la dynastie cambodgienne fut sauvée.

i Mais le roi de Cambodge mourut peu après, et 1 Annam

se mit immédiatement en mesure de recueillir la succession de son allié. Cela ne servait pas les intérêts des Siamois, qm ! soutinrent la candidature du prince Ang-Duong réfugie a

Bangkok. Ce prince était le père du roi actuel. Une gueire

s’ensuivit.

i Ang-DuoxXG, vassal de l’Annam et de Siam. — Cette guerre

’ soulevée entre les royaumes de Siam et de l’Annam, a propos

de la succession du Cambodge, dura environ douze ans e se termina par un traité, en vertu duquel le Cambodge ' reconnaissait à la fois la protection de 1 Annam et ce e

:: ■ Siam. En même temps Ang-Duong accepta la vassalité de ses Il deux voisins qui, l’un et l’autre, profilèrent de l occasion

s’établir dans les provinces occupées par leurs troupes, es sortes d’annexions que rien n’autorisait, et qui, dans le principe, n’ont été sanctionnées par aucun traité, s opererent avec une astuce profonde. Les Siamois surtout montreren une habileté dont plus d’une puissance européenne aurait le droit d’être jalouse. Ils firent administrer leurs nouvelles possessions par des mandarins indigènes, à qui ils abandoni lièrent les revenus locaux et se contentèrent d un maigre

I tribut, envoyé à Bangkok. Puis ils favorisèrent 1 etablisse-

î ment, dans ces provinces, de tous les Cambodgiens qui, a

• diverses époques, s’étaient réfugiés à Siam.

il C’est de cette manière, c’est-à-dire à titre essentmllemen

;i précaire, que le royaume de Siam a mis la main sur a

[ province de Battambang et sur plusieurs autres, qui, a tous

i; les points de vue, sont le coraplénieut indispensable u

1 Cambodge et dont les Siamois ne peuvent tirer aucun parti,

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