PNOM-PENH. — LA VILLE
Ces tours, ainsi que toutes celles que l’on rencontre dans les ruines cambodgiennes, sont des édifices dont la base est un carré, avec des salles disposées comme les bras d’une croix grecque et dont les étages décroissants sont ordinairement couronnés par des feuilles de lotus, et se terminent en pointe.
Des serpents fantastiques d’une exécution curieuse dressent leurs neuf têtes en éventail sur les côtés de l’entrée principale; chacune de ces pièces a été taillée dans un bloc de grès, cubant environ 9 mètres, ce qui peut donner une idée de leurs dimensions.
Les galeries obscures, menant au premier édifice seulement, contiennent de grandes statues qui reçoivent encore l’adoration des fidèles et sont ornées de frises gracieuses.
Vu du dehors, ce premier édifice, à travers la végétation qui cache sa base, ne laisse apparaître qu’une longue colonnade, surmontée de voûtes et de sommets ruinés.
Quand on pénètre dans l’intérieur du parc, on ne voit plus que des murailles ornées de moulures profondes, surmontées d’entablements, dont les saillies sont formées par de grandes doucines aux courbes harmonieuses. De distance en distance, s’ouvrent des fenêtres à moitié remplies par des balustres délicatement ouvragés. Au-dessus, courent des frises d’ogives lleuries, encadrant des sujets divers; enfin un fouillis de rinceaux, de personnages, d’oiseaux, de dragons, transforment la pierre en une véritable dentelle, au milieu de laquelle des espaces à peine striés, comme par une fine broderie, ont été réservés pour servir de fond à des ligures célestes, tenant en main de larges tiges de lotus.
Bien que les pierres de grès qui ont servi à construire ces monuments s’effritent facilement, le choix des matériaux a été fait avec un tel soin que, malgré l'ardeur du soleil et la violence des pluies et des orages tropicaux, des panneaux entiers de sculptures semblent achevés d’hier.
En pénétrant dans le parc, par l’entrée principale, on perçoit au milieu du cadre formé par les piliers du péri-
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style, un lointain massif de verdure dont le pied baigne dans une eau azurée et d’où émergent des bouquets de palmiers, dominés par les sommets des tours, qui s’ét.agent en pyramides : c’est le temple.
L’ouverture consiste en un massif quadrangulaire à trois gradins contournés chacun d’une galerie. La base de la pyramide mesure 240“, 80 de l’est tà l’ouest et 21i“,70 du nord au sud.
Les ti’ois gradins qui servaient de soubassement aux galeries ont, le premier 3,96 de hauteur, le second 6,33 et le troisième 13,10. Cedernier s’élève presque àpic.Onle gravit par 12 escaliers que gai'daient 96 lions.
Aux angles s’élèvent des tours croissantes ; au centre une énorme tour forme le point culminant.
Il faudrait un volume entier pour donner une idée simplement approximative de toutes les richesses artistiques entassées dans ce sanctuaire et dont les restes sont encore assez visibles pour faire comprendre quel pouvait être le degré de luxe et de splendeur de ce monument, qui n’a jamais été surpassé dans aucun pays ni à aucune époque.
Les sujets des statues et des bas-reliefs sont en général le triomphe de Rama, terrassant Prakshasas; ces figures sont presque toutes un peu plus petites que nature, d’un très beau mouvement et d’une exécution très réussie et très finie.
Il est impossible de ne pas admirer les belles proportions de cet édifice, l’habileté avec laquelle l’architecte avait su varier ses effets, contraindre le spectateur à envisager son œuvre sous des aspects imprévus, lui procurer à chaque porte, pour ainsi dire, une impression nouvelle. Les longues processions d’apsaras sur les murailles, les riches dentelures des fronfons et des tours, le fouillis de rinceaux répandus à profusion semblent caractériser à merveille un art qui, s’inspirant des célestes palais d’Indra, s’était en même temps efforcé de dépasser en richesse l’admirable végétation qu’il domine de toute la hauteur de ses tours, par un frappant contraste.
Angkou-Thom. — Avec ses allées de géants soutenant des nagas énormes, ses lourdes portes flanquées d’éléphants, ornées de la quadruple face de Brahma au milieu de cent personnages; avec ses terrasses fantastiques, soutenues par des rangées d’éléphants arcboutés, de lions, de garoudas superbement dressés; avec son grand temple, plus étrange encore, aux 50 tours groupées en pyramide, et formant 50 tètes quadruples, coiffées de tiares à étages, Angkor- Thom est assurément la création la plus fantastique qui soit sortie d’un cerveau humain.
Mais, pour la comprendre, il ne faut pas, comme le font la plupart des voyageurs, se contenter de jeter un rapide coup d’œil sur ces ruines presque enfoncées sous la végétation, sur ces pierres disjointes où l’harmonie des formes est dérangée, où les figures grimacent, et où l’on n’aperçoit que des restes incompréhensibles ; il faut examiner avec attention, reconstituer l’ensemble par la pensée; et si l’on veut exécuter un moulage qui ait un sens, il faut auparavant essayer de reconstruire la pièce que l’on désire avec ses débris écroulés, et la compléter, en prenant où on les peut trouver des fragments analogues à ceux qui font défaut.
C’est certainement à cet état de destruction des monuments qu’il faut attribuer ce fait que l’on ait attendu si longtemps pour apprécier à sa valeur cet art khmer, qu’on n’a pas su voir, et dont les spécimens qui figurent déjà dans nos musées surprennent les rares visiteurs d’Angkor-Thôm presque à l’égal du gros public.
Il n’est pas inutile d’entrer ici dans quelques détails techniques de la construction de ces monuments.
Les fondations reposent sur un lit de sable ou de béton composé avec des débris de briques et de grès concassé.
Quant aux murs d’enceinte, le faîtage est seul en grès; les massifs intérieurs sont en pierre ferrugineuse, poreuse et dure, appelée en Gochinchine pierre de Bien-lloà.
Toutes les assises extérieures sont en grès, posées à joints
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vifs; les joints verticaux, les lits de pose et de ciel dressés par le froltement avec une précision absolue.
Les traces de trous que l’on voit sur les parties cachées rappellent le procédé qui était employé pour manœuvrer les blocs. Toutes les pierres posées en encorbellement étaient armées de crampons de fer scellés avec un métal fusible, sur le lit supérieur. Tous les piliers, pilastres, colonnes, chambranles sont monolithes, et les assemblages des
Un bonze. ‘
chambranles des portes, des baies, sont coupés d’onglets et emboîtés comme de la charpente à tenon et à mortaise.
Les voûtes des galeries formant toiture sont toutes faites d’assises horizontales posées en encorbellement: dans la longueur, les joints verticaux sont à recouvrements symétriques par rapport au milieu ; on plaçait en dernier lieu la pièce médiane, formant clef, pour serrer le tout. Les constructeurs khmers faisaient ainsi pour leurs assises horizontales ce que nous faisons pour nos voûtes. L’avantdernière assise, qui achève et ferme la voûte, présente au milieu un joint vertical, et la dernière forme la dalle de
recouvi'emenl qui elle-même reçoit le faîtage posé à tenons et que couronnait une crête formée d’une suite de petits cylindres terminés en pointe et régulièrement moulurés.
Dans cette période avancée de l’art du Cambodge, les ravalements étaient faits de la même manière que chez nous, aussi bien pour les moulures unies que pour celles destinées à recevoir de la sculpture. Les colonnettes et balustres surchargés de moulures d’une finesse rares ont été tournés.
Enfin, on a enrichi de sculptures toutes les surfaces apparentes : souhassements étagés, moulures, murailles, toits, escaliers, dont le dessus des marches même, ainsi que le seuil des portes, était orné d’une fine gravure imitant un tapis brodé.
Une Cambofigiemie.
Les éléphants du roi.