CHAPITRE III
Administration.
Avant l'occupation française. — Population. — Les classes de la société cambodgienne. — Le mariage. — Caractère du Cambodgien. — Nouvelle administration du Cambodge. — Le code cambodgien. — Les impôts. — La religion. — Habitation. — La langue.
Avant l’occupation française. — Avant notre arrivée an Cambodge, l’administration de ce pays, ainsi que celle de toutes les parties de l’Indo-Chine, était entre les mains des mandarins, qui obéissaient au roi et à ses ministres. Leur pouvoir était absolu et n’était tempéré que par une réglementation surannée, couvrant tous les abus et ayant pour but de les autoriser, en leur donnant une apparence de régularité quasi légale, bien plus que de les entraver.
Les bonzes seuls étaient à l’abri du pouvoir royal, et ils avaient une certaine autorité, dont ils ne manquaient pas
d’abuser; de sorte que les populations étaient pressurées de deux côtés différents.
En outre, une foule de dignitaires et de princes issus de la famille royale, qui, grâce à la polygamie, avait atteint des proportions vraiment incroyables, étaient soustraits à la loi commune; toutes les charges retombaient sur les mêmes individus, taillables et corvéables à discrétion.
Chacun des dignitaires, appartenant de près ou de loin à la famille royale, avait sa 'petite cour de favoris; ainsi les malheureux qui n’avaient pas la bonne fortune de posséder un puissant protecteur étaient réduits à la situation la plus précaire et la plus misérable.
Population. — Un recensement complet et sérieux de la population du Camborlge n’a pas encore été possible; cependant, d’après tous les renseignements recueillis, il est permis d’évaluer le nombre des habitants du pays à 1,500 ou 1,800,000 âmes, c’est-à-dire à environ 10 habitants par kilomètre carré.
Un pays aussi fertile et arrosé par des cours d’eau nombreux et importants, pourrait certainement être beaucoup plus peuplé. 11 a dû l’être autrefois, mais les guerres interminables dont il a été le théâtre et la misère effroyable qui en a été la conséquence ont fait disparaître des populations entières et transformé le pays en de véritables déserts, refuge des bêtes féroces dont elles abondent.
La plus grande partie des habitants du Cambodge appartiennent à la race autochtone, représentée par diverses peuplades, connues sous le nom de Khmers, Samré et Koui. Viennent ensuite les Malais ou Chams, au nombre d’environ 30,000, puis les Chinois au nombre de 100,000 au moins, et les Annamites, encore plus nombreux et dont le nombre s’accroît tous les jours, par suite d’une émigration constante, conséquence des relations commerciales établies entre les doux pays et surtout de l’industrie de la pêche pratiquée avec succès par les Annamites.
Enfin, il y a un nombre relativement considérable de métis, dont quelques-uns soni riches et considérés, mais qui.
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tout en formant une espèce de caste à part, ne jouissent d’aucune prérogative spéciale.
Les Français sont encore très peu nombreux; cependant depuis quelque temps leur nombre s’est accru et ils ont fondé au Cambodge des maisons de commerce et des établissements, dont quelques-uns promettent de prendre une grande importance.
Le vêtement national du Cambodgien est le langoiili, pièce d’étoffe dont les bouts sont réunis par devant, passés entre les cuisses et engagés derrière la ceinture, qui se compose d’une pièce de soie. Cette ceinture ne se porte pas
Voiture de course.
toujours autour du corps; on la met quelquefois en bandoulière.
Au Cambodge, il n'y a que le roi qui ait le droit d’être chaussé; cette règle tend cà tomber en désuétude.
Les classes de la société cambodgien.ne. — La religion boudhique étant essentiellement égalitaire, les castes sont légalement abolies au Cambodge; mais cependant le brahmanisme y a laissé ses traces, et la société est divisée en classes parfaitement distinctes les unes des autres.
Ces classes sont au nombre de cinq ;
1” La famille roijnle, qui est si nombreuse qu’elle forme, à elle seule, une partie de la population, dont il est impos-
sible de ne pas tenir compte. En effet, le roi Norodon, actuellement régnant, est père de bO ou 60 enfants, et ses frères en ont à peu près autant que lui. Tous les parents ou alliés de ces princes et de leurs femmes font partie de la famille royale et ont droit, en celte qualité, à certaines prérogatives, entre autres à une exemption à peu près complète d’impôts.
2° Les Tra-Vongs, descendants des anciens rois du pays, qui sont, eux aussi, très nombreux. Ils ont des chefs spéciaux et jouissent d’une grande considération. C’est la haute noblesse du pays.
3° Les Bakcrs, descendants des anciens Brahmes. Ces personnages sont vénérés par le peuple. Autrefois, en vertu d’un ancien usage, le roi devait abdiquer, pendant trois jours, entre les mains du chef des Bakers qui exerçait le pouvoir royal à sa place; le roi actuel a aboli cet usage, qui était l’occasion de graves abus.
4“ Les prêtres de Bouddha, qui sont très vénérés, mais qui peuvent d’un moment à l’autre rentrer dans les rangs des simples mortels, en quittant leurs fonctions sacerdotales.
S® Les Cambodgiens libres, c'est-à-dire la véritable population, qui travaille, paye les impôts, et constitue la bourgeoisie du pays. C’est dans cette classe que sont choisis les fonctionnaires et les mandarins qui, au Cambodge, ne passent pas d’examens.
Le mariage. — La loi autorise la polygamie, et les hommes peuvent avoir jusqu’à trois femmes, mais les Cambodgiens usent très peu de cette permission.
Généralement les veuves se font bonzesses , et elles ne peuvent se remarier qu’après trois ans de veuvage. C’est à l'âge de seize ans que les hommes et les femmes se marient d’ordinaire.
Les mariages se célèbrent avec une certaine solennité et, ainsi que chez la plupart des peuples orientaux, ils nécessitent l’emploi d’une foule d’intermédiaires, de démarches dont quelques-unes sont publiques, tandis que certaines
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autres doivent demeurer secrètes. Le père d'une jeune fdle ne donne jamais son consentement avant d’avoir consulté les devins.
Ce n’est que dans le cas où l’avis de ces personnages est favorable que se fait l’échange des cadeaux.
En principe le divorce existe, mais il est peu en usage.
Les femmes jouissent d’une certaine considération; dans les ménages polygames, elles s’entendent en général très bien.
Les enfants sont aimés de leurs parents, mais leur éducation est livrée à peu près au hasard. Jusqu’à quinze ans environ, ils sont très intelligents, jnais, à partir de cet âge, ils s’alourdissent, deviennent épais et ne sont plus guère susceptibles du moindre travail intellectuel. Ils sont atteints d’une indolence incurable et deviennent maladroits, paresseux, à tel point que les Européens ont dû renoncer à les utiliser pour les besognes demandant une certaine intelligence et un peu d’activité.
Caractère du Cambodgien. — En général les gens du peuple sont honnêtes et peu portés au vol. Mais les mandarins ont l’habitude de la prévarication et s’y livrent sans la moindre pudeur.
Bien que la justice ne fonctionne qu’incomplètement dans le pays, les attentats contre les personnes sont très rares et les meurtres presque inconnus.
Les Khmers sont très hospitaliers et prennent plaisir à rendre service aux voyageurs. L’un des principaux caractères de ce peuple est l’irrésolution; ils le poussent à un point extrême et rien n’est plus difficile que de leur faire prendre une résolution prompte, même dans les cas les plus urgents. Leur fatalisme les pousse à laisser les choses suivre leur cours. Il y a aussi très souvent un peu de calcul de leur part dans cette inertie, qui leur permet de se livrer à leur goût pour l’intrigue et d’user de toutes leurs ruses, avant de conclure une affaire.
Les enfants respectent beaucoup leurs parents et leur obéissent avec la plus grande docilité.
LES COLONIES FKANÇAISES.
Les Khmers sont très pudiques et, même dans les anciennes sculptures du pays, on ne trouve pas de personnage à l’élat de nudité. Ils sont d’une politesse excessive dans leurs relations et ils observent tous, avec la plus grande ponctualité, les règles d’une étiquette souvent fort compliquée.
Ils sont très sobres et ne boivent des liqueurs fortes que depuis notre arrivée dans le pays. Ils boivent du vin et des liqueurs de France avec un certain plaisir, mais ils ne sont pas portés à en abuser.
En résumé, le peuple cambodgien est doux, paisible, de mœurs simples et d’un caractère docile. L’éducation seule lui manque pour développer ses qualités et pour se corriger de ses défauts.
L'usage de brûler les morts est général et les gens qui, par économie ou par négligence, ne brûleraient pas un mort de leur famille, seraient absolument déshonorés.
Nouvelle administration. — Les diverses conventions passées entre le roi Norodon et le gouvernement français ont eu pour résultat de simplifier et de modifier complètement l’administration du pays, nous avons tout lieu de nous applaudir du résultat obtenu. Bien que notre administration laisse encore à désirer, qu’elle soit loin d’être parfaite, elle constitue cependant un progrès si incontestable, si considérable que le pays s’est réveillé de sa torpeur et que tout permet d’espérer, si nous continuons dans cette voie, qu’une véritable prospérité sera la conséquence de nos efforts.
La convention de 1881 a régularisé le pouvoir royal; désormais le roi devra se contenter d’attributions analogues à celles d’un monarque européen dans un pays constitutionnel.
Au lieu d’un nombre énorme de petites provinces sans importance et sans vitalité propre, on a divisé le pays en 8 provinces, subdivisées elles-mêmes en 32 arrondissements.
.V la tête de chacune de ces provinces est placé un rési-
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dent français, chargé de la direclion politique el administrative, et de la surveillance des autorités cambodgiennes.
Il préside le tribunal provincial, qui juge en dernier ressort les affaires de peu d’importance et qui, pour les autres, joue le rôle d’un tribunal de première instance.
Le code cambodgien. — Le code cambodgien comportait une série de supplices barbares qui peu à peu disparaissent et disparaîtront entièrement au fur et à mesure que, par
Salle des fêtes du palais du roi.
notre contact, les idées humanitaires pénétreront de plus en plus dans le pays.
Les dépositions des témoins font l’objet de règles spéciales qui excluent les témoignages des enfants, des vieillards, des mendiants et des gens sans aveu. Une disposition spéciale repousse le témoignage des bonzes qui, même dans l’intérêt de la justice, ne sauraient causer un préjudice à leur prochain sans faire tache à la vie religieuse; toutefois ce témoignage est admis s’il doit innocenter un accusé.
LES COLOiNIES FRANÇAISES.
Les juges convaincus d’avoir infligé à fort une peine sont condamnés au double de cette peine.
Dans un grand nombre de cas, les peines corporelles sont rachetées par des amendes.
Villes princii'ales. — Nous avons parlé plus haut de Kampot et de Pnom-Penh. Ce sont à peu près les deux seules villes du Cambodge dignes de ce nom qu’on ne saurait vraiment donner aux autres agglomérations d’habitants.
Les chefs-lieux des provinces sont des bourgades de peu d’importance, de véritables villages, auxquels notre action administrative ne tardera pas à donner une vie qui leur manque presque complètement aujourd’hui.
Quelques-unes de ces provinces sont destinées, par leur situation et par la richesse de leur sol, à acquérir rapidement une véritable prospérité; mais d’autres sont très peu peuplées et absolument misérables. Ilnous faudra du temps et de persistants efforts pour les galvaniser; mais nous devons ajouter que partout des symptômes favorables se produisent. Le pays semble se réveiller et les Cambodgiens, comprenant que noire présence sur leur sol est le meilleur gage de leur sécurité, se montrent très disposés à suivre notre impulsion. La guerre civile, qui désolait ce royaume depuis des siècles, a fait place à une tranquillité qu’il ne connaissait plus. Les rebelles découragés sont hors d’état d’entreprendre aucune hostilité contre nous, et le pouvoir royal, que nous protégeons et dont nous nous servons, pour le bien du pays, n’est plus contesté. Nous examinerons plus loin quels sont les résultats obtenus jusqu’à ce jour. Ils sont de nature à nous encourager et à nous faire persévérer dans la politique paternelle, modérée et ferme que nous avons adoptée.
Les impôts. — Les principaux impôts sont : la corvée, évaluée à 20 ligatures par an; l’impôt foncier, fixé à un dixième de la production du pays; la location des terrains domaniaux; les droits de douanes prélevés sur le coton,
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le tabac, l'indigo, le mûrier et les légumes de toutes espèces.
Le bétel est imposé à 30 sapèques (0 fr. 04) par pied, plus Lin dixième de la quantité qui est livrée au commerce; le poivre à peu près 2 piculs et demi par 1,000 pieds: cet impôt peut se payer en nature; le sucre de palmier 1 franc environ par personne se livrant à cette fabrication. L’impôt sur les forêts est flxé au dixième des arbres abattus. Le droit d’abatage des arbres est fixé au dixième de leur valeur.
Exécutée par des fonctionnaires payés d’une manière insuffisante, la perception des impôts est l’occasion de nombreux abus. Des efforts sérieux ont été tentés pour remédier à cet état de choses, mais il y a encore beaucoup à faire à ce point de vue.
L’esclavage. — L’esclavage existait au Cambodge avant notre arrivée, mais il a été légalement aboli par la convention du 17 juin 1884. Cependant on assure que beaucoup d’esclaves continuent à travailler pour leurs maîtres et que l’abolition n’a été qu’apparente. Il est probable que peu à peu cette institution barbare disparaîtra complètement; ce n’est qu’une simple question de temps et de persévérance de la part de nos résidents.
L’esclavage était presque toujours la conséquence de dettes ou de condamnations judiciaires, dont le condamné n’avait pu se libérer pécuniairement et, sauf quelques cas particuliers, pouvait presque toujours se racheter.
Il y avait autrefois et il y a encore aujourd’hui des serviteurs volontaires qui, pour s’assurer la protection d’un homme riche ou puissant, s’enrôlent de leur plein gré sous ses ordres, mais ils ne sont pas esclaves, et il leur est loisible de reprendre leur liberté.
Si l’esclavage n’est pas encore totalement aboli en fait au Cambodge, cela lient à ce qu’il est tellement dans les mœurs et dans les lois du pays, que pour l’abolir il faudra procéder à une transformation complète des codes et des
coutumes, ce que nous n’avons eu ni le temps ni le pouvoir de faire jusqu’à ce jour,
La religion. — La science astronomique. — Il serait bien difficile, pour ne pas dire impossible, de donner une idée complète de la religion des Cambodgiens, Ils sont bouddhistes, cela est vrai, mais, chez eux, la doctrine de Sakiamouni a subi des transformations et des altérations nombreuses, parmi lesquelles figurent une foule de croyances grossières, empruntées aux brahmes. Le bouddhisme est cependant réputé la religion officielle du pays.
Les Cambodgiens n’adorent pas un dieu unique, créateur de toutes choses ; cette conception n’entre pas dans leur esprit. Le Bouddha, à leurs yeux, n’est même pas un dieu, ni même un être parfait, c’est tout simplement un être supérieur, qu’ils vénèrent par habitude, et à qui ils attribuent certains pouvoirs et certaines prérogatives.
La fin du monde, la transmigration des âmes, et d’autres croyances, ne sont chez eux qu’un ramassis de fables plus anormales les unes que les autres, et variant à l’infini, de sorte qu’il est impossible de déduire des explications des bonzes un corps de doctrine régulier, accepté par un certain nombre d’entre eux. Il y a autant de religions que de pagodes et même que de bonzes. Toutes les croyances cependant sont inspirées par les traditions brahmaniques et bouddhiques mêlées et corrompues par l’imagination des générations qui se les sont transmises.
Cependant, les Cambodgiens croient généralement que le monde sera détruit un nombre plus ou moins considérable de fois, soit par le feu, soit par le vent ou par l’eau et reconstitué par les mômes éléments.
La métempsychose est admise en principe, mais avec une multitude de variations.
D’après les plus répandues, l’âme des gens vertueux ou sages passe dans une sphère céleste, celle des coupables dans le corps de différents animaux, suivant leur degré de culpabililé, et celle des véritables criminels dans les végé-
Lsfuj-Chine,
ANG-KOR. — A L’iNTÉr.EEUR DE LA l'AGODE.
taux. Après différentes transmigrations, si cette âme est reconnue incorrigible elle descend dans les régions infernales, d’où elle ne sort plus.
Les paradis et les enfers varient à l’infini, suivant la condition et les mérites des âmes qui y sont admises. La création et la fin du monde sont les sujets de légendes aussi nombreuses qu’interminables, dont l’intérêt est absolument nul.
De même le commencement des sociétés et l’origine des grands est diversement expliquée, mais toujours de manière à assurer aux rois et aux principaux chefs une origine divine destinée à rehausser leur prestige.
Les Cambodgiens aiment beaucoup les fêtes, etles bonzes, c{ui trouvent dans les cérémonies dont elles sont l’occasion les principales causes de leurs bénéfices, agissent de manière à contenter leurs ouailles, car ils les multiplient de leur mieux. Cependant, quelques-unes, consacrées par la tradition, sont obligatoires, entre autres les fêtes du jour de l’an, qui donnent lieu à des cérémonies destinées à s’assurer la bienveillance des dieux pendant l’année qui commence.
A cette occasion, les Cambodgiens se font réciproquement des cadeaux, ainsi que cela se fait chez nous, mais ils ne doivent surtout pas oublier d’en faire aux bonzes.
Le palais du roi est le théâtre de réjouissances de toutes sortes, entre autres de combats de gladiateurs, cause souvent d’accidents graves pour les combattants. Mais cette partie du programme est de tradition et elle est fort goûtée des assistants, qui sont choisis parmi les princes et les grands personnages du royaume.
De même que chez nous, il y a au Cambodge quatre dimanches par mois, mais ces jours de fête sont déterminés parles phases de la lune. Ceux de la nouvelle et de la pleine lune sont célébrés avec plus de pompe que les autres. L’eau bénite joue un grand rôle dans toutes les cérémonies du culte, et la marque de dévotion la plus distinguée est de faire
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de riches cadeaux aux bonzes, qui, la plupart du temps, n’ont même pas besoin de se montrer reconnaissants, car la suprême distinction exige que le donataire cache rigoureusement son nom.
Aussi, pour atteindre ce but, il n’est pas de ruse que les dévots n’emploient ; comme les bonzes ne cberchent pas à pénétrer le mystère, le secret est assez facilement obtenu et tout le monde est content.
Une religion aussi compliquée, pratiquée par un peuple aussi ignorant, ne pouvait manquer de favoriser la superstition; aussi, le nombre des divinités de second ordre, adorées par les Cambodgiens, est-il absolument incroyable. Non seulement ils adorent leurs anciennes divinités brahmaniques, mais aussi les anciennes divinités du pays. Ils vénèrent, en outre, une foule de petils dieux locaux, de génies, de démons, et ils croient aux revenants et aux sorciers.
L’esprit de ces peuples est tellement rétréci par ces croyances, qu’ils sont incapables de comprendre une philosophie plus relevée et que les chrétiens eux-mêmes, car il y en a un certain nombre dans le pays, ajoutent tout simplement le Dieu chrétien et tous les saints du paradis à la liste de leurs divinités. 11 est incontestable que le christianisme constitue un véritalde progrès pour ces peuples arriérés ; mais il faudra peut-être des siècles pour débarrasser les chrétiens eux-mêmes de cet amas de superstitions et pour en faire de simples fervents, comme ceux de nos provinces les plus attachées à leurs croyances.
L’œuvre des missionnaires dans ces contrées peut donc être considérée comme une œuvre civitisatrice. Elle commence en réalité l’émancipation de ces peuplades qui, il faut l’espérer, échapperont ainsi, tôt ou tard, à un état moral dont l’infériorité est effrayante.
Aussi, les prêtres catholiques sont-ils, au Cambodge, de véritables auxiliaires de la civilisation, dont les efforts doivent être encouragés prudemment pour ne pas froisser les
bonzes, mais néanmoins avec énergie et, surtout, avec persistance. Toutefois, de quelque manière qu’on s’y prenne, il faudra probablement des siècles avant que les habitants du Cambodge deviennent des hommes véritables, capables de raisonner par eux-mêmes et de se soustraire à l’influence religieuse.
En attendant cette émancipation morale, les Cambodgiens sont le jouet et la proie des imposteurs de toute nature qui les exploitent. En première ligne figurent les sorciers qui, au Cambodge, comme partout, se font payer très cher leurs exorcismes et vivent grassement aux dépens de leurs dupes pendant tout le temps que durent leurs simagrées.
En temps d’épidémie, la crédulité publique redouble et les manœuvres des sorciers prennent des proportions souvent extraordinaires ; aussi, quand l’épidémie cesse, tout le monde est-il convaincu que c’est à leur intervention qu’est dû ce résultat favorable et leur influence s’accroît d’autant plus.
Le nombre des sorciers est, du reste, très considérable, car il suffit souvent d'une circonstance insignifiante pour faire attribuer à un individu une puissance surnaturelle. Les Eui'opéens qui habitent dans le pays passent en général pour des sorciers; les Cambodgiens leur voient faire une foule de choses qu’ils ne peuvent comprendre ef cela Suffit pour que leur pouvoir soit admis d’une manière incontestable. Certains Cambodgiens qui les fréquentent sont, par ce seul fait, réputés sorciers eux aussi, ou tout au moins acquièrent une grande influence sur leurs concitoyens.
On cite l’exemple d’un habitant d’une des principales villes du pays qui avait acheté d’un Européen un appareil pour fabriquer de la glace artificielle et qui de retour chez lui, lorsqu’il voulut tirer parti de son instrument, se vit tout à coup l’objet de la vénération publique, parce qu’il partageait avec la divinité le pouvoir de changer l’eau en
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glace. Au lieu de gagner sa vie eu pratiquant sou industrie, il fit une grosse fortune en exploitant la crédulité publique.
Les habitudes des Cambodgiens diffèrent peu de celles des habitants des autres parties de l’Indo-Chine; cependant ils considèrent comme une grave insulte l’acte de leur trancher la tète. Les autres Indo-Chinois ne partagent pas ce préjugé, qui est commun aux Cambodgiens et aux musulmans.
Les revenants sont une des plaies du pays, par suite du mal qu’on se donne pour s’en débarrasser; tout est mis en œuvre pour les forcer à fuir.
La nuit, dans certains moments, il se fait un tel bruit dans les maisons habitées par les Cambodgiens, qu’il est souvent impossible de dormir. Non contents de faire du bruit eux-mêmes, ils inventent des machines qui ne les secondent c{ue trop bien et qui rendent le vacarme, non seulement très violent, mais perpétuel.
Au nombre des instruments qu’ils emploient pour effrayer les revenants et les mauvais esprits, nous citerons des cerfs-volants armés de sifflets, dont le bruit incessant devient très désagréable quand ils sont nombreux, ce qui arrive toutes les fois qu’il fait du vent. Nous mentionnerons aussi de petites clochettes qu’ils suspendent à l’extrémité de bambous longs et flexibles, et qui font aussi beaucoup de bruit lorsque le vent est assez violent pour les agiter.
Les Cambodgiens peuvent donc rester ti'anquilles lorsqu’il fait du vent, car les esprits 'malfaisants et les revenants sont tenus en respect; mais ils se croient exposés lorsque le vent cesse, parce que le vacarme cesse avec lui. Pour ne
L'ae bonzesse.
i;iO
pas être la proie de leurs enaeinis imaginaires, ils ont l'habiliule de battre du tambour. Aussi, la nuit, dans une agglomération cambodgienne, est-elle un véritable supplice pour les Européens, qui sont presque absolument privés de sommeil. Le seul parti à prendre c’est de vivre la nuit et de dormir toute la journée. C’est du l'este ce que font les Cambodgiens, et les Européens qui peuvent les imiter s’en trouvent en général fort bien.
Un usage fort répandu dans le pays est celui des talismans, qui sont aussi nombreux que variés. Il n’est pour ainsi dire pas de bon Cambodgien qui n’en ait un ou plusieurs. Les dents de chiens et de caïmans préservent des revenants et les défenses avortées des éléphants ainsi que les défenses de sangliers ont le pouvoir de rendre leurs possesseurs invulnérables aux balles.
I.’une des cérémonies les plus importantes est celle de la tonte du toupet qui orne la tête des petits enfants. C’est à l’àge de douze ans que les jeunes gens y sont soumis. Elle est l’occasion de fêtes publiques, quand il s’agit d’un jeune prince et elle a lieu avec un apparat des plus compliqués ; on suppose que cette cérémonie, fort ancienne, est l’un des vestiges de la religion des Brahmes.
Dans le pays, les prêtres ou bonzes sont très vénérés; ils jouissent d’une véritable puissance. Leur organisation est à peu près analogue à celle du clergé catholique. 11 y a également des couvents, habités par des moines soumis à une discipline : ces couvents sont dirigés par un supérieur dont les pouvoirs et les attributions ressemblent tout à fait à ceux des supérieurs de nos couvents de Chartreux et de Trappistes. Les religieux de ces couvents sont soumis à un régime assez sévère, presque exclusivement végétal. Ils pratiquent la confession, et à une foule de détails de leurs cérémonies, il est impossible de méconnaître la similitude qui existe entre le bouddhisme et la religion chrétienne.
Le roi, qui professe la plus grande vénération pour le clergé, ne l'éclame de lui aucun impôt et le comble de
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présents, de faveurs, en reconnaissance desquels les prêtres et les moines font perpétuellement son éloge.
Ofi la ressemblance entre les deux cultes est absolument manifeste, c’est lorsque les officiants psalmodient un chant religieux et bénissent les assistants. Il est impossible d'assister à ces cérémonies sans en être frappé. Les bonzes font un usage très fréquent de l’eau béinte ; ils l’emploient comme les catholiques, elle leur sert à des exorcismes.
Ce peuple superstitieux ne pouvait négliger l’astrologie ; elle est en elîet pratiquée par des astrologues qui sont les descendants dégénérés des Horas, anciens astronomes qui étaient chargés de rédiger les calendriers, de déterminer l’époque exacte des éclipses et de tous les autres phénomènes célestes.
Les anciens astronomes ont laissé des ouvrages fort curieux : le Macha- Sangeram et le Phyéa-Ka. Le premier est un traité d’astronomie et le second un manuel d’astrologie, comprenant une partie destinée à l’astrologie judiciaire.
Les matières de ces deux volumes ''
se composent presque exclusive- u„ bonze,
ment de formules et de tableaux,
dont les Iloras d’aujourd’hui savent encore se servir. 11 leur suffit d’introduire les inconnues et de faire certains calculs arithmétiques fort simples, pour résoudre un grand nombre de problèmes astronomiques. Mais ils ignorent absolument les raisonnements et les calculs qui ont servi à établir ces tableaux.
Il serait très curieux d’étudier ces documents et nous pensons que leur examen scientifique, accompli par quel-
ques-uns de nos savants, pourrait amener des remarques intéressantes sur le degré de science auquel élaient parvenus les anciens Khmers.
La langue. — Le parler cambodgien est une langue monos}dlabique ; l'alphabet est syllabique; il se compose de vingt-quatre caractères, comprenant des consonnes, des voyelles et des diphtongues; puis de trente-cinq consonnes et d’une série de voyelles dont deux seulement, a et o, sont simples. La structure grammaticale est très simple; il n’y a jamais d’inversion dans la phrase qui commence invariablement par le substantif ou le pronom, puis vient l’adjectif et ensuite le verbe et l’attribut.
Cette langue est riche en mots usuels, mais on constate son excessive pauvreté si l’on veut sortir de la conversation ordinaire. Le même mot a souvent plusieurs significations.
Les mots sont écrits les uns à la suite des autres, sans séparation même pour les phrases qui sont confondues les unes avec les autres.
On assure qu’il suffit d’un mois ou deux d’étude pour écrire convenablement le cambodgien. Les Cambodgiens écrivent sur un papier grossier, ou bien sur des feuilles de latanier, ainsi que le font les Indiens.
Le fond de la littérature se compose d’ouvrages philosophiques et religieux, écrits en langue pâli qui, dit-on, viennent de l'Inde. La poésie jouit d’une grande estime et il y a encore des poètes renommés.
Il circule dans le pays une foule de chansons, pièces de théâtre, romans, légendes, toutes plus ou moins empreintes des fables religieuses des Khmers, où les géants et les dieux tiennent une place importante. Ces compositions sont généralement très dramatiques et ont presque toujours trait à des disparitions ou des substitutions d’enfants.
L’instruction publique est nulle; ce n’est que dans les bonzeries que les enfants peuvent apprendre à lire et à écrire. L’enseignement est fait sans ordre ni méthode et ne donne que des résultats presque insignifiants. Nous avons
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beaucoup à faire de ce côté, et nous aurons besoin d’une grande énergie, pour arracher les Khmers à leur ignorance séculaire. Les missionnaires ont fait quelque chose, mais le gouvernement n'a pas encore fait tout ce qu’il aurait pu. C’est une question des plus importantes pour nous, car c’est seulement par l’instruction que nous pouvons relever ce peuple. L’instruction des femmes est absolument nulle ; c’est
Caniliodgicn de garde.
à peine si les princesses de la cour savent écrire quelques mots.
Habitations. — Nouriuture. — Les habitations cambodgiennes sont des paillettes bâties sur les berges du fleuve qui forment bourrelet. Ces cases bâties sur pilotis ont un ameublement peu compliqué : le plancher en clayonnage est élevé à mesure que l’inondation monte. Il arrive quelquefois que les Cambodgiens sont obligés de’ se réfugier avec leurs porcs et leurs poules, qui babitent pêle-mêle la paillotte, sur le toit de leur misérable demeure.
Comme l’AnnamiLe, le Cambodgien mange beaucoup et souvent, ce qui tient à la composition de ses aliments, riz, poissons frais, sec ou salé, patates, racines, tiges et fleurs du nénuphar, courges, pastèques et fruits.
Il boit l’eau des arroyos sans autre précaution que celle de la passer à travers un linge. Les plus délicats mettent un morceau d’alun dans le creux d’un bambou percé de plusieurs trous et remuent l’eau du vase pour précipiter les corps étrangers. D’autres font infuser dans leur eau du thé ou d’autres végétaux. Les Cambodgiens connaissent l’eau-de-vie de riz, mais ils sont sobres, comme nous l’avons dit, et en usent avec modération.
Un Laotieu.
CHAPHRE IV
Économie sociale et politique.
Climatologie. — Productions du sol. — Flore. — Faime. — Commerce. — Moyens de communication. — Poids et mesures. — Monnaies. — Industrie.
CL1M.4TOLOGIE. — Par sa situation géographique le Cambodge se trouve placé dans la zone torride. Cependant la température qu’on y subit est modérée par rbumidité de l’atmosphère. Le thermomètre, pendant l’été, n’y monte jamais au-dessus de 40“ centigrades et il descend souvent à 20°. Pendant neuf mois de l’année, la température reste toujours la même et le climat présente beaucoup d’analogie avec celui de la Cocliinchine. Mais pendant les trois mois d’hiver, c’est-à-dire à partir de la mi-novembre jusqu’au milieu de février, le thermomètre baisse souvent pendant le jour jusqu’à 15°, et pendant la nuit la fraîcheur est très agréable.
Du mois de novembre au mois de mai il ne pleut que très rarement ; c’est cette période que l’on nomme la saison sèche. Pendant la saison des pluies, de mai en novembre, il pleut au contraire presque tous les jours ; les orages sont très violents.
Au Cambodge la durée des Jours est sensiblement la même pendant toute l’année : ils commencent à 5 heures du malin et finissent à 6 heures du soir. Du mois de novembre au mois de mars, ils ont leur maximum de durée.
Pour les Européens, le climat est moins difficile à supporter qu’en Gochincbine ; par suite de l’abaissement de la température pendant l’hiver, les maladies sont moins fréquentes au Cambodge et nos soldats y ont moins souffert. Il est probable aussi qu’ils ont profité de l’expérience faite en Cocbincbine, et que les précautions hygiéniques, dont l’utilité a été reconnue dans ce pays, ont été appliquées par eux dès le principe, car, à de rares exceptions près, l’état sanitaire de nos colonnes expéditionnaires a toujours été satisfaisant.
A ce point de vue important, l’avenir est très rassurant, car les faits ont démontré que si on fournissait à nos hommes des casernements confortables et un régime approprié au climat, la mortalité ne serait pas plus élevée que dans nos autres colonies situées sous les tropiques et qu’elle serait môme notablement inférieure à celle que nos garnisons subissent à la Guyane et au Sénégal.
La saison sèche est assez saine; l’air alors est sec et la température des nuits supportable. On peut dormir sans être incommodé par la transpiration et par la présence des moustiques.
11 faut seulement prendre garde au soleil très ardent et nullement voilé par les nuages fort rares dans cette saison. La splendeur des clairs de lune devient incomparable et les Cambodgiens en profitent pour rester éveillés, faisant de la nuit le jour et réciproquement.
La saison pluvieuse est moins salubre, l’iiumidité est
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considérable el alLeint tous les objets. La chaleur est aussi très forte.
La cause principale des maladies chez les indigènes naît, en grande partie, de la légèreté ou de rinsuftîsance des vêlements. On pourrait en dire autant des Européens imprudents, qui ne prennent aucune précaution contre riiumidité et les variations brusques de la température. Les nuits sont souvent assez fraîches. L’humidité ainsi que les variations de la température déterminent fréquemment des maladies de ventre et des bronchites, souvent très dangereuses. Les brouillards sont rares, mais ils sont parfois très intenses .
Au Cambodge les épidémies sont rares, aucun cas de peste ni de lièvre jaune n’a été observé depuis notre occupation.
La variole, qui est une maladie endémique dans ces contrées, n’atteint guère que la population indigène et plus particulièrement les enfants. La vaccine, que nous avons introduite, a produit d’heureux résultats. Les fièvres endémiques et marécageuses appauvrissent le sang des Européens. La dysenterie est la maladie la plus fréquente. On meurt souvent en Europe des suites de dyarrhées contractées dans ce pays.
Éviter les insolations, les transitions brusques de température et surtout les excès alcooliques, tels sont les moyens de préservation les plus indispensables.
On a remarqué que les changements de mousson sont les moments où l’on se porte le plus mal. Une sécheresse exceptionnelle pendant la saison des pluies et les orages pendant la saison sèche sont les occasions de nombreuses maladies, ou produisent tout au moins un malaise général.
Les productions du sol. Céréales. — La culture du riz est la principale occupation de la population. Il y a un nombre considérable d’espèces de celte plante; les unes ne viennent que dans les terrains irrigables, tandis que les autres poussent dans les terrains secs. Dans les terrains irrigables,
le riz est d’abord planté très serré, dans des sortes de pépinières et, quand il est suffisamment levé, on le repique dans un champ soigneusement labouré. Le travail de ces champs se fait à l’aide des buffles qui, seuls, peuvent labourer dans des terrains où ils enfoncent dans la vase jusqu’au ventre. Les bœufs ni les chevaux ne résisteraient à ce travail pénible.
Ainsi planté le riz a besoin d’être arrosé plusieurs fois, car il lui faut beaucoup d’eau; aussi, les années où les arroyos ne sont pas suffisamment gonflés pendant la saison favorable sont-elles des années de disette. Le riz qui pousse dans les terrains secs est moins répandu; les Cambodgiens brûlent tous les végétaux qui existent sur le champ qu’ils veulent ensemencer et la cendre sert d’engrais.
La charrue employée est tout à fait primitive et ne défonce le sol qu’à une très faible profondeur.
Les Cambodgiens font tout leur possible pour obtenir des récoltes hâtives, parce que le premier riz se vend beaucoup plus cher que l’autre. Le riz du Cambodge est très beau, surtout celui qui vient dans les endroits irrigués. On récolte aussi du riz sauvage, mais il est mauvais et sert d’ordinaire à alimenter les chevaux ; cependant les pauvres le mangent aussi et dans les années de disette tout le monde l’utilise.
Le maïs est aussi cultivé, mais d une manière secondaire; est surtout employé à la nourriture des animaux domestiques.
Légumes. — Les Cambodgiens pratiquent peu la culture des légumes, qui est l’une des principales industries des Chinois. Cependant, la plupart des légumes d’Europe peuvent être récoltés au Cambodge et quelques-uns même y viennent fort bien, à la condition, bien entendu, de fumer convenablement la terre où on les plante et d’avoir de l’eau en abondance pour les arroser fréquemment. Les patates, les ignames, et une foule d’autres tubercules y sont cul-
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tivés avec succès et sont fort appréciés des Cambodgiens, qui, s’ils n’aiment pas cultiver les légumes, aiment beaucoup les manger.
Fruits. — Tous les fruits des tropiques, depuis le coco, l’arbre à pain et le jaquier, jusqu’à la goyave et à l’ananas, poussent à merveille au Cambodge, Les indigènes les mangent quand ils sont encore verts.
Plantes INDUSTRIELLES, — En lête des plantes industrielles
nous placerons le coton qui vient fort bien et qui est superbe; puis la canne à sucre, le caféier dont les produits peuvent rivaliser avec le meilleur café de Bourbon; la cannelle, qui est excellente et pourrait devenir la base d’exploitations fructueuses; le poivrier dont le fruit est très estimé et qui vient très bien.
Le bétel, sorte de poivrier dont la feuille est mâchée par les Asiatiques et qui est, en Indo-Cbine, l’objet d’un commerce fort important, est très répandu. Sa culture est facile et lucrative.
Suivant l’exposition, le tabac présente une grande analogie avec celui de Manille et de Sumatra : c’est assez dire qu’il est très utilisable.
L’indigo pousse spontanément presque partout et, pour peu qu’on prenne la peine de le cultiver, devient superbe.
Le palmier à sucre produit un sucre grossier mais excellent, qu’il serait facile d’améliorer en le récoltant d’une manière moins primitive.
Le mûrier donne des feuilles toute l’année, de sorte que l’élève des vers à soie n’est jamais interrompue. L’espèce de vers élevée au Cambodge produit de petits cocons, donnant une soie très fine. Les Cambodgiens le dévident très mal, mais cependant ils parviennent à faire de très belles étoffes.
Rien ne serait plus facile que de leur enseigner nos procédés de dévidage.
La race des vers paraît excellente; avec quelques soins et notamment en pratiquant bien la sélection pendant plusieurs années, elle pourrait s'améliorer. Cette race, malgré ses défauts, est très précieuse, car elle est très rustique et n’est presque jamais attaquée par les maladies qui déciment presque toutes les autres. La production de la soie a un grand avenir et elle pourra être une source de richesse pour l’industrie française, en lui fournissant une excellente matière première à bon marché.
Bois. — Les forêts sont très étendues mais peu exploitées, faute de chemins. Cependant elles renferment de véritables trésors, car les bois du Cambodge sont merveilleux. Le cadre de cette publication ne nous permet pas de les mentionner tous, et leur nomenclature aride n’aurait que peu d’intérêt pour nos lecteurs, que nous renvoyons au volume publié par M. Moura. Celui-ci en donne une liste détaillée, accompagnée de renseignements précieux.
Ces bois peuvent se diviser en bois de charpente, en bois de mâture pour les navires, en bois de menuiserie, en bois d’ébénisterie et en bois de teintui'e.
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jGl
Chacune de . ces catégories est représentée par de nombreuses espèces, dont quelques-unes sont aussi rares que précieuses. Les forestiers auront, dans quelques années, beaucoup à faire dans ce pays.
Minéraux. — Le Cambodge n’est pas très riche en minéraux ; le seul métal actuellement exploité est le fer, dont il y a de nombreux gisements dans les monlagnes. Quelquesuns des minerais extraits de ces gisementsproduisenl d’excellent fer, que les Cambodgiens travaillent d’une ma-
Dans la pagotlo d'Aiig-Kor.
nière assez adroite, bien que leur outillage soit très grossier. M. Moura nous donne le résultat des expériences faites à Saigon sur du fer indigène de la province de Kampong Sod]. Doublé plusieurs fois sur lui-mème et soudé, il a bien supporté l’action du feu et a donné des soudures parfaites. En l’étirant on a constaté qu’il était très doux et très mal-
Indu-Ciu.ne.
léable. La cassure est nette, à grain seri’é et fin. Soumis à la forge, au chaulfage du charbon de bois on a obtenu, au bout de quelques minules seulement, un acier ordinaire fln. C’est avec cet acier que les Cambodgiens confectionnent des armes qui, une fois trempées, sont assez bonnes.
La chaux est très commune et utilisée par les naturels.
Les principales pieri’es sont le grès et le granit. On rencontre aussi des gisements de craie, des carrièi'es d'ardoises, et une pierre poreuse mais très dure, que l’on nomme pierre de Bien-Hoa et qui sert à faire les fondations des édifices et à empierrer les routes. On assure même qu’il y a de la houille, mais jusqu’à présent on n’a pas encore découvert de traces sérieuses de sa présence.
On rencontre aussi des salines, dont le sel so trouve à de grandes profondeurs, et des tourbières qui ne sont pas exploitées.
Animaux domkstiques. — Il faut placer d’abord l’éléphant, qui se trouve à l’état sauvage dans les forêts du Cambodge, mais qui a été domestiqué depuis un siècle et rend les plus grands services dans un pays où les routes font presque complètement défaut.
Cet animal, dont l’intelligence est véritablement merveilleuse, est inappréciable pour son maître et constitue une des richesses du pays. Les rois et les mandarins en nourrissent un grand nombre que l’on utilise en temps de guerre. Bien dressés, ils sont très redoutables pour des combattants dont les mieux armés n’ont que de mauvais fusils, et dont les autres se servent d’armes primitives impuissantes contre des animaux aussi forts que la nature a pourvus de défenses formidables et que leur peau très épaisse et très dure garantit contre les flèches.
Les Khmers sont très heureux quand ils peuvent posséder un éléphant blanc,- ou plutôt orné de taches blanches placées symétriquement à la tête et dans certaines parties du corps. Ils considèrent la possession de cette bête comme un gage de bonheur et ils renlourent des plus grands soins.
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Bien qu’on ail prétendu le contraire, il est reconnu aujourd’hui que l’éléphant se reproduit très bien en captivité. Mais comme la croissance de la bête est lente, son éducation est coûteuse et les Khmers préfèrent les prendre sauvages, à l’état adulte, plutôt que de s’imposer des sacrifices inutiles. Du reste, l’éléphant, même pris quand il est adulte, s’apprivoise très facilement; il affectionne son cornac lorsque celui-ci le soigne bien, et se montre très docile. Quand on le brutalise, il se révolte, et comme il a beaucoup de mémoire, tôt ou tard il sait tirer une vengeance éclatante des gens qui lui ont fait du mal, ou qui l’ont mystifié. On cite de nombreux exemples de la persistance de sa rancune.
Après l’éléphant viennent ;
1 ° Le cheval qui est très petit, mais excellent . Il est trop petit pour être monté et est utilisé seulement comme hèle de trait.
2“ Le huffle qui est la bête de travail par excellence du pays et sans lequel il serait impossible de cultiver la région. Cet animal est très docile et les Khmers vivent avec lui sur le pied de la plus grande intimité. Mais, lorsqu’il n’a pas l’hahitude de voir des Européens, il entre en fureur à leur aspect et devient très dangereux pour eux.
3° Le bœuf à bosse, dont la viande est excellente. Ce bœuf est utilisé comme bête de trait; il trotte aussi vite qu’un cheval et il est beaucoup plus fort.
4“ Le cochon, appartenant à la race désignée en France sous le nom de cochon du Tonkin et qui est répandue dans toute l’Indo-Chine. Ces animaux ont les pattes très courtes et le ventre très gros, de sorte qu’ils marchent littéralement sur leur ventre. Ils sont excellents, surtout quand ils sont nourris par des Européens, car les Indo-Chinois ont l’habitude de les nourrir avec des herbes aquatiques, qui ne les rendent pas aussi savoureux qu’ils sont suceptibles de le devenir. Néanmoins, tels qu’ils sont, ils constituent une des principales ressources alimentaires du pays, et nos soldats ont été très heureux de disposer en grande quantité d’une aussi précieuse nourriture.
LES COLONIES FKA.N'ÇAISES.
5“ Le chien, qui a l’aspect elle poil cln renard, et qui abonde dans les villages. Cet animal est peu sociable et déteste les étrangers; il ne se laisse même loucher que difficilement par son maître.
0° Le chat, qui ne diffère de nos chats d’Europe que par sa queue laquelle, au lieu d’être droite, est tordue d’une manière singulière et peu gracieuse.
7o Les poules, dont le nombre est considérable et les canards qui barbotent dans les mares, auprès desquelles les maisons sont presque toujours bâties.
Animaux sauvages. — On trouve comme animaux sauvages:
1° L’éléphant sauvage, qui est très redoutable quand on le chasse et qui ravage les plantations situées aupi'ès des forêts. Les Cambodgiens tâchent de s’en emparer et de les apprivoiser, mais la prise en est ordinairement difficile.
2“ Le bœuf sauvage, animal de grande taille, et farouche, impossible à dompter.
3° Le buffle sauvage, aussi redoutable que le précédent. La chasse de cet animal est pleine de danger, car il est fort, très agile et armé de cornes énormes dont il se sert avec beaucoup d’adresse.
4“ Le rhinocéros, qui est assez commun dans certaines parties du pays. Cet animal est très farouche et peu intéressant. Cependant les Cambodgiens mangent sa peau, quand elle a subi de nomlireuses préparations.
Les cerfs et les élans, dont plusieurs espèces peuplent les forêts ; la plus remarquable et la plus commune est celle du cerf-cochon, qui a des soies comme le sanglier et dont la chair est excellente.
o” Le tigre, qui est représenté par deux espècces, aussi redoutables l’une que l’autre. Le plus grand, le tigre royal, vit dans les terrains élevés; c’est un magnifique animal dont la présence dans une région suffit pour la désoler. L’autre, beaucoup plus petit, mais non moins dangereux, est nommé le tigre de marais; son pelage diffère peu de celui du tigre royal. Ces fauves dévorent tous les ans un nombre considé-
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ral)le d’animaux domesüques et en moyenne cinquante ou soixante hommes. Leur chasse est fort dangereuse; aussi les prend on plus souvent avec des pièges, que les Cambodgiens construisent avec beaucoup d’adresse.
7° Les singes, qui sont très communs et très variés; ils sont assez nombreux pour commettre de véritables ravages
En palanquin.
dans certaines plantations, et il est quebiuefois très difficile de s’en débarrasser.
On trouve aussi des hérissons, des loutres, des faisans, des chats sauvages.
Les rats et les souris sont une des plaies du pays, car ils SC multiplient avec une excessive rapidité et dévorent tout ce qu’ils rencontrent.
Les oiseaux sauvages sont innombrables et d’une in-
croyable variété d’espèces; depuis l’aigle jusqu’au colibri, toutes les espèces connues sont représentées. Leur chasse est très amusante et beaucoup d’entre eux sont excellents.
Mentionnons entre autres :
Le coq sauvage, qui ressemble beaucoup au coq domestique, mais qui est plus petit; cet oiseau difficile à approcher est délicieux.
Le faisan, qui est représenté par plusieurs variétés.
Le paon, le canard et l’oie sauvage, la poule d’eau, la poule sultane, la caille, la perdrix, le dindon, etc.
Si nous laissons de côté les préoccupations gastronomiques, nous devons citer les pélicans, les cormorans, les manchots, les hérons, les cigognes, les grues, l’ibis, l’aigrette, le martin-pêcheur et une foule d’oiseaux plus beaux les uns que les autres, dont l’aspect apporte beaucoup de charme aux paysages.
N’oublions pas rhirondelle, qui, au Cambodge, est plus intéressante que partout ailleurs, puisque son nid est comestible et est très recherché dans tout l’Extrême-Orient.
Insectes. — Ce sont, on peut le dire, les véritables rois du pays; si les hommes vivent en Indo-Chine, c’est que les insectes daignent le leur permettre, car il leur suffirait de vouloir pour les en chasser.
En effet, dans ce pays chaud et humide, les insectes pullulent avec une fécondité véritablement effrayante. Le plus terrible de tous est sans contredit le moustique. Il a beau être petit, il n’en est pas moins redoutable et rien ne peut soustraire ses malheureuses victimes à sa rage implacable. Les moustiquaires les plus perfectionnées sont impuissantes, car il y a toujours un trou, une fissure par laquelle l’insecte s’introduit et, alors, plus de repos possible.
Le savant qui inventerait un moyen de se débarrasser de cette engeance maudite serait un véritable'bienfaiteur pour le pays. Il y a plusieurs espèces de moustiques, mais toutes sont plus désagréables les unes que les autres.
On rencontre aussi des mille-pieds, dont la piqûre est très
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dangereuse, des scorpions terribles et des araignées d’une multitude d’espèces. On assure que l’une de ces dernières, qui est énorme, pond des œufs comestibles. Certaines autres espèces sont venimeuses, entre autres celle des scolopendres dont la morsure est très douloureuse.
On voit, en outre, des fourmis, dont les espèces sont innombrables. Toutes sont malfaisantes, mais la plus redoutable, celle qui commet les plus grands ravages, c’est l’espèce dite termite, fourmi blanche armée de mandibules terribles, auxquelles rien ne résiste. Les fourmis géantes, dont les fourmilières ont plusieurs mètres de haut, sont redoutables pour l’homme et même pour les animaux les plus robustes. Ces insectes commettent quelquefois de véritables ravages dans les plantations.
Le seul insecte dont on n’ait pas à dire de mal, c’est l'abeille, qui est plus petite qu’en France, mais qui produit un miel délicieux.
C’est par légions que volent les coléoptères qui pi'oduisent des dégâts considérables, surtout à l’état de larves, car alors ils sont insaisissables. Il y en a qui vivent dans l’eau, de sorte que le riz lui-même ne leur échappe pas. Certaines espèces sont superbes; leurs élytres brillent comme de véritables pierres précieuses, mais toutes sont funestes, car toutes s’acharnent à dévorer les récoltes, avant même qu’elles aient poussé.
Les aptères, poux, puces, liques, punaises des bois, pullulent aussi. La punaise des lits est presque inconnue.
Une foule de tarets dévorent les charpentes des maisons, et en peu de temps ruinent les poutres les plus épaisses. On ne les voit pas, mais on les entend pendant la nuit creuser avec une patience infatigable leur trou dans les bois les plus durs. Ce bruit monotone et agaçant ]ie cesse jamais, aussi est-on dans l’obligation de renouveler fréquemment certaines pièces de charpentes, sans quoi on serait exposé à des accidents.
lœs nuits dans ce pays ne sont pas silencieuses comme dans
nos climats ; Je tous côtés on est assourdi par des bourdonnements, des grincements, des bruits étranges, produits par des insectes inconnus et invisibles.
Ce concert commence avec le coucher du soleil et ne cesse que lorsque le jour se montre. Il est quelquefois si bruyant, qu’il devient impossible de dormir, même quand les moustiques ne vous dévorent pas.
Uei'tiles. — Les reptiles du Cambodge sont aussi nombreux que variés; la tortue caret, célèbre par sa belle écaille dont l’industrie tire un si admirable parti, est assez fréquente dans les îlots du golfe de Siam. Elle est l’objet d’un commerce assez important. On trouve aussi de nombreuses tortues d’eau douce; les œufs de certaines espèces sont très recherchés.
Également nombreux el variés sont les lézards que les Khmers mangent avec plaisir.
Le crocodile abonde dans la plupart des arroyos; il atteint souvent des dimensions considéi-ables. Les indigènes, qui aiment beaucoup sa chair, le parquent dans des marcs et l’engraissent, puis ils le portent sur les marchés où ils le vendent au détail, sans prendre la peine de le tuer.
Bien que cet animal soit alfreux et très méchant, on ne peut s’empêcher de le plaindre quand on le voit encore tout vivant être découpé en menus morceaux, au fur et à mesure qu’un client veut en acheter une portion. Les Cambodgiens, qui ont eu la précaution de lui lier solidement les pattes et le museau, sont absolument indilférents aux tortures de ce malheureux, et ils le découpent froidement en tranches, sans avoir l’air de s’apercevoir des regards furibonds de l’animal décelant les tortures horribles qu’il éprouve.
Les serpents sont nombreux, et quelques-uns sont très venimeux, entre autres le naya, ou serpent à lunettes, dont la blessure est mortelle. Des jongleurs exhibent de gros serpents de cette espèce redoutable et les font danser aux sons de la tlùte. On croit généralement qu’ils leur ont arraché les dents à crochet, mais c’est une erreur. Tout leur
secret gît dans la dextérité avec laquelle ils manient ces animaux, de manière à ne jamais leur offrir l’occasion de tes mordre.
Ce spectacle n’est pas très curieux, mais il est dangereux, surtout pour les spectateurs qui n’ont pas l’habitude de vivre avec les serpents et qui pourraient très bien être mordus, si le dompteur avait un seul instant d’inattention.
Les grenouilles foisonnent dans les mares. Lapins remarquable est la grenouille bœuf, de très petite taille; elle doit son nom à sa voix formidable, laquelle imite assez bien le mugissement du bœuf. Celte grenouille est très répandue dans le pays et, pendant ceitaines nuits d’orage, elle pousse des cris véritablement effrayants.
Non moins nombreux sont les crapauds; ils ne diffèrent pas de ceux d'Europe, et rendent de réels services à l’agriculture en dévorant une foule de limaces et de larves malfaisantes.
Poissons. — Les poissons sont abondants et variés; certaines espèces, principalement celles des lacs, sont l’objet d’une industrie considérable. Ces poissons appartiennent en général à l’espèce des silures et sont presque tous dépourvus d’écailles. Leur chair est excellente et se conserve très bien.
Dans le Mékong, il y a des marsouins, des requins et plusieurs autres poissons voraces, dont quelques-uns, spéciaux aux pays, sont dangereux.
Il y en a qui ont la faculté de vivre assez longtemps hors de l’eau pour accomplir de véritables trajets par terre et passer d’un arroyo dans un autre.
Importations et exportations. — La valeur des importations et celle des exportations au Cambodge sont sensiblement égales. On peut les évaluer de 10 à 12 millions de francs, sans y comprendre la valeur des produits du Laos et de certaines provinces de Siam, dont le Cambodge est le chemin de transit naturel.
Dans ce chiffre, le poisson salé entre pour plus de 3 mil-
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ni
lions de francs, et comme son prix est peu élevé, celte somme représente une quantité relativement considérable, que l’on peut évaluer à 10 millions de kilogrammes. Ce poisson est transporté en Gochinchine, d’où il est exporté dans tout l’Extrême-Orient et jusqu’en Chine où il est très estimé.
Puis viennent ensuite par ordre d’importance :
n Le coton égréné, près de 6 millions de kilogrammes. Ce coton est excellent et, avec quelques efforts, il serait facile d’augmenter la production dans des proportions considérables.
2“ Les haricots, 350,000 kilogrammes.
3° Le cardamome, 180,000 kilogrammes.
4° Le sucre de palmier, 100,000 kilogrammes. Ce produit est presque en entier consommé en Cochinchine et en A.nnam ; nous ne sachons pas qu’il en soit exporté en P’rance, et cependant, au point de vue de la production de l'alcool, ce sucre poui rait rendre de grands services. L’alcool qu’on en relire est, en effet, d’une excellente qualité et sa rectification est très facile. Il est probable que celte culture, qui est très simple et déjà assez fructueuse, sera dans l’avenir l’une des sources de richesse du pays.
Nous ne citons que pour mémoire les autres articles dont quelques-uns cependant sont susceptibles d’acquérir une importance, ce sont :
La colle de poisson ; les peaux; les matelas dits cambodgiens, dont l’usage est général dans l’Extrême-Orient et qui réunissent les avantages d’une extrême légèreté à celui d’une solidité très remarquable.
Ces matelas, en coton, sont composés de petits cylindres en étoffe, juxtaposés comme des tuyaux d’orgues. Grâce à cette disposition, le matelas peut facilement se plier et chacune de ses parties conserve son élasticité propre, ce qui prolonge sa durée. Nous serions surpris si le procédé cambodgien n’était pas tôt ou tard imité par nos fabricants de coussins et de matelas, car il est véritablement origi-
liai et présente, dans cerlains cas, de sérieux avantages.
Les Cambodgiens confectionnent aussi des nades fort jolies et fort solides.
Au nombre des arlicles dont le commerce déjà établi promet de s’étendre, nous devons mentionner les bois de construclion et ceux d’essences précieuses, dont une paiiie du pays est littéralement couverte; le poivre qui est excellent et très apprécié; et les gommes’, que certains arbres produisent en abondance.
Les arlicles d'importation comprennent : le sel, nécessaire pour la conservation du poisson et dont la consommation est très consiilérable ; les vins et spii’itueux; les tissus ; les armes et outils; les faïences ; les arlicles de Paris.
En majeure partie ces arlicles proviennent de France et le reste vient d’Angleterre. Le tbé, dont les Candjodgiens font une grande consommation, provient de Chine ainsi que l’opium, dont une partie seulement est fournie par l’Inde anglaise.
Les Cambodgiens fument l’opium, mais à de rares exceptions près, ils le font avec modération, de sorte que cette habitude ne produit pas les effets funestes qu’on a pu remarquer dans certaines provinces de Chine.
En résumé, le commerce du Cambodge est déjà avantageux pour la France, qui commence à trouver un débouché sérieux dans ce pays et qui, dans l’avenir, y trouvera certainement une clientèle précieuse et assurée.
Le transport des marchandises lourdes et encombrantes est encore aujourd’hui fait par des jon(|ues chinoises ou par des sampans annamites; celui des marchandises plus précieuses est effectué par les navires do la Compagnie des Messageries fluviales de Cocbincbine, qui a établi un service régulier desservant les points les plus importants du pays.
Voies de communications commerciales. — Le Cambodge est en relations avec la Cocbincbine par les bateaux à vapeur de cette compagnie, trois fois par semaine.
Ces bateaux partent de Saigon les mardi, jeudi et samedi
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dans la soirée , l’heure varie entre 8 heures et minuit suivant les marées.
Ils arrivent àPnom-Penh lesjeudi, samedi et lundi matin après un voyage d’environ trente-six heures.
Ils repartent de Pnom-Penh pour Saigon les lundi, mercredi et samedi à 7 heures du matin pour arriver à Saigon les mardi, jeudi et dimanche dans la matinée. Le
Dppendauces d'une usine.
voyage de retour, facilité par les courants, ne dure guère en moyenne que de vingt-quatre à trente heures.
Pendant six mois de l’année, aux hautes eaux, de juillet à janvier, le bateau partant de Saigon le samedi, au lieu de suivre le bras piincipal du fleuve dit bras de Kanam, passe par le bras dit de Passac. La circulation des passagers est très active sur ce bras du fleuve entre Chaudoc et Pnom-Penh.
Pendant la même période, le bateau partant de Saigon le mardi remonte au delà de Pnom-Penh, jusqu’à l’extrémité du Grand Lac, desservant ainsi hebdomadairement, outre les postes situés entre Pnom-Penh et le Grand Lac, la ville et la province siamoise de Battambang.
Il y a quelques années les produits de cette province étaient exportés sur Bangkok, par la voie de terre, longue, difficile et coûteuse. Aussi le commerce y était-il peu actif. Depuis que les bateaux à vapeur y viennent régulièrement chaque année, la production a augmenté dans des proportions considérables, et la province de Battambang est assurément, à l’heure actuelle, l’une des plus riches du royaume de Siam.
Elle exporte en Gochincliine par la voie du fleuve des c[uantités très grandes de riz, du poisson salé et séché, des peaux, des cornes, du cardamome, de l’ivoire, de la soie, etc.
Jusqu’à cette année, le transit des riz de Battambang à travers le Cambodge était grevé, au profit de ce dernier pays, d’un droit de transit qu’il acquittait à Pnom-Penh.
Ce droit était en ces derniers temps de cinq cents (soit f. 0,20 environ) par picul. Il a été supprimé au mois de juillet dernier en vue, disent les considérants de « l'arrêté », d’attirer ces riz ou paddys en « Cochinchine par la voie du fleuve », et parce qu’il importe d’en favoriser le transit « par le Cambodge et la Cochinchine. »
Une ligne annexe, desservie par un petit vapeur de 150 tonneaux, en correspondance avec les grands bateaux arrivant de Saigon, part de Pnom-Penh chaque semaine et remonte sur le grand fleuve Mékong jusqu’à Kratié et Sambor (aux hautes eaux), au pied des» premiers rapides qui coupent le cours du fleuve.
Il est très probable qu’avant peu ce service sera prolongé au delà des rapides, plus loin que la frontière actuelle du Cambodge et des provinces du Laos inférieur, au moins jusqu’aux chutes de Khon.
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Un lieutenant de vaisseau, M. de Fésigny, a, en effet, l’année dernière, fait une étude très complète de tous les rapides de cette région, balisé certains passages praticables aux hautes eaux et, comme sanction de ces études, conduit lui-même jusqu’au pied des chutes de Klion (août 1887) une chaloupe à vapeur des Messageries fluviales, franchissant successivement les rapides de Samboc-Sambor, de Prasco et de Preapatang.
11 résulte des travaux de M. de Fésigny que la navigation du haut fleuve jusqu’aux chutes de Khon est possible pour des vapeurs de petit tirant d’eau et de bonne marche pendant au moins trois mois de l’année, ,<aux hautes eaux.
D’autre part, à la même époque un voyageur français, iM. Gauthier, a parcouru le bassin supérieur du grand fleuve, de Luang-Prahang à Khon, et reconnu également que la navigation y est possible dans les mêmes conditions. Il est donc permis d’espérer que la vallée entière du Mékong, de la Cochinchine française au Yun Nan par le Cambodge, et les principautés laotiennes, sera prochainement ouverte au commerce français. Le Cambodge et la Cochinchine profiteront du mouvement d’affaires considérable qui résultera de cette ouverture.
Pnom-Penh est tout indiqué, par sa situation exceptionnelle sur le fleuve, pour être le grand entrepôt du commerce intérieur. C’est lui qui a le plus profité du mouvement qui s’est produit, comme il est dit plus haut, dans la province siamoise de Battamhang. Il n’est pas douteux qu’il profite bien davantage encore du mouvement analogue, mais beaucoup plus important, qui se produira.
En dehors des voies de communications fluviales, les moyens de transport sont le cheval, le char à bœuf et à buffles, l’éléphant.
Les chevaux sont assez rares, d’une taille un peu plus élevée que les chevaux annamites. Les indigènes les montent habilement, sans étriers.
Les chars à bœuf sont légers et très étroits; ils sont mu-
nis d’im petit toit qui protège contre le soleil et la poussière. On est contraint à s’y tenir presque toujours les jambes croisées.
Les chars à buffles sont beaucoup plus lourds et servent de moyen de transport et de déménagement. Ils sont solides, élevés, longs et peuvent servir d’bahitations mobiles. Toute une famille avec ses hardes et son chétif mobilier peut s’entasser sous ce toit ambulant.
L’éléphant est excellent dans les routes peu frayées pour enlever les obstacles de la route et sonder les profondeurs de l’eau. Il fait une lieue et demie à l’heure.
Poids et mesures. — La série des poids en usage en pays kbmer est calquée sur celle de la Chine, qui est généralement adoptée dans la plupart des pays de l’extrême Orient.
L’unité des poids est le haj) ou yâml, dont la valeur, soumise en Chine à de nombreuses variations suivant les localités et la nature des marchandises, est également subordonnée au Cambodge à la nationalité des acheteurs et aux usages commerciaux.
On peut prendre comme moyenne de la valeur du picul le chiffre de 60 kilogr. 474 gr., adopté depuis 1863 par les commerçants de Ilong-Kong et les Chinois.
SUBIUVISION [)ü UAP.
1 Ihung ou (lemi-picul .
Le néel (l/lOO® de picul), qui équivaut au can
annamite . Ü 60474
Le damlong (l/16“ de néel), qui équivaut au taiil
eliinois . 0 3770
Le chi (1/10° de dauiloa^i . 0 378
Au Cambodge, comme en Cochinchine, il y a deux unités de longueur : une coudée pour les longueurs prises en général et une autre mesure pour les étoffes. Les mesures de superficie varient beaucoup, suivant les localités, bien que portant les mêmes noms.
L’unité de mesure de longueur est le hat ou coudée, espace compris entre le coude et l’extrémité des doigts.
CAMBODGE
On distingue trois sortes ôahat : \ehat-thom, grande coudée, du coude à l’extrémité du doigt moyen, n’est employé que pour les mesures de terrain comme le thuoc-sao des Annamites ; le hat-néang-day , du coude à l’extrémité de l’annulaire; le hat-kham-day, du coude à l’extrémité du petit doigt.
Ces deux dernières coudées sont celles qu’on emploie
Uiiejpetite! ferme canihoclgieime.
pour mesurer des étoffes et pour les usages ordinaires, comme le thuoc-vai des Annamites.
Le peu de fixité de ces mesures fait que le choix de la coudée à adopter est dans tous les marchés un élément qu’on discute comme le prix, le mode de livraison ou les autres conditions d’une affaire.
Monnaies. — Aucune monnaie d’or ne circule au Cambodge. Il existe bien un certain nombre de barres d’or dont la valeur varie, mais elles ne figurent jamais dans les
Indo-Chi.ne.
traiisacLions et sont, cia reste, excessivement rares. Le vicn ou barre d’argent est de lieaucoup la monnaie la plus estimée du Cambodgien, dont elle est la véritable unité monétaire. La barre est un lingot d’argent allongé, arrondi sur l’une des faces, creusé sur l’autre et d’un poids de 10 damlong 2 c/ii ; la barre d’argent pèse conséquemment 3(Sa gr. 80, dont 377 gr. 90 en argent fin. La plupart sont fabriquées à Saigon ou à Cbolon par des Annamites qui refondent à cet effet de gros lingots chinois, dont ils altèrent le tilre.
Le cours du vin est très variable et sujet à des lluctuations aussi fréquentes que considérables. Cependant, on peut considérer la barre d’argent comme représentant cent ligatures.
11 existe encore dans la circulation quelques pièces anciennes d’argent très minces et de forme circulaire, qui ont été frappées au Cambodge. Les plus communes sont le Bat qui vaut quatre ligatures, le Slangtham qui vaut une ligature, le Dam-tanch qui a approximativement la valeur de nos pièces de 0 fr. 30.
La ligature vaut 0 fr. 00 et il faut environ 8 sapèques pour représenter la valeur de 1 centime. La ligature se compose donc généralement de 450 à 500 sapèques. Elle est très irrégulière, car les sapèques ne se comptent ni ne se pèsent. Ces pièces, qui sont percées d’un trou, sont enfilées sur des liens en fibre de bambous et on en mesure la longueur.
C’est la monnaie la plus usitée du pays, pour les usages ([uotidiens et les échanges des Annamites entre eux. Mais, avec les Européens, ces derniers emploient la piastre dont le taux varie de 3 fr. 75 à 4 francs.
Ces piastres sont pour la plupart des piastres mexicaines; le gouvernement français a fait frapper des piastres fran. çaises d’une valeur identique, mais, par suite de l’opposition des Anglais qui refusent de les accepter, leur usage est encore assez limité.
CAMBODGE
no
Il faut espérer que le gouvernement persévérera dans cette voie et que les progrès de nos établissements en Indo-Chine seront bientôt tels que notre piastre s’imposera. Alors notre influence commerciale pourra seulement être considérée comme solidement établie, car, tant que ce résultat n’aura pas été obtenu, notre commerce restera tributaire du commerce anglais, qui le spolie périodiquement par des variations de la piastre habilement calculées, que nous sommes condamnés à subir tant que nous ne serons pas assez forts et assez habiles pour nous y soustraire.
L’industrie du pays. — La pèche. — La principale industrie du pays est la pêche et la conservation du poisson. La pêche est pratiquée non seulement par les Khmers, mais aussi par des Malais, des Chinois et, surtout, par des Annamites, qui viennent tous les ans dans le pays comme il a été dit plus haut, à l’époque favorable, de la même manière que les marins de certains de nos ports se rendent tous les ans à Terre-Neuve et en Islande pour pêcher la morue. On évalue le nombre des pêcheurs à quinze mille en moyenne.
La pêche se fait avec des filets, que les pêcheurs fabriquent eux-mêmes et qu’ils emploient avec une grande habileté. La salure du poisson s’opère de la même façon qu’ci Terre-Neuve. On décapite le poisson, on le tranche, c’està-dire qu’on lui fend le ventre et on l’aplatit après l’avoir saupoudré de sel, puis on l’empile pendant quelque temps, pour laisser le sel pénétrer suffisamment, et enfin, on le met sécher au soleil en le retournant de temps en temps.
Comme le soleil est très ardent, il suffit de quatre jours — six jours pour les plus gros — pour obtenir mie dessiccation complète. L’opération est alors terminée et le poisson peut être vendu.
Le prix indiqué par M. Moura est de 3 fr. 20 les 68 kilos.
Ce poisson est excellent et très estimé dans l’extrême Orient, fl ne serait pas impossible iju’on pût en vendre en France.
La chasse. — L’éléphant offre une prise si riche que sa
chasse est celle que les Cambodgiens pratiquent avec le plus d’empressement. Mais elle est fort dangereuse ; aussi se contentent-ils la plupart du temps de blesser la bête et de la suivre de loin jusqu’à ce qu’elle tombe. Alors ils l’achèvent et la dépècent. Les défenses ont beaucoup de valeur.
On chasse aussi le bœuf et le buffle sauvages, ainsi que le rhinocéros. Ces chasses avaient lieu au moyen de flèches empoisonnées, mais aujourd’hui on se sert de fusils. Ces bêtes sont difficiles à tuer, car il est très périlleux de les, approcher.
Il est très rare qu’on chasse le tigre au fusil. Presque toujours on lui tend des pièges auxquels il se laisse prendre assez facilement. Ce piège se compose généralement d’une trappe fort lourde, qui tombe sur l’animal quand il vient saisir la proie qu’on a placée pour lui servir d’appàt ; ainsi le tigre meurt étouffé, sans que la peau soit endommagée. Cependant quelquefois la trappe n’est pas assez lourde et alors on achève l’animal à coups de lance.
Les cerfs et les sangliers sont pris au moyen de filets très grands, disposés de manière à permettre à l’animal d’entrer dans l’enceinte qu’ils forment et qu’on referme aussitôt qu’ils y ont pénétré.
Les Cambodgiens ne chassent pas le singe ; ils le respectent et se bornent à l’elïrayer pour l’éloigner de leurs plantations qu’il ravage.
Mais ils chassent certains oiseaux, dont les plumes leur servent à faire des écrans et des éventails. Ils font aussi un commerce de ces plumes, dont quelques-unes sont fort belles et arrivent jusqu’en Europe.
La soie. — Les Cambodgiens sont favorisés sous le rapport de la soie, car leurs vers ne connaissent pas les maladies qui ont fait tant de ravages dans d’autres pays. Mais ils ont de mauvais procédés pour étouffer leurs cocons pour les dévider.
Cependant ils parviennent à faire de très jolies étoffes
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avec des métiers primitifs, qui remontent à la plus haute antiquité, et dont ils se servent avec une excessive habileté.
Ce sont les femmes qui exécutent ces travaux délicats qui demandent une grande patience, car non seulement elles tissent la soie, mais elles la teignent et lui font subir toutes les nombreuses préparations indispensables quand on veut la mettre en œuvre.
Il est véritablement surprenant qu’avec les moyens im-
Tisserands de nattes.
parfaits dont elles disposent, elles puissent faire d’aussi jolies étoffes que celles qu’elles tissent.
Le sucre. — Les cannes à sucre sont broyées, soumises à la pression et le jus est cuit jusqu’à ce qu’il ait pris une certaine consistance, puis on le laisse refroidir. I.e sucre ainsi obtenu est très grossier, mais les Cambodgiens le préfèrent à tous les autres.
Les Cambodgiens extraient également le sucre d’une variété de palmiers à éventail dont la tige élancée est très gracieuse; c’est le palmier dom-tenot. On obtient un sirop
Indo-Chine. 1 2
de sucre au moyeu d’incisions faites au-dessus du fruit; on fait ensuite bouillir le sirop de palme dans les tubes de bambou qui ont servi à le recueillir. Pour cela on creuse horizontalement la terre en forme de four, dont la voûte est percée de trous au-dessus desquels on place les tubes. Cette première opération produit un vin sucré fort agréable à boire. Le résidu de l’évaporation est un sucre noir, incristallisable, qui se vend dans les divers marchés du Cambodge en tablettes rondes et superposées. Un palmier de bon rapport peut emplir quatre tubes par jour, q,e qui rend à peu près un kilogramme de sucre, pendant quatre mois de l’année : décembre, janvier, février et mars. Ce sucre est très noir, mais très sucié et point désagréable au goùl.
La gomme gütte. — La cire. — La goj^me gutte se recueille simplement au moyen d’incisions d’où la liqueur découle dans les tiges de bambou. Comme il est très difficile d’atteindre la tige de palmier dont le tronc est lisse, les indigènes, pour y arriver, font avec un lien autour de l’arbre une série d’anneaux parallèles qui leur servent de point d’appui, ou enfoncent horizontalement des lames de bois dur sur lesquelles ils grimpent comme sur une échelle.
Us emploient le même procédé pour aller chercher la cire qu’ils détachent avec un long bambou, après avoir enfumé et chassé l’essaim.
L’alcool. — Le riz est la seule substance dont les Cambodgiens tirent de l’alcool. Cet alcool est très impuretchargé d’huiles empyreumatiques, par suite de l’imperfection de sa fabrication; il pourrait être excellent, car l’alcool de riz passe en Europe pour le meilleur de tous, après l’alcool de vin.
Mais les indigènes n’ont pas le goût de l'ivrognerie, aussi la distillerie est-elle peu importante.
La métallurgie. — • Les Cambodgiens savent travailler le minerai de fer; ils emploient des fourneaux au bois et.
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comme la qualité du minerai est excellente, ils obtiennent du fer utilisable, avec assez de facilité.
Ils font même de l’acier.
Leurs bijoutiers sont d’une grande habileté manuelle, mais leur outillage est imparfait. Cependant ils fabriquent d’assez jolis objets, dont le principal défaut est l’uniformité, car ils ne varient pas leurs modèles. Ils ont pourtant un goût
Euoiille (le marchancis annamites.
incontestable pour le dessin d’ornement, mais ils n’appliquent pas cette faculté à la confection des bijoux, qui sont tous la reproduction de types adoptés depuis des siècles et qu’ils ne varient pas. Ils confectionnent néanmoins des objets en or et en argent repoussé qui ne sont pas sans mérite.
Le BOIS. — Bien que les bois précieux abondent, les Khmers savent fort peu les travailler : ils emploient pour les charpentes de leurs maisons des bambous qui facilitent leur œuvre.
Ils construisent cependant de très bonnes embarcations
dont la forme est fine et élégante, ce qui est surprenant, car ils ne se servent pas de la scie et obtiennent leurs planches en fendant le bois au moyen de coins et en les dressant à la hache.
Les ébénistes fabriquent des meubles assez gracieux, mais peu solides et dont les joints sont très imparfaits. Ils connaissent aussi l’art de l’incrustation, mais ils sont bien moins habiles que les Annamites, qui, au point de vue du goût, font de véritables merveilles.
Dans le pays les sculpteurs sont assez habiles : ils connaissent le tour et s’en servent bien.
Le riz. — La décortication du riz se fait sur une aire avec des butles. Ce procédé a une foule d’inconvénients, mais il est si bien adapté aux habitudes de paresse des Cambodgiens qu’ils semblent peu disposés à y renoncer. L’établissement de machines à décortiquer ne saurait manquer de réussir, car elle répond à une nécessité.
Le coton.’ — On égrène le coton au moyen d’un moulin très primitif : les Cambodgiens roulent le fil et le tissent, mais ils ne font que des étolfes très grossières.
Le salpêtre. — Les cavernes et les mines produisent du salpêtre qui est recueilli. Le commerce de ce produit a acquis une certaine importance.
Conclusion. — Envers le Cambodge la nature a été prodigue; elle l’a comblé de tous ses dons, mais les hommes l’ont réduit à un état misérable, voisin de la sauvagerie. Nulle part ailleurs, il n’a été fait de démonstration plus complète de l’impuissance d’un gouvernement basé sur l’autocratie religieuse et confié à un monarque absolu, conseillé ou plutôt dominé par la superstition ignorante.
Une race d’hommes intelligents, énergiques, capables d’efforts sérieux et persistants, ainsi que cela est démontré par la grandeur et la beauté des monuments anciens dont les ruines couvrent le pays, s’est épuisée en quelques siècles, au point de ne plus être capable de se défendre contre ses voisins, jadis ses tributaires et, sans l’intervention de la
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France, elle aurait été réduite à un esclavage définitif.
Aujourd’hui, grâce à nos exhortations, à notre exemple et à notre appui, le pays se relève de ses ruines; les habitants sentent leurs efforts encouragés, et, certains de rester les maîtres du fruit de leur travail, ils ont repris les cultures abandonnées. Ils paraissent disposés à faire preuve d’une activité toute nouvelle pour eux.
La paix est assurée et les affaires ont pris un cours normal, que rien ne semble plus pouvoir arrêter désormais. Aussi, un avenir de prospérité inattendue semble-t-il promis à ce beau pays, dont la fertilité extraordinaire et la situation merveilleuse seront à l’avenir utilisées.
Dès aujourd’hui, le Cambodge est donc une colonie tranquille, où notre domination est incontestée. Il deviendra, avant peu, un débouché sérieux pour nos produits et un champ prodigieux d’exploitation ouvert à ceux de nos nationaux que leurs aptitudes et leur esprit entreprenant entraîneront à s’y établir.
Le Cambodge était le complément indispensable de notre groupe de colonies indo-chinoises et sa possession était une nécessité pour nous, aussi bien au point de vue commercial qu’au point de vue politique.
Nous ajouterons que les frais de sa conquête, ainsi que ceux de son occupation, ont été et sont presque nuis, de sorte que la constitution de notre protectorat peut être considérée comme une opération très avantageuse et pour nous et pour les Cambodgiens.
La République en étendant notre influence dans ces régions éloignées et inconnues a donc agi au mieux des intérêts de notre patrie, comme de ceux de la civilisation.
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