‹ Les colonies françaises (volume 2)Chapitre 20 sur 34 · PAK PAUL PELET 1889 N · texte numérisé non relu

PAK PAUL PELET 1889 N

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Une pagode.

ANNAM

CHAPITRK PREMIER Précis historique.

Oi’igincs. — Traité de 1787. — Nguyen-Anh. — Expédition de l'amiral Rigault de Genouilly. — Expédition de Francis Garnier. — Traité du 5 janvier 1874. Rivière. — Expédition du Tonkiu. — Mort de l'enipereur Tu-l)uc. — MM. Armand et Courbet. — Traité du 2.') août 1883. — Traité du 6 juin 1884. — Notre protectorat. — Mort de l’empereur Dong-Khanh. — Le roi Than-Tai.

Origines. — Les origines du peuple annamite sont assez incertaines. On ne pourrait dire exactement s’il est de race chinoise, comme raffirment certaines légendes, ou s'il est

autochtone, comme semble l’indiquer son nom deGiao-Chi. Ce nom désigne une parlicularité anthropologique que l’on constate encore aujourd’hui chez tous les Annamites : l’écartement du gros orteil du pied.

Deux mille ans avant l’ère chrétienne, le peuple des Giao- Chi était en relation avec les Chinois, dont il subissait l’inlluence. Mais il s’émancipa peu à peu et résista aux changements introduits en Chine par les diverses dynasties. Le pays fut longtemps en proie à des guerres civiles, que se firent entre eux différents chefs, jusqu’au jour où il passa sous l’autorité d’un empereur de la dynastie Lé, représenté au ïonkin par un seigneur de la famille Trinh et en Cochinchine par un seigneur de Hué, de la famille des Nguyen.

Vers 1775, la population se révolta contre le successeur illégitime d’un seigneur de Hué. Alors Trinh, Chua duTonkin, voulut en profiter pour se débarrasser de ses rivaux. Il envahit la Cochinchine et s’empara de Hué, mais les révoltés, les Tay-Shon, ainsi qu’ils se nommèrent, se retournèrent contre les Tonkinois qu’ils battirent à leur tour; la famille des Trinh fut massacrée, et l’empereur de la dynastie Lé s’enfuit en Chine. Le descendant des seigneurs de Hué, Nguyen Anh, essaya en vain de résister aux rebelles et s’enfuit, de son côté, au Siam.

C’est un peu avant cette époque que les missionnaires français parurent en Annam. Ms'' Pigneau de Béhaigne, évêque d’Adran et vicaire apostolique, proposa alors à Nguyen-Anh un traité, aux termes duquel ce prince cédait à la France la presqu’île de Tourane et le droit de circulation et de commerce, pour nos nationaux, dans tout le pays. En échange, la France fournissait à Nguyen-Anh les moyens de reconquérir le pouvoir.

Traité de 1787. — Pigneau de Béhaigne vint à Versailles accompagné d’une ambassade annamite, et un traité fut signé le 28 novembre 1787. Le gouverneur de nos établissements de ITnde devait envoyer un corps de troupes et du matériel en Annam.

ANNAM

L’évêque se rendit à Pondichéry, niais il ne put obtenir du gouverneur les soldats dont il avait besoin; il ne ramena que des munitions de guerre et une mission composée de quelques officiers français, dont était le colonel Olivier, qui construisit plus tard les citadelles qui couvrent l’Annam et le Tonkin et dont certaines ont servi contre nous dans ces dernières années,

Ngcyen-Anh. — Nguyen-Anh, aidé des conseils de nos officiers et de l’évêque, parvint à reconquérir l’empire d’Annam en 1802. Maître du pays, du golfe de Siam aux frontières de Chine, il se substitua à la dynastie des Lê, dont les représentants avaient disparu et se fit proclamer empereur sous le nom de Gia-Long (souveraine extension).

Il mourut en 1820, laissant pour successeur son fils Minh-Mang. Sous ce prince et ses successeurs, Thieu-tri et Tu- Duc, les étrangers furent tenus à l’écart et les missionnaires furent persécutés. A plusieurs reprises, des bâtiments de guerre français vinrent faire des démonstrations sur la côte, mais sans grand résultat. En 1847, le commandant Lapierre arriva à Tourane avec la Gloire et la Victorieuse, et, voyant ses réclamations méconnues, il bombarda et détruisit les forts.

Expédition de l’amiral Rigault de Ge.nouilly. — Dix ans plus tard, en 1837, à la suite d’insultes à un de nos envoyés, il fallut recommencer ces démonstrations hostiles.

L’orgueil des mandarins se montra intraitable. Le meurtre de Diaz, évêque espagnol, vint combler la mesure. Le gouvernement se décida à agir vigoureusement. Notre expédition fut renforcée d’un contingent fourni par l’Espagne, et l’amiral Rigault de Genouilly attaqua Tourane, qu’il détruisit. 11 se porta ensuite sur Saigon, où il s’établit. La campagne de Chine l’obligea à suspendre les opérations, qui furent reprises plus tard, et se terminèrent par la conquête de la Cochinchine. Tourane fut évacuée en 1860.

Expédition de Francis Garnier. — En 1873, les mandarins ayant molesté un de nos compatriotes, M. Jean Dupuis,

Indû-Chine. 1 3

le gouverneur de la Cochinchine envoya au Tonkin, pour régler ce dilTérend, un officier, Francis Garnier, avec une escorte de cent soixante-quinze hommes. Garnier fut contraint d’employer la force, et malgré l’infériorité numérique de sa troupe, il s’empara de la citadelle de Hanoi et des places voisines du delta.

Malheureusement ce hrave officier trouva la mort dans une embuscade et ne put recueillir les fruits de ses habiles etforts. Son successeur fut impuissant à obtenir de la cour les concessions qu’elle ne lui aurait pas marchandées à luimême, en raison de la frayeur qu’il avait inspirée.

Traité de 1874. — Un traité fut signé par M. Philastre le 5 janvier 1874. Il stipulait, à notre avantagé, la navigation libre du Fleuve Rouge, l’ouverture au commerce des ports de Qui-Nhon en Annam,de Haïphong et de la ville d’Hanoi au Tonkin. Mais nous nous engagions à évacuer les autres places du delta conquises par Garnier, et à défendre le royaume contre tous ses ennemis. Les mandarins n’exécutèrent pas ce traité. Ils mirent toutes sortes d’entraves à l’établissement de nos nationaux et se montrèrent insolents vis-à-vis des représentants ({ue nous avions nommés dans les ports, ainsi qu’envers notre plénipotentiaire même, à Hué. La cour encourageait en secret les bandes chinoises de Pavillons-xNoirs qui s’étaient répandus sur le Tonkin et menaçaient nos concessions.

Rivière. ■ — Le gouverneur de la Cochinchine se vit contraint d’envoyer le commandant Rivière au Tonkin avec quelques troupes. Rivière, harcelé sans cesse par les bandes chinoises, périt, dans les mêmes conditions que Garnier, le 19 mai 1883. La cour n’en devint que plus insolent , et notre représentant, menacé, quitta Hué.

C’est alors que le gouvernement français, décidé à en finir, résolut l’expédition du Tonkin.

Mort de Tu-Duc. — Sur ces entrefaites, l’empereur Tu- Duc vint à mourir. Il fut remplacé, le 17 juillet 1883, par son frère Hiep-lloa.

ANIVAM.

M. Harmand et l’amiral Courbet. — M. Harmand, nommé commissaire général civil au Tonkin, voulut profiter du désarroi causé par la mort de Tu-Duc pour frapper un coup énergique à Hué. Le 18 août, l’escadre de l’amiral Courbet vint s’embosser devant Tuan-An, qui fut bombardé et dont les forts furent enlevés par les compagnies de débarquement. Les mandarins s’inclinèrent alors et demandèrent la suspension des hostilités. M. Harmand l’evint à Hué et adressa à la cour un ultimatum énergique qu’il formula ainsi : La guerre ou l’acceptation franche et loyale du Protectorat de la France.

Traité du 25 août 1883. — La cour capitula et signa le traité du 25 août 1883, qui nous concédait l’occupation de Thuan-An et ouvrait à notre commerce les ports deTourane et de Xuan-Day ; les douanes étaient remises entre nos mains.

Des agents français placés auprès des mandarins provinciaux, et appuyés par une force militaire, étaient préposés à la surveillance de l’administration des provinces tonkinoises ; enfin, le représentant de la France, réinstallé à Hué, avait le droit d’audience personnelle auprès du roi.

Traité du 6 juln 1884. — Ce traité, envoyé en Fi'ance, subit quelques modifications et fut remplacé par celui du 6 juin 1884, que M. Patenôtre fut chargé de négocier à Hué. C’est à cette occasion que le sceau impérial chinois, donné autrefois à l’empereur Cia-Long, fut détruit solennellement dans le salon de la légalion, en présence de notre plénipotentiaire et des délégués de la cour.

Notre protectorat. — Par ce traité du 6 Juin 1884, notre protectorat fut définitivement établi en Annam et au Tonkin.

IIÉBELLIO.X DES DEUX MANDARINS ThUONU ET ThON-ThAT-

Thuyet. — Cependant la cour n’avait pas encore désarmé. Hiep-Hoa, mort quelque temps après, fut remplacé par un enfant, Kien-Phuoc, neveu de Tu-Duc. Le régent Nguyen Van-Thuong, notre principal ennemi, exerça le pouvoir. Mais Kien-Phuoc allait bientôt disparaître lui aussi. Thuong

fit proclamer le prince Ung-Lich, frère du défunt, sous le nom de Ham-Nghi et continua d’exercer le pouvoir avec l’autre régent Thon-That-Tbuyet. Ces deux mandarins, hostiles à l’influence française, se mirent en rébellion ouverte et essayèrent d’anéantir par surprise nos troupes dans la citadelle de Hué le 4 juillet 1885. Ils firent également attaquer la légation où se trouvait le général de Courcy, venu pour présenter ses lettres de ciéance. L’agression, dirigée par Thuyet, fut repoussée et les régents s’enfuirent. Tbuyet enleva le jeune roi Ham-Nghi et l’emmena dans les montagnes.

Le roi Dong-Khanh. — Le général de Courcy, reconstituant le gouveT'nemenl avec l’aide de la reine-mère et des princes de la famille royale, fit appeler au trône le frère de Ham- Nghi qui régna sous le nom de Dong-Khanh.

Nos troupes eurent encore pendant ces dernières années à dompter la rébellion organisée par Thuyet, enfin le prince Ham-Nghi tomba entre nos mains vers la fin de 1888, et fut envoyé prisonnier à Alger. Malheureusement, S. M. Dong- Khanh qui nous avait donné les preuves d’une amitié sincère mourut prématurément presque au même moment.

Le roi Than-Thaï. — Son successeur, le roi actuel, est le jeune prince Bun Lan proclamé le 31 janvier dernier sous le nom de Than-Thaï.

Sur le fleuve Rouge.

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