UNE J 0 .N Q U E
Une peLite üare, dorée et enjolivée d’ornenienls d’or, couvrait sa t.êle. fl écouta, toujours impassible, le discours de notre ministre qui fut traduit par un interprète annamite courbé près du trône, puis il répondit d’une voix basse qui expirait sur ses lèvres. Ses mots coupés de longs intervalles arrivaient à peine jusqu’à nous. Enfin il nous fît prier de passer dans ses appartements privés, vers lesquels il nous guida d’un pas attardé et automatique. Alors commença une longue promenade dans un méandre de couloirs, au milieu de ce palais désert, à l’aspect sombre. Quatre porte-sabres, tout rouges, précédaient le roi et, à chaque détour de la galerie, un garde, la face contre la muraille, annonçait la venue du cortège par un cri aigu prolongé.
« Nous arrivâmes dans une salle immense, aux proportions tout à fait monumentales, au milieu de laquelle était dressée une table. Dong-Klianh prit place à l’un des bouts, sur un siège dominant les nôtres et l’on nous servit du thé dans un service européen composé des pièces les plus diverses, seule la tasse du roi était en jade. Des serviteurs la lui remplissaient à genoux. Quelques rares paroles s’échangèrent, toujours d’une voix à peine saisissable et avec la même sobriété de gestes. Les deux premiers ministres, les seuls des mandarins qui eussent été admis, se tenaient debout, les yeux toujours fixés sur leur baguette. Le soir, Dong-Khanli nous invita à un dîner servi à l’européenne et dont il fit les honneurs avec beaucoup de grâce et avec une véritable entente de nos coutumes. Il se départit entièrement de la rigueur des rites; il nous pria d'être gais et donna lui-même l’exemple, montrant dans sa conversation des qualités réelles de finesse et d’esprit. S’étant informé de la famille de noire ministre, il marqua quelque étonnement en apprenant qu’il était célibataire, puis presque aussitôt il déclara qu’il devait s’en féliciter, car une Française n aurait pas consenti à un pareil éloignement de son mari et il n’aurait pas alors le plaisir de le traiter comme
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en ce moment. Ses traits, très fins, rendent sa physionomie fort douce et intelligente, tout son extérieur respire une grande distinction. A diverses reprises ilrépéta avec grande modestie que le poids d’un royaume était bien lourd pour son âge et qu’il comptait beaucoup sur les représentants de la F’rance pour alléger son fardeau. Dong-Khanb n'a guère plus de vingt ans en effet, mais il possède déjà des connaissances politiques précieuses. D’un esprit très ouvert, il voit les affaires de son pays avec netteté et les dirige avec des idées larges que n’avaient guère les hommes d’État qui ont gouverné sous ses prédécesseurs.
« Quelques jours après, Dong-Khanb vint en grande pompe à la résidence de France rendre sa visite à notre ambassadeur. La traversée de la rivière s’opéra sur une immense jonque fermée, le dissimulant aux regards, remorquée par une véritable flottille de sampans. Du débarcadère à la légation, ce qui fait environ 60 mètres, il fut porté dans une chaise fermée. 11 avait revêtu pour la circonstance un gracieux costume, composé d’une tunique de soie, recouverte d’ornements et de bijoux, avec deux curieuses plaques d’or joliment ciselées sur les épaules; aux massives et incommodes bottes chinoises il avait substitué des bottes vernies de fabrication française. »
Le souverain annamite vit dans son palais au milieu de son harem. La polygamie est pour lui obligatoire et c’est à la cour seulement qu’on trouve des eunuques chargés de la garde des femmes. Bien que la condition de ces dernières diffère de beaucoup de celle des odalisques dans les pays orientaux, les concubines du roi ne possèdent pas la même liberté que les autres femmes annamites.
La famille du roi est régie d’après les lois ordinaires, l’épouse légitime, investie du titre de reine, se trouve dans la condition juridique de la femme de premier rang dans le peuple. La reine peut être chargée de la régence. Elle O pris souvent une grande part aux affaires du pays. La mère de l’empereur Tu-Duc, qui vit
LES COLONIES FKANÇAISES.
encore actuellenieni, a exercé une grande influence dans la politique annamite. Son autorité se fait sentir encore aujourd’hui. On l’entoure, à cause de son grand âge, d’une vénération particulière. Il est d’usage aussi pour nos représentants de rendre visite à celle vieille princesse.
Chez elle, des rites encore plus rigoureux que chez le roi et un cérémonial inflexible donnent à ses audiences un caractère des plus impressionnants.
« Elle habite dans le palais impérial, qui est une véritable ville par l’étendue, une partie très retirée. Lorsque nous nous rendîmes à sa réception, une députation de mandarins et une escorte de gardes nous prirent à l’entrée et nous firent franchir un certain nombre de guichets, ’puis les gardes changèrent et nous fûmes confiés à des eunuques qui nous conduisirent, au travers d’une zone de transition, à la frontière du domaine des hommes. Delà, une escorte de femmes nous amena jusqu’à l’entrée d’une cour qui précède la salle d’audience, et c|ui était occupée par une troupe de femmes en armes, bizarrement équipées et coiffées d’un casque de carton noir. Toute cette vieille garde, irrésistible sans doute sous Tu-Duc, mais qui n’avait plus maintenant dans ses carquois que des flèches bien émoussées, se tenait rangée dans une altitude martiale, musique en tête.
« Nous fûmes rejoints là par le roi et nous entrâmes dans une immense pièce assez semblable à celle des audiences de Dong-Khanb. Ces salles des palais annamites se ressemblent d'ailleurs toutes par la même sobriété de décor. Trois sièges av.aient été préparés, un fauteuil assez élevé pour Sa Majesté, un plus bas, tout auprès, pour notre ministre, et un banc en arrière pour sa suite. On prit place et un grand store situé sur notre côté fut soulevé par deux des femmes de service. Nous pûmes alors apercevoir, dans une sorte de grande alcôve, la vieille princesse vêtue d’une longue robe jaune, assise sur une estrade. Ce ne fut qu’une apparition, car les deux femmes replacèrent aussitôt la natte qui la cachait. On nous servit ensuite le thé et un
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- entretien extraordinaire s’engagea. Les paroles de notre chef de mission, traduites au roi, étaient transmises par lui à voix basse à l’une des femmes, qui les portait, par un long détour, à l’oreille de sa souveraine, et la souveraine envoyait sa réponse par cette femme sans qu’on entendît autre chose qu’un chuchotement mystérieux. On conçoit qu’un pareil mode de correspondance prête difflcilement à de longs discours. La conversation se borna à l’échange de quelques compliments et nous nous retirâmes, reconduits par nos étranges guides que nous échangeâmes successivement, comme à l’aller, jusqu’à la porte extérieure où nous attendait notre escorte d’éléphants. Ces longues promenades dans
ces cloîtres de- S.E. Nguyeu-Troug-Hiep, actuellement régent,
serts , toutes
ces cérémonies dont le rituel, transmis intact de l’antiquité la plus haute, atteste la puissance, l’autorité redoutable d’un maître presque égal à un dieu, — cet ensemble de choses immuables, continuant un passé fabuleusement lointain, frappe l’imagination et emporte l’esprit Itien loin de la réalité. En nous retrouvant au dehors, il nous semblait que ' nous avions rêvé. »
Mandarinat. — Nous avons dit plus haut que le savoir donne seul accès aux fonctions publiques. Les mandarins, à quelque degré qu’ils appartiennent, ont tous subi des examens. Ils sont choisis parmi les lauréats des divers concours et sont pourvus de charges en rapport avec le diplôme qu’ils ont obtenu. C’est ainsi que certains lettrés débutent dans des postes élevés, sans aucun service antérieur dans l’administration. Les gradués inférieurs n’ont qu’un avancement très limité, ils s’élèvent rarement au-dessus des fonctions subalternes de chef d’arrondissement. Cependant, les connaissances exigées par les concours ne préparent que médiocrement au rôle d’administrateur. L’enseignement des lettrés ne comprend en effet que des notions de philosophie, de littérature et d’histoire, il les laisse ignorants des choses scienlifiques qui leur seraient d’une plus grande utilité. Souvent les mandarins passent par les fonctions enseignantes avant de parvenir à celles de l’administration.
La hiérarchie du mandarinat est établie par sept degrés, chaque degré comprenant deux classes. Les fonctionnaires, civils ou militaires, reçoivent un traitement d’après le degré et la classe, sans distinction entre les services différents auxquels ils peuvent appartenir. Les soldes sont dérisoires, elles ne dépassent pas quelques centaines de francs pour les mandarins les plus élevés, plus un certain nombre de rations de riz pour eux et les gens de leur maison. Cette quasi-gratuité des fonctions a créé l’usage de faire des présents aux fonctionnaires et c’est de là que leur vient la réputation dis vénalité qu’ils ont auprès des Européens. Quelques-uns d’entre eux, qui ne se sont pas assez pénétrés de la doctrine de Confucius, sont en effet capables d’abuser de leur immense autorité pour frapper leurs administrés d’impôts illégaux.
Une faut pas cependant considérer comme un fait de corruption, en justice, l’acceptation, par le juge, de cadeaux qui lui sont toujours offerts par les deux parties. Ce prin-
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cipe n’en est pas moins d’une immoralité déplorable. Le seul moyen d’y remédier serait de payer convenablement les fonctionnaires.
Science. — La littérature enseignée dans les écoles du gouvernement est la littérature chinoise, la philosophie est celle de Confucius dont le but est de faire des hommes parfaits dans la famille et la société. Les livres canoniques d’où dérivent toutes les coutumes civiles du pays enseignent les vertus familiales, les devoirs mutuels des hommes entre eux, les devoirs réciproques du souverain et des sujets, et ceux des fonctionnaires. Tel est l’unique aliment d’étude dont se nourrit l’esprit des lettrés annamites. Au bout de longues années de travail, ils n’arrivent ainsi qu’à acquérir un bagage de connaissances conventionnelles. Leur science est souvent puérile, ingénieusement compliquée, mais sans utilité pratique. Elle rappelle, par ses fastidieuses subtilités, la science scolastique du moyen âge. Les sciences naturelles et les sciences mathématiques sont totalement exclues des programmes.
Cet enseignement défectueux a développé chez les mandarins l’esprit de finasserie qui fait d’eux des diplomates habdes et retors, mais il les a laissés dans l’enfance pour tout ce qui touche aux questions économiques les plus élémentaires. De là est résulté pour le pays une infériorité très grande au point de vue industriel et commercial.
Instruction. — Dans le peuple, l’instruction primaire est assez répandue, mais elle ne rappelle pas tout à fait la nôtre, car, tandis que pour nous, savoir lire et écrire (ce qui est le fond de l’instruction primaire) consiste à connaître les combinaisons de vingt-quatre caractères, pour un Annamite le même résultat exige l’étude de plusieurs milliers de caractères usuels et du sens des mots.
Ces hiéroglyphes n’ont pas, comme notre écriture, pour but de figurer un son, d’écrire la parole, mais de représenter les idées par un signe propre à chacune d’elles. L’écriture annamite est idéographique et non pas phonétique. II
est clair que dans un idiome monosyllabique on ne peut pas exprimer toutes les pensées par la représentation phonétique du langage, à cause de la multitude des mots homophones. 11 faut non seulement reproduire la prononciation, mais le ton; par conséquent l’écriture « quoc-ngu » dont nous avons parlé précédemment, qui peut rendre le langage vulgaire, ne peut pas reproduire la signification des nomhi’eux hiéroglyphes homophones.
L’ensemble des mots représenterait un chiffre de quatrevingt mille hiéroglyphes environ. La série des mots usuels n’en renferme que trois à quatre mille. Les lettrés ne connaissent guère plus de cinq à six mille caractères. Le dictionnaire leur donne la signification des mots techniques qui n’entrent qu’accidentellement dans les ouvrages.
Une mémoire spéciale, que l’alavisrne et l’influence du milieu ont singulièrement développée, permet aux Annamites d’apprendre assez vile cette écriture. Dans tous les villages il existe des maîtres libres qui enseignent les caractères. Les enfants reproduisent en chantant à haute voix la signification des caractères tracés par le professeur. Les sentences qui composent les leçons d’écriture sont choisies de telle sorte qu’en apprenant les hiéroglyphes les élèves reçoivent, en même temps, des préceptes d’éducation morale et acquièrent des connaissances pratiques pour les besoins usuels.
Théâtre. — Le théâtre tient une assez grande place dans les œuvres littéraires annamites. Le répertoire comprend des pièces historiques et des drames. Chez ce peuple, le genre Iragico-burlesque est surtout en faveur. Les sujets héroïques ou fabuleux sont, le plus souvent, les luttes de plusieurs prétendants pour la possession d’un trône ou bien la délivrance d’une princesse prisonnière d’un Génie. La pièce se déroule interminable, dans une succession embrouillée d’épisodes dramatiques, entremêlés de scènes bouffonnes. L’interprétation et la mise en scène surtout sont des plus naïves.
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D’ordinaire le théâtre est une grande halle. La scène, fort petite, est enserrée par les spectateurs qui l’envahissent en partie; un simple rideau, qui en forme le fond, sert de retraite aux acteurs; aucun décor ne donne l’illusion du lieu dans lequel se meut l’action, et ne vient aider l’imagination des auditeurs. Les scènes se succèdent sans interruption, séparées seulement par le passage bruyant de deux nies de jeunes figurants, porteurs de drapeaux, qui font diversion en entrant, de deux côtés à la fois, sur le théâtre qu’ils traversent en se croisant et en poussant des cris aigus.
Le directeur de la scène siège au fond, assis devant une table, et les valets de théâtre rangés sur le côté disposent les quelques accessoires indispensables. Les artistes revêtus de costumes éclatants, porteurs de bonnets extraordinaires, de masques ou de têtes fantastiques, débitent leur rôle d’un ton déclamatoire fatigant, passant alternativement du son rauque au suraigu. Les acteurs accompagnent cette diction bizarre d’un jeu compliqué et de contorsions de toutes sortes, pendant qu’un orchestre fait rage de ses tams-tams et de ses gongs dont les vibrations produisent un vacarme discordant des plus pénibles pour les oreilles européennes.
Les Annamites prennent, à ces divertissements, un plaisir des plus vifs ; à l’occasion des fêtes publiques, ils assistent sans se lasser à des représentations qui durent des journées entières.
Musique ET danse. — Ils goûtent aussi beaucoup les chants de femmes et les danses, si l’on peut donner ce nom à un exercice qui ne comporte que quelques déplacements des danseuses entre elles, quelques tournoiements lents sur elles-mêmes. Toute leur agilité consiste dans des mouvements des doigts et des poignets, peut-être remarquables par leur souplesse, mais dont les indigènes peuvent seuls apprécier la grâce. Leurs chansons ne sauraient davantage nous charmer. La musique, assez harmonieuse, plutôt douce, se traîne avec monotonie sur quel-
Indo-Chinb.
LES COLONIES EHAiNÇAlSES.
ques notes chantées à bouche close d’une voix nazillarde.
Peinture et sculpture. — Le Ihéâlre et la musique sont les seuls arts qui aient reçu quelque développement en A imam. La peinture et la sculpture sont encore dans l’enfance, la peinture surtout. Quelques rares statues de pierre qui représentent des divinités et ([ui se trouvent dans les tombeaux royaux tigurent à peu près toute la statuaire. Les sculptures sur bois, plus répandues, ont la valeur d’œuvres patientes et dénotent chez l’ouvrier plus d’habileté d’exécution que d’entente de l’art décoratif.
Arts plastiques. — L’architecture n’a rien non plus de bien saillant. Quelques pagodes seules forment un ensemble original avec les portes et les colonnettes surmontées de lanternaux, qui les précèdent. Les tombeaux des rois d’Annam, qui sont de véritables palais, ont cependant été conçus avec goût. Us sont situés sur les bords de la rivière de Hué dans des sites ravissants et sont encore plus remarquables par rordonnance des jardins qui les entourent, par la beauté de la nature qui les environne que par le style de leurs constructions. Quelques pavillons sont aussi d’un effet assez curieux. Le tombeau de Tu-Duc, le plus rapproché de Hué, forme une succession de constructions dispersées dans un immense enclos planté de beaux arbres; celui de iMinb-Mang, plus loin sur la rive gauche, est surtout splendide par son parc admirablement dessiné; celui de Lia-Long, plus haut sur la rivière, est aussi digne d’ètre mentionné. Ces empereurs ont fait tiavailler à leur tombeau pendant de longues années et ils ont accumulé dans la l'ésidenco préparée pour leur Ombre des splendeurs que ne possède pas la demeure du souverain régnant, l.a coutume d’enfermer dans le tombeau les femmes et les serviteurs du roi défunt n'a donc plus rien de bien elïrayant.
Le peut de Hué.
CIlAPITllE III
Administration.
Protectorat de la France. — Administration. — Ministères. — Provinces. — Gouverneurs. — Mandarins. — .luslicc. — Enseignement. — ■ Armée. — Arrondissements. — Gantons et communes. — Impôts. — Monnaie. — Hué. — Tliuan-an. — Biuli-Hinli. — Duug-Hoï. — Tinli-Ngtié. — Tlumii-Hoa.
Protectorat de la Framce. — Le ProLecLoval de la France en Aiinani esl établi définitivement depuis 1880 par le traité du 0 juin 1884 dont les ratifications furent échangées à Hué le 23 février 1880.
En échange de notre protection, le gouvernement annamite ouvre au commerce de tontes les nations les ports de Qui-Nhon, de Tourane et de Xuan-D;iy, datis lesquels des résidents français sont entretenus sous les ordres d’un résident général, placé auprès de la cour, à Hué. Notre
représentant a la facnllé d’iiabiler la citadelle avec une escorte militaire. Des forces françaises occupent Thuan-An.
La France représente l’Annam dans toutes ses relations extérieures, mais les fonctionnaires annamites, depuis la frontière delà Cochinchine jnsqu’à celle de Ninli-Binh, continuent à administrer les provinces comprises entre ces limites, sauf pour les douanes, les travaux publics et en général les services qui exigent une direction unique ou l’emploi d’agents européens.
Les Français et étrangers de toutes nationalités sont placés sous la juridiction française, qui statue également sur les contestations entre Annamites et étrangers.
Réorganisées et placées sur les rivages et aux frontières seulement, les douanes sont entièrement confiées à des administrateurs français. Les lois et règlements concernant les contributions indirectes, le régime et le tarif des douanes, le régime sanitaire de la Cocbincbine, sont applicables aux territoires de l’Annam. Les taxes perçues actuellement sont celles du tarif général, étendu à toute l’Indo-Gbine, avec quelques modifications qui ne portent que sur des produits asiatiques sans similaires en Europe. La douane est aussi chargée de la police des ports, du service de pilotage, de pbares et de sémaphores, et les règlements sur ces matières sont établis par des arrêtés du résident général du 17 octobre t886.
Les mandarins continuent à percevoir l’impôt ancien sans le contrôle des fonctionnaires français et pour le compte de la cour de Hué.
Des conventions ultérieures sont venues élargir le champ de notre action. Le roi a concédé à nos troupes une partie de la fortification de la citadelle de Hué. Le port et la ville de Tourane ont été érigés en possessions françaises. L’entrée du royaume d’Annam a été plus libéralementouverte à nos nationaux auxquels il est désormais permis de fonder des établissements à l’intérieur. En dehors des trois ports ouverts au commerce en vertu du traité de 1884,
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nous avons pu placer des agents sur d’autres points de la côte et l’obligation pour nous d’assurer la sécurité a porté notre occupation militaire et civile dans plusieurs autres villes. Song-Gau, dans le Phu-Yen; Nha-Trang, dans le Kbanli-IIoa; Dong-Iloi, Vinh et Tbanh-Hoa sont pourvues d’agents français. Dong-Hoi, par l’étroit défdé qui fait communiquer le nord de l’Aimam avec le reste du royaume, est un point statégique des plus importants, la clé des communications terrestres avec le ïonkin. Un réseau de petits postes, fournis par des troupes françaises et indigènes dont on créa un corps spécial (chasseurs annamites) maintient la tranquillité dans le pays qui fut fort troublé à la suite des événements de juillet 1883. La pacification est maintenant assez parfaite pour que beaucoup de ces postes aient pu être supprimés récemment et que l’autorité supérieure du Protectorat ait pu songer à licencier le corps des chasseurs annamites, remettant entièrement l’administration et la garde du pays aux représentants du roi d’Ann am.
Le représentant de la République auprès de la cour de Hué a donc, en Annam proprement dit, une mission surtout diplomatique. 11 reçoit les instructions du gouverneur général de l’Indo-Chine.
Jusqu’à présent notre représentant n’a pas usé de la faculté qui lui est accordée d’habiter la citadelle. L’ancienne légation de France est toujours le siège officiel du résident général ; un poste de troupes françaises en constitue la garde, taudis que d’autres détachements occupent la position du Mang-Ka à l’un des angles de la foiteresse.
Une canonnière de rivière met en communication la Résidence avec Ïhuan-An, à l’embouchure de la rivière de Hué, dont les fortifications ont été démantelées. Une garnison de nos soldats, avec un hôpital, est établie à l’entrée de la rivière.
Le câble télégra^ihique qui relie Haï-Phong à Saigon dessert Tliuan-An. Une ligne télégraphique terrestre traverse
tout l’Annam en longeant la côte et se relie aux (ils de la Cochinchine et du Tonkin.
Des bureaux sont installés dans tous les postes que nous occupons. Le service postal, qui est fait par mer sur la côte et par des trams sur les roules de l’inlérieur, transmet régulièrement les correspondances sur tous les points.
Les principaux postes de douane sont ceux de Tourane, Faï-Foo, Quang-Ngai, Qui-Nhon et Cam-Ranb.
Administration annamite. — Tous les pouvoirs sont centralisés dans la main du roi qui est maître absolu. Celui-ci délègue ses ministres pour administrer ses Étals. Tout aboutit à lui; il est le moteur souverain de la machine administrative et il est le juge suprême, au jugement duquel chacun de ses sujets a le droit d’en appeler. Six ministères représentent les différentes branches de l’administralion, ce sont : le ministère de l’Intérieur, le ministère des Finances, le ministère de la Cuerre, le ministère de la Justice, le ministère des Travaux publics et enfin celui des Rites.
Ministères. — Chaque ministère forme un petit conseil, présidé par le ministre titulaire, dans lequel les affaires du département sont discutées. '
Haute cour. — Une haute cour examine les atfaircs en appel et les soumet à la décision royale.
Conseil des censeurs. — Enfin il y a le conseil des censeurs qui est chargé de contrôler l’administration dans tous ses détails, et qui peut présenter au roi des observations respectueuses, toutes les fois qu’il le juge convenable.
Telle est l’organisation centrale.
Provinces. — Le royaume se divise, au point de vue administratif, en douze provinces situées le long du liltoral. Elles sont, en parlant du nord : le Thanh-lloa, le Nghe-An, le Ila-Tinh, le Quang-Hinh, te Ouang-Tri, le Quang-Duc, le Quang-Nam, le Quang-Ngai, le Hinh-Dinh, le l'hu-Ven, le Khanh-lloa et le Hinh-Thuan.
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Ces circonscriptions sont classées, suivant leur importance, en grandes et petites provinces.
Gouverneurs. — Celles de la première catégorie sont dirigées par un gouverneur appelé Tong-Doc, mandarin de première classe du deuxième degré dont le rang est égal à celui des ministres titulaires. Les provinces de la deuxième catégorie ont à leur tête un gouverneur qui prend le titre de Tuan-Phu et qui n’est que de la deuxième classe du deuxième degré comme les assesseurs des ministères.
Les gouverneurs correspondent directement avec le roi et avec les ministres. Les Tuan-Phu ont dans certains cas, pour des mesures générales, à prendre les ordres des Tong- Doc. Les gouverneurs réunissent entre leurs mains les pouvoirs civils et militaires; ils dirigent, ou plutôt ils surveillent d’une manière générale tous les services de leurs provinces. Us ont sous leurs ordres un mandaiiu de la première classe du troisième degré, appelé Bo-Chanh ou vulgairement Quan-Bo, chargé de l’administration et de la perception de l’impôt et un chef du service judiciaire, An- Shat ou Quan-An, de la première classe du quatrième degré. Un mandarin militaire Dé-Doc ou Lanh-Binh, divisionnaire ou brigadier, commande les troupes.
Ges trois mandarins constituent les autorités supérieures provinciales.
Mandarins. — Le Bo-Chanh, ayant sous ses ordres des lettrés répartis en plusieurs liureaux, traite toutes les questions de personnel, de finances, de travaux publics, de recrutement et d’instruction publique. Il centralise l’impôt de la province et surveille les magasins qui en renferment les produits en espèces et en nature. Ses fonctions sont des plus importantes ; elles ne sont confiées qu’à des mandarins ayant déjà fait leurs preuves dans les départements, ou aux lauréats des examens de la Cour.
L’An-Shat est auprès du Tong-Doc, un lieutenant criminel. Il révisé ou examine en appel les jugements des tribunaux inférieurs d’arrondissement.
La province se subdivise en arrondissements « huyen », lesquels se groupent ensemble et forment des préfectures « phu ». A la tête de chaque phu est placé un mandarin de la deuxième classe du cinquième degré, appelé « tri-phu ou quan-phn ». Les sous-préfectures sont administrées par un « tri-huyen ou quan-huyen » de la deuxième classe du sixième degré. Les tri-phu et les tri-huyen administrent chacun un arrondissement et leurs attributions sont semblables. Mais dans certaines questions de justice ou d’intérêt général, les décisions des tri-huyen doivent être soumises à l’approbation du préfet.
Justice. — Ces mandarins sont, dans les arrondissements, les représentants du quan-bo et de l’an-shat ; ils sont donc à la fois administrateurs et juges. C’est devant eux que sont portées les contestations qui n’ont pu être tranchées en conciliation par le chef de famille ou les notables. Ces tribunaux constituent le premier degré de juridiction. Les petites affaires y sont réglées en dernier ressort. Les condamnations à la peine du bâton sont susceptibles d'appel devant le lieutenant criminel dont le tribunal représente le deuxième degré de juridiction.
Les jugements entraînant l’exil, les travaux pénibles et la mort sont révisés, en premier ressort seulement, par le quan-an et transmis ensuite, après l’approbation du gouverneur, au ministère des peines. De là, on peut encore en appeler devant le tribunal des Trois-Règles et enfin ces jugements sont soumis en dernier ressort au roi qui seul prononce les sentences de mort.
La justice est gratuite. Mais l’usage consacre pour les parties l’obligation de faire des présents aux mandarins.
Cette coutume fait souvent accuser de vénalité les juges annamites, quoiqu’en somme les présents otferls par les deux parties aient plutôt le caractère d'une espèce de dîme, justifiée par la modicité de leurs traitements réguliers. Ce n’est qu’en payant convenablement les mandarins que l’on pourra modifier cet usage qui, bien qu’accepté par la popu-
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laüon, laisse toujours planer un soupçon sur les plus équitables et les plus modérés.
L instruction es(, de la paît du gouvernement, l’objet d une grande attention. Elle est donnée par un enseignement officiel et par des professeurs libres.
Enseignement. — Auprès de chaque mandarin, un maître, ayant un grade dans la hiérarchie du mandarinat, est chargé de la direction des études. Il y a un doc-hoc, inspecteur, au chef-lieu de province; un giao-tho, directeur, dans chaque préfecture; et un huan-dao dans chaque sous-pré-
Lutteijrs annamites.
fecture. Dans les communes, des maîtres, qui ne dépendent pas de 1 État et qui ne sont pas tenus d’avoir des diplômes, enseignent avec une complète liberté.
L’instruction officielle comporte des examens de trois degrés correspondant aux grades de bachelier, tu-taï, de licencié, cu“ nhon et docteur, tan-shi. C’est parmi les diplômés de ces différentes épreuves que sont choisis les mandarins.
Les candidats aux deux premiers degrés sont convoqués dans certains centres désignés où des envoyés roy^aux viennent les examiner.
Cos concours régionaux ont lieu tous les trois ans et se font avec une grande solennité dans des enceintes spéciales appelées « camps îles lettrés m
Les licenciés peuvent se présenter aux examens du doctorat c{ui ont lieu aussi tous les trois ans dans la capitale. Ceux d’entre eux qui se font remai'quer sont admis à concourir aux examens de la cour pour le litre de docteur de première classe qui ouvre immédiatement l’accès aux charges imporlantes du mandarinat.
En dehors de ces grandes assises littéiaires, des examens semestriels, dans chaque province, sont ouverts pour l’obtention d’un certificat d’études auquel sont attachés certains privilèges tels que l’exemption temporaire de la corvée.
Armée. — L’armée annamite se divise en régiments de la garde, chargés de la défense de la citadelle de lîué, et en régiments provinciaux.
La garde, qui se recrute de préférence dans les provinces voisines de Hué, est placée sous le commandement d’un grand maréchal commandant de l’armée du centre et qui a pour mission de défendre le palais même du roi. Il est assisté de quatre chefs de corps ayant le titre de maréchal de droite, de maréchal de gauche, d’avant-garde et d’arrièregarde. Les elîectifs de cette armée, qui atteignaient autrefois environ 50 000 hommes, 'sont réduits actuellement à quelques milliers de soldats dans lesquels il faut comprendre tous les gens de service de la maison royale, et les gardiens des palais royaux, porteurs de lances et d’étendards, porteurs de palanquins, de dais, de parasols, d’éventails et d’insignes divers, les cuisiniers, jardiniers, etc
Quelques détachements de ces troupes sont répartis dans les tombeaux royaux qui environnent la capitale.
Les régiments provinciaux se composent d’hommes levés dans la pi’ovince même et commandés par un lanhbinh ou dé-doc placé sous les ordres du gouverneur.
Enfin auprès de chaque mandarin, dans les phu et les huyen, se trouve une troisième catégorie de soldats formant
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la garde des fonctionnaires qui ont ainsi une force de police à leur disposition. Actuellement les troupes provinciales, qui n’ont plus à assurer la défense du pays contre les attaques de l’extérieur, se réduisent aux quelques compagnies de miliciens indispensables pour maintenir l’ordre dans les provinces.
Le recrutement des soldats annamites s’effectue dans chaque village en raison du chiffre de sa population. Chaque commune est tenue de fournir un certain nombre d’hommes qui doivent être choisis parmi les fils d’inscrits, c’est-à-dire parmi ceux dont les parents, portés au rôle des impôts personnel et foncier, peuvent être rendus responsables pour leurs enfants. Les soldats sont incorporés pour dix ans et le village reste chargé de leur entretien. Ils reçoivent une ration de riz et une légère solde, environ un franc par mois.
Un certain nombre de ces soldats est employé au service des courriers de la poste ; celle-ci n’est élablie que pour les besoins de l’État. Il y a des relais de poste sur tout le territoire. Les communes où se Irouvent ces relais fournissent les courriers. Elles sont en compensation dispensées du contingent militaire.
Arrondissement. — L’arrondissement, qui est la dernière des subdivisions territoriales où le gouvernement est directement représenté, se décompose en cantons et en communes dont le nombre est variable par arrondissement suivant la configuration du pays.
Communes. — Ces dernières divisions s’administrent ellesmêmes. La commune est une personne morale non soumise à la tutelle de l’Etat. Ce dernier limite son intervention aux questions d’intérêts généraux et ne se mêle en aucune manière de l’administration intérieure de la commune. Celle-ci crée ses ressources à son gré et en fait l’usage qu’elle juge convenable. Son administration se règle non d’après une loi, mais selon la coutume locale qui est susceptible de toutes les modifications. Elle n’encourt pas d’autres responsabilités que celle du versement à l’État
de l’impôt perçu directement par elle, et celle de la tranquillité de son territoire.
Un conseil composé des habitants notables, les plus riches et les plus instruits, dirige les affaires de la commune.
La population se divise en deux catégories : les <c inscrits », les gens qui doivent seuls l’impôt personnel, et les «noninscrits ».
Le nombre des notables varie avec la population et l’importance des affaires, mais aucun texte ne détermine la composition du conseil dont les membres se renouvellent par eux-mêmes et peuvent augmenter ou restreindre leurs cadres suivant les besoins.
Cette assemblée comprend deux sortes de notables : les « grands » et les « petits notables ». Les premiers seuls forment le conseil municipal proprement dit, ils ont seuls qualité pour délibérer et prendre des décisions; les seconds ne sont que des agents d’exécution.
Les notables se partagent les affaires suivant les connaissances et les aptitudes spéciales de chacun, et une hiérarchie s’établit encore entre eux. Le conseil choisit un maire dont la nomination doit être soumise à l’approbation des autorités provinciales et qui devient ainsi le représentant accrédité auprès du gouvernement. Le maire, loin d’avoir une situation prépondérante dans le conseil, n’est que l’exécuteur de ses ordres et de ceux qui lui sont directement adressés par l’administration centrale. Il est responsable de leur exécution.
Le maire n’est même pas choisi parmi les grands notables, il vient en tête des notables mineurs, qui l’aident dans l’accomplissement de sa tâche. Sa charge est assez lourde, aussi ne l’occupe-t-il que le moins de temps possible. Puis il passe dans la première catégorie de l’assemblée municipale.
Cantons. — Les communes réunies en canton sont placées sous la direction d’un chef élu par les délégués des différentes communes et l'econnu par le gouverneur de la
ANJfAM.
province, qui lui délivre ses cachets. Lorsque le chef de canton a rendu des services signalés, sa nomination est confirmée par la cour. Il possède alors sa charge à vie; en même temps il est assimilé aux fonctionnaires du neuvième degré et peut s’élever dans les grades du mandarinat.
Les chefs de canton sont choisis avec soin parmi les hommes les plus influents et les plus honorables. Ce sont des notables très versés dans les affaires administratives. Ils
La Tout' de Confucius.
ont pour mission de régler les affaires d’intérêt commun, de veiller à l’entretien des routes, de presser la rentrée de l’impôt, de maintenir l’ordre, de livrer les malfaiteurs à la justice et d’exercer une surveillance sur les notables de leurs communes. Ils sont les représentants de la population auprès des mandarins et les défenseurs de ses intérêts. Ils servent d’intermédiaires pour les réclamations et les plaintes des communes et même des particuliers contre les fonctionnaires d’arrondissement. Ils ont aussi des attributions
LES CULONIES FRANÇAISES.
judiciaires. Chaque chef de canton a pour l’aider ou le suppléer un sous-chef de canton nommé d’après les mêmes principes. 11 n’existe pas de chef-lieu dans les cantons et le chef de canton continue à résider dans le village où il a sa demeure propre.
Ces agents cantonaux et communaux ne reçoivent aucun traitemenl. Pour reconnaître leurs services et les indemniser on leur octroie, dans le partage des biens communaux, une part plus forte qu’au reste des habitants.
Impôts. — L’impôt annamite se compose de contributions personnelles et foncières. D’autres revenus, comme les douanes, les droits de navigation, les différents affermages des marchés, des bacs, des pêcheries, des bois, des mines, etc..., viennent en outre grossir le budget.
Tous les cinq ans les rôles d’impôts sont établis par des envoyés royaux qui parcourent les provinces et constatent les changements survenus dans la population et le cadastre. Cesenvoyés fixent alors, par commune, le nombre d’hommes inscrits à l’impôt personnel, et qui supporteront de plus le service militaire et la corvée ; ensuite ils arrêtent la superficie des terres imposées, classées en plusieurs catégories.
L’impôt personnel est de une ligature par tête (environ 70 à 75 centimes). Pour le service militaire, les habitants s’entendent entre eflx pour l’envoi du contingent. L’État accepte tous les hommes robustes et n’intervient pas dans les conventions passées entre les inscrits. D’ordinaire les partants sont choisis dans les familles les plus nombreuses, et des cotisations ou bien une rente de ta commune leur sont fournies, à eux ou cà leur famille. Le nombre de jours de corvée, par inscrit, est fixé d’après les travaux prévus et en tout cas les mandarins peuvent requérir des corvées supplémentaires lorsqu’il en est besoin.
L’impôt foncier est versé en nature pour les rizières ; en espèces pour toutes les autres catégories de cultures. Les communes ont la charge d’en verser le produit au trésor provincial. Le riz, une fois mesuré, est placé dans d’irn-
ANNAM
nienses magasins établis au clief-lieu de chaque province.
Monnaie. — Les espèces sont d’or, d’argeut et de zinc et se présentent sous la forme de barres, de taëls et de ligatures. L’or, généralement rare, est en petites barres, irrégulières, ou prismatiques, du poids approximatif d’un laël (37S‘',6). L’argent est en barres plus grosses d’une valeur de 60 à 70 francs suivant les provinces, ou en taëls valant environ 6 francs.
Ces lingots sont vérifiés par une sorte d’orfèvre juré. Les ligatures de sapèques qui sont la monnaie courante du pays se composent de 600 pièces rondes en zinc, grosses comme une pièce d’un franc et percées d’un trou central carré, par lequel on les réunit au moyen d’une libre de bambou. La ligature représente l’unité monétaire de l’Annam, elle vaut de 70 à 7o centimes. Les Annamites la divisent à l’infini pour les besoins de la vie, mais le trésor n’accèpte les sapèques que réunies par paquets de 600, et perçoit un dixième en plus pour les pertes occasionnées par la rupture des liens. Cette monnaie incommode va s’em])iler dans les magasins provinciaux en masses énormes. Un mètre cube de ligatures représente une valeur d’environ 400 francs.
Le Quan-bo tient une comptabilité très minutieuse de ce numéraire, il veille sur les magasins. C’est par lui que sont effectués les payements pour le compte de la province ; il rend compte de ses opérations au ministère des finances et en justifie par des écritures très détaillées.
Cette organisation administrative et judiciaire est assez bonne. Elle donnerait de meilleurs résultats, s’il y avait un peu plus de contrôle et si le roi, qui en est le moteur initial, exerçait plus activement son impulsion. Los fonctionnaires provinciaux un peu trop livrés à eux-mêmes abusent paifois de leur immense autorité ; les distances et les difficultés de correspondances empêchent le plus souvent les manifestations de l’opinion publique de parvenir à la cour. Ainsi les abus et les écarts des employés ne sont pas surveillés ni redressés. 11 faut dire cependant que les
institutions communales et celles de la famille, fort sages et libérales, fonctionnent admirablement et satisfont presque tous les besoins d’un peuple chez lequel il y a encore peu d’intérêts généraux et dont l’existence tout entière s’écoule dans le cercle restreint du village et du foyer.
IlüÉ. — Hué, la capitale du royaume d’Annam, est située, sur la rive gauche de la rivière qui porte son nom, à douze milles de la mer. Ce n’est pas, à proprement parler, une ville. C’est un centre administratif où se trouve la résidence de l’empereur. Hué existe surtout par sa citadelle qui abrite les services de l’État, sa population ne comprend que des mandarins, des fonctionnaires et des soldats. Son commerce n’a aucune importance.
Sur un des côtés de la citadelle, le long d’un petit arroyo, s’étend un village assez populeux où résident un grand nombre de familles de mandarins et quelques marchands qui vivent de la citadelle. Quelques faubourgs et villages sont encore semés autour de la forteresse. Cette agglomération est désignée sous le nom de Dong-Ba. La population, estimée autrefois à trente mille âmes, a beaucoup diminué après les événements de 188o. La citadelle, qui renfermait alors, avec des troupes nombreuses, beaucoup de petits marchands et d’artisans, est aujourd’hui déserte, et tous les habitants établis en dehors ne forment plus qu’une masse de quelques milliers d’individus. Les bords du petit canal sont cependant des plus animés, encombrés d’une foule grouillante et couverts de sampans qui passent sans cesse d’une rive à l’aulre. Les rues principales de Dong-Ra longent en effet le cours d’eau. Ce sont des voies étroites, bordées de cases assez misérables en paillotes et en bois. Les habitants, trop à l’étroit, se répandent au dehors et causent autour de ces petites boutiques une agitation qui laisserait supposer un mouvement commercial considérable. Un pont de bois très cintré et accessible par deux hautes rampes d’escalier forme à ce tableau un fond pittoresque.
La citadelle, construite dans les dernières années du dix-