UNE FOEET EN ANNAM
huitième siècle, sur les plans et sous la direction des officiers français appelés par Gia-Long, est un immense carré de plus de 2,000 mètres de côté. La face sud-est est baignée par la rivière large et profonde. Celle du nord-est est protégée par le canal de Dong-Ba qui rejoint la rivière et les deu.x; autres faces sont entourées par un grand fossé rempli d’eau. Ces longues lignes de murailles sont coupées par de curieux miradors qui surmontent les portes. L’intérieur est divisé par de grandes routes dallées, se coupant à angle droit. Actuellement, une grande partie de la citadelle est déserte, les cases ont disparu, leur emplacement est envahi par une végétation très vivace. Il ne reste que les constructions en briques qui bordent la rue des Ministères et quelques rues voisines. Chacune de ces petites pagodes est édifiée au milieu d’une cour close d’un mur élevé. Beaucoup sont occupées par les services militaires du protectorat, mais leur aménagement intérieur et surtout leur dispersion sur une immense étendue présentant de sérieux inconvénients, l’autorité supérieure du protectorat a dû en faire la restitution au gouvernement annamite en échange d’une concession située dans l’angle nord où nous occupons déjà un ouvrage de fortification. C’est là que seront réunis prochainement tous nos services, sous la protection de la garnison concentrée dans la position du Mang-Iva.~Une deuxième enceinte, qui est reliée à l’embarcadère royal par un long couloir, renferme le palais même du roi. Du côté de l’ouest on rencontre encore une succession de palais ou jolies pagodes construites par différents empereurs. Tous ces édifices sont longés, d’un côté, par de belles allées ombragées d’arbres et de superbes touffes de bambous, de l’autre côté par des fossés pleins d’eau que cachent les fleurs roses et blanclies elles feuilles gigantesques des lotus. Tou le cette partie fait contraste, par son aspect riant, avec le palais royal qui paraît bien triste, étouffé entre ses grandes murailles.
Sur la rive droite de la rivière et près du débouché du
ANNAM
canal de Dong-Ra se trouve l’iiôtel de la légation française, habité par le résident général. C’est une vaste maison très confortablement installée à l’européenne et entourée d’un jardin. Elle fut le point de mire des Annamites lors de la rébellion du 5 juillet, sa façade fut trouée par plusieurs boulets lancés des bastions qui lui font vis-à-vis à une distance de près de 1,000 mètres. A côté sont établis des services télégraphiques. En arrière s’élève une caserne pour le détachement d’infanterie de marine, la garde du résident général.
En remontant la rivière on rencontre sur la rive droite le pavillon des bains royaux enfoui sous les bambous, très original avec ses escaliers qui descendent dans l’eau. Plus loin sur la rive gauche est située la mission catholique, résidence d’un évêque, demeure des plus modestes. Au delà se dresse la tour de Confucius, construction octogonale peu élevée, mais d’un effet pittoresque.
En continuant à remonter, on rencontre les tombeaux des rois d’Annam disséminés sur les deux rives. Puis la vallée se resserre rapidement et la rivière suit un cours sinueux entre des collines couvertes d’une belle végétation et de superbes bosquets, formant un paysage des plus riants. L’une de ces collines, vue du palais royal, atïecte la forme d’un trapèze régulier. Les Annamites ont mis à profit cette disposition; ils ont planté sur les arêtes une ligne d’arbres qui, se découpant à jour sur le ciel, les borde comme d’une dentelle. C’est la « Montagne du roi
Au-dessous de Hué, la rivière coule dans une plaine de rizières jusqu’à la mer, sur une distance de 12 milles, et se déverse à Tbuan-An. Une estacade faite avec une ligne de pieux forme un barrage dans lequel est pratiqué un étroit chenal.
Thuan-An. — • L’entrée de Tbnan-An est obstruée par une barre dure de sable. Elle est impraticable pour les bateaux calant plus de 3 mètres. Les communications par mer avec la capitale sont le plus souvent interrompues par l’état de
la mer qui ne permet pas aux chaloupes d’accoster les bâtiments qui se présentent devant la barre. C’est ainsi que duiant une partie de l’année les correspondances sont déposées à Tourane et expédiées par la voie de terre à Hué. Le trajet, qui est d’une centaine de kilomètres, est fort pénible. Il faut en effet traverser la chaîne qui sépare le Quang-Nam de la province de Hué et dont le passage diflîcile s’opère au col des Nuages. La route mandarine a été bien améliorée par nous et constitue la seule voie de communication assurée avec l’extérieur.
Toürane. — La ville de Tourane, qui vient d’être érigée en territoire français, est construite dans le fond de l’immense baie dont elle porte le nom. Elle s’étend sur la rive gauche de la rivière Han-Giang sur une longueur de plus de 2 kilomètres. On y voit déjà un grand nombre de maisons de commerce à côté des établissements militaires et civils qui renferment la résidence, la douane et la poste. Ce port naissant, qui se développe rapidement, est certainement appelé à prendre une grande importance. Les navires y trouvent des mouillages surs en toutes saisons et une eau profonde. L’entrée de la rivière est malheureusement obstruée par des bancs qui rendent la communication difficile avec la rade. Mais les bateaux peuvent aborder à la presqu’île de Tien-Cha, où il sera très facile de construire des appontements. Quelques kilomètres de voie ferrée relieront les magasins de la presqu’île avec la ville en allant aboutir sur la rive droite du Han-Giang. La presqu’île, couverte de montagnes escarpées et boisées, n’offrirait que peu d’espace à des établissements commerciaux; c’est à l’une de ses extrémilés que se trouve le cimetière de nos soldats morts pendant l’expédilion de 18o8.
Fai-Foo. — A une trentaine de kilomètres de Tourane on rencontre la ville de Fai-Foo, fondée par une colonie chinoise, son port fut pendant longtemps plus prospère que celui de Tourane. Son importance a beaucoup diminué et ■diminuera encore au profit de Tourane à mesure de la
AN NAM
subsliLution de la navigalion à vapeur à celle des jonques.
Qui-Nhon. — Plus au sud, se trouve le port de Qui-I\'hon ouvert au commerce français depuis 1874. Son entrée est difficile, ce qui rend son commerce très faible. 11 n’y a pas à espérer qu’il se développe jamais. A côté de la résidence sont établis les bureaux de la poste et de la douane.
Binh-Dinh. — Binb-Dinli, le chef-lieu de la province du même nom, est située à une vingtaine de kilomètres plus loin dans l’intérieur. C’est une petite citadelle d’une importance toute secondaire, comme d’ailleurs celles de Quang- Ngai, de Phu-Yen,de Khanb-Iloa et de Binb-Tuan, capitales des provinces de mômes noms. Dans le Pbu-Yen, le représentant du protectorat s’est établi à Song-Cau sur l’une des baies intérieures de l’immense baie de Xuan-Day, dans une vallée charmante et bien cultivée.
Le Kbanh-Hoa et le Binli-Thuan sont actuellement réunis et forment le Thuan-Kbanb, grande province dans laquelle le protectorat français est représenté par un résident établi à Nba-Trang, près de la baie de ce nom. A peu de distance de Nha-Trang on découvre des ruines très curieuses et qui paraissent remonter à la plus haute antiquité. Ce sont les restes d’un temple élevé par les premiers habitants de l’Annam et ayant une certaine analogie avec les monuments de Ang-Kor.
Les villes du nord de Hué sont plus importantes que celles du sud, surtout au point de vue politique. Le gouvernement annamite y a toujours exercé son pouvoir d’une manière suivie et directe. Au delà de Binh Dinh, le pays, longtemps troublé, a échappé à l’autorité de la cour de Hué.
Quang-Tri n’est qu’une petite citadelle.
Dong-Hoi. — Dong-Hoi, capitale de Quang-Binh, a une importance militaire de premier ordre. On y remarque les restes d’une vieille muraille et une porte fortifiée qui défendaient le passage du défilé qui commande la route du Tonkin. Nous y entretenons une petite garnison. Dong-Hoi est aussi le siège d’une vice-résidence.
LES COLONIES FKANÇAISES.
Ma-Tiiih esl une citadelle construite récemment suivant un tracé assez remarquable. Ses cinq faces sont défendues par des caponières fournies par le corps de place luimême. C’est la seule forteresse de ce type existant en Annam. Elle fut en partie démantelée par les mandarins révoltés en 1885. Elle a été restaurée par nos soins.
Tinh-Nghé. — Vinh ou plus exactement Tinh-Nghé est le chef-lieu du INglié-Ân. C’est une ville de 15,000 habitants environ et un port fréquenté par les jonques chinoises. L’accès du Cua-lloi est très difficile en temps de mousson et praticable seulement pour des navires de peu de tirant d’eau. Nous avons à Vinh une petite garnison et un vicerésident.
Te anh-Hoa. — Tlianh-Hoa est situé sur un bras du Song- I\Ia et à t2 milles de la mer, par la bouche du Lach- Chao. Autour de la citadelle, sur les deux rives du fleuve, sont des agglomérations qui représentent une population totale de 15 ou 16,000 âmes. Thanh-Hoa offre un marché assez important, son port renferme un mouvement d’échange actif avec Nam-Dinh et Ilaï-Phong. La navigation à vapeur tend à diriger ce mouvement sur Haï-Pliong exclusivement. Elle aura pour conséquence^le le développer, en ouvrant un débouché plus large aux produits industriels fournis en grande quantité par les cultures de la province.
Jardins du tombeau de M inh-JIang.
CHAPrn\E IV
Économie politique et sociale.
Climat. — Nature du sol. — Productions. — Cannelle. — Coton. — Canne à sucre. — Tlié. — Tabac. — Plantes. — Café. — Forêts. — Pfiturages. — Gibiers. — Animaux. — Gisements miniers. — Nids d’hirondelles. — Industrie. — Soie. — Importation. — Exportation.
Climat. — Le climat de rAniiam comporte deux saisons; un hiver, de novembre à avril, et un été, pendant les sept autres mois.
On constate que l’écart enire les terapéralures extrêmes
n’est pas très considérable. Tandis que le thermomètre marque un maximum de 36 à 37 degrés pendant les mois de juin, juillet et août, il ne descend pas au-dessous de H ou 12 degrés, en décembre et en janvier, durant les heures les plus fraîches des nuits.
La moyenne de la température est donnée exactement parle tableau ci-dessous, qui contient les observations faites à Hué pendant ces dernières années :