‹ Les colonies françaises (volume 2)Chapitre 24 sur 34 · DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

DÉCEMBRE

On pourrait aussi diviser le climat de l’Annam en saison sèche et en saison humide. Les pluies commencent généralement en septembre. Ce sont de violents orages qui se changent, vers la fin de novembre, en ondées fines. C’est la saison fraîche durant laquelle les Européens supportent très bien les vêtements chauds de France. Les chaleurs de l'été sont tempérées par la brise de mer, elles sont moins pénibles que dans le delta du Tonkin. Les nuits sont généralement supportables sur les hauts plateaux et même dans les provinces du sud, car la température s’abaisse sensiblement. D’une façon générale, l’Annam n’est pas malsain pour l’Européen. L’été y est énervant, la chaleur, trop fatigante, atfaiblit l’organisme, mais l’hiver, malgré ses pluies désagréables, vient réparer les pertes de forces de l'été.

Le passage de la saison sèche à la saison humide est seul dangereux; ilamène souvent des accidents diarrhéiques qui dégénèrent rapidement en dysenteries dont les conséquences sont plus graves en Annam qu’en Cochinchine et au Tonkin.

ANNAM

Pour les Européens, les conditions de l’existence et l’hygiène à laquelle ils doivent se conformer étant identiques en Annam et au Tonkin, nous les exposerons plus amplement dans le chapitre correspondant du livre suivant.

Nature du sol. — Le territoire de l’Annam est presque entièrement couvert de montagnes, il ne reste pour la culture que des vallées peu profondes, très fertiles, il est vrai» mais dont les produits sont insuffisants pour nourrir la totalité des habitants. Le riz, qui est la base de leur nourriture, vient, en grande partie, de l’étranger. Le port de Tourane seul ena importé, en 1 887, pour près de 2 millions,

Voyage en palanquin.

Hong-Kong en a fourni les 5/0 et Saigon le 1/6 seulement. Presque tout le riz destiné aux provinces centrales venait autrefois du Tonkin, mais les droits de cabotage ont décidé les marchands chinois à chercher ailleurs leurs approvisionnements. L’abaissement des tarifs pour les produits de nos colonies amènera certainement une hausse en faveur du marché de Saigon.

Productions. — Si les terrains de rizières font défaut en Annam, par contre les collines et les plateaux fournissent des plantes industrielles en abondance.

Cannelle. — En première ligne il faut citer la cannelle qui est produite surtout dans le Quang-Nam où elle pousse

LES COLONIES FKANÇAISES.

à l’état sauvage sur les hauts plateaux. Les indigènes en cultivent aussi une autre sorte dans les parties basses. Celle-ci est moins appréciée. Elle est livrée au commerce sous forme de pelits bâtonnets de 40 centimètres de long et d’épaisseur varialile. Presque toute cette cannelle est exportée à l’étranger. La cannelle de qualité inférieure reste dans le pays, elle sert à la fabrication des baguettes odorantes qu’on brûle en grande quantité dans les temples et sur les autels des ancêtres. Tourane, qui a le monopole de cette exportation, en a expédié pour près de 2 millions en 1887, avec une augmentation d’un quart sur les années précédentes.

Coton. — Le coton, qui sera la richesse de pays, vient admirablement dans le Tbanb-Hoa. C’est vers les industries auxquelles ce produit donne naissance que devront surtout tendre les efforts de nos compatriotes. Le Tbanb-Hoa a donné en 1887 environ 50,000 piculs de coton. La production a cependant diminué par suite du droit de 80 cents (3 tV. 25 environ) par balle, frappé par le gouvernement annamite, indépendamment de la taxe d’exportation. Une grande partie de ce coton est employée dans le pays. Une autre quantité passe en Chine par les frontières de terre; enfin le reste, soit un tiers, est exporté. Cette dernière portion passe presque en entier par le Tonkin. Nam-Dinh en était l’entrepôt; actuellement le tout s’écoule sur Haï-Pbong. Il a été relevé a la douane une exportation de 530,000 kilogr. en 1886 et 300,000 en 1887.

Canne a sucre. — Dans le Pbu-Yen, le Binb-Dinh, le Quang-Nam et surtout le Quang-Ngaï, la canne à sucre est cultivée avec succès. Malheureusement ces provinces ont beaucoup souffert des troubles de ces dernières années. Tourane n’a exporté en 1887 que pour 2 10,000 francs de sucre ail lieu de 1 million qu’elle fournissait auparavant. Ce sucre est expédié sur Saïgon et sur Ilaï-Pbong presque en totalité. Ses différentes qualités valent de 40 à 50 francs le picul pour le sucre blanc ; de 25 à 30 francs pour la cassonnade

ANNAM. 251

blonde; et de 18 à 20 francs pour la brune. La tranquillité, qui vient de renaîlre dans ces provinces, a ramené l’activité agricole; les plantations sont maintenant remises en état et l’on peut espérer voir doubler en une année la production de 1887.

Les cultures d’aracbides, qui ont été très prospères, sont reprises dans le Binli-Dinh et le Phu-Yen et fourniront avant

Forgerons annamites.

peu un élément sérieux au commerce d’exportation.

Thé. — Les provinces de l’Annam produisent aussi du thé mais de qualité inférieure qui n’est pas exporté. On le consomme dans le pays.

Tab.4c. — Le tabac vient bien, mais il existe en petite quantité.

Plantes. — Les Annamites font encore d’autres cultures de plantes légumineuses ou d’arbres fruitiers, l’igname, le sésame, le ricin, les bananes, les ananas, différentes variétés de patates, etc. Ils récoltent les noix de l’aréquier

et du cocotier, les feuilles du bétel, les fruits du manguier, du goyavier, du letchi, du jacquier, des pamplemousses, des oranges et des mandarines, de petits citrons verts, et quelques autres produits de consommation locale.

— Des essais de plantation de café ont été faits par les missionnaires et ont parfaitement réussi dans les terrains élevés. Les missions récoltent suffisamment de grains pour leurs besoins. L'expérience a démontré qu’il y avait dans cette culture tout un avenir de richesse pour ceux qui l’entreprendraient. 11 n’y a qu’à développer les plantations, quant aux terrains propres à les recevoir, ils ne manquent pas, les A-unamites n’exploitent guère que les parties basses propres à la production du riz.

Mûrier. — Le mûrier est cultivé dans toutes les provinces de l'Aniiam. C’est un arbrisseau annuel planté de préférence sur le bord des cours d’eau.

Forêts. — Les forêts, qui couvrent les montagnes, contiennent une grande variété d’arbres dont les bois sont recherchés pour les constructions et l’ébénisterie. Certaines essences sont d'une grande valeur. Le gouvernement annamite a concédé l'oxploitation de ces forêts à - des Chinois.

Pâturages et bestiaux. — Ou trouve aussi d’assez bons pâturages dans certaines provinces ; au Binh-Tliuan, auPhu- Yen et au Binb-Dinli notamment, les indigènes font l’élevage des chevaux et des bœufs. Les chevaux sont de petite taille, ils ne dépassent guère i“,l3, mais ils sont très robustes et d’une ardeur étonnante. Les bœufs sont de petite taille aussi, ils rendent de bons services poulies transports; les bultles, très forts, sont surtout employés pour labourer les rizières. Le mouton est inconnu, il semble cependant que son élevage aurait chance de réussir. Le nombre des animaux a beaucoup diminué dans ces années de trouble. Cependant l’Annam pourrait contenir et nourrir de nombreux troupeaux. Les habitants élèvent aussi des porcs et des volailles en assez grande quantité .

ANNAM

Gibier. — Les forêts regorgent de gibier de toutes espèces et abritent des fauves en grand nombre. Les cerfs, les daims, les chevreuils et les sangliers s’y trouvent à profusion, ainsi que des lièvres de très petite taille, une sorte de perdrix, des faisans et des coqs sauvages, de magnifiques paons et de nombreuses variétés d’oiseaux. On y chasse les buffles et les taureaux sauvages dont certaines espèces ont des proportions gigantesques. Les tigres et les panthères.

H DÉ. — La citadelle et le marclié.

fauves et noires, existent dans tout l’Annam; ils infestent certaines régions, celles du sud notamment.

Quelques troupes d’éléphants et de rhinocéros habitent également les montagnes. La corne de rhinocéros se vend au poids de l’or, pour faire des médecines. Les Annamites la considèrent encore comme un fétiche. C’est un des cadeaux les plus précieux que fasse le roi.

Relativement, les serpents sont peu nombreux et en général peu dangereux.

Le Binh-Thuan est le paradis du chasseur qui ne craint pas de se trouver en tête à tête avec l’un quelconque des hôtes redoutables de la forêt annamite.

Gisements miniers. — Le sol contient des gisements miniers qui ont été reconnus, mais les mines ont, pour la plupart, été abandonnées. 11 serait difficile de donner sur leur richesse une appréciation à peu près exacte. La législation annamite a d’ailleurs jusqu’ici fort peu favorisé les recherches et les tentatives d’exploitation. On sait cependant qu’il existe del’ordansleQuang-Nam, de l’argent dans leThanh- Hoa, du cuivre et du zinc dans le Quang-Nam et du fer dans le Quang-Tri et aux environs de Hué.

Une mine de charbon à Traog-Son, au-dessus de Tourane, a été concédée par le gouvernement annamite à une compagnie chinoise, moyennant une redevance qui, de 1000 ligatures à l’origine, doit atteindre 18000 ligatures après vingt ans. Le concessionnaire était parvenu à exporter quelques milliers de tonnes de charbon lorsque la rébellion qui ravagea le Quang-Nam détruisit la mine. Depuis la pacification, le directeur a repris courageusement les travaux et il a déjà pu extraire quelques autres milliers de tonnes.

Niü d’hirondelle. — Un autre produit tout spécial qui n’appartient ni au règne végétal ni au règne minéral, et qui entre pour une somme relativement considérable dans l’exportation, est, en outre, récolté dans file de Culao-Cham; c’est le nid d’hirondelle, composé blanchâtre, sécrété par l’oiseau et se présentant sous la forme de filaments entrecroisés, semblables à du vermicelle.

Il existe deux qualités de nids. La plus appréciée des gourmets chinois est produite par des hirondelles qu’on croit atteintes d’une affection qui rend leurs sécrétions sanglantes. Ces hirondelles ne survivraient pas à leur œuvre. Ces nids d’une teinte rosée, sont très rares; ils valent environ 48 francs les 100 grammes. La seconde qualité n’est payée que la moitié de ce prix. Chaque nid pèse en moyenne 19 grammes.

La récolte se fait dans des grottes élevées dont l’entrée est envahie par la mer. Cette opération n’est pas sans dan-

A N NAM

gor e[, chaque année, plusieurs indigènes surpris par les vagues se brisent la tète contre les parois. Le gouvernement annamite a affermé pour 6,000 francs par an la récolte, dont le produit est d’environ 200 kilogi'ammes, représentant une valeur de 36,000 francs.

Industrie. Soie. — Toutes les provinces de l’Annam produisent de la soie. Les soies grèges fabriquées en Annam sont plus appréciées que celles du Tonkin et se distinguent par la finesse et la souplesse de leurs fils. Cette industrie est en progrès; le commerce d’exportation de cette ma-

HuÉ. — La rnoutague du roi.

tière, qui a presque doublé en un an, a dépassé le chiffre de 610,000 fr.

La province de Binb-Dinh fabriquait autrefois des crépons qui avaient une grande réputation et étaient connus sous la désignation de crépon de Qui-Nbon. Il faut espérer que les métiers arrêtés par la rébellion ne tarderont pas à battre activement.

Importation. Exportation. — En résumé, les principales marchandises qui viennent d’ètre énumérées ont fourni à l’exportation en 1887 pour les poids de Fai-Eoo, Quang- Ngai, Tourane et Qui-Nhôn, près de 4 millions de francs d’après les statistiques du service des douanes. Dans les autres ports nouvellement ouverts, les bureaux qui ont été récemment établis ne peuvent pas encore donner assez

2o6 LES COLONIES FRANÇAISES.

d’indicaüoas sur l’exlension que ces marchés pourront prendre.

Le mouvement de cabotage qui est établi entre les ports de l’Annam et du Tonkin ne saurait être évalué avec précision ; les statistiques donnent en 1887 de G à 7 millions pour les exporlations dans les deux pays.

Quelques échanges s’opèrent encore par la voie de terre avec les tribus du Laos qui viennent chercher en Aimam du sel, du riz, des métaux et des poteries contre l’ivoire, les cornes, les peaux, les résines, la cire, etc., qu’ils apportent de leurs montagnes. Ce commerce est forcément limité par l’absence des voies de communication ou le mauvais étal de celles qui existent. Les marchandises sont apportées à dos d’hommes par dessus les montagnes, avec des difficultés énormes. Les produits lourds ou encombrants sont dès lors exclus du trafic. La création de routes de pénétration dans le bassin du Mékong augmenterait notablement le chiffre des exportations par les ports de l’Annam et modifierait la situation économique des populations misérables de la montagne. C’est de là que dépend l’avenir commercial de l’Annam.

L’industrie est à peu près nulle. Celle de la soie est seule à peu près développée, bien que l’outillage soit très primitif.

En 1887 le commerce d’importation a atteint pour les six ports ou plus exactement pour les six bureaux de douane le chiffre de 7,230,000 francs en augmentation de 2 millions sur les années précédentes. Dans cette somme, Tourane entre pour un peu plus de 5 millions et demi et Qui-Nhon pour 1,200,000 francs. On peut voir par ces chiffres que le port de Tourane est appelé à un développement très grand, si l’on lient compte surtout de l’état de trouble qui jusqu’à présent a arrêté les transactions.

Les principales matières d’importation sont le riz, pour 2 millions, les cotons filés pour 1 million. Sur ces derniers il y a une hausse notable ; jusqu’à présent ces filés ont été fournis

ANNAM

par l’Iudeanglaise. Leur prix sur place est de 365 à 385 francs la balle pesant 3 piculs (190 kilos). L’iraporlation des cotonnades, qui avait dépassé 1 million, abaissé considérablement. Il faut voir dans ce fait la conséquence de l’application du tarif général. L’augmentation constatée sur les filés confirme cette déduction et indique l’intention des Annamites de revenir à leur ancienne habitude de tisser eux-mêmes leurs cotonnades. Celles qui viennent de l’étranger sont fournies par Manchester.

Il est absolument nécessaire que nos fabricants, pour lutter contre la production de l’Angleterre ou de l’Inde, adoptent les dimensions et les couleurs en usage. Des échantillons ont d’ailleurs été adressés aux Chambres de commerce et aux M usées coin merciaux.

Les tissus les plus appréciés sont des madapolams en pièces de 18“,80 sur 0“,82 et pesant 2'^, 100.

Les cotonnades écrites viennent de Singapour en ballots de 100 pièces ayant 2“,80 de long sur 0“,90 de large.

En 1888, il a été importé 77,050 kilogr. de tissus étrangers d’une valeur de 87,128 piasires qui calculées au taux moyen de 4 francs donnent 348,512 francs.

L’opium n’est porté que pour 340,000 francs, somme évidemment trop faible.

Le papier représente une somme de 300,000 francs. Il est envoyé de Chine. La plus grande partie est employée dans les cérémonies du culte. C’est un papier doré et colorié. Le papier à écrire et celui d’emballage ne représentent que 40 p. 100 de la totalité.

Porteur d’eau.

1niio-Cui>'e.

Le thé, le tabac, les médecines, les faïences et poteries sont également de provenance chinoise.

Les allumettes sont expédiées du Japon pour une somme de 60,000 francs environ. Ce sont des allumettes amorphes vendues en Annam 19 ou 20 piastres (76 ou 80 francs) la caisse de 50 grosses.

La part de la France et de la Cochinchiiie est d’environ 1.500,000 francs dans le montant total des importations.

Enfant conduisant un bufflè.

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