‹ Les colonies françaises (volume 2)Chapitre 25 sur 34 · CHAPITRE PREMIER Précis historique · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER Précis historique

Le Tonkin indépendant. — (Üa-Long. — Exploration du fleuve Rouge. -f'rancis Garnier à Hanoï, sa mort. — La convention Pliilastre. — Mort du commandant Rivière. — L’expédition de 1882. — Le général Bouet. — L’amiral Courbet. — La prise de Sontay. — Le général Millot. — Traité de Tieiit-sin. — Guet-apens de Bac-Lé. — Le siège de Tuyeu Quan. — Le colonel Dominé et le sergent Bobillot. — Retraite de Lang-Son. — La paix avec la Chine. — Le général île Courcy à Hué. — Paul Bert, résident général au Tonkin. — Sa mort. — Administration de M. Bihourd.

Les dynasties des Lé. — Gia-Lûng. — Le Tonkin ne fait partie intégrante de l’empire d’Annam que depuis une centaine

d’années environ. Autrefois, sous l’antique et puissante dynastie des Lê, ce pays était indépendant; il tint même l’Annam sous sa suzeraineté pendant un certain temps. Puis, après une longue suite de révoltes et de guerres, l’un des descendants de la maison de Hué, Nguyen-Anh, aidé des conseils de Pigneau de Béhaine, évêque d’Adran, et des officiers français appelés par ce prélat, battit définitivement les Tonkinois, entra, en 1802, dans leur capitale et après avoir massacré les restes de la famille des Trinli il constitua l’empire d’Annam qui comprenait alors les provinces formant la Cochinchine actuelle. Il assura sa domination et régna ensuite sous le titre de Gia-Long.

C’est vers le commencement du seizième siècle que des Européens visitèrent le Tonkin pour la première fois ; quelques navigateurs s’y arrêtèrent d’abord, puis des missionnaires vini'ent s’y établir. Au dix-huitième siècle, vers l’an 1637, les Hollandais tentèrent d’y créer des comptoirs. On retrouve encore leurs traces à Hung-Yen. Mais ils abondonnèrent le pays en 1700 et, à partir de cette époque, le Tonkin ne fut plus guère parcouru (pie par les missionnaires français et espagnols.

Francis Garnier. — Après la conquête de la Cochinchine en 1859, plusieurs officiers et voyageurs français explorèrent le cours du fieuve Rouge, mais ce fut en 1873 seulement que la France eut à intervenir officiellement au Tonkin. Au mois d’octobre de cette année, Francis Garnier fut envoyé h Hanoï par le gouverneur de Saïgon, pour régler un conflit qui s’était élevé entre les autorités annamites et un de nos compatriotes, M. Jean Dupuis, et négocier un traité en vue de rouverture du tleiive Rouge au commerce européen. Les vexations et les menaces des mandarins à l’égard de Garnier obligèrent celui-ci à user de la force; avec une centaine d’hommes il s’empara de la citadelle de Hanoï, le 19 novembre 1873, et s’établit dans le Delta.

En quelques semaines les citadelles étaient tombées en

TONKIN. 2Go

SOU pouvoir; il prit alors eu mains radminislratiou du pays avec l’aide de ses lieuteuauls, M. Hautefeuille à Nioh-Biuli, M. Balny à Haï-Diiong, MM. Bain, de Trentiuiau el le docteur Harmand qu’il plaça à Nam-Dinli comme gouverneur militaire, avec une escorte de vingt hommes. La population indigène se montra partout favorable à l’influence française : elle put croire que l’intervention de nos troupes mettrait un terme aux vexations que lui faisaient subir les

Le village de papier.

mandarins de Hué. L’empereur Tu-Diic, elîrayé de nos succès rapides, envoya des ambassadeurs à Saigon pour traiter de l’établissement de notre protectorat. Malbeureusement Garnier ne devait pas recueillir les fruits de ses héroïques elforts et de son habile politique; il tomba dans une embuscade de Pavillons-Noirs chinois, soudoyés par les mandar ins de Tu-Duc et il fut tué le 21 décembre 1873. Il faut le dire à riionneur de Francis Garnier, c’est à lui qu’appartient la première idée de l’établissement de la France au ïonkin. Son nom glorieux rester’a attaché à

l’histoire de la campagne qu’il a conduite avec une sûreté de coup d’œil et une rapidité d’exécution absolument remarquables. 11 avait la foi des apôtres, il est mort en héros et en martyr au moment même où le succès allait justifier pleinement son audacieuse entreprise. Sa perte fut un malheur irréparable : connaissant admirablement le pays, il avait su gagner la confiance des Annamites; le prestige de ses étonnantes victoires, la loyauté, la justice de son administration, lui avaient gagné l’esprit de la population qui voyait en lui un libérateur.

Garnier seul pouvait mener à bien les négociations entreprises avec la cour d’Annam et tirer parti de la terreur salutaire que son nom inspirait à l’entourage de Tu-Duc. A la politique d’action qu’il avait inaugurée, succéda une politique d’hésitation qui nous fit perdre en peu de temps les avantages péniblement acquis par lui, à force d’énergie et de bravoure.

Les négociations reprises par M. Philastre aboutirent à la conclusion de la convention du 5 janvier 1874, qui fut suivie du traité du 14 mars 1874; aux termes de ce traité, le gouvernement annamite prenait l’engagement d’ouvrir le port de Haï-Pbong et la ville de Hanoï aux Européens et autorisait la navigation sur le fleuve Rouge, de la mer à la frontière du Yun-Nan. Les Européens pouvaient s’établir, posséder et commercer dans les ports ouverts, et la France acquérait le droit d’y placer des agents, assistés d’une garde personnelle. Un traité de commerce fut en outre signé le 31 août suivant.

Cependant le gouvernement annamite ne cessa d’élever des obstacles à l’exécution de ces traités et usa de tous les expédients pour se soustraire à ses engagements. Nos représentants étaient constamment en butte aux vexations des mandarins; le fameux chef des pirates Luu-Vinb-Pbuoc restait maître du fleuve Rouge ; il maintenait les douanes intérieures, empêchait tout commerce, tandis que ses bandes menaçaient la sécurité de nos nationaux et de nos

TONKIN

garnisons. Le gouvernement annamite se disait impuissant à éloigner ces pillards et, en réalité, il les encourageait secrètement.

Le commandant Rivière. — Le gouverneur de la Gochinchine se vit obligé d’envoyer des troupes pour protéger nos agents consulaires et nos nationaux. Le 26 mars 1882, le commandant Rivière se rendit à Hanoï avec deux compagnies d’infanterie de marine et une section d’artillerie. Il y avait eu entente, à ce sujet, avec le roi d’Annam. Mais, soit négligence, soit plutôt mauvais vouloir- de la part de la cour de Hué, les mandarins du Tonkin ne furent pas prévenus de l’arrivée de nos troupes; ils manifestèrent, dès les premiers jours, des dispositions ouvertement malveillantes.

Dans le courant du mois d’avril, leur attitude était devenue tellement agressive que le commandant Rivière crut devoir prévenir leurs mauvais desseins, en prenant l’olTensive. Le 25 avril, après avoir envoyé un ultimatum au gouverneur de la province, il exigeait le licencement des troupes et la destruction des travaux militaires élevés contre nous; ne recevant aucune réponse, il attaqua la citadelle et l’enleva.

L’insuffisance de ses effectifs ne lui permettait malheureusement pas de dégager suffisamment le terrain ; les Pavillons-Noirs s’avançaient en force de Son-Tay et de Bac- Ninh et enserraient de plus en plus nos cantonnements, harcelant nos soldats et mettant en danger la concession française. Le 19 mai, Rivière essaya de repousser l’ennemi par une sortie dans la direction de Son-Tay. Sa petite troupe se heurta à des forces considérables de Chinois et d’Annamites; il fut tué en cherchant à dégager son artillerie menacée. 11 tomba, en même temps que plusieurs officiers, à très peu de distance de l’endroit où Francis Garnier avait lui-même succombé.

Dès son arrivée à Hanoï le commandant Rivière avait pu se convaincre des dangers de sa mission; entouré

d’ennemis nombreux et entreprenants il avait vaillamment accepté cette lutte inégale, avec une poignée de soldats et de marins auxquels il avait su communiquer sa bravoure. Il est mort en donnant le plus bel exemple de dévouement au devoir.

Le gouvernement résolut alors d’agir avec vigueur au ïonkin et des renforts furent envoyés de France et de la Nouvelle-Calédonie, portant notre effectif à 18 compagnies. Le général Bouet, commandant supérieur des troupes de Gochincbine, fut chargé de diriger les opérations, et la direction politique et administrative fut confiée à M. Karman d, alors consul à Bangkoch, qui avait été le compagnon de Francis Garnier en 1873.

Dès l’arrivée des troupes de France, le général Bouet dirigea une colonne dans la direction de Son-Tay. Il parvint à éloigner de Hanoï les bandes de Pavillons-Noirs qui menaçaient de détruire cette ville, mais les combats des 1.3 et 16 août lui donnèrent la certitude que ses forces étaient insuffisantes pour des opérations plus étendues et il demanda au gouvernement l’envoi d’une division.

Pendant ce temps, le commissaire général, persuadé qu'il était indispensable de frapper un coup à Hué, avait préparé une expédition contre Thuan-An dont les forts commandent l’entrée de la capitale. La division navale dirigée par l’amiral Courbet vint prendre position devant ces ouvrages qui furent bombardés le 20 août et enlevés par les troupes de débarquement. Les mandarins effrayés demandèrent la cessation des hostilités et le commissaire général signale 25 août 1883 un traité important. Aux ternies de ce traité notre protectorat était accepté; des résidents étaient placés au Tonkin dans chaque province auprès des autorités indigènes pour diriger et surveiller leur administration, les douanes étaient entièrement placées entre nos mains.

L’amiral Courbet. — Le 18 septembre, le général Bouet rentrai l en France remettant le commandement à l’amiral

— la pagode des supplices

Courbet et, peu de temps après le 1®’’ décembre, par suite du départ de M. Harmand, l’amiral réunit tous les pouvoirs civils et mililaires.

Les nouvelles troupes de France arrivèrent dans ces circonstances, portant le corps expéditionnaire à environ 0,000 hommes. Avec ces forces, l’amiral résolut de matcher sur Son-Ta}^ qui était le boulevard principal de Luu-Vinh- Phuoc. Tous les moyens de défense avaient été accumulés dans la place; les abords hérissés d’obstacles, fortement défendus par une puissante artillerie, olfraient à l’attaque les plus sérieuses difficultés. La bonne direction du commandement, le courage et l’entrain de nos soldats triomphèrent néanmoins de la résistance acharnée des Chinois. Après trois jours de sanglants combats, 14, 15 et 16 décembre 1883, la citadelle de Son-Tay fut enlevée de vive force. La prise de Son-Tay est un des plus brillants faits d’armes de l’expédition du Tonkin.

Pour occuper le Delta et purger les places des bandes de pirates qui les infestaient, le corps d’occupation devenait encore une fois trop faible. Line nouvelle brigade fut envoyée de France.

Dès ce moment la direclion des opérations du Tonkin passa du ministère de la marine au ministère de la guerre, et le général de division Millot fut nommé commandant en chef. L’amiral Courbet lui remit le commandement des troupes le 12 février 1884, tout en conservant la direction des opérations navales.

Deux brigades furent constituées sous le commandement des généraux Brière de l’isle et de Négrier. Les opérations furent reprises d’abord sur Bac-Ninh qui tomba entre nos mains le 11 mars, et ensuite sur Hung-Hoa qui fut occupé le 12 avril suivant. Les Chinois étaient en pleine déroute et évacuaient une à une toutes les petites citadelles. Tuyen-Quan fut pris le l®*'juin. On put ainsi considérer comme vraisemblablement terminée l’occupation du Tonkin.

Le traité de Tien-Tsin (11 mai 1884). — Les négociations

TOÎVKIN.

qui se poursuivaient en Chine et à Paris, pour la signature d’un traité (négociations longtemps retardées par l’hostilité de l’arnhassadeLir chinois à Paris), étaient sur le point d’aboutir. Le commandant Fournier, capitaine de frégate, qui avait longtemps pratiqué la Chine, usant de ses relations amicales avec le vice-roi du Petchili, Li-Hung-Tchang, avait fait comprendre à ce puissant mandarin que la France était décidée à triompher à tout prix de la résistance de la Chine et Li-Hung-Tchang, qui était au Tsong-ly-Yamen un partisan de la paix, finit par faire accepter ses idées à la cour.

Il fut autorisé à signer avec le commandant Fournier un traité par lequel la Chine :

1“ Renonçait à toute action sur le Tonkin;

2° Reconnaissait les traités intervenus entre la Fi'ance et le roi d’Annam et retirait ses troupes des points du Tonkin où elles se trouvaient encore. Cette convention qui est connue sous le nom de traité de Tien-Tsin fut signée le tl mai 1884.

M. Patenotre fut nommé délégué plénipotentiaire pour arrêter et signer avec les délégués chinois le traité définitif. Il se trouvait alors à Hué où il avait été envoyé pour rectifier le traité du 25 août 1883 avec la cour d’Annam. Cet acte fut remplacé par celui du 6 juin 1884 qui précisa davantage la nature de notre protectorat. Ce traité semblait mettre fin aux hostilités; on le crut, on se trompait, ce n’était qu’une trêve de courte durée.

L’incident de Bac-Lé. — Le parti de la guerre dont Li-Hung-Thang avait triomphé se montra mécontent de cette solution. Il attaqua vivement le traité conclu et ne mit aucun bon vouloir à son exécution. Lorsque le général Millot se mit en devoir de faire occuper les points désignés dans la convention, nos colonnes trouvèrent les troupes chinoises encore en position et c’est ainsi que se produisit l’engagement de Bac-Lé. On put croire que la guerre recommençait avec la Chine. L’amiral Lespés bombarda Ké-

lung. De son côté, l’amiral Courbet lança ses bâtiments sur Fou-Tchéon avec une audace qui a fait l’admiration des marins du monde entier.

Puis il entreprit à Formose des opérations combinées sur terre et sur mer qui n’eurent malheureusement pas le résultat attendu.

Tuyen-Quan. — Dominé. — Bobillot. — Au Tonkin le général Brière del’lsle, qui avait remplacé le général Millot, marchait sur Lang-Son et y parvenait après une série de brillants combats, rejetant au delà de la frontière les masses chinoises, tandis que le commandant Dominé, soutenant un siège mémorable, arrêtait à Tuyen-Quan l’armée du Yun-Nan qui s’elforçait de se jeter sur nos derrières. Pendant plus de 40 jours, le commandant Dominé, avec quelques centaines d’hommes, soutint l’effort de toute une armée. Pour résister à une attaque en règle, faite par un ennemi qui montra dans cette occasion une entente savante de la guerre de siège, le commandant de Tuyen- Quan ne disposait que de quelques soldats du génie dirigés par un sous-officier. Ces hommes firent de véritables prodiges et le sergent Bobillot, qui trouva la mort, s’est placé au premier rang parmi les héros de l’expédition du Tonkin.

Dans cette bicoque battue sans relâche par les projectiles, minée et assaillie furieusement par les Chinois, sous la menace incessante de sauter, aucune défaillance ne se produisit, même chez les auxiliaires annamites. L’exemple du calme et du courage donné par le chef inspira à tous ces braves une conduite au-dessus de tout éloge.

Paix avec la Chine (4 avril 1883). — Après avoir repoussé l’armée du Quang-Si, le général Brière de l’isle, accouru de Lang-Son au secours de Dominé, battit les Chinois à Hoa-Moc et débloqua Tuyen-Quan.

Pendant ce temps, le général de Négrier continua sa marche au delà de Lang-Son, mais des masses considérables de Chinois étant descendus du Quang-Si, il se vit contraint de rétrograder. Blessé dans le combat du 28 mars

TÔNKIN.

il remit le commandement an colonel lîerbinger qui ramena ses troupes en arrière pour se canlomier dans une position moins menacée et y attendre des renforts avant de reprendre l’offensive. Ce mouvement en arrière s’effectua avec une hâte qui fit croire à une retraite mal combinée. Les Chinois, d’ailleurs, ne tentèrent pas de gagner du terrain et de s’engager à la suite de nos troupes. Sur ces entrefaites les négociations avec la Chine aboutirent et les préliminaires furent signés le 4 avril 1885 sur les bases de la convention élaborée par le commandant Fournier.

Le général de Courcy.

— Pour en assurer l’exécution, le général de division de Courcy fut envoyé au Tonkin avec les pouvoirs civils et militaires les plus étendus.

De nouvelles troupes allèrent renforcer notre division d’occupation.

Arrivé en Indo-Chine.

le général trouva la situation de l’Aiinam très tendue. La cour de Hué, toujours hostile, se refusait à exécuter loyalement le traité du 6 juin 1884. I.es mandarins, après avoir empoisonné les deux successeurs deTu-Duc, avaient placé sur le trône un de ses neveux âgé de quatorze ans. Sous le nom de cet enfant, Thuong et Thuyet, nos deux principaux adversaires, exerçaient le pouvoir en qualilé de régents et entretenaient l’agitation contre nous. Le général de Courcy, décidé à en finir avec les agissements des mandarins, se rendit aussitôt à Hué. Ceux-ci, se voyant perdus, jouèrent leur dernière carti'. Entrant en rébellion ouverte, ils essayèrent de surprendre et de massacrer notre garnison, dans la nuit du 5 juillet Inoo-Chine, 18

l-’amiral Courbet.

188b. Leur tentative échoua. La citadelle de Hué fut prise et les régents s’enfuirent emmenant leur jeune roi Ham- IVgbi dans les montagnes.

Le général de Courcy fit placer sur le trône un autre neveu de Tu-Duc, sous le nom de Dong-Khanh.

Au Tonkin nous étions débarrassés des.troupes chinoises, mais il restait à opérer la destruction des bandes de pirates qui s’étaient répandus sur tout le pays durant cette longue période d’anarchie et de misère. Ce fut la lâche de nos soldats pendant ces deux dernières années. Un réseau de postes, étendu sur le Tonkin comme un filet, empêcha la formation de bandes sérieuses, en même temps que des colonnes rayonnant vers les points extrêmes portèrent notre occupation jusqu’aux frontières de Chine. A mesure que la tranquillité se rétablit, l’autorité militaire s’effaça devant l’administration et, au commencement de 1886, la pacification était assez complète pour qu’on pût substituer le régime civil au commandement militaire. Pendant quelque temps, peut-être, il subsistera encore des bandes de pirates, la chose est inévitable dans un pays aussi difficile, mais la présence de nos troupes fendra impossible la constitution de rassemblements inquiétants.

Il y a tout lieu de croire que l’organisation de solides forces de police et surtout la création de voies de communication auront pour résultat d’amener la disparition progressive du brigandage.

Paul Bert. — Ce fut Paul Bert qui au mois de février

1886 eut l’honneur d’inaugurer le gouvernement civil. Après avoir défendu en France la cause du Tonkin, il accepta, dans un admirable mouvement de patriotisme, la mission périlleuse de mettre ce beau pays en valeur. Pendant huit mois, d’une activité infatigable, il jeta les bases de l’organisation administrative et politique du pays. Malheureusement il ne sut pas ménager ses forces. Atteint par la maladie il fut emporté par elle ; il mourut le 1 1 mars

1887 à Hanoi. Paul Bert, victime de sa foi de patriote, a

TOiNKlN.

donné l’exemple du dévouemenl à la France. Son nom, illustre à tant de litres, appartient à l'histoire du Tonkin dont il a eu l’honneur de préparer la régénération par une série de mesures qui porleront leurs fruits dans l’avenir.

M. Hihourd, renonçant avec abnégation à un poste plus envié, n’hésita pas à accepter la lourde succession de Paul Bert et apporta au Tonkin sa compétence d’admiiiistraleur distingué. Il s’appliqua surtout à alléger les charges de la métropole par une administration prudente et économique.

Au mois de novembre 1887, te gouvernement de la République, dans le but d’u-

■Son-Tay. — La citadelle.

tiliser les magnifiques ressources de la Gocbinchine, créa l’union des pays d'Indo-Chine et plaça sous la haute direction d’un gouverneur général, qui est actuellement M. Piquet, le Cambodge, la Gocbinchine, l’Annam et le Tonkin. Nous exposerons plus loin tes détails de cette organisation.

Aujourd’hui, les Annamites ont compris que leurs intérêts sont intimement liés aux nôtres; les mandarins sont

persuadés de l’impuissance de leur résistance et nous prêtent leurs concours. Lejeune roi d’Annam, prince intelligent, à l’esprit ouvert, a rejeté les traditions de la politique cauteleuse de l’ancienne cour de Hué ; rassuré, par les procédés et l’attitude des représentants successifs de notre protectorat, sur les intentions lo3ales de la France, il exécute sans détours les traités, il comprend les bienfaits que notre civilisation peut apporter à son pays et il ne ménage pas à nos agents les témoignages de sa sincère amitié.

Hanoï. — l’èclic au marais.

Page 1