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CHAPITRE III Administration

Administration française et indigène. — Impôt. — Recrutement. — Travaux publics, — Enseignement. — Les villes.

Administbatio.x. — LeTonkin est divisé administrativement en 13 provinces, 5 « grandes « qui sont ; Hanoï, Nam-Dinh, Haï-Duong, Rac-Ninli et Son-Tay ; 8 « petites » qui sont: Ninh- Oinh, Hung-Yen, Quang-Yen, Lang-Son, Cao-Rang, Thaï- Nguyen, Tuyen-Quan et Hung-Hoa. Une province nouvelle dite province Müong a été créée à la fin de 1886, avec une partie des territoires montagneuxdes provinces de Son-Tay, Ninli-Binh et Hung-Hoa. Celte création a pour but de grouper les tribus de « Miiongs » de cette région, soumises à une organisation différente de celle des Annamites, et de leur donner une administration propre. Le chef-lieu de

cette province nouvelle a été placé à Phuong-Lam, sur la Rivière Noire.

Ces 14 provinces comprennent 8,000 villages et renferment une population d’environ 9,000,000 d’habitants.

Chaque province se subdivise en un certain nombre de préfectures et de sous-préfectures.

L’organisation administrative duTonkin est la même que celle de l’Annam.

A la tête de chaque « grande » province est placé un tongdoc (gouverneur), relevant directement de la Cour, assisté d’un quan-bo ou bo-cbanh (mandarin de l’administration et de l’impôt), d’un quan-an ou an-sat (mandarin delà justice).

A la tête de chaque « petite » province se trouve un tuanphu, gouverneur de second ordre, placé sous le contrôle du tong-doc, et assisté d’un an-sat pour la justice.

Chaque préfecture ou pbu est administrée par un préfet ou tri-phu, qui réunit dans ses mains les pouvoirs administratifs et judiciaires et relève directement du tong-doc.

Chaque sous-préfecture ou huyen est administrée par un tii-huyen dont les attributions sont les mêmes que celles du tri-phu, à peu de chose près.

Ces quelques fonctionnaires constituent tout le personnel administratif. Avec l’aide de quelques secrétaires et lettrés, qui n’ont souvent aucun titre officiel, ils pourvoient à tous les services de l’État dans la province.

Leur tâche se trouve à la vérité fort réduite, en raison de l’organisation communale et cantonale, qui permet aux représentants de l’État de se désintéresser des détails de l’administration des communes. Le gouvernement ne se préoccupe de l’individu que dans des cas exceptionnels. Les lois qui régissent la famille favorisent aussi beaucoup cette décentralisation.

La commune annamite. — Dans chaque commune un agent exécuteur des décisions du conseil de commune, accrédité auprès des autorités de la province, est responsable auprès d’elles, pour toules les obligations de la commune envers

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l’Étal. C’est le li-truong, sorte de maire, mais qui au lieu d’être, comme chez nous, le chef de lamunicipalité, n’en est que le membre inférieur.

Les villages sont groupés entre eux pour toutes les affaires extérieures qui peuvent leur être communes, comme celles qui concernent les chemins, les digues, les canaux, et représentés également par un délégué choisi par eux et agréé par les mandarins auprès desquels il est responsable. C’est lecaï-tong, chef de canton.

L’impôt se perçoit par commune, simplification énorme pour le mandarin des finances. Les affaires criminelles à peu près seules sont portées devant les fonctionnaires, les querelles privées et les contestalions commerciales étant réglées par les chefs de famille ou par les anciens du village. Les décisions de ces tribunaux de conciliation sont sujettes à appel devant le mandarin, mais alors l’affaire se correctionnalise en changeant de juridiction et comporte pour le perdant un certain nombre de coups de rotin on une forte amende, circonstance qui refroidit l’ardeur des plaideurs.

C’est sur cette organisation de la commune et de la famille que repose tout le système, si simple, de l’administration annamite.

Le gouvernement levait autrefois au Tonkin un contingent de 35,000 hommes. Ces soldats étaient répartis dans les troupes régulières, dans les milices provinciales, et un certain nombre restait à la disposition des mandarins, pour leur ga-rde personnelle et pour les différents services, tels que les trams et courriers. Les gardes des mandarins et les trams sont actuellement les seules levées faites par les autorités indigènes.

L’iiiPOT. — L’impôt du Tonkin est fixé par les mêmes lois que celui de l’Annam. Il se compose de contributions personnelles et de contributions foncières : les premières se payent en espèces, ligatures de zinc ou argent, la catégorie des inscrits seule y est soumise.

Les deuxièmes se versent en nature pour les rizières, les-

quelles sont divisées en quatre classes pourla fixation de finripôl. Les autres cultures et les terrains de pagodes sont assujettis à un tarif spécial et le versement est effectué en argent.

D’autres ressources en nature ou en argent alimentent encore le budget du Tonkin et proviennent de certaines industries, comme celle de la soie, de redevances pour les mines et de fermages.

La perception de l’impôt est faite en deux termes, après le cinquième mois et après le dixième, époques des récoltes de riz. Le contingent de chaque village est recueilli par les soins du maire et versé sous sa responsabilité entre les mains des mandarins.

Chaque province possédait de vastes magasins, dans lesquels était entassé le riz de l’impôt. Une part de ce riz était envoyée à Hué pour les besoins de la Cour et de l’Annam, une autre part servait au payement des fonctionnaires, qui recevaient, selon leur rang, un certain nombre de mesures en même temps qu’une somme en ligatures, et à la solde des troupes. Le reste était tenu en réserve, pour pai'er aux mauvaises récoltes, et distribué à la population, dans les années de disette.

Actuellement, la presque totalité de l’impôt est versée en espèces.

Les contribuables annamites devaient en outre à l’État un certain nombre de jours de corvée par an, pour les travaux publics.

Organisation générale du protectorat. — Le traité du Gjuin 1884 qui consacre l’établissement du protectorat de la France sur l’empire d’Annam établit une différence de traitement entre les provinces de l’Annam proprement dit et celles du Tonkin.

AuTonkin faction des représentants de la République et les droits de nos nationaux sont réglés de la manière suivante ;

Art. 5. — Le résident général assurera l’exercice du protectorat sur les provinces à l'est de la frontière du Ninh- Binh avec le Thanh-Hoa.

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Art. 6. — Des résidents seront placés par le gouvernement de la République dans les chefs-lieux où leur présence sera utile. Ils habiteront dans la citadelle et en tout cas dans l’enceinte même réservée au mandarin ; il leur sera donné, s’il y a lieu, une escorte française ou indigène.

Art. 7. — Les résidents éviteront de s’occuper des détails de l’administration intérieure des provinces. Les fonctionnaires indigènes de tout ordre continueront à gouverner et à administrer sous leur contrôle; mais ils devront être révoqués sur la demande des autorités françaises.

Art. 10. — Les Français et étrangers seront placés sous la juridiction française.

L’autorité française statuera sur les contestations entre Annamites et Français et entre Annamites et étrangers.

Art. 11. — Les résidents centraliseront avec le concours du Quan-Bo le service de l’ancien impôt, dont ils surveilleront la perception et l’emploi.

Art. 12. — Les douanes, qui n’existeront que dans les ports et sur les frontières, seront confiées à des administrateurs français.

Art. 13. — Les citoyens français pourront, dans toute l’étendue du Tonkin, circuler librement, commercer, acquérir et disposer.

L’organisation administrative actuelle du Tonkin se trouve constituée par les décrets des 17 et 20 octobre 1887 qui, réalisant l’union des pays d’Indo-Chine, placent le résident général de l’Annam (1) sous l’autorité du gouverneur général de l’Indo-Chine française et rattacbent les services du protectorat au ministère de la marine et des colonies. Ces décrets ont été complétés et modifiés par ceux des 12 novembre 1887 et 11 mai 1888, dont le premier fixe les attributions du gouverneur général, le deuxième sépare le budget de TAnnam et du Tonkin de celui des autres pays de TU-

(1) Un décret intervenu pendant l’impression du présent ouvrage a supprimé la résidence générale et l'a remplacée par une résidence supérieure ayant .son siège à Hué.

nion. Ce budget, préparé par le gouverneur général et délibéré par le conseil supérieur de l’Indo-Ghine, est approuvé par un décret rendu en Conseil des ministres.

Les recettes qui le composent sont : 1° les ressources propres du Tonkin ; 2“ une subvention de la métropole ; 3“ un contingent fourni par la Cochincbine.

Les résidents. — Les services civils des résidences du Tonkin sont dirigés par un résident supérieur résidant à Hanoï, placé sous les ordres du résident général (t).

Ils comprennent cinq résidences, dont le siège est à Hanoï, Haï-Pbong, Nam-Dinb, Son-Tay et Bac-Ninh, et des vice-résidences dans les autres provinces.

Les mandarins conservent toutes leurs anciennes attributions administratives et judiciaires, ils continuent à appliquer à l’égard des Annamites toutes les lois et traditions du pays, auxquelles l’établissement de noire protectorat n’a rien changé. Nos résidents ne prennent donc pas une part directe à l’administration des provinces; ils exercent seulement un contrôle, surveillent les mandarins, et senties intermédiaires entre les autorités annamites et les fonctionnaires français de tout ordre, pour ce qui concerne les autres services civils et militaires.

A l’égard des Européens ils remplissent des attributions analogues à celles des consuls.

Des concessions de territoire, accordées tout récemment par S. M. le roi d’Annam, ont permis d’ériger les villes de Hanoï et de Haï-Phongen communes entièrement françaises, administrées en toute souveraineté par nos représentants.

Des municipalités ont été instituées dans ces deux villes. Les fonctions de maire sont remplies par le résident. Les conseillers sont nommés par le résident général.

Une ordonnance récente donne en outre une plus grande extension à l’article 13 du traité de 1884 en accordant le

(I) Eq vertu du décret dont il est parlé à la note de la page précédente le résident supérieur du Tonkin est désormais en rapports directs avec le gouverneur général.

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bénéfice de la loi française à toutes les propriétés possédées par des Français en dehors de ces deux villes dans toute l’étendue du Tonkin.

L\ JUSTICE FRANÇAISE. — Au poiiit de vue judiciaire le Tonkin est partagé en deux circonscriptions ayant pour chef-lieux Hanoï et Haïpliong. Deux tribunaux de première instance, institués dans ces villes et relevant de la Cour

H AÏ- P H ON G. — Le Cua-Cain.

d’appel de Saigon, sont chargés de toutes les affaires de justice du Tonkin.

La trésorerie. — • Le service de la trésorerie est dirigé par un trésorier payeur chef de service, chargé d’effectuer ou de faire effectuer les opérations concernant les services financiers du budget du Tonkin. 11 opère les recouvrements, pourvoit à l’acquittement des dépenses et centralise toutes les opérations de ce budget.

11 effectue ou fait etïectuet- les recettes et les payements relatifs aux services métropolitains.

Des arrêtés en date du 26 décembre 1887 ont déterminé le détail des opérations de trésorerie et les rapports du caissier-payeur central du Trésor en France, avec le payeur chef de service du Tonkin.

Des payeuT's adjoints et des commis de trésorerie détachés assurent le service dans les provinces.

La trésorerie du Tonkin négocie l’achat et la vente des titres de rente française et délivre des mandats sur le trésor.

Les douanes. — Le Tonkin fait partie de runion douanière indo-chinoise. Les importations sont soumises au tarif général (I). Les services de la douane relèvent d’un directeur siégeant à Saigon. Un inspecteur à Haï-Phong est chargé de la surveillance du Tonkin. Un réseau de postes douaniers est établi sur la frontière de Chine, dans les principaux centres de notre occupation, à l’entrée des routes du Yun-nan et du Quang-si.

Postes et télégraphes. — Les correspondances postales, dans l’intérieur et avec l’étranger, et les communications télégraphiques sont assurées par un service régulier, fonctionnant sous les ordres d’un directeur résidant à Hanoï.

Des bureaux de poste et de télégraphie sont établis dans toutes les résidences et vice-résidences. Les distributions dans ces centres ont lieu de la façon la plus régulière. Un certain nombre d’autres bureaux ont été créés sur les autres points, partout où notre occupation le permet. On peut dire en somme que tous les lieux habités par des Européens sont desservis par la poste. Le transport des dépêches s’effectue, soit par les bateaux des messageries maritimes, soit par trams (porteurs) qui font un service régulier entre certains bureaux. Pour ceux où il n’existe encore qu’un échange peu actif ou même accidentel de correspondances, des trams spéciaux sont expédiés par les receveurs. Les

(1) Une commission instituée au sous-secrétai'iat d’Etat des colonies, dans le but d’appoi'tec ([uelques modifications à ce tarif, vient de terminer ses travaux.

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chaloupes de commerce sont utilisées également pour le service de la poste et des arrêtés du résident général autorisent leur réquisition, chaque foig que leur trajet peut offrir un avantage pour la rapidité du transport, ou un moyen nouveau de communication. Les taxes sont les mêmes que celles de la métropole, tant pour l’intérieur du Tonkin que pour les colonies françaises ou de l’étranger.

Le service des postes se charge également de l’envoi des petits colis et de ceux dits (c colis postaux », dont le poids n’excède pas 3 kilogrammes.

Les courriers pour la France et l’étranger partent et arrivent régulièrement tous les quinze jours, par les bateaux des messageries maritimes. La voie anglaise de Hong-Kong sert aussi aux correspondances du Tonkin; mais les relations entre Hong-Kong et Haï-Phong n’étant pas assurées par une ligne régulière, les lettres qui suivent cette voie ne parviennent pas aussi régulièrement que par les voies françaises. Cependant les bateaux de commerce font actuellement des voyages assez fréquents entre ces deux ports, pour qu’il n’y ait pas à redouter dans les renvois de lettre de Hong-Kong une grande perte de temps.

En combinant les deux services français et anglais on obtient un courrier par semaine environ.

Travaux publics. — Un service des travaux publics est institué au Tonkin. Il comprend un ingénieur en chef, deux ingénieurs-adjoints et un certain nombre de voyers-architectes et d’agents des travaux dans les provinces.

Un service de voirie municipale existe en outre dans les villes de Hanoï et de Ilaï-Phong.

Écoles. — Les services de l’enseignement, placés sous les ordres d’un inspecteur, comprennent : 1“ des écoles françaises de garçons et de filles à Hanoï, Haï-Phong, Nam-Dinh et Bac-Ninh. Chaque maître français et chaque maîtresse française a sous ses ordres un ou plusieurs adjoints ou adjointes indigènes, pour les classes des petits Annamites ; 2° "des écoles indigènes pour l’enseignement du quoc-ngeu,

OU représentation de la langue annamite au moyen de l’écriture française; 3“ des écoles libres de quoc-ngeu, tenues par des maîtres indigènes brevetés par notre administration.

Garde civile indigène. — Les résidents et vice-résidents, qui ont la délicate mission d’assurer la tranquillité des provinces, avec le concours des autorités annamites, disposent, dans ce but, d’une force de police importante, constituée sur un pied militaire, et qui rappelle avec avantage les anciennes milices provinciales des mandarins.

Cette troupe, dont le rôle est complètement distinct de celui de l’année, et qui prend le nom de « garde civile indigène », est recrutée, comme l’ancienne milice, parmi les inscrits de chaque village. Ces gardes indigènes sont encadrés par des agents européens de divers grades et répartis par fractions, placées dans toutes les provinces, auprès des mandarins dont ils appuient l’autorité. Une portion importante de cette force est placée au chef-lieu de chaque province, à la disposition du résident.

Corps d’occupation. — Le corps d’occupation du Tonkin comprend deux brigades sous les ordres d’un général de division, commandant en chef les troupes de l'Indo-Chine. Le siège de la division est à Hanoï. Ce corps se compose : 1“ de troupes européennes; infanterie de marine, infanterie légère d’Afrique, légion étrangère, artillerie de marine, génie, train des équipages, remonte, services administratifs et sanitaires et gendarmerie, formant un effectif de dix mille hommes environ; 2® de troupes indigènes se composant de deux régiments de tirailleurs tonkinois et d’auxiliaires annamites dans le corps d’artillerie et du train, représentant un effectif approximatif de quinze mille hommes.

Les tirailleurs tonkinois sont recrutés parmi les hommes fournis par les villages et reconnus bons au service par un conseil de révision. La durée du service est de six ans et peut être portée à vingt ans par des réengagements successifs. Les villages sont responsables des hommes qu’ils envoient, ces régiments sont constitués sur le modèle des régiments

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d’infanterie de ligne, ils sont encadrés d’officiers et de sous-officiers européens, ils possèdent en outre un cadre de sous-officiers et de caporaux indigènes.

Une llottille de canonnières de rivières, commandées par des lieutenants de vaisseau et montées par des matelots français et des auxiliaires annamites, concourt puissamment à la défense de terre. Quelques canonnières de haute mer surveillent les cotes. Ces bâtiments sont placés sous les ordres du contre-amiral, chef des forces navales de l’Indo-Chine.

Hanoï. — Autour de chaque citadelle, où siègent les

UanüÏ. — (Quartier des bamljous.

autorités supérieures de chaque province, il s’est créé des centres populeux formés par le groupement compacte d’un certain nombre de villages. C’est à ces agglomérations que l’on donne généralement, au Tonkin, te nom de ville, mais cette appellation, à la prendre dans le sens qu’on y attache en Europe, serait bien inexacte ; à l’exception de Hanoï et de Nam-Dinh, les autres localités ne sont pas à proprement parler des villes.

Hanoï, la capitale du Tonkin, est une grande cité, formée par la réunion d’une infinité de villages (ayant comme les autres communes leur administration communale particu-

fxDO-ClII?iE.

LES COLOÎNOES FRANÇAISES.

lière) et divisée en cantons. Sa population, qui ne saurait être déterminée exactement, peut être évaluée à cent cinquante mille habitants environ. Située sur la rive droite du fleuve rouge, à peu près au centre du Delta, et en relation, soit par terre, soit par eau, avec tous les points du Tonkin, elle constitue un centre commercial et industriel important, sa prospérité ne peut que s’accroître rapidement. La ville s’étend le long du fleuve sur plus de 3 kilomètres, protégée par une haute digue contre les crues du Song-Coï. Elle affecte la forme d’un triangle au sommet duquel se trouve la citadelle, éloignée de la rivière de 1,800 mètres environ. Les rue^ sont bien percées, quelques-unes assez larges. Chaque rue est affectée spécialement à un genre de commerce qui lui donne un caractère pittoresque. Ici la rue des Brodeurs, là-bas la rue du Chanvre, plus loin la rue de la Soie, une des plus cossues, bordée de belles maisons de briques. Devant chacune d’elles, une marchande accroupie sur un ht bas attend les clients en mâchant son bétel. L’approvisionnement n’est pas considérable : quelques pièces de soie, un peu de calicot, quelques mètres de cretonne à ramage, produits de l’Europe, et quelquefois, chez les grandes commerçantes, quelques rouleaux de crépons de Chine brochés, enfermés précieusement dans une boîte, composent tout le magasin. L’acheteur n’est pas riche et l’acquisition du plus petit morceau d’étoffe est l’olqet de discussions et d’examens interminables.

En sortant de cette rue, on entre dans le quartier chinois, occupé par des bazars où les Célestes vendent de tout, depuis le bibelot de la Chine et du Japon, jusqu’à la bimbeloterie d’Europe. Au delà, c’est le quartier annamite : on trouve d’abord un emplacement couvert où se tient le marché de la soie, cocons filés, etc..., puis la rue du Cuivre, bruyante et toute résonnante du choc des marteaux. C’est là que se fabiiquenl les gongs, les cloches, les vases de cuivre des pagodes et une quantité de récipients pour tous les usages.

L’inslallation de ces industriels est des plus élémentaires

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et l’on est étonné de la perfection de leurs produits, réalisés avec un outillage aussi primitif ; deux tubes de bambou, dans lesquels se meuvent deux tampons manœuvres par un enfant, forment une machine aspirante et foulante qui est le soufflet, et l’artisan, assis par terre, façonne ses plaques de cuivre à coups de marteau, tandis que la femme vaque aux soins du ménage, le tout dans un espace de quelques mètres carrés. Des rues entières sont occupées par des marchands de médecines, de plantes séchées, de graines, de poissons conservés : la rue du Ni(oc-Mam, bordée de ses jarres puantes, la rue des Cercueils, qui renferme l’industrie du meuble d’une manière plus générale, et, près du fleuve, la rue des Bamôous, toute pleine d’un bruit particulier, produit par le choc de ces longs tubes creux; d’autres enfin sont consacrées à la poterie, au commerce des nattes. Dans toutes ces rues on respire une odeur particulière, indéfinissable, qui n’est pas nauséabonde, mais qui n’est pas non plus un parfum agréable. Elle s’échappe de toutes ces maisons basses, mal aérées, où de nombreux habitants grouillent à l’étroit. C’est un mélange impossible à analyser, odeurs fortes des victuailles, des pipes, du bétel, dont l’Annamite est imprégné tout entier.

Les habitations de Hanoï sont en grande partie construites en briques, à façades étroites, mesurant deux ou trois mètres, quatre au plus de large et tout en profondeur, sans fenêtres et prenant jour sur des cours intérieures. Elles forment une succession de trois ou quatre compartiments séparés, éclairés d’une lumière douteuse. Le soleil n’y pénètre pas et l’air, difficile à renouveler, y reste imprégné d’une humidité âcre. Ces demeures sont tristes et malsaines. Fermant mal, elles sont froides l’hiver. Certains quartiers extrêmes sont construits en paillettes d’un effet misérable. On trouve encore de nombreuses mares dans l’intérieur de la ville et le défaut d’eaux courantes, bien plus, l’excès d’eaux stagnantes, rendent l’entretien de la voirie difficile. En somme la ville indigène n’est pas riante, l’humidité de

l’atmosphère, l’insouciance et la négligence des Annamites lui donnent un aspect peu flatteur à l’œil.

Mais, en dépit de la laideur du détail, le visiteur est émerveillé par la vie extraordinairement intense de cette cité. Malgré certains côtés qui choquent ses habitudes, comme le défaut de propreté et de confortable, il est vivement impi essionné par le mouvement de cette population laborieuse et intéressé à la fois par l’originalité des scènes dont il est le témoin. De quelque côté qu’il porte ses regards, il n’aperçoit que des gens travaillant dans des postures invraisemblables, la plupart par terre, accroupis ou assis, et s’aidant adroitement de leurs pieds. Les ouvriers en bois, en particulier, sont étonnants; ils se servent de leurs extrémités, comme d’un étau; assis sur le sol, les jambes écartées et repliées, ils maintienneni entre les pieds une pièce de bois qu’ils rabottent des deux mains, avec autant d’aisance que s’ils étaient derrière un établi de menuisier.

Les porteurs marchent avec activité dans les rues, en se dandinant d’une façon toute particulière. Tout, absolument tout, passe sur leurs épaules, depuis les colis les plus usuels jusqu’aux plus imprévus : les animaux viennent au marché portés par leurs propriétaires; les poulets, les chiens dans de légers paniers à claire-voie ; les cochons même, ficelés par avance comme des saucissons et protestant énergiquement contre ce mode de locomotion. Ces derniers voyagent aussi souvent empilés sur de hautes brouettes, dont la large roue de bois mêle encore son grincement aux cris des voyageurs.

De temps à autre le cortège d’un mandarin fend cette cohue qu’un coureur ouvre à coups de rotin.

Une nuée de pousse-pousse (petites voitures à deux roues poussées par deux hommes, un devant, un derrière) circulent en tous sens. Les coulis, lancés à toute vitesse, crient pour se faire faire place, renversant sans beaucoup de scrupules ceux qui ne se rangent pas assez vite. Ce véhicule, imité des Japonais, est le seul pratiquement employé jus-

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qu’à présent pai' les Européens. Les coureurs annainiles n’ont pas les jarrets des « djin » de Nippon, ils font cependant un bon service. Beaucoup de nos compatriotes de Hanoï ont leur pousse-pousse particulier et il existe une compagnie de ces petites voitures, dont le tarif est peu élevé. Il n’est guère possible, dans les journées chaudes, de sortir autrement qu’en pousse-pousse.

IIanoï. — Hue Jeaii-Dupuis.

On commence à voir quelques voitures attelées de petits chevaux annamites pleins de feu, mais elles ne sont utilisables que pour la promenade, sur les routes des environs d’IIanoï. Dans les rues de la ville, au milieu de cette cohue, le « pousse-pousse » est bien plus pi’atique. Cette idée d’un attelage humain n’a rien qui puisse paraître choquant dans un pays o(i tous les transports se font par hommes. Le pousse-pousse réalise môme un réel progrès, car son em-

ploi est beaucoup moins pénible que le palanquin, aussi bien pour les porteurs que pour le promeneur. Il est d’ailleurs usité dans tout l’extrême Orient.

L’ancienne rue des Incrusteurs, dépossédée à présent de son industrie spéciale, forme la limite de la ville indigène. Elle porte maintenant le nom de « Paul Bert » et elle constitue le centre de -la ville française, elle part du fleuve, se dirigeant vers la citadelle, bordée sur toute sa longueur de constructions européennes; elle longe, vers les deux tiers de son parcours, un petit lac d’environ 700 mètres de long. Cet immense bassin, enclavé dans la ville, fait une décoration charmante. Deux boulevards sont amorcés sur ses bords, et lorsque ceux-ci seront dégagés des cases qui les entourent encore, et ombragés de beaux arbres, la ville d’Hanoï possédera une promenade Incomparable. Les établissements européens s’étendent encore le long du lac vers la ville annamite, mais c’est surtout de l’autre côté qu'Hanoï tend à se développer. Dans les premiers temps de l’occupation française, des Européens, faute d’habitations confortables, se sont éparpillés en assez grand nombre au milieu delà population indigène, dans les maisons chinoises, mais ce sont là des installations provisoires, qu’ils ne tarderont pas à abandonner pour rallier les quartiers européens.

Sur le bord du fleuve, entre la digue et la rive droite, s’étend le terrain concédé à la France par la convention du 6 février 1874. C’était alors un terrain bas et marécageux, qu’on entoura hâtivement d’une fortification en bois. Cet emplacement, que l’on continue à appeler encore la concession, contient la plus grande partie des services du protectorat. Autour de la première maison, construite pour notre résident, se sont groupées d’autres habitations, occupées par les différents chefs de services, civils et militaires. Les anciennes paillottes ont toutes disparu, pour faire place à des bâtiments à étages aérés et commodes, entourés de jardins. L’ancienne palanque crénelée qui abrita la concession du temps du commandant Rivière, contre les coups de

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main des Pavillons-Noirs, a été enlevée en 1886 et les mares qui la baignaient ont été comblées. Cet emplacement rafraîchi parla brise du fleuve, est l’endroit le plus agréable à habiter et le plus sain actuellement. L’extension prise par les dilTérentes administrations a contraint quelquesunes à sortir de la concession. La trésorerie, les postes sont installées dans de grands bâtiments, élevés en face du lac, à côté de la résidence de Ilanoï, au milieu d’un immense emplacement, dont les plantations ajouteront encore eu croissant à la beauté de la promenade.

Dès à présent Hanoï offre à peu près toutes les ressources d’une ville européenne : des hôtels confortables, des fournisseurs de toutes sortes et un marché bien approvisionné y assurent la vie matérielle, dans des conditions peu différentes de celles de France. Le développement de la ville complétera certainement avant peu cet état de choses, déjà satisfaisant, par des distractions mondaines; le séjour de notre capitale tonkinoise deviendra, ainsi, tout à fait agréable.

La citadelle, qui est située à l’extrémité nord de la ville, est un immense carré de plus de 1 kilomètre de côté, flanqué de bastions. Elle a été construite sur les plans des officiers français venus en mission vers 1788. Le remparl est formé de murs de briques, surniontés d’un parapet; un fossé large et profond, plein d’eau, l’entoure complètement. Quatre portes défendues par des ouvrages avancés y donnent accès. Une tour en briques, qui s’élève au centre, permet de surveiller les alentours. La citadelle renferme la grande pagode royale, fort belle, et un des modèles les plus complets de l’architecture annamite. De superbes dragons en grès noir en décorent l’entrée. Les logements du gouverneur et des mandarins et les casernements des troupes annamites ont été en grande partie détruits. C’est cette mposante forteresse que Francis Garnier a attaquée audacieusement et enlevée avec une soixantaine d'hommes, le 19 novembre 187.'1, et que le commandant Rivière fut

obligé de reprendre, le 23 avril 1882. Depuis, elle n’a plus élé occupée par les Annamites. Les anciens bâtiments ont été utilisés pour les magasins de notre corps d’occupation, et de magnifiques casernes ont été construites pour nos soldats, ainsi que de coquets pavillons pour les officiers.

Au delà de la citadelle, à proximité du fleuve, on rencontre un lac assez étendu, dont les bords servent de promenade habituelle sur 12 kilomètres de tour. C’est là que vers le soir les voitures de Hanoï et les cavaliers se donnent rendez-vous.

La route, pratiquée sur de larges digues, est très carrossable, et la vitesse des petits chevaux annamites, qui peuvent s’y lancer à toute allure, procure un air salutaire, à la fin des journées brûlantes. Le paysage est des plus attrayants.

En sortant de Hanoï, on rencontre, à la pointe même du lac, la jolie pagode dite du v Grand Bouddha », qui renferme une statue colossale en bronze. Cette statue est malheureusement placée dans une salle obscure de la pagode et ne peut être admirée qu’en détail, à la lueur de bougies de cire, offertes par un gardien qui ne doit pas désirer que son dieu sorte d’une ond^re aussi profitable pour lui. A la pagode même du grand Bouddha, la roule bifurque, elle va enlacer le lac, dont elle coupe une extrémité par une digue, et court ensuite s’enfouir sous les bambous, se dégageant parfois dans la rizière avec des échappées de vue sur l’eau.

La route de Son-Tay, de l’autre côté de la citadelle, offre aussi une promenade assez belle. En la suivant sur une longueur de 6 kilomètres environ on rencontre successivement la place où fut tué Balny, un peu plus loin celle où dans le même moment tombait Erancis Garnier et, presipieau même endroit, l’emplacement du pont de papier, où fut frappé Bivière. Cette promenade, toute semée des souvenirs des premiers héros du Tonkin, constitue un véritable pèlerinage que l’on ne peut visiter sans émotion.

Hung-Yen. — Hung-Yen, chef-lieu de la petite province du

ÏÛNKl.\.

même nom, n’a rien qui attire particulièrement l’attention. Elle est le siège d’ane vice-résidence. Sa situation, à l’entrée du canal des Bambous, au point de bifurcation des lignes de bateaux de Haï-Phong et de i\am-Dinli, ne pourra (lu’accroître son importance qui, actuellement, est modeste comme ville indigène. Celle-ci possède une industrie locale

Hanoï. — Porte de la citadelle.

toute spéciale, qui consiste dans la fabrication des éventails en plumes. Certains sont d’une taille gigantesque; montés sur des manches en bois laqué, ils dépassent 2 mètres en hauteur; le corps de l’éventail, fait de longues plumes blanches ou noires, est orné de dessins compliqués, tout en plumes de couleurs variées, d’un travail assez lin.

C’est à Hung-Yen que les Hollandais établirent autrefois des comptoirs, lorsqu’ils pénétrèrent auTonkin vers 1630.

Son-Tay. — Au nord-ouest de Hanoï, sur la rive droite du fleuve et à environ 40 kilomètres, est Son-Tay, cheflieu de la province du même nom. Une bonne route, pralicable pour toutes les espèces de voilures, y conduit par terre, en traversant le Day, dont le passage s’effectue au moyen d’un bac. Le trajet, plus court que par le fleuve, se fait en quatre ou cinq heures, en voiture ou à cheval, et en six ou sept heures avec les petites voitures à hommes; mais ce chemin est aussi beaucoup plus dur et n’offre, au point de vue pittoresque, rien qui compense les cahots du pousse-pousse et la chaleur du soleil pendant l’été. La véritable voie de communication est le fleuve, sur lequel un service de bateaux est établi par la compagnie des messageries fluviales. La durée du trajet est de six à huit heures suivant le courant.

Son-Tay était, avant l'arrivée des colonnes françaises, une ville ou plutôt une agglomération de 30,000 habitants environ, pressés autour de la citadelle. C'était un centre commercial assez important et surtout un point militaire de premier ordre. L’amiral Courbet y trouva de grands approvisionnements. Son-Tay était le principal boulevard des Pavillons-Noirs. Luu-Vinh-Phuoc y avait son quartier général et c’était de là que partaient les bandes de Pavillons qui inquiétèrent Hanoï. La citadelle, à 1,800 mètres du fleuve, forme un carré de 300 mètres de côté, percé de quaire portes et entouré d’un fossé large et profond, rempli d’eau. Elle n’offre pas par elle-même une forteresse bien redoutable, mais les Chinois, utilisant avec intelligence ces ouvrages et appropriant les obstacles naturels, avaient accumulé, autour de la place et au loin, des défenses formidables, couvertes de nombreuses pièces d’artillerie. 11 fallut tout l’héroïsme de nos soldats pour l’enlever, en trois jours de combats opiniâtres et après une résistance acharnée des Chinois.

Aciuellement, il ne reste plus que la citadelle; l’enceinte extérieure est en grande partie détruite. Le fouillis inexiri-

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cable de bambous qui obstruait les abords a disparu, avec les cases qui s’y abritaient.

La population actuelle est de 4,000 à 5,000 Annamites environ, répartis dans quatre rues en croix terminées par un blockhaus, et partant des quatre portes de la citadelle, pour se diriger vers les points cardinaux. Tune vers le fleuve, l’autre, à l’ouest, vers Hung-Hoa, la troisième à l’est vers Hanoï ; la quatrième, n’est qu’une réunion de quelques misérables paillottes. La citadelle renferme les bâtiments de la résidence, établie dans la pagode, ceux du gouverneur annamite, d’immenses magasins transformés en casernes et quelques petites maisons chinoises qui servent d’habitations aux officiers. Un mirador élevé est situé au centre et a servi à relier Son-Tay à Hanoï par un télégraphe optique. Deux immenses bassins, très profonds, servaient de réservoir d’eau pour la garnison. En dehors de la citadelle et près du fleuve, un fort bel hôpital, très vaste, a été construit récemment, ainsi que des casernements pour les soldats et des pavillons pour les officiers. Il n’existe pas d’autres maisons de commerce européennes que celles de quelques cantiniers. Son-Tay ne paraît pas devoir reconquérir l’ancienne splendeur qu’elle ne possédait d’ailleurs que comme place de guerre. Son commerce, tout local, n’est pas susceptible d’un grand développement. Le mouvement commercial semble devoir se transporter sur un point mieux favorisé par sa situation géographique, à la jonction de la rivière Claire avec le fleuve Rouge, et non éloigné de l’embouchure def'la rivière Noire : Viet-Tri, qui est placé au point de croisement de ces trois fleuves, ne pourra manquer de prendre une importance croissante et devenir le grand marché de cette région.

Son-Tay marque le sommet du triangle du Delta. A l’ouest, tout contre la citadelle, commencent les premières collines du grand massif montagneux qui borde la rivière Noire et, à peu de distance, se dresse le mont Ravi, qui en est le point culminant.

Au delà de Soii-Tay, la route de terre se continue encoio jusiiLi’à Hung-lloa, séparée en deux tronçons par la rivière Noire, qu’il faut traverser en bateau. Une distance de 25 kilomètres sépare les deux villes par cette voie, beaucoup plus courte que celle du fleuve. Les bateaux des Messageries fluviales ne remontent pas plus loin que Vict-Tri; au delà il n’existe plus de service régulier et les communications ne se font plus que par les cbaloupes et par les jonques des particuliers.

IIung-Hoa. — Hung-Hoa, chef-lieu de petite province, est aussi le siège d’une vice-résidence. La citadelle, bâtie près du fleuve, rappelle celle de Son-Tay, mais plus petite. Elle contient un hôpital et des casernements pour les troupes. Elle est entourée de cjuelques faubourgs, presque entièrement construits en paillottes. C’est une bourgade de quelques milliers d'habitants, qui ne se distingue en rien des villages annamites ordinaires.

Tuyen-Quan. — Tuyen-Quan, sur la rive droite de la rivière Claire, dans la région montagneuse, n’a pas plus d’importance que Hung-Hoa et n’offre qu’un médiocre intérêt. Seul, le souvenir de la défense héroïque du commandant Dominé entoure sa citadelle d’une auréole impérissable. Tuyen-Quan n’est relié par aucun service régulier avec le Delta. 11 faut environ deux jours, en chaloupe, pour remonter la rivière, depuis le point où s’arrêtent sur le fleuve Rouge les bateaux des Messageries maritimes. Tuyen-Quan est le chef-lieu d’une petite province, et, comme Hung-Hoa, satellite de Son-Tay. Elle a été aussi érigée en vice-résidence.

Lao-Kay. — Lao-Kay est le point terminus du Tonkin sur le fleuve Rouge. Sa citadelle, située à une portée de fusil du terr itoire chinois, fut longtemps la résidence de Luu-Vinh- Phuoc. Elle est occupée par nos troupes depuis le commencement de 1887. Quelques commerçants français y sont actuellement installés. D’autres maisons y entretiennent des compradors chinois, et un commer'ce assez actif d’échanges

TONKIN

s’esL établi avec le Yun-nan. Le Lraflc n’a pu jusqu’à présent s’opérer que par jonques, mais on peut espérer qu’à

Nam-Dinh. — Porte du quartier cliiuols.

l’aide de chaloupes d’un modèle spécial et grâce à une amélioration du lit du tleuve, il sera possible de rendre plus rapide la navigation, aujourd'hui fort retardée par le pas-

sage des rapides. Lao-Kay prendra alors sûrement un développement considérable et deviendra le lieu de transit des produits d’Europe avec une des plus riches provinces chinoises. L’élahlissement du consulat français à Mong-Tze va d’ailleurs faciliter les relations de nos nationaux avec cette partie du Géleste-Erapire. Lao-Kay est relié télégraphiquement avec Hanoï, et le raccordement de notre ligne avec le réseau chinois ne tardera pas à s’opérer.

Bac-Ninh. — Bac-Ninh, dont le nom sonne glorieusement à nos oreilles après celui de Son-Tay, est le chef-lieu d’une des cinq grandes provinces, néanmoins la ville n’a qu’une importance très secondaire. De même que Son-Tay, elle n’exislait guère que comme citadelle et elle ne doit son rang qu’à la présence des mandarins provinciaux : la forteresse date de la même époque et a été construite sur les mêmes plans que celles que nous avons déjà décrites. Elle abrite actuellement presque tous les services publics, la résidence, les postes et télégraphes, le Trésor. Les troupes y sont également logées, dans des bâtiments nouvellement construits et dans les anciens magasins à riz des Annamites. La ville se compose d’agglomérations semées sur les faces de la citadelle et qui ne comprennent que quelques milliers d’habitants. Bac-Ninh se distingue cependant par une très grande propreté. Les cases en paillettes ont toutes disparu, et les rues, bien entretenues, bordées de maisonnettes en briques, ont un aspect plus riant que dans les autres villes. Dans certains vieux quartiers, les maisons ont été construites avec les débris de poteries ou les produits de rebut de Tho-Ila dont les fours approvisionnent tout le Tonkin. Et l’on voit des murailles, faites de rangées de jarres en terre rouge superposées et surmontées de ces petits cercueils en terre rectangulaires, qui servent à recueillir les ossements; l’effet est tout à fait original. Aucune pagode, aucun monument ne mérite d’être mentionné.

Dap-Caü. — Comme Son-Tay, Bac-Ninh ne semble pas appelé à s’accroître ; le mouvement doit se porter tout natu-

TONKIX.

rellemenl à Dap-Cau, point situé sur le Song-Cau,à 4 kilomètres de Bac-Ninh et qui en est comme le port. Dap-Cau est déjà actuellement plus peuplée que Bac-Ninh et forme avec Ti-Caii (localité qu’on rencontre un peu avant Dap- Cau et reliée avec ce petit port par une suite non interrompue de maisons) un centre assez important. Ïi-Cau s’étale sur le flanc des collines, dans un site assez riant, c’est là que se trouve l’hôpital militaire. Dap-Cau possède des étahlissements militaires, et un certain nombre de commerçants y ont élevé des maisons. Toutes ces constructions lui donnent un air de petite ville européenne. Dap-Cau est ainsi devenu un lieu assez agréable qui se développera au détriment de Bac-Ninh, où il ne restera que la vieille citadelle attestant la bravoure de noire armée et la défaite des Chinois. Le commerce de Dap-Cau porte surtout sur les bois, les bambous, les matériaux de construction, les poteries et la soie.

Les voyageurs européens peuvent trouver à se loger dans les hôtelleries de Dap-Cau et à Bac-Ninh. La distance d’Hanoï, qui est de 27 kilomètres, peut être franchie facilement, sur une belle roule qui part de la rive gauche du fleuve Rouge, en face de la ville, et qui court presque en ligne droite au travers des rizières jusqu’à Bac-Ninh, sans d’autres obstacles que le canal des Rapides, dont le passage s’effectue sur un bac. Trois heures de cheval ou de voiture, ou cinq heures de pousse-pousse, suflisent pour effectuer ce trajet. Au delà de Dap-Cau, la route continue vers Lang- Son. De Bac-Ninh, part une autre route qui prend vers le nord la direction de Thaï-Nguyen; une autre gagne Son-Tay; enfin Dap-Cau est relié à Haï-Duong et à Haï-Phong par voie fluviale. Les bateaux des messageries font ce service régulièrement trois fois par semaine. Le trajet est d’environ douze heures.

Thaï-Ngüye.x. — Thaï- Nguyen, à 133 kilomètres de Bac- Ninh environ, est comme importance et comme aspect un bourg assez florissant. C’est le chef-lieu d’une des provinces

LES COLOXIES FRANÇAISES.

frontières du Tonkin et plutôt un point stratégique qu’un centre de commerce. Sa citadelle avait été créée pour barrer le cours du Song-Cau. Elle est occupée actuellement par une petite garnison et elle abrite le service des postes et télégraphes et une ambulance. Un vice-résident est, en outre, placé auprès des autorités indigènes.

La province est riche en forêts et en mines. Thaï-Nguyen approvisionne en bois, de toutes les essences, la région entière de hac-Ninh et de Haï-Duong. Le Song-Cau est navigable toute l’année pour les jonques, mais ce trajet est long. Une route relie Thaï-Nguyen à Bac-Ninh, elle est suivie par les convois militaires, qui opèrent le ravitaillement à des époques périodiques.

Lang-Son. — Lang-Son, à la frontière de Chine, est située sur le versant chinois, dans une région montagneuse. C’est une position stratégique importante, à la jonction des deux routes venant de Quang-Si, l’une de Lang-Chéou, l’autre du nord. La ville, qui ne se compose guère actuellement que d’une seule rue, située sur une des faces de la citadelle, est bâtie sur le Song-Ki-Cung, un des affluents du Si- Kiang.

Des travaux considérables, qui ont amélioré l’ancienne citadelle, construite d’après le système de Vauban, et des ouvrages nouvellement créés, font de Lang-Son une forte place militaire. La population se compose surtout de Chinois et de métis; les Annamites sont peu nombreux. La langue et le costume diffèrent légèrement de l’idiome et du vêtement tonkinois: on commence à sentir l’influence de la Chine.

Lang-Son ne lardera pas à se développer au point de vue commercial: les plaines et les collines qui l’environnent, bien cultivées en riz, en coton et plantées d'arbres à badiane, peuvent alimenter un commerce important, qui s’accroîUa à mesure que la Chine lui ouvrira sa frontière. Une ligne ferrée va prochainement relier Lang-Son à Hanoï et réduire à quelques heures le trajet entre ces deux points,

HANOI. — Sun

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