‹ Les colonies françaises (volume 2)Chapitre 6 sur 34 · CHAPITRE II Description géographique · texte numérisé non relu

CHAPITRE II Description géographique

Limites do la Cochiiichine. — Montagoes. — Bassins et fleuves. — Canaux, sources. — Les arroyos. — Les côtes. — Ports et caps. — Les iles Phuquoc. — Voies de communication. — Population.

Li.\iites. — La Gochiiichiiie esl bornée au nord-est par le pays des Mois indépendants, immense région encore inconnue aujourd’hui; au nord-ouest par le royaume du Cambodge ; au sud et à l’est par la mer de Chine et à l’ouest par le golfe de .Siam.

En dehors de son territoire continental, la Cochinchine comprend le groupe d’iles de Poulo-Condore, les iles de Poulo-Obi et Phu-Quoc, plusieurs îlots inhabités nommés :

Hon-nang-Ngoaï, Hon-nang-Triing, Ilon-Nham, Hon-Cbanli ; les îles des Pirates; les îlots de la Pointe de la Table; les îles Hon-Tre et Hon-Rai, situées dans la baie de Rach-Gia et le groupe de Poulo-Dania.

La Cochinchine continenlale est située entre le 8® 30' et le 11“ 30' de latitude N. et le 102“ et le 103“ 11' de longitude Est.

En dehors de Pliu-Quoc et des îles de Poulo-Condore sur lesquelles nous avons établi un pénitencier important dont nous aurons l’occasion de parler plus tard, les autres îles de la Cochinchine n’ont qu’une minime importance. La plupart d’entre elles ne sont même pas habitées.

Montagnes. — Les montagnes de ce pays sont peu élevées ; les plus hautes, le Ba-Dinh près de Tay-Ninh a 884 mètres et le Chua-Chang n’a pas plus de 600 mètres. Ces deux montagnes sont situées dans le Nord. Les montagnes de l’Ouest, au nombre desquelles se trouvent les montagnes d’Halien et de Chaudoc, n’ont que 3 a 300 mètres.

Bassins et eleuves. — La Cochinchine française peut se diviser en deux bassins : celui du Dong-Naï et celui du Mé- Kong ou Cambodge.

Le Üong-Naï prend sa source dans le massif montagneux de la Cochinchine orientale.

Son lit est presque toujours obstrué par des rochers qui forment des rapides impraticables même pour le flottage du bois. Il ne devient praticable qu’à partir de son confluent avec le Song-Bé; mais il reste hérissé de récifs qui rendent sa navigation dangei'euse.

La capitale de la Cochinchine est construite sur un de ses affluents qu’il reçoit à 40 kilomètres environ de son embouchure et qui vient des montagnes du Nord du Cambodge. Malgré le peu d’étendue de son cours, cette rivière possède assez d’eau pour être navigable pour les grands navires.

La rivière de Saigon se jette dans le Dong-Naï au lieu dit Nhà-bé. Le fleuve se divise ensuite en plusieurs branches ; la plus navigable jusqu’à la mer garde le nom de Üon-Naï :

COCHlXCHIiNE.

au milieu se trouve un banc de corail où les navires ne peuvent passer qu’à marée haute. Lorsqu’on aura fait sauter cet obstacle, Saigon sera rapproché de douze heures de Marseille.

Une île partage le Soirap en deux bras ; l’un va déboucher près du cap Saint-Jacques dans la jolie baie de Ganh- Ray. Un phare de premier rang en facilite l’accès et c’est par là que les navires d’Europe pénètrent dans l’intérieur du pays.

Le Vaïco oriental et le petit Vaïco traversent aussi cette partie de la Cochinchine du nord-ouest au sud-est. Le premier est navigable sur une étendue de 130 kilomètres; le second sur une moindre longueur, mais il reçoit les infiltrations du grand lleuve dont les alluvions ont formé la majeure partie du sol que nous avons conquis. Indépendamment de ces cours d’eau, il y en a une multitude d’autres qui sont rais en communication entre eux par des moyens naturels^ ou par des canaux pratiqués à main d’homme. La nomenclature en serait trop longue. -

Le bassin du Mé-Kong cochinchinois ne comprend qu’une très faible partie du cours de ce fleuve, un des plus grands du globe. Cet immense cours d’eau prend sa source dans les montagnes du Thibet, traverse une partie de la Chine, longe l’Annam, passe dans le Cambodge et se partage à Pnômh-Penh, capitale de ce royaume, à 60 kilomètres environ de l’endroit où il entre dans la Cochinchine française.

■ Lue des 'branches, désignée sous le nom de lleuve postérieur, descend directement à la mer de Chine par trois embouchures. L’autre branche, fleuve antérieur, coule parallèmentà la première jusqu’à Vinh-Long où elle se divise en quatre bras qui se jettent à la mer par six embouchures. Deux de ces embouchures sont seules navigables pour des bâtiments d’un faible tirant d’eau. Les autres embouchures sont barrées par des bancs de vase, amenés par le Mé-Kong, qui s’étendent jusqu’à 10 milles au large et rendent l’atterrissage impossible.

Les fleuves antérieur et postérieur ont entre eux de nombreuses communications; l’une, le bras de Vam-Nao, est très large et très profonde.

Le fleuve postérieur communique aussi avec le golfe de Siam par des canaux.

Canaux. — C’est par un canal qui débouche à Mytho et qui est connu sous le nom d’arroyo de la Poste que ce bassin est en communication avec celui du Dong-Naï. L’amiral Duperré a fait creuser, en 1873, un second canal dit de Chogao; il a été terminé en 1877. Tous ces bras du Mé-Kong contribuent à la fécondité du terrain par le limon qu’ils déposent dans leurs inondations périodiques. Ces crues produites par la fonte des neiges des montagnes du Thibet coïncident avec la saison des pluies, aussi elles atteignent dans certaines parties le chiffre énorme de 12 mètres.

Sources. — Les sources sont nombreuses dans le pays ; quelques-unes ont chez les indigènes la réputation de posséder des vertus curatives.

Même pendant la saison sèche, la nappe d’eau potable se rencontre à une faible profondeur. Les puits sont donc nombreux et donnent de l’eau de qualité excellente.

On a mis à profit cette propriété dans la ville de Saigon, pour creuser un bassin souterrain d’alimentation d’eau potable.

Ports et caps. — Les ports de Hatien et de Rach-Gia ne sont fréquentés que par des jonques.

Il y a plusieurs caps en Cochinchine : Saint-Jacques où atterrit la ligne télégraphique sous-marine qui va en Europe par Singapore ; le cap Thi-Oan s’avançant d’un demimille en mer : c’est une terre assez élevée et boisée, et le cap Carnau qui sépare la mer de Chine du golfe de Siam et qui est au contraire une terre basse et couverte de palétuviers.

Les ILES Phü-Quoc. — Ainsi que nous l’avons dit plus haut, les îles Phu Quoc, situées dans le golfe de Siam, dépendent de la Cochinchine. Ce groupe a une longueur de

COCHINCHINE

48 kilomètres. 11 comprend une grande terre boisée contenant un pic élevé de plus de 600 mètres. On y a formé un établissement français défendu par un poste militaire.

Les côtes. — Les écueils sont nombreux du côté de l’ouest. Les barres des embouchures du Mé-Kong et même du Dong-Naï se prolongent par des bancs à fleur d’eau dans la mer. Aussi n’a-t-on point à craindre de ce côté les attaques d’une flotte ennemie. Mais les côtes au nord du cap Saint-Jacques et l’embouchure de la rivière de Saigon du côté de l’Annam sont admirablement saines. Elles sont

en temps de paix d’un abord facile, mais comme elles sont très hautes, elles pourraient très aisément être protégées contre un débarquement en temps de guerre.

Les Arroyos. — Outre les grandes artères fluviales qui coupent la Cochinchine en bandes bien distinctes, et sur lesquelles sont établis la plupart des grands centres commerciaux de la colonie, il existe un grand nombre d’arroyos (canaux, petites rivières) plus ou moins larges, profonds et sinueux, qui relient entre eux certains des fleuves, et qui, pénéirant jusqu’au cœur de provinces très productives, font communiquer des marchés ou villages importants avec tes principaux centres d’exportation.

Ces arroyos sont en nombre infini. En dehors de ceux qui assurent les communications, il en existe une quantité innombrable qui ont, eux aussi, leur utilité, car ils contribuent, dans une large mesure, à fertiliser les contrées qu’ils arrosent.

Dans l’Est de la Cocbinchine, là où les terrains s’élèvent, les cours d’eau changent d’aspect; ce sont de petits torrents difficilement navigables.

Voies de communicatio.n. — La colonie consacre des sommes importantes à la mise en viabilité de toutes les routes coloniales qui sont au nombre de neuf et ont une longueur totale de 939 kilomètres.

Outre le tramway qui relie Cholon à Saigon, un chemin de fer va de Saigon à Mytho, mais les voies navigables seront pendant longtemps, sinon toujours, employées pour les marchandises encombrantes ou de valeur moyenne.

Population. — La population totale de la Cocbinchine française est d’environ 1,700,000 âmes; jusqu’à présent toutefois les différents modes de recensement n’ont pu donner un chiffre bien précis de la population indigène.

Sur le nombre, on compte 2,000 européens, 1,500,000 Annamites, 105,000 Cambodgiens, 50,000 Chinois et 8,000 sauvages (mois, cbams, stiengs) ; le surplus est composé de Malais, de Malabars et d’une populalion flottante évaluée à 20,000 environ.

Depuis l’occupation française, la population va toujours en augmentant, malgré les émigrations constantes des Annamites au Cambodge et à Siam ; cela tient au bien-être que nous donnons aux indigènes, et enfin à la vaccination, dont les Annamites ont compris tout de suite les bienfaits.

Le peuple annamite se mélange facilement avec les Chinois. Une populalion métisse, improprement appelée Minh- Huong, est résultée du rapprochement de ces deux peuples. Celte nouvelle race, plus blanche, plus élégante déformés que la race annamite, est intelligente et a hérité de ses

COCIIINCniNE.

pères une partie de leur esprit commercial. Ces métis sont répandus dans toute la Cochinchine et adoptent, à leur fantaisie, la mode chinoise ou la mode annamite.

Depuis quelques années, les métis français ont augmenté suffisamment pour que l’administration ait songé à s’occuper de leur éducation en subventionnant un pensionnat patronné par le curé de Saigon.

Les Minh-Huong, proprement dits, sont les descendants des Chinois émigrés à la suite du renversement de la dynastie des Minh; ils furent les véritables conquérants de la Basse-Cochinchine sur les Cambodgiens . Les Annamites ne vinrent qu’ensuite se substituer à eux en profitant de leurs querelles intestines.

Les Annamites eux -mêmes ne se considèrent pas comme la race autochtone du pays ; d’après les annales chinoises, ils habitaient le Tonkin vers l’an 1874 avant l’ère chrétienne et formaient la tribu des Giao-Chi. Ces deux mots signifient que l’orteil est séparé des autres doigts du pied; cette conformation est encore aujourd’hui le signe caractéristique de la race pure.

Si Gioa-Chi est le nom incontestable de la race, le nom du peuple, au contraire, a souvent varié et a changé avec les différents territoires qu’il conquérait : Nam-Viet (midi à passer), Viêt-nam (au delà du midi), Nhat-nam (soleil du midi), Giao-nam (midi de Giao), Nam Chien (midi incliné), et enfin Annam (midi pacifié), nom qui a été consacré par les historiens et les géographes modernes.

Les Annamites appartiennent à la race mongole. Ils en ont d’ailleurs tous les caractères physiques ; taille moyenne, membres inférieurs bien constitués, buste long et maigre, tête bien proportionnée, mains étroites et longues.

Le teint des Annamites est cuivré, mais très ditférerninent nuancé selon leur rang et le genre de leurs travaux. Le front est rond, les pommettes saillantes, les yeux noirs légèrement bridés. L’expression de la physionomie est douce et

chagrine ; leur abord est méfiant et respectueux, puis poli et affable.

Comme tous les peuples de l’Indo-Chine du Sud, de rinde et de la Chine, ils mâchent le bétel et se noircissent les dénis avec une matière colorante.

Malgré les défauts que développe toujours chez un peuple l’autocratie d’un gouvernement, on peut dire que chez l’Annamite, la somme des bonnes qualités l’emporte sur celle des mauvaises. Leur sobriété est très grande ; les riches seuls sont souvent adonnés à l’opium.

L’hospitalité est appliquée sur une grande échelle, et la charité est tellement naturelle chez eux que le mendiant y est inconnu ailleurs qu’à Saigon.

Lu élépliant.

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S AÏ G ON. — Le quai et les messageries.

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