CHAPITRE III Administration
Organisation politique et aclniinistrative. — Régime légal. — Organisation juiliciairo. Municipalité de Saigon. — Villes principales. — Presse. — Jardins publics. — Observatoire de la marine. — Théâtres. — ■ Cholon. — Défense du pays.
OrG.\NIS.4TION politique et ADMliSLSTR.yTlVE. — La Cochinchine française comprend vingt et un arrondissements ou inspections, répartis dans quatre circonscriptions.
La circonscription de Saigon comprend les arrondissements de Cia-Dinh, Tayninh, Thu-üaumot, Bien-IIoa, Baria et le vingtième arrondissement (Saigon central) créé le 13 décembre 1880. Sa superficie est de 1,960,000 hectares, partagés en 63 cantons et 643 communes; la population est de 82,000 habitants.
Indo-Cminb. 3
La circonscription de Mylho comprend les arrondissements de Mytho, Go-Gong, Tanan et Cholon. Elle a une superficie de 714,000 hectares, comprend 42 cantons, 574 communes, 74 marchés, et une population de 349,000 habitants.
La circonscription de Vinh-Long comprend les arrondissements de Vinh-Long, Rentré, Tra-Vinh et Sadec; sa superficie est de 680,000 hectares; elle renferme 56 cantons, 587 communes, 48 marchés et une population de 434,000 habitants.
La circonscription du Bassac comprend les arrondissements de Chaudoc, Hatien, Long-Xuyen, Rach-Gia, Cantho, Soc-Trang et Baclieu. La superficie est de 1,960,000 hectares, comprenant 68 cantons, 530 villages et 27 marchés avec une population de 358,000 habitants.
Saigon se trouvant dans l’intérieur de la Gochinchine, dont la superficie n’est pas très considérable et le pays étant traversé par de grands fleuves facilement accessibles aux bateaux à vapeur du commerce et aux canonnières de la marine, la défense du pays n’offre aucune difficulté.
Depuis l’union indo-chinoise, à la tête de l’administration de la colonie se trouve placé un chef du service local qui s’est alternativement appelé directeur du service local ou lieutenant gouverneur. Il y a un conseil colonial, composé de six membres nommés au suffrage universel de tous les colons français, et de six membres indigènes. Les électeurs français nomment un membre de la Ghambre des députés.
Dans chaque arrondissement est un administrateur assisté par un conseil nommé par les notables indigènes, et présidé par lui.
Le secrétariat général de l’Administration de la Gochinchine est divisé en cinq bureaux auise partagent les attributions de nos différents ministères, sauf celles qui ont trait à la défense du pays. Il y a, en plus, un bureau des inter-
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prêtes, auquel sont adjoints des professeurs indigènes et des lettrés.
Dans chaque arrondissement se trouve une administration centrale comprenant des fonctionnaires français pour les écritures, recettes, etc., des fonctionnaires indigènes de plusieurs classes, portant les titres de Tong-Doc, Phu et Huyen; d’interprètes ou de lettrés (la signification de cesgra des sera donnée dans les volumes VAnnam et le Tonkin). Le nombre de ces fonctionnaires auxiliaires varie de quinze à trente-deux, suivant l’importance de la circonscription. Dans les villages, le maire est nommé par l’administration et il est assisté d’un conseil de grands notables indigènes ; les petits notables sont chargés de l’exécution des décisions du conseil des grands notables.
Le maire est chargé de la perception des impôts et peut recevoir une rétribution. La commune est responsable du bon ordre. Elle désigne les hommes faisant partie du contingent de la milice et les remplace en cas de désertion.
Le régime légal. — C’est la loi annamite qui régit les rapports des indigènes entre eux ainsi que ceux des autres Asiatiques. Nous ne donnerons point les détails sur les dispositions du Gode de Gia-Long, puisqu’il convient de les examiner plus particulièrement à propos de l’Annam proprement dit ; mais nous indiquerons quelques-unes des modifications qui ont été considérées comme indispensables dès les premiers temps de la conquête, parce qu’il était urgent de supprimer des pratiques qui étaient tout à fait en contradiction avec nos habitudes d’bumânité.
Quoique la loi annamite soit en général fort sage, elle fait usage de supplices atroces qu’il n’était pas possible d’appliquer sous notre domination.
La peine de la bastonnade a été abolie judiciairement; 50 jours de cangue ont été transformés en 50 jours de prison ; 100 coups de truong en un emprisonnement de
G jours à 6 mois; 100 coups et 3 ans de travail public en travaux forcés de 24 à 48 mois; 100 coups et un exil de 1''® classe, en 3 à 8 ans de travaux forcés; 100 coups et un exil à une plus grande distance, en 7 à 12 ans de travaux forcés; la strangulation avec sursis, en travaux forcés de 3 ans à la perpétuité ; la décapitation avec sursis, en travaux forcés depuis 6 ans jusqu’à la perpétuité; la strangulation ou la mort lente, en décapitation par le sabre, que les bourreaux annamites manient, comme on sait, avec une remarquable dextérité.
Il serait téméraire d’affirmer que les modifications introduites dans les manières d’appliquer les peines, sont toujours du goût des condamnés et qu’il n’y en a pas qui préfèrent subir un châtiment douloureux mais rapide, au lieu de languir de longs mois ou de longues années dans le bagne de Poulo-Gondore. Mais on doit penser que le sentiment de la dignité humaine ne tardera pas à se réveiller chez un peuple à qui l’on donne tous les jours des exemples et des leçons.
Dans leurs rapports avec les indigènes et les Européens, les Français jouissent de la juridiction nationale, et de la législation métropolitaine, sauf le cas où les lois ont été modifiées par décret ou n’ont point été promulguées dans la colonie; mais celles qui tiennent au droit personnel ou à la liberté l'ont toutes été. Il en résulte que le Français qui vient s’établir en Cochinchine y trouve les mêmes institutions civiles et constitutionnelles que celles qu’il a laissées dans la mère patrie.
Organisation judiciaire. — Le premier acte législatif, qui a fixé l’organisation judiciaire de la Cochinchine est le décret du 25 juillet 1864, instituant à Saigon un tribunal supérieur et un tribunal de première instance, ainsi que des tribunaux indigènes dans l’intérieur de la colonie. Ce décret a été suivi et complété par un certain nombre d’arrêtés du Gouverneur de la Cochinchine, ayant pour but d’en assurer et d’en faciliter l’application.
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Le tribunal supérieur de Saigon fut transformé le 7 mars 1868 en cour impériale, qui pouvait se constituer en cour criminelle pour le jugement des crimes. La cour de Saigon fut investie par la loi du 28 avril 1869 du pouvoir de coiinailre des appels des jugements rendus par les tribunaux consulaires de la Chine, du royaume de Siam et du Japon et des crimes commis par des Français dans les mêmes contrées.
Cette organisation judiciaii'e, complétée par l’institution d’une justice de paix à Saigon (décret du 15 mai 1875), a été complètement refondue et profondément modifiée par le décret du 2.5 mai 1881 qui a posé des principes dont les actes législatifs postérieurs n’ont été que l’application plus développée.
Ce décret, qui maintient la justice de paix de Saigon et le tribunal de première instance de cette ville, établit des tribunaux ordinaires à juge unique à Bien-Hoa, Mytho, Rentré, 'V'inh-Long et Soctrang.
L’exercice de l’action publique dans chacun des arrondissements judiciaires est confié à un procureur de la République, relevant du procureur Général, chef de service.
La cour d’appel comprend deux chambres civiles, la seconde est plus spécialement chargée des affaires indigènes.
Des cours criminelles siégeant tous les trois mois sous la présidence d’un membre de la cour d’appel, sont instituées auprès de chaque tribunal de première instance.
Un décret du 9 décembre 1886, ajouta aux juridictions déjà existantes plusieurs justices de paix à compétence étendue et supprima le tribunal de première instance de Bien-lloa.
Les décrets du 15 novembre 1887 et du 5juillet 1888, modifièrent les différentes circonscriptions judiciaires de la Cochinchine et furent complétés par le décret du 18 septembre de la môme année qui fixa la procédure à suivre devant les cours et les tribunaux de la colonie.
Entin, un dernier travail d’organisation judiciaire en date
du 17 juin 1889, a eu pour but d’assurer d’unè façon plus efficace et plus prompte l’administration de la justice civile et la répression des délits; il a créé dans presque tous les arrondissements de la colonie des tribunaux de première instance, composés d'un juge-président et d’un procureur de la République. Seules les circonscriptions administratives de Cliolon, Giadinb et Baria ne possèdent pas celte juridiction, mais relèvent, en raison de leur proximité, du tribunal de Saigon.
Cette répartition des tribunaux a sur les précédentes l’avantage de faciliter l’exercice de l’action publique et la substitution des tribunaux aux justices de paix cà compétence étendue donne aux représentants du parquet une plus grande autorité auprès des justiciables.
Des cours criminelles siègent à Saigon, Mylbo et Vinh- Long.
Le décret du 17 juin 1889, a codifié en un seul texte toutes les dispositions concernant l’organisation judiciaire de la Cochincbine et la procédure devant les différentes juridictions.
Instruction ruBLic<iUi-:. — En 1886, les enfants européens et les métis recevaient leur instruction dans les écoles publiques laiques et dans les écoles congréganistes existant à Saigon.
L’école communale des garçons avait 122 'élèves et celle des filles 65; l’école Tabert congréganiste pour les garçons 117, et l’école des sœurs de Notre-Dame de Chartres, avec pensionnai, 210.
Dans les provinces, la colonie entretient huit écoles primaires dirigées par des maîtres européens, dans les principales villes; elles comptent 1,200 enfants. Six écoles primaires sont tenues par des maîtres annamites et possèdent un elîectif de 275 enfants.
La ville de Cholon entretient une école dirigée par des maîtres européens et destinée tant aux Annamites qu’aux Chinois.
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Avec leurs ressources, les conseils d’arrondissement ont créé des écoles cantonales, et certains villages possèdent des écoles rurales organisées de la même manière. Ces établissements dans lesquels on reçoit 11,681 élèves, sont au nombre de 311. On y apprend la lecture de l’annamite, un peu de trançais, l’écriture et le calcul.
Les écoles de la Mission et les autres écoles libres, dans lesquelles on enseigne le quoc-ngu reçoivent 6,533 élèves.
L’enseignement secondaire existe dans la colonie; il est représenté par trois collèges, deux à Saigon et un à Mytbo, comptant 914 élèves. On y délivre un certificat d’études , comprenant la langue française, la langue indigène, les caractères chinois, le dessin, la géométrie, l’arithmétique et la géographie ; 52 élèves ont reçu ces certificats en 1886. On a établi une sorte de baccalauréat, s’étendant à la trigonométrie, aux mathématiques, à la tenue des livres, à la cosmographie, et aux sciences physiques et naturelles.
La Mission entretient à Saigon et à Cholon deux petits séminaires, et à Saigon un grand séminaire, destinés aux indigènes. Le nombre des élèves de ces trois établissements est de 227.
L’enseignement classique européen ne se donne qu’au séminaire de Saigon qui possède 7 classes, tenues par 7 professeurs français, et allant depuis la 7® jusqu’à la rhétorique ; il y a en outre deux années de philosophie et cinq de théologie.
Petit marchand de charbon.
En résumé, en comprenant dans cette évaluation les écoles de paroisse, il n’existait pas en Cochinchine, en 1886, moins de 490 établissements d’instruction fréquentés par 20,521 élèves. Le nombre des professeurs français était de 52 pour les garçons, et de 28 pour les filles, dans les écoles françaises. Il y a en outre dans les écoles d’arrondissements 35 professeurs européens, ce qui donne un total de 115 membres du corps enseignant, appartenant à la race européenne et en immense majorité à la nation française ; ce contingent est renforcé par 1,183 maîtres indigènes.
Le budget colonial s’est imposé en 1886, pour le service de l’instruction publique, une dépense de 252,000 piastres, il faut ajouter à cette somme les rétributions payées volontairement par les parents, soit européens, soit annamites, ainsi que les sommes dépensées par la Mission et provenant de la générosité des fidèles, ou des biens qui lui appartiennent.
Cultes religieux. — La Cochinchine française n’a jamais été érigée en préfecture apostolique, mais seulement en vicariat, même à l’époque ou sa juridiction comprenait toute l’Indo-Gliine française. En 1844, un quart de siècle avant la conquête, la cour de Rome détacha de cette circonscription les six provinces de la basse Cochinchine poui' constituer un vicariat particulier, dont le premier titulaii'e fut Ms'' Dominique Lefebvre, évêque d’Isauropolis, qui administra ce district jusqu’en 1864 et fut remplacé par MS'’ Jean- Claude Miche, évêque de Dausara. En 1873, le successeur fut Colombert, évêque de Samosat, titulaire actuel du vicariat. Ce vicariat, comme tous ceux de l’Extrême-Orient, ressort du conseil supérieur des missions étrangères dont le siège est à Paris.
Le clergé comprend 2 pro-vicaires apostoliques, 63 missionnaires des chrétientés, 40 prêtres indigènes, un séminaire, une école et une imprimerie à Saigon, des sœurs de Saint-Paul de Chartres sont employées à, Saigon dans l’hospice de la Sainte-Enfance, et à l’hôpital militaire; aux
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hôpitaux indigènes de Thi-Nghé, de Cholon, de Ving-Long, de Mythe, de Bien-Hoa, à l'hèpital militaire de Mythe, aux erphelinats de Thi-Nghe et de Bien-Hea.
L’effectif de la pepulatien cathelique est de 31,802 âmes réparties dans 53 paraisses, 149 chrétientés, et 172 églises.
Il y a en Gechinchine deux cemmunautés de femmes.
Les Carmélites de Saïgen eut un effectif de 33 religieuses.
Les sœurs de Sainl-Paul de Chartres pessèdent 12 établissements. Elles ent un effectif de 68 sœurs eurepéennes et 90 sœurs asiatiques. Elles avaient en 1886, dans leur pensiennat, 93 françaises qui peuvent y terminer leur éducatien et si elles le désirent arriver au degré supérieur. On leur enseigne le dessin et les arts d’agrément. Elles avaient à leur charge 48 métis. Il y avait en entre dans rétablissement 112 beursières indigènes entretenues par la celenie et 992 filles indigènes presque tentes orphelines. 384 petits garçons orphelins, 90 femmes sans asile sont en train de se réhabiliter aux yeux de leurs proches en passant volontairement un temps d’épreuves dans l’établissement. Le nombre total des pensionnaires de cet établissement est donc de 1 ,721 .
Le culte boudhique comprend 1,688,272 adhérents possédant 1,214 pagodes annamites, 29 chinoises et 230 pagodes cambodgiennes. Ces 1,332 établissements sont desservis par 2,298 bonzes et 2,312 élèves bonzes. Il n’est pas sans intérêt de remarquer que la majorité de ce clergé comprenant 5,010 individus appartient à la nation cambodgienne. Les 230 pagodes de ce rite étant desservies par 1,362 bonzes et 1,373 élèves bonzes.
Cette circonstance s’explique facilement par le rôle que le Cambodge a joué dans la propagande de la religion boudhiste. 11 est bon d’ajouter que la ville de Saigon renferme 3 pagodes indiennes, desservies par 3 bonzes indiens.
Municipalité de Saïgon. — La ville de Saigon fut érigée en commune au commencement de 1867, et administrée, dans les premières années, par une commission municipale
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choisie par l’administration sur une liste de notables. C’est seulement en 1869 que le principe de l’élection d’un certain nombre de commissaires fut introduit.
Les étrangers étaient électeurs ; il fallut la guerre francoallemande pour qu’on songeât à leur retirer ce droit; on le leur rendit en 1872, mais à la condition qu’ils aient plus de vingt-cinq ans d’âge, qu’ils soieiit domiciliés dans la colonie depuis plus de deux ans et qu’ils justifient d’une propriété ayant au moins une valeur de 3,000 francs. Cette loi s’appliquait aux Annamites, mais dans aucun cas le nombre des conseillers indigènes ou étrangers ne pouvait dépasser cinq, celui des conseillers étant de 13.
En 1877, un arrêté du gouverneur décida que les conseillers français seraient seuls élus, et que les f.onseillers étrangers ou indigènes seraient choisis par le gouverneur en conseil privé.
En 1877, le nombre des électeurs municipaux de Saigon était de 619, y compris les Indiens originaires des possessions françaises.
Les prévisions du budget de 1878 étaient de 437,195 francs de recettes et de dépenses. La ville avait, comme principale ressource, la location des marchés et de l’abattoir, qui rapportait une somme de 206,000 francs.
Elle dépense 15,254 francs, pour l’entretien du parc de la place des Tombeaux derrière les jardins du gouverneur; le parc est renommé par ses belles et larges allées carrossables, dessinées à l’anglaise et ombragées, tant par des touffes de bambous que par des arbres magnifiques. Au milieu s’élève le rond-point où la musique militaire se fait entendre.
L’entretien et l’éclairage des édifices publics et des promenades coûtent 88,300 francs.
L’instruction publique est placée sous la surveillance d’une commission spéciale prise dans le sein du conseil ; elle n’a guère à s’occuper que de l’école municipale exclusivement ouverte pour les fils d’Européens ou les des-
cendaiits d’Européens; on n’accepte pas d’élèves indigènes, sauf aux cours du soir professés par des ouvriers annamites et chinois employés aux constructions navales.
Pendant quelque temps, la ville avait entretenu une école municipale de tilles, mais en présence des frais d’entretien, hors de proportion avec le nombre des élèves, l’école a été supprimée. La ville paye une rétrihution de 27,000 fr. aux écoles libres, tant pour l’entretien d’un certain nombre d’orphelins que pour des bourses ou demi-bourses attribuées soit à des filles soit à des garçons.
Villes principales. — Les villes principales de la Cochinchine sont : Saigon oii nous avons établi le siège de notre gouvernement, Cholon, Mytho, chef-lieu de l’arrondissement de ce nom, Vinh-Long, capitale d’une ancienne province et Chaudoc, chef-lieu d’arrondissement.
Saigon. — Le nom de Saigon vient de deux mots annamites qui servent à désigner une espèce de cotonnier que les Cambodgiens avaient l’habitude de planter autour de leurs fortifications en terre; ce nom était donné plus particulièrement à la ville chinoise de Cholon, et c’est par erreur que les anciens géographes l’ont attribué à la ville actuelle. Saigon n’est point bâtie sur le Dong-Naï, mais sur un affluent ; cependant, grâce à la profondeur de son chenal, elle est devenue le port principal. C’est une analogie avec Calcutta et Rangoon, qui sont également situées sur des branches latérales de deltas secondaires. Il n’y a pas encore trente ans que nous nous y sommes établis et déjà la ville a pris un aspect particulier qui témoigne de nos facultés colonisatrices. Il n’y a pas de meilleure réponse à faire aux adversaires de notre domination que de présenter cette ville charmante à leur admiration.
Le plateau qui dominait la ville du côté du nord a été presque entièrement rasé ; les marais qui bordaient le fleuve ont été desséchés ; les canaux ont été régularisés et approfondis. Les rues tortueuses ont été abattues et remplacées par des voies publiques droites, larges et commodes, dignes
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du siège de la puissance française dans l’Extrême-Orient, et d’une nation qui s’est donné la mission de transplanter sa civilisation et ses arts. Des jardins, entretenus à grands frais, égayent, de leur verdure, les monuments qui sont nombreux.
En premier lieu nous citerons le palais du gouverneur qui
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s AÏ O ON. — Le Dock flottant.
a coûté 12 millions de francs et qui possède une façade célèbre dans tout l’Orient. Puis la cathédrale élevée en 1877, et qui a coûté 2,500,000 francs ; la chambre de commerce, l’hôpital militaire, le Jardin des plantes avec des animaux vivants et l’observatoire; deux collèges prospères, le collège Chasseloup-Laubat et le collège d’Adran en mémoire du célèbre évêque dont la tombe est dans le voisinage de la ville; l’Arsenal, un parc d'artillerie avec des ateliers et une
fonderie de canons. Nous devons aussi une mention spéciale au palais de justice, très bel édifice parfaitement approprié à sa destination et où tous les nombreux services Judiciaires sont très commodément installés, chose difficile à réaliser dans un pays où la .chaleur est souvent extrême et où l’humidité de l’atmosphère rend toutes les agglomérations humaines aussi malsaines que pénibles. Lorsqu’on a vu la plupart des palais de justice de nos autres colonies, notamment celui d’Alger, il est difficile de ne pas rendre hommage au talent dont a fait preuve l’architecte du palais de justice de Saigon.
Saigon est une ville toute moderne, exception remarquable dans un pays où la fondation de certaines agglomérations urbaines se perd dans la nuit des temps ; (Cependant son histoire remonte déjà à plusieurs générations. Sa création peut être considérée comme le contre-coup d’un des plus grands événements qui aient agité l’Asie depuis l’arrivée des Européens.
L’ancien Saigon cessa d’être un village cambodgien lors de l’immigration des patriotes chinois qui refusaient de se soumettre à la seconde dynastie tartare. Le second roi du Cambodge y fixa alors pendant quelque temps son séjour. Nous avons vu que Gia-Long affectionnait cette ville située dans un pays où il trouvait asile dans les mauvais jours, et à laquelle on donnait alors le nom de Gia-Dinh. C’est en 1789 qu’il vint s’y établir d’une façon définitive. En 1811, il partit de là pour fixer sa résidence à Hué, capitale traditionnelle de l’empire qu’il avait entièrement reconquis.
11 confia alors le gouvernement de la ville qu’il affectionnait à son principal lieutenant, le grand eunuque Le-Van- Duyet. Cet émule de Narsès administra pacifiquement le pays pendant de longues années et son souvenir est encore populaire.
Lorsque Gia-Long mourut, son fils voulut se débarrasser des deux lieutenants de son père, que celui-ci avait placés, l’un au Tonkin, l’autre dans la B;isse-Gochinchine ;
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mais l’eunuque de Saigon comprit qu’on en voulait à sa charge et à sa vie. 11 s’empara par ruse du personnage qui était chargé de le convaincre de conspiration à l’aide de pièces fabriquées, et il lui fit trancher la tète. Minh-Mang, intimidé, n’osa envoyer le lacet au vétéran et attendit l’heure de sa mort pour se venger. Quand Le-Van-Duyet ne fut plus qu’un cadavre, Minh-Mang fit violer sa sépulture et commença la démolition du tombeau. Ces évènements se passaient en 1831. Non seulement Minh-Mang voulait se venger de l’illustre défunt, mais le despote avait aussi le projet de mettre à mort les officiers qui s’étaient attachés à sa fortune. Ceu.x-ci prévenus se révoltèrent et n’ayant pas la force de tenir la campagne, ils se réfugièrent dans la citadelle, où ils furent assiégés. Malgré l’intervention d’une armée siamoise, ils furent vaincus et pris. Les rebelles furent transportés dans des cages à Hué, au nombre de 1,200 environ. Le nom de plaine des Tombeaux perpétue dans la capitale de l’empire le souvenir des pauvres Saïgonnais.
A la suite de l’insurrection, la citadelle fut démolie et remplacée par celle que les Français prirent. Cependant le fds de Minh-Mang, voulant sans doute donner quelque satisfaction à l’opinion, fit restaurer le tombeau de Le-Van-Duyet qui se trouve sur la place de l’Inspectorat à Saïgon. Le gouvernement fait entretenir à ses frais le monument construit à la mémoire d’un homme dont le souvenir est resté populaire dans la population indigène et qui était très sympathique aux Français.
On voit à Saïgon une multitude de lieux et d’édifices dont l’histoire fournirait les documents les plus curieux sur les mœurs et les traditions du pays.
L’arroyo Hack-cân-Saù était autrefois un réservoir rempli de crocodiles que l’on vendait comme viande de boucherie. Au moins sur ce point, les Annamites étaient beaucoup plus raisonnables que les anciens Égyptiens, qui gardaient aussi les crocodiles en captivité, mais dans le
but de les adorer et de les embaumer après leur mort.
En face de Saigon, sur la rive opposée de la rivière, il y avait, du temps de Gia-Long, le hameau des jonques noires ; cet endroit avait été affecté par ce prince à la demeure des pirates chinois dont les jonques, toutes de petit tonnage, étaient peintes en noir. Le roi avait accepté leurs services, les avait laissés sous le commandement de leur chef et leur avait donné des terres. Il les avait chargés de la garde des côtes qu’ils connaissaient à merveille. Quelques-uns, d’humeur casanière, restaient à Saigon et étaient employés au calfatage des vaisseaux de la Hotte royale.
La ville de Saigon est renfermée dans un trapèze irrégulier formé à l’est par la rivière qui porte son nom, au sud par l’arroyo chinois, au nord par l’arroyo de l’Avalanche et enfin à l’ouest par le canal de ceinture. Il a fallu un travail de quelques années, pour dégager la ville annamite du plateau qui la dominait et des marécages qui l’étreignaient de toutes parts.
La première rue mise en état de viabilité, d’après nos idées européennes, a été la rue Catinat tracée sur l’emplacement de l’ancienne rue annamite qui allait de la citadelle au fleuve; on doit remarquer aussi la rue Nationale, qui traverse la ville dans toute sa longueur, en partant d’un vaste square sur lequel s’élève le monument consacré à la mémoire de M. Lamaille, par le commerce de Saigon.
Le marché se compose de huit grandes halles qui ne dépareraient point une belle ville d’Europe. Un grand canal aboutissant à un square, où se trouve le monument de iM. de Lagrée, chef de l’expédition du Mékong, permet l’accès de la halle aux denrées de toute nature.
Les pac[uebots des Messageries maritimes viennent débarquer en face de l’hotel de l’agent de la Compagnie, un des plus beaux et des plus anciens édifices de Saigon. La Compagnie l’a construit dans le but de faire de Saigon une tète de ligne pour la Chine et le Japon. Un pont tournant en fer relie cet édifice au reste de la ville.
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Ou remarque aussi la maison Vang-Taï, 'immense construction élevée par un riche Chinois, où s’est installé le cercle <• l’Union ».
L'aspect des rues de Saïgon est très animé et très curieux. Les représentants de toutes les races asiatiques et européennes s’y coudoient comme à Singapour et Hong-Kong. La population est du reste considérable, car si l’on y joint celle de la banlieue et de Cholon, on atteint un total de plus de 100,000 âmes.
La population fndigène habite de grands faubourgs composés de paillotes, le long des cours d’eau et autour des marchés, ou bien encore au milieu de jardins.
La plaine de Saïgon est riante, de grands arbres échappés à la cognée de nos soldats en font une promenade des plus agréables pendant les premiers mois de l’année alors que les Erythrines, dépourvues de feuilles, couvertes de tleurs d’un rouge vif disposées en grands panicules s’élevant vers le ciel, charment la vue par leurs dômes de tleurs.
C’est dans cetle saison qu’on doit visiter la pagode des Présages élevée par Minh-Mang sur le lieu même où il est né.
Près du village banyan se trouve un figuier gigantesque, la principale curiosité naturelle de ce charmant pays. Le tronc de cet arbre majestueu.x est formé d’un grand nombre
lJu boy.
Indo-Chinf.
LES COLONIES ERANÇAISES.
de tiges soudées ensemble. Comme si les multiples racines de ce tronc ne suffisaient point à l’entretien de son vaste dôme, des tiges droites descendent des principales branches et viennent s’implanter dans le sol.
Ces tiges ressemblent à d’élégantes et sveltes colonnes. Elles forment des portic|ues innombrables où l’on aimerait à se retirer loin des rayons du soleil, s’ils n’étaient habités par des familles de reptiles hideux.
Les rameaux de cet arbre admirable sont fréquentés par de charmants pigeons verts venant becqueter les figues qui y mûrissent en nombre incalculable.
La presse. — Il y a à Saigon une imprimerie nationale coloniale. Son personnel se compose de 73 individus dont 37 Européens. Les recettes effectuées en 1886 ont été de près de 73,000 piastres, sans compter la subvention du budget colonial. En 1886, il a été exécuté 463 commandes comprenant 731,390 imprimés, 4,480 registres, 10,122 brochures, 349 volumes reliés, 307 cartons, 11,100 livrets. La consommation de papier a été de 1,880,000 feuilles. Cette imprimerie publie le journal officiel de la colonie rédigé en français et en annamite.
L’imprimerie nationale publie le Bulletin officiel de la Cochinchine, Y Annuaire en français et en annamite, YÊcole du soldat, en annamite, à l’usage des tirailleurs, les procèsverbaux des séances du conseil colonial, les discours du gouverneur, les comptes rendus des recettes et les rapports au conseil colonial.
La Mission possède aussi une imprimerie qui imprime des livres destinés aux écoles en Quoc-Ngu, c’est-à-dire dans lesquels on supprime les caractères chinois pour les rem|)lacer par des lettres romaines.
Les premiers missionnaires qui aient adopté ce mode de transcription ontélé les Portugais, qui l’ont accommodé à leur prononciation. Des améliorations de différentes nature ont été tentées dans le but de remédier à ce défaut qui gêne beaucoup les Français (voir les travaux de M. Aymonnier).
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Outre le journal officiel français et le journal annamite, on publie à Saïgon plusieurs journaux politiques.
L’administration publie une revue intitulée Excursions et reconnaissances ; enfin tous les trois mois, paraît le Bulletin de la Société des études indo-chinoises ayant, comme son nom l’indique, le but d’approfondir toutes les questions intéressant la vaste péninsule où la France s’est établie ; cette société s’occupe aussi, mais d’une façon accessoire, des autres régions de l’Extrême-Orient.
Par décision du 16 juin 1865, l’amiral Roze a créé à Saïgon un comité permanent présidé par le chef d’étatmajor général, et chargé de l’étude des questions qui intéressent l’agriculture et l’industrie de la Gochinchine.
Cette décision importante, qui est le point de départ du développement agricole et scientifique de la colonie, porfait en outre qu’une exposition aurait lieu tous les ans dans la colonie.
Un comité permanent fut chargé, en 1877, de la préparation de l’exposition de la Gochinchine française au Champ-de-Mars. Il rédigea un volume in-8® de 320 pages, accompagné de cartes nombreuses, intitulé la üochinchine française en 1878. C’était la réponse à un questionnaire général qu’il avait adressé dans les différentes parties du pays.
Pour la majeure partie, le volume est l’œuvre de M. Pallasme de Champeaux, alors inspecteur des affaires indigènes. Interrompu par la maladie de ce haut fonctionnaire, il a été complété parla commission de rédaction du comité.
Jardin botanique. — L’honneur d’avoir fondé le Jardin botanique de Saïgon revient à l’amiral de la Grandière ([ui chargea de sa direction M. Germain, vétérinaire en second du corps expéditionnaire.
Le 28 mars 1865, M. Pierre, botaniste, prit la direction du jardin, qui avait une superficie de 12 hectares.
C’est de là que sortirent les arbres qui ornent aujourd’hui les avenues de Saïgon ; il servit également à propager, dans le pays, les plantes exotiques.
Depuis lors, on a construit une volière renfermant des spécimens de tous les oiseaux de Cochinchine, et des bassins où l’on élève des oiseaux aquatiques, si nombreux dans ce pays. La demeure du directeur' est remarquable par son élégance.
En 1875, le contre-amiral Duperré supprima le haras colonial fondé clans les premiers temps de la conquête, et sur son emplacement, établit la ferme des Mares, dont la superficie est de 120 hectares.
Le personnel européen de ces deux établissements se composait, en 1878, de; un directeur, un sous-directeur, un jardinier chef et un secrétaire.
Ce haut personnel était chargé de la publication d’annales spéciales.
Observatoire de la marine. — Cet observatoire est chargé de rédiger la partie astronomique dans VAnnuaire de Cochinchine et de régler la concordance du calendrier chinois avec le calendrier européen.
L’observatoire procède aussi aux observations météorologiques, et au calcul de l’heure des marées pour les principaux ports.
Malheureusement, par suite de circonstances dont l'étude est encore à faire, les marées sont loin d’avoir en Cochinchine une régularité très grande.
L’Observatoire calcule aussi l’heure du coucher de la lune et du soleil pour la ville de Sa'igon, et publie des tables de correction s’appliquant à toutes les villes de la Cochinchine.
Sa'igon possède une Société philharmonique qui a été fondée en 1880; chaque mois elle tient des réunions musicales auxquelles les sociétaires sont admis, mais tous les trois mois elle donne un grand concert auquel le public est convié.
Il y a deux cercles différents : le cercle colonial et le cercle de l’Union.
Le théâtre de Saigon est subventionné par la colo-
COCniNCHINE.
nie; autrement il lui serait impossible de supporter les frais considérables qui résultent du double voyage du personnel et du transport du matériel. Ce théâtre, construit légèrement, est assez élégant ; il est combiné de manière à laisser circuler le plus possible l’air autour des spectateurs, ce qui est indispensable dans un pays où, même pendant l’hiver, la température est toujours très élevée.
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Les ouvrages représentés sont, en général, montés avec soin, et il est difficile de se croire aussi loin, quand on assiste à la représentation des pièces (jui ont eu le plus de succès en France.
Les indigènes, môme ceux ([ui comprennent le français, ont peu de goût pour notre théâtre; ils lui préfèrent le théâtre chinois, ou, mieux encore, les théâtres annamites ambulants qui circulent dans le pays et font les délices des habitants.
Le théâtre chinois de Cholon est un vaste édifice pouvant contenir un millier de personnes. Ainsi que dans tous les théâtres chinois, il n’y a pas de décors ; au commencement de chaque acte, un acteur vient dire ce que la scène représente.
Tantôt c’est une forêt, tantôt un palais ou une chaumière; quelquefois quand un monarque doit figurer dans la pièce, on apporte un siège pour lui servir de trône, et l’illusion est suffisante pour les spectateurs qui suppléent, par leur imagination, au manque absolu de décors; mais par contre les costumes sont très brillants, et quelques-uns paraissent fort riches. Tout cela n’est que du clinquant, mais les fabricants de costumes sont si habiles, que les acteurs ont le plus souvent fort bel air. Ils ont surtout des armes remarquables parleurs formes et leurs dimensions.
Les grands personnages se distinguent par de fausses barbes énormes c{a’ils caressent perpétuellement avec complaisance. L’orchestre est placé au milieu même de la scène, un peu en arrière des acteurs. Cette disposition défectueuse qui suffirait à elle seule pour détruire toute illusion ne choque nullement les Chinois, chez qui elle est de tradition.
Les pièces représentées sont en général des drames historiques fort anciens, qui, depuis des siècles, font les délices des habitants du Céleste-Empire.
La représentation d’un de ces tableaux dure souvent plusieurs jours et les spectateurs, après avoir passé sept à huit heures au théâtre, reviennent successivement le lendemain et les jours suivants pour entendre la suite de la pièce (|ui les intéresse au plus haut point. Quelques-uns de ces drames durent, nous a-t-on dit, jusqu’à sept ou huit jours, et ils sont joués d’un bout à l’autre sans interruption.
Le jeu des acteurs est tout à fait en dehors de nos habitudes; ils se bornent à crier bien fort, à faire des mouvements très lents et très prononcés, et à arpenter la scène d’un pas majestueux. Les rôles de femmes sont joués par des hommes.
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A chaque instanl le dialogue est interrompu par l’orchestre, composé de gongs, de cymbales, de tambours et de tambourins, et d’un instrument, formé de baguettes vernies, que Fon frappe à tour de bras.
Tout cela produit un bruit incroyable, peu harmonieux pour nous, et au milieu duquel il est difficile de reconnaître la moindre mélodie digne de ce nom. Cependant, quelquefois un acteur joue dos airs dans une espèce de tlûte, et, quand on peut l’entendre, on est surpris de la fraîcheur et de l’élégance de certains des morceaux qu’il exécute.
En résumé le théâtre chinois est presque totalement dénué d’intérêt pour les Européens.
Le théâtre annamite est moins en contradiction avec nos usages ; quoiqu’il ressemble beaucoup au théâtre chinois, il est plus simple, et les pièces, au lieu d’être presque exclusivement consacrées à retracer des faits légendaires et des féeries, représentent souvent des sujets de vaudeville et des drames où le réalisme montre un peu le bout de l’oreille.
Il n’y a pas de théâtres annamites fixes, et les amateurs de représentations dramatiques doivent se contenter de ceux que peuvent leur offrir des troupes ambulantes qui dirigent où elles peuvent leurs tréteaux improvisés.
La musique annamite est aussi moins éloignée de nos mœurs que la musique chinoise.
Cholon. — La route haute de Saigon à Cholona été percée par M. Olivier du temps de Gia-Long, et conservée par l’administration française.
Po,ur arriver à ses fins, l’ingénieur de Gia-Long dut déplacer des tombeaux, opération toujours délicate et même dangereuse avec un despote ayant le droit de faire tomber toutes les têtes. On obtint cependant le consentement des parents, en donnant 3 ligatures et une pièce d’étoffe en coton pour chaque tombe ainsi déplacée; ce qui suffit, paraît-il, pour désarmer les mânes des ancêtres.
Cette route côtoie l’établissement agricole connu sous le nom de ferme des Mares, près des restes d’une ancienne
pagode royale : sorte de Panthéon consacré à la mémoire des grands hommes annamites.
Cholon est situé à 5 kilomètres de Saigon et communique avec lacapitale, par un tramway à vapeur qui suit l’ancienne route stratégique dont nous venons de parler, et par deux routes carrossables. La plus curieuse est celle du bord de l’eau qui suit l’arroyo chinois dans toute sa longueur. Elle est coupée par plusieurs ponts en bon état et offre un coup d’œil excessivement pittoresque. En effet, ce cours d’eau est, au moment de la marée, couvert d’une muUitude de jonques, de barques, de sampangs, de pirogues de toutes formes et de toutes grandeurs.
La ville de Cholon a été presque entièrement rebâtie depuis notre conquête. Elle a un développement de quais de plusieurs kilomètres, bordés de maisons magnifiques et de magasins très riches.
C’est par Cholon que passe, chaque année, la majeure partie des millions de piculs de riz, formant la -masse de l’exportation ; c’est là qu’on les met en sacs et qu’on les expédie sur tous les marchés du globe. Il est véritablement pénible de constater que, de ce grand courant commercial, la partie la moins importante est celle qui se dirige sur Marseille.
Le soir, les boutiques restent ouvertes comme à Paris. Les rues sont éclairées aux frais de la municipalité, qui est parvenue à donner des habitudes d’ordre et de propreté à la population chinoise.
Avec autant d’entrain qu’en Chine, les Célestes pratiquent leurs fêtes et leurs exercices traditionnels. Les habitants chinois de Cholon viennent de toutes les provinces de l’empire. Ils forment des congrégations différentes, espèce de corporations ou de confréries commerciales. La plus opulente est celle des Cantonnais, qui possède une pagode magnifique. Jamais les voyageurs qui passent par Saigon ne manquent de l’aller visiter.
Près de Cholon, se trouve la pagode des Clochetons et le