‹ Les colonies françaises (volume 2)Chapitre 8 sur 34 · CIIOLOX. — LA VILLE CHINOISE · texte numérisé non relu

CIIOLOX. — LA VILLE CHINOISE

petit fortin de Gaï-Mai. Celui-ci doit son nom a un arbre portant des fleurs dont l’odeur est la même que celle de la violette. C’est là qu’avant notre arrivée dans le pays, les étudiants et les jeunes filles se réunissaient chaque année pour faire des offrandes à Bouddha, chanter les hymnes d’amour et joncher le sol de fleurs.

Go-Cong. — Dans la province de .Saigon nous citerons encore Go-Gong, petite ville célèbre dans le pays par le siège qu’elle soutint quelque temps contre nous en 1862. C’est là que Gia-Dinh avait établi le centre de la résistance. C’est là aussi que la mère de l’empereur Tu-Duc a vu le jour.

Non loin de Go-Gong, se trouve un arbre étrange, noueux, tortueux et tourmenté. Ses feuilles sont rares, mais larges et d’un ovale très régulier. Pendant tout le jour de gros objets noirs, suspendus aux branches, se balancent au gré de la bise. Ces objets noirs sont des roussettes, chauves-souris à grandes ailes d’un mètre d’envergure. Ces animaux se suspendent aux branches de leur arbre favori, par des crochets dont leurs ailes sont pourvues, et se laissent aller la tête en bas. Pendant toute la journée ils sont ainsi balancés par le vent, sachant par expérience que l’homme ne viendra pas troubler leur sommeil. La nuit, ces singuliers animaux quittent leurs arbres pour chercher leur nourriture, qui, quoiqu’un disent certaines légendes, est celle de tous leurs congénères.

Tay-Nlxii. — La plaine de Ki-Iloa, où fut accompli un des premiers faits d’armes de Cochincbine, fait partie du cercle de Tay-Ninb.

On y voyait encore, il y a quelques années, les restes des lignes que les Annamites avaient tracées avec beaucoup d’art, et qu’ils ont mieux défendues que leur fort. Celui-ci porte le nom du lieutenant-colonel Testard, tué, en donnant l’assaut, par une balle qui le frappa au milieu du front. Il y a dans le voisinage un modeste monument élevé à la mémoire de l’enseigne de vaisseau Lareynière, tué dans la môme affaire.

COCHINCHINE

Avant l’arrivée des Français, toutes les maisons de ïay- Ninh étaient entourées de palissades pour se garantir contre les tigres qui sont en grand nombre dans les forêts voisines.

Dans les environs de Tay-Ninh est tombé, le 23 octobre 1883, un aérolilhe qui, arrivant dans une direction oblique, a rebondi et a disparu au milieu des airs. Dans son double mouvement, la pierre était accompagnée d’un sillon de lumière. Le magistrat indigène adressa un rapport circonstancié à l’autorité française; cette pièce singulière, qui a été reproduite dans le Cosmos, donne une preuve remarquable de la crédulité annamite. En effet, il apprenait à l’inspecteur qu’un dragon, vomissant le feu par les narines, était descendu sur la terre et était remonté au ciel.

Cette aventure qui s’est passée dans un des coins les moins habités de la Gochincbine française ne donne-t-elle pas l’explication de la manière dont la croyance à l’existence d’un dragon est enracinée en Chine?

Mytho. — La physionomie originale de Mytlio a beaucoup frappé les Français lors de la conquête.

Voici la description de la partie babitéepar les Annamites, que nous trouvons dans un ouvrage publié il y a vingttrois ans et qui s’y applique encore: «Reposant à moitié sur le sol, à moitié sur pilotis, les maisons baignent d’un côté dans la rivière, de l’autre elles donnent sur une rue étroite et glissante, dont la chaussée est pavée en briques. Les marchands accroupis dans leurs boutiques attendent , dans l’obscurilé, le chaland avec le flegme oriental! Le matin, la circulation n’y est pas facile , parce que vendeurs et acheteurs y affluent de la campagne voisine et que les opérations se font toutes en plein vent. Mais tout redevient tranquille dans l’après-midi. On peut alors errer de boutiques en boutiques, que l’on trouve encombrées par une multitude d’objets de la vie usuelle importées du Céleste Empire et que leur bon marché empêche de comprendre dans les car-

gaisons d’objets de la Chine que l’Europe achète avec une faveur croissante.» Aujourd’hui, Mytho n’a pas perdu enlièrement sa physionomie originale, mais elle est rattachée à Saigon par une voie ferrée ayant 70 kilomètres de longueur. On y construit une fort jolie église, un collège et un hôpital militaire ; ce sera sans doute la ville de Cochinchine qui suivra la première l’exemple de Saigon et deviendra un centre ' de civilisation française.

L’arroyo de la Poste qui aboutit à Mytho est couvert de barques annamites dont la forme rappelle le croissant et qui ont à l’avant deux gros yeux de poissons ; le port de la plupart ne dépasse pas 15 tonnes. On reconnaît leur provenance à la couleur de leur pavillon; le rouge, couleur de Saigon, domine. On y voit aussi des radeaux du Cambodge. Ce sont des assemblages de bambous surmontés d’une case en feuilles de palmier nain. Les indigènes y ont de nombreuses pêcheries, ils retiennent prisonnières dans des enclos formés par des filets des légions de poissons et des crevettes grosses comme des langoustes.

C’est dans le nord de la province de Mytho que se trouve la plaine des Joncs, vaste marécage habité par des légions de crocodiles et des serpents innombrables. Les moustiques y pullulent au point qu’on en est aveuglé.

Vinh-Long. — Vinh-Long est à 120 kilomètres de Saigon, sur la rive droite du bras oriental du Mé-Kong, et en amont de Mytho. La ville présente un aspect pittoresque; ses rues sont propres et ombragées. La plupart des villes de Cochinchine semblent d’ailleurs construites sur le même modèle, légèrement modifié suivant les circonstances locales.

La province de Vinh-Long produit du paddy, du riz, des noix d’arec, des fruits, etc.

Bien-Hoa. — Rien-floa, chef-lieu de la province et de l’inspectorat de ce nom, est le centre de la culture naissante de la canne à sucre, et des nombreuses exploitations forestières. La Société agricole et industrielle y entretient un représentant spécial. C’était le siège d’un grand marché et.

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déjà du temps des Annamites, un des principaux cenires commerciaux de la province.

Chaüdoc. — Chaudoc est situé sur le grand fleuve, à une assez grande distance de Saigon, dans un pays admirablement boisé. On y fait de la culture et on y fabrique des soieries indigènes. Les Français y ont établi une scierie à vapeur pour les bois de toute essence : on les débite aussi bien pour la cbai' pente que pour l’ébénisterie.

Haïien. — Hatien est un port dont les barques annamites peuvent seules faire usage, et qui est d’une défense très facile.

C’est là que se trouve un camp retranché pour les garnisons annamites de la province. Dans ce pays, la culture la plus répandue est celle du poivre.

Lo.ng-Xuyen. — Long-Xuyen, dépendant de la province de Chaudoc, possède de belles plantations d’aréquiers et de cocotiers célèbres dans un pays dont les palmiers sont une des principales richesses végétales.

Défense du pays. — Les commandants des corps expéditionnaires n'ont point attendu que la Cochinchine fût déclarée co- ij,, i,ainiioii.

Ionie française pour utiliser la bonne volonté des indigènes et notamment des chrétiens. A côté de ces pauvres diables, généralement très misérables, et qui s’échappaient, à peu près nus, des mains de leurs ennemis, se trouvaient les propriétaires mécontents du gouvernement annamite et saluant comme une révolution bienfaisante l’arrivée d’une nation forte, habile à réprimer le brigandage et à faire cesser les incursions des Siamois.

L’amiral Ronard fut lé premier qui forma un bataillon indigène ; cette troupe joua dans l’expédition de Go-Cong un rôle important. Les tirailleurs sont aujourd’hui fortement encadrés par des officiers et des sous-officiers européens. L’expérience acquise en Algérie a été profitable et l’on peut dire que, sauf la conscription établie d’une façon particulière et remplaçant l’engagement volontaire, le régime militaire des indigènes cochinchinois est calqué sur celui des Arabes de nos possessions de l’Afrique septentrionale.

Le costume se ressent naturellement des modes spéciales au pays. Les soldats y sont généralement de petite taille et portent les cheveux relevés à la chinoise, ce qui leur donne un air de femmes. C’est ce qui a fait, il y a environ un siècle, une partie du succès du fils de l’empereur Gia-Long, que Lévêque d'Adran avait amené' à la cour du roi Louis XVI, comme nous l’avons rapporté plus haut.

Le régiment des tirailleurs annamites est un puissant moyen de propagande pour la diffusion de notre langue et de notre système d’éducation. En 1885 sur 2,792 militaires indigènes, il y en avait 515 écrivant le quoc-ngu, et en 1886 sur 2,821 , on n’en comptait pas moins de 600. Sur les 2,792 militaires indigènes de 1885, il y en avait 762 qui savaient au moins lire-le français, tandis qu’il n’y en avait plus, en 1886, que 277, Cette diminution frappe surtout les caporaux et les soldats; elle s’explique par cette raison, que les cadres des régiments formés au Tonkin ont été recrutés parmi les indigènes lisant le français. Mais le zèle avec lequel on étudie notre langue au régiment n’a pas diminué, car le nombre d’élèves qui était d’abord de 470 s’est élevé à 1574. Actuellement, on peut dire que tous les soldats qui ne savent pas notre langue cherchent à en acquérir les principes.

Il est bon de noter que le nombre des militaires indigènes mariés est considérable et tend encore à augmenter. En 1885, il était de 1,219 ; en 1886, il s’était élevé à 1,63.3. Le nombre des enfants a également augmenté, il était de 1 ,074

COCniNCIIINE.

et. s’est élevé à 1,283. Celui des enfants de militaires qui suivaient nos écoles était de 170; il s’est élevé à 175, par conséquent, proportion gardée, il n’a point augmenté.

L’effeclif des troupes stationnées en Cochinchine a varié très souvent par suite des emprunts qui ont été faits à la garnison, tant pour la guerre de l’Annam et du Tonkin, que pour l’occupation du Cambodge ; il a été en moyenne, pen- . dant l’année 1886, de 5,663 hommes, dont 2,474 d’infanterie de marine et 2,908 de tiraillenrs annamites. Quoique la

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