‹ Les colonies françaises; (volume 3)Chapitre 14 sur 29 · MORONI · texte numérisé non relu

MORONI

Vue générale.

LES COMORES

Précis historique.

Description géographique.

Climatologie. — Ethnographie. — Productions et cultures.

L'archipel des Comores est situé à mi-distance entre Madagascar et le continent de l'Afrique, par ii^ 20' et 13^ 5' de latitude sud, ZiO« 50' et Zi3° 10' de longitude est; il en est séparé par des abîmes océaniens ayant une profondeur d'un millier de mètres. Il se compose de quatre îles et de quelques îlots formant satellites autour d'elles; l'ensemble, dirigé du sud-est au nord-ouest, forme une chaîne d'environ 2Zi5 kilomètres de longueur, que les éruptions volcaniques ont fait surgir du fond de la mer.

Historique. — Les Comores n'appartiennent ni à Madagascar, ni à l'Afrique; elles constituent un groupe à part,

ayant une certaine originalité dans sa flore et dans sa faune.

De tout temps les Comores ont été connues par les Arabes; du x*' au xiii® siècle, leurs géographes en parlent sous le nom de Komr, également appliqué à Madagascar ; Staniland Wake rattache ce nom à celui de Khmer de rindo-Chine.

D'après une tradition locale, une colonie d'Arabes, sectateurs d'Ali, serait venue se fixer aux Co,mores sous la conduite d'un prince de l'Yémen qui, après avoir soutenu plusieurs guerres, aurait été vaincu et obligé de prendre la fuite avec sa famille et une partie de ses sujets. Presque tous les vaisseaux furent dispersés par une tempête et trois bâtiments seulement purent se sauver. Le chef se fixa à Anjouan avec sa famille; ses sujets s'établirent à Maouté (Mayotte), Moheli et Comore, qui du reste ont toujours reconnu la suprématie d'Anjouan.

Les Persans de Chiraz qui trafiquaient avec la côte d'Afrique, à Magdochou et Kiloa, débarquèrent aussi aux Comores. Dans les premiers temps de l'expansion portugaise, la grande Comore fut visitée par des marins de Lisbonne, mais les colons proprement dits, des fugitifs pour la plupart, vinrent de Madagascar et de la côte africaine ; ils formèrent avec ceux de l'Arabie une race croisée off*rant toutes les transitions du Sémite presque pur au Malgache et au Bantou. Le trafic a également attiré quelques Banyan de Bombay.

Sauf Mayotte, véritable colonie française depuis 1843, les Comores ont été mises, en 1886, sous le protectorat de la France qui y entretient des résidents. Presque tous musulmans, les Comoriens n'entreront que lentement dans le courant de la civilisation européenne.

Description géographique. — Quoique d'une faible étendue, l'archipel a une grande importance stratégique par sa position au milieu du canal de Mozambique et sur le flanc de Madagascar,

LES COMORES

La superficie totale des îles est de 2,067 kilomètres carrés, et leur population, présumée ou recensée en 1887, s'élevait à Zi7,000 habitants.

La poussée volcanique qui a fait surgir cet archipel, a été plus forte dans la partie septentrionale ; tandis qu'à Mayotte, située dans le sud-est, les mornes les plus élevés ne dépassent guère 600 mètres, les sommets d'Anjouan^ qui occupe le milieu de Tarchipel, atteignent 1,576 mètres, et dans l'île du nord-ouest, la grande Comore, le volcan actif

MoRONi. — La grande mosquée.

Caratala ou Kartal, appelé aussi Djoungou dja Dsaha, la (( Marmite de feu », se dresse à 2,650 mètres d'altitude. Gette montagne imposante, avec ses escarpements noirâtres dominant les flots bleus et sa guirlande étroite de cocotiers, présente un des tableaux grandioses de l'océan Indien. Parfois une colonne de fumée s'élève du cratère, abîme de 150 mètres de profondeur et de 2 kilomètres de tour; en 1858, des laves s'épanchèrent, en abondance, des flancs occidentaux du Kartal, entourant, comme un îlot, un village perché sur une ancienne coulée.

Plusieurs autres monts, cônes parfaits ou irréguliers, sont aussi d'un très grand aspect, et se terminent en promontoires de prismes basaltiques.

m LES COLONIES FRANÇAISES.

Les Comores ont également des formations non volcaniques. Certaines plages, dont le sable est de la lave délitée, mêlée de fer, sont d'un noir brillant, et contrastent par leur couleur avec les récifs de coraux d'une blancheur éclatante. Ces massifs coralligènes, à la grande Comore, à Mohéli et sur les côtes d'Anjouan, tiennent au rivage, et ne s'étendent pas au loin; à Mayotte, au contraire, ils forment une ceinture ayant quelques brèches par lesquelles les navires peuvent entrer.

Des couches de sable et de coquillages modernes, complètement semblables à celles que maçonne actuellement le flot, se voient à une certaine hauteur au-dessus du niveau marin; il y a donc eu soulèvement du sol dans ces parages (A. Gevrey).

Climatologie. — L'étendue des îles n'est pas assez grande pour pouvoir modifier le régime des courants atmosphériques; les saisons y sont donc mieux réglées qu'à Madagascar, et sont soumises à des variations régulières déterminées par les changements de moussons.

La saison sèche se maintient sans changements de mai en octobre ; pendant cette période, beaucoup d'arbres perdent leurs feuilles, et la température est en moyenne de 25 degrés centigrades, avec un maximum de 29 degrés et un minimum de 18 degrés. Les vents soufflent alors du sud-est ; ce sont les alizés de l'hémisphère austral ; toutefois ils varient journellement, avec le mouvement du soleil, vers le sud-ouest.

L'hivernage, saison de la chaleur et des pluies, commence en octobre; la température moyenne est de 29'^5; elle s'élève jusqu'à 35 degrés centigrades, et descend à un minimum de 25 degrés. Les vents du nord-ouest dominent dans l'archipel, et les pluies tombent en abondance ; elles atteignent jusqu'à 3 mètres d'eau, et même davantage sur les flancs des montagnes.

Parfois les vents opposés se heurtent ou se neutralisent en calmes; tantôt ils tournoient en cyclones, mais ces ou-

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ragans n'ont jamais la violence de ceux de Maurice et de la Réunion.

Pendant l'hivernage, les orages sont presque journaliers, et les vents de l'ouest au nord amènent parfois de la grêle.

Flore. — La grande Comore, malgré l'énorme quantité de pluie qui y tombe pendant une partie de l'année, n'a pas un seul ruisseau permanent; le sol, composé de

Grande Comore. — Festin pour la réception d'un Européen.

cendres et de scories volcaniques, absorbe toute l'eau ; les autres îles ont de petits cours d'eau.

Le sol des Comores est d'une extrême fertilité ; les grands arbres y poussent admirablement ; avant d'être habitées, ces îles ont dû, pour ainsi dire, ne former qu'une forêt ; aujourd'hui, un sixième seulement de leur superficie est recouvert de bois. Quelques espèces paraissent d'origine locale, mais la plupart des plantes ont été importées, soit par l'homme, soit par les courants maritimes. De nombreux végétaux sont venus de Madagascar par cette voie. Pendant la mousson du sud-est, un contre-courant,

local et superficiel, fait parfois refluer les eaux qui se portent ordinairement vers le sud, et c'est ainsi que des semences, appartenant à la flore malgache, ont été apportées aux Comores.

Parmi les arbres des forêts et des halliers, il faut citer les ficus, les cocotiers, les aréquiers, les fougères arborescentes, les manguiers, etc. L'orseille est très abondante.

Faune. — La faune des Comores n'est pas riche et elle indique bien Madagascar comme lieu d'origine. La plupart des espèces sont identiques dans les Comores et dans la grande terre, ou, du moins, appartiennent aux mêmes genres. On n'y trouve qu'un lémurien, une espèce de hérisson et une musaraigne. Les chauves-souris sont nombreuses; leur espèce se rencontre dans l'orient jusqu'en Australie, mais elle manque en Afrique.

Parmi les oiseaux, les principaux à signaler sont : un petit faucon « schimpanga », un « milan parasite » (Hartmann),^ des colibris aux couleurs variées, des gobemouches, des tourterelles, et une espèce de perroquet noir qui se rattache à une forme de la Malaisie (Milne- Edwards). Dans les parties désertes de l'ile d'Anjouan sont des poules huppées.

Il y a en outre des tortues, des caméléons, des . lézards, des serpents, dont une espèce est venimeuse, des grenouilles, etc.

Le monde des insectes est peu connu, mais il paraît avoir des sujets très intéressants.

Les côtes sont animées par des hérons, des chevaliers, des albatros, des pélicans, des frégates, des fous, etc., et partout la mer est riche en coquillages ainsi qu'en poissons aux couleurs éclatantes.

Population. — Presque tous les habitants [des Comores sont de grande taille, ont le teint jaunâtre, les lèvres épaisses mais non bouffies, le front haut mais étroit; les cheveux seraient crépus, s'ils n'étaient d'ordinaire

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rasés à la musulmane. Les femmes ont les dents noircies par Fusage du bétel; plusieurs se tatouent, et portent une fleurette ou un bouton de métal à la narine, suivant la mode hindoue.

A Mayotte, l'élément malgache a dominé et les habitants sont plus noirs; dans les autres îles, le type sémitique apparaît davantage.

Dans la grande Comore, les habitants sont d'une taille et d'une musculature exceptionnelles ; les voyageurs parlent avec admiration de ces hommes qui, majestueux et pacifiques, cheminent gravement sur les rochers, en s'appuyant sur de longues cannes. Les animaux aussi sont plus forts que ceux des autres îles (A. Gevrey).

Dans cette île, les maladies sont rares et l'éléphantiasis y est inconnue, de même que les plaies si fréquentes chez les Africains du continent et des îles. Cette situation particulière s'explique par une bonne hygiène, et surtout par la salubrité du sol, fréquemment arrosé, mais toujours sec.

Forts, actifs, très sobres, d'une grande propreté, et se récréant fréquemment par la musique, les Comorois, à rencontre des habitants des autres îles, ne se marient point dans l'extrême jeunesse ; la moyenne des épousailles est de vingt-sept ans pour les hommes, de vingt ans pour les femmes (Otto Kersten). Le costume ordinaire est celui des Malgaches ; mais dans quelques familles s'est conservé l'usage d'un masque carré qui s'ouvre à la hauteur des yeux.

Les Antalotch et la classe dominante des Mahori (Maures), appartenant également à la race croisée, sont mahométans, et tâchent de se rapprocher des Arabes, « leurs initiateurs et leurs maîtres w.Les esclaves « cafres » appartiennent à toutes les peuplades de la côte orientale d'Afrique; ils ont concilié le culte des fétiches avec la fréquentation de la mosquée.

-Tous ces peuples sont gouvernés par des sultans, et on

peut dire que chaque ville a le sien. Les actes solennels sont rédigés en arabe, mais la langue usuelle, qui contient quelques mots malgaches importés par les Sakalaves et les Betsimisarakes, s'écrit aussi en caractères arabes et elle est une variété du souahéli de Zanzibar (Élisée Reclus). Les Cafres ont dû adopter la langue de leurs maîtres, non sans y ajouter un grand nombre de mots, le dixième environ du vocabulaire, d'après Casalis.

Près de la moitié des Comoriens sont des noirs asservis, quoique les sultans se soient engagés à libérer leurs esclaves.

Naguère, la principale industrie des marins de l'archipel était la traite des nègres; leurs boutres sont employés maintenant au transport des vivres et des marchandises, entre Madagascar et les terres voisines.

Anjouan. — N'souani ou a île de la main » est la plus fertile des Comores. Sa superficie est de 378 kilomètres carrés, et sa population est de 12,000 habitants. Un grand nombre de ruisseaux, très poissonneux, y entretiennent une riche végétation.

Les planteurs étrangers ont introduit la culture de la canne à sucre qui a parfaitement réussi et donne au sultan de l'île une part considérable de ses revenus.

Pendant longtemps, Anjouan a été un point de relâche entre le cap de Bonne-Espérance et les Indes, et le trafic était relativement considérable. Les Anglais y ont établi un dépôt de vivres et de charbon pour leurs croisières contre la traite.

C'est à Anjouan que furent déportés, en 1801, à la^suite du complot dit de « la machine infernale », Rossignol et plusieurs de ses compagnons ; ils moururent tous en peu de temps.

En 1816, le sultan d'Anjouan fit demander au gouverneur de l'île Bourbon de le protéger contre les incursions des Malgaches. Le ministre de la marine, consulté à cet égard, refusa tout concours, et chaque année, à époques presque

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périodiques, la malheureuse île fut livrée aux déprédations de ses voisins. Constamment pillés, les Anjouannais abandonnèrent peu à peu la culture et tombèrent dans Papathie, conséquence fréquente du fatalisme mahométan.

La capitale, Mosamoudou ou, plus souvent, Anjouan, est située dans le nord-ouest de l'île ; entourée de murailles à tours carrées et à poternes étroites, elle contient un grand nombre de maisons en pierre. Dans la citadelle en ruine, on voit encore deux pièces de campagne, en bronze, données par le premier consul.

MoHÉLi ou Moali est la plus petite et la moins peuplée des Comores ; sa superficie n'est que de 231 kilomètres carrés et sa population de 6, 000 habitants. C'est pourtant elle qui fournit le plus de travailleurs aux plantations de Mayotte.

Ayant des montagnes Femme légitime de Saïd-Ali.

moins hautes que celles

d'Anjouan, parfaitement arrosée par des eaux trop riches en magnésie, Mohéli est très fertile; les palmiers, les caféiers, la canne à sucre, les girofliers et les vanilliers y sont très prospères. Les principaux domaines appar- * tiennent à des propriétaires anglais, et même la résidence du sultan est enclavée dans une de leurs plantations.

La capitale, Fomboni, construite à environ trois kilomètres de la côte orientale, est entourée de murailles; quoique ses rues soient des plus étroites, — quatre hommes ne peuvent y passer de front, — ■ elle a un aspect plus propre et elle est mieux entretenue que les autres villes comoriennes.

Océan Indien. 9

C'est à Mohéli que se réfugia tout d'abord Ramenetak, le neveu de Radama P"" (voir le précis historique de Madagascar). Pendant la guerre qu'il soutint en faveur de Banacombé, sultan dépossédé de Mayotte, il fut attaqué par Abdallah, sultan d'Anjouan ; l'escadrille de ce dernier fut jetée à la côte de Mohéli par un coup de vent, et Abdallah tomba au pouvoir de Ramenetak qui le laissa mourir de faim dans sa prison.

La GRANDE COMORE ou Angazyza est la plus grande et la plus populeuse des îles de l'archipel ; sa superficie est de 1,102 kilomètres carrés et sa population de 20,000 habitants ; cependant elle est celle dont les cultures ont le moins d'importance, et qui prend le moins part au mouvement commercial ; d'ailleurs elle est rarement visitée à cause du manque d'alguades et de ports. Toutefois elle expédie du bétail à Mayotte, et quoique les ruisseaux disparaissent dans le sol poreux, l'eau souterraine entretient une belle végétation (H. Jouan).

La résidence du sultan est la ville de Moroni ou « Brûlée », au bord d'une crique delà côte occidentale.

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