CHAPITRE PREMIER
Précis historique. — Description géographique. Ethnographie et Population.
Epoque antérieure à 1830. — Cession de l'île par la reine Tsimeco. — Révolte en 1849. — Dernière guerre contre les Hovas. — Chaînes de montagnes. — Cratères. — Rivières et marécages. — Nature et importance de la population.
Avant 1830. — L'île de Nossi-Bé, « île grande », située près de la côte ouest^de Madagascar, à rouvert de la grande baie de Passandava, entre les 13*" il' et 13*" 25' de latitude sud et entre les /iS" 53' et 46'' 1' de longitude est, est possession française depuis ISZil.
Par suite de sa position entre les Comores et Madagascar, elle a dû participer au mouvement de navigation qui, depuis les temps les plus reculés, s'est établi entre la côte orientale d'Afrique et la grande terre de Madagascar. On retrouve encore, dans un des villages de Nossi-Bé, des Antalastres « gens d'outre-mer », qui ne sont que des Malgaches croisés de Comoriens et d'Arabes.
Comme pour Mayotte, l'histoire de Nossi-Bé est assez obscure jusque vers 1830. A cette époque, le gouvernement de Louis-Philippe, tout en cessant les hostilités contre les Hovas, reconnaissait la nécessité d'avoir un port de relâche et de ravitaillement dans la mer des Indes ; il songea un moment à Diego-Suarez qu'il fit explorer en 1833 (voir notice sur Diego-Suarez), mais il y renonça, d'abord pour ne pas porter ombrage aux Anglais, et ensuite faute de ressources pour mettre ce point en état de défense.
Toute fâcheuse qu'elle fût cependant, cette situation avait eu une conséquence heureuse : pour utiliser leurs loisirs, nos croiseurs s'imposèrent le devoir d'explorer toute la côte occidentale de Madagascar, entretenant des relations amicales avec la plupart des tribus d u littoral, tribus auxquelles les Hovas n'avaient jamais pu parvenir à faire reconnaître leur suprématie.
Cession de l'île par la reine Tsimego. — Au cours de ces explorations, en 1839, le brick Colibri vint mouiller à Nossi-Bé; la reine Tsimeco, chassée de ses États de la côte nord-occidentale de Madagascar par les Hovas, et réfugiée avec la plus grande partie de son peuple à Nossi-Bé, exposa sa triste situation au commandant et lui demanda la protection de la France. Cet officier s'empressa d'en informer le contre-amiral de Heil, gouverneur de l'île Bourbon, homme d'une haute valeur et doué des plus remarquables qualités du marin. Sachant déjà qu$ les Sakalaves, pourchassés par les Hovas, n'attendaient que l'occasion de secouer le joug de leurs vainqueurs, il chargea le capitaine d'infanterie de marine Passot de se rendre sur les lieux.
NOSSI-BÉ.
de s'enquérir de la situation et de revenir lui en rendre compte. Le rapport qui lui fut fait ayant été des plus favorables, Pacte de cession fut signé en juillet ISZiO. Par cette convention la reine Tsimeco cédait à la France, en toute propriété et à perpétuité, la totalité de ses États.
Le même capitaine Passot, qui avait si bien rempli sa première mission, fut chargé, quelque temps après, à la suite des ouvertures faites au lieutenant de vaisseau Jehenne par Adriansouli, sultan de Mayotte, de négocier la cession de cette dernière île. (Voir volume Les Comores et MayoUe.)
Notre pavillon ne flotta toutefois sur Nossi-Bé que le 5 mai I8/1I, jour de la prise de possession officielle.
La reine transporta sa résidence dans une petite baie comprise entre la pointe Mahatinzo et l'anse Passimena; on éleva pour elle une maison en maçonnerie autour de laquelle se groupèrent les cases d'un grand nombre de ses anciens sujets.
RÉVOLTE DE 18^9. — En i8/i9, Nossi-Bé faillit nous échapper ; l'abolition de l'esclavage servit de prétexte à une révolte, à main armée, des principaux habitants qui en foule vinrent tenter l'assaut de Hell- Ville. Malgré l'insuffisance des ressources dont disposait le capitaine Marchaise, commandant particulier de la colonie, ils furent repoussés avec de grandes pertes. Depuis lors la tranquilité n'a plus été troublée que par des courses sans importance et sans résultat, faites par les maraudeurs de la côte voisine de Madagascar. Aujourd'hui ces attaques ont complètement cessé. Toutefois, en 1882, à l'instigation de certains missionnaires, les Hovas, déjà maîtres de la côte ouest, tentèrent un coup de main sur Nossi-Mitsio, île dans le nordnord-est de Nossi-Bé, qui nous appartient; sans la vigilance du commandant français, ils auraient certainement réussi dans leur entreprise.
Dernière guerre contre les Hovas. — La France ayant été obligée de recommencer les hostilités contre les Hovas,
Nossi-Bé fut d'une très grande utilité pour nos forces navales. L'amiral Miot, désirant protéger les Sakalaves de la côte nord-occidentale de Madagascar, nos alliés, avait chargé un capitaine d'artillerie de relever sur un des points de cette côte un emplacement favorable à la construction d'un blockhaus, afin que nos protégés pussent se grouper à l'abri de cet ouvrage fortifié, sous le feu même de notre garnison.
Après avoir mûrement étudié la question, il fut décidé que l'endroit le plus propre à l'édification de ce blokhaus se trouvait au fond de la baie de Passandava, à l'ouvert de laquelle est située Nossi-Bé, en un point nommé Ambohemadiro, ancien retranchement hova, brûlé en mai 1883 par l'amiral Pierre. Aussitôt le commandant de Nossi-Bé avisa les chefs sakalaves de cette décision. Ceux-ci promirent de nous aider dans l'exécution de ce projet et nous fournirent leur contingent d'hommes et de matériaux, enfin tout ce dont ils disposaient. Grâce à leur concours dévoué, grâce aussi au zèle de nos marins et de nos soldats, tout cela fut promptement exécuté, et quelques jours après, à 8 heures du matin, le commandant de Nossi-Bé eut la glorieuse satisfaction de voir au bout d'un bambou de 12 mètres de haut, le drapeau de notre patrie, salué par 2Zi coups de canon, ombrager majestueusement de ses plis, non pas une nouvelle possession, mais un coin de territoire qui nous appartenait en vertu d'une cession légitime (H. Le Ghartier et G. Pellerin).
Le 5 décembre I88/1, les Sakalaves, ayant à leur tète le roi de Nossi-Mitsio, contribuèrent à la prise de Vohémar.
Depuis le traité de 1885 avec la reine hova, Nossi-Bé, tout en restant comme une sentinelle dans le canal de Mozambique, doit surtout songer au développement de ses ressources naturelles.
Description géographique. — Placée immédiatement à l'entrée de la baie de Passandava, laquelle est terminée au
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nord par la presqu'île d'Ankifi et au sud par celle de Bavatoubé, nie de Nossi-Bé est beaucoup plus rapprochée de la grande terre du côté d'Ankifi : il suffit en effet de quelques heures, même avec une petite embarcation, pour s'y rendre. L'île de Nossi-Gomba, immense cône de 5/i8 mètres de hauteur, sépare Nossi-Bé d'Ankifi.
Complètement distincte du groupe des Comores, elle n'en est distante que d'une soixantaine de lieues.
Un groupe d'îles et d'îlots , Nossi-Mitsio, Nossi-Lava, Nossi-Fali, Nossi-Comba, Nossi- Yorou, Nossi-Fanihi, Tani-Keli, Sakatia, Tendraka, Nossi- Tanga et Antsouhéri entourent Nossi-Bé comme des satellites.
L'île principale a la forme d'un quadrilatère irrégulier, prolongé au nord par la presqu'île Navetzi et au sud par celle de Loucoubé. Sa plus grande longueur, de la pointe d'Ampourah à la pointe Loucoubé, est de 22 kilomètres; sa plus grande largeur, d'Angouroukaran à Andiamakabou, est de 15 kilomètres. La superficie totale est de 293 kilomètres carrés.
A la pointe Loucoubé, la terre est découpée par de profondes ravines qui laissent voir sous la couche végétale un granit à gros grains de quartz, mêlé de larges paillettes de
mica et formé d'un feldspath gris ou légèrement rosé. La presqu'île de Navetzi est constituée par un grès quartzeux très régulièrement stratifié. Dans le reste de l'île, le sol se compose exclusivement de tracliytes et de basaltes, alternant avec des conglomérats ou des tufs produits par des éruptions sous-marines et recouverts, en dernier lieu, par des couches arénacées très particulières.
Montagnes. — L'île a trois groupes de montagnes parfaitement distincts : ce sont ceux du Centre, de Navetzi et de Loucoubé.
Le premier a pour point culminant Tannilatsaka, « terre tombée » dont l'altitude atteint à peine 500 mètres, et qui est le point de départ de quelques chaînes secondaires, ou, pour parler plus exactement, de plusieurs séries de mornes. -
Le groupe du nord est formé par une chaîne ayant la direction nord-sud, taillée à pic vers l'ouest et s'abaissant moins brusquement du côté de Navetzi. Cette chaîne est interrompue par une grande coupée dans laquelle coule le Dzamarango.
Le troisième groupe se compose presque uniquement du morne Loucoubé, piton granitique de /i53 mètres de hauteur, creusé de profondes ravines et couvert d'une magnifique végétation. Ce sommet s'aperçoit d'une distance de 12 à 15 lieues; il est recouvert de forêts de haute futaie sur toute la partie sud, mais la partie ouest a été mise à nu par des défrichements au moyen du feu. Sur les flancs et les pieds de ce massif, ainsi que dans les ravins dont il est creusé, se voient d'immenses blocs de granit dont quelques-uns n'ont pas moins de 300 mètres cubes, roulés du haut de la montagne, entassés de la manière la plus pittoresque, formant tantôt des grottes profondes, tantôt des aqueducs naturels, où s'épanche une eau fraîche et limpide.
Outre ces trois groupes principaux, il y a un grand nombre de pitons isolés dont les plus élevés à l'ouest sont
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le Dzamandzar, les mornes de Tavandava et de la « Pointe à la fièvre, voisins de Hell-Yille, chef-lieu de la colonie ; à l'est, est le niorne de Vouririky, au pied duquel sont des marais à sangsues.
Cratères. — D'origine volcanique, Nossi-Bé a plusieurs anciens cratères, notamment les trois d'Angouroukarany sur un des plateaux inclinés de Tannilatsaka, et ceux d'Ampombilava, à 3 kilomètres au nord de Hell- Ville, désignés sous le nom de « grand » et « petit » cratère, analogues aux puys de l'Auvergne. Sur le vefsant ouest on trouve les traces d'anciennes coulées basaltiques qui s'étendent au loin dans la plaine d'Ampombilava.
Rivières et marécages. — De ces groupes de montagnes s'échappent une foule de petits ruisseaux et de torrents qui parcourent les innombrables ravines dont le sol est déchiré. De tous ces cours d'eau, aucun n'est navigable; les trois principaux, dont l'eau est potable toute l'année, prennent leur source dans le Tannilatsaka. Le premier et le plus important par sa longueur est le Djabal ou Djabala qui roule dans la direction de l'ouest, passe au pied du plateau de Hell-Ville et va se jeter dans la mer, après avoir traversé un marais fréquenté par d'énormes caïmans. Au milieu de ce marais se trouve une source d'eau thermale sulfureuse alcaline dont la température normale est de kU centigrades.
Le Djabal, qui pourrait rendre de si grands services à la culture, est une cause d'insalubrité pour Hell-Ville; sur ses bords s'étendent de vastes marécages dont les émanations délétères sont la cause déterminante de fièvres paludéennes affectant trop souvent la forme pernicieuse. Ses principaux affluents sont l'Antourtour, le Sadjoua qui parcourt une belle plaine, très fertile et très heureusement située au point de vue climatérique, abritée qu'elle est, par de hautes montagnes, contre les émanations paludéennes du littoral, et enfin l'Androdoa, remarquable par une cataracte de 50 mètres de hauteur. La mer remonte le
Djabal jusqu'à 3 kilomètres en amont de son embouchure et le rend navigable en canot sur une certaiae étendue.
Les deux autres cours d'eau pouvant être cités sont : l'Andriana qui coule dans la direction du nord-est et va se jeter à la mer au fond de la baie d'Empireque, et l'Ankarankely, coulant vers l'est, qui se jette à la mer à Andimakabou, après avoir traversé un grand marais couvert de palétuviers.
Les eaux de la mer ont formé à l'embouchure de presque tous les ruisseaux, principalement au sud-ouest et à l'est, des marais dangereux par leurs émanations, et difficiles à dessécher à cause de leur étendue (de Lanessan).
On rencontre également à Nossi-Bé plusieurs aiguades où les bâtiments peuvent s'approvisionner d'eau avec facilité. Ce sont des filets d'eau fraîche serpentant dans les roches. Deux de ces aiguades sont situées près du mouillage de Loucoubé, à l'ouest de la forêt de ce nom, dans de petites anses de sable où abordent facilement les embarcations ; la troisième, qui est la plus abondante, est située près du mouillage de la côte sud, entre la pointe Tafondro et la pointe Loucoubé ; mais elle a l'inconvénient de ne pouvoir être approchée qu'à marée basse.
Depuis 1878, on a construit à l'extrémité du village d'Andouane, qui fait suite à Hell-Ville, un château d'eau dont le réservoir, constamment rempli, alimente la ville au moyen de tuyaux en fonte avec lignes obliques, s'étendant jusqu'à l'extrémité de la jetée du port, où les bâtiments peuvent très facilement faire leur eau en quelques heures.
Les petites îles. — Nossi-Mitsio, à 25 kilomètres au nord de Nossi-Bé, est habitée en partie par les Sakalaves- Antankares. Son chef, Tsimiaro, l'a cédée à la France pour une pension annuelle de 1,500 francs.
Cette île a exactement la forme d'un V ; l'ouverture fait face au nord, et elle a, dans son milieu, un énorme rocher de forme ronde, appelé Ancaréa, et sur le sommet duquel Tsimiaro a établi sa demeure.
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A 15 kilomètres dans Test de Nossi-Bé, est Nossi-Fali qui produit du riz en assez grande quantité, et dans le sudest, séparée par un canal de 1,000 à 1,200 mètres de largeur, est Nossi-Gomba, véritable bloc de montagnes, presque entièrement rond à sa base, qui présente deux points culminants ayant chacun une altitude de 5/i8 mètres.
Enfin, à l'ouest sont les rochers absolument stériles de
IcHoui. — Vue générale.
Nossi-Rati et Nossi-Tanga, et Pile de Sakatia. Cette dernière, distante à peine d'un kilomètre, est encore inhabitée ; elle sert de jardin potager aux Sakalaves qui y ont établi des plantations de manioc, de patates et de riz. Elle est peu avantageuse, et les quelques ruisseaux qui l'arrosent sont bordés sur leurs rives de vastes marécages dont les miasmes délétères ont jusqu'ici opposé un obstacle insurmontable à la colonisation.
La population. — Comme il a déjà été dit, la population primitive de Nossi-Bé était un mélange de Malgaches, croi-
sés de Comoriens et d'Arabes ; à la suite des événements survenus sur la côte ouest de Madagascar et des succès des Hovas, l'élément sakalave est devenu de plus en plus important. La totalité de la population est d'environ 9,500 habitants, dont près de 5,000 Malgaches et 2,600 Africains; la population blanche n'atteint que le chiftre de 250 habitants, exclusivement français, sauf i Américain et 2 Allemands. L'état civil n'existe pas pour la majorité des indigènes ; les chiffres qui les concernent ont été constatés par un recensement spécial, à la date du i^'' juin 188/i.
Les blancs sont, pour la plupart, venus des Mascareignes, et s'adonnent au commerce ou à la surveillance des plantations.
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