CHAPITRE II Administration. — Villes
Rattachement au gouvernement de Diego-Suarez. — Personnel administratif. — Hell-Ville, son port et sa rade. — Ambanourou. — Circonscriptions administratives. — Moyens de défense.
Administration. — Jusqu'en 1888, Nossi-Bé était administrée par un commandant particulier; depuis cette époque elle est rattachée au gouvernement de Diego- Suarez et n'a plus qu'un administrateur. Il y a en outre un juge-président, chef du service judiciaire, un souscommissaire, chef du service administratif, un médecin de la marine, chef du service d© santé, et un trésorierpayeur.
Les travaux publics sont dirigés par un conducteur des ponts et chaussées, et un agent de la même administration est chargé des travaux militaires.
L'instruction publique est donnée par des instituteurs laïques et congréganistes. Les instituteurs congréganistes appartiennent à l'ordre du Saint-Esprit et du Saint-Cœur de Marie ; il y a également des sœurs des congrégations de Saint-Joseph de Gluny et de la Providence.
Le. service du culte est assuré par un supérieur ecclésiastique et deux desservants.
L'ensemble du personnel administratif est d'une soixantaine de fonctionnaires et employés.
Hell-Ville. — Hell-Ville, qui doit son nom au contreamiral de Hell, son fondateur, est le chef-lieu. Quoique datant de la prise de possession en 18/il, ce n'est guère qu'à partir de 1852 qu'elle a commencé à s'agrandir et à prendre de l'importance. Actuellement elle compte plus
de quatre-vingts maisons en pierre ou en bois, et un grand nombre de cases malgaches, constructions légères, mais propres et saines.
Le nombre des liabitants de toute nationalité et de toute couleur, est de 1,100.
Hell-Ville est située dans l'espace compris entre la partie méridionale de Nossi-Bé, la côte nord-ouest de Nossi- Comba et la petite île de Tannikély; c'est le meilleur mouillage, et en y comprenant la baie de Passandava sur la côte de Madagascar, des flottes considérables pourraient y trouver un abri.
Le port et la rade de Hell-Ville sont accessibles de jour et de nuit, sans aucun danger, pour les bâtiments du plus fort tonnage, notamment depuis l'érection, en I88/1, de deux feux blancs fixes d'une portée moyenne de 12 à 15 kilomètres, qui ont été placés : l'un à l'est, sur l'îlot Nossi-Vorou, en dehors de la passe située entre Nossi- Comba et la pointe de Loucoubé, conduisant dans le port du côté de l'est; et l'autre, à l'ouest, sur Fîlot Tannikély, situé dans la baie de Passandava, à 9 kilomètres de Hell- Yille, pour indiquer l'accès du port par ce côté ; en sorte que l'on peut maintenant y entrer par la plus grande obscurité.
La rade offre partout un fond de vase ou de sable vaseux. La profondeur de l'eau est de 20 à Z|0 mètres et la mer toujours belle. Au mouillage, situé à 600 ou 800 mètres de terre, on a de 16 à 20 mètres d'eau; on y est parfaitement à l'abri avec les vents depuis l'ouest-nord-ouest jusqu'au sud, passant par le nord et l'est ; mais avec ceux du sud-ouest et de l'ouest, s'ils sont frais, on a un peu de mer qui rend l'abord de la plage difficile. Toutefois les communications de la rade avec la terre sont toujours assurées par une magnifique jetée de 250 mètres de longueur et 6 mètres de largeur, construite en maçonnerie et terminée par un musoir de 8 mètres de largeur, établi au moyen de blocs hydrauliques.
NOSSI-BÉ.
Cette jetée a 3 mètres au-dessus du niveau moyen de la mer et à son extrémité a été placé un feu de port rouge, visible à plus de 3 kilomètres, qui indique le mouillage. A cette jetée est annexé un appontement en bois de ZiO mètres de long et 8 mètres de large, afin de permettre Taccostage des navires de tout tonnage, pour opérer les chargements et les déchargements par toute marée.
Un petit chemin de fer Decauville est établi sur la jetée même pour opérer le déchargement et le chargement du charbon et des marchandises.
Deux hangars de ZiO mètres de long sur 8 mètres de large et U mètres de hauteur, construits en maçonnerie et couverts en tuiles, servent de dépôt de charbon. Ils contiennent 1,800 tonneaux. Deux autres hangars de 52 mètres de long, 8 mètres de large et 3 mètres de hauteur, peuvent contenir 2,500 tonneaux de charbon.
Dans le fond du port et à Test de la jetée, on a construit une cale de /i5 mètres de longueur et 8 mètres de largeur pour servir au montage de deux canonnières qui avaient été expédiées de France Said-omar. par tranches. Cette cale, d'une
solidité éprouvée, peut servir pour d'autres constructions, ou comme gril de carénage.
Sur le morne qui domine la pointe de Finaloa, fermant en quelque sorte la rade de Hell-Yille à l'ouest, s'élève un mât de signaux dont la série conventionnelle indique aux habitants et au port l'arrivée des navires, leur nature, leur nationalité, leur direction. Ces signaux, de jour seulement, sont précédés d'un coup de canon.
Le plateau sur lequel Hell-Yille a été établie, est élevé
d'une quinzaine de mètres au-dessus de la mer ; il est relié au reste de l'île par une langue de terre étroite, n'ayant pas plus de 300 mètres de largeur, et flanqué de chaque côté, de marais pestilentiels.
Le panorama de la ville, vu du mouillage, est magnifique et .rappelle celui de Fort-de-France à la Martinique. Du milieu de bananiers et de mangliers, au-dessus desquels s'élèvent les cimes gracieuses des palmiers, on voit se détacher les silhouettes blanches de quelques jolies habitations au toit pointu, dont les murs sont revêtus de nattes qui les protègent contre les rayons brûlants du soleil, et entretiennent de la fraîcheur à l'intérieur. Plus loin, on aperçoit, s'étageant sur les flancs des cratères qui ferment l'horizon, de belles prairies où croissent la canne à sucre et le caféier. Une fois débarqué, il n'y a pas de déception, « la ville a l'air d'un bosquet de verdure ».
Andouane. — A une petite distance de Hell-Ville est le fort d'Andouane, simple blockhaus, construit à côté du village du même nom, dont la population, presque exclusivement composée de Sakalaves, habite de petites cases de bois, recouvertes de feuilles de latanier. « Une des curiosités de cette localité est le jardin du gouvernement, parc minuscule admirablement soigné, contenant toutes les essences tropicales, et montrant le parti qu'on pourrait tirer de cette terre si elle était convenablement cultivée. »
De Douani on jouit d'un point de vue très beau et très étendu.
Ambanourou. — Ambanourou, qui est le siège d'un trafic important, est habitée par des Indiens et des Arabes venant de la grande Comore et même de Zanzibar; elle existe depuis assez longtemps, et, lors de notre prise de possession en 18/il, elle était, comme aujourd'hui encore, habitée par des Indiens. On remarque des vieilles masures en pierre dont la construction remonterait à 1818 et 1825, si l'on en juge par les millésimes qui sont gravés sur les
INOSSI-BÉ.
frontons des portes principales. Ambanourou n'est en somme qu'un ramassis de maisons en pierre, surmontées de toits plats, et de cases en nattes, semées au hasard et sans ordre dans un grand nombre de rues étroites et tortueuses, le tout sale et répandant une odeur siii generis. Les rues sont cependant en voie d'amélioration, et quelques-unes ont déjà des réverbères.
La population totale de cette ville est de 1,B50 habitants; elle est l'entrepôt des marchandises de la côte d'Afrique, de Madagascar et de Bombay. Les Indiens font un grand commerce d'échange, écoulant à Madagascar les produits de Zanzibar et de Bombay, et ramenant les produits malgaches : coton, bois, cuirs, caoutchouc, etc.
C'est à Ambanourou que vont mouiller les boutres arabes qui font le cabotage; un appontement en bois, de 12 mètres de largeur et de 50 mètres de longueur, sert au déchargement et chargement des marchandises.
Du côté de la terre on ne peut aborder qu'en pirogue, la vill^ étant de toutes parts entourée de marécages ; une route conduisant à Hell-Yille sera bientôt achevée.
Autres circonscriptions. — Les autres centres dépopulation un peu importants sont Andavakoutoukou, Anpassimena, Tanandava et Amboudivaniou.
Les 53 villages de toute la colonie sont partagés en cinq circonscriptions, dont les plus populeuses sont celles de Hell-Ville (/i,200 habitants) et d'Ambanourou (2,3ZiO habitants).
Moyens de défense. — Les moyens de défense de cette colonie, point stratégique important, sont absolument insuffisants.
Océan Indien.