‹ Les colonies françaises; (volume 3)Chapitre 17 sur 29 · CHAPITRE III Économie politique et sociale · texte numérisé non relu

CHAPITRE III Économie politique et sociale

Productions du sol. — Main-d'œuvre. — Immigration. — Commerce. Climatologie. — Moyens de communication.

Productions du sol. — Le sol de Nossi-Bé se prête à toute espèce de cultures; il est d'une fertilité remarquable et d'un travail facile ; la végétation y est luxuriante et vigoureuse. Il produit l'indigo, le sésame, la canne à sucre le café, le riz, le manioc, la patate, divers légumes, le maïs, la vanille, le coton, l'arachide, etc., mais les principales cultures sont : ]a canne à sucre, le riz et le café.

- La canne à sucre est surtout cultivée par les Européens et pour leur compte. Quelques indigènes plantent aussi des cannes, mais leurs cultures favorites sont surtout celles du riz, du manioc, du maïs, de la patate et divers légumes du pays, en vue d'assurer leur subsistance et celle de leurs familles ; ils songent peu à cultiver le riz pour en faire un objet d'exportation. L'administration cherche les moyens d'exciter les indigènes à cultiver le riz en plus grande quantité, et, par suite, à produire un mouvement commercial en faveur de cette denrée.

Au i^"" janvier 188^, le territoire de l'ile, dont la superficie totale est de 29,300 hectares, sur lesquels 7,765 hectares seulement étaient concédés, se partageait de la manière suivante : cannes à sucre, 900 hectares; caféiers, 100 hectares ; riz et légumes, 1,350 hectares; en savanes.

NOSSI-BÉ.

3,0/i5 hectares; forêts, 593 hectares, et en friche, 1,777 hectares. Sur les 21,535 hectares qui appartenaient encore au domaine, on estimait à peine à 1x00 hectares environ les parties boisées ; la différence était en savanes ou terres incultes.

Sur les 31 habitations sucrières, 16 possédaient des distilleries pour la fabrication du rhum, 13 manipulaient leurs cannes au moyen d'usines à vapeur, 2 fonctionnaient avec des moulins à eau et 1 avec un moulin à traction animale.

Ces 31 propriétés et les 59 plantations indigènes employaient 2,973 travailleurs, dont 1,781 indigènes et J,192 immigrants ou engagés.

Pour Tannée 1883, les divers produits ont été : sucre, 906,000 kilogrammes; rhum, 136,059 litres ; café, l,Zi80 kilogrammes; vanille, 255 kilogrammes ; tabac, 1,200 kilogrammes ; riz, 931,000 kilogrammes; maïs, 78,250 kilogrammes ; cocos, 1,050,000 ; manioc, 171,960 kilogrammes; légumes indigènes, Z|2,800 kilogrammes ; légumes d'Europe, 7,300 kilogrammes ; ramie, 2,000 kilogrammes. Le tout représentant une valeur de 750,000 francs environ.

Jusqu'en 1860 l'administration accordait des concessions de terrains et les terres n'eurent pas de cours régulier : les concessionnaires préparaient leurs installations, construisaient des usines et des distilleries, faisaient des semailles. En résumé, on préparait le sol. A partir de 1860, l'agriculture prit son essor, et elle a marché depuis progressivement. Si les résultats ne sont pas aussi brillants, aussi remarquables qu'on pourrait le désirer, il faut en attribuer la cause à des sécheresses pour ainsi dire périodiques, et au manque de bras, principalement dû à l'absence d'un recrutement régulier de travailleurs, et aussi, il faut bien le dire, à la modicité des capitaux engagés.

Il n'a pas été fait de nouveaux essais de culture, ce qui s'explique par le nombre restreint de travailleurs.

A part la fabrication du sucre et du rhum, iL n'existe aucune autre industrie sérieuse ; cependant le pays est riche en minerais de tous genres.

Le sol de Nossi-Bé est presque entièrement dénudé, de rares bouquets d'arbres ont été conservés sur les habitations. Une seule foret d'essences diverses existe à Loucoubé ; on ne coupe aucun arbre sans l'autorisation expresse de l'administration. Dans le reste de l'île, les coupes sont interdites ; mais il faudra de longues années avant de reconstituer quelques parcelles de terrains boisés, et plus longtemps encore avant de songer à en tirer parti pour les constructions.

Main-d'oeuvre. — Les Gomoriens, les Anjouannais et les engagés de la côte d'Afrique, désignés sous le nom générique de Ma-Koua, fournissent la plupart des travailleurs. Ces hommes, généralement bien constitués, sont beaucoup plus durs que les Européens ; ils supportent beaucoup mieux les maladies et peuvent longtemps endurer la fatigue, parce qu'ils ont toujours vécu dans des climats fort chauds et souvent malsains ; mais ils sont de beaucoup inférieurs comme travail. On peut estimer qu'un ouvrier européen ferait facilement deux ou trois fois la besogne d'un indigène et en moins de temps.

Les prix de la main-d'œuvre sont variables ; sur les propriétés, on engage généralement les hommes moyennant un salaire de 12 fr. 50 par mois, plus la ration de riz et le logement; les journaliers, lors de la coupe des cannes, sont payés 1 franc par jour.

Les salaires des travailleurs indigènes, résidant dans la colonie sans engagement, varient, suivant les métiers et les aptitudes, de i franc à 3 fr. 50 par jour.

Les ouvriers européens sont absolument rares. Quelques créoles de la Réunion ou de Maurice trouvent à travailler, mais ils ont généralement des métiers spéciaux et sont rarement payés à la journée.

Les propriétés sucrières occuperaient aisément un

nombre plus considérable de travailleurs indigènes qu'il faudrait payer régulièrement. Réduit, faute de crédit, à l'emploi de la main-d'œuvre des immigrants, qui ne se recrutent plus et qui se rengagent rarement, le planteur subit un ralentissement considérable dans la production.

Telle propriété qui produit 100 tonneaux de sucre, pourrait en fournir 200 ou 300, avec une augmentation d'un tiers de travailleurs seulement ; mais encore faudrait-il que les terres, épuisées depuis longtemps, fussent travaillées, amendées et fumées.

Immigration. — Avant 1881, l'imnfigration des travailleurs noirs était régie par différents actes émanant du commandant supérieur de Mayotte et dépendances. Ces actes autorisaient le recrutement aux îles Comores et à la côte d'Afrique.

A partir de 1880, le nombre des engagés, qui était monté à 1,300, commença à décroître ; il y eut environ 1x5 perte's dans l'année, comprenant 36 décès et 2 hommes partis à destination de Madagascar, pour des raisons diverses. L'administration s'émut de la difficulté du recrutement ; à sa demande, le Gouvernement de la Métropole négocia avec le Portugal un traité permettant d'engager des travailleurs à Ibo, province de Mozambique. Ce traité a été conclu le 23 juin 1881, mais il n'a pas encore produit de résultats.

En dehors des officiers, des fonctionnaires et des agents des maisons commerciales, l'immigration européenne est à peu près nulle. C'est tout au plus si elle comprend quelques rares personnes qui viennent avec l'espoir de gagner quelque argent, après avoir passé par différents pays, Maurice, la Réunion et Mayotte par exemple. Toutefois, pendant les opérations de guerre à Madagascar, la colonie recevait par chaque navire un nombre toujours croissant de créoles, notamment de la Réunion, qui cherchaient à se créer une situation à Nossi-Bé, où l'existence matérielle

NOSSI-BÉ.

est de beaucoup moins chère que dans leur pays. Ce mouvement n'avait rien de régulier et devait cesser avec les circonstances qui Font fait naître.

Les terrains susceptibles de culture sont à peu près tous aliénés ou concédés, soit à des colons, soit à des indigènes. L'immigration européenne n'a pas ainsi d'avenir dans le pays, avec les travaux agricoles, mais elle pourrait beaucoup se développer par la création ou l'installation de petites industries.

Malheureusement, les ressources budgétaires locales ne permettent pas de subventionner l'immigration européenne.

Commerce. — En 1883, le mouvement général du commerce, importation et exportation, a été de 7,806,000 francs. Les importations se sont élevées à /i,0/i5,000 francs et les exportations à 3,761,000 francs Ces chifires sont égaux à la moyenne des dix années précédentes. Les importations se partagent, à peu de chose près par moitié, le pavillon français et les pavillons étrangers. Les exportatatiôns sous pavillon français dépassent de 700,000 francs environ celles faites sous pavillon étranger.

Cette année-là, la récolte du café avait été à peu près nulle, la maladie ayant détruit un nombre considérable de plants.

Les principaux objets d'importation sont les denrées alimentaires, les boissons, les tissus, le sel, etc., qui viennent, soit d'Europe, soit de l'île de la Réunion. Madagascar importe du riz en paille, des bœufs, des bois de construction, des cuirs, etc.

Les principaux objets d'exportation sont : le sucre, le rhum, la vanille et les tissus de Madagascar, tels que rabanes (étoffes de rafia), lambas de soie. Certains lambas se payent à la provenance jusqu'à 800 et 1000 francs, même de 2,000 à 2,500 francs, lorsqu'ils sont émaillés d'argent et quelquefois d'or. Nossi-Bé envoie à Madat-ascar de la verroterie, des boissons, de la quincaillerie.

des tissus, des toiles indiennes et arabes, des cotonnades, du rhum, de la poudre, du plomb, des armes, etc.

Tous les ans, il se tient à Ambanourou une espèce de foire qui est le rendez-vous de tous les caboteurs de la côte d'Afrique et des négociants de Bombay.

A part trois grandes maisons de commerce qui représentent trois nationalités différentes, la France, l'Amérique et l'Allemagne, il n'existe pas d'autres commerçants importants dans la colonie, et le commerce qui s'y fait est entre les mains d'une foule de petits détaillants, dont le chiffre d'affaires varie de 15,000 à 25,000 francs par an.

Parmi les Indiens fixés à Ambanourou, il en est deux ou trois qui font des opérations de consignation et de commission avec des maisons importantes de Zanzibar; leur mouvement de fonds s'élève en moyenne de 600,000 à 800,000 francs par an.

L'importance respective des trois grandes maisons, européennes et américaine, est à peu près la même ; cependant la maison française, à cause du commerce des bœufs qu'elle effectue sans concurrence, paraîtrait avoir un mouvement d'affaires plus élevé. En somme, on peut évaluer leur importance à un chiffre moyen de 1 million chacune.

Les conditions d'achat et de vente à Nossi-Bé se ressentent de l'importance qu'ont les Indiens sur la place. Les marchandises provenant d'importation se vendent, soit au comptant, soit au moyen d'échanges, contre des produits venant de Madagascar. La vente au comptant se règle en roupies, au taux de 2 fr. 50 cent., ou en monnaie française. Au moyen d'échanges, elle se fait ad valorem.

C'est dans ces opérations que les maisons établies dans la colonie ont le plus à gagner, par cela même qu'elles ont la faculté de coter à des prix exclusifs les marchandises dont elles s'approvisionnent, à bon compte, sur les marchés européens, en Allemagne surtout.

La vente des marchandises originaires de l'île ou de Ma-

NOSSI-BÉ.

dag-ascar, se fait avec quelques différences, notamment pour les premières: sucres, rhum et riz en paille. Les sucres, emballés dans des sacs en vacoa de divers poids^ se vendent au tonneau de la manière suivante : ils sont livrés aux grandes maisons pour être expédiés en Europe au compte des vendeurs, auxquels, au moment de l'expédition, il est versé, à titre d'avance, une somme de 200 ou 300 francs par tonneau. Après la vente, les expéditeurs touchent le reste, s'il y en a, du produit de la vente en Europe, au moyen d'un compte de retour grevé de frais de toutes sortes, chaque intermédiaire ayant prélevé son bénéfice, très onéreux pour les expéditeurs.

Quand ils ne sont pas liés aux grandes maisons par des engagements ou des avances, les producteurs préfèrent vendre, sur place, aux Indiens, leurs sucres qui, très souvent, atteignent un cours beaucoup plus élevé que

PrincGSsc

sur les marchés d'Europe. Ces de la grande Comore. sucres sont expédiés dans l'Inde

anglaise, à Bombay, sur un des boutres ou daous qui fréquentent Nossi-Bé de mars à octobre de chaque année. Ces ventes,, faites au comptant, en numéraire français, sont très rémunératrices pour les détenteurs de sucres.

Les rhums, pour la plus grande partie, vont à Madagascar.

En 1883, il est arrivé à Nossi-Bé 685 navires jaugeant ensemble 35,103 tonneaux : 87 étaient français avec un tonnage de 22,054 tonneaux : 496 étaient arabes, tonnage total Zi,86Zi tonneaux et 29 étaient indiens, tonnage 2712 tonneaux. Les 23 autres appartenaient aux nationa-

lités : anglaise (3), allemande (6), portugaise américaine (6), hova (3), sans pavillon (3).

La même année, il est sorti 626 navires, jaugeant ensemble 26^297 tonneaux ; 39 étaient français avec un tonnage de 13,352 tonneaux ; 518 arabes, 5,228 tonneaux ; et 36 indiens, 2,259 tonneaux.

Climatologie. — Le climat de Nossi-Bé est rendu surtout malsain par les nombreux marécages répandus dans l'île, et plus particulièrement sur le littoral.

Pendant la saison sèche, d'avril ou mai à octobre, le thermomètre varie de 27 à 33 degrés centigrades. Pendant la nuit, du mois de mai au mois de juillet, il descend parfois à 17 degrés. L'hivernage, saison la plus chaude, commence en novembre et se termine en avril ou mai. Pendant cette période, des orages terribles viennent presque chaque soir éclater sur le plateau de Hell-Ville. C'est également dans cette saison que se manifestent les fièvres opiniâtres auxquelles souvent les étrangers restent sujets pendant tout leur séjour dans l'île.

A la saison sèche, les pluies sont rares. Cette rareté permet une bonne culture des cannes, mais, par contre, exige un travail incessant et pénible pour l'arrosage des plantations.

Les vents à Nossi-Bé ont une direction à peu près constante; le matin, le varatsas ou vent de nord-est souffle de une heure à neuf ou dix heures ; quelquefois c'est l'ambalaka ou vent du sud qui se fait sentir jusqu'à la même heure. A ce moment il y a calme jusqu'à midi ou une heure, et alors le tayou ou vent de l'ouest à l'ouest-sudouest se met à souffler.

Ces vents deviennent quelquefois assez forts, mais n'atteignent jamais assez de violence pour faire courir le moindre danger à quelque embarcation que ce soit.

Il n'y a jamais d'ouragan à Nossi-Bé; les raz de marée sont également inconnus, et la rade de Hell-Yille est absolument sûre.

NOSSI-BÉ.

Gomme dans tous les pays intertropicaux, les jours et les nuits sont égaux; toutefois pendant l'hivernage les jours durent environ une heure de plus. Les crépuscules sont à peine sensibles.

Les variations du baromètre sont peu sensibles; sur le bord de la mer, il oscille entre 75Zi millimètres 5, et 765 millimètres Zi; la moyenne annuelle estde 759 millimètres /(.

Sous un pareil climat, une hygiène sévère est de toute nécessité. Il faut se garder du moindre excès, s'observer en tout et particulièrement conserver un bon moral. Sans négliger de prendre toutes les précautions nécessaires, et surtout de soigner immédiatement le premier accès de fièvre, il ne faut pourtant pas se laisser abattre par line simple indisposition, toujours fréquente dans les débuts d'un séjour dans les pays chauds.

Certes Nossi-Bé n'est pas un pays sain, mais pour lui comme pour d'autres

on a exagéré l'insalubrité. Une mauvaise hygiène et manque d'énergie y ont tué plus d'hommes que climat.

Moyens de communication. — Nossi-Bé est maintenant relié directement avec la France par une ligne mensuelle desservie par la Compagnie des Messageries maritimes. Le paquebot, qui part de Marseille le 12 de chaque mois, arrive à Nossi-Bé le li du mois suivant, ayant passé la veille à Mayotte et arrivant le lendemain à Diego-Suarez. Le même paquebot, revenant de Maurice et de la Réunion,

Sadï-Ali.

un le

touche à Nossi-Bé le 29 de chaque mois et arrive à Marseille le 22 du mois suivant.

Le prix du passage depuis Marseille, nourriture comprise, est de : l''' classe, 1,350 francs; 2*^ classe, 860 francs; 3^ classe, /i30 francs.

Le prix du fret par la même ligne est de 55 francs par mètre cube ou par 1,000 kilogrammes, au choix de la compagnie.

Avec les Comores, comme avec Mozambique et Zanzibar, les communications sont faites par les Indiens de Bombay et les Arabes, à l'aide de leurs boutres. Ces bateaux, qui n'ont qu'un mât et une immense voile latine, ne dépassent guère 120 à 150 tonneaux; quelquefois ils n'ont que 20 et 25 tonneaux et font les voyages de Bombay qu'ils mettent en relation avec la côte d'Afrique, Mayotte, Nossi-Bé et Madagascar.

DiEGO-SUAREZ. —

Vue prise en 1885.

DIEGO-SUAREZ

Description. — Administration. — Commerce.

Description géographique. — Administration. — Défense. — Mouvement du commerce et de la navigation. — Climatologie. — Moyens de communication.

Description géographique. — En 1826, le capitaine Owen, de la marine royale britannique, fit la première reconnaissance hydrographique de la magnifique baie de Diego-Suarez ou « Antomboka », qu'il surnomma la citadelle de Tocéan Indien.

En 1832, le gouvernement français, qui avait formé le projet de fonder dans cette baie un établissement colonial, la fit explorer par la corvette la Nièvre,

Au mois de janvier 1885, nos troupes vinrent occuper le point où les Hovas, entourés de populations hostiles, entretenaient une forte garnison.

Un sinistre marqua le début de cette expédition. Le 2li février, le transport VOise, surpris par une tempête, se perdit avec douze hommes de l'équipage, au moment où il était sur le point d'atterrir, après une traversée des plus pénibles. Le même cyclone coula le vapeur français Argo, affecté au service de l'île de la Réunion, et le voilier américain Sarah Burk; il jeta à la côte, où elles se brisèrent complètement, la Cléjnence de Saint-Denis (Réunion) et VArmide de Port Louis (Maurice).

Le traité conclu le 17 décembre 1885, entre le gouvernement de la République française et la reine de Madagascar, a concédé à la France « le droit d'occuper la baie de Diego-Suarez et d'j^ faire des installations à sa convenance ».

Les populations qui occupent les environs de la baie de Diego-Suarez appartiennent aux Antankares. Elles ont presque les mêmes traits et les mêmes habitudes que les Sakalaves de la côte nord-ouest de Madagascar. Elles sont plus sauvages, plus taciturnes, mais aussi moins turbulentes ; elles sont également moins intelligentes et moins adroites. Mélangées depuis longtemps avec les Cafres, leur type se rapproche beaucoup de celui de ces derniers : lèvres épaisses, nez fortement épaté, cheveux laineux.

Presque à l'extrémité septentrionale de Madagascar, à peu de distance du cap d'Ambre et ouverte à l'est, la baie de Diego-Suarez est située par 12^ 18' de latitude Sud et kl'' de longitude Est. L'entrée, large de plus de 3 kilomètres, est^partagée en deux par l'îlot « de la Lune » ou Nossi- Volane ; la passe suivie par les navires n'a pas moins de 36 à 50 mètres de profondeur et donne entrée dans un vaste bassin qui se ramifie en plusieurs branches, dont celle du sud-ouest a 15 kilomètres en longueur.

DIEGO-SUAREZ

Les indigènes ont donné à chacun de ces ports intérieurs des noms dififérents : « Dourouch-Foutchi », baie des Cailloux blancs, à cause de la nature de ses rives ; « Dourouch- Varats », baie du Tonnerre, parce que la foudre y est fréquemment attirée, pendant Thivernage, par les hautes montagnes qui l'environnent; « Dourouch-Vasah », baie des Français, en raison de quelques comptoirs que nos compatriotes y avaient établis. La quatrième baie principale porte le nom de (( Port de la Nièvre» qui y a séjourné.

en 1832, pendant sa campagne hydrographique ; on accède à celleci par un étroit et long chenal, rappelant en tous points le goulet de Brest.

Le bassin du centre, long de 10 kilomètres et large de 7, a une profondeur de 25 à 50 mè- / très sur fond de sable.

Presque partout, du

reste, les eaux, tOU- Gouverneur général Hova.

jours tranquilles, sont

très profondes, et les plus grands bâtiments peuvent mouiller à quelques mètres du rivage.

Plusieurs îlots sont disséminés dans le bassin. Les aiguades sont nombreuses et commodes.

Les voyageurs ont comparé la baie de Diego-Suarez à celles de Rio-de-Janeiro et de San-Francisco, mais elle a beaucoup plus d'analogie avec le splendide Port-Jackson, baie de Sydney, en Australie.

C'est sur la côte méridionale, au cap Diego et au village d'Antsirane, que se sont fondés les établissements français. Sur le cap Diego, formant presqu'île, se trouvent l'artillerie, l'hôpital, le casernement des disciplinaires, la gen-

darmerie, les magasins, etc. Antsirane, située en face, a été choisie comme point principal et résidence du gouverneur. Déjà pourvue d'un petit chemin de fer Decauville, d'une longueur de 12 kilomètres et à traction de mules, qui la relie à Mahatsinso, elle s'étend graduellement sur une terrasse élevée au-dessus des entrepôts et des chantiers.

Diego-Suarez est dominé par la hauteur de Madgindga-rive qui surplombe le chemin d'Ambohimarine à Antsirane. En octobre 1886, le commandant Gaillet s'empara de ce point stratégique; il lui était indispensable pour assurer la sécurité de nos établissements. Le commandant hova protesta, mais on passa outre, et l'on entreprit, à cet endroit, la construction de fortifications. Un mur crénelé couronne la hauteur et clôt le baraquement qui sert de caserne à nos troupes.

Tout autour de nos établissements sont des groupes de paillotes qu'habitent, en majorité, des fugitifs sakalaves et antankares.

La baie de Diego-Suarez, entourée de monts, stériles, située à la pointe de Madagascar, loin des pays de production considérable et dépourvue de routes convergentes, ne pouvait avoir autrefois d'importance pour le trafic ; mais elle offre une admirable position stratégique à l'extrémité même de la grande terre, surveillant à la fois les deux côtés de Madagascar, les Comores et les Mascareignes. L'îlot de la Lune est posté en sentinelle avancée, à l'entrée même de la baie; un fort sur cet îlot, des batteries croisant leurs feux sur les deux rives, rendront impossible l'accès à tout navire ennemi. D'ailleurs eût-il forcé une des deux passes, celui-ci se trouverait tout à coup en face de Nossi-Langour, qui se dresse comme un bastion au milieu de la baie. Protégée par de telles fortifications, une flotte pourrait mouiller dans quelque crique de l'intérieur, invisible du large et hors de la portée des canons.

Presque à la hauteur de Diego-Suarez, sur la côte occi-

DIEGO-SUAREZ

dentale, existe une autre baie, « Ambovanibé » ou du Courrier. Ces deux baies ne sont séparées Tune de l'autre, que par un isthme large de 6 kilomètres, de sorte que toute la partie nord de Madagascar, s'étendant au delà de cet isthme jusqu'au cap d'Ambre, forme une sorte de presqu'île. « Un canal, creusé dans cet isthme et reliant Diego^ Suarez à la baie du Courrier, détacherait cette presqu'île de la grande terre et en ferait une île. Si ce projet, très

DiEGO-SuAREz. — Camp des volontaires sakalavcs.

pratique d'ailleurs, était mis à exécution, nous aurions ainsi, dans le nord de Madagascar, un poste maritime de premier ordre, très facile à défendre, et une station navale qui vaudrait les plus belles des Anglais, quelque chose comme un Hong-Kong français. » (H. Le Chartier et G. Pellerin.)

A défaut de ce canal, un chemin de fer à voie étroite rendrait des services importants.

On s'occupe de fonder un sanatorium sur un des sommets de la montagne d'Ambre, à 1,136 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il serait bon qu'il fût installé de façoïi

OcKAN Indien . 11

à devenir un agréable séjour de repos pour les fonctionnaires et colons de Madagascar ainsi que des îles environnantes.

Le périmètre du territoire appartenant à la France autour de la baie de Diego-Suarez n'a pas encore été ofRciellement déterminé.

Administration. — La première organisation administrative de Diego-Suarez avait mis à la tête de cet établissement un commandant particulier, mais un décret du li mai 1888 a réuni, sous le même gouvernement, ayant son siège à Diego Suarez, nos possessions de Sainte-Marie de Madagascar et de Nossi-Bé. Le gouverneur est assisté, pour l'administration de Diego-Suarez, par un directeur de l'intérieur et un chef du service administratif.

Un chef d'escadron de l'artillerie de la marine dirige les services militaires. L'effectif des troupes s'élève à 1,200 hommes, tant de l'infanterie que de l'artillerie de marine.

La population actuelle, non compris les troupes, est de 3,390 habitants, presque tous indigènes, comoriens ou mauriciens ; les Français proviennent en majeure partie de l'île de la Réunion. L'importance de la population tient surtout aux travaux exécutés par le département des colonies. Il n'y a pas encore d'industrie ni de commerce proprement dit. Les détaillants et les débitants de liqueurs dominent (ces derniers sont au nombre de 93) ; la plupart ont suivi à Diego-Suarez la garnison qui a évacué Tamatave à la fin de 1886.

Mouvement du commerce et delà navigation. — Pendant l'année 1887 le commerce général s'est élevé à 738,9Zi9 fr., dont 675,8ZiO fr. pour les importations. Ces dernières consistaient principalement en : fers et métaux, 3/i,500 fr. ; tissus, 57,600 fr. ; mercerie, 33,200 fr. ; riz, 6/i,Zi00 fr. ; spiritueux, 101,700 fr. ; vins, 78,100 fr. ; marchandises non dénommées, 430,000 fr. Ces marchandises provenaient : pour /i62,700 fr. de colonies françaises, et 213,100 fr. de l'étranger; aucune n'avait été expédiée directement de

DIEGO-SUAREZ

France. Cette anomalie s'explique par le fait qu'en 1887 il n'y avait pas encore de relations directes entre notre nouvelle possession et la métropole.

Les exportations ont consisté presque entièrement en : animaux, 35,000 fr. ; caoutchouc, Zi,300 fr. ; écaille, 2,000 fr. ; peaux, 21,000 fr. Sur cet ensemble, il a été expédié en France: caoutchouc, l,Zi85fr. ; écaille, 2,000 fr. ; peaux, 16,2ZiO fr.

Le mouvement de la navigation, pendant la même année 1887, a été de 121 navires, jaugeant ensemble 76,638 tonneaux (entrés : 60 navires, 38,306 tonneaux ; sortis : 61 navires, 38,332 tonneaux). Dans ces chiffres le pavillon français figure pour 3/i navires, jaugeant 3Zi.597 tonneaux, entrés et sortis, soit les 89 centièmes du tonnage total.

Jusqu'au 31 décembre 1887, les marchandises, tant à l'entrée qu'à la sortie, étaient frappées d'un droit de douane qui depuis cette époque a été remplacé par l'impôt des patentes.

Climatologie. — Comme toutes les contrées intertropicales, Diego-Suarez a les deux saisons, sèche et pluvieuse. La première, d'avril à octobre ou novembre, a une température moyenne de 25o 6 ; le 22 août 1887, la température est descendue à 19'' 6. Au cours de cette saison, le baromètre se maintient entre 76Zi et 769 millimètres, et le vent souffle régulièrement du sud à l'est.

Durant l'hivernage ou saison pluvieuse, la température moyenne est de 27° 2 ; les mois de janvier, février et mars sont les plus chauds, mais la température est rarement étouff'ante et le sommeil est toujours possible. Le baromètre oscille entre 758 et 765 millimètres, et les vents soufflent de la partie ouest. Pendant cette saison, les orages s'accumulent dans le sud des massifs de la montagne d'Ambre ; ils sont rares à Antsirane.

Dans l'année 1887, il est tombé à Diego-Suarez 727 millimxètres d'eau pendant 79 jours de pluie, dont 665 millimètres durant l'hivernage; le mois le plus pluvieux a été le

mois de janvier : 23 jours de pluie et 382 millimètres d'eau.

Moyens de communication. — La Compagnie des Messageries maritimes dessert directement Diego-Suarez par un courrier mensuel ; le paquebot part de Marseille le 12 de chaque mois et, après avoir touché à Port-Saïd, Suez, Obock, Aden, Zanzibar, Mayotte et Nossi-Bé, arrive à Diego-Suarez le 5 du mois suivant. En revenant de Maurice, la Réunion, Tamatave et Sainte-Marie de Madagascar, le même paquebot quitte Diego-Suarez le 28 de chaque mois pour arriver à Marseille le 22 du mois suivant.

Les prix de passage de Marseille à Diego-Suarez, nourriture comprise, sont : i'"'' classe, 1,375 francs; 2*^ classe, 875 francs ; 3"^ classe, MO francs.

Le fret est de 60 francs par mètre cube ou par 1,000 kilogrammes au choix de la compagnie.

Par voiliers, on a traité du fret à 38 francs le tonneau pour l'Atlantique ou la Manche.

Sainte - Marie. — Vue générale.

SAINTE-MARIE DE MADAGASCAR

Page 1