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chefs s'étaient mis sous notre protectorat. Ces divers points furent pillés et incendiés.
Le capitaine du génie Blevec, qui avait succédé à Sylvain Roux, mort le 2 avril 1823, dans les fonctions de commandant de Sainte-Marie, dut se borner à protester énergiquement.
Farquhar avait résolu aussi de nous chasser de Fort- Dauphin où Sylvain Roux avait envoyé, en 1822, une petite garnison composée d'un officier et de cinq hommes. Cet officier, auquel on n'avait donné aucune instruction précise, jouissait d'une autorité morale considérable; c'était à son arbitrage que les tribus faisaient appel, et ses décisions étaient toujours religieusement respectées.
Vers la ûn de février 1825, un général, à la tête d'un corps de troupes hovas, se présenta inopinément devant Fort-Dauphin, réclamant sa remise. Malgré un armistice convenu de deux mois, afin de permettre à notre officier de recevoir des ordres du gouverneur de Bourbon, les Hovas, le l^ mars, escaladèrent les murs; nos six hommes furent faits prisonniers et envoyés à Sainte-Luce.
Après avoir « déchiré et foulé aux pieds notre pavillon », les Hovas le remplacèrent par celui de Radama. Le coup de main exécuté, 1,800 Hovas restèrent à Fort-Dauphin, et le surplus de l'armée se retira à Aiikova (le pays des Hovas).
Grisé par « cette victoire », Radama ne pouvait plus rien refuser à ceux qui la lui avaient procurée, et le 18 juin 1825, la Mauriiius Gazelle, devenue l'organe officiel d'un roi malgache, publia un décret accordant à tous les navires de commerce anglais l'entrée des ports de Madagascar, moyennant un droit de 5 pour 100 sur la valeur des marchandises, et autorisant les Anglais à résider dans l'île, à y construire des navires, à y bâtir des maisons et à y cultiver des terres.
« Ainsi, à la fin de 1825, la majeure partie des plans de Farquhar se trouvait, par le fait, réalisée. »
Pendant ce temps, le gouvernement français restait inactif, et par gouvernement il faut entendre, non seulement la métropole, mais encore l'administration de Bourbon. Quant à celle de l'établissement de Sainte-Marie, elle se débattait dans des difficultés qui la rendaient impuissante avec ses seules ressources. On ne profita même pas de la levée générale de boucliers qui se fit, en 1826, contre les Hovas. Ce soulèvement rendit la position de Radama si périlleuse que, pour le sauver, Hastie dut donner lui-même de sa personne. Grâce au concours des navires anglais, il put prendre ses ennemis entre deux feux. Aucun quartier ne fut fait; les femmes et les enfants furent emmenés en esclavage.
(( Il aurait suffi de leur donner un secours d'une centaine d'hommes et de quelques canons pour les faire victorieux. »
Notre conduite à l'égard des tribus de Fort-Dauphin fut encore, s'il est possible, plus étrange et plus coupable. La garnison hova, bloquée dans le fort par les peuplades des environs, était sans aucun moyen d'informer Radama de sa position, et le moins qui lui pût arriver était de mourir de faim. Puisque notre intention n'était pas d'appuyer les assiégeants, nous aurions dû au moins rester neutres. « Nous eûmes, au contraire, 1' « ingénuité » de faire savoir à Radama ce qui se passait, en sorte que, grâce à nous, il put délivrer les siens. »
Pour lui faire reconnaître nos bons offices, les Anglais persuadèrent Radama que toutes ses difficultés ne provenaient que de notre séjour à l'île Sainte-Marie. Afin de nous la rendre .inhabitable, il défendit expressément aux traitants de Sainte-Marie d'acheter du riz et du bétail dans la partie de Madagascar située en face de l'île ; ils n'étaient autorisés à s'en procurer qu'à Foulepointe ou à Fénériff'e, où la douane hova percevait des droits exorbitants à la sortie comme à l'entrée. « Le navire d'an traitant français ayant été jeté à la côte dans un endroit interdit au com-
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merce, ce traitant fut accusé d'y avoir abordé en vue d'y faire du trafic, et, pour cette raison, vendu comme esclave. »
Tout Malgache qui nous fournissait des travailleurs libres ou des esclaves, était condamné à la peine de mort.
Il fallait se décider à agir contre les Hovas ou évacuer Sainte-Marie.
Jean René était mort en mars 1826 ; son neveu et successeur, Berora, étant à Paris pour y achever ses études, Radama nomma provisoirement prince de Tamatave, un de ses généraux, CoroUer, neveu par sa mère de Jean René et fils d'un blanc de Bourbon.
Regrettant ses compromissions, Jean René les avait rachetées en partiQ en montrant quelque bienveillance à l'égard des Français. Sa mort rendit donc notre situation • encore plus critique. Au mois d'octobre de la même année, Hastie mourut à son tour. Prince Bare.
« Malgré le respect dû à la tombe, nous avouons que la mort de cet homme fut, pour nos compatriotes, un véritable bienfait. Nous perdions en lui le plus acharné, le plus implacable de nos ennemis, qui n'avait cessé d'exciter contre nous le farouche monarque. » (H. Le Chartier et G. Pellerin.)
Radama ne tarda pas à suivre son conseiller dans la tombe. Le 27 juillet 1828, le roi, inventé par les Anglais, mourut à l'âge de trente-sept ans, emporté, en peu de jours, par l'usage immodéré des boissons alcooliques qui jouent un si grand rôle dans certaines missions dites chrétiennes.
La REiiNÈ Ranavalo. — Cette mort amena instantanément un mouvement révolutionnaire à Tananarive. Les grands ou « chefs du peuple », retenus jusque-là par la terreur
qu'inspirait Radama, envahirent le palais, et, sous la direction d'Andrianambanivoula et Raïnizouari, proclamèrent reine, Ranavalo, la « Vadibé », une des onze femmes du roi défunt. Ils lui firent signer une constitution d'après laquelle aucune des lois qu'elle édicterait ne serait valable si elle ne portait la signature de sept d'entre eux. Ils la forcèrent même à épouser Raïnizouari, et, afin de faire disparaître les compétiteurs, ils exterminèrent tous les membres de la famille de Radama, sauf Ramenetak, son neveu et son successeur direct, qui put s'enfuir.
La Révolution, qui transforma la tyrannie de Radama en un gouvernement oligarchique, paraissait dirigée également contre les Anglais. Leguevel de Lacombe (1823-1830), affirme que les Hovas détestaient Hastie et ses compatriotes. Ce qui est certain, c'est que le nouveau gouvernement déchira tous les traités passés avec les Anglais depuis 1817, et refusa de recevoir Robert Lyall, nommé agent britannique en remplacement d'Hastie. Les missionnaires, privés de leur protecteur, voulurent se retirer. La reine ne leur en accorda la permission qu'au bout de quelques jours, et à la condition expresse qu'ils laissassent leurs femmes et leurs enfants.
Dans ces circonstances, le conseil colonial de Bourbon crut plus politique de surseoir à l'envoi de l'expédition préparée par le gouvernement français.
M. Hyde de Neuville, ministre de la Marine, malgré les faibles ressources dont il disposait, avait, en effet, résolu : l"* d'occuper par des troupes le port deTintingue; 2« d'exiger la reconnaissance des droits de la France sur Fort- Dauphin et la partie orientale de l'île, allant de la rivière d'Yvondrou (un peu au-dessous de Tamatave), jusqu'à la baie d'Antongil inclusivement, ainsi que sur les autres points soumis anciennement à la domination française; 3° de rétablir sous la protection et la domination de la France, les anciens chefs alliés que Radama avait dépossédés, et Zi" de lier avec les peuples de Madagascar des relations d'amitié et de
commerce. Le corps destiné à cette expédition avait été envoyé à Bourbon, mais le ministre, bien inspiré, avait laissé au conseil colonial de cette île le soin de décider de l'époque et des points de Madagascar où il était préférable d'opérer.
On fit des ouvertures au gouvernement de Ranavalo, qui se montra aussi intraitable que celui de Radama, et la guerre ne pouvant être évitée, le conseil colonial décida de commencer les opérations.
Vers la fin de juillet 1829, le capitaine de vaisseau Gourbeyre se présenta devant Tamatave; après avoir remis au gouverneur un ultimatum destiné à Tananarive, il se dirigea sur Tintingue et prit la ville où, avec l'aide des naturels, nos alliés, il construisit un fort sur lequel, le 19 septembre, il hissa le pavillon français.
Revenu à Tamatave et n'y ayant trouvé aucune réponse de la reine, il bombarda et incendia la ville, puis se rendit à Foulepointe, qu'on lui avait ordonné de détruire avec tous les autres postes hovas de la côte. Le débarquement s'effectua sans difficulté, mais nos soldats, lancés contre une redoute située un peu dans Tintérieur des terres, furent repoussés. Gourbeyre fit aussitôt sonner la retraite ; nos morts et une partie de nos blessés furent abandonnés sur le terrain. La destruction du fort de Pointe-à-Larrée, tout près de Foulepointe, ne compensa pas l'effet moral produit sur nos ennemis par la précédente reculade. Les têtes de nos malheureux soldats furent promenées par tout le pays comme trophées de victoire.
Gourbeyre ne voulant pas s'appuyer sur les tribus malgaches qui étaient venues spontanément se mettre sous notre protectorat, refusa de leur donner des armes et des munitions.il déclina également avec hauteur les offres que lui fit Robin, ex-sous-officier français qui, en 1816, avait quitté Bourbon, où il était en garnison, pour irrégularités dans les comptes de sa compagnie. Réfugié à Tananarive,
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Robin était successivement devenu le professeur de français, le secrétaire et le compagnon d'armes de Radama. Son concours eût été fort utile, et il était excessif de lui reprocher d'insignifiants détournements commis quinze années auparavant.
Volontairement réduit à ses propres forces, Gourbeyre était impuissant ; son expédition n'eut d'autre résultat que d'augmenter l'orgueil des Hovas et le découragement de nos alliés naturels.
Le gouvernement de Louis-Philippe, autant pour éviter les dépenses que pour complaire à la Grande-Bretagne, ordonna de cesser tout acte de guerre à Madagascar. Tintingue fut évacué, et il en eût été de même de Sainte- Marie sans les protestations énergiques des colons qui s'y étaient fixés sur la foi de la métropole, et, en cas d'abandon, réclamaient une indemnité.
Le plan Farquhar semblait réalisé au delà même des espérances de son auteur, mais ce dernier n'avait pas prévu qu'en aidant aussi efficacement ses protégés à dominer sur tout Madagascar, il développerait chez eux une ambition qui, le jour venu, pourrait se tourner contre les protecteurs.
Dès que les Hovas crurent n'avoir plus rien à craindre de la France, ils adoptèrent, vis-à-vis des Anglais, comme de tous les étrangers en général, une ligne de conduite qui devait les rendre seuls maîtres de l'île.
Les missionnaires britanniques, tolérés jusque-là, devinrent bientôt l'objet de nombreuses tracasseries; la reine alla jusqu'à ordonner à ses sujets, baptisés ou affiliés aux sociétés religieuses, d'avoir à se dénoncer eux-mêmes sous peine de mort. Tous les officiers qui se déclarèrent chrétiens, furent privés de leur grade, et les gens du peuple frappés d'une amende.
A la suite de cette persécution, la mission anglaise quitta Tananarive, mais elle ne partit pas sans espoir de retour.
Afin de monopoliser le commerce, les Hovas établirent des postes sur tous les points principaux du littoral, et il
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fut interdit aux naturels, sous peine de mort, de commercer directement avec les étrangers. A l'entrée comme à la sortie, on frappa un droit de 10 pour 100, au profit de la reine; pendant de longues années, ce droit ne pouvait être payé qu'en poudre et en fusils. Toute peuplade qui faisait mine de se soulever contre ces mesures iniques était immédiatement anéantie.
Enfin, pour asseoir définitivement son pouvoir, la reine édicta, en 18/i5, une loi spéciale aux traitants et commerçants établis à Tananarive, par laquelle ils étaient assujettis aux corvées de la reine, à tous les travaux, même ceux des esclaves, à prendre le tanghin (épreuve judiciaire par le poison), à obéir à tous les officiers et simples soldats hovas, à ne sortir de Tamatave sous aucun prétexte, et à ne faire
aucun commerce avec l'intérieur. Un délai de trois semaines était accordé pour accéder à cette loi ; ce délai expiré, « les clôtures devaient être brisées, les marchandises livrées au volet au pillage, et les traitants ou commerçants récalcitrants embarqués de force. »
Bombardement de Tamatave (18/i5). — C'.en était trop. M. Romain Desfossés, commandant la station française dans la mer des Indes, vint mouiller devant Tamatave pour protéger nos compatriotes; une corvette anglaise se joignit à lui pour défendre les sujets britanniques. Les remontrances des deux commandants restèrent vaines, et, au jour dit, onze traitants français et douze anglais furent chassés, et leurs biens pillés.
L'injure était trop grave pour qu'en dépit de la réserve qui leur avait été ordonnée par leurs gouvernements res-
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pectifs, les deux commandants pussent se dispenser d'en tirer vengeance. Ils bombardèrent la ville, la réduisirent en cendres, et mirent à terre les compagnies de débarquement. Malheureusement, elles ne purent forcer l'enceinte intérieure et durent regagner les embarcations, abandonnant une partie de leurs morts, comme cela avait eu lieu, en 1829, à Foulepointe.
Gomme à cette époque, les Hovas chantèrent victoire; leur orgueil n'eut plus de bornes. Le lendemain, les équipages anglais et français purent voir, sur des sagaïes plantées dans le sable du rivage, les têtes de leurs malheureux camarades tués.
Ce jour-là, le commandant anglais dut faire de tristes réflexions sur le plan de sir Robert Farquhar.
Le gouvernement français était décidé à exiger une réparation exemplaire, mais une coalition parlementaire le mit dans l'impossibilité de donner suite à son projet.
Après le bombardement de Tamatave en 18Zi5, la rupture fut complète entre les Hovas, la France et l'Angleterre ; pendant huit années, Madagascar resta fermée au commerce anglais et français.
Ce bombardement eut un contre-coup intérieur chez les Hovas : il fut le signal d'un égorgement en masse de tous les chrétiens hovas ou malgaches que l'on put découvrir. Le gouvernement de Tananarive les accusait d'être d'esprit et d'âme avec les étrangers, et d'avoir désiré leur succès.
Laborde (1852).— Bien qu'après le bombardement de Tamatave toutes relations eussent cessé avec Madagascar, quelques-uns de nos compatriotes avaient pris pied dans l'île; parmi eux, il faut particulièrement citer MM. de Lastelle et Jean Laborde, qui, vers 1852, jouissaient à la cour de Tananarive d'un très grand crédit.
M. de Lastelle avait fondé de vastes établissements agricoles et mérité la gratitude du gouvernement hova pour lui avoir fourni une certaine quantité de canons, dépendre
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et de fusils. En une seule fois, il avait introduit dans Tîle 10.000 fusils, et une seconde fois 23.000.
M. Jean Laborde, d'Auch, s'était rendu indispensable par la création, dans PAnkova, d'une fonderie de canons, de verreries, faïenceries, sucreries, fabriques de rhum, etc. Dans toutes ses entreprises, il avait intéressé la reine Ranavalo, qui, très avare, recevait chaque année, avec un plaisir extrême, la part de bénéfice qui lui revenait.
M. de Lastelle était le factotum de la reine; quant à M. Laborde, il était aimé comme un père par le prince Rakoto, « l'héritier du trône », celui qui devait régner sous le nom de Radama II.
Ces deux Français entretenaient le prince Rakoto dans l'idée de modifier un jour les relations extérieures de Madagascar, de se faire reconnaître plus ou moins diplomatiquement, puis d'attirer dans l'île les capitaux et les ingénieurs de l'Europe pour tout mettre en valeur au profit commun des Malgaches, des Hovas, et des autres nations du globe.
« On ne peut nier que ce rêve ne fût beau. Il était digne de la nation dont MM. de Lastelle et Laborde étaient sortis, et ne pouvait que faire honneur à celui qui fut Radama II. Il était du reste conforme à la civilisation à la fois utilitaire et cosmopolite-humanitaire du xix*" siècle. » (L. Pauliat.)
Pendant ce temps, les Anglais, avec cette ténacité qui est une de leurs grandes qualités individuelles et nationales, voulurent renouer des relations avec Madagascar; laissant de côté tout amour-propre, ils consentirent à payer aux Hovas une somme de 15.000 dollars (75.000 fr.), chiffre auquel avaient été estimés les dégâts causés à Tamatave par le bombardement de 18Zi5. Bien que nos bâtiments dussent profiter, comme les leurs, de la réouverture des ports malgaches, il ne nous demandèrent pas de contribuer au payement de l'indemnité.
Ils ne voulaient pas agir de concert avec nous, se réservant toujours d'occuper seuls la grande île. Leurs senti-
ments à notre égard se manifestèrent surtout dans la circonstance suivante.
En 1855, un ancien consul de France, M. d'Arvoy, avait commencé des fouilles à Bavatoubé, dans le nord-ouest de Tîle, afin d'y découvrir des mines de charbon qui y avaient été signalées. Une nuit, il fut attaqué par 1.500 Hovas envoyés de Tananarive, et massacré avec beaucoup de ses gens; tous ceux que Ton fit prisonniers, parmi lesquels un blanc, furent vendus comme esclaves. « C'était un acte de barbarie sauvage contre lequel tout homme civilisé, sans distinction de nationalité, aurait cru de son devoir de protester. » Le gouverneur anglais de Maurice, au contraire, félicita la reine de la « victoire » qu'elle venait de remporter sur les Français.
Juste à la même époque, nos soldats mouraient sous les murs de Sébastopol « pour la défense de la politique anglaise en Orient! »
Lambert (1855). — Les idées de MM. de Lastelle et Laborde trouvèrent un précieux concours auprès de M. Lambert, un Français, né à Redon, mais établi à Maurice, et qui vint à Tananarive appelé par la reine à laquelle il avait rendu un service important. Bloquée dans Mazangaye par les Sakalaves, une garnison hova allait succomber, lorsque M. Lambert la fit ravitailler par mer. Cette intervention toute spontanée, lui donna une grande influence, et, dès son arrivée, MM. de Lastelle et Laborde le mirent au courant de leurs projets et de la part que le prince Rakoto y prenait.
Ces (( conjurés » de la civilisation convinrent qu'il fallait placer Madagascar sous le protectorat effectif de la France, et former une grande Société européenne à laquelle on concéderait toutes les mines, toutes les forêts et toutes les terres non cultivées de l'île.
La reine Ranavalo, âgée de soixante-quatorze ans et d'une santé chancelante, pouvant mourir d'un moment à l'autre, il fut décidé que M. Lambert partirait immédiate-
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ment pour Paris afin de voir Napoléon III et lui soumettre les projets.
L'empereur accueillit avec une vive satisfaction les propositions dont Lambert était porteur ; mais, fidèle à l'ailiance franco-anglaise, il ne voulut rien faire sans l'assentiment de l'Angleterre. Il invita donc M. Lambert à se rendre à Londres pour en conférer avec lord Clarendon, chef du Foreign-office, l'autorisant à dire à ce dernier que, comme gage du bon vouloir de la France, la Compagnie de Madagascar serait composée mi-partie de Français et mipartie d'Anglais. On ne pouvait marquer plus d'esprit de conciliation.
M. Lambert , dépourvu de cette <( finesse » toute spéciale nécessaire à la diplomatie, commit la faute de mettre le ministre anglais au courant de tous les projets du prince Rakoto, aussi fut-il écouté avec une attention particulière ; aucune de ses paroles ne fut perdue, mais lord Clarendon lui déclara que l'établissement du protectorat de la France à Madagascar pourrait inquiéter l'opinion publique anglaise, et qu'à son « très grand regret », il se voyait dans l'impossibilité d'y donner son adhésion.
Cette réponse coupait court à la négociation ouverte avec Napoléon III.
A peine Lambert était-il sorti du ministère que lord Clarendon faisait appeler le révérend William Ellis, l'ancien aller ego de Pritchard à Tahiti.
Quelle fut leur conversation? On l'ignore, mais Ellis s'embarquait immédiatement pour Madagascar.
Sadjoa, ou sadjoie, poterie malgache.
Il y fat d'abord très mal reçu, le nom français étant en grande faveur auprès de la reine à la suite de la brillante cure faite sur le frère du premier ministre, par le docteur Milhet-Fontarabie, Fhonorable sénateur actuel de la Réunion.
Ellis n'était pas homme à se décourager; n'ayant pu agir directement, il mit en mouvement tous ceux qui étaient restés sous l'influence de l'enseignement des anciens missionnaires britanniques, et, peu après le retour de Lambert, éclata la nouvelle que les Français établis à Tananarive avaient ourdi une vaste conspiration pour renverser la reine et les ministres. Les dénonciateurs désignaient MM. Laborde et Lambert comme chefs et instigateurs du complot.
La panique du gouvernement hova fut indescriptible. On procéda sur l'heure à l'arrestation des Français; leurs biens furent confisqués, et on mit cinquante jours à les conduire à la côte en les faisant passer par les endroits les plus malsains (juillet 1857).
Cela ne suffisait pas; la colère du gouvernement se tourna également contre les chrétiens hovas, tous coreligionnaires d'EUis ; ils furent massacrés, faits esclaves, ou dépouillés de tout ce qu'ils possédaient.
La persécution sanguinaire dura plus de trois années, et certainement ne rentrait pas dans les plans d'Ellis qui n'avait eu en vue que la « suppression » du prince Rakoto et de MM. Laborde et Lambert, lesquels, précisément, avaient échappé à l'odieuse trame ourdie contre eux.
Les deux exilés s'étaient d'abord réfugiés à la Réunion, et M. Lambert avait repris la route de Paris afin d'exposer la situation à Napoléon III; la campagne d'Italie qui survint à cette époque ne permit pas de tourner de nouveau les regards vers les pays lointains.
Rakoto intercéda auprès de sa mère pour faire rentrer M. Laborde qui n'arriva à Tananarive que quelques jours
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après la mort de la reine, décédée le 16 août 1861, à Page de 81 ans.
Radama II (1861). — Proclamé roi sous le nom de Radama II, ce prince nomma M. Lambert son représentant en Europe et délivra en son nom la charte de concession pour la formation de la Compagnie.
Afin de ne pas s'aliéner TAngleterre, on renonça au protectorat déclaré de la France; mais on voulut atteindre le même but par une voie détournée, en faisant don à Napoléon III de la charte de concession.
Radama II, inspiré par ses deux conseillers, rendit une série de décrets qui transformaient radicalement la législation traditionnelle des Hovas vis-à-vis de l'étranger. Rompant ouvertement avec la famille Raïniharo qui, sous le règne de Ranavalo, avait en réalité gouverné sans interruption, il supprima la corvée, cette plaie de Madagascar, dont bénéficiaient les hautes classes, et abolit les douanes qui constituaient un grand nombre de places lucratives. 11 accorda à tous les étrangers, de quelque pays qu'ils fussent, le droit de séjourner ou de circuler librement, sans autorisation préalable, et, enfin, il reconnut aux blancs, comme aux indigènes, le droit de prêcher la religion chrétienne.
Toutes ces mesures, en y ajoutant le renouvellement de la charte de concession, faisaient entrer Madagascar dans le courant de la civilisation. Mais le peuple hova était-il mûr pour une semblable évolution? En outre, il y avait trop d'intérêts lésés pour ne pas soulever des mécontentements nombreux, que le Révérend EUis sut exciter et exploiter habilement.
Malgré le dépit qu'ils éprouvaient des marques de bienveillance continuelles vis-à-vis des Français, les Anglais envoyèrent à Radama II, pour le féliciter de son avènement, une députation ayant à sa tète le colonel Midleton. Cette députation arriva à Tamatave le 22 septembre 1861.
Le 8 février 1862, le capitaine de frégate baron Bro»ssard
de Gorbigny débarqua à son tour, chargé par Napoléon III de reconnaître Radama II en qualité de « roi de Madagascar », tout en réservant les droits de suzeraineté de la France sur cette île.
Le 8 juillet suivant, une nouvelle mission, sous les ordres du capitaine de vaisseau Dupré, faisait son entrée à Tananarive et venait assister à la cérémonie du couronnement qui n'eut lieu que le 23 septembre, au milieu de fêtes brillantes et nombreuses, attristées un moment par un incendie qui faillit détruire une partie de la ville, et auquel la malveillance n'était pas étrangère.
Quelques jours après, M. Lambert, créé duc d'Émyrne par Radama II, entreprit un nouveau voyage en France, pendant lequel fut organisée la Compagnie de Madagascar, présidée par un sénateur, le baron Paul Desbassins de Richement. Cette nouvelle société, au capital de 50 millions de francs, rappelait en tous points, par ses apports et ses statuts, la première société fondée sous Louis XIV.
Ayant Texpérience du passé et surtout l'appui effectif du roi de Madagascar, devait-elle avoir plus de succès que sa devancière? Les événements qui se précipitèrent alors, laissent la question sans réponse.
Tous ceux que les réformes de Radama II avaient lésés dans leurs intérêts ou froissés dans leurs préjugés, s'agitèrent sourdement d'abord; excités sous main par Ellis, ils levèrent bientôt la tête, au point que le roi, plus encore pour sauver ses amis que pour défendre sa couronne, se réfugia à la Maison de Pierre, petite propriété qu'il possédait à quelque distance de la ville. C'est là que les émeutiers se présentèrent, le 9 mai, pour réclamer l'annulation des concessions faites aux étrangers et l'abrogation de la charte Lambert. Sur son refus, huit de ses amis et ses gardes du corps furent massacrés sous ses yeux.
Le roi rentra dans son palais de Tananarive presque décidé à faire des concessions, mais il était trop tard. Le 11 mai, le palais fut envahi; la populace se livra à de nou-
Maisons en bois a Tananarive.
veaux massacres. Le lendemain, douze bandits déterminés, introduits par le ministre des affaires étrangères, pénétrèrent dans la chambre du roi et, en présence de la reine évanouie, l'étranglèrent avec un lamba de soie.
Telle fut, à Page de trente-quatre ans, la fin de ce malheureux Radama IL Doué de qualités très réelles, il eut le tort de trop devancer l'état de civilisation de son peuple, dont les instincts barbares furent habilement exploités par ceux qui visaient plus loin que la tête du roi hova.
Les Anglais eux-mêmes furent émus par cette fin tragique. Seul EUis, continuant son œuvre, osa jeter de la boue sur un cadavre; il fit publier dans la Commercial Gazelle de l'île Maurice un article dans lequel il disait bien haut que l'assassinat de Radama II était un événement profitable au pays. Il traitait, dans cet article, le défunt souverain de despote manqué, ayant avili la royauté, et il qualifiait MM. Laborde et Lambert « d'artificieux étrangers qui avaient poussé le roi à l'ivrognerie pour usurper de riches et vastes concessions w.
Afin de donner le change à l'opinion religieuse en Angleterre, il ne craignit pas d'ajouter que Radama II avait été un persécuteur déclaré de la religion protestante et qu'au moment même où la « Providence avait fait justice, il venait de décréter la mort du chef de la mission britannique, le Révérend William Ellis ».
L'influence anglaise. — Aussitôt le roi mort, le premier ministre avait signifié à M. Laborde que le traité conclu avec la France ne subsistait plus. Radama II était déclaré roi vaincu et son règne décrété annulé. Son enterrement fut secret, sans pompe ni honneurs ; il y eut défense, sous les peines les plus sévères, de porter son deuil et même de le pleurer.
A la suite d'une entente entre les ministres et les missionnaires anglais, la veuve de Radama II fut proclamé'e reine de Madagascar sous le nom de Rasoherina, malgré les répugnances qu'elle montra tout d'abord.
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Lors de la proclamation de ravènement au trône de la nouvelle reine, le nom de Radama II fut omis sur la liste des rois et reines ses prédécesseurs, comme s'il n'avait jamais existé, et une série de décrets remit les choses en rétat où elles étaient à la mort de Ranavalo.
Triomphant, le vieux parti hova n'était toutefois pas sans de vives appréhensions sur les représailles qu'exercerait la France ; mais EUis lui fit comprendre qu'il devait se jeter dans les taras de l'Angleterre, s'engageant à obtenir de celle-ci qu'elle s'opposât à toute expédition de la France.
Engagé à cette époque dans la funeste expédition du Mexique, notre gouvernement, sauf une manifestation presque platonique de l'amiral Dupré et le retrait de notre consul, M. Laborde, qui rentra à Tananarive sans caractère officiel, notre gouvernement se borna à réclamer une indemnité de 1,200,000 francs en faveur des capitalistes lésés par l'abolition de la charte Lambert.
Cette indemnité, pour le payement de laquelle les Hovas suscitèrent un grand nombre de difficultés de détail, s'est élevée exactement, change déduit, à 870,2Zi6 fr. 12, et non à 6 millions, comme certains journaux anglais l'ont dit.
Ellis ne manqua pas d'exploiter cette sorte d'inaction de notre part. Il l'expliqua aux Hovas par les menaces que, selon lui, le gouvernement anglais nous aurait adressées et par la « terreur » qu'il nous inspirait.
« Le crédit qu'Ellis parvint de la sorte à faire accorder aux Anglais était d'autant plus réel et sérieux qu'en somme les grands étaient persuadés qu'avec la France la plupart des mesures démocratiques dont ils s'étaient effrayés sous Radama II, ne manqueraient pas d'être reprises, et qu'ils devraient dire adieu à tous leurs privilèges. » (Louis Pauliat.)
Le 27 juin 1865, un traité fut passé par les Anglais avec le gouvernement hova. En apparence, ce traité ne concernait que les questions de propagande religieuse; mais en
fait il accentuait la prépondérance des missionnaires britanniques dans toute l'île, et il leur permit d'exercer une influence contre laquelle nous avons encore à lutter aujourd'hui.
Vers la fin de 1866, le comte de Louvières reçut du gouvernement impérial la mission ingrate de négocier un nouveau traité. Malgré l'entremise de M. Laborde, il fut très mal reçu à la cour hova ; il mourut à son poste le i^"^ janvier 1867. Cette mort coupa court aux négociations entamées.
Retour de M. Laborde (1867). —M. Laborde reprit les fonctions de consul intérimaire et, avec elles, une très grande influence sur la reine Rasoherina qui l'appelait habituellement son père. Aussi lorsque le nouvel envoyé de France, M. Garnier, débarqua, fut-il reçu avec de telles marques d'estime et d'affection que les autres consuls, présents à l'entrevue, s'en montrèrent jaloux.
Rasoherina voulut-elle, par cet accueil bienveillant, réparer les torts si graves qu'elle avait eus envers son prédécesseur, ou plutôt, livrée à sa propre inspiration, ne commençait-elle pas à craindre que l'influence des missionnaires anglais finît par l'annihiler?
Après un voyage de trois mois dans l'intérieur du pays, voyage pendant lequel une conspiration de palais, ourdie par l'ancien premier ministre, fut déjouée par le commandant de la place, la reine rentra dans sa capitale pour s'aliter presque aussitôt et mourir le 1'^'' avril 18G8, âgée d'un peu plus de cinquante ans.
Ranavalo II (1868). — La princesse Ramona, cousine de Rasoherina, fut proclamée reine sous le nom de Ranavalo II. Élevée par un pasteur protestant anglais, elle avait non seulement embrassé sa religion, mais encore avait appris sa langue.
Après avoir eu quelque peine à entrer en relations avec Rainilaiarivony, qui avait conservé auprès de la nouvelle souveraine le double titre de premier ministre et d'époux,
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M. Garnier put enfin, le 8 août 1868, conclure un traité. Mais, bien que Particle 4 de ce traité autorisât les Français à acquérir des terres, le premier ministre ne tarda pas à faire décréter que tout indigène qui vendrait des terres à un étranger, serait condamné à dix ans de fer. C'était, à proprement parler, la violation d'un engagement régulièrement contracté.
Si le premier ministre ne craignait pas d'en agir ainsi avec nous, lorsque le prestige de la France devait encore luire à ses yeux, que ne se permettrait-il pas après nos désastres de 1870?
Naturellement, les missionnaires anglais qui continuaient la tactique d'Ellis, parti de Madagascar à la fin de 1865, profitèrent de notre situation douloureuse pour décrier la France. A les entendre, nous ne comptions plus au nombre des nations; sans prestige et désarmés, nous étions une puissance finie, et on pouvait tout oser contre nous.
On osa tout.
Un de nos compatriotes, établi à Fénérilfe, fut l'objet d'une inqualifiable attaque ; sa maison fut audacieusement pillée et lui-même victime de voies de fait. Le commandant de la station française, capitaine de vaisseau Lagougine, se transporta immédiatement sur les lieux. Tout en offrant de régler l'affaire à l'amiable, il parla si haut et si ferme, il se montra si décidé à user de rigueur pour laver l'injure faite au pavillon français, que les Hovas accordèrent toutes les réparations exigées.
Le 10 août 1875, M. Soumagne qui a rendu tant de services à la France à Madagascar, débarquait à Tamatave avec
Musiciens malgaches.
le jeune Radilofera, fils du premier ministre. Envoyé par son père en France pour étudier notre civilisation, et surtout notre législation, ce jeune Hova avait été accueilli avec bienveillance par le maréchal de Mac-Mahon, et rentrait dans son pays en emportant un souvenir reconnaissant de son séjour parmi nous.
Ce qu'il en raconta à son père, incita ce dernier à se rapprocher de notre gouvernement, et il se fat rallié ouvertement à notre cause, s'il avait été certain de trouver auprès de nous le concours nécessaire. La France, très préoccupée alors (1876) de sa politique intérieure, ne pouvait songer à Madagascar. Le premier ministre, ne voulant pas perdre son temps dans des démarches qu'il prévoyait ne pas devoir aboutir, changea brusquement l'orientation de sa politique, et resserra les liens qui l'attachaient à ses anciens alliés, qu'il était sur le point de quitter.
Ces derniers, qu'un réseau d'informations très complet mettait au courant de tout ce qui se passait, même dans les conciliabules les plus secrets du gouvernement hova, exigèrent de nouveaux gages, qu'on ne put leur refuser. L'enseignement protestant fut décrété obligatoire pour tous, contrairement au dernier traité conclu avec la France qui stipulait la liberté de l'enseignement catholique. Toutefois, on n'était pas encore assez sûr de la fidélité du vassal pour nous exclure entièrement.
La réforme de l'armée hova ayant été décidée dans le sens de la formation de bataillons à l'européenne, le sergent français Noyai fut chargé de l'instruction d'une partie des troupes, et un sergent anglais, de l'autre partie^i-
Au mois de décembre 1878, la France faisait une perte irréparable par la mort, à Tananarive, de M. Laborde, qui avait mis au service de la cause française son intelligence, sa fortune et son influence personnelle.
La reine avait pour lui une profonde affection et lui fit faire des obsèques presque royales. Elle dit aux deux neveux du défunt : « Vous êtes maintenant orphe-
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lins, mais consolez-vous, Ranavalo sera désormais votre mère. »
Cette bonne mère commença par leur refuser Tenvoi en possession de l'héritage de leur oncle> Pendant deux ans, notre consul, M. Cassas, qui avait succédé à M. Laborde, mit tout en mouvement pour faire délivrer cette fortune qu'on détenait contre tout droit ; découragé, il abandonna son poste, et se retira à Tamatave où il apprit qu'il était remplacé par M. Meyer.
Afin de donner à notre représentant une situation plus importante, le gouvernement avait joint au titre de consul, celui de commissaire de la République française. Nul doute que, par son caractère et son énergie, M. Meyer fût parvenu à acquérir de l'influence à la cour de Tananarive ; mais, après quelques mois de séjour, il fut envoyé à Singapour.
Les missionnaires anglais ne cessaient, pendant tout ce temps, d'agir sur les populations malgaches pour les éloigner de nous. Le Révérend Parett qui, à ses fonctions religieuses, joignait le métier d'imprimeur, parcourut toute la côte nord-ouest et les petites îles voisines, cherchant, par tous les moyens, même des distributions d'argent, à soulever contre nous les Sakalaves, nos protégés.
Intervention de la Frange (1882). — M. Bandais, successeur de M. Meyer, se rendit immédiatement un compte exact de la situation qui devenait de plus en plus dangereuse. Il en avertit le ministère, insistant sur la nécessité de réagir promptement. Le 28 mars 1882, M. de Freycinet envoya au commissaire de la République, l'ordre « de ne laisser porter ni directement ni indirectement, atteinte aux prérogatives de la France à Madagascar », et M. Duclerc, dès son arrivée au ministère des affaires étrangères, fit avertir officiellement le gouvernement de la reine Ranavalo II que (( la France avait de sérieux griefs à lui reprocher, concernant principalement le droit de propriété à Madagascar, et l'empiétement progressif des Ilovas sur la
côte nord-ouest dépendant de notre protectorat. » Il ajouta (( qu'il entendait soutenir nos droits sur la grande île, et faire appliquer, dans toute leur intégrité, nos anciens traités conclus avec les Sakalaves ».
Au reçu de cette note très ferme et très claire, le premier ministre hova feignit tout d'abord de ne pas comprendre, et, en fin de compte, il se refusa formellement à enlever le pavillon qui flottait sur divers points du pays des Sakalaves.
La population, excitée contre nous, devint bientôt si menaçante que M. Bandais dut rompre les relations officielles, et se retirer à Tamatave où il arriva le 29 mai 1882.
M. Campan, son chancelier et l'un des neveux de Laborde, chargé de l'intérim du consulat, fut menacé de mort, le 6 juin, par une affiche placardée sur la porte même du consulat. Le ministre Rainilaiarivony, auquel plainte fut portée, fit des excuses ratifiées par la reine.
Cependant de nouvelles menaces publiques furent proférées contre nos compatriotes résidant à Tananarive, et M. Campan dut, à son tour, quitter la capitale, et aller rejoindre M. Bandais à Tamatave.
Enhardis par le départ de tous nos représentants officiels, les meneurs des Hovas poussèrent ces derniers aux plus coupables excès. « Le directeur de la maison Roux de Fraissinet, de Marseille, fut assassiné, sa maison fut pillée et saccagée, et, hideux trophée de ce sauvage exploit, la , tête coupée de la victime fut promenée à travers la ville, plantée au bout d'une sagaie. »
Le capitaine de vaisseau Le Timbre, chef de la station française de la mer des Indes, avisé par un de ses lieutenants de ce qui se passait à Madagascar, en informa télégraphiquement le ministre de la marine, et alla, avec toute sa division, attendre des ordres à Nossi-Bé.
L'amiral Jauréguiberry prescrivit au commandant Le Timbre de gagner Mazangaye, territoire . itérativement cédé à la France, d'en chasser les llovas qui y avaient
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établi un poste, et de se tenir prêt à agir selon la tournure que prendraient les événements.
Ayant appris que le seul navire de guerre que possédaient les Hovas, se disposait à embarquer des troupes pour les porter sur la côte nord-ouest, le commandant Le Timbre se rendit à Tamatave et signifia au gouverneur hova « que la France traiterait en usurpateurs les drapeaux arborés sur nos concessions, et s'opposerait par les
Ateliers de M. Laborde.
armes à tout débarquement de troupes à Mazangaye ou sur tout autre point du littoral. »
Les préparatifs d'embarquement ne cessant pas, il renouvela sa sommation et enfin fut obligé de mettre l'embargo sur le navire royal.
Continuant ses actes énergiques, il alla, presque seul/ arracher de sa propre main le pavillon hova qui flottait sur deux points situés dans l'étendue de nos concessions*
Ces exécutions, suivant de près les sommations, firent
Océan Indien. 17
réfléchir le premier ministre et le portèrent à reconnaître nos légitimes réclamations, mais ses conseillers ne Tentendaient pas ainsi : « Nous vous avons procuré de bons remingtons, lui soufflèrent-ils, ce n'est pas pour les laisser rouiller. » (H. Le Chartier et G. Pellerin.) N'osant pas rompre ouvertement, et voulant gagner du temps, le gouvernement hova imagina d'envoyer en Europe une ambassade, chargée de résoudre toutes les difficultés pendantes.
Arrivés à Paris à la fin d'octobre 1882, les ambassadeurs eurent d'interminables conférences au ministère des affaires étrangères, conférences dans lesquelles, tout en ne pouvant rien objecter aux arguments dont on les accablait, ils se dérobaient systématiquement à tout engagement formel.
Il résultait de ces négociations laborieuses que la force seule ferait capituler les Hovas.
Aussi M. Duclerc, alors ministre des affaires étrangères, jugea-t-il plus conforme à notre dignité de rompre avec les négociateurs qui quittèrent précipitamment Paris pour se rendre à Londres où ils se croyaient assurés de trouver la protection que leur avaient toujours promise Parrett, et avant lui, Ellis.
Les Anglais les reçurent avec des banquets, des fêtes, des réceptions officielles, des représentations de gala, des cadeaux à profusion, mais là se borna leur concours. Déçus dans leurs espérances, ils retournèrent à Madagascar où, pendant leur absence, les empiétements du gouvernement hova sur la côte nord-ouest avaient continué.
L'amiral Pierre. — Le 15 février 1883, le contre-amiral Pierre, muni d'instructions du ministre des affaires étrangères, alors M. Jules Ferry, quitta Toulon et prit, en passant, M. Bandais qui l'attendait à Zanzibar.
Le 16 mai, l'amiral Pierre s'empara de Mazangaye et en chassa 2,000 Hovas qui s'y étaient fortifiés. Se rendant de là à Tamatave, il adressa à la reine Ranavalo un ultimatunx
MADAGASCAR
lui enjoignant « de reconnaître nos droits sur Tîle, et d'accorder pleine et entière satisfaction aux héritiers Laborde. » Faute par elle d'accéder à ces légitimes réclamations, il bombarderait Tamatave et l'occuperait militairement.
Le gouvernement hova, toujours indécis sur la ligne de conduite qu'il devait tenir vis-à-vis des Français, avait paru, un moment, revenir à de meilleurs sentiments à notre égard. Un Français, M. Suberbie, qui, depuis le départ de MM. Baudais et Gampan, représentait l'élément français à Tananarive, avait acquis une certaine influence sur le premier ministre. La nouvelle de la prise de Mazangaye vint changer encore une fois l'orientation de la politique hova. Le Révérend Parrett accourut au palais, demandant le massacre immédiat de tous les Français résidant à Tananarive ; mais le premier ministre, qui ne voulait pas nous donner de nouveaux griefs, déclara que quiconque toucherait aux Français, serait tué de sa main. Il ajouta toutefois que le bombardement de Mazangaye déchirait les traités conclus avec la France, et que tous les Français, établis dans l'Emyrne, eussent à quitter le territoire hova. L'ordre d'expulsion fut signifié, le soir même à six heures, à M. Suberbie.
Quant à l'ultimatum de l'amiral Pierre, il ne reçut qu'une réponse négative qui parvint à Tamatave le 9 juin 1883.
Le lendemain, cette ville était bombardée. Les Hovas abandonnèrent précipitamment le fort, que les nôtres occupèrent immédiatement ; ils se retirèrent dans leur camp retranché, situé à cinq kilomètres, dans l'intérieur des terres.
Sur ces entrefaites, la reine Ranavalo II mourut le l/i juillet. Avant même que ses funérailles eussent lieu, le premier ministre fit reconnaître pour reine, la jeune princesse Razatindrahety, petite-nièce de Radama P'", veuve, depuis un mois seulement, du prince Ratrimo.
Le 22 novembre 1883, elle monta sur le trône, sous
le nom de Ranavalo III : elle règne encore aujourd'hui.
Selon l'usage, elle dut épouser le premier ministre, qui conserva ainsi sa situation et ses fonctions sous trois souveraines successives.
Pendant cette transmission du pouvoir royal, un incident très fâcheux vint encore compliquer une situation déjà fort tendue.
Le prédicant Schaw, qui s'était fait particulièrement remarquer par sa haine bruyante contre les Français, fut accusé, de complicité avec les Hovas, de tentative d'empoisonnement sur quelques-uns de nos soldats. L'amiral Pierre le fit arrêter et conduire à bord d'un navire de la division pour y être traduit devant un conseil de guerre.
Sur les réclamations du cabinet britannique, l'amiral reçut l'ordre de relaxer Schaw qui reçut, en outre, une indemnité de 25,000 francs, votée par le Parlement français .
Frappé dans sa droiture de marin et sa fierté de patriote, profondément affligé par la tournure des événements auxquels, par ordre, il devait assister en témoin impassible, l'amiral tomba malade et fut autorisé à rentrer en France, mais il ne devait pas toucher le sol de la patrie. 11 mourut en vue de Marseille, attendant pour entrer dans le port l'expiration du délai de quarantaine.
A tous égards, la mort de l'amiral Pierre fut une grande perte. La dédicace. suivante qui figure en tête du remarquable travail de M. le sénateur Louis Pauliat sur Madagascar, est le meilleur portrait que l'on puisse tracer de ce vaillant officier de marine : « A la mémoire du regretté amiral Pierre, commandant de l'expédition française de Madagascar en 1883, qui sut tenir si haut le drapeau de la France, et dont tous ceux qui l'ont approché, gardent le souvenir, comme celui d'un homme, dont la mort a été une perte irréparable pour notre pays. »
L'amiral Galiber succéda à l'amiral Pierre. Après avoir
occupé Vohémar, Fort-Dauphin, Foulepointe et d'autres points du littoral, il essaya d'entamer de nouvelles négociations avec les Hovas, espérant, mais en vain, arranger à l'amiable toutes les questions pendantes.
Il fut remplacé dans son commandement par l'amiral Miot qui s'embarqua, le 2 avril 1883, pour aller prendre possession de son poste.
Afin de tâter le nouveau commandant français, les Hovas reprirent les pourparlers, et le convoquèrent à une réunion de plénipotentiaires. L'amiral s'y rendit en tenue civile ; jugeant bien vite que toute entente était impossible sur le terrain choisi par les Hovas, il rompit net l'entretien, et se retira, après avoir déclaré qu'il attendait toujours la réponse à l'ultimatum signifié par les amiraux ses prédécesseurs et par le commissaire de la République française.
L'état de guerre continua donc, mais les opérations se bornèrent à un blocus, plus ou moins rigoureux, des côtes, et à l'occupation de divers points du littoral, tels que la baie de Passandava, le fort hova d'Amboonio, situé à une faible distance de Vohémar, et enfin la magnifique baie de Diego-Suarez, où les Hovas, bien qu'entourés de populations hostiles, entretenaient, au mépris des traités, une forte garnison, composée de leurs meilleures troupes.
M. de Freycinet ayant remplacé M. Jules Ferry en avril 1885, le cabinet français voulut liquider à bref délai la question de Madagascar. Après avoir reçu du Parlement un nouveau subside de 12 millions de francs, il télégraphia l'ordre de « faire une nouvelle tentative de conciliation auprès des Hovas ou, faute de s'entendre, de reprendre les hostilités jusqu'à complète satisfaction. »
Les négociations n'ayant pas abouti, l'amiral Miot se décida à attaquer, le 10 septembre, les camps retranchés de Farafate, situés à six kilomètres de Tamatave.
Malgré leur entrain et leur héroïsme, nos hommes ne purent enlever les retranchements derrière lesquels une
armée hova nombreuse était abritée ; après deux heures et demie d'efforts incessants, il fallut donner Tordre de cesser le feu.
C'était un échec, conséquence de notre longue inaction qui avait permis aux Hovas de s'organiser, de s'instruire sous la direction d'officiers anglais dont ils avaient reçu également des armes et des munitions en grandes quantités ; par suite de la grande étendue des côtes et du petit nombre de bâtiments mis à la disposition du commandement, le blocus n'avait jamais été que partiel.
Les négociations ayant été reprises à l'arrivée de M. Patrimonio, ancien consul de France à Beyrouth, une première réunion de plénipotentiaires eut lieu le 22 novembre.
La France était représentée par MM. le contre-amiral Miot et Patrimonio ; la reine de Madagascar par le général hova Digby Willoughby, sujet britannique, ancien colonel du régiment des Willoughby's horses au Zoulouland et au Basulouland, mais dont le nom ne figure sur aucun annuaire du Royaume-Uni.
Traité de 1885 avec les Hovas. — Le 17 décembre 1885, les plénipotentiaires signèrent le traité, dont les bases avaient été soumises officieusement au gouvernement français par M. Procter, négociant anglais à Tamatave, dont un des commis avait été fusillé comme espion hova, et le Révérend Parrett, qui, en 1881, avec un autre missionnaire, le Révérend Pickersguil, avait essayé de soulever, contre nous, les Sakalavés. :
En voici le texte :
« Traité conclu^ le il décembre 1885, entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de Sa Majesté la Reine de Madagascar»
<i Le gouvernement de la République française et celui de Sa Majesté la reine de Madagascar, voulant empêcher à jamais le renouvellement des difficultés qui se sont produites récemment, et désireux de resserrer leurs anciennes
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relations d'amitié, ont résolu de conclure une convention à cet effet, et ont nommé plénipotentiaires, savoir :
« Pour la République française :
« M. Paul-Émile Miot, contre-amiral, commandant en chef la division navale de la mer des Indes.
« Et pour le gouvernement de Sa Majesté la reine de Madagascar :
« M. le général Dighby Willoughby, officier général, commandant les troupes malgaches et ministre plénipotentiaire;
a Lesquels, après avoir échangé leurs pleins pouvoirs, trouvés en bonne et due forme, sont convenus des articles qui suivent, sous réserve de ratification :
« Article PREMIER.
— Le gouvernement de la République représentera Madagascar dans toutes ses relations extérieures.
Les Malgaches, à l'étranger, seront pla- L'Amiral Pierre, céssousla protection de la France.
« Art. 2. — Un résident, représentant le gouvernement de la République, présidera aux relations extérieures de Madagascar, sans s'immiscer dans l'administration intérieure des Etats de Sa Majesté la reine.
(( Art. 3. — Il résidera à Tananarive avec une escorte militaire. Le résident aura droit d'audience privée et personnelle auprès de Sa Majesté la reine.
« Art. li. — Les autorités dépendant de la reine n'interviendront pas dans les contestations entre Français, ou entre Français et étrangers. Les litiges entre Français et Malgaches, seront jugés par le résident, assisté d'un juge malgache.
« Art. 5. — Les Français seront régis par la loi française, pour la répresssion de tous les crimes et délits commis par eux à Madagascar.
« Art. 6. — Les citoyens français pourront résider, circuler et faire le commerce librement, dans toute l'étendue des États de la reine.
« Ils auront le droit de louer pour une durée indéterminée, par bail emphytéotique renouvelable au seul gré des parties, les terres, maisons, magasins et toute propriété immobilière. Ils pourront choisir librement et prendre à leur service, à quelque titre que ce soit, tout Malgache libre de tout engagement antérieur. Les baux et contrats d'engagement de travailleurs seront passés, par acte authentique, devant le résident français et les magistrats du pays, et leur stricte exécution sera garantie parle gouvernement.
« Dans le cas où un Français, devenu locataire d'une propriété immobilière, viendrait à mourir, ses héritiers entreraient en jouissance du bail conclu par lui, pour le temps qui resterait à courir, avec faculté de renouvellement. Les Français ne seront soumis qu'aux taxes foncières acquittées par les Malgaches.
« Nul ne pourra pénétrer dans les propriétés, établissements et maisons occupés par les Français ou par les personnes au service des Français, que sur le consentement ou avec l'agrément du résident.
« Art. 7. — Sa Majesté la reine de Madagascar confirme expressément les garanties stipulées par le traité du 7 août 1868, en faveur de la liberté de conscience et de la tolérance religieuse.
Art. 8. — Le gouvernement de la reine s'engage à payer la somme de 10 millions de francs, applicable tant au règlement des réclamations françaises liquidées antérieurement au conflit survenu entre les deux parties, qu'à la réparation de tous les dommages causés aux particuliers étrangers, par le fait de ce conflit. L'examen et le règlement de ces indemnités est dévolu au gouvernement français.
« Art. 9. — Jusqu'au parfait paiement de ladite somme de 10 millions de francs, Tamatave sera occupé par les troupes françaises.
« Art. 10. — Aucune réclamation ne sera admise au
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sujet des mesures qui ont dû être prises par les autorités militaires françaises. ♦
« Art. 11. — Le gouvernement de la République s'engage à prêter assistance à la reine de Madagascar, pour la défense de ses États.
« Art. 12. — Sa Majesté la reine de Madagascar continuera, comme par le passé, de présider à Tadministration de toute l'île.
« Art. 13. — En considération des engagements pris par Sa Majesté la reine, le gouvernement de la République consent à se désister de toute répétition, à titre d'indemnité de guerre.
« Art. 1Zi. — Le gouvernement de la République, afin de seconder la marche du gouvernement et du peuple malgache dans la voie de la civilisation et du progrès, s'engage à mettre à la disposition de la reine les instructeurs militaires, ingénieurs, professeurs et chefs d'atelier qui lui seront demandés.
« Art. 15. — Le gouvernement de la reine s'engage expressément à traiter avec bienveillance les Sakalaves et les Antankares, et à tenir compte des indications qui lui seront fournies, à cet égard, par le gouvernement de la République. Toutefois, le gouvernement de la République se réserve le droit d'occuper la baie de Diego-Suarez et d'y faire des installations à sa convenance.
« Art. 16. — Le Président de la République et Sa Majesté la reine de Madagascar accordent une amnistie générale pleine et entière, avec levée de tous les séquestres mis sur leurs biens, à ceux de leurs sujets respectifs qui, jusqu'à la conclusion du traité et auparavant, se sont compromis pour le service de l'autre partie contractante.
« Art. 17- — Les traités et coijventions existant actuellement entre le gouvernement de la République et celui de Sa Majesté la reine de Madagascar sont expressément confirmés dans celles de leurs dispositions qui ne sont point contraires aux présentes stipulations.
« Art. 18. — Le présent traité ayant été rédigé en français et en malgache, et les deux versions ayant exactement le même sens, le texte français sera officiel et fera foi sous tous les rapports, aussi bien que le texte malgache.
« Art. 19. — Le traité sera ratifié dans le délai de trois mois, ou plus tôt, si faire se pourra^
« Fait en double expédition à bord de la Naïade, en rade de Tamatave, le 17 décembre 1885.
« Le Ministre plénipotentiaire de la République française, « Signé : S. Patrïmonio.
« Le contre-amiral coimmmdant en chef de la division navale de la mer des Indes, « Signé : E. Miot.
« Le Minisire plénipotentiaire de Sa Majesté la reine de Madagascar, Officier général, commandant les troupes malgaches, (( Signé : Digby Villoughby. »
Le 27 février 1886, la Chambre des députés ratifia ce traité. Le rapporteur, M. de Lanessan, s'exprima ainsi : a Ce traité est défectueux, mais le repousser, ce serait reprendre les hostilités, et ni le gouvernement, ni la Chambre ne veulent s'exposer à de nouvelles complications; proclamer l'abandon de nos droits sur Madagascar? le pays ne l'accepterait pas. »
Avant l'échange des ratifications, le premier ministre hova avait soulevé des difficultés, et obtenu de nos plénipotentiaires une soi-disant lettre explicative qui dénaturait, sur divers points, le sens du traité. Cette lettre a été désavouée, à la tribune de la Chambre des députés, par M. de Freycinet.
Mission de M. le Myre de Vilers. — M. le Myre de Yi- 1ers, ancien officier de marine, ancien gouverneur de la Cochinchine, fut nommé Résident général de la République française à Madagascar. Le gouvernement ne pouvait faire un meilleur choix. Doué de grandes qualités, comme administrateur et comme diplomate, M. le Myre de Vilers est réellement l'homme qu'il fallait pour exercer à la cour de
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Tananarive, « rinfluence morale » dont M. de Freycinet a parlé devant la commission de la Chambre des Députés.
Le iU mai 1886, notre Résident général fit son entrée solennelle à Tananarive, précédé d'un cortège imposant composé de grands dignitaires, revêtus d'uniformes éclatants. Le 17, il remit à la reine ses lettres de créance, et il échangea le lendemain les visites officielles avec le premier ministre.
A peine installé, M. Le Myre de Vilers eut à compter avec l'esprit hova si longtemps excité contre nous, par les Ellis, les Parrett, les Pickersguil, etc. A la première soirée qu'il donna, une troupe de soldats hovas ivres, conduite par Mariavolo, ministre de la guerre, envahit les jardins de la résidence et enleva les musiciens, engagés pour la fête.
Mariavolo était le propre fils du premier ministre.
M. le Myre de Vilers exigea immédiatement, et obtint toutes satisfactions. Ce fait, secondaire en lui-même, n'avait de gravité que par les personnages qui y étaient mêlés.
Le premier ministre, du reste, n'était pas heureux avec les membres de sa famille. Son neveu, Ravoninahitriniarivo, ministre des affaires étrangères, avait su prendre une réelle influence sur une partie du peuple hova ; il pouvait donc, à un moment donné, devenir le compétiteur de son oncle. Accusé, à tort ou à raison, d'avoir abusé du sceau de l'État, il a été condamné à vingt années de fers, mais sa peine a été commuée en celle du bannissement perpétuel.
En juin 1886, le gouvernement hova avait accordé à M. Abraham Kingdon, un des principaux agents de la London mAssionnary Society, un contrat en vertu duquel une société anglaise prêtait une somme de 20 millions de francs; en échange on lui concédait la perception des droits de douane, le monopole de l'exploitation des mines et de la frappe de la monnaie, et la création d'une banque d'État.
Le traité du 17 décembre 1885 ayant placé les relations extérieures de Madagascar dans les attributions de notre résident général, M. Le Myre de Vilers intervint et protesta formellement contre la convention Kingdon. Le gouvernement hova, s'appuyant toujours sur la lettre explicative de MM. Miot et Patrimonio, voulut discuter les droits de notre résident général. Il écrivit dans ce sens à notre ministre des affaires étrangères; mais, reconnaissant, quelque temps après, notre traité seul comme valable, il céda et offrit de concéder l'emprunt à une maison de banque française. 11 demanda, en outre, l'envoi d'urgence du personnel et du matériel nécessaires à la construction d'une ligne télégraphique de Tamatave à Tananarive.
M. Le Myre de Yilers accepta ces deux propositions qui furent exécutées. Le Comptoir d'escompte de Paris, à la date du 18 décembre 1886, prêta au gouvernement hova, une somme de 15 millions de francs, dont 10 millions devaient être versés au gouvernement français en exécution de l'article 8 du traité du 17 décembre 1885. Cet emprunt amortissable en vingt-cinq années, et productif d'intérêts à 6 pour 100, est garanti par les recettes douanières de six ports.
Quant au télégraphe de Tamatave à Tananarive, il a été inauguré le 15 septembre 1887.
Le 27 décembre 1886, M. Le Myre de Vilers a pu écrire à son gouvernement que, désormais, l'article l*''' du traité serait appliqué dans toute sa teneur. Cependant d'autres difficultés devaient encore naître au sujet de l'interprétation de ce traité.
Contrairement à ce qu'avait fait M. Campbell, consul des États-Unis, M. Haggard nommé consul d'Angleterre, demanda Vexequatur, non à notre résident général, conformément à l'article 2 du traité, mais directement au premier ministre qui crut l'occasion favorable pour opposer des fins de non-recevoir aux justes réclamations de M. Le Myre de Vilers. Ce dernier, jugeant les pourparlers inutiles,
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amena son pavillon. Cet acte énergique rétablit immédiatement la bonne entente qui dura toujours.
Parmi nos plus acharnés ennemis à Madagascar, était le général Digby Villoughby, qui avait signé le traité de 1885. Accusé de malversations dont le chififre dépasserait 300.000 francs, il a été condamné en mai 1888, par le Tribunal suprême de Tananarive, à l'expulsion de Madagascar, et à la confiscation de toutes ses concessions. Conduit immédiatement, sous forte escorte, à Tamatave, il a été embarqué sur le premier navire en partance pour l'Europe*
Après être venu en France, prendre un repos de quelques mois, bien légitimement gagné, M. Le Myre de Vilers est retourné à Madagascar*
Arrivé à Tananarive le 17 novembre 1888, il a été reçu le surlendemain en audience par la reine à laquelle il a remis, de la part du Président de la République, le grand cordon de la Légion d'honneur.
La reine a répondu par le discours suivant :
« Monsieur le Ministre, je suis réellement heureuse de recevoir cette décoration que je considère comme un témoignage de l'amitié dont M. le Président de laRépublique est animé à mon égard.
« Je vous prie en conséquence de lui faire part de mon entière satisfaction et de mes bien sincères remerciements, et de lui dire que je l'accepte comme gage des bonnes relations qui existent entre mon pays et la nation française.
« Vous pouvez donner de notre part à M. le Président de la République l'assurance la plus complète du maintien de ces bonnes relations.
« Je suis convaincue. Monsieur le Ministre, que c'est grâce au bon témoignage que vous avez bien voulu nous rendre, en ce qui vous concerne, vis-à-vis de la nation française, que cette grande marque d'amitié nous a été conférée, et je vous en fais mes remerciements. »
On voit que, malgré les agissements de nombreux ennemis, M. Le Myre de Vilers a su exercer cette « influence
morale » dont parlait M. de Freycinet, et qui est le seul moyen d'action que le traité du 17 décembre 1885 nous ait donné à Madagascar.
Notre protectorat à Madagascar est une œuvre si complexe et surtout si hérissée de difficultés, qu'il est impossible de juger exactement, dès maintenant, les premiers résultats acquis. Il ne faut pas oublier, en effet, à la suite de quelles circonstances est intervenu le traité de 1885. La guerre, à laquelle ce traité mettait fin, n'avait pas eu de phases nettement concluantes; le gouvernement hova n'était pas accepté sans conteste par un grand nombre de tribus de l'île; les rivalités étrangères n'avaient pas désarmé; enfin, ce qui était peut-être plus grave encore, une lettre soi-disant explicative, avait obscurci le texte du traité, et bien que formellemeni désavouée par le gouvernement français, cette lettre était maintenue, avec plus ou moins d'insistance, par le gouvernement hova.
M. Le Myre de Yilers, alliant, lorsque cela devenait nécessaire, l'énergie du marin à la finesse du diplomate, a su tirer tout le parti possible de la situation qui nous est faite à Madagascar.
Un contact plus prolongé et surtout l'impression que laissera la vue de notre splendide Exposition à la mission hova que M. Le Myre de Vilers accompagne en France, convaincront le gouveihement de Tananarive qu'il a tout intérêt àcesser le double jeu que ses traditions le poussent trop à continuer, et à entrer franchement et résolument dans une union intime avec la France qui, seule parmi les nations européennes, prend souci des besoins matériels et moraux des peuples qu'elle protège.
Chute de l'Ombifotsy.