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CHAPITRE IV Économie politique et sociale

Productions du sol. — Productions industrielles. — Commerce d'importation et d'exportation. — Conditions du travail. — Climatologie. — Hygiène. — Moyens de transport dans l'île. — Communications avec la France.

Productions du sol. — Le riz est la grande culture des indigènes de Madagascar ; bien que la partie cultivée du sol ne puisse pas même être évaluée à un centième de la superficie totale, la production annuelle, amplement suffisante pour l'alimentation des insulaires, contribue pour une forte part au commerce d'exportation. Dans quelques provinces éloignées du centre, notamment chez les Antanalas, la culture se déplace chaque année ; on brûle les herbes et les arbustes d'un terrain choisi, puis, à la saison des pluies, on jette la semence dans le sol retourné, et Ton attend la récolte. L'année suivante, on abandonne le campement temporaire pour aller s'établir sur quelque autre terre de défrichement.

Océan Indien.

Dans les environs de Tananarive, les terres irrigables, que l'on cultive en rizières, sont préparées avec beaucoup de soin, et ne reçoivent la semence qu'après avoir été engraissées par le séjour des moutons et des bœufs.

Quoique le riz de Manaaou soit le plus renommé, les indigènes lui préfèrent une espèce de riz rouge, récoltée dans les environs de Fort-Dauphin.

Outre le riz, les Malgaches cultivent différentes espèces d'ignames et de patates ; le manioc, les arachides, les embrevades, le saonio, qu'on appelle taro en Océanie, où il est très répandu. Les Européens ont introduit, dans la région des plateaux, les céréales, les légumes et les arbres fruitiers de l'hémisphère boréal. Sur les plateaux de l'imerina, on cultive l'arbuste à thé.

« Le caféier pousse à souhait ; sûr ce sol, une plantation bien cultivée, peut donner de quinze cents à deux mille grammes, par an et par pied. »

Des planteurs de la Réunion et de Maurice, ont entrepris, sur une grande échelle, la culture de la canne à sucre, qui vient presque à l'état naturel. Une espèce particulière, très vivace et très saccharifère, dont les plants durent dix ans, « produit, en général, une moyenne de 11.250 kilogrammes par hectare ». (Le Ghartier et Pellerin.) Plusieurs sucreries ont été installées, dont quelques-unes appartiennent à des Français, et paraissent fonctionner très bien. Le premier ministre en a également fait établir une à Mahanoro.

« Le coton réussit mieux sur les côtes que dans l'intérieur. Le voisinage de la mer est plus favorable; mais les Malgaches de l'intérieur le négligent, par la raison toute simple qu'ils le cueillent au profit des grands, et que ce travail infructueux les décourage. 11 n'en est pas moins avéré que le cotonnier serait d'un excellent rapport au colon qui saurait l'exploiter. » (Le Ghartier et Pellerin.)

La vigne du Gap dont on a fait plusieurs essais, a donné des résultats satisfaisants.

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Parmi les plantes potagères, le pois du Gap est Tobjet d'une importante exportation.

Le tabac, d'une très bonne qualité, est cultivé sur tous les points de File.

Les régions centrales de Madagascar, dépourvues de forêts et recouvertes d'herbages, sont un pays des plus favorables pour l'élève du bétail. Les bœufs appartiennent aux deux races, celle de l'Afrique du sud, et la belle variété des zébus ou buffles indiens, introduite de l'Orient à une époque inconnue, et représentée par des centaines de mille, peut-être par plus d'un million d'individus. La douceur du climat permettant de laisser les troupeaux en constante liberté, ils se développent avec une rapidité prodigieuse.

On distingue trois espèdes de zébus : la première, le bouri, est sans cornes ; la seconde, à grandes cornes pendantes ; la troisième, la plus commune, à cornes aiguës et relevées à une grande hauteur. Les animaux de cette dernière espèce sont seuls exportés.

Le bœuf est le compagnon le plus cher du Sakalave : nulle cérémonie n'a lieu qu'il n'y figure, nulle légende ne se raconte sans qu'il y ait son rôle.

Très répandue est l'espèce ovine; elle est d'une race spéciale au pays, à grosse queue. Beaucoup de chèvres vivent à l'état sauvage.

Jadis abhorré comme animal impur, le porc reconquiert peu à peu le pays des Hovas, mais ne pénètre pas chez les Sakalaves, qui sont encore sous l'influence lointaine de l'Islam. On rencontre beaucoup de sangliers ; ils sont de deux races: la grande, qui est la plus nombreuse, ressemble à la nôtre, à part la structure de la tête qui est monstrueuse ; la petite est plus rare. Ges animaux commettent beaucoup de dégâts et dévastent parfois des rizières entières. Gertains naturels les chassent à la sagaie et au chien ; en raison des services qu'ils rendent, ils jouissent d'une grande considération^ sont fêtés et reçoivent des bœufs.

Le chien malgache ressemble au renard, dont il a le poil fauve, les oreilles droites, le museau allongé, la queue large et fournie. Beaucoup vivent dans les forêts, où ils se nourrissent de leur chasse.

(( Si Ton voit peu de chevaux à Madagascar, il n'en faut pas conclure que l'espèce chevaline n'aurait pas réussi à s'y acclimater ; c'est parce que les indigènes ont reculé devant les peines et les soins que réclame l'élevage des jeunes poulains. Il n'y en a guère qu'à Tananarive, et encore ont-ils été offerts, comme présents, à la famille royale.

a Dans ce pays essentiellement montagneux, les chevaux arabes et les mulets rendraient pourtant de très grands services, et s'acclimateraient peut-être plus facilement que le cheval normand par exemple, dont la mission a acheté des spécimens, lors de son dernier voyage en France (janvier 1887). » (Le Chartier et Pellerin.)

Toutes les volailles d'Europe se trouvent dans les bassescours des Hovas. Le coq blanc, l'oiseau du géant Derafif (fils de Zanahary, le bon génie) est l'objet d'une grande vénération chez les indigènes. Ceux qui le possèdent, se croient à l'abri des animaux malfaisants, et même des embûches de leurs semblables. « Il y a peu de temps encore, on n'aurait pas quitté Tamatave pour Tananarive, sans emporter avec soi un coq blanc. »

Quelques magnaneries naissantes ont reçu des vers à soie de l'espèce chinoise, que l'on nourrit, comme en Europe, de la feuille du mûrier. Les espèces malgaches, dont l'une vit sur l'embrevade, fournissent aussi des soies résistantes.

Les lacs et les rivières sont très poissonneux, mais les espèces sont peu variées.

Les côtes sont fréquentées par le caret, qui ne diffère de la tortu e de terre que par la grosseur et la carapace laquelle fournit de l'écaillé à l'industrie. Du côté d'Andevourante, on rencontre beaucoup de baleines.

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C'est au prix de destructions irréparables, que les Malgaches ont établi leurs plantations. Quand ils trouvaient un terrain à leur convenance, ils s'en emparaient; quand ce terrain était boisé, fût-ce d'essences précieuses, ils y mettaient le feu, qui s'étendait même au delà des limites qu'ils avaient fixées, et ravageait des forêts entières. Par suite de ces dévastations, le pays, jadis d'un aspect si riche et si verdoyant, s'est transformé en une terre dénudée, aride, épuisée, où quelques arbustes rachitiques poussent de loin en loin, comme au milieu d'un désert.

Les Malgaches ne labourent pas ; ils se contentent de remuer la terre avec une bêche. L'ensemencement est con-

Guitare à trois cordes.

fié aux femmes et aux filles. Elles marchent de front, à travers champs, tenant à la main un bâton pointu, avec lequel elles creusent de petits trous. Dans ces trous, elles jettent quelques grains de riz, et les recouvrent ensuite du pied. Cette opération, faite avec une assez grande régularité et une cadence très marquée, donne à ces femmes l'aspect d'une troupe de danseuses.

Chez les Antakares, la terre, après la saison des pluies, est piétinée par les bœufs; ce labour rudimentaire terminé, on sème le riz.

Les grandes plantations n'existent guère que dans le sud de Tamatave et vers l'intérieur des terres, où on trouve un sol riche; celui des côtes est très sablonneux.

La côte ouest est absolument stérile ; la sécheresse y est excessive, et la végétation très faible. L'agriculture y est fort négligée par les Sakalaves qui l'habitent ; le riz vient

presque seul et ne donne que de maigres récoltes, souvent insuffisantes pour Falimentation de la population très clairsemée. C'est la partie la plus pauvre de toute l'île de Madagascar. Cependant vers le sud de cette côte, du côté de la baie de Saint-Augustin, où l'influence des vents desséchants de l'Afrique se fait un peu moins sentir, on cultive, avec un certain succès, le pois du Cap dont l'exportation va en augmentant.

Dans l'intérieur de la grande Ile, les conditions de la culture se modifient considérablement. Le sol silico-argileux est bien arrosé, les phénomènes météorologiques sont réguliers, et on s'y retrouve dans les conditions moyennes de l'Europe, mais avec une terre ayant encore toute sa vigueur. Les essais de blé et de chanvre onj généralement bien réussi, et semblent promettre de bons résultats à ceux qui voudraient se consacrer à ces cultures.

Lorsqu'on remonte les pentes de toutes ces montagnes qui forment le centre de l'île, pour arriver aux plateaux supérieurs, sur lesquels s'étend Imérina, le pays proprement dit des Hovas, on retrouve la stérilité et la désolation. Aucune exploitation agricole sérieuse ne peut y être entreprise. Les terres, constamment entraînées par les pluies, ont presque laissé à nu l'ossature de la montagne, et ce n'est que par un travail pénible et opiniâtre, qu'on peut tirer parti du peu de terré végétale qui subsiste encore. Ayant ainsi à lutter avec un sol ingrat, mais moins énervés, par la chaleur, que les Sakalaves de l'Ouest, les Hovas sont devenus de véritables agriculteurs, et on rencontre chez eux de beaux champs de maïs, des cannes à sucre, des pommes de terre et des haricots. Leurs rizières sont entretenues avec le plus grand soin et entourées de palissades d'aloès, ou de massifs de cactus épineux, qui les garantissent contre le bétail et les autres animaux. « Du matin au soir, on les voit, la bêche en main, défoncer la terre, la soulever, la fumer, faire écouler l'eau qu'amène un canal artificiel, et que retient une digue, arracher le

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riz, brin à brin et le repiquer, quand il est en herbe, avec une symétrie qui fait honneur à leur esprit d'ordre et de patience. »

Si, malgré la fertilité incontestable d'une grande partie du sol de Madagascar, l'agriculture y est encore, pour ainsi dire, dans l'enfance, cela tient, non seulement à l'indolence naturelle à la plupart des Malgaches, mais aussi à l'état d'esclavage dans lequel vivent presque les deux tiers de la population, et à la coutume restée comme loi, qui veut que la reine soit l'unique propriétaire de toute la terre de Madagascar. Aucun sujet, à quelque rang qu'il appartienne, ne possède un seul pouce du teritoire; il n'en a, en quelque sorte, que l'usufruit, que la souveraine veut bien lui accorder conditionnellement, selon son bon plaisir. En vertu de la même loi, l'étranger ne peut acquérir Isl moindre parcelle du sol. Voùlant mettre id'accord nos intérêts et la loi hova, les signataires du traité du 17 décembre 1885 ont stipulé, par l'article 6, que les citoyens français auront la faculté de louer, pour une durée indéterminée, par bail emphytéotique renouvelable au seul gré des parties, les terres, maisons, magasins et toute propriété immobilière. En cas de décès, les héritiers entrent en jouissance du bail conclu, pour le temps qui resterait à courir, avec faculté de renouvellement. Mais ce n'est pas là la propriété, dans la véritable acception du mot. On ne consacrera pas son temps, ses peines, ses ressources à améliorer un établissement dont la possession peut, un jour ou l'autre, échapper, soit au détenteur actuel, soit à ses héritiers. On travaille encore plus pour ses enfants que pour soi-même. Les grandes richesses de Madagascar ne commenceront à être réellement utilisées que le jour où l'esclavage aura complètement disparu, et où la propriété individuelle aura été constituée. Ce jour-là seulement, les Hovas entreront dans la civilisation; il est digne de la République française de les y amener.

Productions industrielles. — Sous l'influence de leurs

instituteurs européens, l'industrie des Malgaches s'est déjà bien modifiée : les maisons nouvelles et les vêtements le prouvent, cependant la plupart des industries indigènes se sont maintenues sous leur forme primitive. Parmi ces dernières, les tissus et la sparterie occupent, sans contredit, le premier rang. Les tisserands malgaches tissent des pièces de soie éclatantes et solides. Après avoir débarrassé les cocons de leur chrysalide, ils les font bouillir dans l'eau pour leur enlever la gomme qui adhère à la soie. Cette dernière est séchée, puis filée. De simples pieux fichés en terre et disposés en rectangle, une navette remplissant l'office de peigne, composent le métier à tisser qui ne peut fournir que des pièces ayant au plus 3 mètres de longueur sur 50 centimètres de largeur. La teinture s'obtient, par des moyens très élémentaires, du suc de certaines plantes, d'écorces d'arbres ou de terres possédant des propriétés colorantes.

C'est l'Imérina qui fournit les plus belles soieries ; elles atteignent souvent un prix élevé.

L'apprêt, le filage et le tissage du coton sont, à peu de chose près, les mêmes que ceux de la soie. Les Malgaches réussissent également, dans les tissus, le mélange de la soie et du coton.

Aux pièces d'étoffe ainsi obtenues, on donne le nom général de lamba, qui est le vêtement national des Malgaches. Ils s'en drapent avec grâce, sans gêner en rien leurs mouvements. Les lambas les plus riches sont réservés pour les sépultures; ce serait un déshonneur d'ensevelir un parent sans un seul lamba de soie.

Les tissus sont généralement de couleur unie: blanc safrané, rose saumon, très doux à l'œil et d'un toucher délicat. Ceux de plusieurs couleurs, au contraire, sont criards, de tons qui se nuisent les uns aux autres, et par bandes parallèles produisant souvent un effet désagréable à l'œil, dans les plis de la draperie. Les toiles de chanvre sont employées pour les vêtements de travail et ceux des esclaves.

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On fait également des vêtements, des chapeaux ou des voiles de navires, avec les fibres du rafia. Les nattes exportées de Madagascar, tissées en rafia, sont renommées pour leur solidité, la durée et le brillant de leurs couleurs.

Du -raofla, arbre de la famille du cocotier, on tire un tissu grossier qui sert aux vêtements des esclaves, à la confection des toiles d'emballage et des sacs à riz. Avec

La Léproserie ([^'rès de Tanarjarivo).

les feuilles du ravenala, d'un vert brillant et lustré, on fait des nappes, des serviettes, des assiettes, des cuillers, des vases, en un mot la plupart des ustensiles domestiques.

Le jonc des marais fournit une espèce de paille très délicate, avec laquelle on tresse des chapeaux, des corbeilles, des nattes, et jusqu'à des draps de lit. Tous ces objets sont d'une très grande finesse, et ne manquent pas de cachet artistique, surtout chez les Betsileos et les Betzimasaraks.

Avec la corne de bœuf, on fait des bijoux, des vases opa-

ques ou transparents, des cuillers, des fourchettes, des poires à poudre, etc. Pour la rendre malléable, on la chauffe ; puis, après avoir été découpée en lamelles, variant d'épaisseur selon Fobjet à fabriquer, on l'étend avec la main, dans un moule en bois. Lorsque la corne refroidie a repris sa forme première, on lui donne un très beau poli.

La terre à poterie est assez commune; la forme des vases fabriqués rappelle souvent ceux que Ton trouve en Orient.

Comme les Arabes et les nègres, les Malgaches sont d'habiles ouvriers en filigrane, et ils découpent très bien le fer-blanc et la tôle; l'un et l'autre proviennent d'Europe. De même que les anciens verriers de France, ceux qui s'occupent de l'industrie du fer, à Madagascar, sont gentilshommes, et les objets sont fabriqués avec d'autant plus de goût, que le travailleur est plus respecté.

Le fer abonde à Madagascar, les forgerons y sont donc nombreux. Après avoir fait subir au minerai les opérations successives du broyage et du lavage, on le passe aux hauts fourneaux, simples trous creusés en terre, et dans lesquels on entasse pêle-mêle charbon et minerai ; le feu est activé par le soufflet de forge malgache, qui, à proprement parler, est une pompe chassant de l'air. Le battage du fer fondu et la fabrication des outils se font à la main.

Après la mort de Radama II, les grandes manufactures créées par Jean Laborde ont été détruites, et les ressources du pays n'ont pas permis, jusqu'à présent, de les relever. Cette destruction a reculé, d'un grand nombre d'années, le développement industriel du royaume hova.

Les carriers malgaches n'emploient ni poudre, ni dynamite. Ils étendent sur le bloc qu'ils ont choisi le plus régulier et le plus uniforme possible, une certaine quantité de bouse de bœuf bien sèche, d'une épaisseur proportionnée à celle du bloc qui est nécessaire, et ils l'allument. Le feu est entretenu avec soin jusqu'à ce que le bloc se

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détache de "lui-même. Quoique primitif, ce moyen est des plus pratiques.

L'art des constructions est un de ceux qui ont fait le plus de progrès, en ces derniers temps. Certes, les cases à poteaux de bois, à toit de chaume et à murailles de roseaux reliés par des lianes, sont encore très nombreuses, mais on les remplace par des constructions régulières, en boue durcie au soleil, offrant une très grande consistance et résistant à l'intempérie des saisons. On emploie également le pisé ou la brique cuite au feu, et, plus souvent, séchée au soleil. A Tananarive, par suite de la rareté du bois, la brique cuite est rare; la brique séchée, par contre, y est très abondante.

En résumé, dans les principaux centres de Madagascar, et notamment sur la côte orientale, on trouve des maisons convenables.

Comme meubles et ustensiles domestiques, les Malgaches ont la natte qui tient lieu de siège et de lit; les paniers servant à serrer les vêtements; la cruche contenant l'huile pour la cuisine et la toilette; des vases de terre, des plats, des cuillers en bois, des calebasses pour l'eau, des mortiers pour piler le riz et des corbeilles pour le vanner. Chaque case a son grenier à riz.

Le Malgache est de sa nature très industrieux ; il a du goût, de l'adresse, et il s'assimile facilement les procédés de fabrication européenne; on est donc en droit d'espérer qu'au contact de notre civilisation, l'industrie se développera rapidement à Madagascar, d'autant que ce qu'on a appelé avec raison « le pain de l'industrie », le charbon de terre, existe dans l'île. Les recherches de M, Guillemin ont prouvé que Madagascar possède un bassin houiller, en face de Nossi-Bé, notamment près d'Ambodimadiro, sur les bords de la baie de Passandava; mais on n'a point encore tous les renseignements nécessaires sur les limites de ce bassin, sur la puissance et les facilités de l'exploitation. (Elisée Reclus.)

Commerce d'importation et d'exportation. — Le gouvernement hova a établi des postes de douane sur tous les points importants du littoral. Il prélève un droit de 8 ou 10 pour 100 sur tous les objets de commerce, tant à l'exportation qu'à l'importation; les livres et les articles de papeterie, nécessaires pour les écoles, sont exempts de taxes.

D'après les chiffres fournis par les douanes, on peut évaluer, de 60 à 70 millions, l'ensemble du commerce de Madagascar avec le dehors. Presque toutes les maisons qui y prennent part, sont étrangères ; cependant quelques riches Hovas se livrent, sur une assez grande échelle, au commerce d'exportation.

Le commerce intérieur n'a un peu d'importance que chez les Hovas; dans les autres peuplades qui se suffisent presque toutes à elles-mêmes, il se réduit à rien.

Il existe dans l'île un grand nombre de marchés où les indigènes viennent s'approvisionner des objets qui leur sont indispensables (les principales villes en ont), et ils portent le nom du jour de la semaine où ils se tiennent. Celui de Tananarive se tient le vendredi et s'appelle « Zama ».

Les indigènes viennent souvent de fort loin à ces marchés, où l'aflQuence est toujours considérable; ils y apportent des bestiaux, des peaux, des tissus, etc. Dans quelques-uns, on se livre à la vente des esclaves.

Quelques centres commerciaux ont des sous-comptoirs, où des agents malgaches, le plus souvent hovas, achètent les produits indigènes et les expédient, par convois, dans les différents comptoirs de la côte ; mais la difficulté des communications entre les hauts plateaux et les ports du littoral, retarde le développement du commerce. Les comptoirs de la côte, dont quelques-uns assez importants, appartiennent, le plus souvent, à des négociants français, anglais, américains ou allemands. Ils sont presque tous sur la côte orientale; ceux de la côte occidentale sont à Saint-Augustin, à Tuléar, à Majunga età Passandava.

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Outre les navires français, anglais, américains et allemands, de nombreux caboteurs indiens et arabes visitent Madagascar, et traitent pour Bombay, Zanzibar et les autres ports de la côte orientale d'Afrique.

Les principaux produits d'exportation sont : les bœufs, les moutons, le riz et les peaux.

Dans les îles de la Réunion et de Maurice, le sol étant, en presque totalité, affecté à la culture de la canne à sucre et du café, on est obligé d'aller chercher à Madagascar, les bœufs et le riz nécessaires à l'alimentation. Dans chaque port de la grande île, se trouvent des parcs à bestiaux toujours bien approvisionnés. D''S qu'il y a acquéreur, on pousse à la mer les bêtes choisies, et, au moment où elles perdent pied, on les attache par les cornes aux rotins des pirogues qui les remorquent jusqu'au navire, d'où une poulie les hisse sur le pont. MM. Le Chartier et Pellerin, pour donner une idée do ce singulier mode d'embarquement, racontent qu'ils ont vu un jour, une de ces malheureuses bêtes tomber à la mer, tandis que ses cornes restaient à la corde de la poulie. Il arrive encore que, sur huit bœufs amarrés à l'arrière de la pirogue, on n'en compte plus que sept en abordant le navire ; au passage, un requin a prélevé son tribut sur le convoi. « Aussi, dans les rades comme celles de Tamatave, fréquentées par ces squales, les Malgaches escortent le troupeau, la sagaie à la main, montés sur de petites pirogues entourant celle qui traîne les bœufs. »

Le commerce des viandes salées a pris, depuis quelque temps, une certaine extension à Madagascar ; on s'occupe d'y aménager des salines, qui dispenseront les Malgaches de faire venir leur sel de Marseille. Il serait possible également d'installer des usines pour la préparation des conserves de viandes, comme celles que fournit actuellement la Nouvelle-Calédonie.

Pendant longtemps, les Malgaches dépeçaient les bœufs avec leur peau; aujourd'hui cette partie, si utile, de l'ani-

mal, est devenue l'objet d'une exportation importante. L'enlèvement des peaux se fait avec le plus grand soin ; elles sont ensuite salées, séchées et pliées pour être portées aux navires; il en est ainsi expédié de 500,000 à 600,000 par an. « Le prix de chacune varie, suivant les localités, entre 5 fr.40 et 7 fr.50. » (Le Ctiartieret Pellerin.) La tannerie, importée dans l'île par Jean Laborde, est appelée à prendre un certain développement; le tan du chêne est, jusqu'à présent, remplacé par l'écorce de pêcher ou de grenadier.

Yoici, d'après M. LeChartier, les derniers prix des autres produits exportés de Madagascar : le sucre de canne, Zi5 francs les 100 kilos; le café, 70 francs les 100 kilos; le fer brut, 20 francs les 100 kilos; le saindaux, liO francs les 100 kilos; la gomme copal, le caoutchouc de 300 à /lOO fr. les 100 kilogrammes. Le caoutchouc a pris, à Madagascar, un très grand développement ; le chiffre de son exportation dépasse un million de francs par année. Pendant la dernière guerre, les Américains l'avaient accaparé en fournissant en échange des fusils. Voyant le parti qu'ils en tiraient, les Malgaches ont cherché à en extraire la plus grande quantité possible, même au détriment de la plante qui disparaîtra vite, si on ne s'arrête pas dans cette voie fâcheuse.

Le miel et la cire ne sont qu'accidentellement des articles d'exportation; les abeilles vivent à l'état sauvage dans les forêts, et il n'a été fait encore aucune tentative d'apiculture.

On exporte l'écaillé du caret, tortue qui se trouve en grande abondance sur la côte ouest; Majunga en est le principal marché.

Il se fait un très grand commerce avec l'orseille, lichen tinctorial, dont Marseille achète, à elle seule, pour plusieurs centaines de mille francs par an. Il faut citer encore : les bois de palissandre, d'ébène, de rose, de tek, etc. Le commerce du bois n'est libre que sur la côte ouest qui en produit peu.

La pièce française de cinq francs a seule cours dans le pays. Les indigènes divisent eux-mêmes cette monnaie type en fractions pesées avec le plus grand soin. Chaque marchand porte sa balance.

Le commerce d'importation se compose de percale, de toile blanche, d'indienne et aussi de faïences. Les tissus sont de préférence américains, à cause de leur bon marché.

En 1886, nie Maurice a importé à Madagascar 38.500 hectolitres de rhum. La Réunion ne peut céder le sien, qui est d'une qualité supérieure, au même prix que son îlesœur. F^e rhum importé est un véritable poison qui, selon l'expression d'Elisée Reclus, civilise u à mort ».

Ce sont les navires français qui importent en partie les soieries, les articles de Paris, la quincaillerie, la bijouterie, la bimbeloterie, les comestibles, les liqueurs. Avec les tissus communs, les navires américains portent des fusils, de la poudre et du plomb. D'après M. Raoul Postel, le mouvement de la navigation dans les ports de Madagascar a été en 1885 : entrées et sorties, lo200 navires jaugeant 260.000 tonneaux.

On est en droit d'espérer qu'avec le protectorat de la France, la paix et la civilisation qui en seront la conséquence, le mouvement général du commerce se développera rapidement. Nous pourrons tirer directement de Madagascar des produits dont nous sommes encore les tributaires de l'étranger, pour des sommes considérables, et, en échange, nous pourrons lui fournir un grand nombre d'objets fabriqués, surtout si nous savons les fournir dans les conditions de qualité et de prix conformes aux habitudes du pays.

Conditions du travail. — Ainsi qu'il a déjà été dit, les deux tiers de la population malgache vivent dans l'état d'esclavage, car « les tribus vaincues par les Hovas sont en masse considérées comme des hordes d'esclaves par les vainqueurs, et tenues à de continuelles corvées ; dans cha-

que peuplade, l'esclavage est le témoignage d'une ancienne lutte entre classes ou races ennemies. » (Elisée Reclus.) Le crime de pauvreté se paye par la servitude : les dettes entraînent pour le débiteur hova la perte de la liberté au profit du créancier. D'après Mullens, le prix moyen d'un esclave à Madagascar est une cinquantaine de francs.

De nombreuses démarches de M. Le Myre de, Vilers ont amené le gouvernement hova à rendre un décret par lequel l'introduction des esclaves est interdite dans l'île de Madagascar. C'est là un premier pas dans la voie de l'humanité ; il faut espérer que cette mesure sera promptement suivie d'autres qui conduiront à l'abolition définitive d'une institution d'autant plus odieuse qu'elle existe dans un pays placé sur le protectorat de la République française. Il est peut-être difficile, sans apporter un grand trouble dans le fonctionnement d'une organisation sociale déjà ancienne, de modifier brusquement les bases mêmes de cette organisation, mais on peut y parvenir par une série de dispositions se complétant les unes les autres.

Il est surtout antihumanitaire de garder des enfants en état d'esclavage, et c'est par eux que l'émancipation doit commencer. Le jour où le gouvernement hova aura reconnu qu'il est de son intérêt matériel et moral de suivre les nations civilisées, il n'hésitera plus à respecter la liberté humaine. La transition est moins difficile qu'on ne pourrait le croire. Il y a peu d'années encore, qui aurait supposé que l'esclavage pouvait être aboli, par un trait de plume, dans l'empire du Brésil?

Enfin les travaux de la reine ou des grands se font parla corvée. Les conditions générales du travail sont donc bien différentes de ce qu'on les trouve partout ailleurs; en ce qui concerne le travail libre, certaines tribus, entre autres les Betsimisaraks, habitués à frayer avec les blancs, fourniraient de bons travailleurs en assez grand nombre.

En 1887, les prix de la main-d'œuvre étaient les suivants à Tananarive : tailleurs de pierre, 0 fr. 833 ; bons maçons,

Océan Indien.

0 fr. 938 ; maçons ordinaires, de 0 fr. 833 à 0 fr. 625 ; briquetiers, de 1 fr. O/i à 0 fr. 833 ; charpentiers, 0 fr. 938 ; menuisiers, de 1 fr. OZi à 0 fr. 38 ; forgerons, 1 franc. (Lieutenant-colonel Rocard.)

Climatologie. — Par sa latitude, Madagascar est une région tropicale; par son altitude, c'est un pays tempéré. Du bord de la mer aux montagnes de l'intérieur, on constate une décroissance normale de la température moyenne, et sur les sommets de l'Ankaratra et des autres massifs, on entre dans la zone des froidures ; des lamelles de glace s'y forment sur les flaques d'eau. Mais, grâce aux mers qui l'entourent et dont un courant tiède maintient la température normale, Madagascar jouit d'un climat très égal en moyenne, n'offrant point de brusques sauts de la chaleur au froid. A Tananarive, sur les hautes terres de l'intérieur, la température de l'hiver ne descend jamais au-dessous de six degrés ; à Tamatave, au bord de la mer, les ardeurs de l'été ne dépassent pas trente-quatre degrés ; plus au nord, dans l'île Sainte-Marie, elles sont de trois à quatre degrés plus élevées. (Elisée Reclus.)

D'après M. A. Grandidier, les températures d'hiver et d'été se répartissent de la façon suivante sur les deux côtes et sur les plateaux :

TULEAR. TANANARIVE. TAMATAVÈ.

Côte occidentale. Plateaux Côte orientale.

(18<> 55' lat. S.)

(23« 24' lat S.) altit. 1460"\) (IS'» 10' lat. S.)

Moindre température ; 10° (juïl.) 6« (juin-août) 15** (juillet).

Température extrême : 24*^ (janv.) 28<^,5 (novembre) 34« (déc.-janv.)

Écart 14° 22°,5 19<ï

Les vents alizés du sud-est, dans la zone desquels Madagascar est en entier comprise, sont en général déviés de leur marche par suite de réchauffement des terres ; d'ordinaire, ils soufflent franchement dans la direction de l'est

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à l'ouest. Les cartes de Braiilt, qui résument des milliers d'observations météorologiques, constatent que le régime aérien a sa plus grande régularité pendant la saison sèche d'avril en septembre, c'est-à-dire lorsque le soleil éclaire directement la zone tropicale du nord ; mais quand l'astre revient vers le sud, amenant avec lui la zone des nuages et des pluies, les vents changent fréquemment de direction et d'allures ; ils se reportent en moussons de nord-ouest, et on est dans la saison de l'hivernage, d'octobre en mars. C'est aussi la saison des orages et des cyclones; mais il est rare que la courbe de ces dernières, si dangereuse dans les parages de la Réunion et de Maurice, atteigne la grande île. Elle y passe pourtant: au commencement de J888, une cyclone a jeté onze navires à la côte, à Tamatave.

Dans l'intérieur de l'île et à la côte occidentale, c'est la véritable saison des pluies. De 1881 à 1883, il est tombé à Tananarive une quantité moyenne de pluie de l"\5/u A la côte orientale, au contraire, la belle saison est celle pendant laquelle les autres parties de l'île sont sujettes aux pluies torrentielles. On entend bien pendant cette période quelques coups de tonnerre, accompagnés d'ondées; mais, pour cette région, la véritable saison pluvieuse commence en avril pour finir en octobre.

C'est grâce à cet arrosement, presque continuel, que la côte orientale est plus fertile que la côte occidentale. Dans le sud et le sud-ouest de l'île, les averses sont peu abondantes et de courte durée.

Les orages sont moins fréquents dans le nord et surtout moins violents qu'ailleurs; dans l'intérieur, au contraire, il ne se passe guère de jour, pendant la saison d'hivernage, qu'on n'entende les roulements du tonnerre dans plusieurs directions à la fois.

Les raz de marée qui visitent fréquemment Madagascar, se produisent plus particulièrement à la côte occidentale ; la marée monte de deux à trois mètres, tandis qu'à la côte orientale, elle ne s'élève que d'un mètre.

su LES COLONIES FRANÇAISES.

Hygiène. — Madagascar a la réputation d'être très malsain ; mais, en se montrant aussi affirmatif, on procède du particulier au général.

Les pluies diluviennes, qui, chaque année, inondent le pays et séjournent sur le sol, formant des flaques d'eau croupissante ; le mélange des eaux douces et des eaux salées dans les estuaires où s'épanchent les rivières débordées; toutes ces causes, sous l'action des fortes chaleurs, développent des germes morbides qui engendrent, sur ces points particuliers, une fièvre spéciale au pays, et connue sous le nom de «fièvre de Madagascar ». Elle est tellement localisée que les indigènes venus de l'intérieur, y sont autant, sinon plus sujets que les Européens.

La caractéristique de cette fièvre est dans une grande pesanteur de la tête et dans des douleurs aux articulations; elle devient rarement maligne lorsqu'elle est soignée à temps. En tous cas, elle est plus bénigne et moins tenace que celle qui sévit sur les côtes d'Afrique. Malheureusement, elle tend maintenant à pénétrer dans l'intérieur, depuis un déboisement déraisonné et le remplacement des forêts par des rizières.

En attendant qu'une série de mesures gouvernementales et de travaux convenablement étudiés et exécutés, reconstituent les forêts, cette puissante garantie de la salubrité publique, et donnent un libre écoulement aux eaux, l'Européen devra prendre, plus particulièrement encore, les précautions hygiéniques indispensables dans tous les pays chauds et humides. Les habitations, construites, autant que possible, de façon à laisser sous le vent le plus généralement régnant, les parties marécageuses, devront toujours être surélevées pour laisser circuler l'air en-dessous des planchers ; cette recommandation s'applique surtout aux chambres à coucher. Il ne faut jamais sortir le matin étant complètement à jeun ; du café noir, du thé, et, de temps à autre, un verre de vin de quinquina, sont d'excellents préservatifs. Bien que, dans les premiers temps de l'acclima-

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tement, Tappctit diminue considérablement, il n'en faut pas moins prendre régulièrement une nourriture substantielle, mais aussi il faut éviter tout excès. Un des excès les plus répandus est celui de la boisson. Nous ne voulons pas parler des liqueurs fortes q"^" dans les pays chauds, I viennent de véritables { sons dès qu'elles dépass i une quantité trèsmodéi mais nous voulons sigi 1er comme dangereuses 1 boissons dites « rafraîchissantes ». Sous l'influence de la chaleur et de la transpiration, on a facilement soif, et un verre de limonade, de bière, un grog léger, un simple verre d'eau sucrée, font grand plaisir au moment même où on les absorbe ; mais, peu de temps après, la transpiration augmente et la soif devient plus ardente encore. Si on n'a pas su résister la première fois, il sera bien difficile de le faire lorsqu'on souffre davantage, et, peu à peu, on Femme malgache, est ainsi conduit à absorber une quantité relativement considérable de liquide; l'estomac se fatigue, il ne fonctionne plus que très difficilement, les forces disparaissent insensiblement, on est mûr pour la fièvre, qui sera d'autant plus forte qu'on sera soi-même plus débilité. Or, il est plus facile qu'on ne le croit de résister aux entraînements de la soif; il suffit

d'avoir quelque force de volonté, les trois ou quatre- premiers mois; ce temps écoulé, on n'éprouve plus le besoin de boire entre les repas. Lorsque les Chinois sont trop altérés, ils prennent une tasse de thé très chaud et non sucré; personnellement, nous nous sommes très bien trouvé de l'emploi de ce moyen.

En résumé, une bonne hygiène, utile partout, est indispensable à Madagascar ; elle comporte une certaine énergie morale, mais la médecine préservatrice évite d'avoir recours à la médecine curative, moins sûre de ses effets.

Moyens de transport. — La difficulté des transports a été et est encore un des plus grands obstacles au développement intellectuel et matériel de Madagascar. Si le gouvernement hova s'est prêté au développement de l'instruction publique et à d'autres institutions utilitaires, il n'a jamais voulu laisser établir de grandes voies de communication. (( Les Européens trouveront toujours assez tôt le chemin de ma capitale, disait Radama P% sans qu'il me soit besoin de construire des chemins qui en facilitent l'accès à leurs armées. »

Le vogageur qui gagne Tananarive d'un point quelconque de la côte ne peut donc y parvenir qu'en suivant des sentiers abrupts, bordés souvent de fondrières et de lacs de boue, et des escarpements surplombant des précipices. Il doit s'estimer heureux quand, sur son parcours, il ne trouve pas le sentier encombré par une file interminable de soldats, précédant une file de porteurs, car tous les transports, à Madagascar, se font à dos d'homme. En ce cas, lui et sa suite doivent se ranger pour laisser la voie libre aux porteurs royaux, dont le défilé dure, parfois, des heures entières. Souvent encore, il est arrêté par le passage de troupeaux de bœufs qui gagnent la côte pour y être embarqués.

Comme moyen de locomotion, on est obligé de se contenter d'une sorte de palanquin particulière au pays : le filanzane, appelé fitacon sur la côte. Il se compose d'un

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petit siège en bambou, supporté par deux brancards, sur lequel s'assied le voyageur, plutôt mal que bien ; de chaque côté, sont des appuis pour les bras, et les pieds reposent sur une planchette, retenue par des cordes. Quatre porteurs mettent les extrémités des brancards sur leurs épaules. Ces hommes sont d'une vigueur et d'une agilité incomparables; sans se soucier du poids qu'ils portent, ils marchent, ils courent, en sifflant, en chantant, et accomplissent ainsi un trajet de cinq à six lieues sans s'arrêter.

Ces porteurs sont tous d'une fidélité et d'un dévouement à toute épreuve; il n'est pas d'exemple qu'un seul d'entre eux ait cherché à nuire à ceux qui les emploient; tous sont prêts à exposer leur vie pour sauver celle du voyageur. On se sert également d'eux pour les promenades aux environs de Tananarive ou dans les villes importantes; ils sont alors payés d'après un tarif officiel, mais, pour les longs voyages, il faut traiter à forfait.

Pour un voyageur ordinaire, dix porteurs au moins sont nécessaires, en comprenant ceux chargés des bagages; mais un riche Malgache qui se déplace avec sa famille, emmène une troupe de quatre cents à cinq cents esclaves. Lorsque c'est la reine qui va en excursion dans ses États, toutes les populations sont réquisitionnées pour la corvée royale ; les uns sont chargés des tentes, les autres de l'ameublement du palais royal ambulant, des provisions de bouche, des canons et des munitions.

Au mois de mai 1888, le prix moyen pour le voyage de Tamatave à Tananarive a été de 3 piastres et demie, soit 17 fr. 50 par porteur. Le porteur, dans ce cas, doit se nourrir; mais il demande généralement, tous les matins, quelques sous, pour acheter, en passant au premier village, du manioc ou du pain de riz.

Si, aux dépenses des porteurs, on ajoute les achats de vivres frais, les indemnités payées pour l'occupation temporaire de maisons à chaque halte ou pour chaque nuit, le payement des traversées de rivières en pirogue, on

trouve que le prix de revient du voyage de Tamatave à Tananarive, pour un voyageur ayant de 50 à 60 kilo- # grammes de bagages, s'élève à ZiOO ou Zi50 francs. Pour une même distance de 350 kilomètres, il serait neuf fois moins coûteux, en l*"** classe, sur les chemins de fer français.

On peut faire le trajet en six jours, même en cinq jours et demi, avec une moyenne de dix heures par jour. On cite un officier hova qui, au moment de la signature du traité de paix, est arrivé, sans bagages, en trois jours, mais en marchant une partie des nuits. Si le temps est pluvieux et les rivières gonflées, il faut compter huit jours ou plus.

Le voyage de la capitale à Majunga coûte environ deux fois plus cher par homme engagé, bien que la distance ne soit que de Zi/i2 kilomètres, parce que le chemin, souvent caillouteux, blesse les pieds des porteurs et les met hors de service. (Lieutenant-colonel Rocard.)

Au mois de mars 1888, M. Le Myre de Vilers a parcouru la route de Tananarive à Majunga, en huit jours, dont six en filanzane et deux en pirogue ou chaloupe à vapeur. Par suite d'une interruption dans les pluies, on n'a pas eu besoin de se servir de deux équipages de radeaux qui, le cas échéant, devaient être utilisées pour passer les rivières dont les crues atteignent rapidement parfois 2 ou 3 mètres. Ces radeaux, fort légers et d'un transport facile, se composent de claies en jonc zozoro, de 1^,50 sur 0^^,80, qui, empilées les unes sur les autres, peuvent supporter le poids d'un homme. Les porteurs se mettent à la nage et font traverser le torrent sans danger; si les crocodiles sont trop nombreux, on se sert d'un va-et-vient.

Le convoi total se composait de IZiO porteurs. 3 Tsimando, courriers de la reine, dont le chef était 9^ honneur accompagnaient notre Résident général et ne l'ont pas quitté un seul instant. Responsables de sa personne, le moindre désir exprimé par lui était un ordre qu'ils s'empressaient de faire exécuter.

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Ces hommes appartiennent à la police et font la force du gouvernement hova. Continuellement en route sur les différents points de Tîle, ne portant aucune marque distinctîve. ils informent directement le premier ministre de ce qu'ils ont vu ou entendu. Appartenant à une caste spéciale, celle des noirs libres, sans alliance et sans intérêts avec les Hovas, ils obéissent aveuglément à leur maître. Ils opèrent toujours au nombre de deux, afin de se surveiller l'un l'autre.

Si le convoi arrivait la nuit dans un village, il leur suffisait de montrer le cachet rouge ; les officiers se multipliaient, les plus belles cases étaient évacuées pour les hôtes de la reine, et elles étaient tendues de nattes propres; des vivres, de l'eau et du bois étaient immédiatement apportés par les habitants.

La distance de Tananarive à Maëvatanana est de 283 kilomètres, et elle a été parcourue en cinquante et une heures de marche, soit une moyenne d'environ dix heures par jour avec halte dans le milieu du jour.

Sur certains points la route est bonne, mais parfois elle est si mauvaise que fréquemment les porteurs qui ne s'étaient pas précautionnés de sandales avaient les pieds fortement endommagés.

Près de Malats}^, le col par lequel on passe, est trop étroit pour les filanzanes et le moindre obstacle qu'on y établirait intercepterait toute communication.

En résumé, de tout temps le voyage est difficile et à certaines époques de l'année, il est impossible aux Européens. Des travaux seraient nécessaires pour mettre cette route en état de supporter un certain trafic, mais le gouvernement hova, suivant en cela ses anciennes traditions, est toujours réfractaire à une viabilité qui mettrait la capitale en communication avec les côtes, c'est-à-dire avec les étrangers.

C'est dans les environs de Maëvatanana que se trouve l'exploitation aurifère entreprise par un de nos compa-

triotes et accordée par le gouvernement hova qui a une part dans les résultats. Le travail se fait avec le vieux système américain du long-ton, système trop rudimentaire pour des sables pauvres.

Flacourt avait déjà signalé une tradition locale relative à l'existence de mines d'or dansTintérieur du pays; cependant il avait reconnu lui-même que les matières d'or qu'on lui avait montrées avaient incontestablement une origine arabe.

De Maëvatanana à Majunga, le voyage se fait par eau. Les pirogues sont taillées dans un seul arbre énorme ; elles peuvent être de 5 à 6 tonneaux.

Jusqu'à l'embouchure de la Betsiboka la navigation est difficile, à partir de là, pendant un certain temps, le fleuve fort large est superbe et rappelle, en petit, le Cambodge. Plus loin les roches et les bancs reparaissent.

Parti de Maëvatanana le 20 mars, M. Le Myre de Vilers est arrivé à Majunga à bord du d'Eslaing le 22 dans la nuit, ayant parcouru 159 kilomètres en trente-six heures, dont 117 kilomètres en pirogue et Zi2 kilomètres en chaloupe à vapeur.

De simples particuliers ne pourraient faire le voyage dans le même temps et avec les mêmes facilités; toutefois, point important à noter, « la route deTananariveà Majunga présente moins d'obstacles naturels que celle de la capitale à Tamatave. »

Étant donnée l'extrême difficulté des transports à Madagascar, ainsi que l'étendue de certains déserts à traverser, une expédition, qui voudrait pénétrer dans l'intérieur du pays, rencontrerait des obstacles presque insurmontables, pour peu qu'elle fût composée de quelques milliers d'hommes. Le transport des munitions, des bagages, des vivres nécessiterait une véritable armée de porteurs, suivie elle-même d'une seconde armée portant, avec les siens, les vivres de la première.

Les marchandises expédiées entre Tananarive et Tamatave

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OU Majunga sont portées par des Betsimisarakas, chargés, en moyenne, de Zi5 à 50 kilogrammes. Les frais de transport s'accroissent dans des proportions énormes, quand les objets à expédier ont un poids plus considérable. En moyenne, un « maremite » emploie une douzaine de jours de la capitale à Tamatave, à 350 kilomètres de distance l'une de l'autre, et reçoit de 15 à 25 francs pour ce voyage ^

Il existe un autre mode de transport que le filanzane (ou fitacon), mais pas beaucoup plus commode : c'est la monture du bœuf écorné. En guise de bride, on passe une corde aux naseaux de la bête; une espèce de bât fort dur sert de selle. Que de services rendraient nos petits chevaux de montagne, et surtout nos mulets!

Communications avec la Frange. — Madagascar n'est pas encore relié au réseau télégraphique du monde ; la station la plus proche est Zanzibar, mais, depuis quelque temps, la grande île est desservie par la ligne des Messageries maritimes. Le 12 de chaque mois, il part de Marseille un paquebot desservant les points suivants : Port- Saïd, Suez, Obock, Aden, Zanzibar, Mayotte, Nossi-Bé, Diego-Suarez, Sainte-Marie, Tamatave, la Réunion et Maurice. Le 23 de chaque mois, le paquebot quittant Maurice parcourt, en sens inverse, l'itinéraire précédent. Le voyage de Marseille à Tamatave est de vingt-cinq jours, et celui de Tamatave à la Réunion est de cinquante heures environ.

Les paquebots qui desservent la ligne de la côte orientale d'Afrique, ont un tonnage de 2,600 à 3,100 tonneaux, et la force de leurs machines varie de 1,600 à 2,Zi00 chevaux indiqués. Parfaitement commandés, les navires des Messa^geries maritimes réunissent toutes les conditions de

1. Pour de plus amples détails sur les moyens et prix de transport, lire le rapport du lieutenant-colonel d'artillerie Rocard. Journal officiel du 20 janvier 1889.

confort, et, à cet égard, ils sont préférés aux paquebots anglais, par tous les étrangers, y . compris parfois les Anglais eux-mêmes.

De Marseille à Tamatave, le prix - du passage est : 1'^ classe, 1,450 francs; 2« classe, 915 francs; 3® classe, Zi60 francs. Les prix du tarif comprennent la nourriture et le vin de table à toutes les classes. Les passagers de premières ont, en outre, droit à certaines boissons de luxe ou rafraîchissantes. Le matériel de couchage est à la charge de la compagnie.

Les passagers des première et deuxième classes ont droit aune franchise de bagages de 150 kilogrammes; ceux de troisième classe, à une franchise de 75 kilogrammes.

Il est délivré des billets d'aller et retour, valables pendant trois, [six, neuf ou douze mois, avec une réduction assez importante.

Pour les marchandises ordinaires, les frets, par mètre cube ou les mille kilogrammes au ©hoix de la compagnie, sont actuellement les suivants : à destination d'Obock et d'Aden, liO francs ; Zanzibar, 50 francs ; Mayotte et Nossi- Bé, 55 francs; Diego-Suarez, Sainte-Marie et Tamatave, 0 francs.

Gadza, et guitare à une corde.

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