‹ Les colonies françaises; (volume 4)Chapitre 10 sur 30 · CHAPITRE III Administration · texte numérisé non relu

CHAPITRE III Administration

Divisions politiques.— Pays possédés. — Pays annexés.— Pays protégés. — Traités d'amitié.— Superficie et population.— Administration de la colonie en 1839; coup d'œil réti-ospectif. — Organisation actuelle. — Gouvernement.

— Direction de l'intérieur. — Instruction publique. — Services financiers. — Ports et rades. — Phares. — Travaux publics. — Police. — Prisons. — Service sanitaire. — Hôpitaux. — Cultes. — Imprimerie. — Institutions et établissements divers : archives, bibliothèque, conseils d'hygiène, chambres de commerce, Banque du Sénégal. — Direction des affaires politiques. — Justice. — Trésor. — Service administratif de la marine. — Inspection des services administratifs et financiers. — Service de santé de la marine.

— Commandement de la marine. — Services militaires. — Divisions^dministratives et territoriales. — Villes principales. — Saint-Louis. — L'eau à Saint-Louis. — Les quais. — L'avenue Servatius. — Guet N'Dar. — N'Dar Toute. — Le débarquement à Saint-Louis. — Bouëtville. — Villages de la banlieue. — Dakar. — Gorée. — Rufisque. — Centres du Cayor. — Centres et postes du fleuve. — Centres du Saloum, de la Casamance et des Rivières du Sud. — Moyens de défense sur terre et sur mer.

Divisions politiques. — Notre colonie du Sénégal comprend trois sortes de territoires : les pays possédés; — les pays annexés; — les pays protégés.

Pays possédés. — Les pays possédés se divisent euxmêmes en communes de plein exercice (Saint-Louis, Dakar, Rufisque, avec leurs banlieues, ainsi que Tîle de Gorée) et en territoires. Ces derniers sont :

A Arguin, les îles et, autour de la baie de ce nom, une bande littorale limitée par la portée de nos canons j — Portendick ; — à Kaolack, un terrain de 600 mètres de rayon; — dans la basse Casamanco, le littoral des villages de Jatacounda et de Niafour sur une profondeur de 200 mètres, à partir de la côte; les territoires des villages de Conguaro et de Sonna, sur une largeur de 300 mètres et celui de la pointe Saint-Georges; — dans le Nunez, deux terrains à Victoria et à Bel-Air, et le plateau de Boké (Rivières du Sud); — dans la rivière Pongo, un emplacement non désigné encore (Riv. du Sud); — dans la haute Casamance, le territoire de Boudhié; — dans la Mellacorée, le terrain où est construit le poste de Benty et un autre terrain de la partie ouest du village de Kacoutlaye, situé sur la hauteur qui domine celui-ci et s'étendant jusqu'à la rivière (Riv. du Sud); — au sud de Saint-Louis, les provinc< s de N'Diander, de Gangouné, de Pankoy; — dans le Gayor, les territoires de M' Pal, de Kliatet, le poste de Bétète avec le terrain environnant, dans un rayon de 1.000 mètres, une route de 20 mètres de long, à travers tout le pays et tous les terrains nécessaires à l'établissement de la voie ferrée de Dakar à Saint-Louis ainsi qu'à celui des gares, magasins, etc., indispensables à l'exploitation; — enfin, un terrain autour de chacun de nos postes du tleuve, dans la limite de la portée de nos canons.

Pays annexés. — On appelle pays annexés ceux où les populations ont conservé leurs lois et coutumes, mais dont les chefs sont nommés par le gouverneur de la colonie et l'impôt perçu par l'administration française. En outre, certains usages qui étaient, d'une façon trop évidente, en contradiction avec les mœurs européennes, ont été peu à peu réprimés ou interdits. Ces pays sont le Oualo, le Gayor septentrional, le Toro, le Dimar et le Damga.

Pays protégés. — Dans les pays protégés, l'administration locale ne perçoit pas d'impôts, mais les chefs, sans être choisis par cette administration, doivent être agréés par elle. G'est sous ce régime que se trouvent placés le Fouta central, le Djolof, le Ferlo, le Gayor méridional, le

SÉNÉGAL ET RIVIÈRES DU SUD

Baol, le Sine, le Saloum, une partie du Bar, le Rip et le Badibou, le bassin de la Casaraance et, dans les Rivières du Sud, les bassins du Compony, du Nunez, du Pongo, de la Diibréka et celui de la Mellacorée^

Traités d'amitié. — Il existe, en outre, des traités de commerce et d'amitié avec les rois maures des Trarzas, des Braknas et des Douaïch.

Droits du gouvernement local. — Depuis 1879, le gouvernement de la colonie s'est réservé le droit de vendre ou de concéder, avec ou sans redevance, les terrains non cultivés d^^s pays annexés. De même, dans les pays protégés, il s'est réservé le droit d'acquérir en toute propriété, à des conditions déterminées à l'avance, tous les terrains nécessaires à l'établissement des forts, des comptoirs, des routes ou des chemins de fer. Il a également stipulé la nature et la quantité des taxes qui pourraient être perçues par les autorités indigènes sur le sol, les denrées du pays et les marchandises importées ou en transit. Malheureusement il n'a pas pu être convenu qu'aucune partie de ces redevances dût revenir à la colonie elle-même.

Superficie et population. — La superficie totale de ces différents territoires n'a pu être encore évaluée d'une manière exacte, eu égard aux changements et aux modifications de toute nature qui se produisent annuellement. De même, le recensement de la population n'a pu être fait encore d'une manière sérieuse, sauf dans les villes ou dans leurs banlieues et aux environs des principaux postes.

Dans ces conditions, nous ne pouvons que reproduire ces derniers chiffres; pour les autres, nous devrons nous en rapporter aux évaluations personnelles présentées par certains voyageurs.

1. Depuis le l*^"^ janvier 1890, tous ces pays, depuis et y compris le bassin du Compony jusqu'à celui de la Mellacorée, ne font plus partie, ni administrativement ni financièrement, de la colonie du Sénégal. Ils ne sont plus rattachés à cette dernière qu'au point de vue politique.

LES

On estime que le bassin du Sénégal, depuis le pays des Maures jusqu'à Matam, jusqu'au Niéni et au Dinguiray à Test, et jusqu'à Sierra- Leone au sud, a une superficie d'environ 320.000 kilomètres carrés, et une population de 780.000 habitants^ divisés comme suit :

Sénégal proprement dit (de Podor à Saint-Louis) — Recensés, environ 182.000

Maures 2i0.000

Fouta central, Damga 120.000

Djolof-Ferlo 50.000

États des bords de la Gambie 50.000

Casamance 40 . 000

Rivières du Sud 100.000

Total 782.000

Ce qui fait environ 2 liabitants 1/3 par kilomètre carré. Aux Rivières du Sud, il convient d'ajouter un pays protégé, le Fouta-Diallon, qui compte plus de 80.000 kilomètres carrés et renferme 600.000 habitants.

Quant à la population des villes et des ports, elle était la suivante au il décembre 1887 (avec la comparaison de l'année précédente) :

en 1886 en 1887

en 1886 en 1887

Saint-Louis (ville) 17.352

Banlieue Dakar (ville).

Banlieue

Rufisque

Gorée

Thiès

Pout

Joal

Portudal ....

Kaolack . ...

Richard-Toll.

Dagana

Podor

Saldé (Tébékout) 429 358

Administration de la colonie en 1839; coup d'oeil rétrospectif. — En 1839, l'administration de la colonie était entre les mains d'un gouverneur résidant à Saint-Louis, assisté d'un conseil privé et d'un certain nombre de fonctionnaires.

Le conseil privé n'était que consultatif, sauf en matière

SÉNÉGAL ET RIVIÈRES DU SUD

de contentieux administratif; il comprenait l'ordonnateur, le commandant des troupes, le vice-président de la Cour d'appel, l'inspecteur colonial et un habitant notable.

Quant au personnel chargé des différents services, il comprenait :

1° Un commandant particulier de l'île de Corée; — 2^ un service administratif de 19 personnes (2 sous-commissaires de la marine, l'un ordonnateur, l'autre inspecteur-colonial, et 10 commis) ; — 3'* un service de l'intérieur (de deux personnes, dont un officier de l'état civil) -, — 4^ un service du trésor (1 trésorier à Saint-Louis, 1 préposé à Gorce); — 5'^ un service des ports (l capitaine de port et 7 agents à Saint-Louis, 1 maître de port à Gorée); — 6° un service de santé (9 médecins, 2 ^pharmaciens, 12 religieuses et 16 ag-ents) ; — 7*^ un service des cultes (3 prêtres, 3 sacristains); — un personnel de la justice, divisé en : cour d'appel et tribunal de première instance à Saint-Louis, tribunal de première instance à Gorée, la cour d'appel comprenant : le gouverneur, président (dispensé de siéger à l'occasion), uQ conseiller, vice-président, le second juge du tribunal de première instance, ministère public, puis comme juges, l'administrateur, l'inspecteur colonial, le capitaine de port, le trésorier et deux habitants notables, enfin un greffier, celui du tribunal; quant aux tribunaux de première instance, ils étaient composés : celui de Saint-Louis, d'un juge-président, d'un second juge, ministère public et d'un greffier, celui de Gorée, du commandant particulier, président, de l'inspecteur colonial, ministère public et d'un greffier ; en tout trois magistrats de carrière seulement ; — 9° un personnel d'instruction publique (7 fonctionnaires) ; — 10*^ des services militaires^ comprenant 3 compagnies d'infanterie de marine, 1 compagnie de soldats indigènes, 1 demi-compagnie de canonniers et

1 détachement d'ouvriers d'artillerie; au total, 581 officiers et soldats ; il y avait en outre des milices comprenant tous les habitants de condition libre de 16 à 55 ans. A Saint-LouiS) cette milice se composait de 1 compagnie d'artillerie, 2 compagnies de fusiliers et

2 compagnies de tirailleurs; à Gorée, elle ne formait que 1 compagnie de fusiliers et 2 de tirailleurs.

A cette époque, la colonie, d'après l'article 25 de la loi du 2Zi avril 1833 sur le régime législatif des colonies françaises, continuait, comme précédemment, d'être régie par les ordonnances du Roi, mais, en dehors de ces ordonnances, un certain nombre de lois ou d'ordonnances con-

cernant la métropole avaient été déjà rendues applicables à nos établissements de la côte occidentale d'Afrique. Ces différentes lois ou ordonnances étaient :

Gode civil^ appliqué le 5 novembre 1830 ; — Gode de procédure, appliqué avec modifications le 24 mai 1837 ; — Gode d'instruction criminelle, appliqué le 14 février 1838; — Gode pénal, mis en vigueur le 29 mars 1836 ; — Code de commerce, mis en vigueur le 1*^^ juillet 1819; — loi du 24 avril 1830 sur les droits politiques, appliquée le 5 juillet 1833; — ordonnance royale du 12 juillet 1833 sur les affranchissements dans les colonies, mise en vigueur le le 2 février 1833 ; — loi du 8 mars 1810 sur les expropriations pour cause d'utilité publique, appliquée le 17 novembre 1823 ; — édit du 24 novembre 1781 sur les successions vacantes (5 mai- 5 juillet 1838; — conservation des hypothèques (organisée le 26 décembre 1832); — loi du 17 avril 1832, relative à la contrainte par corps (12 juillet 1832); — enfin des arrêtés locaux réglant le régime des douanes (16 mai 1822, 16 octobre 1822, 5 février 1824,

29 septembre 1828, 18 décembre 1832) et le tarif général des frais et dépens en matière civile, commerciale, correctionnelle et criminelle (17 décembre 1832).

Organisation actuelle. — La colonie du Sénégal n'est soumise qu'en partie aux sénatus-consultes des 3 mai iSbli et II juillet 1866; pour tout le reste, elle est régie par des décrets ^.

Cependant un certain nombre de lois de la métropole lui ont été appliquées; plusieurs de celles qui étaient exécutables en 1839 le sont encore aujourd'hui, par exemple, les cinq Godes ; il faut ajouter, en outre, les lois et décrets suivants :

Loi de janvier et février 1875, relative à l'organisation des pouvoirs publics ; — loi du 16 juillet 1875 sur les rapports des pouvoirs publics; — loi des.4juin 1874, 13 et 30 novembre 1875 sur l'élection des députés; — décret du 4 janvier 1876 sur l'indemnité de déplacement allouée aux délégués des conseils municipaux; — décret organique du 2 février 1852 sur l'élection des députés; — loi du

30 juin 1881 sur la liberté de réunion; — loi du 19 juin 1881 sur la liberté de la presse; — loi du 5 avril 1884 sur Torganisation

1. Voir le détail de ce sénatus-consulte dans le fascicule relatif à la Guadeloupe.

SÉNÉGAL ET RIVIÈRES DU SUD. 95

municipale; — loi du 15 juillet 1845 et ordonnance du 15 novembre 18i6 sur la police des chemins de fer; — décret du 16 février 1^89 sur les expropriations pour cause d'utilité publique; — loi du 15 juillet 1889 sur le recrutement de l'armée.

La colonie est représentée au Parlement métropolitain par un député; elle nomme en outre un conseil général, institué par décret du Zt février 1879 et composé de 16 membres, dont 10 pour Saint-Louis, li pour Dakar et Corée, et 2 pour Rufisque. Le régime municipal y existe également depuis 17 années (décrets du 10 avril 1872, érigeant en communes Saint-Louis et Dakar- Corée, du 12 juin 1880, érigeant Rufisque en commune, et du 17 juin 1887, érigeant en deux communes différentes, au lieu d'une seule^ Dakar et Corée.

GouvERNExMENT. — Lc gouvemcment métropolitain est représenté dans la colonie par un gouverneur, qui est dépositaire de son autorité. Celui-ci est assisté par un conseil privé, dont les fonctions ont été déterminées par les ordonnances organiques de 1827-1833, et qui peut se constituer en conseil de contentieux administratif. Ce conseil a été institué au Sénégal par un décret du 2li février 1885 ; il comprend : le gouverneur, président, le directeur de rintérieur, le commandant supérieur des troupes, le commandant de la marine, le chef du service judiciaire et deux conseillers privés (qui sont deux habitants notables).

Le gouverneur est également assisté par un certain nombre de fonctionnaires qui dirigent les différents services de la colonie.

Direction de l'intérieur. — Le plus important de ces services est la direction de l'intérieur, de laquelle dépendent l'administration municipale, celle des finances, les cultes, l'instruction publique, les travaux publics, le service sanitaire, les postes et télégraphes, la navigation, l'assistance publique et tout ce qui a trait à l'agriculture, à l'industrie et au commerce. Le directeur de l'intérieur, qui remplace le gouverneur, lorsque celui-ci est absent, est

également chargé de la comptabilité des dépenses des services civils payées sur le budget métropolitain, et de celle des recettes et dépenses du service local.

Instruction publique. — L'instruction est donnée au Sénégal dans une école d'enseignement secondaire (à Saint- Louis) et douze écoles d'enseignement primaire. L'école d'enseignement secondaire est dirigé par cinq frères de la congrégation du Saint-Esprit. Les établissements primaires sont : à Saint-Louis, l'école gratuite des frères de Ploërmel, l'école laïque des garçons, l'école laïque des filles, l'école gratuite des sœurs de Saint-Joseph de Cluny; à Gorée, les écoles gratuites des frères de Ploërmel et des sœurs de Saint-Joseph; — à Dakar, l'école gratuite des frères de Ploërmel ; — enfin, à Rufisque, les écoles gratuites des frères de Ploërmel et des sœurs de l'Immaculée- Conception, et l'école laïque des garçons.

Il y a en outre : à Saint-Louis, un ouvroir, un asile et un dispensaire, un ouvroir et un asile à Gorée.

A Saint-Joseph de N'Gazabil, près de Joal, les missionnaires du Saint-Esprit ont organisé un orphelinat de garçons et un autre de filles; ils ont également des écoles dans leurs missions de Joal, Sedhiou et Carabane.

Dans l'intérieur du pays, les administrateurs coloniaux ont créé des classes où des sous-officiers et des interprètes indigènes enseignent le français.

11 y a aussi un certain nombre de jeunes gens de la colonie (garçons et filles), qui sont envoyés en France, quelques-uns aux frais du budget métropolitain, les autres aux frais du budget local. Ces jeunes gens sont au nombre de 110 (8 boursiers métropolitains, 59 boursiers coloniaux, Z|2 boursières coloniales), qui sont répartis entre plusieurs lycés ou collèges de l'État, écoles congréganistes et institutions particulières 1. Seize autres jeunes gens sont en-

1. Ces jeunes gens ont été, en 1889, répartis ainsi dans les lycées ou collèges de la métropole : Bordeaux, 12, — Alger^ 5; Laka-

SÉNÉGAL ET RIVIÈRES DU SUD

voyés comme boursiers dans les écoles d'arts et métiers.

Il est très regrettable qu'une mesure d'économie ait fait supprimer en 1871 l'école dite des Otages, qui avait été autrefois établie par le gouverneur Faidherbe et réunissait les fils des chefs et notables des principaux villages du pays. Aujourd'hui les enfants indigènes ou les captifs libérés sont dispersés un peu partout, principalement dans des familles de traitants mulâtres, où la surveillance ne

serait possible qu'en nécessitant des dépenses au moins aussi fortes que celles qui proviendraient du rétablissement de l'école elle-même. Cette surveillance n'existe donc pas en réalité et Ton ne peut savoir si les résultats de l'organisation actuelle sont bien ceux qu'on est en droit d'espérer.

Services financiers. — Le service de V enregistrement est dirigé par un receveur qui réside à Saint-Louis; un autre bureau existe à Corée. Le service des douanes, ^\2iCé, sous

nal (Paris), Toulouse, Nice, chacun 4 ] — Louis-le-Grand et Henri IV (Paris), Marseille, Valence, Angoulême, Pau, chacun 2 ; — Nantes, Tours, Versailles, Brest, chacun 1 ; — - Étanipes, Montbrizon, Libourne, Castres (collèges), chacun 1.

Afrique, i, 1

les ordres d'un contrôleur-adjoint, comprend 10 bureaux (Saint-Louis, Dakar, Gorée, Rufisque. Garabane, Victoria, Kaky, Boffa, Benty et Forécariah). Le persDnnel actifcomprend 5 brigadiers, 8 sous-brigadiers, 35 préposés. Les conlribuiions sont sous les ordres d'un contrôleur : les bureaux sont à Saint-Louis, Dakar et Rufisque.

Les postes et télégraphes sont dirigés par un sousinspecteur. Les bureaux sont : Saint-Louis, Dakar, Gorée, Rufisque (employant 7 facteurs dont 3 à Saint-Louis et 2 à Dakar). La surveillance des lignes télégraphiques est confiée à Zi5 agents indigènes; enfin Zi courriers convoyeurs sont chargés des correspondances sur le chemin de fer de Dakar à Saint-Louis. G'est de ces ervice que dépendait, avant sa suppression (décembre 1889), Taviso colonial le Dakar,

Ports et rades. — Ce service est assuré comme suit : à Saint-Louis et à Dakar, dans chaque port, 1 capitaine, 1 lieutenant et 1 maître de port; — à Gorée, 1 lieutenant de port; — à Rufisque, 1 maître de port.

Phares. — A ce même service appartiennent les feux et phares de la colonie; ceux-ci sont au nombre de sept, ainsi répartis :

Saint-Louis : Sur l'hôtel da gouvernement, 1 feu fixe blanc, de 4 à 5 milles de portée ;

Le cap Vert : Sur la mamelle ouest, 1 phare à feu blanc tournant, à éclat brillant, de 30 en 30 secondes, élevé de 113 mètres au dessus du niveau de la mer et d'une portée de 20 milles (même de 27 par les temps clairs); on le voit de Dakar, qui est à 9.75U mètres, mais pas de Gorée ;

Les Almadies : 1 feu rouge, à 2 milles du précédent, élevé de 26 mètres au-dessus du niveau de la mer et visible à 6 milles (8 par le temps clair) ;

Le cap Manuel : à 52 mètres d'altitude, 1 feu fixe rouge de 8 milles de portée;

Dakar : 1 feu fixe vert, à 4 métros d'altitude, visible dès qu'on a doublé le cap Manuel ;

Rufisque: 1 feu fixe rouge, à 16 mètres de hauteur, d'une portée de 36 milles ;

Carahane : 1 feu rouge, à 16 mètres de haut, d'une portée de 6 milles.

SÉNÉGAL ET RIVIÈRES DU SUD

Enfin, le nouveau service postal créé par la loi du 17 niLirs 1889, va nécessiter l'installation d'un feu à Konakry.

De ce service dépendent également les 2 pilotes dp la barre.

Travaux publics. — Le service des travaux publics est chargé de la voirie, de la construction et de l'entretien des bâtiments coloniaux, des ponts et des travaux d'art de toute nature; il est dirigé par un ingénieur colonial, assisté de deux conducteurs principaux, dont un délégué à Dakar, et de quatre conducteurs ordinaire?.

Police. — La police est confiée à U commissaires résidant à Saint-Louis, Dakar, Corée, Rufisque; celui de Saint-Louis a deux commissaires adjoints, celui de Dakar en a un.

Prlsons. — Il n'y a de prisons qu'à Saint-Louis et à Dakar; ces prisons, qui servent en même temps de maisons d'arrêt, sont placées sous la surveillance de deux comités composés de conseillers généraux et municipaux.

Service sanitaire. — Organisé par décret du 29 août iSSli et placé sous l'autorité du médecin en chef de la marine, ce service comprend quatre médecins arraisoiineurs (visiteurs), résidant à Saint-Louis, Dakar, Rufisque et Corée ; dans les autres ports, Joal, Nianing, Victoria, Carabane et Foundioum, les chefs des postes de la douane sont les agents de la santé. Il y a des commissions sanitaires à Saint-Louis, Dakar, Rufisque et Gorée. Un lazaret e.-t établi à Dakar.

Hôpitaux. — Il existe comme établissements hospitaliers :

A Saint-Louis, 1 hôpital militaire, 1 hospice civil, 1 dispensaire; — à Gorée, 1 hôpital militaire, 1 infirmerie civile ; — à Dakar, 1 ambulance militaire, 1 infirmerie civile, 2 dispensaires; — à Rufisque, 1 dispensaire.

Sont attachés à l'hôpital militaire de Saint-Louis, 8 médecins et 2 pharmaciens; à celui de Gorée, Ji médecins et

LES

1 pharmacien; à l'hospice civil de Saint-Louis, 1 médecin, 1 pharmacien ; — à l'ambulance de Dakar, 5 médecins, 1 pharmacien. Le service de ces établissements est fait par des^ religieuses de Tordre de Saint-Joseph de Cluny (18 à Saint-Louis, 11 à Gorée, 6 à Dakar).

Cultes. — Le culte catholique est placé sous l'autorité du préfet apostolique du Sénégal, évêque in partibus de Dansarah.

Le clergé paroissial comprend : à Saint-Louis, 1 curé, 3 vicaires; à Gorée, 1 curé, 1 vicaire; à Dakar, 1 curé; à Rufisque, 1 curé.

Les missionnaires du Saint-Esprit qui ont des établissements à Saint-Louis, à Joal et dans les rivières du Sud, n'en ont pas un seul le long du fleuve ou dans l'intérieur ^

Il y a également quelques missionnaires protestants.

Imprimerie. — Il existe à Saint-Louis une imprimerie du gouvernement, qui est chargée de la publication du Moniteur officiel, de l'Annuaire, du recueil des procès-verbaux des séances du Conseil général et de la fourniture des imprimés aux différentes administrations de la colonie. Cet / établissement peut en outre exécuter des travaux pour

les particuliers munis d'une autorisation du directeur de l'intérieur; cette autorisation n'est pas nécessaire pour les lettres de décès ou de service funèbre.

Institutions et établissements divers. — Sont également placés sous l'autorité du directeur de l'intérieur :

Les Archives de la colonie ; — la Bibliothèque, ouverte tous les jours de semaine, de 8 à 11 heures du matin, de 1 à 6 heures et de 8 à 10 heures du soir, ainsi que les dimanches, de 8 heures à 11 heures du matin; — les Conseils d'hygiène et de salubrité créés à Saint-Louis en 1867, à Gorée en 1873, à Dakar en 1881, à Rufisque en 1883; — les Chambres de commerce, instituées le 29 décembre 1869 à Saint-Louis et à Gorée, et, le 9 janvier 1883, à Rufisque;

1 . Sauf au Soudan. (Voir le fascicule relatif au Soudan français.)

SÉNÉGAL ET RIVIÈRES DU SUD. 101

— la Banque du Sénégal, fondée par décret du 21 décembre 1853. Cette banque, dont le siège social est à Saint- Louis, a été portée en 1876 au capital de 300,000 francs réparti en 585 actions nominatives et en titres divers.

Direction des affaires politiques. — Après la direction de l'intérieur et les services qui en dépendent, vient la direction des affaires politiques.

Placé sous les ordres d'un administrateur colonial de l^e classe, ce service a sous sa juridiction tous les pays annexés et protégés; il centralise les rapports des commandants de cercles et est chargé de la nomination ou de l'investiture des chefs indigènes. (On trouvera plus loin les divisions administratives de la colonie.)

Justice. — Le président de la cour d'appel de Saint-Louis est le chef du service judiciaire. Outre ses attributions ordinaires, ce magistrat est le tuteur officiel des mineurs restés sans parents: il est aussi chargé de la libération des esclaves dans la colonie.

La cour d'appel, dont le ressort s'étend sur tous les établissements de la côte occidentale d'Afrique (Sénégal, Soudan français, Rivières du Sud, Côte de Guinée, Congo français), se compose d'un président, de deux conseillers, d'un conseiller-auditeur et d'un greffier. Les audiences ont lieu les 1^^ et 3^ vendredis de chaque mois, à 7 heures du matin. Le procureur de la République près le tribunal de première instance de Saint-Louis remplit auprès de la cour les fonctions de ministère public; le conseiller-auditeur et le juge-président du tribunal de Dakar remplissent également chacun, dans leur ville respective, les fonctions de juge de paix. Le greffier de la cour d'appel et celui du tribunal de Dakar exercent en même temps les fonctions de notaire.

Il y a deux tribunaux de première instance siégeant l'un à Saint-LouiSj l'autre à Dakar; ces tribunaux se composent chacun d'un juge-président, d'un procureur de la République et d'un lieutenant de juge ; il y a en plus à

Saint-Louis un substitut et à Dakar un greffier. Le tribunal de Saint-Louis comprend dans sa juridiction l'île de Saint- Louis, les établissements sur le Sénégal et tous les territoires situés au sud de ce fleuve, jusques et y compris N'Dande, dans le Cayor; celui de Dakar comprend les territoires situés au sud de N'Dande, Gorée et les territoires au sud de cette île. Dans la plupart des cas, le jugeprésident rend seul la justice; le lieutenant de juge fait fonctions de juge d'instruction. Ces mêmes fonctions sont remplies, dans les arrondissements du Sénégal autres que Saint-Louis ou Dakar, par les administrateurs coloniaux.

La cour d'assises siège à Saint-Louis; elle peut cependant, en certaines circonstances, siéger temporairement à Dakar. Elle se compose du président de la cour d'appel, de deux conseillers (ou d'un seul conseiller et du conseiller-auditeur), de quatre assesseurs, du procureur de la République (ou de son substitut) et d'un greffier. Les assesseurs sont pris parmi les notables. Chaque année, il est formé une liste de 60 noms au plus, de ZiO au moins), composée des fonctionnaires (en activité ou en retraite), et des principaux fonctionnaires ou commerçants de Saint- Louis et de Dakar. Le gouverneur désigne alors 2Zi de ces notables qui forment, pour l'année, le collège des assesseurs. Il est en outre formé une liste des 12 fonctionnaires de Tordre administratif les plus élevés en grade; ces fonctionnaires font le service des assises lorsqu'il s'agit de juger les affaires de traite des noirs.

La justice musulmane est rendue par un tribunal et un conseil d'appel qui sont appelés à juger seulement les questions concernant l'état civil entre indigènes musulmans. Le tribunal est composé d'un cadi et d'un assesseur suppléant; le conseil d'appel comprend le gouverneur, président, un conseiller à la cour d'appel, le directeur des affaires politiques et le tamsir ou chef de la religion mahométane.

SÉNÉGAL ET RIVIÈRES DU SUD

L'assistance judiciaire fonctionne au Sénégal dans les mêmes conditions qu'en France et dans les grandes colonies.

Trésor. — Le service du Trésor est assuré par un trésorier-payeur à Saint-Louis et un trésorier particulier à Dakar, faisant l'un et l'autre office de receveurs des contributions; il existe en outre trois percepteurs des finances à Saint-Louis, Dakar et Rufisque.

Les payements se font sur mandats ordonnancés par la direction de l'intérieur pour tout ce qui concerne les services civils ou le service local, et par le chef du service administratif pour tout ce qui regarde les dépenses militaires ou maritimes.

Service administratif. — Le chef du service administratif, qui est un commissaire de la marine, est chargé de l'administration des services de la marine et de la guerre, de la police de la navigation, de la pêche en mer, du service sanitaire et de la comptabilité des dépenses inscrites au budget de l'État au titre de tous ces services. Il a sous ses ordres 3 commissaires-adjoints, 8 sous-commissaires, 6 aides-commissaires, i sous-agent et 11 commis. Il préside le tribunal maritime commercial.

Inspection des services administratifs et financiers. — Ce service est confié à un fonctionnaire du corps de l'inspection des colonies.

Service de santé de la marine. — Le service de santé a été assuré jusqu'à la fin de 1889 par le personnel des médecins de la marine dont on a vu plus haut la répartition dans les hôpitaux et ambulances. Le directeur du service est un médecin en chef, qui a sous ses ordres 1 médecin principal, 5 niédecins de l""*^ classe, 15 médecins de 2^ classe (dont 2 auxiliaires), 3 aides-médecins (dont 1 auxiliaire), 1 pharmacien principal et 3 pharmaciens de 2^ classe. A partir de 1890, ce service est assuré dans les mêmes conditions par les médecins du corps de santé colonial.

En dehors des établissements hospitaliers précédemment cités, il a été attaché un médecin à chacun des postes ci-dessus indiqués : le long du fleuve, N'Diago, Dagana, Podor; 2"* dans le Cayor, M' Pal et Louga (ensemble), Thiès et Rufisque (ensemble); 3® dans le Saloum, Nioro, dans la Casamance, Sedhiou, et, dans les Rivières du Sud, Boké, Benty, Konakry et Dubréka (ensemble).

Commandement de la marine. — Le commandement de la marine comprend celui de la station locale (dont on verra plus loin le détail), et celui des ateliers. Il est exercé par un capitaine de frégate qui commande en outre le ponton-caserne l'Africain^ mouillé à Saint-Louis. Les ateliers sont placés sous la direction spéciale d'un mécanicien principal.

Le commandant de la marine a également sous son autorité les marins indigènes qui montent les différents bâtiments naviguant dans le fleuve ou le long de la côte. Ces marins sont : les pilotes du fleuve, également appelés capitaines de rivière, et les pilotes qui naviguent, selon la destination du navire sur lequel ils sont embarqués, le long du littoral et sur le fleuve.

Service militaire. — Le commandement supérieur des troupes est un colonel d'infanterie de marine qui a sous ses ordres les troupes d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie, ainsi que le directeur d'artillerie, les troupes auxiliaires de cette arme et le détachement de gendarmerie ^

La direction de l'artillerie à Saint-Louis est confiée à un chef d'escadron, auquel il a été adjoint deux capitaines, dont un attaché aux constructions (les officiers de l'artillerie de la marine remplissent aux colonies les fonctions d'officiers du génie) et un autre inspecteur d'armes. A Dakar, il existe une sous direction, à la tête de laquelle est un capitaine en l*", assisté d'un capitaine en 2^ chargé des constructions.

1. Voir, à la fin du chapitre, rénumération de ces différentes troupes.

Sont en outre attachés : à la direction de Saint-Louis, 10 gardes d'artillerie (dont h conducteurs de travaux, 3 comptables, 1 artificier, i ouvrier d'État et 1 contrôleur d'armes) ; à la direction de Dakar, 8 gardes d'artillerie (dont h conducteurs de travaux, 3 comptables et 1 ouvrier d'État). Les troupes auxiliaires comprennent un détachement de la 6^ compagnie d'ouvriers.

Enfin la gendarmerie se compose de 18 hommes, commandés par un maréchal des logis.

La justice militaire est rendue par deux conseils de guerre siégeant à Saint-Louis et à Dakar, et un conseil de revision siégeant à Saint-Louis. Chaque conseil de guerre comprend 1 chef de bataillon, président; 2 ou 3 capitaines, 1 ou 2 lieutenants, 1 sous-lieutenant et 1 adjudant ou sergent-major, juges; 1 capitaine, commissaire du gouvernement, 1 capitaine, rapporteur, 1 lieutenant, substitut, et 1 sous-officier, greffier.

Le conseil de revision est composé du colonel commandant supérieur des troupes, président; du lieutenantcolonel commandant le régiment de tirailleurs ou du capitaine de frégate commandant la marine (à tour de rôle), du chef d'escadron directeur d'artillerie, de 2 Capitaines, juges; du commissaire adjoint de la marine ou d'un capitaine, commissaire du gouvernement, et d'un sous-officier, greffier.

Divisions administratives et territoriales. — La colonie du Sénégal est divisée en un certain nombre de cercles et les cercles en cantons; il existe, en outre, un certain nombre de postes militaires.

Cercle de Saint-Louis. — l^"" canton : Ville de Saint-Louis et faubourgs : Guet N'Dar, N'Dar Toute et Bouëtville. Les autres cantons sont, dans la banlieue de Saint-Louis; 2^ Ïoubé-Leybar ; 3^ N'Diago ; 4« Dialakhar; 5« Gandon ; 6*^ Khattet ; 7*^ M'Pal j 8« Gandiole ; 9« Mérinaghen ; 10^ Ross.

Cercle de Dagana. — Cantons du Oualo : Kliouma, N'Diangué, et N'Der.

SÉNÉGAL ET RIVIÈRES DU SUD. 107

La répartition territoriale des différents pays est la suivante :

De ce cercle dépendent les villages du Dimar.

Cercle de Podor. — De lui dépendent les pays protégés du Toro, d'Aéré, des Maures Braknas et le poste d'Aéré.

Cercle de Saldé (ou de Tébékout), d'où dépendent le poste de Matam et les pays protégés du Lao, du Dam^a, de l'Jrlabé, du Bosséa et de la tribu maure des Oulad-Ely (des Douaïch).

Cercle de Dakar. — Contrées : Dakar et banlieue, Rufisque, les Bargny.

Province du N'Diander. — Cantons : Thiès, chef-lieu, Tor, M'Bidjem et Pout.

Provinces du Gayor (iMekké, chef-lieu, N'Dande, Bétète) et du IN'Diambour (Louga).

Province du Djolof (^Ouarkhor) et du Baol (Diarring, Portudal).

Cercle de Foundioum : provinces du Sine (Fatik) et du Saloum (Joal, Kaolack).

Cercle de la Basse-Casamance : postes, Carabane et Zighinchor ; — Cercle de la Haute-Casamance, Sedhiou.

Les cercles formés par les Rivières du Sud, tout récemment détachées du Sénégal, sont les suivants :

Cercle du Nunez : Boké, Victoria, Kaky; — cercle du Pongo : Boffa; — cercle de la Dubréka: Konakry, résidence du lieutenant gouverneur; — cercle de la Mellacorée : Benty.

Villes principales. — Les seules villes de la colonie sont : Saint-Louis, Dakar, Rufisque et Gorée ; les autres centres ne sont que des bourgs, des villages ou des postes.

Salnt-Louis. La ville de Saint-Louis (ou JN'Dar, en ouolof) est située sur une île placée au milieu du fleuve Sénégal, entre l'île de Sor et la langue de Barbarie. Cette île, qui a environ 2.200 mètres de long surZiOO àZilO mètres de large, coupe le fleuve en deux parties, dont l'une est le grand bras (560 mètres de large), du côté de Test, et le petit bras (1/|5 mètres), vers la langue de Barbarie.

Le centre de cette île est occupé par le palais et la place du Gouvernement, au nord et au sud de laquelle sont

bâtis les quartiers européens, qui ne s'étendent pas tout à fait jusqu'aux extrémités de l'île. Sur la langue de Barbarie, des constructions européennes commencent à s'élever au milieu des deux villages de N'Dar Toute et de Guet N'Dar, dont il est question plus loin.

Dans l'île, le quartier européen est appelé par les indigènes quartier chrélian (chrétien). Les rues en sont bien bâties, les maisons bien alignées; la plupart de ces dernières, qui ne dépassent pas un étage, sont construites en briques et chaux, couvertes de terrasses dites armagasses et ont une cour intérieure, sorte de patio semblable à ceux de nos habitations d'Algérie, au milieu de laquelle est un jardin entouré de galeries intérieures.

L'hôtel du gouverneur a sa façade tournée vers l'ouest; un jardin, où ont été plantées les principales espèces d'arbres ou de plantes qui poussent dans la contrée, est contigu à l'hôtel, en face duquel est située une belle esplanade qui sert de place d'armes et se trouve bornée au nord et au sud par les casernes d'infanterie de marine, dites casernes Rogniat.

Le quartier du sud est traversé, dans le sens de la longueur de l'île, par trois voies principales, coupées ellesmêmes perpendiculairement par une quinzaine de rues transversales. La pointe méridionale de l'île est occupée par un certain nombre de cases indigènes qui avoisinent l'hospice civil.

Au nord de la place du Gouvernement, le quartier européen comprend quatre rues longitudinales, une douzaine de rues transversales et se termine, vers le nord, par un groupe de paillettes, comme le quartier sud.

Le nombre de ces paillettes diminue peu à peu ; tous les cinq ans, en raison des nombreux incendies dont elles sont la cause, on délimite une zone d'où elles doivent complètement disparaître. Les nègres qui les habitent vont alors habiter de l'autre côté du fleuve, à Bouëtville ou sur la langue de Barbarie.

SÉNÉGAL ET

RIVIÈRES DU SUD

» Au delà de ces paillettes, et à l'extrémité septentrionale de l'île, sont groupés divers bâtiments militaires, tels que les ateliers du Soudan français, la caserne du train des équipages, les baraquements de spahis et le dépôt des artifices.

Les principaux édifices de la ville sont : l'hôtel du gouvernement, les casernes Rogniat, le palais de justice, le palais du Conseil général (celui-ci sur le bord même du grand bras, dans une situation pittoresque), la direction du port, le magasin général, l'église, l'hôpital militaire, l'hos- . pice civil, la direction et la caserne de l'artillerie, la prison, l'église catholique, la mosquée, l'hôtel de ville et les quartiers de cavalerie et du train.

L'eau a Saint Louis. — Autrefois, il n'y avait pas d^eau à Saint-Louis, celle du fleuve n'étant pas potable à cause de son mélange avec les eaux de la mer; on se servait alors de citernes qui recevaient la pluie et dont le niveau, changeant constamment, mettait en mouvement une quantité de débris de toute nature, entassés au fond. Quand on les nettoyait, ces citernes répandaient unç odeur infecte et étaient la cause de nombreuses maladies. Ou essaya alors de faire des puits, mais la couche d'alluvions était trop épaisse et, pour traverser les rochers qui forment le sous-sol et essayer d'obtenir de l'eau à peu près pure, on aurait été obligé de creuser trop profondément. Le gouverneur Faidherbe prit alors le sage parti de faire venir l'eau douce du marigot de Lampsar où le flux ne se fait que fort peu sentir et qui est à 25 kilomètres de la ville. Ce travail, commencé en 1859, puis interrompu en 1869 par la mort du gouverneur Pinet-Laprade, fut repris en 1879 et terminé en 1886. L'eau ainsi obtenue est excellente pendant l'hivernage et un peu saumâtrependantla saison sèche (à cause de la baisse des eaux) ; mais ce n'est là qu'un inconvénient très léger auprès de celui qui résultait jadis de l'usage de citernes.

Les quais. — Les quais de la ville sont bien construits

et pourvus de petits appontements en certains endroits. Jadis le mouvement maritime avait lieu dans le petit bras du fleuve, maintenant il s'est porté dans le grand bras où la navigation est plus facile. Le petit bras s'envase en effet de plus en plus et devient d'un accès tellement difficile, qu'il a môme été question de le barrer complètement au nord, entre l'extrémité du camp des tirailleurs et la pointe de l'île. En attendant l'exécution de ce projet, l'administration fait combler une anse qui fait face au camp des tirailleurs et forme une petite baie à côté des ateliers du Soudan français.

Saint-Louis est reliée à la langue de Barbarie par trois ponts sur pilotis et de longueur variable. Au nord, l'extrémité de Tîle communique avec le camp des tirailleurs au moyen d'une passerelle étroite, longue de 115 mètres et appelée Passerelle du Train. Un peii en aval se trouve un pont de lZi5 mètres de lonîr, dit pont de la Geôle, enftn, devant la place du Gouvernement est le pont de Guet N'Dar (lZi7 mètres), qui relie Saint-Louis à ses deux faubourgs Guet N'Dar et N'Dar Toute.

L'avenue Servatius. — Au bout du pont de Guet IN'Dar, sur la langue de Barbarie, se trouve une superbe allée, ombragée par des cocotiers et nommée avenue Servatius. Au centre de l'allée est un kiosque où l'on joue de la musique le dimanche : c'est la promenade de Saint-Louis. Au sud de l'avenue est le village nègre de Guet-N'dar f jardin de N'Dar), et au nord celui de N'Dar Toute ( petit N'Dar).

Guet N'Dar. — Guet N'Dar n'est composé que de paillettes, presque toutes habitées par de hardis pêcheurs, qui vont chaque jour en mer chercher le poisson qu'ils vendent en ville; beaucoup d'entre eux deviennent laptots. Au centre du village est une batterie fortifiée qui commande la mer et, à son extrémité méridionale, se trouve le cimetière des noirs, qui présente l'aspect d'une vaste forêt de perches et de bâtons.

N'Dar Toute. — N'Dar Toute, qui est un peu moins im-

SÉNÉGAL ET RIVIÈRES DU SUD. Ml •

portant comme population, commence à être envahi par les habitations européennes. L'avenue qui suit le petit bras du fleuve se garnit peu à peu d'une rangée de jo- ~ lies villas, entourées de jardins, et d'une suite de petits magasins. C'est à IS'Dar Toute que les habitants riches ou aisés de Saint -Louis se retirent pendant la saison chaude, pour y jouir de la fraîcheur apportée par la brise de l'ouest et y prendre les bains de mer.

Le long du quai du petit bras se trouvent, en partant du pont de la Geôle, le magasin à fourrage?, puis la machine à faire de la glace, enfin, non loin du pont de Guet IN'Dar, \ le marché.

Rien n'est plus pittoresque que ce marché dans toute son animation, c'est-à-dire vers 6 heures du matin. Au milieu des petites baraques à toits en brique rouge qui abritent les bouchers et les autres commerçants, grouille une multitude de gens de toute origine, entremêlés les uns aux autres; on trouve là des individus appartenant aux diverses parties de la colonie : des Maures, des Sérères, des Peulhs, des Ouolofs, des Toucouleurs, etc. On y vend de tout, depuis l or du Bambouk, jusqu'à des poissons séchés, depuis l'ambre et le musc jusqu'à des herbes de toutes sortes et du bois à brûler. Au milieu de tout ce monde de marchands et d'acheteurs circulent les caporaux d'ordinaire de la garnison et les cuisiniers des maisons bourgeoises. Au bord du quai, une quantité d'embarcations à voiles ou à rames; plus loin, une troupe de chameaux amenés par des Maures; enfin, d'un autre côté, une suite de petits ânes semblables aux bourriquets d'Algérie et chargés, comme eux, outre mesure.

Le Débarquement a Saint-Louis.— La ligne des brisants qui défend la côte et, d'autre part, la difficulté de franchir la barre sans pilote, garantissent Saint-Louis contre un coup de main.

C'est au sud de Guet N'Dar, sur la plage, que se tiennent en permanence des nègres dont le principal métier est de

faire communiquer avec Saint -Louis les bâtiments qui s'arrêtent en vue de la ville ou se disposent à y entrer. L'apparition d'un navire est signalée par le sémaphore placé au sommet de l'hôtel du gouvernement, au moyen d'un pavillon de couleurs différentes, selon que le navire est un voilier ou un vapeur.

Les nègres lancent alors leurs pirogues à la mer, pagayant debout et chavirant quelquefois en route. Si cet accident arrive, ils redressent leurs pirogues, remontent dedans et reprennent leur route. Dès qu'ils ont accosté le navire, on leur passe les lettres et la patente de santé, le tout enfermé dans un étui de fer-blanc étanche, qui est aussitôt porté à l'hôtel du gouvernement. Le bâtiment attend alors que le passage de la barre lui soit permis et qu'on lui envoie un pilote.

Il est préférable pour les voyageurs de patienter jusqu'à ce que le bâtiment soit à quai; autrement ils s'exposeraient, en voulant profiter des embarcations indigènes, à chavirer plus d'une fois avant d'atteindre la terre ferme et il leur est indispensable, qu'ils sachent nager ou non, de se recommander aux piroguiers nègres; si la barque chavire, comme cela arrive très souvent, ils sont immédiatement recueillis par les noirs qui sont tous d'excellents nageurs et transportés sans aucun danger sur la plage.

BoDiÏTviLLE. — De l'autre côté de Saint-Louis, derrière l'hôtel du gouvernement, se trouve un pont de bateaux de 560 mètres de long, appelé le pontFaidherbe, qui fait communiquer la ville avec l'île de Sor, où s'élèvent les deux villages de Sor et de Bouëtville. C'est à Bouëtville qu'est située la tête de ligne du chemin de fer qui mène de Saint- Louis à Dakar; la gare est située au milieu d'un groupe de maisons assez pittoresques à côté d'un café en terrasse qui est, au moment de l'arrivée des trains, un point de rendeï-vous pour les promeneurs de Saint-Louis. On voit aussi À Bouëtville plusieurs magasins européens, quelques villas, un magnifique établissement créé par les frères de

SÉNÉGAL ET RIVIÈRES DU SUD

Ploërmel qui comprend une maison de campagne entourée d'un vaste potager, enfin de nombreux jardins militaires. Tout ce pays est d'un aspect riant et gai.

Villages de la banlieue. — Dans la banlieue de Saint- Louis, existent des villages où se fait un certain commerce. Le plus important est Gandiole, dont les salines sont séparées de la mer par une bande de terre d'environ

Le Sénégal à Richard -ToU»^^

1.000 mètres. Les autres centres sont Leybar, près dù pont construit pour faire passer le chemin de fer dans Tîle de Sor, Dialakhar, IN'Diago et Lampsar. Quelques-uns dô ces villages possèdent des petits fortins occupés par quelques tirailleurs.

Dakar. — D'ici à une dizaine d'années, Dakar, qui n'est encore qu'une petite ville, sera l'un des points les plus importants et les plus peuplés de touie la côte occidentale d'Afrique.

Son port est très sûr et garanti de la houle du large par la Grande Jetée, d'une longueur de 600 mètres. Mais il est véritablement regrettable que cette jetée ait été construite

Al-RIQUa, I. 8

LES COtONIES FRANÇAISES.

sur remplacement qu'elle occupe ; elle coupe le port en deux parties, ne protégeant que les fonds de 6 mètres et laissant en dehors des fonds de 14 à 15 mètres d'eau qui eussent fait un port splendide.

Située sur la route du Cap de Bonne-Espérance, du Bas- Niger, du Congo, du Brésil et (Je la Plata, Dakar, qui n'avait autrefois que quelques maisons isolées, est aujourd'hui une ville qui grandit chaque jour. Des navires de toutes les nations commencent à y faire escale en raison des facilités d'accès du port et du refuge qu'ils y trouvent. Aussi sera-t-il nécessaire de développer ses quais et de la pourvoir, dans un délai assez rapproché, de tout l'outillage indispensable aune grande ville maritime! Il faut que les bâtiments y trouvent les rechanges dont ils peuvent avoir besoin, ainsi que le moyen de réparer leurs avaries ; il faut aussi qu'ils puissent s'y approvisionner de charbon et de vivres.

La ville s'élève en amphithéâtre sur une petite colline de 19 à 20 mètres de hauteur qui fait face au nord; sa voie principale est la rue Nationale qui va, de l'est à l'ouest, de la rue du Barachois à la place Protêt, où est situé l'hôtel du commandant supérieur; entre la rue Nationale et la mer> se trouve la place Kernel, d'où on peut gagner le centre même du port par la rue Dagorne. C'est à l'ouest de cette rue que s'élèvent, le long de la mer, l'amorce de la Grande Jetée, les hangars des Messageries maritimes et le parc à charbon de l'État, tous dominés par la batterie dite de Bel-Air, la Petite jetée, le magasin général^ les bureaux et ateliers du port, enfin la conduite des eaux; derrière cette première ligne, on remarque, sur la hauteur, les magasins, casernes et ateliers de l'artillerie^ le télégraphe, la caserne d'infanterie, la sous-direction d'artillerie et le bureau des ponts et chaussées.

De l'autre côté de la rue Dagorne, vers l'ouest, on rencontre sur le rivage (également appelé quai Brtie) l'école des sœurs de l'Immaculée-Conception, la gendarmerie, le Jardin public, qui renferme des essences de tous les arbres

SÉNÉGAL ET RIVIÈRES DU SUD

de la Sénégambie, les réservoirs et la jetée de TAiguade ; en remontant dans la ville, on aperçoit la prison, rambulance militaire, l'école des frères, le bureau de la marine, l'église, la piace du Marché et le quartier de cavalerie.

C'est à Dakar que la compagnie du chemin de fer, à laquelle la ville doit en partie son développement rapide, a installé ses bureaux et ateliers. Il y a aussi, depuis peu, quelques hôtels-restaurants et des magasins de toutes sortes fort bien approvisionnés.

Il est d'usage, lorsque Ton reste quelques jours à Dakar, de faire une excursion jusqu'au phare des Mamelles.

GoRÉE* . — Gorée est destinée à devenir plus tard une dépendance de Dakar, lorsque celle-ci aura pris une extension plus considérable. La situation de Gorée était excellente autrefois, quand nous n'avions qu'une faible autorité sur les populations riveraines; placée dans une île, défendue par un petit château -fort, elle pouvait défier les attaques des indigènes.

Sa superficie est de 36 hectares (c'est celle du champ de Mars de Paris), mais sa forme n'est ni carrée ni rectangulaire; elle est plutôt celle d'une côtelette à manche recourbé. Dans la courbe, située à l'est, se trouve le port renfermant une jetée et deux appontements, tous les trois en bois» A la pointe septentrionale se trouve une batterie dite de la Pointe-Nord; de l'autre côté de l'île, à la hauteur du port, est une autre batterie, dite batterie de l'Ouest; enfin, au sud, est le Castel qui prend à peu près le tiers de la surface de l'île et sert de caserne à la garnison.

Entre la batterie de l'Ouest et le Castel et dominant la mer, s'élève l'hôpital militaire dont l'entrée est située sur la Grande-Place. C'est sur cette même place que se trouvent, au nord de l'hôpital, l'hôtel servant autrefois de résidence au lieutenant-gouverneur des Rivières du Sud (occupé au-

1. Nom donné autrefois par les Hollandais, en souvenir de l'Ile de l'entrée du HaringvHet, Gœree.

LES COLONIES FRAi^ÇAISES.

jourd'hui par les bureaux et aussi par le gouverneur lorsqu'il vient à Gorée) ; en face de Tiiôtel, dominant le port, la batterie de la Place. Non loin du port, on remarque également Téglisa et Tancien tribunal.

Gorée n'est qu'à deux milles de Dakar et correspond avec cette ville au moyen d'un signal optique. C'est entre l'île et la côte que les nombreuses embarcations des noirs viennent au-devant des paquebots d'Europe ; c'est également dans cette baie, fréquentée par les requins et par de nombreux bancs de poissons, que les jeunes enfants indigènes, complètement nus, s'amusent à solliciter l'aumône des passagers en leur demandant, comme à Aden dans la baie de Steamer-point, de jeter par- dessus bord des pièces de monnaie, argent ou bronze, qu'ils vont rattraper au fond de la mer.

RuFisQUE. — Rufisque, qui est, après Saint-Louis, la ville la plus peuplée de la colonie, est excessivement mal située. Elle se trouve au milieu de marécages véritablement insalubres et ne mérite aujourd'liui en aucune façon le nom qui lui fut donné jadis par les Portugais*; elle est donc fort malsaine, et l'est d'autant plus qu'elle est à peine bâtie, puisque la plupart des habitations qui la composent ne sont que des cases indigènes ou, pour les Européens, des baraquements. Des trois villes, Gorée est de beaucoup la plus salubre; Dakar vient ensuite, quoique ses environs nécessitent certains travaux d'assainissement, et Rufisque n'arrive que bien loin derrière elles.

Mais Rufisque, située à l'est de Dakar, a l'avantage de se trouver à l'endroit où convergent les routes du Cayor, du Ferlo, du Baol et du Sine; c'est le principal marché d'arachides de la contrée.

Entre Rafisque et Dakar se trouve un endroit des plus malsains, le village de Ilann, placé au milieu d'un marécage; ce village doit disparaître avant peu et le marécage

Page 1