‹ Les colonies françaises; (volume 4)Chapitre 9 sur 30 · Nous eûmes 136 hommes tués ou blessés; au milieu de Tac · texte numérisé non relu

Nous eûmes 136 hommes tués ou blessés; au milieu de Tac

SÉNÉGÀL ET

RIVIÈRES DU SUD

Jusqu'au mois d'avril 1860, il n'y eut que quelques engagements sans importance et, au mois d'août, l'envoyé du . prophète, Tierno-Moussa, fit des ouvertures pacifiques,

Saint -Louis. — Rue de la Paix..

auxquelles il fut répondu par des propositions qu'EI-Hadj accepta entièrement.

Actes administratifs. — Les actes politiques et administratifs du colonel Faidherbe eurent également une extrême importance, en raison des développements de la colonie et des améliorations de toute nature, dont celui-ci s'occupa avec un soin tout particulier.

Au point de vue politique, en dehors des guerres dont il vient d'être question, il plaça sous le protectorat de la France le Dimar, le Toro, le Damga, le royaume du

lion, le commandant de la colonne, M. Faron, fut lui-même grièvement atteint et dut passer le commandement au lieutenant de vaisseau Th. Aube.

Saloum, la Casamance et la Mellacorée. Il envoya en outre plusieurs missions dans les régions voisines. Ce fut d'abord, en 1860, le capitaine d'état-major Vincent, son aide de camp, qui fut chargé d'explorer l'Adrar, fit 670 kilomètres en IZi jours et rapporta de précieux renseignements sur les tribus qui iiabitent cette contrée. Au mois de juillet de la même année, partaient pour le pays des Braknas MM. Bourrel, enseigne de vaisseau, et Alioun- Sal, sous-lieutenant indigène aux spahis sénégalais, qui voyageaient jusqu'au milieu du mois d'octobre 1860 *. Un peu plus tard, un assesseur du Cadi de Saint-Louis, Bouel-Moghdad, traversait le Sahara occidental et atteignait Mogador, d'où il s'embarquait pour la Mecque. Enfin M. Mage, enseigne de vaisseau, commandant la canonnière \2LCoulevrine, alla, au début de l'année 1861, visiter l'oasis de Tagant, chez les Maures Douaïch, à 250 kilomètres au nord-est de Bakel; son voyage dura six semaines et fut une sorte de préparation à la grande exploration qu'il accomplit quelque temps après ^

Le nombre des postes fortifiés qui s'étendait le long du fleuve fut augmenté. Outre celui de Médine, dont il a été question précédemment, le colonel Faidherbe fit construire celui de Matam, dans le Damga ((1857, celui de Saldé, près du village de Tébékout, pour observer à la fois le Fouta central et le pays des Maures, et celui de Joal, dans le Sine (1859). En outre, les territoires des villages de Dagana, Bakel, Sénoudébou, N'Diago, Gaé, Réfo, Bokol et diverses enclaves des environs de Saint-Louis étaient déclarés annexés à la colonie.

Sous le rapport administratif, son action n'est pas moins importante. Il installa une imprimerie du gouvernement,

1. Dix-huit mois plus tard, M. AUoun-Sal mourait des suites d'une maladie contractée au cours d'une expédition dans le Cayor.

2. Pour le voyage de MM. Mage et Quintin à Ségou, voir le fascicule concernant le Soudan français.

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fonda lin organe officiel qui prit le nom de Moniteur du Sénégal (16 mars 1856), réglementa les écoles musulmanes et appliqua à la Sénégambie française le service de Tenregistrement et du timbre (août 1861) ^ En même temps il accroissait la force militaire de la colonie en organisant un corps de troupes indigènes, sous le nom de tirailleurs sénégalais (21 juillet 1857); il rétablissait également, en novembre 1860, les milices noires d'après les mêmes bases que celles des milices déjà formées en 1800, et créait à Tescadron de spahis un emploi de sous-lieutenant indigène. Enfin il fondait une institution destinée à nous rendre par la suite les plus grands services, l'École des otages, où se trouvaient réunis, pour apprendre nos mœurs et surtout notre langue, les fils des principaux chefs du pays 2.

D'autre part, la ville de Saint-Louis fut assainie, embellie, et son séjour fut rendu plus agréable par la création d^un musée et celle de plusieurs casernes, hôpitaux ou écoles, par la construction du pont de Guet N'Dar et de routes aux environs de la ville, par la plantation de promenades, enfin par l'établissement d'un bac faisant communiquer Saint-Louis avec l'île de Sor et avec Bouëtville. Le gouverneur fit en même temps tous ses efforts pour donner aux habitants de l'eau douce, celle du fleuve devenant saumâtre ou salée au moment des basses eaux. Après avoir tenté de creuser un puits artésien, le colonel Faidherbe songea à utiliser le marigot de Lampsar et commença même les travaux ; mais d'autres préoccu-

1 . Au moment où il fut nommé gouverneur venait d'être créée la Banque de prêt et d'escompte (21 février 1854).

2. L'École des otages a été supprimée sans raisons sérieuses dans le courant de l'année 1871.. Cette mesure a été fort regrettable, car cette institution aidait singulièrement la diffusion de notre langue dans le pays. Aujourd'hui, heureusement, la création de V Alliance française pour la propagation de cette langue a réparé en partie la faute commise en 1871.

pations (et aussi le manque de crédits) l'obligèrent à remettre ce travail à une date ultérieure; ce fut le colonel Pinet-Laprade qui établit, six ans plus tard, le projet définitif, que le général Brière de Tlsle put enfin réaliser dans le courant de l'année 4 881.

Le colonel Faidherbe avait également pensé que, dans l'intérêt de la salubrité de la ville, il serait nécessaire de ménager, s'il était possible, une rue de pourtour formant comme une ceinture autour de l'île, de façon à empêcher les habitants riverains de jeter devant leurs propriétés respectives des monceaux d'ordures qui empestaient l'île entière.

Malgré les résistances qu'il rencontra, il parvint à mener à bien l'exécution de cette réforme; on vit s'élever autour de l'île, le long de la nouvelle voie, des parties de quais en maçonnerie ou en rônier^; en même temps, par son ordre, les cases en paille de la zone centrale de la ville, qui étaient un danger constant d'incendie, disparaissaient progressivement.

Expédition du Fouta. — Malgré les défaites d'El- Hadj-Omar, les partisans du prophète étaient nombreux dans le Fouta central et suscitaient des troubles dans nos provinces du Toro et du Dimar. En 1862, cette hostilité prit le caractère d'une révolte et nécessita l'envoi dans le pays d'une colonne expéditionnaire. A la tête de cette colonne se trouvait le nouveau gouverneur, le capitaine de vaisseau Jauréguiberry, qui avait, le k décembre de l'année précédente, succédé au colonel Faidherbe; celui-ci avait en effet demandé à rentrer en France pour rétablir sa santé, que neuf années de séjour dans la colonie et de nombreuses campagnes avaient fortement ébranlée. Les Toucouleurs furent une

1. Ce fut également sous radministration du colonel Faidherbe que fut établi, à partir du 23 mars 1861, un service postal régulier par paquebots français entre Corée et la métropole.

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première fois défaits le 29 juillet, près du village de M'bolo dans le Damga, qu'ils avaient envahi, mais cette leçon né suffit pas pour les faire rentrer dans le devoir et il fallut les battre de nouveau dans la plaine de Loumbel (22 septembre 1862).

Au mois de janvier suivant, une nouvelle expédition fut jugée nécessaire et, le 7 février 1863, l'ennemi était encore mis en déroute à peu de distance de Gaoul, capitale du Damga. Quelques jours plus tard avait lieu la soumission complète duToro; mais les Toucouleurs du Bosséa tenaient toujours la campagne. Le gouverneur Faidherbe, revenu dans la colonie le ih juillet 1863 (comme général de brigade), envoya contre eux une colonne sous les ordres du lieutenant-colonel Martin des Pallières. Tous les villages du pays furent brûlés, les troupeaux razziés, et les rebelles, affamés et traqués de toutes parts, consentirent à faire la paix ^

Campagnes diversi^s : N'Diambour, Sine, SaloUx\î, Gasa- MANCE. — On a vu plus haut que pendant la guerre contre les Maures un certain nombre de fugitifs du Oualo s'étaient réfugiés dans le Cayor ou dans le N'Diambour. En 1856, puis en 1858, ces pays se trouvèrent dans un tel état d'agitation que le gouverneur Faidherbe résolut de supprimer les villages qui causaient ces troubles. Nguik et Niomri furent brûlés et les gens du N'Diambour, qui avaient surpris et mis en déroute l'escadron de spahis à Mbirama, à un moment où les chevaux étaient débridés, furent repoussés par la colonne commandée par le gouverneur et mis en fuite. A partir de ce jour, ils ne donnèrent plus aucun sujet de plainte.

1. Cette soumission n'était que temporaire; le Fou ta central, d'où sont sortis tous les grands pix)phètes du Soudan, est habité par des • populations turbulentes qui essayent encore parfois d'arrêter les

bâtiments sur le fleuve et contre lesquels il nous faudra peut-être un jour opérer avec vigueur.

Quelques mois plus tard, le gouverneur apprenait que les habitants du Sine et du Saloum maltraitaient et pillaient nos traitants. Il partit à la tête de quelques centaines d'hommes, environ 600, dont 3^25 volontaires, rencontra l'ennemi près de Fatik le 18 mai 1859 et, malgré les vigoureuses charges de la cavalerie sérère, l'obligea de prendre la fuite. Dix-huit mois après, il fallut de nouveau rappeler le roi du Sine à l'exécution des traités qu'il avait passés avec nous; le commandant Pinet-Laprade, qui venait de punir les Yolas et les Balantes de la Casamance des pillages qu'ils commettaient, en brûlant un grand nombre de leurs villages, marcha vivement sur Kaolack où se trouvaient réunis les roi du Sine et du Saloum, s'empara sans coup férir des principaux notables et imposa aux rebelles de nouvelles conditions.

Conquête du Cayor. — Le besoin d'établir des communications télégraphiques entre Saint-Louis et Corée, et la nécessité d'avoir des caranvasérails pour faciliter les voyages à pied ou à cheval entre ces deux villes nous avait amenés en 1859 à faire signer au damel du Cayor un traité nous donnant toutes les facilités nécessaires à l'accomplissement de nos projets. Ce damel étant mort peu après et son successeur, Macodou, refusant d'exécuter le traité, le gouverneur marcha aussitôt contre lui et l'obligea à se soumettre; il obtint en outre le droit de faire construire trois postes fortifiés, à Lompoul, M'Boro et M'Bidjem (décembre 1860).

Deux mois plus tard, Macodou s'étant révolté^ une nouvelle colonne fut envoyée contre lui et le battit complètement à Diabi. De plus, grâce à notre influence, un chef du pays, Madiodio, fut élu damel à la place de Macodou. Le 28 mai, Madiodio détruisait, près de M'Boro, les forces de son rival et l'obligeait à se réfugier dans le Saloum. Mais un troisième concurrent à la couronne, le chef Lat-Dior, de la famille royale du Cayor, défit à son tour les forces du roi Madiodio, que le nouveau gouverneur de la colonne, le commandant Jauréguiberry, dut venir rétablir

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lui-même (février 1862). En échange du secours que nous venions de lui donner, Madiodio s'engagea à faire entre N'Dande et Potou une route de 30 mètres de large et nous céda près du puits de N'Dande un carré de 500 mètres de côté pour y créer des établissements.

Peu de temps après, Lat-Dior, revenu dans le pays, en chassait Madiodio et se faisait proclamer damel ; une colonne envoyée contre lui présida à la création du poste de Pout entre Rufisque et Thiès (mai 1862).

Le premier soin du général Faidherbe, lorsqu'il reprit, en juillet 1863, le gouvernement de la colonie, fut de faire construire deux autres postes, l'un à Thiès même, l'autre à Nguîguis, au centre du pays. Il rétablit Madiodio, poursuivit Lat-Dior et le défit complètement à N'Dary. Mais ce dernier, loin d'avoir perdu courage, reparut bientôt sur la frontière du N'Diambour et put même, grâce à la défection des alliés indigènes, surprendre et massacrer à iN'golgol la garnison de Nguiguis (29 décembre 1863). Dès qu'il eut appris celte nouvelle, le gouverneur Faidherbe partit à la tête d'une forte colonne et, le 12 janvier 186Zi, il infligeait à Lat-Dior, près de Loro, une défaite sanglante.

Pendant ce temps, il y avait dans le Saloum un prophète nommé Maba qui essayait, d'abord avec l'aide de Macodou, puis tout seul après la mort de celui-ci, de détrôner le roi du p^ys et de nous chasser de la contrée. Maba envahit le Djolof et vint menacer le Cayor (juin 1865); mais les colonnes qui parcouraient le pays, la réoccupation de Mérinaghen et la création du poste de Coki lui avaient fait remettre à plus tard l'exécution de ses projets. Heureusement il n'eut pas même le temps d'y songer; le nouveau gouverneur, le colonel Pinet-Laprade, qui avait succédé au général Faidherbe, le poursuivit jusque dans le Rip et, après l'avoir battu, le 30 novembre 1865, près de la forêt de Paouas (non loin de Nloro, capitale du pays), livra aux flammes trente de ses villages avec toutes les récoltes de l'année. Les bandes de Maba se reconsti-

tuèrent cependant au commencement de Tannée 1867 et le colonel Laprade dut leur infliger de nouveau une sévère leçon (combat de Sombo, 18 juillet).

Quelques mois après (mars 1869), poussé par Ahmadou- Cheikou, marabout du Toro qui prêchait alors la guerre sainte, Lat-Dior, qui avait été autorisé à rentrer dans son pays et avait même été nommé chef du canton de Guet, chercha à rallier ses anciens partisans pour nous chasser du Cayor. Cette tentative ne fut pas couronnée de succès; battu une première fois à Mekké (9 juillet) et une seconde fois à Louga (16 septembre 1869), il n'osa plus nous attaquer et se contenta de nous faire une guerre de partisans qui dura jusqu'à la fin de Tannée. Une nouvelle défaite, qu'il essuya le 17 décembre à Salen, Tobligea de s'enfuir jusque dans le Rip, où il resta pendant plusieurs mois. Enfin, en 1871, ayant manifesté un profond repentir, il fut reconnu comme damel et replacé à la tête du Cayor.

Quatre ans plus tard, Lat-Dior combattait à nos côtés contre Ahmadou-Cheikou, son ancien allié, qui se faisait infliger, les 9 et 16 février 1875, deux sanglantes défaites à Diawara et à Boumdou près Coki. Jusqu'en 1882, la conduite de Lat-Dior fut des plus correctes ; il ne fit aucune difficulté de nous accorder les terrains nécessaires à la construction du chemin de fer de Dakar à Saint-Louis et nous demanda de reconnaître à sa place, comme damel, son cousin Samba-Laobé, au nom duquel il continua cependant à gouverner. Cependant, lorsqu'on voulut commencer les travaux du chemin de fer, il fit savoir au gouverneur qu'il s'y opposerait par la force, mais il n'osa pas attendre Tarrivée de nos troupes et se réfugia dans le Baol. Le gouverneur, M. René Servatius, mit alors le Cayor sous le protectorat de la France, annexa le JS'Diambour et nomma un nouveau damel, Amory-Ngoné-Fall II.

Samba-Laobé, pourchassé de toutes parts, capitulait peu de temps après (2 mai 1883) et, pour nous montrer que sa soumission était sincère, il rallia de son propre fait un cer-

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tain nombre de ses compatriotes, puis marcha à leur tête contre Lat-Dior qui avait reparu dans le pays et qui n'osa pas l'attendre (juillet 1883). Comme Amory Ngoné n'avait aucune autorité, on profita de l'incident pour le faire abdiquer et Samba-Laobé, réélu damel grâce à notre influence,

confirma le protectorat de la France sur le Cayor, céda à la colonie le N'Diambour et le canton de Mérina N'Guick et s'engagea à laisser continuer les travaux du chemin de fer (août 1883) * .

Le Cayor jouissait d'une tranquillité absolue depuis cette époque, lorsqu'au mois de mai 1886 une querelle de famille s'éleva entre Samba-Laobé et Ali-Bouri, roi du Djolof. Samba, sans prévenir le gouverneur, voulut régler le différend par les armes: il attaqua Ali-Bouri et fut battu; mais, comme le gouverneur, pour le punir, lui avait infligé une amende de 20.000 francs, il ne trouva rien de mieux, afin

1. L'inauguration de la ligne eut lieu le 27 juillet 1885. Afrique i. 4

de payer cette amende, que de dévaliser nos traitants. Un officier, le capitaine Spitzer, fut aussitôt envoyé pour lui faire des remontrances; mais l'entrevue, qui eut lieu à Tivavouane, dégénéra bientôt en lutte à main armée et. après un combat singulier qui dura plus de douze minutes, Samba-Laobé fut tué par le sous-lieutenant de spahis Chauvey, commandant le peloton d'escorte de M. Spitzer.

Lat-Dior avait profité de ces événements pour rentrer dans le pays, espérant ressaisir le pouvoir et, sur Tordre qui lui fut donné de sortir du Cayor, il feignit d'obéir et se retira vers l'est ; puis, faisant un brusque crpchet, il marcha sur Dekkelé, son ancienne résidence, où il faillit surprendre les deux pelotons de spahis du capitaine Vallois qui faisaient boire leurs chevaux. La lutte fut vive, mais rapide. Au bout d'un quart d'heure, l'ennemi prenait la fuite et Lat-Dior était tué avec ses deux fils et soixantedix-huit de ses guerriers.

Le colonel Pinet-Laprade ^ — Au général Faidherbe avait succédé comme gouverneur, en 1865, le colonel du génie Pinet-Laprade, qui, deux ans plus tôt, avait sur les indications du général, commencé les premiers travaux d'aménagement du port de Dakar ^. M. Pinet-Laprade, dont il a déjà été question au sujet de la conquête du Cayor, dirigea une partie de ses efforts sur la contrée

1. Arrivé en 1848 dans la colonie comme tout jeune capitaine, M. Pinet-Laprade avait occupé pendant six ans (de 1859 à 1865), avant de succéder au général Faidherbe, les fonctions de commandant supérieur à Gorée. C'était un officier fort distingué ; pendant l'année 1869, à la suite d'une imprudence, il fut enlevé en quelques heures (17 août 1869) par le choléra. Cette perte fut d'autant plus sensible à la colonie qu'après ses vingt années de séjour au Sénégal, M. Pinet-Laprade jouissait encore d'une excellente santé et donnait ainsi un éclatant démenti à la légende si répandue en France, d'après laquelle le climat de la colonie ne pourrait être supporté par aucun de nos compatriotes.

'2. Ce fut également M. Pinet-Laprade qui inaugura, le 2 juillet 1865, le pont de fer qui relie Saint-Louis à la terre ferme et lui donna, le 2 octobre suivant, le nom de pont Faidherbe. .

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située entre la Gambie et la Rokelle, et appelée aujourd'hui les Rivières du Sud. Il établit le protectorat sur une grande partie des Rivières (rive droite de la Casamance, Cassini, Nunez, Pongo, etc.) et fit construire les postes de Bokë et de Benty. En même temps il créait d'autres postes vers le Nord, à N'Dlague, dans le Cayor, et Aéré, sur le Sénégal même, entre Podor et Matam. Enfin une ligne télégraphique reliait à Saint-Louis le nouveau poste de N'Diague et celui de Dagana.

DÉVELOPPEMENT DE LA COLONIE DEPUIS 1869. — De 1869 à

1879, il n'y a guère à signaler que la création de la chambre de commerce de Saint-Louis (29 décembre 1869), l'érection de Saint-Louis et de Gorée-Dakar en communes (10 août 1872), la fondation d'une société d'agriculture, qui est à reconstituer aujourd'hui sur de nouvelles bases, la division de la colonie en deux arrondissements, Saint-Louis et Dakar, enfin la création d'une caisse de retraite pour les employés de la commune de Dakar-Gorée (27 juin 1876^.

En 1879^ se placent deux événements qui ont pour la colonie une importance capitale. Le Zi février, la Sénégambie française est dotée d'un conseil général, le 8 avril, elle est représentée par un député au Parlement métropolitain.

Le 12 juin 1880, Rufisque est à son tour érigée en commune. L'enseignement primaire est organisé en 1881, l'enseignement secondaire le sera le 28 avril 1882.

Plusieurs lois de la métropole sont promulguées dans la colonie au cours des années 1880, 1881 et iSSlx : lois sur la presse, sur la liberté de réunion, sur la prime à donner à la construction des navires, sur le divorce.

En 1880 et 1881, plusieurs corps militaires indigènes sont créés ou augmentés en vue d'une action sur le Haut- Fleuve : on forme une compagnie auxiliaire d'ouvriers d'artillerie (6 septembre 1880) et une compagnie de conducteurs (2 août 1881); enfin le régiment des tirailleurs sénégalais, qui ne comporte que sept compagnies, en comprend désormais neuf.

LES

Ea 1877, la ligne télégraphique qui s'arrêtait à Dagana a été poussée jusqu'à Podor ; en 1880, elle atteint Saldé ; €n 1885, elle sera à Matam et, l'année suivante, à Bakel, où elle rejoindra le réseau du Haut-Fleuve, qui va jusqu'à Bammako. Gorée et Dakar sont de leur côté reliées entre elles par la télégraphie aérienne.

En 1885, un chemin de fer, établi dans le Cayor, a relié Dakar à Saint-Louis en passant par Pout, Thiès, Tivouavouanne, N'Dande, Louga, M'Pal et Leybar, et plusieurs missions ont été, quelque temps auparavant, chargées de reconnaître le tracé d'une ligne destinée à relier le Haut- Fleuve au chef-lieu de la colonie K

En 1886, Saint-Louis et Rufisque sont éclairées à l'électricité.

En janvier 1887, on crée à Saint-Louis un dépôt d'étalons arabes. Le 20 mars suivant, a lieu, dans la même ville, l'inauguration de la statue du général Faidherbe; on 'donne, à cette occasion, des fêtes qui durent quatre jours et qui comprennent : courses de chevaux et de chameaux, régates, cavalcades, feu d'artifice, retraite aux flambeaux, etc.. Au mois de juin de la même année, les villes de Gorée et de Dakar sont érigées en deux communes distinctes. Enfin, un peu plus tard, au mois de décembre, quelques troubles ont lieu dans les Rivières du Sud, dans le bassin de la Dubréka; l'aviso la Mésange est envoyé pour pacifier le pays et punir les rebelles.

Durant ces trois dernières années (1887 à 1889), plusieurs lois, décrets ou ordonnances sont rendus applicacables à la colonie; ce sont : la loi de 18Zi5 et l'ordonnance de 18Zi6 sur la police des chemins de fer, les décrets de 1856 et de 1887 sur l'inscription maritime dans certaines de nos possessions d'outre-mer, le décret du 11 décembre 1888 créant un conseil de défense au Sénégal, le dé-

\. On trouvera les détails relatifs à ces missions dans le fascicule sur le Soudan français.

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cret du 16 février 1889 sur Texpropriation pour cause d'utilité publique, et la loi du 15 juillet 1889 sur le recrutement de l'armée.

Au point de vue politique, la période décennale de 1880 à 1889 a été signalée d'abord par l'établissement du protectorat de la France sur le Fouta-Diallon. A la fin de Tannée 1880, un des membres de la mission Galliéni, le docteur Bayol, qui n'avait pas suivi ses compagnons sur la rive droite du Niger, avait reçu du ministère de la marine l'ordre d'explorer le Fouta-Diailon. 11 partit de Boké le 17 avril 1881, accompagné de M. Billet, astronome, que sa santé obligea de rentrer en France au bout de quelques jours, et de M. Noirot, qui supporta vaillamment les fatigues du voyage. Malgré les fatigues de l'hivernage, M. Bayol et son compagnon arrivèrent sans encombre à Donhol-Fella, où résidait l'Almamy du Fouta-Diallon, Ibrahima-Sory et, après quatorze jours de palabres, ce dernier signait et remettait au docteur Bayol un traité qui plaçait ce pays sous le protectorat de la France, moyennant une rente annuelle de 10,000 francs. Le 30 août 1881, la mission quittait Timbo et prenait, après avoir vainement essayé de pénétrer dans le bassin supérieur du Niger, la route de Médine, où elle arriva le 17 septembre suivant.

Quelque temps après, le protectorat français était également établi sur le Djolof.

Plusieurs conventions ont été passées également durant ces dernières années avec différentes puissances européennes. Le lli décembre 1885, la situation respective de la France et de l'Allemagne dans l'Afrique occidentale, était réglée par un protocole dont nous extrayons seulement ici la partie relative aux Rivières du Sud, et spéciale à la Dubrékan

1. Les autres parties traitent des possessions françaises et allemandes : 1° sur la côte des Esclaves (territoires de Togo, des Popos

Le Gouvernement de Sa Majesté l'empereur d'Allemagne renonce à tous droits ou prétentions qu'il pourrait faire valoir sur les territoires situés entre le Rio-Nunez et la Mellacarée, notamment sur le Koba et le Kabitaï, et reconnaît la souveraineté de la France sur ces territoires.

Un peu plus tard, une autre convention, signée le 12 mai 1886 entre la France et le Portugal, et ratifiée le 31 août 1887, délimitait les possessions frinçaises et portugaises dans l'Afrique occidentale.

Voici les articles- de cette convention qui ont trait aux Rivières du Sud * :

Art. l*'^ — En Guinée, la frontière qui séparera les possessions françaises des possessions portugaises suivra, conformément au tracé indiqué sur la carte n" 1 annexée à la présente convention :

Au Nord, une ligne qui, partant du cap Roxo, se tiendra, autant que po?sible, d'après les indications du terrain, à égale distance des rivières Casamance (Casamansa) et San Domingo de Cacheu (Sào Domingo de Cocheu), jusqu'à l'intersection du méridien 17^'30' de longitude ouest de Paris avec le parallèle 12^40' de latitude nord. Entre ce point et le 16<^ de longitude ouest de Paris, la frontière se confondra avec le parallèle i2H0' de latitude nord.

A l'Est, la frontière suivra le méridien de 16" ouest, depuis le parallèle 12^0' de latitude nord, jusqu'au parallèle H'*40' de latitude nord

Au Sud, la frontière suivra une ligne qui partira de l'embouchure de la rivière Cajet, située entre l'île Catack (qui sera au Portugal) et rUe Tristâo (qui sera à la France) et se tenant autant que possible, suivant les indications du terrain, à égale distance du Rio- Gomponi (ïabati) et du Rio-Gassini, puis de la branche septentrionale du Rio-Gomponi (Tabati) et de la branche méridionale du Rio-Cassini (Marigot de Kakoudo), d'abord, et du Rio-Grande ensuite, viendra aboutir au point d'intersection du méridien 16° de longitude ouest et du parallèle 11^40' de latitude nord.

et d'Agoué) ; 2° dans le golfe de Biafra (délimitation du Gongo français et de la colonie de Kameroun)j voir les fascicules suivants.

1. On trouvera les autres articles de cette convention dans le fascicule relatif au Gongo français; de même, pour l'arrangement du 10 août 1889, voir les fascicules relatifs à la côte de Guinée et au Gongo.

SÉNÉGAL ET RIVIÈRES DU SUD

Appartiendront au Portugal, toutes les îles comprises entre le méridien du cap Roxo, la côte' et la limite sud formée par une ligne qui suivra le thalweg de la rivière Cajet et se dirigera ensuite au sud-ouest, à travers la passe des Pilotes, pour gagner le 10^40' lalitude nord, avec lequel elle se confondra jusqu'au méridien du cap Roxo.

Art. 2. — Sa Majesté le roi de Portugal et des Algarves reconnaît le protectorat de la France sur les territoires du Fouta-Djallon, tel qu'il a été établi par les traités passés en 1881 entre le Gouvernement de la République française et lesAlmamys du Fouta-Djallon.

Le Gouvernement de la République française, de son côté, s'engage à ne pas chercher à exercer son influence dans les limites attribuées à la Guinée portugaise par l'article 1^^ de la présente convention. Il s'engage, en outre, à ne pas modifier le traitement accordé, de tout temps, aux sujets portugais par les Almamys du Fouta-Djallon.

Art. 3 et 4. — (Relatifs au Congo.)

Art. 5. — Les citoyens français dans les possessions portugaises sur la côte occidentale d'Afrique et les sujets portugais dans les possessions françaises sur la même côte seront respectivement, en ce qui concerne la protection des personnes et des propriété?, traités sur un pied d'égalité avec les sujets et les citoyens de l'autre puissance contractante. Chacune des parties contractantes jouira, dans lesdites possessions, pour la navigation et le commerce, du régime de la nation la plus favorisée.

Enfin, le 10 août 1889^ un arrangement concernant la délimitation des possessions françaises et anglaises de l'Afrique occidentale était signé entre la France et TAngleterre.

Les articles de cet arrangement relatifs au Sénégal et aux Rivières du Sud sont ainsi conçus:

Art. 1^^. — En Sénégambie, la ligne frontière entre les possessions françaises et anglaises sera établie dans les conditions suivantes :

1° Au nord de la Gambie (rive droite), le tracé partira de Jinnak- Creek pour suivre le parallèle qui, passant en ce point de la côte (environ 13^36' nord), coupe la Gambie dans le grand coude qu'elle fait vers le nord, en face d'une pe'.ite île située à l'entrée de Sarmi- Creek, dans le pays deNiamena.

A partir de ce point, la ligne frontière suivra la rivière jusqu'à Yarbatenda, à une distance de 10 kilomètres du fleuve ;

Au sud (rive gauche), le tracé partira de la rivière San-Pedro, suivra la rive gauche jusqu'au 13^10' de latitude nord. La frontière sera établie ensuite, par le parallèle qui, partant de ce point, va jusqu'à Sandeng (fin de Vintang-Creek, carte anglaise).

Le tracé remontera alors dans la direction de la Gambie, en suivant le méridien qui passe par Sandeng jusqu'à une distance de 10 kilomètres du fleuve.

La frontière suivra ensuite la rive gauche du fleuve, à une même distance de 10 kilomètres, jusqu'à et y compris Yarbatenda.

Art. 2. — Au nord de Sierra-Leone, conformément aux indications du traité de 1882, la ligne de démarcation, après avoir séparé le bassin de la Mellacorée de celui de la Grande-Scarcie, passera entre le Bennah et le Tambakka, laissant le Talla à l'Angleterre, le Tamisso à la France, s'approchera du 10^ de latitude nord en comprenant le pays des Houbbous dans la zone française, et le Soulimaniah avec Falabah dans la zone anglaise.

Le tracé s'arrêtera à l'intersection du 13^ degré de longitude ouest de Paris (1 0^*40' de Greenwicli), carte française, et du 10^ degré de latitude.

Anî^exes. — La ligne de démarcation prévue par l'article 2 de l'arrangement sera déterminée sur les lieux par des délégués français et anglais nommés à cet effet. Il est convenu que ces délégués, tenant compte des conclusions de la commission chargée de préparer Fentente dont il s'agit, rechercheront, d'un commun accord, les moyens d'assurer à la France une voie de communication entre la Mellacorée et le Soudan français au sud du Fouta-Djallon, sans préjudice à la possession par l'Angleterre de la route entre Kambia et Falaba qui se confondra, en principe, avec l'itinéraire suivi par Blyden en 1872 vers ce dernier point.

Gambie. — § i®^. — L'expression « Jinna-Creek » comme point de départ de la ligne frontière du nord de la Gambie, doit signifier le point de la terre ferme où débouche dans la mer la « Jinnak », ainsi que l'indique la carte anglaise qui porte le numéro 684.

§ 2. — L'expression « le tracé partira de Jinna Creek pour suivre le parallèle qui, passant en ce point de la côte (environ 13<^ 3G' nord) coupe la Gambie dans la grande courbe, etc. » doit signifier que le trajet de la frontière suivra le parallèle du milieu du chenal de l'embouchure du Jinnak (ainsi qu'elle est interprétée, dans le § 1) jusqu'à ce qu'il arrive à un point éloigné de 10 kilomètres de la Gambie, comme il est dit ci-dessous, § 3.

§ 3. — « A partir de ce point, la ligne frontière suivra la rive droite jusqu'à Yarbatenda, à une distance de 10 kilomètres du fleuve » doit signifier que, du point où le parallèle de la crique Jinnak (comme il est dit ci-dessus) arrive à une distance de dix kilomètres de la Gambie, la ligne frontière dévora être tracée de telle

SÉNÉGAL ET RIVIÈRES DU SUD

sorte qu'elle se trouve toujours à une égale distance de 10 kilomètres des points les plus rapprochés du bord de la rivière.

Au sud de la Gambie. •— § 4. — « Le tracé partira de l'embouchure de la rivière San-Pedro, suivra la rive gauche jusqu'à 13<^ 10' de latitude nord. » Dans le cas où il sera constaté. que ni la rivière San-Pedro ni aucune de ses branches ne rencontrent le parallèle 13^ 10' de latitude nord, la frontière suivra ce parallèle à partir du bord de la mer.

§ 5. — L'expression « jusqu'à Sandeng » doit être considérée comme comprenant Sandeng dans le territoire britannique, et dans le cas où ce parallèle (le 13° 10' lat. nord) ne rencontrerait pas la crique Vintang, la ligne frontière s'arrêterait au méridien qui passe à 1 kilomètre dans l'est de Sandeng; ou si le parallèle 13*^10' nord rencontrait la crique Vintang au-dessous de Sandeng, l'expression serait considérée comme signifiant que la frontière doit suivre la rive gauche de la crique, depuis le point où ce parallèle 13 ' 10' nord la rencontre jusqu'au méridien passant à 1 kilomètre dans Test de Sandeng.

S 6. — «Y compris Yarbatenda » doit signifier que, la ligne limite sera tracée autour et au delà de Yarbatenda, avec un rayon de 10 kilomètres, à partir du centre de la ville, et dans le cas où un cercle ainsi tracé couperait la boucle de la rivière à l'est de Yarbatenda, la ligne frontière du point où le cercle coupe la rivière suivrait la rive la plus rapprochée, jusqu'à la rencontre d'une nouvelle intersection de la rivière.

§7. — La carte anglaise « I.-D. Map. 684 » a servi à rédiger cette partie des frontières.

Sierra-Leone. — § 1. — « Conformément aux indications du traité de 1882, la ligne de démarcation, après avoir séparé le bassin de la Mellacorée de celui de la Grande-Scarcie » doit signifier : en conformité avec l'article 1^^ de la convention de 1882, qui dit: « Ladite ligne de démarcation sera tracée de façon à assurer à la France le contrôle complet de la rivière Mellacorée, et à la Grande-Bretagne le contrôle complet des rivières Scarcies. Le point Mahela et le comptoir de ce nom, ainsi que la communication par les eaux adjacentes, appartiendront à la nation à laquelle, d'après ladite enquête, la possession en aura été reconnue nécessaire pour le contrôle de la rivière Mellacorée ou des rivières Scarcies, suivant le cas. S'il est constaté que la communication par eau à Mahela s'ouvre aussi bien sur la rivière Mellacorée que sur la rivière Scarcie, 1£)l dite ligne de démarcation partira sur la côte du milieu du cours d'eau qui se jette dans la mer à Mahela, et sera continuée de manière à attribuer à la France la communication avec la rivière Mellacorée, et à la Grande-Bretagne la communication avec la rivière Scarcie. »

§ 2. — L'expression « la ligne de démarcation... passera entre le Bennah et le Tambakka » sera comprise littéralement en tant qu'elle s'accordera avec la convention citée plus haut, afin d'assurer le contrôle complet de la Mellacorée à la France, et celui de la rivière Scarcie à la Grande-Bretagne.

Au cas où il se trouverait que le Bennah ou Banna s'étend dans le bassin de la rivière Grande-Scarcie, cette convention serait modifiée de manière que la rive droite de la Grande-Scarcie forme ellemême la limite sur cette partie de son cours.

§ 3. — La carte consultée est la carte des établissements français du Sénégal, par M. Monteil. 1886.

Cette convention a été ratifiée le 12 mars 1890.

Le Sénégal à Podor.

ÇHx\PITRE II Description géographique et ethnographique

Divisions de l'Afrique. — Divisions de la Sénégambie. — La côte d'Arguin.

— Le bassin du Sénégal : le littoral ; — les montagnes; — le cours du fleuve; — de Matam à Saldé; — de Saldé à Aéré; — d'Aéré à Podor;

— de Podor à Dagana; — de Dagana à Richard-Toll ; — le marigot de Bounoun; — le lac de Guier; — la Taouey; — de Hichard-Toll à Saint- Louis; — le Delta; — la langue de Barbarie; — Le Sénégal et le Nil. — Les passages difficiles et la navigation à la cordelle. — Les marigots. — Le désert. — Esquisse géologique. — Le Saloum. — La Casamance. — Les Rivières du sud : le Compony ou Cogon. — Le Nunez. — Le Pongo. — La Dubréka ou Konkouray. — La Mellacorée. — Faune et flore. — Races indigènes : les Maures. — Les Peulhs. — Les Toucouleurs, — Les races noires : Les Ouolofs. — Mœurs ei coutumes. — Les Yolas, — Les Ba^ lantes. — Les Félons et les Bagnouns, — Les Bagas. — Les Landoumans et les Nalous. — Les Sousous, — Les Signars,

Divisions de l'Afrique. — Le Continent africain se divise, d'une manière générale, en trois grandes régions qui ont chacune leur aspect et leur caractère bien déterminés et qui sont : la région du désert (ou Sahara); — la région des forêts; — la région des steppes.

La région saharienne comprend à peu près toute l'Afrique septentrionale, du Maroc à l'Egypte d'une part et, de l'autre, de Ja mer Méditerranée à la limite septentrionale des bassins du Niger et du Congo.

La région des forêts est un peu disséminée; son centre principal est le bas Niger; elle s'étend de la Guinée à la région des lacs jusqu'au Zambèze et du Gabon au canal de Mozambique.

Quant à la région des steppes, elle comprend tout le sud du Continent africain, depuis la partie méridionale de l'État libre du Congo jusqu'au cap de Bonne-Espérance.

A côté de ces grandes régions, il existe des régions secondaires, parmi lesquelles le Sahel des côtes d'Algérie et de Tunisie, dont la flore et le climat sont ceux des bords de la Méditerranée, — la plus grande partie du bassin du Sénégal, de celui du haut et du moyen Niger qui ont à la fois certains caractères de la région saharienne et certains autres de la région des forêts; — enfin, l'Abyssinie et le Choa, qui ont des nombreux traits de ressemblance avec les contrées de l'Europe méridionale.

Divisions de la Sénégambie. — La Sénégambie française comprend trois parties distinctes, qui diffèrent essentiellement les unes des autres. Ce sont :

1° La côle d'Arguin et de Portendickj qui commence au cap Blanc à l'ouest de la baie du Lévrier et se termine au lac Téniahié : elle appartient entièrement à la région saharienne;

2° Le Sé7iégal proprement dit, où coulent le fleuve le Sénégal, le Saloum et la Gambie; c'est une contrée intermédiaire, n'appartenant plus au Sahara, n'appartenant pas encore à la région des forêts, mais présentant certains caractères de ces deux régions;

3° Enfin, les Rivières du Sud (Compony, Nunez, Pongo, Dubréka et Mellacorée) qui appartiennent entièrement à la région des forêts.

La cote d'Arguin. — Sur la côte occidentale du Sahara,

à SPiO' à peu près de latitude nord^ le rivage forme deux échancrures dont l'ouverture est tournée vers le sud. La plus grande de ces échancrures, limitée à Pouest par une langue de terre de /i ou 5 kilomètres dont la partie orientale appartient à la France et que termine le cap Blanc, porte le nom de baie du Lévrier, Elle forme ellemême deux anses de moindre importance appelées, l'une, la baie de VOuest; l'autre, la baie du Repos.

La seconde échancrure, séparée de la baie du Lévrier par une presqu'île dont les extrémités sont la pointe Sainte-Anne, Ja pointe des Salines et la pointe d'Arguin (celle-ci étant la plus méridionale) s'appelle la baie d'Arguin, Elle renferme un groupe d'îles, qui portent le même nom qu'elle. Sur la principale de ces îles avait été construit, au siècle dernier, un fort qu'occupait une garnison française.

Le rivage reprend ensuite sa direction primitive et descend droit vers le sud. A 80 kilomètres d'Arguin, on rencontre, le long du littoral, d'autres îles dont les plus importantes sont les îles Tidre, Kiji, Jouick et Taganet. On trouve ensuite la baie de Saint- Jean, le cap Mirik, où est la station de pêche de Mahambar^ la baie de Tanit, où sont établies les deux pêcheries d'El Mahara et de Lenheijerat, le vieux et le nouveau Portendick, l'oasis de Tiourourt, les salines de Machebo et de Mou-Adjeran, enfin le lac Teniahié, au nord du marigot des Maringouins.

A peu près jusqu'au cap Mirik, la côte est défendue par une ligne de récifs que les marins appellent le banc d'Arguin et qui contient un certain nombre de passes par où peuvent pénétrer les navires ^ Les, mouillages des baies d'Arguin et du Lévrier sont vastes, sûrs et faciles à atteindre ^ Les autres pointes de la côte, du cap Mirik au

1. C'est environ à 30 milles de la côte, juste en face des îles Jouick et Taganet, qu'eut lieu le naufrage de la Méduse.

2. Nos officiers de marine ont constaté que du cap Blanc à la pointe d'Arguin il existait un chenal d'une profondeur moyenne de neuf mètres, c'est-à-dire accessible à de très grands navires.:^

lac Teniahié, n'offrent que des rades foraines très périlleuses.

Toute la contrée offre l'aspect du désert le plus complet. La région de l'Erg (ou des Dunes), qui s'étend du nord à la baie de Saint-Jean, fait ensuite place à d'immenses plaines sablonneuses, à perte de vue. De temps en temps, on aperçoit un bouquet de palmiers ou un acacia rabougri qui se défend tant bien que mal contre la sécheresse ; au loin on distingue parfois les restes d'une citerne à demi comblée par le sable, enfin partout le sol est brûlant et le soleil de feu.

Du cap Mirik au lac Teniahié, la bande littorale est formée d'alluvions recouvrant un banc de latérite, dont on rencontre des affleurements en s'enfonçant dans l'intérieur; un peu plus loin, vers l'est, apparaît une couche de terrain ardoisier; du même point, jusqu'au cap Blanc, le sol appartient sur une large étendue à l'époque tertiaire. Toutes G^s régions, jusques et y compris l'Adrar et le Tagant, sont habitées par les Maures, qui sont liés à nous par des traités de protectorat ou d'amitié.

Le Bassin du Sénégal : Le littoral, — De Saint-Louis au cap des Almadies, on compte à vol d'oiseau environ 190 kilomètres; le rivage s'infléchit un peu, la concavité de la courbe qu'il forme étant tournée vers la mer. La rive est basse et sablonneuse et Ton n'y trouve pas d'autres cours d'eau que le Sénégal. Le long de la côte sont de petites mares, appelées des niayes, qu'on remarque principalement au sud de Gandiole ou bien vers M'Bidjem; citons aussi la baie et l'île d'Yof situées au nord du cap Vert.

La côte est défendue par une triple ligne de brisants, et les bâtiments ne peuvent s'approcher du littoral qu'aux deux extrémités de cette ligne, à l'embouchure du fleuve ou vers le cap des Almadies. Le rivage est formé d'un sable tellement mou qu'on y marche difficilement et qu'on préfère souvent attendre le moment du reflux pour faire route

sur le sol découvert par les flots et encore mouillé de Teau de la mer.

A quelque distance de la côte apparaît une ligne de dunes, en arrière de laquelle le terrain est tantôt plat, tantôt ondulé. Le pays est couvert d'une végétation clairsemée, sorte de brousse au milieu de laquelle s'élèvent de temps en temps desrôniers en nombre plus ou moins considérable ou quelques baobabs.

Le cap Vert, situé au sud, a la forme d'un harpon; il est formé d'un massif de basaltes qui atteignent une certaine hauteur et comprend plusieurs extrémités portant les noms de pointe des Almadies, pointe des Mamelles et cap Manuel. Au nord de ce dernier, qui forme deux petites anses dont l'une est l'anse Bernard et dont l'autre renferme l'îlot de la Madeleine, se trouve la ville de Dakar, en face de laquelle s'élève l'île de Gorée.

Du cap Vert à la Gambie, la côte dessine, du nord-ouest au sud-est, une courbe assez prononcée. Jusqu'au Saloum, on ne rencontre que plusieurs petits cours d'eau, dont les plus importants sont la Somone (après les caps Rouge et Maze), la Masamba (au sud de Portudal) et la rivière de Joal, qui baigne le poste et le village de ce nom. Enfin on arrive à la pointe de Sangomar et, bientôt après, au principal bras du Saloum, connu sous le nom de rivière Jombas.

Les Montagnes. — Le système orographique du bassin du Sénégal est fort simple; le nœud principal est le massif du Fouta-Diallon, dont proviennent tous les cours d'eau de la région, Niger, Gambie, Sénégal, et toutes les Rivières du Sud. Ses principaux sommets, découpés en tours et en aiguilles, ne dépassent pas 1.800 mètres ; en outre, ce massif envoie dans toutes les directions des rameaux secondaires qui s'abaissent en pentes plus ou moins douces.

Le cours du fleuve, — Le cours développé du Sénégal mesure à peu près 1.700 kilomètres. Ce fleuve est formé de la réunion de deux rivières fort importantes, le

6i LES COLONIES FRANÇAISES.

Bakhoy (ou rivière Blanche) et le Bafing (ou rivière Noire). Ce dernier prend sa source non loin de Timbo, dans le massif du Fouta-Diallon ; le Bakhoy provient du Bouré.

Xa partie du fleuve qui nous occupe ici est celle qui dépend de la colonie du Sénégal, c'est-à-dire tout le bassin inférieur et moyen, situé en aval du poste de Matam, où commence le territoire soumis à Tautorité du commandant supérieur du Soudan français.

De Matam à Saldé. — De Matam à Saldé, le Sénégal coule entre deux rives assez escarpées, principalement sur la rive droite (appelée la rive maure). A gauche, il baigne le Fouta central; il a un cours assez sinueux et commence à former de grandes îles, dont la première, précédant l'île à Morfil, est Pile des Bas-Fonds. Sur la gauche se trouve le marigot de Kaénédi.

De Saldé à Aéré, — Un peu avant le poste de Saldé, le Sénégal se divise en deux branches qui forment l'île à Morfil il arrose, à gauche, le Toro et, à droite, le pays montagneux des Braknas. De plus en plus tortueux, son cours devient d'une navigation difficile et dangereuse. La rive est en général boisée et couverte de gonakiés (acacias Adansonii); les villages y sont rares (ils le sont de moins en moins si l'on s'enfonce dans Tintérieur) et les animaux de toute espèce, surtout les caïmans, qui atteignent parfois des dimensions énormes, y abondent.

Le grand bras du Sénégal, sur lequel est situé le poste de Saldé, passe au nord de l'île; le petit bras, celui du sud, s'appelle le marigot de Doué.

DAëré à Podor. — C'est sur la rive gauche de ce marigot, à peu près en face du milieu de l'île à Morfil, qu'a

1. Le mot morfi,l signifie ivoire et l'île à Morfil a été ainsi appelée à cause du grand nombre d'éléphants qu'on y rencontrait autrefois. Mais elle ne mérite plus son nom, car les grands animaux l'ont évacuée et se sont réfugiés dans le Ferlo, le Haut-Fleuve et le haut pays, des Rivières du Sud.

Afrique, i.

été construit le poste d'Aéré, tandis que celui de Podor se trouve beaucoup plus au nord, sur la rive gauche du grand bras, à l'extrémité occidentale de la même île.

Au nord de Podor, le Sénégal forme un autre marigot, celui de Morghen, qui se déverse dans le fleuve avant Dagana.

De Podor à Dagana. — Entre ces deux points, le cours du Sénégal est encore sinueux; un peu après Podor, on remarque les ruines du fortin de Niougel, et bientôt après, l'île de Laménayo, qui sert de refuge à des troupes d'hippopotames et disparaît sous le feuillage des grands arbres ou sous les hautes herbes; enfin, après avoir dépassé le marigot de Fanaye, on arrive à Dagana.

Ce poste est, comme le précédent, situé à l'extrémité de la province du Dimar ; mais, tandis que Podor commande le pays des Braknas, Dagana surveille celui des Trarzas, C'est en face de ce dernier point que se déversent dans le fleuve les eaux du lac Cayar; ce lac, d'une longueur d'environ 20 kilomètres, communique avec le Sénégal, à Test, par le marigot de Guédayo et le petit lac Yalana, devant le village même de Dagana, par les marigots de Sokham et de Térété, enfin dans la direction de Richard- Toll, par le marigot de Garak.

Sur toute cette partie du fleuve, les rives, d'abord un peu élevées, s'afl'aissent progressivement; elles sont toujours très boisées et un peu solitaires ^

1. La fin du jour en cette région offre un spectacle saisissant. Un peu avant que le soleil ne disparaisse, on voit, sur la rive gauche, de longs troupeaux de bœufs descendant lentement vers la rivière pour y boire, précédés ou suivis de leurs pâtres qui poussent des cris ou jettent des pierres pour effrayer les caïmans. En môme temps, avant de s'endormir, les oiseaux, les perroquets font entendre des cris nombreux; les singes sifflent de toutes leurs forces et se livrent à leurs derniers ébats; plus loin, les animaux de la forêt descendent à leuv^ tour sur la rive pour se désaltérer, et des bandes de pélicans, volant lourdement à la surface de l'eau, commencent à se livrer à leur pêche du soir.

SÉNÉGAL ET RIVIÈRES DU SUD. 67

De Dagana à Richard-TolL — Dès qu'on a dépassé Dagana, la rive gauche du fleuve se couvre peu à peu de champs de mil, que des gamins essayent de défendre contre les oiseaux en agitant des cordelettes munies de grelots, de chifïons, de clochettes, ou en lançant des cailloux au moyen de petites frondes. Les cultures de mil deviennent plus nombreuses au furet à mesure qu'on descend vers Richard-Toil ; on en remarque également sur la rive droite. Les deux postes étant fort rapprochés, les noirs et les Maures travaillent volontiers, car ils se sentent en parfaite sécurité et savent qu'aucun parti ennemi ne viendra brûler les cases, ruiner les plantations, voler la récolte ou enlever les troupeaux. C'est dans l'île de Todd, en face de laquelle les rives du fleuve commencent à s'abaisser, que furent tentées autrefois des cultures de coton, qui ne réussirent pas pour des causes diverses. Le poste de Richard-Toll, situé en aval, est placé à l'extrémité de la pointe formée par le Sénégal et la rivière de la Taouey, dans laquelle se déversent les eaux du lac de Guier et celles du marigot de Bounoun.

Le marigot de Bounoun, — Le marigot de Bounoun, qui a plus de 180 kilomètres de long, traverse tout le pays appelé désert de Bounoun ; il coule entre deux berges assez élevées (celle de droite principalement), arrose Yang- Yang, Mérinaghen, et se jette dans le lac de Guier. Il renferme quelques îlots, qui obstruent quelque peu son cours. Sur la gauche, au nord-est de Boudhi, se trouve l'une des curiosités du pays, le tmnarinier de Bounoun^ dont l'ombrage peut abriter environ 50 cavaliers rangés en bataille.

Le lac de Guier. — Malgré sa grande île de Djeban, le lac de Guier est si étendu que, pendant la saison sèche, il ne passe pas, comme les marigots, à l'état de marécage. Ses eaux sont très poissonneuses et ses rives couvertes de gibier; c'est surtout après l'hivernage que la chasse est la plus variée, car tous les animaux du désert semblent

se doQiier iv-ndez-vous sur ses bords et on y trouve à volonté des fauves, des éléphants, des bœufs sauvagrjs, des autruches, des lièvres, des passereaux, etc. La plus grande largeur du lac pendant Thivernage est de 11 kilomètres.

La Taotiey, — Le cours de la Taouey est tellement resserré en certains endroits que les canots ont à peine la place d'y manœuvrer; et les difficultés de la navigation sont encore augmentées par les nombreuses sinuosités de ce cours d'eau, ainsi que par les nasses on filets des pêcheurs indigènes. En droite ligne, la Taouey mesure une vingtaine de kilomètres; sur ses bords ont été également tentées, de 1820 à 1830, des cultures de coton et d'indigo.

De Richard Toll à Saint-Louis, — A partir de Richard- Toll, le Sénégal se dirige droit vers la mer, mais, un peu après l'île de Diakal, il tourne brusquement au sud, laissant sur sa droite deux marigots qui le font communiquer avec l'Océan, le marigot au Sel et celui des Maringouins.

Par suite de sa nouvelle direction, il forme avec la partie moyenne de son cours une sorte de potence dont les deux bras sont réunis par de nombreux marigots, dont le nombre et l'importance forme, avec le fleuve, ce qu'on appelle le Delta.

Le Delta. — En descendant vers Saint-Louis, le Sénégal baigne l'île de N'tieng, l'île de Thionq, l'île au Bois, l'île de Roup, l'île de Sor où se trouvent la gare du chemin de fer de Dakar et Bouëtville, l'île de Saint-Louis, où est bâti le chef-lieu de la colonie, l'île de Balagué et l'île de Sofal; sur sa droite, on remarque le marigot de Oualalan, qui le rejoint à la naissance de la langue de Barbarie. Les marigots les plus importants du Delta sont celui de Goroum, qui commence en amont de l'île de Diakal et finit en face de celle de Thionq. Celui de Lampsar, qui prend naissance à Diorayesur la rive gauche du marigot de Goroum

SÉNÉGAL ET RIVIÈRES DU SUD

et se termine au nord-est de Saint-Louis, celui de Menguy, qui dérive du marigot de Lampsar, traverse l'étang de Bombol et les marais salants de IN'Diaël pour finir au marigot des Fours à chaux.

Les îles formées par ces différents marigots sont Tîle Béquio, bornée en partie par le coude du fleuve, l'île Bifèche et rîle de Ross.

Le niveau du fleuve a des variations considérables: les crues atteignent parfois, en septembre et en octobre^ 12 à 15 mètres à Bakel, 9 à 10 à Matam, 6 à Podor et 3 à Zi à Dagana, diminuant ainsi au fur et à mesure qu'on approche de la mer. Comme le fleuve déborde dans des proportions énormes, les indigènes possèdent deux villages; l'un placé sur la rive est habité pendant la saison sèche, l'autre est bâti sur une hauteur voisine et ne sert que pendant l'hivernage lorsque les eaux du fleuve, débordant, inondent la plaine.

L'i langue de Barbarie. — En tournant brusquement vers le sud, le Sénégal coule pendant un certain temps parallèlement à la côte. La presqu'île qu'il forme ainsi et qui n'a parfois que quelques centaines de mètres de largeur, prend le nom de « langue de Barbarie ». Elle est en outre si basse et si phite, que bien souvent, lorsqu'un raz de marée se produit, les vagues passent au-dessus d'elle et vont se mêler aux eaux du fleuve.

La bârrë. — C'est à l'extrémité méridionale de la langue de Barbarie qu'est située l'embouchure du Sénégal, devant laquelle on peut voir le phénomène de la barre. Le mouvement alternatif des eaux du fleuve et des vagues de l'Océan qui se heurtent sans cesse, a formé au fond de la mer une sorte de bourrelet de terrain, qui produit un ressac assez violent pour faire courir de sérieux dangers aux embarcations et être un grave inconvénient à la navigation maritime, surtout pour les bâtiments à voiles. La ligne d'eau formée par ce ressac se nomme la barre. Très souvent, selon que l'embouchure du fleuve se déplace, elle

LES

se déplace elle-même^ Dans ces conditions, les pilotes, dont les navires ne peuvent se passer pour entrer, doivent recommencer sans cesse l'étude de l'embouchure du fleuve don la profondeur varie généralement de 3°^, 50 à Zi mètres'^.

Le Sénégal et le Nil.— En raison de ses inondations périodiques, on a bien souvent comparé le Sénégal au Nil et, sauf certaines restrictions, la comparaison est assez exacte. Mais il est bon de se rappeler que la terre d'Égypte, dont on vante la fertilité, n'a été rendue si féconde qu'au moyen des gigantesques travaux ordonnés par les Pharaons à une époque où ils disposaient à leur gré du temps et même de la vie de leurs sujets. Ajoutons cependant qu'aujourd'hui, si Ton n'a plus la main-d'œuvre à aussi bon compte qu'il y a 2 ou 3.000 ans, on a, pour l'exécution des grands travaux, des moyens d'action qui peuvent amener des résultats aussi importants sans nécessiter des frais trop considérables.

Un des hommes les plus distingués du corps des ingénieurs hydrographes, M. Bouquet de la Grye, membre de l'Institut, a profité d'un séjour au Sénégal pour faire une étude approfondie des moyens à employer pour améliorer le cours du fleuve. Mais son étude n'a pas eu seulement pour but d'examiner le moyen de donner à nos campagnes sénégalaises une fertilité semblable à celle de la vallée du Nil; M. Bouquet de la Grye s'est aussi préoccupé des conditions de la navigation et il estime à 35, à liO millions au maximum le total de la dépense à faire pour rendre le Sénégal accessible en tout temps, jusqu'à Bakel, aux navires d'un certain tonnage^.

1. Ces déplacements sont parfois considérables : ainsi, en 1856, la barre était à 3 kilomètres au sud de Saint-Louis; en 1870, elle en était à plus de 7 ; en 1887, elle en était à plus de 4 lieues.

2. Le chef de ce service du pilotage, dont le titre véritable est celui de capitaine de la harre^ a reçu des habitants du Sénégal le

sobriquet de Jean Barre^

3. Les passages difficiles, — Lorsque les eaux sont basses, les

SÉNÉGAL ET RIVIÈRES DU SUD

Lès marigots. — Pendant l'hivernage, les marigots débordent comme le fleuve et inondent une partie des contrées qui les avoisinent; mais, à la saison sèche, les eaux se retirent, laissant à découvert tout le pays, et les hautes herbes, dont on ne voyait que Textrémité brûlée et jaunie, laissent alors apparaître leur partie inférieure, d'un vert éclatant.

En général, le limon apporté par les eaux du fleuve au commencement de la saison de pluies n'est pas entraîné entièrement lorsque revient la saison sèche; une partie reste à l'état de dépôt sur le sol qu'il fertilise : l'autre partie, enlevée par les eaux qui se retirent, s'accumule peu à peu et forme une espèce de bourrelet qui s'oppose à l'écoulement total des eaux du marigot. Il se forme ainsi un marécage d'une certaine étendue qui ne peut se dessécher com.plètement, et la contrée devient alors nuisible par ses émanations malsaines.

avisos dépassent rarement Mafou, situé à l'est de Podorj d'ailleurs, à partir de ce point jusqu'à Bakel, la navigation est particulièrement difficile. Les passages les plus redoutés sont, en remontant le fleuve, ceux de Djoulbé-Dialé (25 cent, d'eau), de Bababé (60 cent.), de Foudé-Liman (95 cent.), d'Abdallah (40 cent.), de Diaranguel et

Guerrier du Nunez.

Le désert. — Lorsqu'on voit le mot désert sur les cartes de la Sénégambie, il ne faut pas en déduire que le pays auquel s'applique cette dénomination a quelque analogie avec son voisin le Sahara et se trouve dépourvu d'eau et de végétation.

Dans le bassin du Sénégal, ce qu'on appelle le désert est généralement une contrée couverte d'immens s forêts vierges, assez clairsemées et ne contenant que de rares habitants, — lorsqu'elles en ont. L'eau potable y fait ordinairement défaut, et les arbres n'y vivent que de l'eau de la pluie ; les quelques habitants qu'on y rencontre font usage de citernes, mais, dans certaines régions, ils peuvent

de Silsil (50 cent.), avant Saldé; de M'Bagne. de Beinabé (50 cent.), de Kaédi (45 cent.), d'Orénata (30 cent.), de Djiaoul (60 cent.), avant Matam ; de Garli, d'El-Hadji (ainsi appelé à cause du barrage dont il a été parlé au chapitre I, à propos d'El-Hadj-Omar) et de Tchiempen (30 cent.), de Gouriki (20 cent.), d'Ouaoundo (10 cent.), de Lobali (40 cent.), d'Adabéré et de Verina (celui-ci le plus mauvais de tous, 30 cent.), de Mondéri (20 cent.) et enfin de Guiavara (1 mètre, mais obstrué par des rochers) avant Bakel. On a cherché à améliorer la plupart de ces passages au moyen de barrages plus, ou moins bien établis.

La navigation à la cordelle. — Quelques semaines après que l'hivernage a pris fin, lorsque tous les marigots ont déversé leurs eaux dans le fleuve, le Sénégal n'est plus guère navigable pour les avisos que jusqu'à Podor; il n'y a plus alors que les chalands ou les petites embarcations qui peuvent dépasser ce point. Quand le niveau des eaux commence à baisser, il arrive très souvent qu'à partir de Podor, les bâtiments (avisos ou goélettes) sont obligés de marcher à la cordelle. Voici en quoi consiste cette opération que l'on a souvent confondue avec le halage. Quand il arrive à un endroit réputé difficile, le bateau s'arrête et met à l'eau un de ses canots muni d'une ancre de jet que celui-ci va poser dans le lit du fleuve aussi loin que possible de l'avant du bateau. Une fois l'ancre fixée, l'équipage tout entier tire sur la corde de cette ancre et fait alors avancer le navire. L'ancre est ensuite enlevée, fixée plus loin, et la même opération recommence, généralement accompagnée par les chants et la musique des griots, et interrompue seulement aux heures des repas ou à la nuit.

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creuser dans l'argile des puits artésiens de 10 à 12 mètres de profondeur.

Esquisse géologique. — Les rives du Sénégal n'offrent qu'un intérêt médiocre au géologue, auquel il faut remonter jusqu'à Médine pour trouver un terrain autre que les alluvions.

Ces alluvions couvrent toutes les parties inondées par le fleuve; elles s'étendent en outre sur la côt3 entre Saint- Louis et Rufisque, puis de Rufisque à la Gambie. A part ces alluvions, les trois espèces de terrains qu'on rencontre dans le bassin du Sénégal sont le terrain ardoisier, la roche volcanique et la latérite.

La roche volcanique n'apparaît qu'au cap Vert et à Gorée, et d'ailleurs cette île n'est elle-même qu'un rocher de basalte; il en est de même à Dakar et jusqu'à la pointe des Almadies. La latérite et le terrain ardoisier se partagent d'une manière à peu près égale toute la région comprise entre le cours du Sénégal, celui de la Gambie et la côte de Dakar à Saint-Louis. Ainsi le Oualo, le Dimar, le N'Diambour, le Djolof, le Cayor, le Baol, le Sine, le Saloum, le Rip, le Sangomar, le Niani et une partie du Ferlo ont un sol de latérite que recouvre un sable ti^ès fin. L'autre partie du Ferlo, le sud du Toro, celui du Fouta central, l'ouest du Damga et du Bondou appartiennent au contraire au terrain ardoisier, qui disparaît sous une argile assez forte. On voit ainsi, en allant de Thiès à Bakel, les sables (de nature argileuse) du Cayor faire place progressivement aux argiles compactes qu'on remarque dans le Bondou ^

1. Le terrain ardoisier se compose invariablement de quartz et de schiste, tandis que la latérite est une argile dense et durcie, d'une couleur rouge brique, renfermant des cristaux de quartz. La latérite donne une terre d'une fertilité merveilleuse; c'est elle qui constitue la plupart des terrains de culture de l'Hindoustan et de l'île de Geylan.

Le Saloum. — Le Saloum est navigable jusqu'à 90 milles de son embouchure; ses rives s'élèvent peu à peu et, après le confluent de la rivière du Sine, elles se couvrent d'épaisses forêts. Ses principales escales sont Foundioum et Kaolack (celle-ci à 108 kilomètres de la côte), placées sur la riv^e droite, et Fatik, baignée par la rivière du Sine, l'un des affluents du Saloum. Le bassin de ce fleuve secondaire est intermédiaire entre la région bâtarde du Sénégal et la région tropicale des Rivières du Sud; c'est une contrée très riche et très fertile, destinée à un grand avenir.

La Casamance. — Les sources de la Casamance ne sont pas encore connues, mais son bassin inférieur est recouvert d'une végétation splcndide, qui rappelle celle des contrées de l'Amérique centrale placées sous la même latitude.

Elle reçoit, à droite, la rivière de Songrogou, et ses principales escales sont Kolibanta, Sedhiou, Zighinchor et Carabane, Elle se jette dans la mer par une multitude de bras et l'un de ces derniers la fait communiquer avec l'embouchure de la Gambie. Devant Sedhiou (à 165 kilomètres de la côte), elle a encore environ un mille et demi de largeur (le mille est de 1.852 mètres); à Zighinchor, les bâtiments peuvent borraquer avec 7 mètres d'eau. La navigation de ce fleuve est facile, sauf vers la mer, où son entrée a besoin d'être améliorée.

Rivières du Sud : le Compony ou Cogon. — C'est à un officier fort distingué, le capitaine Brosselard, délégué français de la Commission de délimitation des frontières de la Guinée portugaise, que nous devons de connaître l'importance du Compony. Pendant la durée de sa mission, il a en grande partie reconnu le cours de ce fleuve, sur lequel on n'avait encore aucun renseignement. Il a signalé à l'attention du gouvernement la belle escale de Kandiafara, située à 80 kilomètres dans l'intérieur, au milieu d'un pays riche et peuplé; en face de cette escale, le fleuve a 2.000 mètres de large, 9 mètres de profondeur, et

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les bâtiments peuvent accoster avec Zi ou 5 mètres d'eau. Comme celle de la Casamance, l'entrée du Cogon est assez dfficile, mais elle pourra être améliorée sans dépenses considérables.

Le Nunez. — Ce nom est celui du premier navigateur qui pénétra dans le fleuve; il y périt dans un combat contre les noirs.

L'embouchure du Nunez est large d'environ 7 kilomètres et les grands navires peuvent remonter jusqu'à 60 kilomètres de la côte. La marée y est très forte ; elle y atteint parfois 7 mètres. La principale escale est Boké (à /i5 milles de la mer), située au sommet d'un promontoire d'environ 200 mètres de hauteur ^

Le Pongo. — Les différents bras de l'embouchure du Pongo, située après le cap Yerga, sont presque tous obstrués par de3 barres de sable, qui rendent l'entrée du fleuve très difficile. Au delà de ces barres, la profondeur du Pongo est assez grande; en remontant son cours, on trouve, à quelque distance du littoral, le poste de Boffa qui commande tout le fleuve. La navigation dans les bras du delta est particulièrement pittoresque : on avance, presque sans interruption, sous des voûtes de verdure.

La Dubréka. — C'est dans la baie de Sangaréah que se jette la Dubréka ouKonkouray, l'une des plus importantes Rivières du Sud. Dans cette même baie se trouve un certain nombre d'îles parmi lesquelles on remarque celle de Toumbo, où s'élève le poste de Konakry.

Le cours de la Dubréka n'est pas entièrement connu ; on n'en a encore exploré que la partie supérieure et le bassin inférieur. C'est dans ce dernier que s'élève le mont Kakulima (800 mètres), dont aucun Européen n'a encore fait l'ascension; cette ascension est d'ailleurs, disent les

1. C'est de Boké^ ou plutôt de Kakondy qui en est voisin, qu'un illustre explorateur français, René Caillié, trop oublié aujourd'hui, partit pour son grand voyage à travers le Soudan et le Sahara.

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noirs, interdite aux blancs par un fétiche. Tout ce bassin est très accidenté, très pittoresque et d'une fertilité extrême; il est également très peuplé. 11 pénètre assez avant dans le Fouta-Diallon, dont les habitants viennent sans cesse à la côte en suivant un chemin qui les mène en vue de Konakry.

La Mellacorée. — La Mellacorée est plutôt un large estuaire qu'un fleuve proprement dit; elle est due à la réunion de plusieurs rivières secondaires, comme la Manéah, la Morébaïah, la Forécariah, laTannah, qui communiquent entre elles par un bras transversal et forment un delta important.

La Mellacorée est le centre d'une région très commerciale et d'un pays entièrement exploré; malheureusement l'agitation constante des populations indigènes a empêché jusqu'ici tout trafic sérieux.

Toutes les Rivières du Sud appartiennent, comme on l'a dit plus haut, à la région des forêts. La végétation, qui y est magnifique, envahit tout, et le sol, d'abord assez bas et couvert de mangliers ou de palétuviers, s'élève rapidement, d'abord en pente douce, puis en gradins successifs, jusqu'au massif du Fouta-Diallon.

Faune. — La faune de la Sén(^gambie est extrêmement riche; mais, à défaut d'une nomenclature complète qui serait beaucoup trop longue à exposer ici, nous nous bornerons à citer les principales espèces d'animaux.

Le lion existe dans ces contrées ; mais il est assez rare. On le rencontre généralement dans les forêts de la rive droite du fleuve, entre l'île à Morfil et Bakel ; on le trouve aussi dans le Fouta-Diallon et le désert de Ferlo. Quoiqu'il ne porte pas de crinière comme celui de l'Atlas, il est aussi fort que ce dernier. Les autres carnassiers sont la panthère (très commune dans les Rivières du Sud), le léopard, le guépard, le chat-tigre, le lynx, l'hyène. et le chacal.

L'éléphant ne s'approche plus des lieux habités et ne se

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rencontre guère que dans les forêts de Bounoun et du Ferlo, ou vers le Haut-fleuve. Il devient d'ailleurs de plus en plus rare et il serait indispensable d'essayer, au lieu de le détruire, de le domestiquer, comme on le fait aux Indes ou en extrême Orient; notre colonie du Sénégal y trouverait certainement un sérieux avantage. L'hippopotame se rencontre fréquemment, surtout dans les Rivières 'du Sud; mais, contrairement à la croyance générale, il se défend fort bien et poursuit parfois son agresseur. La girafe existe aussi dans ces mêmes contrées et dans la partie méridionale du Ferlo; le bœuf sauvage, l'antilope, la gazelle, la biche, le sanglier, le lièvre, le lapin, le rat volant de Daubenton et le rat ordinaire se trouvent à peu près partout. N'oublions pas le singe, dont il existe plusieurs espèces; les plus communes sont celles qui portent les noms de chimpanzé, singe noir, singe vert, célobe, papion, cériopithèque. Ces animaux s'apprivoisent facilement et, il y a une quinzaine d'années, des soldats d'infanterie de marine qui tenaient garnison à Dakar possédaient un chimpanzé auquel ils avaient appris à balayer, à laver les gamelles, à pomper et à porter des paquets ou des fardeaux. Les chiens indigènes sont en petit nombre; quant à ceux d'Europe, qu'on a importés dans le pays, ils perdent l'odorat et ne tardent pas à mourir d'anémie.

L'autruche n'est pas rare; on commence à la domestiquer et il serait à désirer que le gouvernement de la colonie cherchât à encourager cette industrie dont les revenus pourraient être fort appréciables. Les oiseaux sont en quantités innombrables dans le voisinage des marigots et dans les forêts. Presque tous sont recherchés pour leurs plumes, quelques-uns seulement pour leur chair. Les plus communs sont le marabout, la cigogne, le griot, le cardinal, la veuve, le passereau ou mange-mil, le bec-d'argent, le bec-de-corail, le cordon bleu, etc., enfin la perruche, très redoutée du cultivateur à cause des dégâts qu'elle cause dans les plantations.

Les reptiles ou sauriens qu'on est exposé à rencontrer le plus fréquemment sont le caïman (espèces verte et noire), le guairal, le lézard-varan (qu'on ne rencontre ensuite que sur le Nil), le caméléon, le python, très commun dans les Rivières du Sud, le petit boa (dit du Sahara), le corail, la naja, le céraste ou vipère cornue, enfin le crapaud et la grenouille.

Le monde des eaux n'offre rien de particulier. Il existe cependant, dans un certain nombre de cours d'eau de la Côte occidentale, un poisson comestible, appelé le capitaine. Il y a aussi quelques lamantins, qui sont fort rares et habitent, dit-on, les eaux du Delta.' En mer, on trouve, comme toujours, le requin, le marsouin et tous les poissons de rOcéan. Signalons, néanmoins, des bancs énormes de morue ou d'autres poissons dans la baie d^Arguin.

Flore. — Les principales espèces d'arbres du Sénégal sont :

Vacacia (de toutes les espèces), qui donne la gomme et qui pousse dans tout le Sahara et le Ferlo en massifs clairsemés; — le baobab^ arbre gigantesque, qui existe dans tout le bassin du Sénégal j — le fromager et le benténier, qui sont également de haute taille et forment, en certains points, au poste de Sedhiou par exemple, des avenues d'un aspect majestueux; — le cailcédrat, qui donne également de la gomme; — le palétuvier et le manglier, qui n'existent que sur la côte, dans les endroits marécageux; — la houUe, arbre sacré, dont on fait griller les graines qui ont quelque analogie avec celles du caféier; — le méli (ou détar)^ dont les nègres se nourrissent; — le gommier-copal (red-gum african des Anglais); — le kola, dont les noix se vendent à Corée et en Gambie ; — le kewer^ dont on fait usage pour la lessive; — le carapa^ de la noix duquel on extrait une espèce d'huile solide, dite huile de touloucouna; — le palmier^ représenté par le dattier, qui se trouve surtout sur la rive droite du fleuve, le cocotier y qui vit sur la côte, et le rônier, qui existe partout; — Vavicennia, très abondant près des cours d'eau ; — enfin^ le bambou de petite taille, le manguier, le calebassier, le bananier, etc.

Il convient enfin de citer, parmi les principales espèces d'arbustes et de plantes :

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Le coton, qui pousse naturellement dans certaines parties de la colonie; — le ricin, qui, en ces contrées (comme dans le Sahara) devient arborescent; — la pourguère, qui donne de l'huile à brûler;

— le sésame, qui donne également de l'huile; — le tabac, qui se trouve à l'état sauvage dans le bassin de la Casamance; — le caoutchouc, qui provient d'une liane; — le fafelone {calotropis procera),

— la vigne; — V igname ; — le gingembre ; — le sorgho; — le 7Hz ;

— le maïs; — le 7nil — et Varachide.

Races indigènes. — Les indigènes qui habitent la colonie du Sénégal appartiennent, les uns à la race blanche, les autres à la race ngire.

Les Maures, — Les blancs, Arabes ou Berbères, habitent tous la rive droite du fleuve ou la côte d'Arguin. Us y constituent de vastes tribus maures, qui vivent à Pélat nomade, cheminant de point en point, tantôt chassant, tantôt allant faire du commerce. Ils descendent de Berbères Zénaga, qui ont donné leur nom au fleuve le Sénégal et ont fondé dans le nord le grand empire des Aîmoravides; depuis cette époque, ils se sont croisés avec des Arabes et ont ainsi formé les Maures actuels. Ceux-ci se divisent généralement en deux castes, dont la première comprend : les Marabouts ou gens de religion, et les Hassan ou gens de cheval. La seconde est celle des Lahmé, très méprisée de la première.

Les Maures du Sénégal, qui se partagent en trois grandes tribus, les Trarzas au nord du Oualo, les Braknas au nord du Dimar et du Fouta, et les Douaich, au nord-est du Damga, ne sont pas tous blancs et beaucoup d'entre eux sont noirs ou métissés. Ceux-ci s'engagent volontiers dans nos tirailleurs et sont d'un courage extraordinaire; ils ont reçu des Maures le nom deHaratins, et des noirs du Sénégal, celui de Porognes.

Il existe une seule petite tribu maure sur la rive gauche du fleuve^ à Touest du lac de Guier : ce sont les Dakalifa qui, au moment où nous refoulions leurs compatriotes vers le Nord^ ont préféré devenir nos sujets et rester sur le territoire qu'ils occupaient.

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Au milieu des principales tribus maures, existent un certain nombre de tribus arabes ou berbères, telles que les Ouled-el-Hadj, les Ouled-Mahmoud, les Ouled-Nacer et enfin les Ouled-Embarck, qui sont les plus habiles cavaliers du Sahara.

Les Peulhs, — Il existe, entre la race blanche et la race noire, une race intermédiaire qu'on appelle la race peulhe.

Les Peulhs sont d'un brun rougeâtre ; leurs cheveux sont à peine crépus et leurs traits sont presque européens.

On les nomme également Pouls, Foulas, Foulbés, Foullahs ou Fellahs et l'on croit que cette race a quelque parenté avec celle des Égyptiens actuels (d'où leur nom de Fellah ou Foula). Ce sont les premiers noirs qui se soient convertis à l'islamisme et, de même qu'on les avait convertis à main armée, de même ils ont, à leur tour, employé la force pour obliger d'autres peuplades à ee faire musulmanes.

Notre arrivée dans leur pays les a obligés de cesser cette propagande violente et nous avons tout intérêt à diminuer, autant que nous le pourrons, leur influence et leur autorité. Ils occupent d'importants États tels que le Macina, le Fouta sénégalais et une partie du Fouta-Diallon.

De même que les Arabes, ils sont à la fois pasteurs et guerriers; ils ont un soin tout spécial des troupeaux. En campagne, ils excellent à faire des razzias. - Leur langage, très harmonieux, a, dit le général Faidherbe, quelque ressemblance avec l'italien. Les mœurs sont hospitalières et douces; mais ils sont enclins au vol.

Au lieu d'avoir la tête rasée, ils tressent leurs cheveux, et leurs femmes portent une coiffure en forme de casque, ornée de perles de verre, de boules de corail ou d'ambre, et recouvert d'un voile de mousseline.

De même que tous les peuples pasteurs, les Peulhs vivent surtout du laitage de leurs troupeaux.

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Les Toucouleurs, — Le mélange des Peulhs avec les indigènes des diverses races noires a produit une race bâtarde, appelée la race toucouleur.

Des Peulhs dont ils descendent, les Toucouleurs n'ont pris que les défauts, en les accentuant. Ils sont faux, arrogants, cruels, peu scrupuleux et, de plus, très fanatiques.

Une factorerie sur le Konkouray (Dubréka).

Leur seule qualité morale est la haine de l'esclavage, auquel ils préfèrent la mort. Ils occupent une partie du Fouta-Diallon, du Bondou et le t'outa sénégalais. C'est à cette race qu'appartenait El-Hadj-Omar.

Ils sont essentiellement cultivateurs; c'est en partie entre leurs mains que se trouve concentrée la culture du mil, nourriture principale des indigènes de ces contrées, et, chaque année, ils ont une fête où ils célèbrent les bienfaits de l'agriculture.

Ils se livrent également à la pêche, s'habillent comme Afrique, i. 6

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les noirs, se nourrissent comme les Ouolofs et ont des esclaves. Quelques-uns d'entre eux viennent dans les villes de la côte s'engager comme laptots ou comme manœuvres, et les ouvriers des fours à chaux et des briqueteries se recrutent presque exclusivement parmi eux. Les races noires. — La race noire comprend ^ : 1® Les Ouolofs-Sérères (ou Yoloffs), qui occupent tout le Oualo, le Cayor, le Baol, le Sine, le Saloum et le Ferlo ;

2^* Les Volas (ou Diiiolas), Balanles, Félons et Bagnouns, qui habitent les rives de la Gasamance ;

S"* Les Nalous, qu'on trouve dans le bassin du Gompony et dans une partie de celui du Nunez ;

Zi'' Les Landoimans, qui sont dans le Nunez;

5o Les Bagas, qui habitent le Nunez et le Pongo;

6« Enfin les Somoiis^ qui occupent les bassins de la Dubréka et de la Mellacorée.

Les Ouolofs. — Les Ouolofs sont les véritables Séaégalais; ce sont les indigènes les plus baaux et les plus noirs de toute l'Afrique.

Leurs villages n'offrent aucune symétrie; leurs cases, construites en paillettes ayant la forme d'une ruche, sont groupées au hasard ; le foyer de ces habitations est placé au centre et la fumée s'échappe par une ouverture pratiquée dans le toit. Près des villes, les Ouolofs riches qui habitent des paillettes ont un certain luxe et il n'est pas rare de trouver dans leurs cases des meubles à l'européenne, lit, armoires, tables, sièges, glaces, et par suite un certain confort. Les autres noirs n'ont que des nattes, des coffres de bois, des calebasses et quelques ustensiles de cuisine très primitifs.

Le vêtement qu'ils portent est très simple : d'abord un

1. 11 y a d'autres races noires, la race mandingue et la race soninké; mais ces races habitent plutôt le Haut-Fleuve et le Niger. Il en sera reparlé dans le fascicule relatif au Soudau français.

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pantalon ou toubé^ qui tient à la ceiature au moyen d'une coulisse et ne dépasse pas le genou, ensuite une sorte de chemise descendant jusqu'aux mollets et appelée boubou. Le costume des femmes est à peu près le même, le toubé étant seulement remplacé par le piadale, espèce de jupon en étoffe qui s'enroule autour de la ceinture et des hanches. Les hommes vont la tête rasée et nue, tandis que les femmes s'enveloppent les cheveux d'un mouchoir de couleur.

Leur nourriture se compose invariablement de poisson de mer ou d'eau douce, de couscous (provenant du mil], enfin, en moindre quantité, de lait, de haricots indigènes dits niébés, de riz, de viande, d'oignons et de tomates.

La hiérarchie sociale des Ouolofs comprend plusieurs échelons: après l'aristocratie des gens libres, il en est une autre, assez bizarrement définie, provenant, dit-on dans le pays, du mariage de revenants avec des femmes vivantes; ensuite viennent les ouvriers, tanneurs, bijoutiers, forgerons, tisserands, etc., puis les griots et enfin les esclaves.

Les griots, qu'on retrouve chez toutes les peuplades du ba-sin du Sénégal et du Niger, sont des êtres méprisés et méprisables parce que, disent les indigènes, ils louent et glorifient celui qui les paye. Ils ont en effet quelques traits de ressemblance avec nos troubadours du moyen âge; comme eux, ils chaatent et jouent de la musique, célèbrent les hauts faits d'un roi ou d'un peuple et suivent leurs compatriotes à la guerre pour les exciter au combat. Mais ils sont sédentaires, ne quittent pas la tribu qui lésa vus naître et exercent en outre un pouvoir quasi-religieux. Ce sont eux en effet qui vendent les amulettes, dites grisqriSy lesquelles doivent préserver du mauvais sort le noir qui les leur achète. Aussi voit-on les nègres parfois surchargés outre mesure de ces amulettes, tandis que, de leur côté, les griots s'enrichissent à ce commerce! Chaque roi ou chef indigène attache à sa personne un griot, qui parvient quelquefois, s'il est intelligent et adroit, à acquérir

une grande influence sur son maître; dans certaines tribus, le premier soin des Européens est de se concilier, au moyen de nombreux présents, le griot du principal chef, afin de se rendre ce dernier plus favorable.

Ces griots, à leur mort, ne sont point enterrés comme les autres nègres ; leurs corps sont placés dans des troncs creux de baobabs, où parfois ils se momifient, mais où, la plupart du temps, les oiseaux de proie viennent les déchirer.

Les esclaves se divisent en deux catégories distinctes : les esclaves de case et les captifs ordinaires. Ces derniers passent d'un maître à un autre, servant parfois de monnaie dans les échanges; Tesclave de ca^e, au contraire, est traité comme un membre de la famille et n'est vendu que dans le cas d'absolue nécessité ; quelquefois il a lui-même des captifs qu'il a achetés, car il peut avoir un bien personnel et occuper même, s'il appartient à un roi, Tune des charges de l'État.

Les individus de castes différentes ne s'allient point entre eux. Mais, quelle que soit la classe à laquelle elle appartient, la femme a toujours une condition des plus misérables; à elle incombent les soucis du ménage, le soin des enfants, le transport des fardeaux et les travaux pénibles.

Les Ouolofs sont en général mahométans sans être fanatiques; ils sont presque tous musulmans à Saint-Louis, dans le Oualo et dans le Cayor, tandis qu'à Corée, Dakar et Rufisque, c'est-à-dire là où se trouvent le plus grand nombre de missions catholiques, on en rencontre qui sont chrétiens.

Ils sont doux, apathiques, vaniteux, imprévoyants et dissipent volontiers en quelques jours leur gain d'une année; ils ressemblent en cela à certain personnage de comédie qui travaillait et se privait de tout pendant onze mois, puis dissipait pendant le douzième mois tout ce qu'il avait économisé depuis le commencement de l'année,

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menant ainsi pendant trente jours la vie à grandes guides.

Les femmes esclaves sont de même coquettes et vaniteuses; mais, depuis un certain nombre d'années déjà, une partie d'entre elles, pensant à l'avenir des enfants, ont commencé à mettre quelque argent côté et ont ainsi obligé leurs maris à travailler régulièrement.

C'est parmi les Ouolofs que les Européens recrutent principalementles ouvriers d'art : charpentiers, menuisiers, maçons, forgerons et môme mécaniciens; ils excellent en tous ces genres. Ils sont également d'admirables soldats et de très bons matelots ; les laptots du fleuve sont, en grande partie, des Ouolofs.

La plupart des enfants et des jeunes gens élevés dans les villes et dans leurs banlieues comprennent le français, qu'ils ont appris le plus souvent aux écoles des missions.

La race sérère n'est qu'une variante de la race ouolof.

Ouolofs et Sérères sont gouvernés par des rois qui prènnent des noms divers. Seul, le souverain du O.ualo, qui portait le titre de brack, n'existe plus, ses États ayant été définitivement annexés à la colonie. Les autres sont le damel du Cayor, le teigne du Baol, le bou7' du Sine et le bour du Saloum.

L'investiture de ces grands chefs donnait jadis et donne encore lieu à des cérémonies spéciales.

Ainsi le brack du Oualo devait entrer dans le fleuve, saisir un poisson à la main et le montrer à la multitude en promesse de pêches abondantes. De même, le damel du Cayor, le jour de son élection, reçoit un vase contenant une poignée de graines de toutes les plantes qui croissent dans le pays, ce qui signifie que de lui dépend désormais la prospérité des cultures; il doit, en outre, passer huit jours dans un bois sacré afin de se préparer à la haute mission qu'il va remplir.

La race ouolof-sérère est une de celles que nous devons favoriser le plus dans notre colonie du Sénégal. Les indigènes qui la composent ont, en général, de l'intelli-

gence, une certaine ardeur au travail et l'esprit suffisamment ouvert pour comprendre l'intérêt qu'ils ont à voir leur pays prospérer entre Jes mains des Européens. Ils les y aident d'ailleurs de tout leur pouvoir; en outre, ils sont reconnaissanls et dévoués envers les maîtres qui les emploient et qui sont bons et justes pour eux. Le chemin de fer du Cayor les a tout d'abord étonnés, puis ils en ont compris les bienfaits et, en quelques mois, toute cette contrée, qui était à peine cultivée, s'est couverte de cultures d'arachides. De leur côté, les Sérères du Sine et du Saloum, se sentant en sécurité à l'abri de nos postes, se sont également livrés à l'agriculture et, aujourd'hui, le bassin du Saloum est l'un des plus riches de la contrée : malheureusement, il manque de voies de communication.

Les DniOLAs. — Les Volas (ou Dhiolas) habitent les bords de la basse Gasamance; ils sont fétichistes, se tatouent le corps et font principalement usage de la chair du chien comme nourriture: ils se distinguent faci'ement à leurs lèvres épaisses et à leur ventre proéminent.

Les Balaiites et les Félons, qui vivent entre Carabane et Sedhiou, étaient autrefois de grands chasseurs d'esclaves; ce ne sont plus maintenant que des races dégradées et misérables; il n'en est pas de même des Bagnouns qui sont des travailleurs si acharnés, qu'ils n'ont jamais voulu avoir d'esclaves; leur honnêteté est proverbiale. C'est de toutes les tribus de la Gasamance celle que nous devons essayer de développer davantage.

Dans les autres Rivières du Sud, les principales tribus indigènes sont :

l'' Les Sagas, qui vivent sur les bords de la rivière Nunez; généralement vêtus, ils portent au nez et aux oreilles des ornements en cuivre ou en paille; les femmes, au contraire, vont presque nuesets*occupent de fabriquer des poteries ; les hommes sont pacifiques et se livrent à la culture ;

2^ Les Landoumans et les Nalous qui habitent entre le Nunez et le Pongo; ces derniers sont musulmans, les autres

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commencent à être converiis, un peu par la force, par les Peulhs qui descendent du Foata-Diallon ; ils s'occupent d'agriculture;

3'^ Enfin les Soiisous, qui vivent dans la Dubréka et sur les bords de la Mellacorée; ces indigènes, assez nombreux, ont un type qui se rapproche beaucoup de celui des populations du Haut-Niger; leurs femmes sont excessivement coquettes; elles aiment surtout se livrer à des danses où les groupes qu'elles forment et les poses qu'elles prennent en se servant des étoftes accessoires de leur costume, écharpes et mouchoirs, donnent parfois rillusion de nos ballets européens; les Sousous sont particulièrement polis, respectueux les uns envers les autres, surtout envers les vieillards; ils appartiennent à des religions diverses, catholiques, protestants, musulmans ou fétichistes; mais ils en entremêlent souvent les pratiques et l'on ne doit pas s'étonner d'y voir des mahométans qui portent des scapulaires, des fétichistes qui s'abstiennent scrupuleusement de travailler le dimanche et des chrétiens qui célèbrent le ramadan.

Les signars. •— Disons enfin, en terminant ce chapitre, quelques mots de la race mulâtre du Sénégal. Les individus provenant du croisement d'un blanc avec une négresse (le contraire est excessivement rare) ont formé, à Saint-Louis particulièrement, une classe spéciale, appelée la classe signare.

Maures Trarzas.

Le général Faidherbe, dans son dernier ouvrage sur le Sénégal^ s'en est occupé assez longuement à diverses reprises. Nous résumons ici ce qu'il en dit.

Les signars sont presque tous des négociants ; ce sont eux qui représentent les maisons de commerce européennes le long du fleuve, mais ils ne se privent pas d'opérer pour leur propre compte, réalisant ainsi des bénéfices considérables. Aussi ils verront toujours d'un mauvais œil tout essai d'amélioration des communications de la colonie — chemin de fer, route de pénétration ou navigabilité permanente du fleuve — qui risquerait d'amener dans l'intérieur du pays les Européens, lesquels, par leur seule présence, leur feraient concurrence ou les supplanteraient, et réduiraient ainsi d'une façon notable les bénéfices considérables qu'ils réalisent aujourd'hui par euxmêmes.

Les femmes signares sont excessivement jolies; c'est parmi elles que se recrute principalement'le personnel du demi-monde sénégalais. Jadis il existait à Saint-Louis des ménages temporaires entre blancs et signares ; c'est ce qu'on appelait les mariages à la mode de Saint- Louis. Pendant le temps de son séjour au Sénégal, le blanc avait ainsi un ménage à demi reconnu par la loi, puisque les enfants qui en provenaient avaient un droit d'héritage : il était également reconnu par l'opinion, à tel point que, jusqu'à la fin de la première moitié de ce siècle, il était d'usage que le « dîner de noces » de ces sortes d'unions fût présidé par un prêtre catholique. La fidélité des femmes signares est légendaire, et l'on ne cite que quelques exceptions très rares.

Place du Gouvernement à Saint-Louis.

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