‹ Les colonies françaises; (volume 4)Chapitre 12 sur 30 · CHAPITRE IV Économie politique et sociale · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV Économie politique et sociale

climat. — Caractère général. — Saison sèche. — Saison des pluies. — Maladies.

— épidémies. — Maladies des indigènes. — Hygiène : habitations; repas et alimentation; vêlements ; recommandations diverses. — Richesses naturelles. — Mil, — Arachide. — Gomme. — Riz, maïs, plantes vivrières. — Coton, tabac, café, graines oléagineuses. — Caoutchouc. — Bois. — Considérations générales sur l'agriculture. — Animaux domestiques. — Pèche.

— Industrie. — Régime du travail. — Commerce. — Taxes et droits. — Navigation. — Moyens de communication : par terre ; par eau ; /jcir mer avec l'Europe; prix du fret; passages. — Communications télégraphiques,

— Conclusion,

Climat; caractère général. — Comme dans toutes les régions tropicales, Tannée se divise en saison sèche et saison des pluies; mais, comme la Sénégambie appartient à une zone intermédiaire entre la région saharienne et la région des forêts, on retrouve dans chacune des saisons de cette contrée divers caractères du climat des autres con-

trées africaines. On y remarque, par exemple, des phénomènes qui ne se produisent que dans la région des forêts, les tornades, les pluies fortes et fréquentes, mais on y constate également certains signes particuliers à la région désertique, tels que des chaleurs excessives pendant la journée, puis un abaissement assez sensible de la température durant la nuit.

Saison sèche. — La saison sèche, ou saison fraîche, est de beaucoup la plus agréable, sauf pendant le vent d'est. Elle dure environ six mois, de décembre aux derniers jours de mai. C'est l'époque où les arbres perdent leurs feuilles, où les herbes se dessèchent, où le sol prend un aspect aride, où les buissons et les taillis conservent une verdure poudreuse, rappelant celle que présente en juillet et en août les haies de certaines de nos routes de France les plus fréquentées. Le ciel est constamment pur et sans nuages et c'est tout at plus s'il tombe un peu d'eau pendant quelques jours, en janvier ou en février.

La température c st variable sur la côte ; elle est, le matin et le soir, de 11 à 12 degrés seulement; mais, quand le soleil paraît, elle s'élève graduellement jusqu'à 30, 32 et même 35 degrés à l'ombre. Dans l'intérieur, elle ne descend pas au-dessous de 15 degrés, et atteint, pendant le jour, 36, 38 et même ZiO degrés. Elle est particulièrement chaude vers la fin de la saison, quand la terre est, depuis longtemps déjà, échauffée par le soleil.

Le vent qui vient du désert est le vent d'est ou harmattan. Quand il arrive au Sénégal après avoir traversé d'immenses étendues de sable surchauffé, il produit une élévation considérable de la température. Son effet est le même que celui du khamsine sur la côte orientale (àObock par exemple) ou du sirocco sur la côte septentrionale (Algérie-Tunisie, littoral méditerranéen). Le thermomètre monte alors jusqu'à 38 ou /iO degrés; dans l'intérieur, il est de 2 ou 3 degrés plus élevé; enfin, à Podor, réputé le point le plus chaud de la Sénégambie, parce qu'il est situé

SÉNÉGAL ET RIVIÈRKS DU SUD

sur la limite même du Sahara, il atteint Zi5 et même Zi6 degrés; c'est la température la plus élevée observée jusqu'ici ^ Ce vent entraîne avec lui des tourbillons de sable, qui dessèchent la gorge et brûlent la peau et les yeux: il est d'autant plus désagréable qu'il survient toujours dans l'après-midi, au moment où la chaleur est déjà forte. Pour s'en préserver, le mieux est de rentrer chez soi et de s'y enfermer; si l'on peut arroser le sol de l'habitation, surtout avant l'apparition de ce vent, qui est assez régulière, on obtiendra une tempé»'ature de 10 à 12 degrés moins élevée que la température constatée au dehors, à l'ombre.

Ce vent a pourtant une action bienfaisante, car il dessèche et, par suite, as^ainit les parties du sol que les pluies ou l'inondation ont, à la fin de chaque hivernage, transformées en marécages.

La saison sèche, la plus favorable à l'Européen, est celle que les négociants choisissent pour inspecter leurs comptoirs; c'est également celle qui convient aux voyageurs désireux de visiter la Sénégambie : le meilleur moment pour les uns et pour les autres est la période comprise entre le 15 janvier et le 1^^ mai (ou le 15 avril pour l'intérieur).

Saison des pluies. — La saison des pluies, ou hivernage, commence à la fin de mai ou dans les premiers jours de juin et dure jusqu'à la fin de novembre. Les premières ondées ne sont pas très abondantes, mais, vers le milieu de juillet jusqu'à la fin d'août, elles deviennent de plus en plus fortes et de plus en plus fréquentes; elles décroissent alors pour redevenir en septembre ce qu'elles étaient en juillet et en octobre ce qu'elles étaient en juin; elles disparaissent complètement en novembre.

1. On voit, d'après cela, combien est fausse la légende répandue depuis de longues années en France par les fabricants de thermomètres, lesquels ont soin d'inscrire sur ces instruments en regard du cran noir qui marque 50 degrés centigrades : température du Sénégal.

Les pluies sont presque toujours accompagnées de tornades, c'est-à-dire de forts coups de vent accompagnés de tonnerre et d'éclairs; ces tornades ont quelque analogie avec les bourrasques qui se produisent parfois en France pendant l'été, mais elles sont plus violentes que ces dernières et ont une marche plus rapide

Pendant l'hivernage, l'humidité est constante et le thermomètre n'a pas de variations aussi sensibles que durant la saison sèche; mais la température est plus élevée. Sur la côte, le thermomètre marque 27, 28 et même 30 degrés (à l'ombre); dans l'intérieur, il y a i à 2 degrés de plus. C'est également à cette époque que se produit la crue des eaux du Sénégal, qui atteint son maximum (comme les pluies) vers la fin du mois d'août. Le fleuve déborde et couvre tout le pays environnant sur une largeur qui s'étend parfois jusqu'à 10 ou 12 kilomètres. Les marigots se remplissent et la plupart d'entre eux deviennent navigables. De septembre à novembre, le niveau du fleuve baisse et les terrains inondés restent à découvert, laissant apparaître à leur surface un limon très favorable à la culture, mais qui, en se desséchant, répand des miasmes telluriques fort nuisibles à la santé. Pendant que ses eaux sont hautes, c'est-à-dire pendant quatre mois, le Sénégal est navigable un peu au delà de Médine, jusqu'aux cataractes du Félou, à plus de 1 . 000 kilomètres de son embouchure. La hauteur des eaux varie selon les escales : à Bakel, elle est de 15 mètres au-dessus de l'étiage; à Matam, de plus de 9 mètres; à Podor, d'environ 6 mètres; à Dagana, de Zi à 5 mètres tout au plus.

Maladies. — Le proverbe sénégalais : « La chute des feuilles du baobab ^ c'est la mort des noirs; la pousse des

1. Les observations météorologiques indiquent pour la bourrasque de France une vitesse de 12 à 13 mètres à la seconde et, pour la tornade du Sénégal, une vitesse de 17 à 18 mètres; quant à l'ouragan (ou cyclone), il atteint jusqu'à 40, 45, et même 50 mètres à la seconde.

SÉNÉGAL ET RIVIÈRES DU SUD

feuilles, c'est la mort des blancs >> indique que la saison sèche est fatale aux indigènes et Tliivernage mauvais pour les Européens. C'est qu'en effet les noirs supportent mieux la saison des pluies, pendant laquelle les variations de la température sont moins sensibles pour eux que pendant la saison sèche; au contraire, durant l'hivernage, l'Européen supporte moins bien l'air devenu lourd, humide et chargé d'électricité; il est facilement atteint d'anémie ou de fièvre et ne peut rester indemne durant cette saison qu'en observant une hygiène sévère et en jouissant d'un certain bien-être ^

Les maladies les plus communes sont : la fièvre ordinaire, la fièvre paludéenne et la dysenterie (cette dernière est loin d'être aussi tenace que celle de Cochinchine). La fièvre paludéenne est celle qui fait le plus de victimes; les marigots, si nombreux au Sénégal, sont la source des miasmes tellurîques et, tant qu'on n'aura pas aménagé le cours du fleuve, il sera difficile d'arriver à les drainer ou à les faire disparaître. Un tel travail ne peut, à l'heure actuelle, être entrepris que hors du bassin même du fleuve, à Dakar et à Rufisque par exemple.

Les autres fièvres ne proviennent pas toutes du climat du pays; elles sont plutôt causées par le changement de latitude et le passage d'une région tempérée à une région tropicale. On ne parvient à les éviter qu'avec une hygiène absolue.

Il ne suffit pas d'avoir été malade dans un pays pour rendre ce pays entièrement responsable des maux dont on a souffert; beaucoup de nos compatriotes, dont la santé a été fortement atteinte et qui^ revenant en France, racontent que le climat de telle ou telle colonie est terrible, que les Européens ne peuvent y vivre, ne nous disent nul-

1. Les Arabes et les Kabyles d'Algérie, vivant sous un climat sec, ne résistent pas plus que les Européens dans les pays à climat humide; comme le Sénégal, la Guinée, le Congo^ etc.

lement quelle existence ils ont menée dans cette colonie ou, tout au moins, ils ne nous le disent qu'inexactement. Quelques-uns s'empressent parfois d'ajouter qu'ils n'ont commis aucun excès; le tout est de s'entendre sur ce que veut dire le mot excès ^. Dans beaucoup de cas, ce sont des imprudences qui sont la cause de maladies graves; mais alors, on ne songe jamais à s'accuser et l'on préfère attribuer son mal au seul climat du pays. En général, les imprudences le plus fréquemment commises sont l'insolation et le refroidissement ; ce dernier donne toujours la fièvre qui va parfois jusqu'aux accès pernicieux.

Un coup de soleil sur la tète, et surtout sur la nuque, est souvent mortel, et l'usage du casque colonial, ainsi que celui du parasol, quand il est possible, sont d'excellents préservatifs.

Les refroidissements proviennent ordinairement de la tendance qu'on a, malgré une transpiration constante, à s'exposer aux courants d'air ou bien encore à absorber des boissons glacées qui procurent, il est vrai, un bienêtre passager, mais qui sont extrêmement dangereuses ; si l'on évite la fièvre, qui devient parfois très grave, on peut être atteint de cholérine, de dysenterie ou d'une affection du foie.

Les officiers et les hommes de troupe sont les plus enclins aux maladies par suite du manque de bien-être et de confortable ou, lorsqu'ils sont en expédition, par suite des fatigues et des privations qu'ils supportent.

Les épidémies. — Un mal terrible, la fièvre jaune, a fait, depuis soixante ans, six apparitions au Sénégal ; la dernière, en 1881, a été la plus meurtrière. On croit que ce mal a été chaque fois importé par des navires venant du

1. Il faut surtout se bien pénétrer de celte pensée, qu'il y a des colonies où, pour l'Européen, le simple usage de l'absinthe, celui des liqueurs, le devoir conjugal, ou même quelques veilles un peu prolongées suffisent pour constituer un excès.

SÉNÉGAL ET RIVIÈRES DU SUD

Brésil ou du golfe du Mexique; c'est d'ailleurs ainsi qu'il put exercer ses ravages dans deux villes européennes, Lisbonne et Saint-Nazaire, qui furent cruellement éprouvées ^

Un des faits qui ont le plus ému, en 1881, la population métropolitaine, c'est la quantité de médecins qui ont succombé durant l'épidémie. Il semblait en effet que ceux-ci

Tébékont, près de Soldé.

eussent dû rester indemnes; c'était là une erreur profonde. Les hôpitaux de la colonie regorgeant de monde, il fallut

1. On a également prétendu que ce mal était endémique à Sierra- Leone et à Libéria; ce qui tendrait à le faire croire, c'est que l'apparition de la fièvre jaune y est périodique. Cependant, on est conduit à penser, lorsqu'on connaît le peu de soin que les Anglais apportent ^ la visite des navires, que le fléau, importé régulièrement dans le pays par des bâtiments venant d'Amérique, a fini par s'y implanter; il y a tout lieu de croire en efï'et que si la fièvre jaune existait à Libéria et à Sierra-Leone à l'état endémique, elle existerait également, dans les mêmes conditions, dans le Bas-Niger, qui est le pays le plus malsain de toute l'Afrique et dont la constitution géologique est à peu près la même que celle des contrées indiquées plus haut. Comme il n'en est rien, il faut donc en revenir à la première explication, celle de l'importation du mal par les navires venant du Brésil ou du golfe du Mexique ; il faut signaler aussi Afrique, i. 9

envoyer de France un certain nombre de médecins qui, arrivant dans le pays sans y être acclimatés et étant employés aussitôt à un service des plus pénibles, offrirent une proie facile à l'épidémie K

Le choléra a fait de rares apparitions au Sénégal; mais, de même que cela se voit en Indo-Chine, il a frappé surtout les noirs.

Maladies indigènes. — Ces derniers n'ont pas seulement à redouter le climat; ils sont aussi sujets aux fièvres, aux maladies des voies respiratoires (surtout à la phtisie qui pardonne rarement sous ce climat), aux hépatites, aux affections des yeux qui se terminent parfois en cécité complète, au mal rouge^ sorte de lèpre qui est souvent contagieuse, enfin à la « maladie du sommeH » qui fait de grands ravages sur le littoral, parmi les ivrognes principalement ^

Hygiène. — On voit par ce qui précède qu'une hygiène sévère est indispensable. En outre, un certain bien-être, un peu de confortable, sont d'une utilité incontestée ; mais il est bien rare que les officiers, les voyageurs, ou même les traitants, puissent en jouir, en raison de leurs déplacements répétés ou de leur éloignement dans l'intérieur.

cette hypothèse, récemment soulevée, que le fléau serait apporté par les nègres que les États-Unis envoient résider dans la république de Libéria, voisine de Sierra-Leone. Il est bon d'ajouter enfin que maintenant on suit au Brésil un traitement préventif, celui de M. Domingo Freires, qui garantit, dit-on, des atteintes du fléau. Pour d'autres détails, voir le fascicule relatif à la Guadeloupe.

1. La fièvre jaune n'a jamais sévi que sur le littoral et dans le bas du fleuve ; il n'y a pas eu de malades dans l'intérieur. Il en est d'ailleurs de même dans toutes les contrées où elle règne, soit fortuitement comme au Sénégal, soit à l'état endémique comme à la Vera-Gruz.

2. La maladie du sommeil des nègres de l'Afrique occidentale ne serait autre chose, au dire de beaucoup de médecins, que la pel^ lagre, qui existait jadis dans les Landes, qu'on retrouve aussi dans une partie de PItalie et qui provient, dit-on, de l'usage de grains de maïs avariés.

SÉNÉGAL ET RIVIÈRES DU SUD

En ce qui concerne l'hygiène à suivre, il est utile de passer rapidement en revue les différents préceptes indiqués par le docteur Bérenger-Féraud, qui a longtemps résidé au Sénégal comme chef du service de santé.

Hahilaiions . — Autant que possible, ne pas loger au rezde-chaussée, à cause de .

rhumidité du sous-sol et ^^^-^.^..^^^^^^^^.s^^^:^^^'

la température est assez supportable, surtout pendant l'hivernage.

Une véranda est indispensable pour garantir du soleil ;

1. A Saint-Louis et à Gorée, cette prescription est généralement observée; il n'en est pas de même à Dakar et à Rufisque, et c'est là une des causes de l'insalubrité reprochée à ces deux villes. Au fur et à mesure que ces deux centres (le premier surtout) se développeront, les habitants feront, sans aucun doute, surélever d'un étage les maisons actuelles qui n'ont qu'un rez-de-chaussée, et l'état sanitaire s'en trouvera amélioré. Cette observation s'applique également à certains comptoirs du littoral (Saloum, Casaniance et Rivières du Sud) aux postes de l'intérieur et aux escales du fleuve.

A Saint-Louis, les habitations ont en général un patio ( cour intérieure ) , garni de galeries couvertes au premier étage; sur la rue, il n'y a qu'un balcon.

La meilleure disposition est celle que présente l'hôtel du gouverneur, qui comporte, au-dessus du corps de logis principal, composé d'un rez-dechaussée et d'un étage, un pavillon entièrement isolé, auquel on accède par la terrasse supérieure, et où

des 'miasmes telluriques qui s'y condensent ^

Un forgeron à Saint-Louis.

elle doit être bien aérée et avoir au moins 3 mètres de large; c'est là qu'on prend le repas, qu'on reçoit, qu'on se promène, qu'on travaille, mais il est dangereux d'y dormir pendant la nuit ou d'y faire la sieste.

Au sujet de l'orientation, les avis sont partagés ; on a reconnu pourtant d'une façon unanime qu'il fallait éviter déplacer les ouvertures à l'est ou à l'ouest. En outre, un certain nombre de médecins, qui ont vécu dans ces contrées, préfèrent le sud au nord, mais sans en donner de raisons précises. D'autres enfin ont, dans le doute, préconisé les ouvertures simultanées au nord et au sud, de façon à faire usage des unes ou des autre selon les circonstances.

Repas et alimentation. On recommande de faire 3 repas par jour : l'un, très léger, aussitôt après le lever, vers 6 heures ou 6 heures et demie du matin, le deuxième, assez substantiel, avant la grande chaleur, entre 10 et 11 heures, le dernier, ni trop substantiel ni trop léger, à la tombée de la nuit.

Les aliments d'une digestion facile, le poisson, les œufs, les volailles, doivent constituer une grande partie des repas; les volailles peuvent alterner avec la viande de boucherie. Les aliments à base de lait, soupes, crèmes, fromages, etc., ainsi que les légumes verts, épinards, salades, oseille, etc., sont également bons.

L'usage répété de mets échauffants (dans le but d'éviter la dysenterie) cause souvent des congestions hépatiques, car le foie, surexcité par l'action du climat, n'évacue pas toujours assez vite la bile qu'il secrète avec excès. On ne saurait non plus apporter trop d'attention à l'eau qu'on boit; la plupart des maladies proviennent de sa mauvaise qualité. On doit, autant que possible, la filtrer, après l'avoir fait bouillir et l'avoir battue.

11 faut boire pendant les repas, afin d'activer la digestion, et boire le moins possible aux autres moments de la journée. Les liqueurs, les apéritifs, les boissons glacées, doivent être écartés par-dessus tout ; rien n'est plus fu-

SÉNÉGAL ET RIVIÈRES DU SUD

ne«te à la santé et les meilleurs digestifs sont encore le thé et le café. Au Sénégal, l'habitude de prendre des sodas, de la bière, de la limonade gazeuse, des liqueurs acidulées est générale, mais elle est détestable et le nouvel arrivant qui s'y laisse entraîner ne tarde pas à en faire l'expérience à son détriment.

Enfin, on doit éviter le plus possible les conserves de tout genre qui ne sont pas renfermées dans des récipients en verre, avec couvercle doublé à l'intérieur d'une mince lame de liège. La soudure des boîtes en fer-blanc occasionne au Sénégal des accidents d'autant plus nombreux que les cuisiniers noirs ont non seulement la fâcheuse habitude de faire cuire les conserves dans les boîtes même, mais encore celle de se servir de ces boîtes pour y apprêter certains plats ou y mettra en réserve les graisses, le beurre, les sauces, etc., etc.

Vêtements, — Le choix des vêtements a une importance capitale, et l'Européen qui désire avoir une garde-robe remplissant les meilleures conditions d'hygiène, devra emporter de préférence * :

Un paletot de demi-saison et un manteau (pour voyage d'aller et retour, .nuits fraîches, expéditions en canot ou en pirogue, etc.); — un ou deux vêtements en tissu de laine assez léger (comprenant une vareuse, jaquette, blouse ou veston, un pantalon et, à Foccasion, un gilet); — un ou deux vêtements de soie, pour mettre par les grandes chaleurs (à remplacer de grand matin, le soir et surtout la nuit par le vêtement de laine) 2; — des chemises en soie (ou en tussor) surtout si elles doivent toucher directement la peau ; — des gilets de flanelle, ou mieux encore des gilets en crêpe de santé, en soie ou en laine et soie; — des caleçons dont l'emploi prévient un grand

1. Pour les Européens, exposés à des déplacements fréquents, tels que les officiers, certains fonctionnaires, les voyageurs, etc., une garde-robe aussi importante n'est guère possible. Ils ne devront donc prendre de cette énumération que ce qui a trait à la nature des objets, et non ce qui est relatif à la quantité.

2. Tous ces vêtements, ainsi que les articles de lingerie qui enveloppent le corps : chemises, caleçons, etc., doivent être aussi larges que possible et ne jamais serrer le cou ni la poitrine.

nombre d'affections prurigineuses (les jambes peuvent être en soie ou en soie et laine, et la ceinture, si Ton n'en porte pas une séparée, en laine légère); — des chaussettes en laine et soie (ou en soie)'^.

La botte, et principalement la demi-botte, a sur le soulier l'avantage que le sable fin du Sénégal n'y pénètre pas pour salir et irriter le pied. Cette chaussure exige, il est vrai, des soins de propreté plus minutieux ; dans tous les cas, il est utile d'avoir une chaussure de repos, aussi légère que possible (soulier ou môme pantoufle) et indispensable de changer fréquemment de chaussettes, si l'on veut éviter les refroidissements des pieds, dont l'effet sur les intestins est toujours à redouter.

Enfin la coiffure à adopter est le casque colonial en liège ou en moelle d'aloès ou de sureau, qui laisse passer l'air au-dessus de la tête et ne pèse que quelques dizaines de grammes 2.

Recommandations diverses. — En dehors des préceptes qui règlent l'alimentation, le Idgement et le vêtement, il en est d'autres dont l'application est, pour ainsi dire, nécessaire. Tel est, par exemple, l'usage des ablutions, des bains fdes bains de mer surtout) et des tubs^ ou lavages à l'eau froide; sans cela, la transpiration continuelle, le sable et d'autres matières organiques en suspension dans l'air finiraient en effet par fermer les pores de la peau, ce qui serait fort nuisible à la santé. Pour le coucher, il est très

1. Il faut être assez abondamment pourvu de linge pour pouvoir en changer très fréquemment, tous les jours même, si c'est possible. Beaucoup d'officiers ou de fonctionnaires ont, par exemple, l'excellente habitude de faire usage de trois gilets à la fois, exposant à l'air celui qu'ils viennent de quitter et le remplaçant, dès qu'ils rentrent d'une marche ou d'un exercice, par l'un de ceux qu'ils ont exposés la veille ou le matin. La ceinture de flanelle, du modèle de celles que portent nos zouaves et nos chasseurs d'Afrique, est d'un excellent effet; elle maintient les organes abdominaux à une température égale et élevée, et empêche en même temps les refroidissements du ventre. Toutefois, il n'est pas nécessaire de la porter toute la journée, mais seulement aux heures où l'on risque d'avoir un refroidissement de l'abdomen.

2. Gomme nous l'avons dit précédemment, ceux qui peuvent en outre faire usage d'un parasol ne devront pas y manquer, car ils seront garantis de l'insolation d'une manière encore^plus certaine.

SÉNÉGAL ET RIVIÈRES DU SUD

dangereux de dormir en plein air, sur les argamasses (terrasses supérieures) des maisons, malgré le bien-être passager que Ton peut en ressentir ; il est au contraire recommandé de coucher sur un lit où le drap est séparé des matelas par une natte simple, qui entretient une certaine fraîcheur, et de fermer hermétiquement, du soir au matin, les fenêtres de Thabitation. Ces prescriptions, généralement peu agréables à observer, sont néanmoins nécessaires. La sieste après un déjeuner copieux, la promenade le matin, ou le soir de U heures à 6 heures, ne peuvent avoir qu'un excellent effet. Enfin il est indispensable d'éviter les excès, les fatigues, et d'observer une grande régularité dans ses faits et gestes de chaque jour (lever, coucher, heures des repas, etc.).

Richesses naturelles. — On comprend facilement, par ce qui précède, qu'au Sénégal, il n'est pas possible à l'Européen de travailler autrement que comme chef d'équipe, de chantier, de culture ou comme contremaître d'usine. Pendant quelque temps encore, on sera bien forcé pourtant d'avoir recours aux Européens pour certains ouvrages d'art, mais peu à peu ces derniers seront remplacés par des ouvriers indigènes.

Il n'y a pas de mines en Sénégambie et la production minérale n'est représentée que par les salines de Gandiole (au sud de Saint-Louis), d'où l'on tire presque tout le sel nécessaire à la colonie ainsi qu'aux populations du Haut fleuve et des Rivières du Sud.

Les richesses végétales sont, au contraire, fort nombreuses, mais l'on est encore loin d'en tirer tout le parti qu'on peut en espérer. Actuellement, les cultures auxquelles se livrent principalement les noirs sont celles du mil et de Tarachide.

Le mil. — Le mil [sorghum vulgare; en ouolof, dougoup; en peulh, gaouri), qui forme la base de la nourriture des indigènes, est une plante annuelle, dont les tiges peuvent atteindre une hauteur de 3 à 5 mètres et qui

appartient à la famille des graminées, espèce des sorghos.

On distingue deux sortes de mil, le gros et le petit, et celles-ci se subdivisent à leur tour en un nombre infini de variétés portant chacune un nom indigène particulier.

Les variétés de gros mil les plus cultivées sont :

hepondy ou hodery^ qui demande une terre argileuse et qui est

préférée des Maures et des Toucouleursj on le trouve depuis le

Oualo jusqu'à la limite du Fouta-Damga.

Le sakouUé ou ndiakhnat, qui comprend deux sous-variétés : ,1° Le féla, qui ne vient que dans les terrains sablonneux et

pierreux, et se cultive plus particulièrement dans le Damga et le

Fouta central;

Le gataba qui demande des terrains argileux comme le pondy, et qui est ordinairement cultivé par les Soninkés et les Sarakollés.

Vers Bakel, on trouve surtout les espèces dites fonio et guiniéko] enfin, vers la Gambie, on cultive principalement les espèces dites tigné et baci.

Le petit mil, plus répandu que le gros mil, se trouve à peu près partout; c'est avec lui que les noirs préparent leur couscous; les variétés les plus communes sont le bénéréy le sanio et le sonna; on les trouve dans tout le bassin du fleuve, mais plus particulièrement dans le Cayor, le Oualo, le Damga et le Fouta central K

Une espèce intermédiaire entre le gros et le petit mil est le tiokandé, qui vient dans les terrains humides; elle est sucrée et ne s'emploie pas pour le couscous. Il y a enfin l'espèce dite bakat, ou mil des oiseaux, qui croît à l'état sauvage et ressemble au millet de France; les noirs n'en font usage que lorsqu'ils craignent la famine.

L'époque des semailles et celle de la récolte varient selon les espèces de mil, comme le démontre le tableau suivant :

1. En réalité, les Européens ont fait, pour la désignation des mils, un mélange des différents noms indigènes. En ouolofj tigne indique le petit mil, ndiakhnat le gros mil rouge, et sakouUé le gros mil blanc; en peulh, négnéko désigne le gros mil et féla, le mil blanc; en sérère, baci veut dire gros mil rouge ou mil des Sérères.

Page 1