LE S
le repas du soir ; quand ces derniers rentrent à leur tour, les femmes vont parfois à leur rencontre, et tous reviennent au village, chantant, dansant, battant des mains et précédés de tam-tams et de flûtes indigènes.
Les travaux de culture sont terminés à la fin de juillet ; la récoke, selon la nature des semis, se fait en septembre ou en octobre. Si les noirs n'étaient pas aussi paresseux, ils pourraient, en novembre, cultiver la terre une seconde fois, comme cela se fait dans le Fouta sénégalais, et récolter en février ou mars; cette seconde culture aurait pour effet d'empêcher renvaliissement du sol par les plantes sauvages qui viennent très rapidement dans ces contrées, surtout dans les terrains fertiles. Dans le Fouta sénégalais, les plantes parasites ou sauvages sont très rares, parce que la terre y est constamment travaillée.
Pour mesurer les récoltes, on se sert, dans tout le Soudan français, d'une calebasse de dimension moyenne, qu'on appelle un moule. Le poids du moule varie un peu selon les pays ; à Bafoulabé, il est de 2 kilogrammes; à Bammako, il est de 2 kilogrammes et demi.
Le riz se cultive dans le haut Niger et dans le moyen Niger ^ Les indigènes ne font pas de talus pour faire séjourner l'eau autour des rizières; ils le sèment à la volée en juillet et le récoltent en octobre. La qualité de ce riz dépasse celle du riz asiatique ; la culture donne, selon les années, de 80 à 150 pour un (soit de 2,500 à 4,000 kilogrammes par hectare). Au fur et à mesure que la tranquillité permettra le développement des cultures et que de nouveaux débouchés seront ouverts, la consommation s'accroîtra en raison de la production, et le prix du kilogramme, qui est actuellement de 0 fr. 15 à Bammako, s'abaissera considérablement et deviendra plus accessible ^ Les Bambaras du
1. Le nombre des rizières augmente au fur et à mesure qu'on descend le fleuve ; le Macina en est couvert.
2. Le prix de vente du riz décortiqué est en Gochinchine d'environ 0 fr. 10 le kilogramme.
SOUDAN FRANÇAIS
Bélédougou fabriquent avec la paille du riz des chapeaux et des petits paniers plats.
Lemaïs, qui présente deux variétés, le maïs jaune à grains moyens et le maïs blanc, pousse avec une rapidité prodigieuse. Le maïs jaune est préféré des indigènes; c'est lui qu'on cultive de préférence ; le maïs blanc produit beaucoup plus que le maïs jaune; il est presque toujours réservé aux animaux. Après la récolte, les indigènes labourent les terres et y sèment aussitôt du mil ou parfois de l'arachide. Le rendement moyen du maïs est, par hectare, de 3,000 kilogrammes qui se vendent dans le pays à raison de 10 francs les 100 kilogrammes, comme le mil.
Varaehide se vend à Bafoulabé à raison de 60 moules (120 kilogrammes) pour une pièce de Guinée d'une valeur de 12 fr. 50, ce qui fait de 11 à 12 francs les 100 kilogramme?.
La paille d'arachide, comme la paille de maïs, est donnée au bétail.
Le manioc n'est guère cultivé que dans le Bélédougou ou dans le Manding (et plus bas, vers Kong). Vindigo se sème en juillet et se récolte à la fin d'octobre ou de novembre, avant la floraison.
La plante est coupée au ras du sol et, comme sa croissance est excessivement rapide, on peut recommencer cette opération deux ou trois fois par an ; mais la dernière coupe donne des produits de qualité inférieure. Les feuilles qui contiennent la matière colorante sontpilées et réduites eu une pâte qu'on moule en pains arrondis et qu'on fait sécher au soleil.
Cet indigo, excellent quoique très primitif, n'est ni exportable ni exporté en Europe, où il est excessivement rare; il s'expédie cependant dans certains pays africains et, en Tunisie, les indigènes de Sousse et de Sfax teignent des étoffes fabriquées par eux-mêmes avec des pains d'indigo provenant du Soudan ou d'Égypte.
Le tabac n'est pas cultivé en plein champ, mais dans des
carrés disposés comme ceux de nos jardins et situés dans les fonds humides ; cette plante demande surtout une terre profonde, argilo-sablonneuse, meuble, fraîche, riche en humus, et la qualité du produit est en raison directe de la quantité de sable que contient la couche arable.
Les pieds sont plantés à 0"^,50 de distance, soit environ A. 000 pieds à l'hectare ; ils sont sarclés tous les deux jours. Ils poussent admirablement et donnent au minimum, par hectare, un rendement de 1.600 à 1.800 kilogrammes. Malheureusement les indigènes ne savent pas préparer la récolte obtenue et celle-ci perd, de c^tte façon, la plus grande partie de sa valeur marchande. Dans le pays, le prix du tabac indigène, à fumer ou à priser, est de 2 fr. 50 le moule, soit de 1 franc à 1 fr. 25 le kilogramnie. La France et TAmérique importent beaucoup de tabacs au Sénégal et dans le Haut-Fleuve. A Médine, il arrive chaque année à peu près pour 700.000 francs de tabac en feuilles, provenant d'Amérique; il semble que, dans ces conditions, il y aurait avantage à créer, soit au Soudan même, soit à Saint-Louis, une manufacture de tabac indigène; il serait alors nécessaire de se procurer, pour les donner aux noirs, des semences de plants de la Havane.
Le cotonnier pousse à l'état sauvage; sa venue est si rapide que, lorsqu'onlesème, il produit aubout de cinq ou six mois. Le coton est de l'espèce dite courte-soie et de qualité supérieure. Les indigènes ne cueillent la coque qui contient la bourre que lorsque cette coque est ouverte ; ce sont les femmes et les enfants qui se livrent à ce travail. Après avoir étendu le coton au soleil sur des nattes, afin qu'il devienne bien blanc, elles en enlèvent la graine, puis l'exposent de nouveau dans des calebasses. Elles fabriquent ensuite le fil suivant les procédés qui ont été pendant longtemps en usage en Europe; c'est avec ce fil teint ou resté blanc que les tisserands fabriquent, au moyen des métiers très primitifs, des bandas de toile de 0'",05 à 0"%10
SOUDAN FRANÇAIS. 309
de large, d'une solidité remarquable. Ces bandes sont cousues les unes aux autres pour la confection ; elles représentent des dessins obtenus par le tissage. Dans le pays de Kong, les étoffes fabriquées sont plus larges et ont des coloris très divers. Les fils blancs, bleus ou jaunes proviennent du pays même ; les fils de couleur rouge proviennent de Salaga, c'est-à-dire de la Côte-d'or anglaise ^
Les indigènes du Soudan cultivent le cotonnier au
Plaine de Koundou.
milieu de leurs champs de mil et de maïs; de la sorte, celui-ci est à l'abri de la dent des brebis ou des chèvres et se trouve en même temps garanti des tornades qui pourraient, selon leur violence, mettre ses racines à nu ou même l'arracher de terre.
Sous certaines réserves, relatives aux conditions dans lesquelles pourrait être obtenue la main-d'œuvre locale,
1. Les noirs n'ont pas pu obtenir de teinture rouge qui puisse être fixée sur les étoffes ; le rouge dont ils font usage pour les peaux n'est point assez solide ; appliqué sur une cotonnade;, il disparaît au premier lavage.
la culture da coton serait à encourager dans ce pays en vue de Texportation ou d'une fabrication sur place; mais il faudrait alors remplacer peu à peu, entre les mains des indigènes, les plants actuels à courte-soie,par des plants de Géorgie longue soie [sea Jsland ou gossypium barbadense).
La bourre textile qui sert à confectionner des étoffes n'est pas le seul produit du cotonnier; Fexcédent des graines, qui ne doivent pas servir à la reproduction, peut êcre mis en tourteaux à donner au bétail ou réservé à la fabricition d'une huile d'excellente qualité.
Le karitn produit, outre du caoutchouc, un beurre végétal dont lia été déjà plusieurs fois question au cours de cette notice. Ce beurre est extrait de la noix de l'arbre qui ressemble à un marron et possède une chair blanche et compacte.
La récolte des noix a lieu de mai à septembre.
Le caoulcliouc provient, comme il a été dit, de plusieurs végétaux de nature différente. I! est moins estimé que celui qui vient de TAmérique du Sud — quoiqu'il soit de qualité au moins égale, sinon supérieure — parce qu'il est non seulement mal récolté, mais aussi mal présenté par les noirs qui l'apportent sur les marchés mélangé avec de la terre, du b )is et même des cailloux.
La méthode qui est en usage en Amérique serait pourtant bien facile à employer au Soudan, car elle est fort simple et nous allons l'inliquer* sommairement.
On fait une incision à l'arbre (ou à la liane) et on a iapte à cette incision un tube quelconque en roseau ou en bambou; au-dessous de ce tube, on place un premier réservoir plein d'eau, dans lequel tombe le suc laiteux; au-dessous de ce réservoir, un autre où s'opère un second lavage, puis enfin un troisième où le caoutchouc arrive pur, mais séparé en filaments de couleur blanchâtre qu'il n'y a plus qu'à réunir.
A ce moment, on jette alors dans ce troisième réser-
SOUDAN FRANÇAIS
voir un cube de borax de 0^",02 à 0"%03 de côté;tous les filaments de caoutchouc, pareils à des anguilles, se précipitent aussitôt sur lui et Tentourent, formant ainsi un bloc compact de 2 à 3 kilogrammes. Il suffit alors de faire une légère incision à la surface de ce bloc, de soulever le fil de cette manière obtenu et de dévider à la main sur un roseau. Toute la masse de caoutchouc se dévide et Ton a ainsi le caoutchouc à la filière, le seul qui soit réellement marchand, car il est pur et n'est pas susceptible de fraude.
On voit, d'après tout ce qui vient d'être exposé, que les végétaux cultivables ou exportables du Soudan français sont très nombreux et d'espèces très diverses.
L'examen du terrain des différentes régions soumises à notre influence a fait reconnaître que la potasse était le principal élément chimique qu'on y trouvait, que l'acide phosphorique y existait en quantités très restreintes et que la chaux y était très rare. 11 en résulte, d'après les travaux si remarquables de M. Georges Ville sur l'action des agents chimiques dans le sol, que les terres potassiques et phosphoriques.sont particulièrem^^nt favorables à toute une catégorie de végétaux dont il a été question tout à l'heure et qui sont principalement le mil, le sorgho, la luzerne, le trèfle, les légumineuses (l'indigo est une légumineuse), la pomme de terre, le lin, le maïs, la canne à sucre, la vigne, le café, le tabac, etc.
Le mil prospère d'une telle façon dans ces contrées qu'il sera sans doute facile, un peu plus tard, d'y essayer la culture d'une espèce de sorgho, appelé sorgho ambré du Minnesota, plante saccharifère de premier ordre, dépassant de beaucoup la canne à sucre mais exigeant un matériel spécial, des procédés particuliers pour la fabrication iddustrielle, ce qui a naturellement empêché jusqu'ici nos usines d'Europe d'en faire usage.
On contiprend facilement aussi comment les céréales, qui ont surtout besoin d'azote et redoutent l'excès de
potasse, n'ont jamais pu réussir au Soudan. Les blés et les orges qu'on a plantés à plusieurs reprises n'ont pas poussé à plus de 0°^30 de hauteur, puis ont séché sur place.
Cependant tous les végétaux dont il a été question au cours de ce chapitre ne poussent pas d'une façon égale sur toutes les parties du vaste territoire soumis à notre influence.
Dans le Soudan français proprement dit, dans le Bélédougou, dans les États de Samory, on voit le maïs, le riz^ le tabac, pousser dans les terrains irrigués : sur les plateaux et les rides de partage des eaux, où la végétation est rabougrie, viennent principalement le mil, le sorgho, l'arachide. Dans le pays de Kong, zone mixte entre le bassin du haut et du moyen Niger et la région tropicale de la côte de Guinée, on trouve de splendidôs cultures où dominent, à côté du mil, du maïs et du riz, le manioc, l'igname et la banane. Dans la région supérieure de la Volta (États de Tiéba) et au Gourounsi, la végétation est opulente et la campagne sauvage ; on y cultive de préférence le mil et l'igname; on y élève un peu de bétail.
Les véritables pays d'élevage, assez semblables les uns aux autres par leur. aspect et par leur végétation, sont le Mossi, le Macina^ le Libtako, le Djllgodi, le Bakhounou; les pâturages y sont aussi nombreux que beaux et les bois y sont plus rares.
C'est vers le 8^ degré ^Me la végétation change brusquement et devient assez épaisse ; elle présente alors une série d'oasis charmantes, bien boisées, émaillées de nombreuses clairières, toutes cultivées. Sous cette latitude commence à se rencontrer le kola blanc.
A partir du 7« degré jusqu'à la mer, le pays n'e,st plus qu'un vaste rempart de végétation dans lequel on ne peut se frayer un passage qu'avec le sabre-manchette. C'est la forêt vierge dans toute sa splendeur ; il y a des cultures
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SOUS bois et Ton trouve dans ces régions, outre le kola rouge et le palmier à huile, les piments, l'igname et le manioc.
En résumé, le mil et le sorgho ne descendent pas au-dessous du 8° degré ; le tabac et l'indigo ne vont pas au delà du 9« degré vers le sud ; l'igname, au contraire, ne dépasse guère, vers le nord, le 12^ degré. Quant au caoutchouc, au coton et au café, ils viennent à peu près partout, même sur la côte.
Élevage et troupeaux : boeufs. — On a vu plus haut que les pays d'élevage étaient principalement le Ba~ khounou, le Macina, ses dépendances (Djilgodi, Libtako, etc.) et le Mossi; on peut y ajouter également le Kaarta et le Bélédougou.
Les principales races bovines du Soudan occidental sont :
i" La race peulhe^ qu'on rencontre principalement du Macina à Timbouktou et qu'on trouve aussi chez les Maures Douaïch : le bœuf appartenant à cette race porte le nom de zébu; il est de grande taille, à poils ras et fins, jaunes, blancs ou gris; les
, ' ' , , Un Khassonké.
cornes sont contournées, un peu aplaties, les jambes sont grêles et la queue est longue. C'est une race excellente pour porter des fardeaux ou traîner des voitures : il suffit de huit jours de dressage pour cela^ Un zébu donne environ 150 kilogrammes de viande et coûte 8 pièces de Guinée, soit 120 francs.
2** La race bambara. Centre de production : le Bélédougou et le Macina.
La robe est généralement de couleur gris de fer; la taille élevée, la tête assez petite, les cornes cylindriques et recourbées en arc en avant.
C'est une véritable race de boucherie, très apte à prendre de la graisse; la viande est d'excellente qualité. Les vaches sont bonnes laitières et donnent parfois jusqu'à 7 et 8 litres de lait par jour. Un bœuf de cette race donne environ 180 kilogrammes de viande et coûte de 120 à 130 francs
3^ La race mandmgue, qui existe entre Bafoulabé et Bammako, et s'étend jusqu'au Kaarta vers le nord et au Dinguiray vers le sud.
C'est une race de très petite taille, servant à la boucherie et au travail; la robe est ordinairement de couleur brun rouge; les cornes sont noires à leur extrémité et divergentes en arc. Les vaches donnent peu de lait, mais celuici renferme une grande quantité de matière butyreuse. Un bœuf mandingue ne donne que 80 kilogrammes de viande et coûte 5 pièces de Guinée, soit 75 francs.
li'' La race khassonkée, qu'on rencontre dans le Khasso et le Bambouk,par conséquent entre Médine et la Falémé. Elle est chétive^ parce qu'elle manque de pâturages pendant huit mois de l'année et vit de ce qu'elle trouve; aussi les animaux de cette race sont-ils appelés bœufs de brousse! Les maladies contagieuses, la péripneumonie principalement, y font de grands ravages.
Les bœufs khassonkés ont le poil rude, jaune, le mufle noir; les cornes sont longues et courtes, en se dirigeant en dehors et en haut. Ils sont très sobres et relativement très résistants, étant données les conditions dans lesquelles ils vivent et auxquelles une autre race ne pourrait peutêtre résister.
Cependant, chaque année, dans nos colonnes de ravitaillement, il en disparaît un assez grand nombre.
Leur viande n'est pas de bonne qualité, et les vaches donnent si peu de lait qu'elles ne peuvent pas toujours nourrir leurs petits.
Le bœuf de cette race ne donne que 60 kilogrammes de viande et coûte environ U pièces de Guinée (60 francs).
MoETONs. — Les races ovines sont au nombre de trois : 1« La race petillie, qui s'étend du Ségou à Timbouktou ; elle est très propice à la production de la laine et à celle de la vianie. La laine est longue et frisée, non élastique et peu extensible. Le mouton donne environ 18 kilogrammes de viande et coûte environ 15 francs. Cette race est innombrable; il y a des tribus vers le Ségou et le Macina qui possèdent de 300.000 à 500.000 môutons, répartis en troupeaux de 250 à /lOO têtes.
2^ La race maure, qu'on trouve dans le Kaarta, au nord du Bélédougou et sur la limite du Sahara. Elle ne produit qu'une laine passable et n'est d'aucun profit pour la boucherie. L^. mouton donne 9 kilogrammes de viande er, coûte environ 10 francs. Les Maures en possèdent de grands troupeaux, souvent décimés par les épidémies.
La race mandingue, qui vit entre Bafoulabé, Bammako et le Dinguiray; c'est surtout une race de boucherie.
Les moutons sont très petits, produisent peu de laine et donnent environ 10 kilogrammes de viande; ils valent en moyenne 7 francs l'un.
CuÈvRES. — Il n'existe qu'une race caprine, la race peulhe, qui possède un poil très fin et donne beaucoup de lait. Le prix d'une chèvre est de 15 francs.
Chevaux. — Il y a trois races chevalines :
l"" La race maure ou peulhe (Kaarta, nord du Bélédougou, Macina) ;
2® La race du sud^ ou race ouassoulonkée (Ouassoulou) ;
3® La race ouassoulonkée-maure {Bélédougou, Kaarta). La race maure et la race peulhe ne différent que par la taille ; le cheval de la première a l'",/i6, celui de la seconde 1°^,55. Les animaux de cette race se distinguent par leur douceur et leur rusticité ; ce sont eux qui servent aux cavaliers toucouleurs. Ils supportent admirablement les fatigues et les privations.
Cette race, excessivement nombreuse, doit être de
préférence employée à la remonte des spahis qui tiennent garnison au Soudan, le cheval arabe d'Algérie ne résistant pas au climat de ce pays ^.
Le cheval maure coûte environ 1.000 francs; mais, comme on le payait en marchandises, il revient à un prix bien moins élevé.
2^ La race ouassoidonkée n'est pas très nombreuse et se trouve très disséminée.
Le cheval de cette espèce est mal conformé pour faire campagne et n'a d'emploi que dans les plaines et les vallées ; dans les pays montagneux, il ne tarde pas à se fatiguer et à se tarer. Il manque de résistance, de rusticité, et n'est p3S assez fort pour porter longtemps un cavalier avec son paquetage ^ Il vaut 600 francs environ.
3^ La race ouassoulonkée-maure. Les animaux qui appartiennent à cette race sont un peu moins robustes que les chevaux maures; selon les pays, ils ont plus de sang maure ou plus de sang ouassoulonké. Ils ont à peu près la conformation de notre cheval de cavalerie légère et mesurent i^^li^ de hauteur. Ils peuvent rendre de grands services à nos officiers. Leur valeur est d'environ 800 francs.
Anes. — Avant l'occupation française, il n'existait qu'une seule race d'ânes, celle du pays, dont les individus sont de très petite taille, forts, vigoureux, légers et solides. Leur croisement avec des ânes algériens, en 1882, a élevé la taille des ânes du pays sans leur faire perdre aucune de leurs excellentes qualités. Le type algérien pur ne résiste pas et meurt au bout de peu de temps. La valeur d'un âne au Soudan est d'environ 75 francs.
■ 1. De 1881 à 1885, sur 169 chevaux arabes montés, il en est mort 152.
2. La cavalerie de Samory est montée avec des chevaux de cette race; à la fin des combats qu'ils soutenaient contre nous et où ils étaient toujours battus, les cavaliers ouassoulonkés, afin de s'enfuir plus vite, abandonnaient leurs chevaux, ceux-ci étant trop fatigués pour pouvoir les porter.
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Mulets. — Il existe un certain nombre de mulets, mais seulement pour les besoins des troupes d'occupation. La production mulassière mérite d'être encouragée dans ces contrées, car le mulet rend, en raison de sa taille et de sa rapidité, beaucoup plus de services que Tâne. Mais les baudets du pays sont trop petits pour qu'on puisse songer à un croisement avec les juments indigènes, et il sera nécessaire d'importer des ânes de Gainée, animaux remarquables par leur belle taille, leurs formes élancées, leur force, leur agilité et ayant en outre l'avantage d'être originaires de ces régions.
Industrie. — La seule industrie du Soudan français et de ses dépendances est l'industrie indigène, qui est presque partout fort rudimentaire.
Les forgerons sont divisés en deux catégories : ceux qui travaillent l'or et l'argent, ceux qui ne travaillent que le fer. Les tisserands sont répandus à peu près partout ; mais, dans un grand nombre de villages, les étoffes qu'ils fabriquent ne sont point destinées au commerce; elles sont réservées à des particuliers qui ont fourni le coton nécessaire et payent simplement la main-d'œuvre. Dans les pays où l'on travaille en vue du commerce, les cotonnades n'ont guère plus de 0"',10 de largeur. 11 faut faire exception cependant pour celles du pays de Kong et des pays situés à Test, dans la direction du bas Niger, où la dimension des étoffes tissées est beaucoup plus grande.
On trouve également des vanniers, mais en petit nombre.
Les gargoulettes et poteries sont faites par les femmes.
Il existe aussi un assez grand nombre de tanneurs et de cordonniers; les tanneurs sont très habiles; ils préparent leurs peaux à l'aide d'un bain contenant de la cendre et un tannin tiré du gonakié, puis ils les teignent en jaune, en rouge et en noir. Les cordonniers fabriquent surtout dei babouches, des sandales, des bottes, des amulettes, des outres et des selles.
Dans tout le bassin du Niger, surtout vers Kong, on ren-
contre une grande quantité de teinturiers dont la principale occupation est la teinture des fils de coton; ils obtiennent facilement certaines couleurs ordinaires, telles que le bleu, le noir ou le jaune; ils n'ont pas trouvé encore de rouge qui soit réellement solide et sont obligés de faire venir de la côte et, par suite, d'Europe, les fils de cette couleur.
Il y aurait, dans toutes ces contrées, un champ très vaste pour l'industrie européenne qui voudrait tenter la création de quelques usines spéciales; les noirs, placés sous la direction de cliefsd'atelier intelligents et ayant quelquesouvriers métropolitains pour leur servir de modèles, rendraient assez vite les services qu'on attendrait d'eux. Mais une tentative de ce genre ne paraît guère possible pour le moment ; il convient plutôt de laisser se développer d'abord dans la contrée les entreprises commerciales et agricoles, qui nécessiteront sans doute, avant qu'il soit longtemps, la construction progressive de plui-ieurs voies de communication.
Colonisation. — Régime du travail. — La question de la colonisation du Soudan français par immigration européenne est encore très discutée.
Au début de notre occupation dans le pays, le nombre de nos officiers ou soldats atteints par la maladie était assez considérable; mais il en a été de même pendant toutes les expéditions ; ce qui s'est passé durant la campagne de Tunisie en est la preuve. Au bout de quelque temps, les conditions de l'existence dans le haut fleuve se sont améliorées; mieux logé, mieux nourri, en lutte à des fatigues moindres, ou du moins plus facilement supportables, le soldat a mieux résisté et aujourd'hui la moyenne des décès n'est plus que de 5 à 6 pour 100.
Mais il s'agit ici de militaires, c'esi-à-dire de gens menant, quelque précaution qu'on prenne, une vie assez fatigante, et privés comme partout, même en France, d'un confortable qui est, dans ce pays, bien plus nécessaire qu'ailleurs.
SOUDAN FRANÇAIS
Le Soudan français n'a encore vu de civils qu'en petit nombre, et ceux-ci, sauf deux ou trois exceptions, s'y sont toujours bien portés; il y a eu des libérés, ouvriers d'art, travaillant individuellement de leur métier dans les différents postes; il y a eu -— et il y a encore — des agents civils du gouvernement qui vivent à demeure, toujours dans le même endroit, et peuvent par cela même améliorer les conditions de leur existence; il y a ausssi, outre les missionnaires du Saint-Esprit, un agriculteur français établi près de Kita. Tous ces Européens ont supporté ou supportent très bien le climat du pays^
Cependant le nombre en a été trop restreint encore pour qu'il soit possible de formuler une règle générale; cependant, et en supposant que, dans certaines conditions, l'Européen puisse habiter le Soudan, il faut écarter cette idée qu'il pourrait se livrer aux mêmes travaux que les noirs, c'est-à-dire, par exemple, culiiver la terre.
Le rôle de l'Européen en ces contrées doit être d'utiliser et de diriger la main-d'œuvre indigène, et le Français qui voudrait s'établir au Soudan ne pourrait le faire que comme chef de culture, chef d'atelier, chef de chantier ou commerçant. Plus tard, peut-être, certains ouvriers d'art pourront venir y exercer leur profession, si cette dernière n'exige pas une grande dépense de forces; mais actuellement ils ne trouveraient point â gagner leur vie.
Il faut espérer que, plus tard, les conditions hygiéniques ne seront d'ailleurs plus les mêmes; les maladies et les décès proviennent presque tous de la même cause, l'empoisonnement paludéen. C'est là un obstacle auquel on pourra progressivement remédier, en drainant ou en comblant les bas-fonds marécageux, et surtout en employant
1. Le chef du service vétérinaire du Soudan, M. Korper, vit depuis neuf ans dans cette région et s'y porte très bien. Durant ce long espace de temps, il n est revenu que deux fois en France, où il a fait, à chaque voyage, un séjour de cinq à six mois.
le moyen qui a si biea réussi en Algérie, c'est-à-dire en plantant sans relâche et en quantités innombrables certaines espèces d'arbres, telles que l'eucalyptus, par exemple.
Quant à la main-d'œuvre indigène, elle ne manque pas et s'accroîtra avec le temps; les habitants des villages, principalement ceux des villages de liberté, pourront fournir des travailleurs en quantité suffisante.
Les noirs les plus laborieux sont, pour les travaux agricoles, spécialement les Bambaraset les Malinkés, et, pour les travaux de tout genre, les Maliukés, les Sarakollés et les Toucouleurs. Les Malinkés savent bien cultiver le riz, les Sarakollés le mil et l'arachide. Ces derniers sont également de bons laptots, de même que les Khassonkés; quant aux Toucouleurs, ils sont indifféremment ouvriers agricoles, manœuvres, bateliers ou porteurs.
Le prix moyen de la journée de travail (du lever au coucher du soleil) est une coudée de guinée et deux repas de couscous à la viande (mouton ou bœuf). Le prix de revient de ces repas est de 0 fr. 50 par jour; celui d'une coudée de guinée est d'environ 0 fr. 50.
Pêche. — Les pêcheurs sont en grand nombre tout le long du Niger, qui est très poissonneux; mais les pirogues dont ils font usage ont une forme tout à fait primitive; elles sont faites en bois de fromager et ont de 8 à 10 fnètres de longueur; le bordage, ainsi que la membrure, est formé de plusieurs tronçons qui sont reliés entre eux par des assemblages à mi-bois, consolidés au moyen de cordes.
Les pêcheurs, auxquels on donne dans tout le pays le nom de Somonos, se servent de filets, d'hameçons et surtout de lances qu'ils manœuvrent avec une adresse extrême. Ce sont eux également qui font le métier de passeurs et qui, moyennant salaire, prêtent leurs embarcations aux caravanes qui veulent traverser le fleuve ^.
1. On a pensé en ces derniers temps, qu'il y aurait lieu d'envoyer
SOUDAN FRANÇA.1S.
Navigation fluviale. — Acte de navigation du Niger, — La flottille commerciale du Niger n'existe pas encore; les seuls bateaux qui parcourent le haut et le moyen fleuve sont les pirogues indigèaes et les deux canonpières françaises qui se sont rendues tout dernièrement encore (septembreoctobre 1889) à Koromé, échelle de Timbouktou.
Dans le bas fleuve, il y a un certain nombre de petits bâtiments appartenant à la Compagnie anglaise du Niger.
La navigation sur le Niger est soumise à un règlement spécial qui forme le chapitre v de TActe général de la Conférence de Berlin; il comprend les articles 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32 et 33 de cet acte. Eu voici la teneur exacte :
Acte de navigation du Niger, — Art. 26. — La navigation du Niger, sans exception d'aucun des embranchements ni issues de ce fleuve, est et demeurera entièrement libre pour les navires marchands, en charge ou sur lest, de toutes les nations, tant pour le transport des marchandises que pour celui des voyageurs. Elle devra se conformer aux dispositions du présent acte de navigation et aux règlements à établir en exécution du même acte.
Dans l'exercice de cette navigation, les sujets et les pavillons de toutes les nations seront traités, sous tous les rapports, sur le pied
à Bammako, pour y construire une flottille commerciale composée de chalands el de goélettes, les charpentiers indigènes des Rivières du Sud, qui sont si habiles en ce métier.
Afriqitk, I. 21
Tisserand bambara.
d'une parfaite égalité, tant pour la navigation directe de la pleine mer vers les points intérieurs du Niger, et vice versa, que pour le grand et le petit cabotage, ainsi que pour la batellerie sur le parcours de ce fleuve. En conséquence, sur tout le parcours et aux embouchures du Niger, il ne sera fait aucune distinction entre les sujets des États riverains et ceux des non riverains, et il ne sera accordé aucun privilège de navigation, soit à des sociétés ou corporations quelconques, soit à des particuliers.
Ces dispositions sont reconnues par les puissances signataires comme faisant désormais partie du droit public international.
Art. 27. — La navigation du Niger ne pourra donc être assujettie à aucune entrave ni redevance basées uniquement sur le fait de la navigation. Elle ne subira aucune obligation d'échelle, d'étape, de dépôt, de rompre-charge ou de relâche forcée. Dans toute l'élendue du Niger, les navires et les marchandises transitant sur le fleuve ne seront soumis à aucun droit de transit, quelle que soit leur provenance ou leur destination. Il ne sera établi aucun péage maritime ni fluvial, basé sur le seul fait de la navigation, ni aucun droit sur les marchandises qui se trouvent à bord des navires. Pourront seuls être perçus des taxes ou droits qui auront le caractère de rétribution pour services rendus à la navigation même. Les tarifs de ces taxes ou droits ne comporteront aucun traitement difî'érentiel.
Art. 28. — Les affluents du Niger seront à tous égards soumis au même régime que le fleuve dont ils sont tributaires.
Art. 29. — Les routes, chemins de fer ou canaux latéraux qui pourront être établis dans le but spécial de suppléer à l'innavigabilité ou aux imperfections de la voie fluviale sur certaines sections du parcours du Niger, de ses affluents, embranchements et issues, seront considérés, en leur qualité de moyens de communication, comme des dépendances de ce fleuve et seront également ouverts au trafic de toutes les nations. De même que sur le fleuve, il ne pourra être perçu sur ces routes, chemins de fer et canaux, que des péages calculés sur les dépenses de construction, d'entretien et d'administration, et sur les bénéfices dus aux entrepreneurs. Quant au taux de ces péages, les étrangers et les nationaux des territoires respectifs seront traités sur le pied d'une parfaite égalité.
Art. 30. — La Grande-Bretagne s'engage à appliquer les principes de la liberté de navigation énoncés dans les articles 26, 27, 28 et 29, en tant que les eaux du Niger, de ses affluents, embranchements et issues sont ou seront sous sa souveraineté ou son protectorat. Les règlements qu'elle établira pour la stireté et le contrôle delà navigation seront conçus de manière à facilitèr autant que possible la circulation des navires marchands. Il est entendu que rien dans les engagements ainsi pris ne saurait être interprété comme empêchant ou pouvant empêcher la Grande-Bretagne de
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faire quelques règlements de navigation que ce soit, qui ne seraient pas contraires à l'esprit de ces engagements. La Grande-Bretagne s'engage à protéger les négociants étrangers de toutes les nations faisant le commerce dans les parties du cours du Niger qui sont ou seront sous sa souveraineté ou son protectorat, comme s'ils étaient ses propres sujets, pourvu toutefois que ces négociants se conforment aux règlements qui sont ou seront établis en vertu de ce qui précède,
A?^t. 31. — La France accepte sous les mêmes réserves et en termes identiques les obligations consacrées dans l'article précédent, en tant que les eaux du Niger, de ses affluents, embranchements ou issues sont ou seront sous sa souveraineté ou son protectorat.
Art, 32. — Chacune des autres puissances signataires s'engage de même, pour le cas où elle exercerait dans l'avenir des droits de souveraineté ou de protectorat sur quelque partie des eaux dti Niger, de ses affluents, embranchements et issues i.
Art. 33. — Les dispositions du présent acte de navigation demeureront en vigueur en temps de guerre. En conséquence, la navigation de toutes nations, neutres ou belligérantes, sera libre en tout temps pour les usages du commerce sur le Niger, ses em-
1. Le mot issues, ajouté à ceux d'affluents et embranchements^ n'implique pas seulement les bouches du fleuve; il atteint directement un projet qui avait été présenté en 1880 à la Commission supérieure du transsaharien et qui avait pour but de relier le Sénégal au Niger au moyen d'un canal. Mais ce projet a été reconnu irréalisable pour deux raisons : d'abord on n'est pas fixé encore complètement sur la navigabilité du Sénégal, en second lîeu, les travaux qu'exigerait la réalisation de ce projet seraient trop considérables. En effet, de Badoumbé, point où le^Bakhoy cesse d'être nagvigable, jusqu'au Niger, il n'y a pas moins de 263 kilomètres à vol d'oiseau, le Niger est à la cote 331 et Badoumbé à la cote 155; mais il faut traverser le massif du Manding qui, de ce côté, s'élève dans sa partie la plus basse à la cote 40t). D'autre part, si l'on cherchait sur le haut Bakhoy un point convenable et moins éloigné du Niger, tel que le Kokoro-Kô, il n'en faudrait pas moins creuser 80 kilomètres de canal (tracé à vol d'oiseau), rendre le Kokoro-Kô et le haut Bakhoy navigables, et franchir en outre le massif du Manding dont la partie la moins élevée atteint dans cette contrée 440 mètres de hauteur, le Niger étant à la cote 330; tout cela indépendamment des travaux de navigabilité du Sénégal entre Saint- Louis et Badoumbé. Enfin une troisième raison s'oppose aujourd'hui à la réalisation de ce projet gigantesque; en reliant par un canal le Sénégal et le Niger, on ouvrirait le premier de ces fleuves au trafic international, tandis qu'actuellement les Français ont seuls le droit d'y commercer.
branchements et affluents, ses embouchures et issues, ainsi que sur la mer territoriale faisant face aux embouchures et issues de ce fleuve. Le trafic demeurera également libre, malgré l'état de guerre, sur les routes, chemins de fer ou canaux mentionnés dans l'article 29. Il ne sera apporté d'exception à ce principe qu'en ce qui concerne le transport des objets destinés à un belligétant et considérés, en vertu du droit des gens, comme articles de contrebande de guerre.
Les deux puissances européennes actuellement établies sur les rives du Niger sont la France et l'Angleterre.
Comme on Ta déjà dit, la France occupe tout le haut du fleuve jusqu'au delà de Ségou, et l'action de ses canonnières s'étend bien au delà de Mopti; celles-ci ont même descendu le fleuve à deux reprises jusqu'à Koromé, échelle de Timbouctou ^
L'Angleterre occupe l'embouchure du fleuve et le cours de celui-ci jusqu'aux chutes de Boussa.
Mais, quoique ces deux puissances aient une souveraineté territoriale fort importante et qu'elles puissent, dans les contrées qui leur sont soumises, favoriser leurs nationaux, la navigation du fleuve reste entièrement libre, comme l'indiquent les termes de la convention qu'on vient de lire. Il ne tient donc qu'aux navires de commerce français de profiter de ces facilités et de parcourir le bas Niger ou ses affluents.
Sur le haut Sénégal, la navigation n'est possible que pour les pirogues et les chalands, mais seulement d'un bief à l'autre, et l'on est ainsi obligé, pour transporter les marchandises, d'efl'ectuer entre Bafoulabé et Médine jusqu'à trois transbordements
De Médine à la côte, les transports commerciaux sont eff'ectués par des vapeurs, des goélettes ou des chalands. Le prix du fret est de 60 francs la tonne par vapeur, 50 francs par goélette, ZiO francs par chaland. Le mil et l'arachide ne s'expédient que par chalands et payent, le
1. Pour le trajet de Médine à Saint-LouiS;, voir le fascicule relatif au Sénégal.
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premier 6 francs par barrique de 200 kilogrammes, la seconde, 6 francs par barrique de 100 kilogrammes; c'est-àdire que le mil paye 30 francs par tonne et l'arachide 60 francs.
D'ailleurs, sauf pour le mil, ce prix de 6 francs par quintal est appliqué à toutes les marchandises communes expédiées par chalands.
Commerce. — Actuellement, les produits exportés du Soudan français sont : pour FEurope, les peaux, la gomme, rivoire, l'or, le karité, l'arachide, les plumes, le caoutchouc, la gutta-percha, etc.; — pour le Soudan central et l'Afrique septentrionale (à travers le Sahara), la plupart des produits précédents et, en outre, le mil, les poissons secs, la vannerie, les objets en cuir, les viandes boucanées, les condiments, les potasses, les conserves (patates, piments secs, manioc, julienne d'oignons), les savons, les fils de coton, l'indigo, les cotonnades indigènes, les objets en cuir teint, etc.
Les produits importés d'Europe par le Sénégal, par la Gambie ou à travers le Sahara, sont : les armes de toute espèce, la poudre, le plomb, les pierres à fusil, lesguinées, les cotonnades diverses, les mousselines, la parfumerie, les articles de Paris, la verroterie, la lunetterie, la miroiterie, la bijouterie en faux, les vêtements arabes confectionnés, les marmites en fonte, les objets en cuivre, les jouets d'enfants, les images et chromolithographies, certaines conserves, enfin le sucre; quand au sel, il provient généralement de l'une des contrées voisines K
1. Le sel qu'on vend sur les rives du haut et du moyen Niger provient de cinq endroits différents : le sel gemme blanc vient du Taodenitj il est vendu à Kong, dans le Ouorodougou, le Gourounsi, par blocs de 30 à 35 kilogrammes ; le sel gemme gris vient de la Sebkha d'Ichil et se vend chez Samory et Ahmadou en barres de 20 à 25 kilogrammes. Près de Daboya, on fabrique du sel tiré des eaux d'un marigot voisin; enfin le sel marin est expédié de la côte par le cours de la Volta ou celui du Comoé.
On estime que les marchandises d'Europe sont vendues, dans les contrées du haut Niger et du moyen Niger supérieur, environ quatre fois ce qu'elles valent dans leur pays d'origine.
Aucune région n'est plus propice au développement de notre commerce que tout le Soudan occidental, mais actuellement ce commerce est encore entre les mains des marchands indigènes, ou dioulas^ qui parcourent toutes ces contrées et franchissent des distances considérables pour aller d'un marché à un autre; on a vu souvent par exemple, des dioidas aller de Médine à Ségou, poursuivre leur route jusqu'à Kong, puis revenir à Bammako, tbujx)urs accompagnés d'un ou de plusieurs petits ânes qui portent leur pacotille et qu'ils soignent fort bien.
Les transactions se font, sur la rive gauche, au moyen d'échanges de marchandises; sur la rive droite, et au sud du fleuve, on fait plutôt usage de cauris^; dans tout le Soudan français proprement dit, en se sert de monnaies françaises. Les indigènes des pays situés entre Bakel et Bammako acceptent parfaitement aujourd'hui nos pièces de cinq francs en argent et nos monnaies divisionnaires. Cependant la pièce de vingt centimes est rare (comme en France d'ailleurs) et leur paraît trop petite; celle de deux francs ne leur représente pas à l'œil le double de celle de un franc et ils ont une préférence marquée pour les pièces de un franc, ainsi que pour celles de cinquante centimes (toutes neuves).
Il y a, dans les principaux centres du pays, des marchés périodiques, pour la plupart hebdomadaires ou mensuels. Au Soudan français proprement dit, à Bakel, Médine, Bafoulabé, Kita, Bammako, il a été aussi créé des marchés (mensuels ou hebdomadaires, selon les postes) qui commencent à être très suivis.
L Pour les autres monnaies dont on fait usage dans lés régions méridionales du Soudan français, voir le fascicule relatif à la côte de Guinée.
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II est impossible d'estimer exactement le mouvement commercial annuel des contrées qui sont soumises à notre influence; on a pu cependant évaluer d'une manière approximative la valeur des échanges qui se font sur certains points et, en outre, calculer la quantité de marchandises qui, chaque année, descendent ou remontent le fleuve. En 1888, le chiffre du mouvement commercial d'exportation était^ à l'escale de Médine, d'environ 7.000 tonnes ^ Le chiff're des importations s'élevait à peu près à la moitié de celui des exportations.
Quoique le développement de ce trafic ait été encore assez rapide, il pourrait être huit ou dix fois supérieur, si le Soudan français proprement dit n'était pas entouré de grands États nègres dont les chefs n'ont pas vu sans jalousie ni sans crainte notre arrivée dans le pays. Bien que placés sous notre protectorat^ — ce qui les empêche simplement de pouvoir accueillir les sollicitations étrangères,— ces souverains résistent sourdement au développement de notre influence et à l'accroissement de notre puissance commerciale ; par différents moyens, ils empêchent toute navigation sérieuse sur le Niger et détournent les caravanes ou les arrêtent. Il nous faudra donc faire disparaître cette barrière qui nous enserre, soit en diminuant la puissance de css chefs ou en brisant les résistance, soit en nous étendant peu à peu le plus possible le long des deux rives du Niger, dans la direction de Timbouktou.
Cependant, à Theure présente^ le territoire soumis à notre autorité directe, très riche et très fertile, pourrait, par l'exploitation des richesses naturelles qu'on y trouve en abondance, telles que le caoutchouc, la gutta-percha, le karité, les bois précieux, l'or, sans compter les cultures du sol (coton, indigo, etc.), donner des déjà résultats con-
1. Voir le rapport de M. Arthur Leroy, député, sur le budget colonial de 1889.
LES COLOINIES FRANÇAISES.
sidérables ; mais il serait nécessaire, dans ce cas, que cette mise en valeur fût entreprise et dirigée par des Européens.
Travaux publics. — Les routes, — Une des premières conditions du développement agricole et commercial du pays, aussi bien du Soudan français proprement dit que de tout le bassin du Niger (lorsque les résistances que nous venons de signaler auront disparu), est rétablissement d'un réseau de voies de communication.
Les travaux publics comprennent aussi, il est vrai, Faménagement et l'embellissement des villages voisins des postes et Tamélioration de ces postes mêmes; mais l'établissement de voies de communication n'en constitue pas moins la partie la plus importante' de ce service.
La première route à faire, celle à laquelle on travaille actuellement est la route qui doit relier Bafoulabé à Bammako par Badoumbé, Kita et Koundou, dont la partie terminée mesure presque partout environ 8 mètres de largeur. Après cette route, on en fera une autre qui partira de Kita et qui ira rejoindre Sîguiri et Kouroussa en passant par Niagassola. Enfin, dès que ces routes seront terminées, on en construira deux autres qui compléteront ce premier réseau. De ces dernières, Tune sera le prolongement jusqu'à Koulikoro, mouillage actuel de nos canonnières, et Nyamina, du tronçon qui mènera de Kita à Koundoa ; l'autre sera une route latérale au fleuve qui reliera Koulikoro à Kouroussa par Bammako, Kangaba et Siguiri.
Le chemin de fer. — Une ligne ferrée, à voie d'un mètre, dont la construction, commencée en 1881, a été, à diverses époques, interrompue, puis reprise, fait communiquer Kayes à Bafoulabé. La distance entre ces deux postes est, avec les rectifications de tracé, d'environ 132 kilomètres ^
1. L'insalubrité du climat, le coût excessif des transports (le
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Entre Bafoulabé et Dioubc-Ba, point situé à environ moitié route de Badoumbé, a été installé un petit chemin de fer de 50 centimètres de largeur; enfin il y a, entre Dioubé-Ba et Badoumbé, Zi2 kilomètres de voie de 60 centimètres de large.
A la suite d'un examen très attentif, il a été reconnu
Attelage à Kayes.
que la voie d'un mètre de la section de Kayes a Bafoulabé, qui est médiocre pour les voitures de la dimension actuelprix du transport de la tonne de Bordeaux à Kayes, qui est aujourd'hui de 58 à 60 francs en moyenne, a été "successivement de 7.000 francs (de 1880 à 1883), de 4.000 francs, en 1884, de 1.285 fr. en 1885, etc.), le manque de confortable aussi bien pour l'alimentation que pour l'installation, la presque impossibilité de recruter un personnel civil suffisamment capable et en même temps assez nombreux pour pouvoir parer à toutes les éventualités, la configuration du terrain, très accidenté, que la ligne devait parcourir, la composition même du sol sur lequel devait reposer la voie, les tâtonnements inhérents à toute œuvre entreprise, comme celle-ci, dans des conditions essentiellement défavorables, au milieu d'un pays nouveau et très éloigné de tout centre européen, enfin l'intermittence forcée des communications avec Saint-Louis et la côte, tels sont les obstacles qui ont, dès le début, contribué à entraver de la façon la plus regrettable l'exécution régulière et méthodique des travaux du chemin de fer. Il convient aussi d'ajouter que, des 25 millions votés par le Parlement de 1880 à 1883, une grande partie. — plus de la moitié de la somme totale — a été consacrée à la construction de tous les forts du haut Sénégal et du bassin du Niger, à leur armement et à leur approvisionnement pour plusieurs mois, ainsi qu'à l'établissement de seize ponts (au delà de Bafoulabé) et de 97 kilomètres de routes. Le coût totaî du chemin de fer, depuis le début
lement employée, serait excellente pour celles d'une ligne de 60 centimètres; la transformation s'impose donc d'autant plus que les dépenses, d'ailleurs peu importantes, que nécessitera cette opération, seront certainement compensées par les économies qu'elle permettra de réaliser sur l'entretien et l'exploitation ^
Cette transformation une fois opérée, il ne restera plus qu'à relier Bafoulabé à Dioubé-ba, c'est-à-dire à remplacer par une voie de 60 centimètres celle de 50 centimètres qui existe actuellement et à construire le pont qui permettra de franchir le Bakhoy à Bafoulabé. On pourra, dès lors, parcourir en chemin de fer, sans transbordement, les 22^ kilomètres qui séparent Kayes de Badoumbé.
A partir de Badoumbé, il y aurait, pour parvenir jusqu'à Kita, deux tronçons à exécuter; le premier, de Badoumbé à Toukoto, mesurerait une longueur de Zi3^,600 ; le second, qui mènerait de Toukoto à Kita, serait un peu plus long et mesurerait environ 71^,300 ^ De Kita, la ligne
jusqu'à la fin de Tannée 1888, a été donné par M. Arthur Leroy, député de la Côte d'or, dans son rapport sur le budget des colonies pour l'année 1889; il s'élevait à la somme de 13.745.471 francs. En y ajoutant les crédits votés depuis lors et certaines dépenses supplémentaires, on peut estimer que la dépense totale, pour la ligne à voie d'un mètre ne s'élève pas à plus de 15 millions. On voit ainsi que le coût kilométrique de ce tronçon de Kayes à Bafoulabé est d'environ 113.686 francs; mais ce prix de revient ne se répartit point d'une manière égale et, tandis qu'en raison des difficultés énoncées plus haut, chacun des 54 premiers kilomètres revenait à 156.500 francs, les derniers revenaient seulement, y compris leur quote-part de voie et de matériel roulant, à 83.500 fr. chacun (le devis du coût du kilomètre étant de 88,500 francs).
1. La commission réunie au mois de janvier dernier (1890) pour examiner différentes questions relatives au Soudan français, a conclu à l'abandon delà voie d'un mètre et à sa transformation en uneligne de0"*,60. Elle ne s'est pas prononcée sur la continuation du chemin de fer au delà de Badoumbé, estimant que cette question, qui est subordonnée avant tout à la situation politique, financière et économique, devait être entièrement laissée à l'appréciation du gouvernement.
2. D'après un travail paru dans le Recueil des délibérations du
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pourrait alors être prolongée par Koundou jusqu'au Niger, soit vers Bammako, soit vers un autre point situé en aval des roches de Sotuba, tel que Koulikoro, par exemple, qui est aujourd'hui le mouilkige de nos canonnières. De Kita à Koundou, il y a lO/i kilomètres; il y en a environ 105 de Koundou à Bammako, ou i2lx environ de Koundou à Koulikoro*.
Après ce rapide exposé^ il convient d'ajouter qu'à l'heure actuelle l'utilité de ce chemin de fer est parfois encore remise en question, et qu'il en sera de même tant que la ligne n'aura pas atteint le Niger et que les résistances qui ont été signalées précédemment n'auront point disparu.
A côté de la question de la transformation et de l'unification de la ligne existante de Kayes à Badoumbé, il s'en présente d'ailleurs une autre dont l'importance n'échappera à personne; c'est de savoir si l'on a intérêt à continuer la construction de la voie jusqu'au Niger.
Au point de vue politique et militaire, cela ne fait point de doute et, au point de vue économique, il en est à peu près de même. Quoiqu'on ne soit pas fixé encore d'une manière précise sur l'importance du trafic commercial dont profiterait la voie ferrée, on a cependant des données suffisantes pour présumer que ce trafic, sans doute faible au début, ne cesserait de s'accroître d'année en année et prendrait surtout une extension considérable le jour où ^a navigation sur le moyen Niger ne rencontrerait plus aucun obstacle de la part des souverains indigènes.
Congrès colonial national (tome II, documents annexes), le coût de la ligne de Badoumbé à Bammako (323 kilomètres) ne dépasserait pas 10 milHons de francs.
1. Les roche? de Sotuba barrent le fleuve pendant une grande partie de l'année, à 8 kilomètres en aval de Bammako; le haut Niger, pendant ce temps, forme alors un bassin spécial, au centre duquel est placé Siguiri ; c'est pour cette raison qu'il a été question d'ajouter ultérieurement au cheinin de fer allant du Sénégal au Niger un embranchement qui partirait de Kita, passerait par Niagassola et aboutirait à Siguiri.
LES
Il reste donc à examiner si, jusqu'au moment où cette navigation sera devenue entièrement libre, il n'est pas préférable d'arrêter provisoirement la construction de la voie ferrée et de se contenter, pour aller de Badoumbé au Niger, d'une route construite de manière à permettre la circulation des voitures.
Il ne faut pas croire cependant que la construction d'une route ordinaire, c'est-à-dire large de 5 à 6 mètres seulement, soit toujours plus économique que celle d'un petit chemin de fer à voie étroite ^
On a vu plus haut que, dès le début de notre installalion dans le pays, il avait été procédé, entre Bafoulabé et Kita, à rétablissement de deux tronçons de route formant une longueur totale de 97 kilomètres^. Les travaux s'étaient bornés à un simple défrichement sur une largeur de 6 mètres, et l'on avait suivi le sentier qui existait déjà, sauf lorsque les pentes ou les rampes devenaient impraticables aux voitures. On avait fait en outre seize ponts en bois, composés simplement de troncs d'arbres formant poutres et recouverts eux-mêmes d'un tablier en rondins joints les uns aux autres et recouverts de branchages et de terre damée. Si primitives qu'elles fussent, ces voies de communication, sentiers défrichés et ponts en bois, avaient coûté en moyenne 55.000 francs le kilomètre.
1. Il a été reconnu qu'en Tunisie chaque kilomètre de route (de 8 mètres de largeur) coûterait environ par kilomètre de 15 à 18.000 francs de premier établissement et de 1.400 à 1.500 francs d'entretien annuel, ce qui reviendrait à dire que chaque kilomètre de route nécessiterait un capital total de 45 à 48.000 francs. En Cochinchine, où le nombre des cours d'eau à franchir est à peu près le même qu'au Soudan français, mais où les terrassements sont souvent moins importants, les routes coloniales (7 mètres de large) ont coûté 30.000 francs par kilomètre à construire et les roules d'arrondissement (largeur : 5 mètres) '20.000 francs, le kilomètre. Il faut ajouter à ce prix les frais d'entretien.
2. Bafoulabé à Kalé, 23 kilomètres, et ïoukoto à Kita, 74 kilomètres.
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Malheureusement, il arriva dans le haut fleuve ce qui arriva jadis en Gochinchine dans les premières années de notre occupation. Les routes disparaissaient sous la végétation et les quelques ponts qui avaient pu résister à l'hivernage étalent rapidement détruits par les termites.
De là la nécessité de faire des routes empierrées et des ponts en fer et en maçonnerie si Ton veut éviter tous les inconvénients qui viennent d'être signalés; \\ est d'ailleurs facile de les faire suffisamment bien établis pour pouvoir supporter, à un moment donné, un petit chemin de fer de 60 centimètres.
Dans ces conditions, tous les travaux d'art se trouvant, par nécessité, exécutés à l'avance, la construction du chemin de fer le jour où l'on voudra pousser celui-ci jusqu'au Niger, se résumerait à un supplément de ballastage et à la pose de la voie.
On peut estimer qu'au Soudan français où l'exécution* de travaux est actuellement plus facile qu'au début de notre occupation, le prix serait à peu près de 28.000 à 30.000 fr. le kilomètre. Il resterait donc à évaluer ~ ce qui n'a pu être fait jusqu'ici — à combien reviendrait l'entretien annuel; en outre, il y aurait à examiner attentivement, d'autre part, combien coûteraient l'établissement et l'entretien de la ligue de 60 centimètres. A prix à peu près égal, l'avantage serait évidemment au chemin de fer, celui-ci pouvant avoir des recettes, tandis que, quoi qu'on pût faire, la route seule ne serait qu'une occasion de dépenses et ne rapporterait jamais rien. C'est à la suite de cet examen seulement qu'il pourra être décidé si, l'unification à 60 centimètres des tronçons de la ligne actuelle une fois terminée, il y a lieu de prolonger cette petite ligne jusqu'au Niger ou d'en suspendre provisoirement l'exécution.
Pays voisins et relations commerciales. — Outre le Sénégal, les Rivières du Sud, le Fouta-Diallon, la colonie de Grand-Bassam et quelques enclaves étrangères telles
que Sierra -Leone, Libéria et la Côte d'or anglaise, il existe encore d'autres contrées avec lesquelles les divers pays du Soudan français sont en relations commerciales constantes. Les plus importantes d'entre elles sont les suivantes :
VAdrar mauritanien, qu'il ne faut pas confondre avec FAdrar nigritien, dont il sera parlé plus loin, est situé à Test d'Arguin et sur la même latitude; c'estsur sa limite septentrionale que se trouve la Sebkha d'Ichil qui fournit du sel à une partie du Soudan occidental; la Sebkha, ainsi que le pays d'Adrar, appartiennent aux gens de la tribu des Kountas qui viennent seulement y lever l'impôt et résident ordinairement dans l'oasis de Tagant. L'Adrar est un pays élevé dont les oasis, très riches et très fertiles, comprennent, dit-on, environ 60.000 dattiers; l'orge, le blé, le mil, y poussent en abondance. La population, d'origine berbère, est évaluée à 7,000 habitants, dont la plupart appartiennent aux différents ordres religieux de l'islam; un certain nombre d'entre eux suivent les pratiques d'une tribu voisine, celle de Yahia ben Otman, composée exclusivement de marabouts. Les principaux centres du pays sont Ouadan, El Guedim, El Chinguiti (800 maisons), Attar (résidence du chef de tribu) et Oudje. L'Adrar et Ichil limitent exactement, du côté de l'ouest, les terrritoires de parcours des Ouled-Delim et des Ouled-Bou-Sba, tribus d'origine zenaga qui vivent non loin du littoral,' au nord-est d'Arguin.
Le Tagant est situé au sud-est de l'Adrar mauritanien, auquel il ressemble par son climat, sa configuration et ses cultures. La partie septentrionale appartient aux Kountas dont la capitale est Tichit (600 maisons de pierre), habitée par les Azers, tribu de race mandingue; c'est dans ce centre que s'échange tout le sel delà Sebkha d'Ichil, dont les Kountas sont propriétaires. Le trafic annuel est d'environ 4.000 tonnes, qui sont vendues en barres ou plaques d'environ 20 à '25 kilogrammes; trois de ces barres représentent la valeur d'un esclave.
La partie méridionale du Tagant est soumise aux Maures Douaïch, qui sont liés à nous par des traités de commerce et d'amitié.
A l'est du Tagant et au nord des États d'Ahmadou, se trouve un vaste plateau, d'une étendue considérable, appelé le Hodh et habité par de nombreuses tribus maures, les Ouled-Nacer, les Ouled- Mahmoud, les Ouled-Zaïd, les Ouled-Allouch et les Ouled-Embarck. Les Ouled-Nacer et les Ouled-Mahmoud dépendent des Douaïch. Les Ouled-Embarck, qui passent pour les plus hardis dresseurs de chevaux et les plus habiles chasseurs d'autruches du Sahara
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occidental, sont placés sous notre protectorat; ils sont environ 12.000 à 13.0001.
La ville la plus importante de la contrée est Oualata, également appelée Birou. Presque aussi peuplée que Timbouktou et mesurant plus d'un kilomètre de chaque côté, Oualata est le grand marché d'échanges entre le Soudan occidental et le Tadjakant. Son industrie principale est la fabrication de blagues et de sacs de cuir qui se vendent dans tout le bassin du Niger et du Bénoué.
C'est au nord du Hodh que commence le désert de Djouf, qui est encore inexploré et dont l'étendue serait, dit-on, de 300.000 kilomètres carrés. Toutefois l'on sait déjà que, loin d'être un plateau comme le Hodh, le Djouf est excessivement bas, comme son nom semble l'indiquer^.
Entre le Hodh à l'est, le Djouf au nord, Timbouktou à l'ouest et la frontière septentrionale du Macina, se trouve une autre contrée déserte d'une étendue beaucoup moindre et nommée El Mraia (le Miroir). On aurait dû plutôt l'appeler la mer d'alfa, car cette plante la couvre en g:rande partie.
A l'est du Mraia et au nord du Macina, s'élève la ville de Timbouktou, idi.à\^ située sur un petit affluent du Niger, lequel coule à une distance d'environ 15 kilomètres^. Mais la partie supérieure de cet affluent s'est remplie de vase, comblée peu à peu, et aujourd'hui les embarcations ne vont pas au delà de Kabara, petit bourg de 2,000 âmes placé entre la ville et le fleuve; encore n'y vont-elles que pendant les hautes eaux. Malgré cela, le mouvement maritime est d'environ 26,000 à 28,000 tonnes par an.
Après Kabara est un autre petit centre, celui de Koromé, situé sur le fleuve même. C'est là qu'en 1887 et 1889 se sont arrêtées les canonnières françaises le Niger et le Mage.
Timbouktou est bâtie en forme de triangle, au milieu d'une vaste plaine à peu près dépourvue d'arbres ; quelques mimosas et quelques bouquets de palmiers sont les derniers vestiges des forêts qui l'entouraient autrefois et que les noirs ou les Touareg ont peu à
1. L'autruche est excessivement commune entre la côte et Timbouktou.