Voir le fascicule sur le Soudan français
LES
Prix de vente en France et aux Colonies. Produits.
En tenant compte de l'exemption du demi-droit d'entrée sur les gommes, soit 10 livres par quintal, les marchandises étaient revendues en France 6.000.000 livres.
Esclaves.
3.000 nègres seulement sur 4.500 arrivaient aux îles d'Amérique ou de la mer des Indes; ils étaient revendus 400 livres l'un, soit 1.200.000 livres.
Le Roi accordait une gratification de 10 livres par tête de nègre importé dans
Total des recettes 7.239.000 livres.
Comme on le voit, la Compagnie gagnait 7,200.000 livres avec 200.000 livres consacrées aux achats et aux frais généraux, c'est-à-dire 800 pour 100. Il est à remarquer en outre que les opérations commerciales étaient bien plus fructueuses que le commerce d'esclaves, car l'achat des produits et les frais généraux (600 à 700.000 livres) d'une part et, d'autre part, la vente seule de ces produits en France donnent à eux seuls un bénéfice variant entre i.OOO et 900 pour 100.
Les successeurs d'André Brûe n'eurent qu'à suivre ses procédés pour maintenir les affaires de la compagnie dans un état satisfaisant de prospérité; mais ils voulurent exploiter les terrains aurifères du Bambouk et firent venir à cet effet du Maroc plusieurs milliers de travailleurs que les maladie^i, les guerres et les dissentiments dispersèrent en très peu de temps; ils occasionnèrent ainsi à la Société des pertes assez considérables.
Prise du Sénégal par les Anglais. — En 1758, la colonie tomba au pouvoir des Anglais, qui s'emparèrent d'abord de Gorée, après l'avoir bombardée; puis, quelques mois plus tard (décembre 1758), Ils se présentaient devant Saint-
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Louis, qui fut prise après huit jours d'une résistance énergique ^
La chute de ces deux villes permit aux troupes britanniques de s'emparer du reste de la colonie, et la Compagnie des Indes perdit ainsi à la fois sa concession et ses comptoirs.
Compagnie royale anglaise d'Afrique. — A sa place, les Anglais installèrent la Compagnie royale d'Afrique, qui reprit tout le commerce de la région.
Cette nouvelle société, voulant empêcher la contrebande des gommes qui se pratiquait sur toute la côte maure, fit détruire les deux principaux marchés où se faisait cette contrebande, Arguin et Portendick; elle essaya également d'obliger les Maures à venir vendre la gomme à Saint-Louis et, dans ce but, abandonna les postes du pays de Galam et l'escale de Podor; mais le résultat fut négatif et les comptoirs durent être rétablis.
De tous les points qu'elle occupait au Sénégal, la France ne possédait plus que l'île de Corée, que le traité de Paris lui avait rendue en 1763. Le gouverneur de cette île, ignorant les traités passés en 1679 par l'amirai Ducasse
1. Les habitants de toute couleur exigèrent qu'on leur assurât, dans l'acte de capitulation, qu'ils ne pourraient jamais être obligés de porter les armes contre les Français, si ces derniers tentaient un jour de reprendre la ville.
Femme serère.
avec le damel du Gayor et les rois du Sine et du Baol, passa avec les chefs de ces mêmes pays des traités qui concédaient à la France le cap Yert, les îles voisines de la côte et les villages de Dakar et de Joal.
Comme aucun privilège ne venait plus, à cette époque, entraver la liberté du commerce, plusieurs larmateurs de la métropole équipèrent un certain nombre de navires, qui vinrent trafiquer sur les parties françaises de la côte d'Afrique et, en 1772, il se forma à Paris une société ayant pour objet la traite des nègres et celle de la gomme.
Compagnie royale de la Guyane (1776). — Par malheur, quatre ans plus tard, le roi Louis accordait à la Compagnie royale de la Guyane le privilège exclusif du trafic des nègres à Corée et sur toute la côte, du cap Yert à la Casamance. Le commerce libre, déjà atteint par la guerre d'Amérique, reçut alors un coup terrible et bientôt l'apparition de la fièvre jaune, importée pour la première fois en Afrique par des navires de la Compagnie arrivant de Cayenne, rendit la situation encore plus précaire.
Expédition du duc de Lauzun. — Le fléau se propageait avec rapidité et, en peu de temps, les garnisons anglaises du Sénégal tombèrent dans un état de faiblesse extrême.
La lecture d'une gazette, qui lui avait été rapportée de Londres, révéla la situation de ces troupes au duc de Lauzun, qui se trouvait alors à Paris et qui conçut dès lors l'idée d'en profiter pour reprendre la colonie. Il fit part de son projet à M. de Sartine, qui l'approuva, et l'expédition fut aussitôt organisée. Elle comprenait deux vaisseaux de ligne, deux frégates et trois corvettes ^\ en même temps,
1. Les vaisseaux étaient : le Fendant, de 74 canons, commandé par le marquis de Vaudreuil et le Sphinx, de 64 canons, par M. de Soulanges; — les frégates : la Résolue, commandée par le comte de Pontevès-Gien, et la Nymphe, par le chevalier de Saineville; — les corvettes : la Lunette, commandée par M. de Chavagnac, VÉpervier, par M. de Capellis et le Liveli^ par M. Eyrlès.
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plusieurs transports devaient fournir à l'escadre tous les approvisionnements nécessaires en vivres et en munitions, et des pilotes, engagés par les soins du gouverneur de Corée, devaient aider les bâtiments français à franchir la barre du Sénégal. Malheureusement, les instructions données furent mal transmises et Ton s'aperçut bientôt que non seulement les approvisionnements étaient insuffisants, mais aussi que les pilotes embarqués n'avaient aucune con-' naissance du fleuve.
Effrayé et découragé, M. de Yaudreuil proposa de tout abandonner, mais M. de Lauzun, avec une ténacité qui fait son éloge, ne voulut point y consentir. Accompagné d'un seul officier, il alla en canot reconnaître lui-même la barre et, dans la journée du lendemain, les navires passaient sans grandes difficultés.
Le 30 janvier 1779, la garnison de Saint-Louis capitula et, un mois plus tard, les établissements de la Gambie étaient détruits.
M. de Lauzun mit aussitôt la colonie en état de défense et l'amiral anglais Hughes, qui avait cru pouvoir la reprendre au moyen de l'escadre considérable qu'il menait aux Indes, dut y renoncer au bout de quarante-huit heures 1.
Le successeur de M. de Lauzun fut M. Eyriès, qui fit drcvsser, par Sarrazin de Montferrier, la première carte du Sénégal, depuis les bouches du fleuve jusqu'aux chutes du Félou, et opérer le premier recensement de la population de la ville de Saint-Louis (3.028 habitants).
Après la conclusion de la paix avec l'Angleterre, le 3 septembre 1783, la Compagnie de la Cuyane obtint que son privilège exclusif de commerce et de traite des nègres fût, en ce qui regardait la côte d'Afrique, transféré à une nou-
1. Après une telle série de succès, le duc de Lauzun croyait avoir bien mérité de la patrie et du roi; il se trompait. LorsquMl reparut à Versailles, il y fut fort mal. reçu.
velle compagnie du Sénégal. Le trafic des noirs prit alors une extension considérable et, dans le cours de la seule année 178fi, il fut importé dans l'île de Saint-Domingue plus de 25.000 individus, vendus en moyenne au prix de 1.660 livres chacun.
A M. Eyrlès succéda, comme gouverneur, M. de Repentigny, qui fit commencer Thydrographie des côtes de la Sénégambie et signa plusieurs traités fort avantageux avec divers chefs du pays, le roi Sandéaé, du Saloum, les rois du Sine et du pays de Bar, au sujet du rétablissement du comptoir d'Albréda à Tembouchure de la Gambie, et avec Talmamy du Fouta.
Compagnie de la gomme. — En la Compagnie du Sénégal, dont les affaires devenaient de plus en plus mauvaises, céda son privilège à une société dite Compagnie de la Go?n?ne, Un des premiers actes du directeur de cette nouvelle compagnie, J.-B.-L. Durand, fut de conclure avec les Maures Trarzas et Braknas des conventions aux termes desquelles ces derniers s'engageaient à ne pas trafiquer avec les Anglais; ils prenaient en outre l'engagement de ne plus porter leur gomme à Arguin ou à Portendick, que visitaient assez souvent des navires appartenant à des armateurs nantais.
Le chevalier de Boufflers. — A la fin de l'année (1785), le gouverneur, M. de Repentigny, fut remplacé par le chevalier Stanislas de Boufflers, lequel amena avec lui deux hommes qui devaient être de précieux collaborateurs; c'étaient MM. Xavier de Golberry, ingénieur, qui fit plusieurs voyages dans l'intérieur du pays, et Geoffroy de Villeneuve, qui s'occupait plus particulièrement des questions agricoles.
Adanson (17Zi9-175Zi) et Golberry (1785-1787). — Depuis André Brûe et Compagnon, c'est-à-dire depuis plus de soixante ans, un seul Français avait tenté un voyage d'exploration; c'était le naturaliste Adanson, qui resta cinq années au Sénégal, dont il étudia la faune et la flore. Il
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Visita Plie de Sor, îe marfgot des^ Maringouias^ les environs de Podor, le cap Vert, Gorée, alla jusqu'aux rives de la Gambie, et rapporta en France des collections si complètes, qu'elles lui permirent d'écrire une histoire naturelle et une histoire du Sénégal, qui sont encore utiles à consulter aujourd'hui. En 1786 et 1787, de Golberry fit à son tour plusieurs voyages intéressants dans le Cayor, le bassin de la Gambie et celui de la Rokelle K
Cahiers de la ville de Saint-Louis aux États généraux. — En 1789, un peu avant l'ouverture des États généraux de Versailles, les habitants de Saint-Louis rédigèrent, pour l'envoyer ensuite à cette assemblée, des cahiers qui ne sont qu'un long réquisitoire contre la Cornpagnie de la Gomme, redevenue, deux ans auparavant. Compagnie du Sénégal ^.
A la suite de la remise de ces cahiers, sur un rapport du représentant Roussillon, amendé par Malouët, alors intendant de la marine à Toulon, le commerce du Sénégal fut déclaré libre pour tout Français et la Compagnie concessionnaire déchue par cela même de son privilège. Ces brusques changements nuisirent fort à la colonie et ce n'est qu'au bout de neuf années que le chiffre d'affaires commerciales commença à se relever. Le tableau suivant donnera à cet égard toutes les indications nécessaires.
1. Les renseignements qu'il rapporta de l'un de ses voyages augmentèrent encore l'erreur généralement commise à cette époque au sujet de la ville de Timbo, capitale du Fouta-Diallon, que l'on confondit pendant longtemps avec celle de Timbouktou, située beaucoup plus à l'est, sur le Niger.
2. L'auteur de ce document fut, paraît-il, un nègre nommé Lamiral, que l'on chargea de le porter en France; lorsqu'il arriva, les États généraux avaient fait place à l'Assemblée nationale. Lamiral profita de son séjour dans la capitale pour publier un ouvrage qui contenait des renseignements, fort précieux à cette époque, sur la traite de la gomme avec les Maures, sur le trafic des esclaves et enfin sur le commerce dans le pays de Galam, qu'il avait visité.
État du commerce de la colonie de 1789 a 1798. — En 1789, les exportations du. Sénégal en France s'élevaient à la somme de 2.697.668 livres tournois, dont détail suit :
Livres.
Gomme 1 .212.004 livres d'une valeur de 2.246.455
Morfil (ivoire).... 67.894 — — 407.364
Cire jaune 22.807 — — 34.210
Cuirs secs en poil 882 peaux — 8.820
Divers , 819
Total 2.697.668
Durant cette même année, les exportations de France au Sénégal s'élevèrent à 20.988.335 livres tournois.
L'année suivante (1790), les importations s'élevèrent à 20.716. 29/i livres tournois, et les exportations, dont le détail se trouve ci-dessous, à 2.316.677 livres tournois ^ :
Livres tojrnois.
Gomm3 99i.907 livres d'une valeur de 1.986.247
Morfil 44.105 — — 289.784
Cire jaune 20.914 — — 31. 82:^
Cuirs secs 826 peaux — 8.260
Divers 563
Total 2.316.677
Comme nous l'avons dit tout à llheure, la suppression du privilège fut fatale au commerce de la colonie par la concurreace exagérée et irréfléchie qu'elle fit naître parmi les négociants du Sénégal. Ainsi le prix de la gomme qui, jusqu'en 1790, n'avait pas dépassé cinq sous la livre à la
. 1. L'énorme dififérence entre la valeur des exportations de France et celle des retours du Sénégal s'explique par les achats de noirs qui se faisaient alors à la Côte d'Afrique et par le transport direct de ces noirs dans les colonies d'Amérique où leur prix était soldé en denrées coloniales et revenait ainsi en France par voie indirecte.
Afrique i.
LKS COLONIES FRANÇAISES.
côte d'Afrique, monta successivement à huit, dix, douze et quinze sous; il alla même jusqu'à un franc en 1798.
Un tel état de choses eut pour résultat de diminuer les exportations du Sénégal en France dans des proportions considérables, comme on peut s'en assurer par le tableau suivant ;