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Convention avec TAllemagne en date du 24 décembre

GABON ET CONGO FRANÇAIS

ce nom. L'Espagne, en ces dernières années, avait élevé quelques prétentions sur la rive droite du cours inférieur de la rivière Mouny, quoiqu'elle ne possédât aucun établissement dans ce pays, où existent au contraire plusieurs factoreries françaises ; d'ailleurs les quelques traités passés par cette puissance avec les indigènes étaient ultérieurs aux nôtres, avec lesquels ils faisaient ainsi double emploi ^

Le territoire du Gabon et du Congo français, où notre autorité est représentée par des postes et stations (à l'exception de celui de Banghi), comprend une superficie de 670.000 kilomètres carrés, sans tenir compte des régions où elle est garantie par les voyages fréquents de nos canonnières^ Quant à la population, elle n'a pu être évaluée encore que d'une manière fort incomplète; mais, d'après les estimations les plus sérieuses, elle serait d'au moins 6 à 10 millions d'habitants et peut-être plus.

Gouvernement et administration. — Le Congo français est soumis à l'autorité supérieure d'un commissaire général, qui est chargé de représenter le gouvernement métropolitain. Ce fonctionnaire est investi de pouvoirs plus étendus que ceux des gouverneurs coloniaux.

Autrefois, lorsque nous n'occupions que le Gabon, le territoire français était placé sous les ordres directs du contre-amiral commandant en chef la division navale des Côtes occidentales d'Afrique ; en 1881, on réunit nos possessions de Guinée au Gabon et on en confia l'administration à un officier supérieur de la marine (ordinairement un capitaine de frégate), qui prit alors le titre de commandant supérieur des établissements français du golfe de Guinée.

1. La Société de géographie commerciale de Paris a publié, dans le 7^ fascicule de Tannée 1887-1888 de son bulletin, un travail très complet, établissant les droits de la France en cette région d'une façon indiscutable.

2. La superficie de la France est de 528.572 kilomètres carrés.

En 1886, la Guinée fut disjointe du Gabon et réunie au Sénégal. Il n'y eut plus alors qu'un commandant particulier du Gabon, jusqu'au moment où M. de Brazza fut envoyé dans le pays avec le titre de commissaire de la République dans rOuest-Africain ; en même temps un lieutenant-gouverneur, résidant à Libreville était spécialement chargé de l'administration du Gabon.

En 1886, la dénomination de commissaire de la République fut échangée contre celle de commissaire général du gouvernement dans le Congo français. Enfin, un décret, en date du 11 décembre 1888, a réuni définitivement sous la même autorité administrative le Congo français et le Gabon.

Conseil d'administration. — Ce même décret institue uQ conseil d'administration ainsi composé :

Le commissaire général, président ;

Le lieutenant-gouverneur, vice-président ;

Le commandant de la marine ;

Le directeur de l'intérieur;

Le chef du service administratif ;

Le chef du service judiciaire,

Et deux habitants notables, désignés parle commissaire général.

Ce conseil peut se constituer en conseil de contentieux administratif.

D'après ce même décret, en cas de décès, d'absence de la colonie ou de tout autre empêchement, le commissaire général est remplacé par le lieutenant gouverneur et, à son défaut, par l'un des membres du conseil, dans Tordre indiqué ci-dessus. Le commissaire général nomme le chef et les employés de son secrétariat, les chefs d'exploration, les chefs de stations et de postes, les agents de cultures, les employés des services auxiliaires et les ouvriers des services civils. Enfin, l'autorité du lieutenant-gouverneur, venant après celle du commissaire général, ne s'étend plus au Gabon seulement, mais à toute la colonie.

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C'est à Libreville que sont établis les différents services du gouvernement : direction de l'intérieur, tribunal, services administratifs, magasins, trésorerie, administration pénitentiaire, service de santé, direction des douanes, service de la marine, commandement des troupes, travaux publics, vicariat apostolique.

Tombe de M. de Lastours.

Direction de l'intérieur et services divers. — La direction de IHîiiérieur, outre ses attributions ordinaires, centralise une partie des rapports et des pièces de toute nature envoyés par les chefs de postes ou de stations. Elle comprend 1 directeur, 3 sous-chefs, 5 employés.

Le tribunal de première instance, établi à Libreville et ressortissant de la cour d'appel de Saint-Louis, est formé d'un juge-président, d'un lieutenant de juge, d'un greffier- Afrique, ir. 0

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notaire et d'an interprète; en outre, il a été créé des justices de paix à compétence étendue à Lambaréné, Franceville, Brazzaville et Loango; les chefs de ces postes remplissent les fonctions de juge de paix.

Du service administratif dépendent tous les magasins : vivres, matériel, etc.; le personnel comprend 1 commissaire adjoint, chef de service, des officiers et agents du commissariat.

Le trésorier- payeur, fait également fonction de receveur de l'enregistrement et des domaines.

Le service de santé est dirigé par un médecin de i^^ classe de la marine, auquel sont adjoints un autre médecin et deux pharmaciens du même corps. Il existe en outre à Libreville un ponton-hôpital, qui sert aux équipages des divers bâtiments de la station navale, aux fonctionnaires civils et aux commerçants.

La direction des douanes comporte, comme service sédentaire (à Libreville) : 1 contrôleur adjoint, directeur du service, 1 second contrôleur, 1 commis; comme service actif (le long de la côte ou sur les frontières), 6 brigadiers, li sous-brigadiers, 3 préposés et 3 marins.

Administration pénitentiaire. — Cette administration est représentée par six surveillants militaires, chargés de la garde d'une centaine de forçats annamites ou chinois, qu'on emploie à des travaux de voirie autour de Libreville ou à des travaux d'assainissement.

Depuis quelques années, on cherche avec raison à disperser dans presque toutes les colonies la main-d'œuvre pénitentiaire, qui peut être utilisée pour la construction des routes, le défrichement, l'assainissement et d'autres travaux publics de toute nature; mais ce dispersement, réclamé depuis longtemps par l'opinion publique, ne peut se faire d'une façon brusque et ne doit s'effectuer qiie progressivement. On a créé déjà au Congo français, à Diégo- Suarez, à Obock, de petits pénitenciers de 100 à 200 transportés, qui commencent à rendre de réels services.

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Un peu plus tard, au fur et à mesure que l'état des finances métropolitaines ou locales k permettront, il sera peutêtre possible, après un examen sérieux des conditions d'hygiène et d'installation, d'en établir dans le Soudan français, au Sénégal et même en Guinée (pour les plus incorrigibles et les plus dangereux) K

Station locale. — La station locale est ainsi composée :

I ponton-hôpital, VAlceste; 1 aviso de 2^ classe (2 canons), le Héron ; i aviso de 3^ classe (2 canons), le Basilic; 1 aviso transport (2 canons), le Pourvoyeur; 1 hateau-citerne, le Komo; et 5 chaloupes à vapeur, le Pygmée, le Saphir, le Rubis, le Ballay et la Turquoise.

II y a en outre la flottille du Congo intérieur, qui comprend :

1 hateau-transport, VAlima ; 2 canonnières de 100 chevaux, le Djoué et VOubanghi, filant 9 noeuds ; enfin 2 petits vapeurs, tout récemment envoyés de France, qui ont chacun 14 mètres de long, calent 0™,75, filent 13 à 14 nœuds et portent jusqu'à 7 tonnes de poids divers (voyageurs ou marchandises).

Troupes coloniales. — Les troupes, qui étaient autrefois fournies par la colonie du Sénégal, ont formé ensuite un corps spécial, dit des tirailleurs gabonais. Ce corps composé naguère de deux compagnies de soldats indigènes, commandées chacune par un capitaine et deux ou

1. Il existe aussi un projet de création de petits pénitenciers dans le Sahara algérien, en des points assez éloignés pour rendre les évasions presque impossibles (tels qu'Ouargla, El Goléa, ou plus loin encore s'il est possible). D'après les lignes principales du projet, tandis qu'une section des condamnés ferait des routes plantées d'arbres (comme l'est une partie de celle de Biskra à Tougourt), Tautre section creuserait des puits et créerait des oasis (d'une étendue variable suivant le débit du puits), où pourraient être plus tard envoyés des colons. Dès que ces oasis seraient prêtes à livrer à la colonisation, les pénitenciers seraient transportés un peu plus au sud et le chemin de fer pourrait venir relier progressivement tous les nouveaux centres de population. En renouvelant plusieurs fois cette même opération, on arriverait facilement, dit le projet, à faire le transsaharien.

trois lieutenants ou sous-Iioutenants (dont un indigène), n'en comprend plus qu'une seule.

Cette troupe, qui tient garnison à Libreville, est destinée principalement à défendre le chef-lieu de la colonie et les établissements européens contre les ennemis du dehors ainsi qu'à les protéger aussi contre les tentatives de certaines tribus voisines. Heureusement, les rares incidents à signaler en ces contrées ne sont généralement que des querelles de village à village ou de tribu à tribu.

Il n'y a pas de troupes régulières dans l'intérieur. La défense de nos postes, de nos stations, des convois de ravitaillement, est confiée à des miliciens noirs secondés au besoin par des indigènes recrutés d'une manière spéciale dans les tribus qui nous sont le plus dévouées

Travaux publics. — Les travaux publics sont dirigés par un ingénieur colonial, auquel sont adjoints deux conducteurs, deux piqueurs, un comptable et deux élèves géomètres; il y a, en outre, une huitaine d'ouvriers spéciaux ou de maîtres de chantiers.

Cultes. — Enfin, le culte est représenté par deux prélats des missions; l'un porte le titre d'évêque d'Archis, vicaire apostolique des Deux-Guinées; l'autre est le vicaire " apostolique du Congo français. Ces prélats sont secondés par d'autres missionnaires, dont un est curé-desservant de l'église de Saint-Pierre de Libreville, et dont les autres gèrent des écoles établies au cap Estérias, à Bata, sur le côté nord du Gabon, à Donguila (dans le Komo), à Lambaréné,au Fernan-Vaz, à Lastoursville, àMayumba, à Loango, à Linzolo, à Brazzaville et à Lîronga.

Personnel spécial aux bassins du Congo et de l'Ogôoué. — Le personnel dont il vient d'être question et pour lequel il n'a pas été indiqué de résidence spéciale, est installé à Libreville; c'est le personnel sédentaire. Mais il en existe un autre, spécialement affecté aux bassins du Congo, de rOgôoué et aux bassins secondaires, et organisé à titre définitif par un décret du 27 février 1889.

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Ce personnel comprend, en dehors des administrateurs coloniaux, résidents ou chefs de zone :

42 chefs de station (dont 6 de l''^ classe); 12 chefs de poste (dont 6 de l'^^ classe) ;

1 secrétaire du commissaire général (qui l'accompagne dans ses voyages) ;

4 chefs d'exploration ;

2 naturalistes spéciaux;

5 agents de culture;

Des ouvriers des diverses professions, en nombre variable; Des agents auxiliaires de 1^® et 2*' classe, en nombre également variable.

Ce personnel spéciaPpeut, comme on le voit, se diviser en personnel actif, comprenant les résidents, chefs de zone, chefs et employés des postes et des stations, et en personnel mobile.

Personnel actif. — Les zones administratives du Congo français (exception faite du Gabon) sont au nombre de quatre seulement : la zone du pays Batéké (résidence, Diélé); — la zone de rOgôoué (résidence, Lastoursville) ; — la zone du Kiliou (résidence, Ludima); — la zone du Congo intérieur (résidence, Brazzaville).

C'est de ces quatre résidences que dépendent les postes et stations établis dans la région du Kiliou, du moyen et haut Ogôoué et du Congo. Les autres postes, tels que ceux de la côte : Bata, Dombo (rivières du Nord), cap Lopez, Fernan-Vaz, Setté-Kama et Mayumba, dépendent directement de la direction de l'intérieur de la colonie.

Le rôle des stations et des postes est de maintenir la tranquillité dans le pays, d'assurer les communications et la sécurité de celles-ci, et de recruter enfin les porteurs ou piroguiers indigènes pour les transports.

On verra plus loin la nomenclature de ces différents centres; disons seulement, dès maintenant, qu'à la tête de chaque station ou de chaque poste est un chef, assisté de quelques employés européens, gardes-magasins ou autres.

Personnel mobile. — Le cadre mobile, excessivement restreint pour la grande région à laquelle il est affecté, comprend :

L'inspecteur des postes et stations; Les chefs d'exploitation; Les naturalistes;

Les ouvriers des diverses professions,

Et certains auxiliaires à attributions spéciales qui appartiennent à l'armée ou à la marine (tels sont l'instructeur militaire et le chef des convois).

V inspecteur des postes et stations est c^iargé principalement du contrôle du personnel et de la vérification administrative; il examine si le service est régulièrement assuré, si les postes sont tenus selon les règlements spéciaux de la colonie, si les magasins sont suffisamment pourvus, si la comptabilité est en règle.

Les chefs d'exptoralion ont des attributions que leur nom indique; la carte du Congo français contient encore de nombreuses lacunes et le mot « inexploré » y est assez fréquent. Les chefs d'exploration ont donc à parcourir la contrée, à reconnaître celles des voies fluviales dont le cours est jusqu'à présent inconnu et à s'assurer du concours des indigèaes de ces régions. Ce sont des chefs d'exploration qui ont reconnu une partie de l'Oubanghi et une partie de la Sanga. Ces agents sont chargés de donner des indications sur les peuplades avec lesquelles ils se sont mis en rapport et de sigaaler au commissaire général les ressources des contrées en produits naturels et en population, les routes les plus commodes et les plus fréquentées, enfin les points les plus propres à l'établissement d'un poste ou d'une station.

L'^s naturalistes peuvent accompagner les chefs d'exploration; leur dénomination définit suffisamment le caractère de leurs travaux.

Les ouvriers d'art sont chargés de différentes constructions, du montage et des réparations des canonnière^ du

Congo supérieur, et de divers travaux dans les postes et stations de l'intérieur du pays. En général, ils n'appartiennent pas à rÉtat.

Quant aux auxiliaires à allribulions spéciales, leur nom indique généralement à quelle sorte de travail ils sont employés; on peut ranger dans cette catégorie l'instructeur militaire, le chef des convois de ravitaillement et les mécaniciens.

Agent commercial. — Le Congo français avait, en outre, à Paris, un représentant qui avait le titre d'agent commercial, et dont le rôle a été assez important au début, pour qu'il ne soit pas sans intérêt de donner quelques indications sur les services qu'il a rendus.

Au Congo, la valeur de l'argent est absolument inconnue et les paiements, quels qu'ils soient, se font avec des marchandises. C'est surtout dans l'intérieur, où les divers postes ou stations de la colonie doivent pouvoir payer les piroguiers et les porteurs des convois, qui le désirent, que les magasins doivent être toujours suffisamment pourvus.

L'indigène, qui a terminé son service, a le droit de se faire payer le bon qui lui a été remis, au moment de sa libération, à n'importe quel poste où il se présente.

Il en résulte que la consommation des marchandises d'Europe est importante et que les expéditions à destination de la colonie sont fréquentes et considérables.

Mais il ne suffit pas d'envoyer au Congo la quantité nécessaire de marchandises, il faut que ces marchandises soient appropriées aux goûts et aux besoins des indigènes.

Le grand défaut du commerçant français a toujours été de vouloir imposer son goût personnel aux étrangers. Lorsque ceux-ci sont civilisés, il n'y a encore que demimal et, pour certaines fournitures, tels que les vêtements confectionnés (ceux des femmes principalement) le Français est toujours sûr d'avoir une clientèle nombreuse. Mais il en est autrement quand il s'agit de peuplades sauvages; il faut alors apporter à celles-ci ce qu'elles aiment,

sinon les transactions commerciales sont nulles ou du moins peu s'en faut. Les Anglais, et surtout les Allemands, ont merveilleusement compris tout le parti qu'ils pouvaient tirer de cet état de choses et ils vendent aux populations africaines ce qu'elles leur demandent, si laid et si mauvais que cela puisse être. C'est là la véritable cause de l'extension considérable et rapide prise par leur commerce depuis quelques années.

Pour lutter contre cette concurrence étrangère, au moins en ce qui concerne la fourniture du gouvernement local, il a été réuni des échantillons de tous les objets de pacotille et de toutes les étoffes qui se vendent le plus au Congo. Cette collection, envoyée à Paris, a permis à l'agent commercial de s'entendre avec différentes maisons industrielles qui se sont mises à fabriquer des marchandises de même nature; la verroterie, la coutellerie sont les mêmes, et la couleur, ainsi que le dessin des étoffes, sont exactement semblables à ceux de la collection.

De la sorte, toutes les marchandises qui sont maintenant envoyées au Congo pour le compte du gouvernement, sont exclusivement de provenance française ; les étoffes viennent principalement de Bolbec, de Rouen, de Louviers, d'Épinal, de Remiremont, de Mazamet, les neptunes de cuivre, de Paris, etc., etc.

Ce système a eu, en outre^ l'avantage de permettre aux maisons de commerce qui ont des comptoirs au Gabon de s'approvisionner peu à peu en France, au lieu d'aller faire leurs achats à l'étranger.

En résumé, le rôle de l'agent commercial a consisté non seulement à s'occuper de l'achat des produits nationaux et de leur expédition pour le compte de la colonie, mais aussi à provoquer en France la fabrication de la plupart des marchandises de traite. Cette fonction a été récemment supprimée.

Principaux centres : Libreville. — Le chef-lieu de la colonie porte le nom de Libreville ; ce n'est à proprement

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parler, ni une ville ni un village; c'est un gros bourg de 2,000 à 3,000 âmes au plus, dont les habitants sont disséminés sur une espace de 6 à 7 kilomètres, le long de Pestuaire. Le centre du bourg est la place du gouvernement, également appelée le Plateau.

Cette place est un vaste quadrilatère planté de man-

Un coin de village ondoumba.

guiers. Sur la face septentrionale sont situés Thotel du gouvernement et, un peu plus loin, mais sur le même plan, rhôpilal. Perpendiculairement à ces deux bâtiments et formant deux autres faces du quadrilatère se trouvent, d'un côté, le tribunal, les prisons et les magasins de réserve ; de l'autre, la direction de l'intérieur et, derrière elle, le couvent des sœurs de lUmmaculée-Conception de Castre?.

Le terrain s'abaisse ensuite en pente douce et descend jusqu'à la plage, le long de laquelle sont les chantiers, les parcs à charbon, le petit port, la jetée où les canots peu-

vent aborder à l'abri de la houle du large et enfin quelques magasins appartenant à des factoreries.

Derrière l'hôtel du gouvernement s'élèvent, au milieu d'une végétation d'une richesse inouïe, les villas des fonctionnaires. A quelque distance, à côté du camp des tirailleurs, sont la poudrière, le cimetière et, tout autour des établissements européens, apparaissent les cases en bambou des indigènes.

Mission de Sâiinte-Marie. — Dans la direction de l'ouest vers l'embouchure de l'estuaire, à l,600ou 1,800 mètres du Plateau, on aperçoit la mission catholique des pères du Saint-Esprit, autour de laquelle s'étendent de vastes plantations de toute nature. Les cocotiers, les palmiers oléifères et beaucoup d'autres végétaux, alimentaires ou industriels y abondent. Cas plantations remplissent, en quelque sorte, l'office de jardin d'essai pour toute la contrée comprise entre le Niger et le Congo.

La mission 'do Sainte-Marie, — tel est son nom — est construite sur une petite hauteur dominant un peu le village de Louis; elle se compose d'un bâtiment principal en pierre, entouré d'une galerie circulaire et derrière lequel sont situés les dortoirs, les classes, les ateliers, les forges, les basses-cours, les parcs à bestiaux, les étables et les écuries. L'eau est fournie par une belle fontaine, de construction bretonne. L'église de la mission, également en pierre, est surmontée d'un clocher à jour et d'une grande croix en bois de santal.

LxsTRUGTioN DES INDIGÈNES. — Cent Cinquante à deux cents petits noirs des tribus voisines, choisis généralement avant l'âge de sept ans, afin qu'ils soient plus faciles à former, sont élevés à la mission ; une cinquantaine d'autres, pris parmi les moins bien doués sont exercés seulement à des métiers manuels. Quand l'apprentissage est terminé, ces derniers quittent la mission, emportant les outils de leur profession donnés en cadeau par les Pères et, en outre, s'ils sont agriculteurs, des plantes et des graines destinées à

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propager dans leur pays les espèces les plus utiles et les plus productives. On fait de même pour les autres enfants de la mission, mais ces derniers reçoivent en plus une certaine instruction primaire qui consiste à leur apprendre à lire, à écrire et à compter. Tous, en sortant de la mission, parlent un peu le français. Depuis trois ans, les Pères du Saint-Esprit ont également une soixantaine d'autres pensionnaires, placés chez eux par le gouvernement local et provenant des villages de l'intérieur. M. de Brazza, sMnspirant des idées du général Faidherbe, a voulu amener peu à peu chacun des villages de l'intérieur à envoyer des enfants mâles, — autant que possible, des fils de chefs, — à la mission du Saint-Esprit.

Cette méthode a l'avantage non seulement d'être une garantie pour la sécurité du pays, les peuplades indigènes ayant ainsi quelques-uns de leurs enfants à la disposition des autorités françaises, mais aussi de préparer l'avenir. Devenus hommes, ces jeunes gens, qui auront vécu dans un centre civilisé, au milieu des Européen?, rapporteront dans leurs tribus des idées nouvelles; ils diront ce qu'ils ont vu, ce qu'ils ont appris; ils passeront aux yeux de leurs compatriotes pour des personnages considérables, aideront pour la plupart au développement de l'influence française et seront tout disposés à laisser la civilisation pénétrer chez eux.

Autour de la mission, et malgré la résistance acharnée des féticheurs, la population M'pongouée est en grande partie catholique, et les indigènes, ne font aucune difficulté pour confier leurs enfants mâles aux religieux.

Le couvent du Plateau. — Mais ils résistent, quand on leur offre d'envoyer leurs filles au couvent des sœurs du Plateau. C'est que les filles ont une valeur; elles représentent un bon prix, non pour l'esclavage qui a disparu entièrement à proximité de nos établissements, mais pour le mariage:

Les sœurs en ont cependant quatre-vingt-deux, auxquelles elles enseignent à parler, à lire et à écrire; elles leur

apprennent aussi le blanchissage, la couture et tentent de leur donner des principes de religion et de morale; elles ne réussissent pas toujours dans cette dernière entreprise. Cependant les jeunes négresses élevées à la mission, une fois devenues, légitimement ou non, mères de famille^ confient volontiers leurs petites filles aux sœurs qui ont guidé leurs premières années à elles-mêmes; et c'est ainsi que peu à peu, avec une patience et une persévérance qu'il faut louer^ les religieuses arrivent à obtenir des résultats vraiment appréciables.

Les mariages au Gabon. — On a constaté que, depuis quelques années, au Plateau et surtout à Glass, les mariages entre noirs à la mairie de Libreville, allaient toujours en croissant. Les registres de l'état civil, confiés à un membre de l'administration locale, ne servent guère (sauf en ce qui concerne les décès) qu'aux indigènes, pour qui cette cérémonie est une occasion de réjouissance; les blancs en font rarement usage. D'ailleurs, les Européennes sont en nombre très restreint et presque toutes mariées; ce sont en général des femmes de fonctionnaires. Quant aux naissances, elles sont, pour les Européens, un cas absolument exceptionnel.

Les Américains de Baraka. — De l'autre côté de Libreville, à un endroit appelé Baraka, à 2,500 mètres environ du Plateau, est située la mission presbytérienne de la Société de Boston. Cette mission, très ancienne, a été fondée peu de temps après l'occupation française. Les Américains qui l'habitaient cherchèrent pendant quelques années à combattre notre influence pour nous supplanter en ces régions, et l'on trouve encore, aux États-Unis et en Allemagne, des cartes géographiques, où le chef-lieu de la colonie est, non pas Libreville, mais Baraka.

La mission, d'où Ton a une vue magnifique s'étendant de l'embouchure de Festuaire à l'ouest jusqu'au fleuve Komo, vers l'est, comprend deux chalets en bambou, entourés de vérandas et servant d'habitation au pasteur et au tré-

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