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CHAPITRE IV

Économie politique et sociale.

Différentes saisons de l'année. — Saison sèche. — Hivernage ou saison des pluies. — Les vents. — Maladies. — L'anémie. — La fièvre. — Médication et médicaments. — Hygiène. —Habitation et couchage. — Vêtements. — Alimentation. — Tentes et bagages. — Productions du sol. — Agriculture.

— Végétaux divers. — Le cacao et le dika. — Autres végétaux. — Centres de culture. — Les cultures maraîchères. — La question de la colonisation.

— Les minéraux. — Industrie. — Commerce. — Produits d'exportation. — Objets d'importation. — Droits d'importation et de sortie. — Voies de communication. — Chemin de fer du Congo; différents tracés. — Les ponts et les phares. — Lignes de navigation. — Ligne postale française de la côte occidentale d'Afrique. — Passages et fret. — Communications postales et télégraphiques. — Conclusion.

Les Saisons. — Le caractère principal du climat du Congo français est une constante uniformité dans la chaleur, çt

les variations du thermomètre y sont si peu appréciables que l'organisme de l'Européen, privé de toute réaction stimulante, ne tarde pas à s'affaiblir

C'est qu'au Congo — et surtout à Libreville, — on est exactement sous l'Équateur (d'où l'uniformité du climat) et qu'on y est beaucoup moins favorisé qu'un peu plus au nord, au Sénégal, par exemple, où la saison fraîche, assez longue, est vraiment réparatrice ^.

L'année est généralement divisée en quatre saisons inégales :

\^ La grande saison sèche, du 16 mai au 1^^ octobre; 2^ La iJremière saison des pluies, du l*^'' octobre au 15 décembre ;

3^ Ldi petite saison sèche, du 15 décembre à la fin de février; 4o La deuxième saison des pluies, de la fin de février au 15 mai.

Cette subdivision de l'année météorologique n'est pas rigoureusement exacte. 11 n'y a en réalité qu'une saison sèche, la grande; quant à la petite, on lui a probablement donné ce nom parce que, pendant sa durée, il pleut un peu moins que pendant les deux saisons des pluies; mais elle est loin d'être complètement sèche, comme son nom pourrait le faire croire.

Pour donner aux saisons du Congo français des dénominations réellement appropriées, il faudrait remplacer cette classification par la suivante, qui indique d'une manière à peu près exacte la différence qui existe entre chacune d'elles :

l» Saison sèche (du 15 mai au 15 septembre);

Saison humide ordinaire (principalement octobre et novembre) ;

1. A Pombre, le thermomètre, qui monte jusqu'à 35 degrés, est parfois descendu, mais rarement, jusqu'à 14 degrés.

2. Par contre, l'hivernage est un peu plus pénible au Sénégal qu'il ne Test au Congo français.

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3® Saison moins humide (principalement du 15 décembre au 15 janvier);

4'» Saison excessivement humide (principalement du l**" février au 1^' mai).

II est préférable, néanmoins, d'adopter la division cli-

Une factorerie à Libreville,

matologique de Tannée, telle que Ta indiquée, en 1881, un chef du service de santé de la colonie ^ :

lo La saison sèche, qui dure de mai à septembre et comprend ainsi quatre mois ;

2» La saison des pluies ou hivernage, qui comprend le reste de l'année.

Saison sèche. — C'est du 15 au 25 mai que la saison sèche commence à se dessiner. A cette époque éclatent les

1. Archives de médecine navale, 1881. Étude publiée par le docteur Bestion, médecin de 1^*^ classe de la marine.

derniers orages, et les pluies, déjà moins fortes et moins longues, sont remplacées par d'autres plus fines et de courte durée. Comparée aux lourdes et humides chaleurs de Thivernage, la température y semble plus fraîche et le thermomètre oscille entre 2/i et 28 ou 29 degrés (ces derniers chiffres indiquant la chaleur du milieu du jour).

Bien que le rayonnement nocturne ne soit pas très sensible, la terre perd graduellement, une fois le soir venu, tout le calorique emmagasiné pendant la journée et il n'est pas rare de voir, vers le matin, le thermomètre baisser peu à peu jusqu'à ce que le soleil ait paru. Aussi les Européens s'empressent-ils, à ce moment, d'échanger leurs vêtements de soie ou de coton, contre d'autres en flanelle légère! Quant aux noirs, ils restent ordinairement chez eux, tant que le soleil n'est pas haut sur l'horizon.

Parfois, pendant cette saison, une ondée vient rafraîchir le sol desséché ; malheureusement, elle remue en même temps la poussière organique qui recouvre les marigots et provoque une recrudescence de fièvre. Habituellement, il n'y a ni orages ni tornades, mais de temps en temps sur la côte un raz de marée sans gravité. Le ciel, toujours pur pendant le reste de l'année, est ordinairement voilé.

Les vents ont des directions différentes selon qu'ils soufflent de jour ou de nuit. La brise du large qui s'élève vers le milieu de l'après-midi et dure jusqu'à une heure avancée de la nuit, vient du IN.-O. ou du S.-S-.O. Elle est saine et provoque une houle assez forte. Après une période de calme qui dure jusqu'à minuit environ, commence à souffler la brise de terre qui vient du S.-E. ou de l'E., et augmente d'intensité jusqu'à l'aurore pour diminuer ensuite entre neuf et dix heures du matin. Cette brise, apportant les émanations de toute nature recueillies sur son passade danslesterres au-dessus des marigots ou des endroits marécageux, est souvent malsaine; on s'en préserve en restant soigneusement chez soi pendant le temps qu'elle souffle.

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Enfin, à la brise de terre succède une autre période de calme (de quatre ou cinq heures], qui disparaît elle-même devant la brise du large.

Hivernage oo saison des pluies. — Dès que l'hivernage reparaît, la chaleur augmente et devient pénible pour TEuropéen. Elle n'est cependant, d'après le thermomètre, que de 2 ou 3 degrés plus forte que pendant la saison sèche Mais cette chaleur est si humide, grâce aux pluies diluviennes de chaque jour, et la tension électrique si forte que l'organisme ressent un malaise sans cesse croissant qui se termine souvent par la fièvre, ou, au bout d'un certain temps, par l'anémie. La transpiration est alors continuelle et fatigante, la circulation du sang est plus lente, et le cerveau s'alourdit.

Chaque soir éclatent des orages d'une violence inconnue dans nos régions tempérées et leur apparition, si désagréable en elle-même parce qu'elle empêche tout sommeil, offre un spectacle d'une magnificence inouïe ^ Sur le litto-

1. Psndant l'hivernage, le thermomètre ne peut indiquer qu'une partie des phénomènes météorologiques; pour avoir de ceux-ci une indication générale à peu près complète, il faut posséder en outre un hygromètre qui donne le degré d'humidité de l'air ambiant et un électromètre qui marque la tension électrique de l'atmosphère.

2. « Au moment où le soleil va se coucher, le ciel gris plombe s'clectrise dans le nord-eçt d'une lueur livide qui embrase Thorizon comme un incendie lointain. Sur le fond du ciel fauve se dessinent avec des éclats de féerie, dans un fantastique paysage, les arêtes des collines et la cime altière des hautes futaies; des zigzags étincelants percent par intervalles l'arc de nuages volcaniques qui se déroulent au-dessus de la terre. La nuit se fait; la nuée noire grandit et se développe dans le ciel enfumé, qu'elle couvre d'une draperie sombre, en mille points déchirée par des traits de feu éblouissants. Bientôt le fracas du tonnerre assourdissant résonne avec l'ensemble d'une salve d'artillerie, les coups se succèdent, se pressent, se rapprochent, et la nuée noire s'épanche en déluge. En un instant, les torrents gonflent à déborder. Spectacle grandiose que l'Européen admire, mais trop souvent renouvelé pour lui, car il tétanise et distend les ressorts do la vie! Parfois l'orage est d'apparence si terrible, la nue si noire, que les indigènes ont peur et s'en-

rai, les orages et les pluies suivent généralement les variations de la marée, mais le fait n'est pas spécial à la côte d'Afrique; il se produit également en France, et quiconque a passé une saison d'été dans une des stations balnéaires de la Manche a pu facilement le vérifier.

Les vents. — Durant Thivernage, les vents sont à peu près les mêmes que pendant la saison sèche, mais ils sont moins réguliers, moins forts et moins durables; leur direction est la même. La brise de terre, qui s'est élevée vers trois heures du matin, disparaît cinq ou six heures après et le calme qui lui succède est d'autant plus pénible pour l'Européen que le soleil est devenu brûlant et qu'aucun souffle d'air ne vient plus tempérer son ardeur. Le soir, vers huit heures, il vient du large une brise très légère, qui dure peu de temps.

11 existe également un vent du nord-est, très irrégulier et spécial à la saison des pluies. C'est ce vent qui souffle le plus souvent lorsqu'éclatent, le soir ou la nuit, les orages dont il a été parlé plus haut. Ceux-ci prennent alors le nom de tornades.

En résumé, ces orages continuels, la tension électrique constante, l'humidité et la lourdeur de l'atmosphère rendent le climat assez difficile à supporter. Cependant, au fur et à mesure que l'on pénètre dans l'intérieur et que Ton gagne des régions de plus en plus élevées, les conditions atmosphériques s'améliorent; enfin, lorsqu'on est parvenu à la zone des hauts plateaux, tels que les plateaux batékés, on se trouve alors dans une région plus saine, bien ventilée et nullement fiévreuse.

Maladies. — L'anémie. — Dès son arrivée dans le pays, l'Européen se trouve en butte à deux influences très dis--

ferment dans leurs cases. Lorsque la foudre tombe, elle atteint leig| navires en rade, le mât de pavillon des factoreries, les arbres au^ port élevé, quelquefois les habitations sur les hauteurs. » {Un orage sous l'équateur : La Région gabonaise.)

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tinctes qui agissent cependant ensemble la plupart du temps et produisent à peu près les mêmes effets.

La première est le climat, représenté par ses trois éléments : la chaleur constante, Tiiumidité et la tension électrique de l'atmosphère , causes principales, pour nepas dire uniques, de Tanémie et de la fièvre. La seconde est le miasme paludéen, qui aggrave singulièrement les maux causés par le climat.

Poste français de Setté-Kama.

L'anémie ne se montre pas tout de suite; elle n'atteint le nouveau venu qu'au bout d'un certain temps, qui varie selon la constitution de l'individu, son genre d'existence et les circonstances où il se trouve; l'Européen qui mène Afrique, ii. 8

une vie sédentaire offre une proie moins facile, par exemple, que le voyageur qui est sans cesse en mouvement. Ce dernier usera ses forces beaucoup plus vite, non seulement à cause des fatigues physiques et morales de la route, mais encore parce qu'il lui manquera tout le long du chemin le confortable et le bien-être nécessaires à l'Européen sous ces latitudes. De même, celui qui habite un endroit bas et malsain sera atteint d'anémie plus rapidement que celui qui demeure sur de hauts plateaux, loin de toute émanation maremmatique.

Cette observation s'applique principalement à toute la région du littoral et des forêts, qui est depuis longtemps la plus fréquentée; il est reconnu en effet aujourd'hui que, comme nous le disions tout à l'heure, les régions élevées de l'intérieur ne se trouvent pas sous la même influence ; ainsi les hauts plateaux batékés, élevés de i.OOO à l.ZiOO mètres au-dessus du niveau de la mer, bien aérés, nullement humides, présentent les meilleures conditions hygiéniques et l'on peut, dès maintenant, prévoir le moment où il ne sera plus nécessaire à l'Européen vivant en ces contrées de venir, tous les deux ou trois ans, passer quelques mois en France pour se remettre, mais où il pourra. se contenter simplement d'aller résider pendant quelque temps sur les plateaux de l'intérieur du pays.

La fièvre. — L'Européen nouvellement arrivé peut également se trouver, au bout de peu de temps, atteint de la fièvre 1; celle-ci est, comme l'anémie, plus ou moins forte, selon les circonstances, et sa gravité varie aussi

1. Il n'y a pas lieu de s'en étonner, le moindre changement de climat pouvant même, dans les régions moins torrides, amener un semblable résultat. Nous citerons, en effet, à l'exemple d'un des collaborateurs de ces notices qui, passant seulement quelques jours à Smyrne, après un court séjour à Constantinople, fut sérieusement malade de Ja fièvre dont il avait été pourtant indemne quelques années auparavant au Mexique, pendant un séjour de plus de quinze mois à la Vera-Cruz.

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suivant "les saisons : on y est généralement moins sujet durant la saison sèche et même pendant riiivernage qu'aux époques de transition d'une saison à l'autre.

Dès qu'on en est atteint, il est nécessaire de combattre le mal sans tarder, autant pour le faire disparaître que pour en prévenir le retour ; il est rare, toutefois, qu'on n'en soit pas repris dans un délai plus ou moins rapproché; mais, si l'on a suivi un traitement préventif, ses apparitions sont moins fréquentes et, en tout cas, beaucoup moins fortes. Si l'on a été pendant un certain temps sous l'influence des miasmes telluriques (ce qui se produit surtout sur le littoral même), la fièvre prend un caractère différent et, au lieu d'être ordinaire ou intermitlenle^ elle est dite paludéenne simple. Son principal symptôme est un frisson court, dont Tinlensité augmente peu à peu, tout en étant interrompu par une période bien nette de chaleur et de moiteur ; il s'y ajoute souvent des vomissements bilieux et un engorgement passager des viscères (surtout du foie). La première attaque, qui est la plus forte, se reconnaît à quatre accès quotidiens successifs; il est rare qu'elle n'en ait que deux^

La fièvre pernicieuse peut atteindre tous les individus, quel que soit le temps de leur séjour dans le pays. Elle est ordinairement précédée d'une série d'accès de fièvre ou d'une impaludation graduelle dont on ne s'est point aperçu; dans ce dernier cas, il semble toujours qu'elle est inopinée. Elle se développe rapidement, affectant des caractères divers : elle est hëmaturique, lorsque les urines apparaissent rouges de sang; dans ce ca?, elle est rarement mortelle; elle est ataxique (ce cas est une exception), lorsqu'elle se produit sous forme de délire, de rica-

1. La fièvre intermittente est généralement septénaire, ce qui signifie qu'elle ne reparaît que pendant un jour sur sept. Souvent, quand on a pu en diminuer seulement l'intensité sans l'enrayer tout à fait, la réapparition du mal n'est plus septénaire, mais représentée par des multiples de sept, c'est-à-dire qu'elle se produit toas lés 14, 21, 28, et même 35, 42 et 49 jours.

nements prolongés et même de folie furieuse ; elle est enfin comateuse, lorsque le malade, se trouvant en proie à un besoin irrésistible de dormir, succombe à un sommeil dont il ne se réveille jamais * . Ce dernier cas, qui se produit rarement, mais plutôt pendant Tiiivernage, est spécial aux indigènes et n'atteint pas les Européens^.

L'impaludation a généralement sa source dans la «configuration même du pays, dont les marigots, se desséchant après rhivernage, conservent pendant quelque temps des eaux stagnantes, devenues bientôt marécageuses. En outre, le sol, avec ses forêts impénétrables au soleil, est tellement chargé de débris organiques qu'il s'y produit des émanations malsaines, plus terribles encore lorsqu'on veut défricher; car, dans ce dernier cas, le soleil frappe la terre, qui dégage de nombreuses vapeurs, et les accès de fièvre augmentent encore, dans des proportions considérables, lorsqu'on vient ensuite remuer cette terre elle-même.

L'anémie et la fièvre sont donc les maux qu'on a surtout à redouter^. La dysenterie et les maladies des voies digestives sont assez rares, mais il importe cependant de s'en préoccuper et, pour cela, il est utile de posséder les remèdes nécessaires à combattre ces différentes affections.

MÉDICATION ET MÉDICAMENTS. — La médlcatiou la plus généralement employée contre la fièvre est le sulfate, — ou mieux encore le brombydrate, — de quinine, qu'on administre aujourd'hui dans des proportions bien plus considérables qu'autrefois (on en donne parfois jusqu'à 7 et

1. Le docteur Barret, médecin de la marine, a parfaitement déterminé les différentes causes des maladies les plus communes de cette contrée en disant que la constitution médicale de la région littorale est Vanémie doublée d'infection palustre,

2. Voir, relativement à cette maladie du sommeil, les fascicules concernant le Sénégal et le Soudan français.

3. Toutes les observations relatives à Tanémie et à la fièvre paludéenne ne s'appliquent pas seulement à la région côtièredu Congo; elles concernent également le Soudan français, les Rivières du Sud, et la côte de Guinée. ^ ^

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