Dans cette contrée, les baies intérieures des cours d'eau
Les collines, qui commencent assez loin de la mer, forment, comme sur la Côte d'Ivoire, des gradins successifs d'une hauteur de 60 à 70 mètres chacun et vont ainsi se rattacher aux hauts plateaux de Tintérieur qui n'ont pas plus de 800 mètres d'altitude.
A Grand-Popo, le littoral est double et la bande maritime est séparée du continent par un canal qui fait communiquer entre elles *les lagunes Avon, Denham et Korodou, allant ainsi du pays de Togo à la colonie de Lagos, à travers le Dahomey et le royaume de Porto-Novo ^
Le territoire de Grand-Popo est traversé par les rivières d'Agomé et de Grand-Popo; cette dernière se divise en plusieurs bras, en se jetant dans le canal des lagunes, et forme quelques îles dont les plus importantes sont les îles Mattah, Macou et Tabarge. En toute saison, la communication existe avec la mer; cependant les indigènes pratiquent souvent des coupures dans la bande maritime pour y faire passer leurs barques. La barre, si violente en certains endroits de la côte de Guinée, n'est pas très forte en face du village d'Agomé.
La lagune Denham et l'Ouémé. — A l'ouest de Porto- Novo se trouve la lagune Denham (ou Nakhoué), dans laquelle s'écoule la rivière Ouémé, qui a une profondeur moyenne de quatre mètres et dont le cours supérieur passe à Agonly, à huit heures de marche d'Abomey, capitale du Dahomey ^.
A partir du littoral, sillonné par de petits canaux, le
cachent une quantité de petites criques, au bord desquelles, bien abrités par des arbres touffus, les traitants d'autrefois pouvaient, sans crainte d'être vus^ amener 'leurs caravanes d'esclaves.
1. La lagune Avon porte le nom du navire anglais qui, le premier, l'explora en 1846.
2. Le roi du Dahomey a eu pendant un certain nombre d'années la prétention d'interdire aux Européens de remonter le cours de rOuémé. Aujourd'hui cette prétention ne saurait plus exister j car une partie des chefs riverains de l'Ouémé se sont placés en mai 1887 sous le protectorat de la France.
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terrain se relève peu à peu, de manière à former un vaste plateau que bordent, à l'ouest, la rivière Ouémé, à l'est, la rivière Addo.
Les populations de la Côte des Esclaves; les Minas. — Le territoire de Grand-Popo et d'Agomé est habité par une peuplade qui a fourni jadis aux négriers portugais^
La place du marché au bois à Porto-Novo.
lesquels les envoyaient au Brésil, un nombre considérable d'esclaves. Les indigènes de ce pays portent le nom de Djédis^ mais ils sont plus connus sous celui de Mifias^ qu'on leur donne encore dans l'Amérique du Sud. Ce sont des hommes de haute taille, bien découplés, très vigoureux, qui se sont fait estimer par leur douceur et leurs qualités morales, comme ils se sont fait craindre au Brésil par leur amour de la liberté ^
1. Comme tous les noirs de Guinée, les minas sont fétichistes; mais ils ont plus particulièrement le culte des reptiles et il s'ensuit
Les Nagos. — A Porto-Novo, les habitants du territoire, appelés Nagos, appartiennent, comme leurs voisins les Egbas, au grand peuple des Yoroubas. Ce sont des êtres doux, bienveillants, consciencieux, sincères et très serviables. Chez eux, comme chez les Krouman, la propriété est collective; ils sont agriculteurs et cultivent spécialement Tigname et le maïs, qui sont leur principale nourriture ; mais ils ont, également des plantations de manioc, de mil, d'arachides, de bananes, de patates, etc. D'ailleurs, le pays, qui est fort riche, se prête merveilleusement aux travaux agricoles de toutes sortes.
Les Nagos excellent aussi à extraire le vin de boudou, de Tarbre appelé le raphia, au sommet duquel ils grimpent avec une agilité prodigieuse. Ils sont en outre fort industrieux et fabriquent des étoffes qu'ils teignent ensuite, des poteries et des objets en fer ou en peau.
Ainsi que tous les noirs de la Côte de Guinée, ils sont idolâtres et leur crainte du fétiche est telle, que l'étranger qui visite le marché au bois de Porto-Novo est frappé d'un spectacle vraiment curieux.
Tout autour de la place sont déposées les piles de bois à vendre; seulement il n'y a là que des acheteurs et pas de marchands, ceux-ci étant partis à leurs affaires. Comme le bois a un prix fixé d'une manière invariable, chaque noir fait lui-même sa provision à l'une des piles et dépose par terre, en face de la pile , le prix de son achat en cauris. Quoique le marchand soit absent, aucun acheteur ne songe à voler, car, d'après la croyance des indigènes, la place est surveillée par le fétiche et le voleur tomberait aussitôt foudroyé.
Toutes ces peuplades, Nagos ou Minas, qui habitent Grand-Popo ou Porto-Novo, fort jalouses de leur indépendance, ont été bien souvent en butte à des attaques, aux-
que ces animaux, n'étant jamais détruits, pullulent dans toute la contrée.
COTE DE GUINÉE
quelles elles n'ont pas toujours pu résister, de la part des bandes armées du royaume du Dahomey, qui se trouve situé justement entre les deux possessions.
Territoire de Grand-Popo. — Royaume de Porto-Novo. — Kotonou et Afatoriou. — Ville de Porto-Novo. — Gouvernement du royaume. — La langue française. — Troupes et milices.
Territoire de Guand-Popo. — Le territoire de Grand- Popo est situé sur la Côte des Esclaves, à l'ouest de la partie maritime du Dahomey. Il est borné de ce côté par une ligne partant de la mer et rejoignant directement vers le nord la rivière de Grand-Popo, limite orientale du territoire. Du côté de l'ouest, la frontière suit également une ligne qui part d'un point situé entre Petit-Popo et Agomé et se dirige vers le nord perpendiculairement à la mer. H n'y a pas de limites du côté du nord.
Cette possession contient, d'après ZoUer, environ 120,000 habitants, et les pays situés au nord, environ 200,000. D'après le même auteur, la contrée voisine de Togo et de Petit-Popo, qui appartient aux Allemands, compte 60,000 habitants et les pays limitrophes 50,000.
La Baranquère, Agomé et la ville de Grand-Popo. — Les centres principaux de cette enclave sont : Agomé, Grand- Popo et la Baranquère.
La Baranquère, appelée Abaranquère par les indigènes, n'est qu'une réunion de quelques misérables huttes; on y voit une factorerie française.
Agomé (Ajigo) est à 9 kilomètres de Petit-Popo. C'est une ville commerçante, entourée d'un grand nombre de champs cultivés. Ce sont surtout les nègres qui y font le commerce. Son port est un des plus sûrs de la côte et
son climat n'est pas malsain. Les caravanes de Tintérieur commencent à en prendre le chemin et contribuent ainsi à son développement.
Grand-Popo a été fondée, comme Agomé et la Baranquère, par des indigènes persécutés du Dahomey, des Minas libérés revenus du Brésil et des mahométans de l'intérieur. On a ainsi une population très diverse, fétichiste, chrétienne et musulmane. Une partie de Grand-Popo est sur la mer; l'autre partie, appelée Sait- Pond-Havy, est située sur la lagune. On y fait également un grand commerce.
Royaume de Porto-Novo. — De l'autre côté de la région côtière du Dahomey est le royaume de Porto-Novo, dont les limites sont les suivantes : à l'ouest, une ligne brisée partant d'un point du littoral et aboutissant, à peu de distance de là, à la lagune Denham; puis elle suit la rivière Ouemé jusqu'à l'endroit où elle pénètre complètement sur le territoire dahoméen; au nord, ce sont les frontières du Dahomey ; enfin, à l'est, notre territoire touche celui de Lagos, dont il est séparé, d'abord par une ligne partant de la mer et fixée par l'arrangement du 11 août 1889, qu'on a pu lire, in extenso ^ au début de ce chapitre.
KOTONOU ET Afatonou. — Le port de cette possession est Kotonou (Appi) où les bâtiments entrent en franchise, tandis qu'ils paient des droits assez considérables à Lagos; aussi le mouvement maritime augmente-t-il sans cesse !
Auprès de Kotonou, dans la lagune, est le village d'Afatonou, créé autrefois par des indigènes de Godomé, poursuivis par les noirs du Dahomey. Le fétiche défendant aux soldats de ce royaume de franchir l'eau autrement qu'à gué et leur interdisant par suite l'usage des ponts ou des bateaux, les gens de Godomé se sont installés sur la lagune même dans des habitations bâties sur pilotis.
Ce village a cela de singulier que les palabres se tiennent en l'air, sur les toits presque plats des cases, ou tadjis; c'est également sur ces toits que, les jours de fête, gam-
COTE DE GUIMÉE.
badent les danseuses. Lorsque quelqu'un tombe à Peau, personne ne s'en inquiète; une chute dans la lagune n'a rien de bien grave pour ces indigènes qui nagent admirablement et qui ont en outre une pirogue remisée sous chaque habitation.
Ville de Porto-Novo. — Nous arrivons enfin à Porto- Novo, le Port-Neuf des Portugais, TAdjaché des noirs.
Lagos seule dépasse Porto- Novo en population. Dans cette dernière ville, ou plutôt dans ce groupe de villages, on compte environ 20.000 habitants (200.000 pour le royaume entier).
Porto-Novo fait un grand commerce avec les districts de l'intérieur du bassin du Niger. Les principaux objets d'échange sont, principalement, le tabac, la poudre, les étoffes et les boissons alcoo- ^ ^
liques; on y expédie des noix ^-^^ .^^^-^^^S^-u; i
pour le Brésil et, pour l'Europe, des amandes etde l'huile Marchands de manioc, de palme. En outre, on y fabrique des étoffes en fil d'ananas et on y recueille du sel qu'on vend aux tribus de l'intérieur.
Gouvernement du Royaume. — Le gouvernement du royaume est absolument unique en son genre. Il y a deux rois à Porto-Novo, le roi de jour et le roi de nuit.
Le roi de jour, Toffa, est le plus considéré ; c'est lui qui a les 'droits politiques, qui dirige l'administration. 11 doit être rentré chez lui au coucher du soleil. Au contraire, le roi de nuit ne peut sortir que lorsque le jour a disparu ; c'est un simple chef de police, dont la mission est uni-
quement de veiller à la tranquillité de la ville. Chaque i a droit de mettre à mort son collègue, s'il le rencontre dans les rues pendant son interrègne.
La langue française. — La langue française est peu répandue dans ces contrées et particulièrement à Porto- Novo. On y parle l'anglais, un peu de portugais et beaucoup de dialectes indigènes.
Il y a quatre ou cinq ans, les missionnaires et les sœurs établis sur nos possessions enseignaient l'anglais dans leurs classes; mais le commandant particulier leur imposa la langue française et l'on commence aujourd'hui à la parler un peu.
La mission catholique instruit chaque année 110 à 120 garçons et 80 filles; quant à l'école protestante, elle est beaucoup moins suivie et ne compte que 35 à 1x0 élèves.
Troupes et milices. — A Porto-Novo, il y a une compagnie d'infanterie indigène, la 10^ du régiment des tirailleurs sénégalais, dont il a été question dans une précédente notice.
Outre cette compagnie, il a été organisé, depuis le mois de mars 1890, une milice recrutée parmi les Européens et les indigènes résidant sur le territoire français de Bénin. Cette force armée se compose de quatre compagnies (trois pour Porto-Novo, une pour Agomé et Grand-Popo;, dont l'effectif par compagnie est le suivant :
1 chef de compagnie; li chefs de section; li brigadiers; 8 sous-brigadiers, et 100 miliciens. Soit 117 hommes par compagnie et Zi68 hommes pour la milice tout entière.
Ces compagnies peuvent être mobilisées par décision du lieutenant-gouverneur; en cas d'urgence et d'événements graves, cette mobilisation est ordonnée par le résident de France. Elles sont à la disposition absolue de l'autorité civile; mais, si elles font partie d'une colonne constituée, elles relèvent de l'autorité militaire.
COTE DE GUINÉE
Commerce et relations commerciales. — Le Dahomey. — Le pays des Egbas. Les Yoroubas. — Taxes et droits.
Commerce et relations commerciales. — A Grand-Popo et à Porto- Novo, le commerce français appartient aux maisons Mante frères et Borelli de Régis, Cyprien Fabre, Colonna de Leca et Maurel. 11 y a, en outre, douze maisons créoles, cinq maisons allemandes, une anglaise, une portugaise et cinq brésiliennes.
Comme à Grand-Bassam, les exportations ne se composent guère que d'huile et d'amandes de palme.
En 1886, les exportations se sont élevées, pour toute la côte de Guinée, à plus de cinq millions de francs, et les importations à près de quatre millions.
En 1888, elles ont atteint, pour Porto-Novo et Grand- Popo, un total de 10.1/i5 tonnes d'huile de palme (d'une valeur de 500 francs chaque), et de 10.711 tonnes d'amandes de palme (d'une valeur de 250 francs chaque) ; on a exporté enoutre 6.000 noix de coco. La valeur de ces exportations a donc dépassé 10 millions de francs cette année-là.
En 1889, le mouvement commercial s'est élevé pour Grand-Popo et Agomé à 2.626.300 francs; de ce chiffre, il y a 1 . /i29 . 150 francs d'importations (dont 1.080.600 francs par maisons françaises) et 1.197.150 francs d'exportations (dont 907.950 francs par maisons françaises).
Pour Porto-Novo et Kotonou, il y a eu pour 6.308.200 fr. d'importations (dont Zi. 768. 950 francs par maisons françaises) et pour Zi. 808.750 francs d'exportations (dont 3.900.800 francs par maisons françaises); au total 9.577.500 francs.
Ainsi, sur un mouvement commercial total de IZi. IZil. 550 fr., dont 7.737.350 fr. à l'importation, la France est repré- Afrique, II. 15
sentée par un chiffre de 10.661.300 fr. dont 5.582.550 fr. à l'importation et Zi. 808. 750 fr. à l'exportation.
En outre, le royaume du Dahomey, dont la partie littorale est enclavée entre nos deux possessions et dont le commerce se trouve presque tout entier entre les mains de maisons françaises, a eu, cette même année 1889, un mouvement d'échanges s'élevant à la somme de 11 . 763 . 1 00 fr. ; les exportations y sont comprises pour 5.3Zi6.850 fr. (dont Zi.Zi91.750 fr. par maisons françaises) et les importations pour 6.416.250 fr. (dont 5.930.150 Ir. par maisons françaises).
Par conséquent le mouvement d'affaires de toute la région (Grand-Popo, Dahomey, Porto-Novo), ne s'élève pas à moins de 26 millions de francs (dont 21.530.000 fr. par maisons françaises).
Il faut faire remarquer en outre qu'une certaine quantité de produits de la colonie sont exportés par la voie anglaise de Lagos, où il passe chaque année, venant de Porto-Novo ou duDahomey, environ 7.000 tonnes d'amandes et Zi.OOO tonnes d'huile de palme.
Les -principaux articles européens qui se vendent dans le pays sont :
Les alcools (genièvre, venant de Hambourg, tafia, absinthe et anisette venant de Marseille), les tissus, le tabac venant du Brésil, le sel, venant de Port-de-Bouc ou de Gibraltar, les armes, provenant de Liverpool, les poudres, provenant de Saint-Ghamas et de Hambourg, enfin les faïences, la quincaillerie, la mercerie, les chaussures, les verroteries et les comestibles (presque tous ces articles venant de France).
Quant aux produits d'exportation, ce sont, comme on l'a vu plus haut : en première ligne, les huiles et les amandes de palme, puis les noix de coco ou bien le maïs.
Les commerçants français s'efforcent d'attirer à eux une partie du commerce de l'intérieur. Comme ceux de Grand- Bassam et Assinie qui cherchent à atteindre Coumassie,
COTE DE GUINÉE
les maisons de commerce tentent de faire arriver leurs marchandises à Abomey, capitale du royaume du Dahomey, à Abéokouta, ville principale du pays des Egbas, et dans le Yorouba, peiii État situé au nord d' Abéokouta; les deux derniers ont signé avec la France des traités de commerce.
Il nous semble donc utile de donner de ces trois contrées un aperçu rapide :
Le Dahomey. — Entre Grand-Popo et Porto-Novo se trouve le royaume du Dahomey, État complètement indépendant.
Les Portugais ont pendant quelque temps occupé Whydah, mais ne pouvant, malgré leurs tentatives, pénétrer dans le paj^s, ils ont évacué ce point en 1887.
La capitale du Dahomey est Abomey (qui veut dire cité dans l'enceinte), ville forte avec des portes monumentales, de larges fossés et une ceinture impénétrable d'arbres épineux. A vol d'oiseau, elle est à 440 kilomètres de Whydah et à 450 kilomètres d'Agomé. Par la rivière Ouémé qui nous appartient en partie, elle est à peu près à la même distance de Kotonou, mais ce cours d'eau est une voie commode et permet d'arriver à Agonly, à huit heures de marche d'Abomey.
On a vu, dans un des chapitres précédents, qu'Agomé était un excellent port devant lequel la barre était praticable en tout temps et que Kotonou, sans être très mauvais, était loin d'avoir la valeur d'Agomé. Ces deux points sont bien supérieurs cependant à Whydah, dont le mouillage présente peu de garanties, dont la barre est souvent impraticable et toujours dangereuse.
Le Dahomey, pays très riche et très peuplé, pouvant donner des quantités considérables d'huile et d'amandes de palme, produits si nécessaires à notre industrie métropolitaine, résiste encore, quoique péniblement, à l'invasion commerciale des Européens.
Il lui faudra cependant céder d'autant plus que la seule puissance européenne limitrophe du Dahomey, la France, se trouvera souvent amenée, par la force des choses, à intervenir dans les affaires de ce pays ; car les Dahoméens ne se contentent pas de se livrer dans leur pays même , comme le faisaient autrefois les Achantis, à d'épouvantables séries de sacrifices humains ; il faut encore que de temps en temps, ils envahissent en nombre les territoires placés sous notre protectorat, principalement le territoire de Porto-Novo, et en enlèvent les habitants. Ils ont ainsi pénétré chez nous en 1883, en 1884 et en 1887; en mars 1889, ils
sont venus attaquer la ville même de Porto-Novo et y ont enlevé 1,800 indigènes K
On évalue la population totale du Dahomey à 250.000 habitants environ. Cet État est gouverné par un roi qui exerce sur ses sujets le pouvoir le plus absolu et le plus despotique. Ce souverain a auprès de lui, une armée de 8.600 à 10.000 soldats, dont une partie est pourvue de mauvais fusils à pierre. Ces 10.000 soldats ne sont pas tous des hommes, il y a parmi eux, une troupe d'environ 2.000 amazones , spécialement chargées de la garde de la personne du souverain.
Comme on l'a vu précédemment, c'est Gléglé, le prédécesseur du roi actuel, qui nous a cédé, en 1878, par l'entremise du caberène (grand chef) Chandatou gouverneur (ou yévogan), le port et le territoire de Kotonou. Voici d'ailleurs l'article du traité signé entre les représentants des deux parties, qui est relatif à cette cession :
(( Le roi Gléglé abandonne en toute souveraineté à la France le territoire de Kotonou avec tous les droits qui lui appartiennent sans aucune exception ni réserve et suivant les limites déterminées au sud par la mer, à l'est par la limite actuelle des deux royaumes de Porto-Novo et du Dahomey, à une distance de six kilomètres de la factorerie Régis aîné, sise à Kotonou, à l'ouest, à une distance de six kilomètres. »
Le pays des Egbas, — Au nord-est de Porto-Novo, le territoire soumis à notre protectorat touche directement une région très peuplée, nommée pays des Egbas.
Ces Egbas, qui sont de la même race que les Nagos de Porto- Novo et les Yoroubas d'Ibadan, sont, paraît-il, au nombre de 12 à 15,000.
1. Depuis que ces lignes ont été écrites, il s'est passé un fait nouveau qui vient en quelque sorte confirmer ce qui a été dit. Le drapeau français à été insulté au village de Dangbo, sur le fleuve Ouémé; de plus, le représentant de la France, le lieutenant-gouverneur Bayol , venu en mission chez le roi du Dahomey, a été retenu de force par celui-ci et obligé d'assister à une nouvelle et effroyable série de sacrifices humains. En outre, le roi du Dahomey, ayant au début de l'année 1890, nié le traité qui nous cédait Kotonou, ayant également essayé de nous reprendre par la force ce point par lequel passent les voyageurs et les marchandises à destination de la colonie ainsi que les produits venant du pays, ayant enfin envahi le territoire soumis à la France, les hostilités se sont engagées et à la fin du mois d'avril, après plusieurs engagements avec nos troupes, les forces dahoméennes se sont repliées et sont rentrées dans les limites de leur pays.
COTE DE GUINÉE
Ils sont très doux, très travailleurs et fort industrieux, comme leurs frères les Nagos. Leur capitale est Abéokouta, où les Anglais de Lagos ont tenté mainte fois de s'établir.^
Mais les Egbas n'ont pas oublié que ceux-ci, en 1860, les ont massacrés et chassés du littoral qu'ils occupaient et de Lagos, leur port principal. Ils sont donc mieux disposés pour les Français qui se sont établis dans le pays sans avoir mis les armes à la main.
Désireux de faire du commerce avec la côte, ils ont repoussé l'idée d'aller à Lagos, où d'ailleurs les droits sont énormes, et ont pensé à lier avec Kotonou des relations très suivies; malheureusement, le souverain indigène de Porto-Novo, le roi Tofa, notre protégé, les empêchait de pénétrer sur son territoire, qu'on doit nécessairement traverser pour gagner Kotonou. Mais, grâce aux insistances du résident français, ïofa a tout récemment consenti à laisser passer les Egbas.
Les Yoroubas. — Au nord du pays des Egbas, se trouve celu i des Yoroubas, qui est encore plus riche et plus peuplé que le précédent. On comprendra donc l'intérêt considérable que nous avons de nous établir dans ces contrées où nous pouvons arriver quelque jour à contrebalancer un peu l'influence acquise par les Anglais dans le Bas-Niger.
Taxes et droits. — A Kotonou, il existe, depuis le l^"" avril 1890, des droits à l'importation qui ont été fixés comme suit :
Les marchandises de toute provenance, importées dans les territoires de Kotonou, Porto-Novo, et dans les territoires placés sous le protectorat de la France à l'est de Grand-Popo, seront sou^ mises aux droits suivants :
Genièvre (par caisse de 8 litres) : au-dessus de 40^, 0 fr. 80;-^ de 40« à 60s 1 fr- 20; — au-dessus de 60«, 2 francs.
Rhum (par litre) : au-dessus de 40^, 0 fr. 04 ; — de 40^ à 60^, 0 fr. 06 j — au-dessus de OO^, 0 fr. 10.
Tabac, 0 fr. 25 par kilogr. — Poudre, 6 fr. 25 par livres an^ glaises. — Fusils, 1 fr. 25 par pièce. — Sel, 10 francs la tonne de 1.000 kilos.
Tous les articles autres que ceux mentionnés ci-dessus sont admis en franchise.
Il n'a pas encore été établi de droits à l'exportation.
Conclusion.
Il apparaît nettement de ce que l'on vient de lire que nous avons tout à faire dans ces pays d'un si grand avenir.
Nous y avons deux centres d'action importants, d'où nous devons tendre avant tout à gagner la vallée du Niger. Les résultats de la mission du capitaine Binger a été de nous assurer les pays qui sont au nord de Grand-Bassam et touchent à nos possessions du Soudan français; du côté de Porto-Novo, il n'y a pas moins à faire, mais, étant donné l'état de sauvagerie dans lequel vivent les populations du Dahomey, il nous faudra faire sans doute quelques sérieux efforts.
Enfin, nous devons dans le plus bref délai possible, transformer en protectorat effectif, le protectorat que nous exerçons nominalement sur les populations maritimes, situées entre la petite Lahou et la rivière Cavally, explorer les régions de l'intérieur et chercher une voie de communication suffisamment commode entre le littoral et les contrées explorées par le capitaine Binger, tels que le Djimini et les États de Kingo.
Plus tard, on pourra songer à améliorer un peu les ports de Kotonou et d'Agomé et peut-être même à créer celui de Petit-Bassam, s'il est reconnu, après études, qu'il est possible de le construire.
COTE DE GUINÉE
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