CHAPITRE PREMIER Précis historique
M. Henri Lambert. — Rivalité de Sharmaket et d'Ibrahim Aboubeker. — Reconnaissance d* Aboubeker envers la France. — Mission du capitaine Russel. — Assassinat de M. Lambert. — Le commandant Fieuriot de Larigle. — Voyage de Dini-Ahmet à Paris. — Traité du 11 mars 1862. — Prise de possession d'Obock. — Le pavillon égyptien indûment hissé sur notre territoire. — Les premiers colons. — Motifs de la création du port d'Obock. — Mission du commandant Conneau et de M. Lagarde. — Annexion de Tadjourah et des territoires voisins; cession des îles Mouscha. — Cession du Ras-Jibouti et traités avec les tribus de l'intérieur.
M. Henri Lambert. — En 1857, le gouvernement français nommait agent consulaire à Aden un jeune homme d'une trentaine d'années, M. Henri Lambert, qui avait été d'abord volontaire de marine à Lorient, puis négociant et chercheur d'or en Australie, et dont le frère, M. Joseph Lambert, l'un des plus riches planteurs de l'île Maurice, avait des relations suivies avec Madagascar et toute la côte orientale d'Afrique.
M. Henri Lambert commença par visiter la région au centre de laquelle il venait de se fixer, et principalement
les villes et les territoires d'Hodeïdah, de Tadjourah et de Zeïlah.
Rivalité de Sharmaket et dIbrahim Aboubeker. — Dans cette dernière contrée, la ferme des douanes, mise en adjudication, avait été obtenue par un Arabe de ses amis, Aboubeker Ibrahim, le chef le plus important de la baie de Tadjourah. Mais un concurrent évincé, Sharmaket, jaloux de ce qu'il considérait commeune victoire et désireux de se venger, trouva moyen de faire mettre son rival aux fers et Aboubeker, malgré ses plaintes, malgré ses protestations, resta pendant plusieurs mois en prison.
Il y était encore le 5 février 1858, lorsque, le commandant Méquet étant venu à Aden, sur un brick de guerre avec lequel il se proposait de parcourir la mer Rouge, M. Lambert obtint de l'accompagner, le mit au courant de la situation et lui demanda de faire tous ses efforts pour obtenir la mise en liberté d'Aboubeker. M. Méquet, ayant consenti à lui prêter son concours, força le sultan d'Hodeïdah, non seulement à mettre Aboubeker en liberté, maïs encore à lui rembourser cinq mille thalaris (environ vingt mille francs), dont celui-ci s'était indûment emparé.
Reconnaissance d'Aboubeker envers la Frange. — Aboubeker, reconnaissant, offrit alors ses services au commandant du navire français et lui proposa de céder à la France, moyennant la somme de dix mille thalaris, les territoires de Ras-Ali et d'Ouano (Obock).
A cette époque, l'Angleterre, déjà installée à Aden et prévoyant le jour où le canal de Suez serait ouvert, venait de s'emparer de l'îlot de Périm.
Mission du capitaine Russel. — Le ministre de l'Algérie et des colonies, lorsqu'il eut connaissance de la proposition d'Aboubeker, — laquelle était suivie d'une demande de Ngoussié, roi du Tigré, qui sollicitait notre protectorat, — envoya le capitaine de frégate Russel dans la mer Rouge pour explorer le littoral africain et examiner les avantages politiques, commerciaux et maritimes que pou-
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vait présenter la partie de la côte qu'on offrait de nous céder.
Assassinat DE M. Lambert. — Malheureusement, quelques semaines plus tard, le Zijuin 1859, M. Henri Lambert, qui avait entrepris un voyage à Tadjourah, fut assassiné dans le canal qui sépare les îles Mouscha du cap Jibouti par les matelots de l'équipage de son boutre, le Natchery.
Le commandant Fleuriot de Langle. — Le gouvernement français résolut, en cette circonstance, d'agir avec énergie et envoya dans la mer Rouge le capitaine de vaisseau Fleuriot de Langle, commandant la division navale des côtes occidentales d'Afrique (janvier 1861). Le commandant de Langle sut trouver et prendre les assassins, qui furent envoyés à Gonstantinople, où ils furent condamnés par les tribunaux musulmans. Mais, à cette occasion, M. Fleuriot de Langle avait renoué avec Ibrahim Aboubeker les relations interrompues depuis la mort de notre agent à Aden ; il en profita pour étudier avec soin tout le golfe qui s'étend du Ras-Bir à Zeïlah et ramena avec lui en France, à bord de la corvette la Somme, muni des pouvoirs les plus étendus, le gouverneur de Zeïlah, Dini-Ahmet Aboubeker, cousin du sultan de Tadjourah et ami de M. Lambert.
Voyage de Dini-Ahmet a Paris; Traité du M mars 1862. — Les propositions de cet envoyé ayant été acceptées, une convention, conclue à Paris le 11 mars 1862, entre Dini-Ahmed et M. Thouvenel, ministre des affaires étrangères, nous assura, moyennant la somme de dix mille thalaris, la possession des port, rade et mouillage d'Obock, avec le territoire qui s'étend depuis le Ras-Doumeïrah, au nord, jusqu'au Ras-Ali, au sud.
De plus, en ce qui concernait les autres points de leurs territoires, les chefs Danakil s'engageaient, solidairement ou isolément, à repousser toute proposition faite par un gouvernement étranger et n'ayant pas été agréée par la France. Enfin il était entendu que, si Obock était reconnu
impropre à la création d'un port, il serait choisi sur la côte un autre point.
Prise de possession d'Obock. — - La prise de possession eut lieu le 20 mai 1862 ; le pavillon national fut hissé, et un procès-verbal rédigé en présence des principaux chefs de la contrée et des deux envoyés français : MM. Buret, capitaine de frégate, et Schefer, premier secrétaire interprète.
A partir de cette époque, les navires de notre marine de guerre visitèrent Obock assez fréquemment. Mais les événements qui se succédèrent de 1866 à 1871, empêchèrent le gouvernement de porter son attention sur notre nouvelle colonie, et ce n'est qu'en 1872 que fut faite la première demande de concession; plus tard, en 1878 et 1879, de nouvelles demandes furent présentées.
Le pavillon égyptien indûment hissé sur notre territoire. — Dans les premiers mois de l'année 1881, il se passa à Obock ce qui devait avoir lieu trois ou quatre ans plus tard, à l'instigation d'un fonctionnaire turc trop zélé, sur notre territoire de Cheik-Saïd. Le pavillon égyptien fut indûment hissé près du Ras-Bir et le gouvernement français protesta auprès du khédive; celui-ci ordonna une enquête, apprit que cette irrégularité était due à l'initiative d'un agent ignorant et donna des ordres pour qu'une pareille tentative ne fût pas renouvelée.
Les premiers colons. — Depuis lors, des concessions ont été accordées à plusieurs de nos compatriotes, sans qu'il pût toutefois leur être assuré qu'un service maritime régulier desservirait un jour ou l'autre la colonie. Mais les bâtiments de guerre de notre marine s'y succédaient à peu près régulièrement, et tous les commandants se montraient favorables à l'établissement d'une administration locale.
Motifs de la création du port d'Orock. — Ce n'est qu'en 1883 que la France dut songer à tirer parti de cette possession. Elle semblait être à la veille de déclarer la guerre à la Chine, et l'Angleterre, sous prétexte de neu-
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tralité, lui fit fermer à Pavance ses ports d'Aden et de Hong-Kong. Il était donc indispensable que notre marine eût entre Suez et Saigon un point de refuge et de ravitaillement.
Mission du commandant Conneau et de M. Lagarde. — Au mois de janvier 1881, le capitaine de frégate Conneau, commandant l'aviso Vlnfernet,etM. Lagarde, commandant de cercle au Sénégal, furent envoyés à Obock avec mission de délimiter d'une manière exacte le territoire de la colonie; on y décidait en même temps la création d'un dépôt de charbon.
Mais on s'aperçut bien vite que, réduit aux limites du traité de 1862, ce territoire n'avait aucun avenir commercial, et qu'en outre on était encore tribiitaire des Anglais, puisqu'il fallait se ravitailler sur la côte Somali, soumise à leur influence.
Annexion de Tadjourah et des territoirf.s voisins; Cession des îles Mouscha. — M. Lagarde, nommé commandant d'Obock, put amener les principaux chefs des pays voisins à solliciter notre protectorat, et, en 1885, ce protectorat était accordé aux territoires de Tadjourah, d'Ambabo, de Sagallo et du Gubbet-Kharab.
Un peu plus tard, le gouvernement français fit occuper un point de la côte somali, Dongaretta, situé entre Zeïlah et Berberah, villes dépendant du khédive d'Égypte et occupées en ce moment par les Anglais; alors ceux-ci, craignant d'être gênés un jour dans leurs communications entre les deux villes, offrirent à la France de lui céder, en échange de l'évacuation de Dongaretta, les îles Mouscha, qui commandent le golfe de Tadjourah, et leur proposition fut acceptée.
Cession du Ras-Jibouti et traités avec les tribus de l'intérieur. — Enfin, au commencement de 1888, la France prenait possession du Ras-Jibouti, point extrême de la côte méridionale du golfe d'Obock, et un arrangement intervenait entre la France et l'Angleterre, pour
déterminer la zone d'action de ces deux puissances sur cette partie de la côte Somali. Par suite de cet accord, la ligne de démarcation séparant les zones d'action anglaise et française part d'un point de la côte situé à l'est de Jibouti, et vient aboutir àHarrar en passant par Alassouën, Bir-Galouba et Gildessa.
En outre, divers traités nous lient également à certains chefs des tribus de l'intérieur, et la domination de la France, que l'on pensait devoir se réduire à un maigre territoire contenant un simple dépôt de charbon, s'étend aujourd'hui sur une région de plus de cent vingt mille kilomètres carrés.
Mosquée de Tadjourah.