‹ Les colonies françaises;Chapitre 32 sur 36 · CHAPITRE ni Administration · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni Administration

Divisions principales de la colonie. — Territoire d'Obock. — Pays de pro^ tectorat. — Superficie et population. — Organisation administrative de la colonie. — Obock : les établissements européens. — Le village indigène. — Tadjourah. — AmbabOj Doulloulj Sukti, Sagallo, Darkellé et Ouardelissan. — Vie de l'Européen à Obock. — Transportés hindous. — Les moyens de défense et la garnison.

Divisions principales de la colonie ; territoire d'Obock. — La colonie d'Obock se divise en deux parties bien distinctes :

i*" la colonie proprement dite, ou territoire d^Obock; 2° les pays de protectorat.

Sur la côte, la colonie proprement dite est limitée, au nord, par le Ras-Doumeirali, sur la mer Rouge, et la rivière de Ralieitâ — et, au sud, par le Ras-Ali, à U kilomètres à Test de Tadjourâh. De ce territoire dépendent l'île Dou-

meirah (près du cap du même nom), les Djezira-Soba, situées près du cap Séjarn, et les îles Moussab.

Pays de protec forât. — Les pays de protectorat partent, sur la côte, du Ras-Ali, comprennent Tadjoui ^li, Ambabo, DouUoul, Sukki, Sagallo, le Gubbet-Kharab, le Ras-Jibouti, et s'arrêtent aux puits de Lehadou, à peu de distance et à Test de Jibouti, dans la direction de Zeïlah, ville appartenant à l'Egypte et occupée en ce moment par les Anglais.

A l'intérieur, notre protectorat s'étend dans le pays Somali, jusqu'au Harrar et dans les pays Gallas, — vers l'ouest, dans le pays dankali, jusqu'à la frontière du Ghoa, à l'endroit même où la rivière Haouach, qui coule jusque-là de l'ouest à l'est, tourne brusquement vers le nord, dans la direction des mines de soufre. Du côté du nord et du nordouest, notre influence s'étend tout le long de l'Haouach, sur le Dében, la partie orientale et méridionale du Mudaito, de la vallée de Gafou, aux monts Guéhéma.

Superficie et population. — La superficie totale de la contrée soumise ainsi, par traités, à la domination de la France, est de plus de 120.000 kilomètres carrés.

Quant à la population, assez rare sur la côte, elle devient de plus en plus dense vers l'intérieur, mais quoique l'on ait estimé qu'elle devait s'élever à deux cent mille habitants environ, il a été impossible jusqu'à ce jour d'en faire un recensement quelconque.

Organisation administrative de la colonie. — L'organisation de la colonie est naturellement toute récente. Jusqu'en 1886, elle était administrée par un commandant particulier; mais, depuis cette époque, elle a été placée sous l'autorité d'un gouverneur, assisté d'un nombre très restreint de fonctionnaires ou d'agents, dont le détail est le suivant ;

Cabinet du gouverneur : 1 secrétaire et 2 interprètes, agents de renseignements.

Affaires politiques : 1 administrateur colonial.

OBOCK

Service administratif : 1 commis de marine. Commandement des troupes : 1 lieutenant des troupes de la marine.

Trésor : 1 trésorier-payeur.

Service de santé : 1 médecin de classe et 1 médecin de i.^ classe.

. Travaux publics : 1 conducteur des ponts et chaussées. Magasins : 1 magasinier.

Administration pénitentiaire : 7 surveillants militaires.

Comme on le voit, ce personnel est aussi restreint que possible ^

A part ce petit nombre de fonctionnaires et d'agents français, le gouverneur s'est appliqué surtout à se servir des indigènes. Jusqu'à présent cette méthode a donné de bons résultats; non seulement elle nous a attiré l'amitié des chefs que nous employons, mais elle nous a valu également la sympathie des chefs et des indigènes des tribus de l'intérieur, qui savent que plusieurs de leurs compatriotes remplissent des fonctions plus ou moins importantes pour le compte du gouvernement français. Ce système, qui est employé au Congo comme à Obock, a l'avantage de développer notre influence en nous conciliant les indigènes et d'éviter les dépenses d'occupation que nécessitent le personnel civil et les troupes.

Obock : les établissements européens. — Le chef-lieu de la colonie est Obock qui, loin d'être une ville, est un petit village composé presque exclusivement d'indigènes et surtout un centre administratif servant en même temps de lieu de ravitaillement ^.

1. Le service judiciaire a été organisé par un décret du 2 septembre 1887, qui a créé à Obock une justice à compétence étendue; les fonctions de juge de paix sont remplies parle chef du service administratif et^ à son défaut, par un oflicier ou fonctionnaire désigné par le gouverneur. Le décret de 1887 a été complété par un autre, en date du 22 juin 1889.

2. Au point de vue géographique, Obock est située par 11^ 57' de latitude nord et 41° de longitude est.

Afrique, ii. 17

Les établissements français sont divisés en deux groupes bien distincts. Les uns, ceux du gouvernement, sont installés au cap Obock, sur le plateau des Gazelles; les autres, sur le plateau des Sources, de l'autre côté de la vallée des Jardins.

Les établissements du gouvernement comprennent : la maison du gouverneur et ses dépendances, faisant face à la rade; puis, plus loin de la mer, les logements du personnel, les casernes, l'hôpital, les magasins et enfin le mess des officiers et fonctionnaires. Ces établissements sont bordés, au sud et à l'est, par la mer, au nord et à l'ouest, par un fossé assez profond pour les protéger à l'occasion contre une surprise des indigènes.

Les habitations, qui ne sont pour la plupart que des baraques provisoires, sont en charpentes de fer envoyées de France et installées sur des piliers en maçonnerie. Les murs sont en brique, le toit en tuiles rouges; les autres baraques sont en bois. Quant aux matériaux de construction, on les trouve dans le pays même; la chaux provient de la calcination de roches madréporiques, la pierre à bâtir, d'une roche calcaire assez commune, le mortier, d'une argile qu'on trouve partout, et le bois, de la forêt d'Angar, située à peu de distance dans l'intérieur.

Sur le plateau des Sources, en face de l'anse des Pêcheurs, se trouve la factorerie de la compagnie Mesnier, concessionnaire de la fourniture du charbon aux bâtiments de rÉtat et aux paquebots, et de celle des vivres aux fonctionnaires et aux troupes de la colonie. Cette factorerie, fort bien aménagée, a comme dépendance au bord de la mer un grand magasin avec lequel elle communique au moyen d'un petit chemin de fer Decauvilie.

A côté de cette factorerie est une vaste enceinte, au centre de laquelle s'élève la tour Soleillet qui mesure une douzaine de mètres de hauteur; c'est dans cette enceinte

OBOCK

que se trouve installé le pénitencier, éloigné d'environ 2 kilomètres des habitations du gouvernement K

Sur le plateau des Gazelles est également établie une mission catholique, qui se compose de deux habitations en maçonnerie; Tune est destinée aux pères, qui apprennent la langue française aux enfants indigènes et aux jeunes esclaves libérés; l'autre, plus récente, est occupée par des sœurs, qui accomplissent la même tâche auprès des filles indigènes.

Obogk : LE VILLAGE iJNDiGÈNE. — En 188/i, au début de notre occupation, il n'existait aucun habitant à Obock; il y avait seulement à cette époque quelques abris provisoires construits par des Danakil, qui étaient venus en cet endroit pour faire paître leurs troupeaux.

Depuis lors, il s'est créé un village indigène qui comprend aujourd'hui deux quartiers principaux : le quartier arabe et le quartier dankali.

Au nord-est du plateau des Gazelles, sous les habitations du gouvernement et non loin de la vallée des Jardins, on remarque une dépression du terrain qui forme un petit vallon, puis se relève un peu avant le rivage; ce sont le plateau et le vallon des Chasseurs, placés en contre-bas et à quelques centaines de mètres des bâtiments de l'État.

Sur le plateau se trouve le quartier arabe, qui se compose d'une rue bordée dans toute sa longueur de maisons en pierre ou en terre glaise, revêtues d'une couche de chaux. 11 y avait en ces dernières années, au milieu de la rue, au centre du quartier, une énorme solive surmontée d'une planchette sur laquelle étaient apposées, lorsqu'elles

1. La tour a été construite en 1882 par le célèbre explorateur Paul Soleillet, auquel elle servait à la fois d'abri et d'observatoire. Elle a été ensuite utilisée par la société Godin qui, lors de sa liquidation, la céda au gouvernement avec l'enceinte où le pénitencier s'est établi. En 1885, cette tour s'affaissa; mais elle fut reconstruite et surmontée d'un des deux feux rouges dont l'alignement indique aux navires l'entrée de la passe du Sud.

paraissaient, les ordonnances du gouverneur; ces ordonnances sont aujourd'hui affichées à la porte du bâtiment qu'occupe ce dernier. Trois ou quatre petites rues transversales, allant de la voie principale à la mer, bordées de paillettes bien alignées et construites avec des branches du mimosa, des nattes de feuilles de palmier et de foin du pays, complètent cette partie du village indigène, où résident les marchands arabes et plusieurs commerçants européens (trois Français et cinq Grecs).

Sur la partie nord du plateau est le quartier dankali qui ne se compose que de paillettes et qui va être reporté un peu plus près du quartier arabe, car son emplacement actuel fait partie de la concession provisoire, accordée à la Compagnie des Messageries maritimes pour servir à IMnstallation de ses magasins, ateliers, chantiers ou entrepôts.

La population du village est très mélangée; les Arabes, les Somalis et les Danakil y dominent; viennent ensuite des Éthiopiens ou des Soudanais, qui sont pour la plupart miliciens ou agents de la police indigène, des Abyssins, des Gailas et quelques Indous; au total, 1.800 à 2.000 habitants.

L'animation est très grande dans le quartier arabe à certaines heures de la journée. Les marchands indigènes, mollement allongés sur leurs sièges, fument des narghilés tout en servant la clientèle; les bouchers, les marchands de poisson, les marchands de galette de dourah sont installés en pleine rue; les restaurants, aux heures de repas, vendent à la population des galettes, du poisson grillé, de la viande de mouton, du riz et du carry. Enfin les cafés, où Ton débite un liquide préparé avec de l'écorce de caféier ou de la pulpe de café réduite en poudre, sont encombrés d'une foule bruyante qui s'installe jusque dans la rue, accroupie ou couchée sur des sièges de bois tressés en corde de palmier, et qui fume également des narghilés, que chacun se passe et se repasse à tour de rôle.

De place en place, des groupes d'indigènes, invariable-

OBOCK

ment composés de gens de même nationalité, Danakil, Gallas, Somalis, Abyssins, assis ou accroupis sur le sol, se livrent avec un plaisir infini à des kalams interminables*.

Au milieu de tout ce monde circulent, pour surveiller et pour maintenir l'ordre, les Soudanais de la police indigène, vêtus d'un costume blanc, coiffés d'une toque de même couleur, tenant une baguette à la main et armés d'un sabre-baïonnette.

Campement de Danakil.

Tadjourah. — Après Obock, le seul point un peu important est Tadjourah, située au bord de la mer, au centre du golfe qui porte son nom.

Dominée, à l'est, par un plateau rectangulaire qui n'est accessible que par l'un de ses petits côtés, et comprenant, outre les maisons en bois qui composent le village, le bâtiment de la douane et cinq mosquées d'un pur style

I. C'est sur ce plateau facile à défendre que les Égyptiens avaient autrefois élevé un fort habité aujourd'hui par les gardiens indigènes du pavillon français.

oriental, Tadjourah, vue du large, prend un aspect assez pittoresque et paraît plus peuplée qu'elle n'est en réalité ^

C'est la tête de ligne d'une des principales routes de caravanes qui vont au Choa ou en Abyssinie. Elle est un peu moins fréquentée depuis que nous avons, par le Ras- Jibouti, une route plus courte et plus sûre. Les caravanes s'installent généralement à un kilomètre du village, sur un des massifs de palmiers- dattiers qui sont assez nombreux dans le pays.

La seule industrie du pays est la fabrication de nattes et de corbeilles en feuilles de palmier, tantôt blanches, tantôt peintes de couleurs éclatantes ^.

Le port de Tadjourah n'est pas bon; les petits navires peuvent seuls le fréquenter lorsque souffle le vent d'est; pendant la mousson du sud-ouest, il est dangereux de s'y aventurer.

C'est dans ce village que réside le sultan Hamed ben Mohamed qui a sous sa dépendance les Adaïl et une importante fraction des Assobas.

Autres centres de la colonie. — Quelques autres endroits de la contrée, qui n'ont pas une grande importance comme population, méritent cependant d'être signalés.

Ambabo {k U kilomètres sud-ouest de Tadjourah) est un petit hameau d'une trentaine de cases situé au milieu d'un bouquet de dattiers et environné d'un pays assez riant; on y trouve de l'eau douce en a^s^z grande quantité et quelques pâturages. Ambabo est habité par une partie de la nombreuse famille d'Abou-Beker, l'ancien émir de Zeïlah. Plus loin, au sud-ouest sur la côte, sont Doulloul et Sukii, où les caravanes trouvent de l'eau.

A un mille et demi de Sukti, et toujours sur le littoral, est

Page 1