‹ Les colonies françaises;Chapitre 34 sur 36 · CHAPITRE IV Économie politique et sociale · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV Économie politique et sociale

Le climat d'Obock. — Bonne saison et mauvaise saison, — Direction des vents. — Le khramsine. — Les maladies. — Hygiène à suivre. — Disposition des habitations. — Les cultures d'Obock. — Essais à tenter : cocotier, ricin, eucalyptus, dattier. — Création d'oasis. — Culture du dattier et cultures intercalaires. — Essai do colonisation. — Puits artésiens. — • Régime aquifère. — Fertilisation des terrains volcaniques. — Relations commerciales. — Le Choa. — La route d'Harrar et le Ras-Jibouti. — La ville d'Harrar. — Itinéraire des caravanes. — Travaux publics. — Le port d'Obock et le chemin de fer de Herrer. — Communications maritimes de la colonie avec la France et les ports de l'océan Indien. — Conclusion.

Le climat d'Obock : bonne saison et mauvaise saison. — Le climat d'Obock est uq climat exclusivement sec, comme celui de toute la région saharienne.

L'année météorologique se divise en deux périodes : la bonne saison, ou saison fraîche, qui dure pendant sept mois, d'octobre à mai; la mauvaise saison, ou saison chaude qui a une durée de cinq mois seulement. Il n'y a donc pas de saison des pluies, comme sur la côte occidentale.

Toutefois le passage d'une saison à une autre ne s'accomplitpas brusquement et les mois d'avril et de mai, ainsi que ceux d'octobre et de novembre, constituent entre chaque saison une période intermédiaire.

Dans la bonne saison, le thermomètre ne dépasse guère 25 à 26 degrés ; il monte vers 30 degrés pendant les mois intermédiaires et reste autour de /lO à Zi2 degrés durant la mauvaise saison. Les températures extrêmes sont : 17 à 18 degrés pendant la bonne saison, mais à deux ou trois reprises seulement et toujours le matin, — et Zi7 à Z|8 degrés pendant quelques journées de la saison chaude et seulement l'après-midi, de 2 heures à Zi heures. On peut dire d'ailleurs d'une façon générale, que la chaleur croît de mois en mois de la fin de janvier à la fia de juillet et décroît du milieu d'août jusqu'à la fin de décembre.

A Obock, le ciel est invariablement d'un bleu un peu cru, mais clair et limpide; ce n'est que pendant les mois intermédiaires, époque à laquelle la santé générale est d'ailleurs moins bonne que pendant le reste du temps, que l'on voit parfois, mais très rarement, le ciel se voiler et la pluie tomber après un violent orage.

ÇiRECTiON DES VENTS. — Le khramsine. — Lcs vcuts Varient naturellement selon les différentes époques de l'année ; mais il en est deux surtout qui reviennent périodiquement pendant Tune ou l'autre saison et qui ont sur ces dernières une influence considérable.

Le premier est le vent d'est-nord est, qui est généralement appelé mousson de nord-est et se fait sentir pendant la bonne saison. L'autre, qui est spécial à la saison chaude, a une direction exactement contraire : c'est le vent ou mousson du sud-ouest.

OBOCK

Ces vents ne régnent pas toute la journée et, lorsqu'ils tombent, c'est, pendant la bonne saison, le vent d'est, ou pendant la saison chaude, le vent du nord-ouest (également appelé khramsine) qui le remplace Ce vent s'élève ordinairement vers dix heures du matin et ne tombe que sur les dix ou onze heures du soir. Alors tout devient calme pendant quelques heures; puis, au milieu de la nuit, vers deux ou trois heures du matin, îa mousson du sud-ouest reprend^. Cette dernière, quoique fort chaude, ne fatigue pas comme le khramsine. Avec celui-ci, il semble qu'on respire du feu ; la gorge, les narines, la bouche se dessèchent, les paupières deviennent brûlantes et l'évaporation de la sueur est si rapide que toute la surface du corps reste constamment sèche; la soif est ardente et il esta la fois impossible et contraire à l'hygiène de ne pas boire, car il faut absolument fournir un aliment à la transpiration qui est, en ce cas, de toute nécessité. Le sommeil devient également très pénible; on est obligé, pour dormir, d'arroser son lit et de s'entourer le corps de linges imbibés d'eau.

Quand le khramsine souffle pendant longtemps, il arrive parfois qu'on est exposé à un accident, appelé le coup de chaleur^ qui est à redouter principalement pendant les heures de calme qui suivent chaque période de khramsine. Il est en outre impossible de sortir et il faut rester calfeutré chez soi, malgré les Zi5 ou Zi6 degrés que marquent alors les thermomètres placés à l'intérieur des habitations.

La bonne saison est également chaude, mais elle est rela-

1. Khramsine, en arabe, veut dire cinquante; les Arabes prétendent en effet que ce vent règne pendant cinquante jours consécutifs. Malheureusement, il souffle parfois pendant plus longtemps, mais souvent avec interruption, et son passage est aussi pénible à l'Kuropéen qu'à l'indigène.

2. On estime généralement que, sur les cent cinquante jours de mauvaise saison, il y en a environ soixante pendant lesquels règne le khramsine et quatre-vingt-dix pendant lesquels souffle la mousson du sud-ouest.

tivement plus agréable, et certaines heures de la journée — le matin, de six à huit ou neuf heures, le soir, à partir de cinq heures,— sont réellement délicieuses. Les nuits sont suffisamment fraîches et les écarts de température ne se manifestent jamais brusquement.

Les maladies. — L'anémie est peu à redouter à Obock, la fièvre y est rare et la dysenterie exceptionnelle. Celle-ci, lorsqu'elle se produit, est d'ailleurs bénigne et s'observe aux changements de saison, principalement chez les individus qui ne suivent pas les règles de l'hygiène. Elle n'a jamais un caractère d'acuité bien prononcé et ressemble plutôt à une diarrhée aiguë. Selon les cas, la diète, le repos, l'extrait de quinquina, le laudanum, l'alcool chaud (grog ou punch), ainsi que les sels neutres (sousnitrate de bismuth, sulfate de magnésie, etc.) et certains astringents, tels que le tanin, le cachou, l'extrait de ratanhia, font partie de la médication ordinaire.

Les seuls maux ou accidents qui soient réellement à craindre, sont l'hépatite^ l'insolation et le coup de chaleur.

L'hépatite (inflammation du foie, accompagnée de vomissements et parfois de jaunisse), se traite généralement avec des cataplasmes, de la glace, du calomel, des purgatifs, du sulfate de quinine, de Taloès et même du jalap. L'insolation et le coup de chaleur se ressemblent beaucoup. La première, qui fait dans les pays chauds beaucoup plus de victimes qu'on ne pense, est causée le plus souvent par l'action du soleil sur la tête et surtout sur la nuque. Le coup de chaleur est dû à l'élévation de la température ambiante ; on peut en être atteint en l'absence du soleil, même à l'ombre ou dans un appartement K Ces deux accidents se traitent à peu près de même : des lotions d'eau fraîche, des frictions, du thé, de l'eau coupée de

1. Le coup de chaleur se produit souvent dans la chambre de chauffe des navires qui traversent la mer Rouge, chambre où le thermomètre atteint parfois j usqu'à 72 degrés centigrades.

OBOCK

cognac, des purgatifs, des sinapismes ou des vésicatoires, parfois une saignée, mais, avant tout, du repos.

Hygiène a suivre. — Malgré son élévation, le climat d'Obock est aussi sain que possible et il suffit d'observer quelques précautions pour se bien porter. Il faut princi-

Tadjourah.

paiement éviter les refroidissements, les excès de table ou autres, ainsi que Tusage des alcools et des liqueurs. JLa glace n'y est pas proscrite comme dans les climats humides, mais il est préférable de l'employer seulement pour rafraîchir les boissons au lieu de l'absorber directement. Les toniques, le vin, le fer, le quinquina, sont excellents, surtout lors d'un premier séjour dans le pays. Enfin la manière de se vêtir est d'une importance extrême.

Il faut proscrire d'une manière absolue, les coiffures pesantes, les vêtements chauds et lourds, surtout ceux qui

sont ajustés et compriment le milieu du corps^ ou ceux qui sont disposés de manière à recevoir une cravate.

Gomme coiffure, on doit adopter le casque colonial, tel qu'on le porte aux Indes et au Tonkin ; on peut même y ajouter un léger parasol, dont l'usage est parfaitement admis en ces climats. Quant au vêtement, le plus pratique est celui qu'on a adopté dans Tlndo-Gtiine, c'est-à-dire un pantalon assez large, retenu aux hanches par une ceinture de flanelle et, par -dessus, une vareuse sans col, très large également, en étoff*e légère (coton ou soie) de couleur claire ou blanche autant que possible.

Disposition des habitations. — Le séjour de la colonie d'Obock deviendr a bien plus supportable, lorsque les Européens y trouveront le confort qui leur est nécessaire.

A un climat saharien, il faut une architecture saharienne et la disposition des maisons du sud-algérien, de l'Arabie ou du Maroc, avec leurs murs excessivement épais et leur cour intérieure entourée de galeries abritées du soleil, sur lesquelles s'ouvrent toutes les pièces de l'habitation, est certainement celle qui paraît la plus pratique ^

A l'heure présentj, en ce qui concerne les établissements de l'État, Its ressources budgétaires du gouvernement local n'ont pas encore permis la construction de cette sorte d'habitations. 11 est cependant nécessaire d'y songer ; on pourra atteindre ce résultat en agissant progressivement et le premier bâtiment de ce genre qui sera édifié est celui qui doit être aflecté à l'hôpital.

Les cultures d'Obock. — Les productions du sol sont à peu près nulles.

Sauf auprès d'Obock et aux environs, il n'y a pas de cultures indigènes et les SBuls végétaux qui donnent quelques produits ont été plantés et cultivés par les Européens ou à leur imitation.

1. Dans ces climats, lorsque la disposition de l'habitation le permet, une salle de bains est de toute nécessité.

OBOGK.

C'est dans la vallée des Jardins, entre le gouvernement et le pénitencier, qu'il a été créé un champ de cultures maraîchères et fruitières, dont les produits servent à l'alimentation de la garnison, des fonctionnaires et des condamnés.

Ces cultures sont entretenues par des soldats d'infanterie de marine, jardiniers de profession, auxquels on a adjoint quelques Arabes, quelques Danakil et un certain nombre de transportés.

A force de soins, — car il a fallu acclimater ces plantes,

— et grâce aux puits qui donnent de l'eau en abondance, on est arrivé à obtenir en assez grande quantité, pendant la saison fraîche, des légumes de toute espèce, radis, aubergines, tomates, salades, petits pois, haricots verts, carottes, concombres, pastèques. Quant aux fruits, on n'a récolté jusqu'ici que des grenades.

Autour du jardin du Gouvernement, il existe plusieurs autres jardins. C-^ sont ceux de la mission catholique, ceux de la factorerie Mesnier, et quelques autres tout petits appartenant à des indigènes. Ils produisent les mêmes légumes et les mêmes fruits, possèdent de l'eau en abondance et ont, à eux tous, une superficie beaucoup plus grande que le jardin du Gouvernement.

Essais a tenter : Cocotier, ricin, eucalyptus, dattier.

— Quelques cocotiers ont été plantés également ; ils poussent avec une vigueur surprenante. C'est là une plantation qui demande à être développée d'une façon sérieuse et des bouquets de cocotiers, dont on augmenterait peu à peu la superficie, auraient une influence excellente sur le pays; outre les fruits qu'ils donneraient, ils permettraient, comme le dattier, certaines cultures intercalaires, serviraient de brise-vents et d'ombrage, et rendraient le paysage moins désagréable à l'œil ^

1. Le cocotier ne produit que difficilement au delà du 24* degré de latitude j passé cette limite, ce n'est plus qu'un arbre d'agrément.

11 serait intéressant d'essayer aussi le ricin, qui pousse fort bien dans tout le Sahara, atteint en quelques mois une hauteur de 3 à Zi mètres, puis devient un arbre de taille moyenne; de même pour l'eucalyptus qui vient sous toutes les latitudes, dans tous les terrains (il faut seulement choisir les espèces convenables) et est un assainissant précieux au bord des marécages.

Enfin des essais de palmiers dattiers ont eu lieu et ils ont pleinement réussi. Les arbres plantés sont vigoureux et bien venus ; mais ils n'ont encore que trois ans et Ton sait que les dattiers ne donnent généralement de fruits qu'à la fin de la cinquième année.

On peut être convaincu que cet arbre est l'avenir d'Obock au point de vue agricole. Partout où Ton pourra avoir de l'eau, il faut planter des rharsas (jeunes plants de dattier) et créer ainsi des oasis qui seront plus tard la prospérité du pays.

Il ne faut cependant guère y songer sur le littoral ; la terre végétale y est assez rare et, le plus souvent, son épaisseur est trop faible pour pouvoir y tenter une plantation.

C'est plutôt dans l'intérieur qu'on pourrait essayer de combattre l'aridité actuelle du sol par la création d'oasis.

A l'heure actuelle, la seule difficulté est la mauvaise volonté des indigènes qui, n'ayant pas encore saisi tout l'avantage qu'ils en retireraient, ne se soucient guère jusqu'à présent de devenir cultiv ateurs. 11 ne faut pas oublier d'ailleurs qu'on est ici en présence de populations nomades, très sauvages et rebelles jusqu'ici à toute tentative de civilisation.

Avec de l'habileté, delà patience, de l'opiniâtreté même, on arrivera sans aucun doute à leur faire comprendre peu à peu tout ce qu'ils auraient à gagner le jour où les parties de leur pays, dans lesquelles on trouve de l'eau et de la terre végétale, seraient transformées en palmeraies.

Dans une palmeraie, on compte généralement 150 à

OBOGK.

200 arbres femelles par hectare ; mais à Obock comme rien ne pousse à l'ombre (c'est du moins ce que semblent prouver les quelques essais qui ont été tentés jusqu'ici), il suffirait d'en planter une cinquantaine seulement par hectare, de manière à ne pas intercepter le soleil, et à maintenir au contraire au-dessus du sol un peu d'humidité \ Au bout de six ou sept ans, ils sont assez grands pour permettre de faire ce qu'on appelle des cultures intercalaires ; à la fin de la cinquième année, ils donnent une première récolte, qui est environ le tiers de ce qu'elle deviendra par la suite; la production des arbres augmente ensuite d'année en année et le palmier est en plein rapport au bout de huit ans.

Tandis que le palmier pousse et grandit, on établit entre les lignes d'arbres ce qu'on appelle des cultures int'^^rcalaires qui se composent, tantôt d'arbres fruitiers ou autres, tantôt de plantes au ras du sol. Les arbres fruitiers que l'on choisit ordinairement sont le figuier, l'amandier, l'oranger, le bigaradier, le citronnier, le caroubier et enfin l'olivier. Les cultures du sol sont des plantes maraîchères, des plantes industrielles ou des céréales. On estime que ces cultures ajoutent ZiO à 50 pour 100 au bénéfice de la récolte des palmiers.

On peut estimer, d'une manière générale, que la création d'une oasis nécessiterait, par hectare, en dehors des frais de sondage une dépense d'environ 300 à 350 francs ^

Les bénéfices donnés par le palmier sont suffisamment connus aujourd'hui pour qu'on puisse les estimer d'une manière à peu près exacte. Chaque pied de palmier est en

1. Le palmier étant, comme la vanille, ce qu'on appelle un arbre dioïque, il faut le féconder pour qu'il produise. Un palmier mâle suffit pour 200 à 300 palmiers femelles.

2. Dans le sudalgériea ou tunisien, le pi-ix du rharsa (ou plant de palmier) est d'environ 1 fr. 25, au maximum ; c'est donc pour 200 djebbars, une dépense de 250 francs environ par hectare ; la mortalité des plants ne doit pas dépasser 5 ou 6 pour 100.

Afrique, ii. 18

plein rapport, au plus tard, au bout de huit ans de plantation; à cinq ans, il donne environ 30 à 35 0/0 de son rapport, puis le produit augmente jusqu'à la huitième année. A huit ans, un palmier produit au moins de 3 fr. 50 à /i francs de dattes; à cinq ans, il n'en donne encore que pour 1 fr. à i fr. 50, et ainsi de suite en augmentant jusqu'à ce qu'il atteigne le rapport total. On peut juger, d'après cela, quel est le bénéfice d'un hectare de palmeraie. Comme, dans tous les pays d'oasis, chaque arbre est, au bout de quinze années de plantation, frappé d'un impôt qui varie entre 20 et 30 centimes, il est facile de calculer ce que pourrait produire au gouvernement local d'Obock, au bout de quelque temps, la création dans l'intérieur d'un nombre important d'hectares de palmeraie, le jour où cette création serait possible, c'est-à-dire à la suite d'une entente avec les indigènes; ceux-ci, il est vrai, n'ayant pas encore compris tout l'avantage qu'ils retireraient d'une mise en valeur de leur pays et se complaisant dans leur existence nomade, si misérable qu'elle soit, se sont refusés jusqu'ici à laisser cultiver leur territoire; ce n'est que dans l'avenir, si les essais de sondage qu'il faudra bien tenter un jour dans ces régions, donnent des résultats suffisamment appréciables, qu'il faudra leur faire comprendre que la culture leur donnerait l'abondance et même la richesse.

Essai de colonisation. — Ce ne sont pas seulement les Arabes des environs, les Danakil du pays, les Somalis ou les Gallas des contrées voisines qui pourraient cultiver le palmier, le jour où ils consentiront à se fixer sur un point du pays et à devenir sédentaires. C'est aussi les Hindous et les Annamites provenant du pénitencier et libérés une fois leur peine expirée.

Il est à remarquer d'ailleurs que, dans une palmeraie bien irriguée, la température est sensiblement moins élevée que la température ambiante de l'extérieur. Dans le Sud tunisien, où la chaleur est certainement bien souvent plus forte qu'à Obock et où il se passe des années sans

OBOCK

qu'il pleuve, le cultivateur n'a guère d'occupation que pendant les mois d'hiver (ce qui est la bonne saison au Sahara et à Obock)*; la récolte de dattes a lieu en novembre et en décembre, et la fécondation des arbres ou la plantation des rharsas du commencement de mars à la fin d'avril. Il en est de même pour certaines cultures intercalaires, c'est-à-dire celles qui ne comprennent que des cultures arborescentes (figuiers, amandiers, orangers, citronniers, bigaradiers, oliviers, etc.) et qui ne demandent que quelques soins.

Dans ces conditions, pendant la saison chaude, le colon qui n'aura, dans son oasis, ni à redouter le Khramsim, ni à craindre l'élévation de la température (il aura à peine, à l'époque la plus chaude, 25 à 28 degrés, tandis qu'il en fera ZiO ou Zi2 dehors), pourra se reposer pendant la plus grande partie de la journée. A cette époque de l'année, son travail quotidien ne durera guère qu'une heure à une heure et demie et consistera à donner quelques légers soins à ses plantations et surtout à irriguer sa portion d'oasis, besogne qui ne donne aucune fatigue.

Un peu plus tard, s'il est tout à fait acclimaté et qu'il soit actif, il pourra essayer de se livrer aux cultures du sol, et montrera ainsi aux indigènes de la contrée tout le parti qu'ils pourraient tirer de semblables travaux. Peut-être ceux-ci se montreront-ils récalcitrants pendant quelques années et il y aurait encore, dans ce cas, avantage à essayer de se servir des adolescents en les habituant à la culture de la terre dès leur enfance.

1. En 1887, au mois d'avril, MM. Damour et Moreau, ingénieurs des mines, chargés d'une mission dans l'Arad (Sud tunisien), ont constate pendant plusieurs jours, entre 8 et 9 heures du matin, une température de 40 et 41 degrés à Tombre ; au mois de juillet delà même année, M. Blanc, inspecteur adjoint des forêts, arrêté sur la lisière de l'oasis de Nefta (Djérid-tunisien) a constaté, à 2 heures de l'après-midi, une température de 56 degrés à l'ombre, température qui n'est pas connue à Obock.

Donc, s'il est possible de créer des oasis dans Tintérieur, ce qui ne peut être reconnu qu'après plusieurs tentatives sérieusement faites, le développement des cultures et principalement celui des cultures maraîchères méritera d'être vivement encouragé, car, au bout d'un certain temps, les paquebots et les navires de guerre, quels qu'ils soient, étant certains de trouver de l'eau et des vivres frais à Obock, feront escale en ce port et délaisseront peu à peu les ports de la côte d'Arabie dont la terre est absolument aride et où l'eau manque complètement, sauf en de rares endroits. Il pourra se créer de la sorte un certain mouvement commercial et les ressources de la colonie se trouveraient ainsi augmentées.

RÉGIME AQuiFÈRE. — PuiTs ARTÉSIENS. — Mais la créatiou d'oasis et de cultures de toutes sortes exige, avant tout, deux facteurs principaux : l'existence de l'eau et la fertilité du sol.

Voyons à cet égard quel peut être l'avenir d'Obock. Un ingénieur des mines, M. Aubry, qui a étudié, en 1883, le régime aquifère de la contrée, a reconnu l'existence d'une nappe d'eau douce assez importante.

Depuis cette époque, on a creusé un certain nombre de puits, mais l'eau y est saumâtre à cause des infiltrations de la mer et sert à abreuver les animaux domestiques. Cette nappe d'eau a été rencontrée au milieu d'une couche perméable placée entre deux bancs d'argile, dans la vallée des Jardins, à une profondeur variant de 0'",50 à 2 mètres; on la retrouve, dit M. Aubry, au-dessous des bancs de calcaire.

On avait pensé qu'en creusant plus profondément cette eau deviendrait meilleure; c'est le contraire qui est survenu : l'eau était plus saumâtre encore. On a reconnu alors qu'il y avait deux nappes successives très rapprochées : une première, d'eau douce mélangée d'eau salée, puis une seconde, due exclusivement aux infiltrations de la mer et absolument mauvaise.

OBOGK.

Néanmoins, d'après la disposition géologique du terrain^ des ingénieurs sondeurs ont estimé qu'en creusant très profondément ou en s'avançant un peu dans Tintérieur, on arriverait à dépasser ou à éviter la couche salée et à trouver une nouvelle nappe d'eau douce beaucoup plus importante que la première. Ainsi, sur Je littoral, il faudrait dépasser de plusieurs mètres le plan formé par le fond de la mer. Quoique ce ne soit là que des appréciations ne reposant sur aucune donnée bien nettement établie, il n'en est pas moins vrai que Texpérience est utile à tenter et que la dépense ne serait pas excessive ^.

L'eau des puits actuels a été analysée par M. Aubry, qui a trouvé qu'elle contenait : de l'acide carbonique, du chlore, de l'acide sulfurique, de la chaux, de la magnésie, de la potasse, de la soude et de la silice, ou, si l'on préfère, — afin de rendre plus complète la ressemblance avec les eaux du sud des provinces de Gonstantine et de Gabès, — du bicarbonate et du sulfate de chaux, de la silice, du chlorure de sodium, du chlorure de potassium et du chlorure de magnésium 2.

Ce n'est pas à Obock seulement qu'on rencontre de ces puits, car il en existe de semblables tout le long de la côte.

A 5 ou 600 mètres à l'ouest du cap Obock, à l'extrémité du banc de La Cloclieterie^ on rencontre au milieu

1. Comme frais de premier établissement, un appareil de sondage est nécessaire et peut servir à tous les autres puits. Pour 8.000 à 9.000 francs, on aurait un appareil pouvant aller jusqu'à 250 mètres de profondeur et transportable par pièces à dos de chameau. Quant au tubage et à la main d'œuvre, il faut compter 4.000 à 5.000 francs pour un puits de 25 à 40 mètres, 8.000 à 9.000 francs pour un puits de 60 à 80 mètres et 12.000 à 14.000 francs pour un puits de 150 mètres.

2. Il est à remarquer qu'avec des tubages en fer comme ceux des puits artésiens, on arriverait à éviter, en partie du moins, des eaux sulfatées^ calcaires et magnésiennes, le tubage évitant la plupart du temps le contact de l'eau avec les couches contenant du sulfate de chaux ou de la magnésie.

de la roche calcaire, deux ouvertures laissant échapper des eaux et des vapeurs sulfureuses. Ou croit que ces deux sources, qui doivent leur existence à la nature volcanique du sol, traversent l'argile et sont situées, la première à 2^20 au-dessous du sol, et la seconde à l^^ZiO : la température de Peau à l'orifice du puits est de 80 degrés centigrades. Elles ont en partie la même composition que les précédentes, mais il s'y ajoute une forte quantité d'hydrogène sulfureux, ce qui explique leur nature toute spéciale.

Fertilité des terres volcaniques. — On voit donc, d'après ce qui vient d'être dit, qu'Obock ne manque pas d'eau; on va voir maintenant que le jour où on pourrait le cultiver, le sol, par sa nature, n'est point si rebelle qu'on l'a dit aux entreprises agricoles (toujours dans l'intérieur du pays et très peu sur la côte).

Dans son traité de la Détermination des terres arables dans le laboratoire. M, P. de Gasparin a démontré qu'on pouvait considérer une terre comme riche en potasse et acide phosphorique lorsqu'elle en contenait de 0,10 pour 100 à 0,15 pour 100 K Or, les analyses faites jusqu'à présent des terres volcaniques utilisées par l'agriculture dans les pays civilisés, ont donné les résultats suivants ^:

Laves de 1,950 à 0,160 de 1,100 à 0,147

1. On a vu, au chapitre It, que les terrains volcaniques se divisent, selon leur composition chimique en Irachytes, laves, basaltes, etc. Ce qui distingue les roches volcaniques des roches primitives (granits, gneiss, micas, etc.), c'est que, outre la potasse que renferment ces dernières, les roches volcaniques contiennent encore une quantité assez considérable de chaux et une quantité parfois très forte d'acide phosphorique.

2. Traité de géologie agricole, par M. Risler, directeur de l'Institut agronomique.

Trachytes Basaltes , .

de 4,110 à 3,104 de 0,940 à 0,821

Potasse.

Acide phosphorique.

de 0,217 à 0,109 de 0,499 à 0,479

OBOCK

On sait de plus aujourd'hui, par les beaux travaux de M. Georges Yille sur la végétation, que les plantes ont, avant toutes choses, besoin de quatre substances chimiques : l'azote, qu'on trouve en partie dans l'air, la chaux, l'acide phosphorique et la potasse. On voit donc, en se reportant à ce qui a été dit plus haut des données de M. de Gasparin, qui fait foi en matière agricole, qu'en général les terres volcaniques conviennent admirablement aux cultures ; il y a dès lors lieu de penser que dans l'avenir, après des essais sérieusement faits et répétés (car un seul échec ne prouve rien en matière agricole) des plantations de palmiers (qui demandent surtout du phosphate de chaux) et d'autres cultures appropriées au pays seraient une source de richesse pour notre colonie ^ .

Relations commerciales. — Dans notre colonie d'Obock, l'industrie n'existe pas et l'on ne fait que du commerce.

Le nombre des commerçants s'élève actuellement à vingt-deux, dont quatre pour Jibouti; sur ce nombre, il y a sept Français.

Les échanges ont lieu principalement avec les pays de l'intérieur, le Choa et le Harrar.

Les Danakil de Tadjourah ont toujours eu, avec la première de ces contrées, des relations fort suivies; ils y importent des tissus d'Europe et des Indes, de l'acier, du cuivre, du zinc, de l'étain, de l'argent, de la bimbeloterie, de la verroterie et, en passant au Bahr-Assal, les caravanes y prennent en outre des quantités considérables de sel 2.

Le Choa. — Du Choa, les Danakil rapportent de l'ivoire,

1. Une grande partie des terres de la Sicile, autour de l'Etna, comprend : potasse, 0,574 ; acide phosphorique, 0,620. Autour du Vésuve, la composition de la lave arable est celle-ci : potasse, 3,470 et acide phosphorique 0,348.

2. Ils y échangent également des thalers de Marie-Thérèse, seule monnaie ayant coiirs en Abyssinie et au Choa. A la côte Somali, la monnaie courante est la roupie de l'Inde. A Obock, le gouverneur a réussi à faire adopter la monnaie française par les indigènes.

du café, de la poudre d'or, du musc, des plumes d'autruche et de l'encens. Jadis, ils y ajoutaient les esclaves des pays Gallas voisins du Choa, qu'on vendait à Tadjourah, lieu principal de la traite, et qu'on emmenait en Arabie. Mais le roi Ménélik ayant défendu ce trafic dans ses États et l'ayant énergiquement combattu, ce commerce est devenu presque impossible, du moins de ce côté. En outre, depuis près de deux ans, le sultan de Tadjourah, qui se mêlait volontiers à ce genre d'échanges, a, sur les instances du gouverneur d'Obock, supprimé officiellement dans ses États la traite des noirs, et un traité, signé à la fin de 1889, a confirmé cette interdiction; malgré cela, notre représentant à Obock fait quotidiennement surveiller la côte et visiter les centres indigènes, afin d'éviter la contrebande.

Depuis quelques années déjà, un certain nombre de Français ont fait avec le Choa des opérations directes, qui consistaient jadis dans la vente d'armes et de munitions de guerre, commerce aujourd'hui remplacé par les tissus, la verrerie, les articles de Paris, etc.

Le Choa, situé à 350 kilomètres de la côte, est, comme l'Abyssinie, un pays montagneux, très élevé au-dessus du niveau de la mer (1.600 mètres environ), d'un climat tempéré et d'une fertilité incomparable.

« Ce pays et l'Abyssinie, dit M. de Lanessan, sont destinés,-par la douceur de leur climat, par la fertilité de leur sol et par l'abondance relative de la main d'œuvre, à devenir tôt ou tard de puissantes colonies européennes. Jusqu'à ce jour, les nations de l'Europe se sont surtout préoccupées de rechercher des débouchés pour leurs produits industriels. Le jour n'est pas éloigné où elles devront songer, dans une plus large mesure, aux colonies agricoles. » [Expansion coloniale ^ page 322.)

Les habitants du Choa (il y en a 1.500.000) sont plutôt guerriers que travailleurs, et le sol du pi^ys produit si facilement qu'ils n'ont que peu d'efforts à faire pour en

OBOCK

tirer ce qui suffit à leurs besoins. Aussi, quoique le caféier, le cotonnier, la canne à sucre, la vigne, les céréales y viennent admirablement, on n'en produit pas en quantités suffisantes pour alimenter un commerce important l Dans ces conditions, le trajet de Tadjourah à Ankober paraît devoir être trop coûteux à des caravanes nombreuses et fréquentes K

Le Ghoa, est un État indépendant, gouverné par un souverain assez bien disposé en faveur des Européens ^,

La route d'Harrar; le Ras-Jibouti. — Mais ce n'est pas seulement avec le Ghoa que les nations européennes

1. Un des produits les plus importants du Ghoa est le musc, qui provient d'un animal appelé civette. Les civettes sont généralement par troupes de 200 à 300 individus. Les mâles seuls fournissent le musc; chacun d'eux est enfermé dans une case très allongée, mais en même temps trop étroite et trop basse pour qu'il puisse se retourner. Les parcs sont chauffés à une température constante pour hâter la sécrétion qui n*a lieu que tous les quatre jours, et varie entre 80 et 100 grammes; pendant tout ce temps, on nourrit ces animaux de morceaux de viande de choix préparée au beurre. L'entrée des parcs à civettes est formellement interdite aux étranger» sous peine des punitions les plus sévères.

2. Le roi du Ghoa, Ménéhk aspirait depuis longtemps à la succession du négus Jean d'Abyssinie. Gelui ci étant mort dans le courant de l'année 1889, Ménélik s'est empare du trône d'Abyssinie sur lequel il a su se maintenir jusqu'à présent, malgré les attaques répétées de quelques-uns de ses rivaux à la couronne, qui ont pu, de leur côté, maintenir une partie du pays sous leur autorité. La lutte est loin d'être terminée et l'on ne sait encore si Ménélik réussira à repousser ses concurrents d'une manière définitive.

Ajoutons qu'au moment où les puissances européennes cherchent à pénétrer de tous les côtés dans l'incérieur du continent africain et à se partager ses différents territoires, trois nations principale ment cherchent à faire la conquête commerciale (ou môme territoriale) des contrées qui nous occupent ici d'une façon directe ou indirecte ; les Italiens ont jeté les yeux sur l'Abyssinie, les Français ont une grande influence au Ghoa et une plus grande encore dans les pays Gallas ainsi que dans la contrée de Harrar; enfin les Anglais ont songé à l'immense pays des Somalis, qui va jusqu'au delà du cap Guardafui.

établies sur la côte du Somal ont songé à créer des relations commerciales; c'est aussi avec la contrée de Harrar, qui est séparée du Choa par des pays Gallas indépendants et dont la capitale (qui a donné son nom au pays) est située à 200 kilomètres à Test d'Ankober et à 240 kilomètres de la mer.

La France, qui a le protectorat d'une grande partie du pays situé entre la capitale et le littoral, y a une influence considérable; à côté d'elle, et dans des proportions un peu moindres, vient l'Angleterre, qui est provisoirement établie à Zeïlah et Berberah, qu'elle administre pour le compte du gouvernement égyptien, à qui ces villes appartiennent.

De ces deux villes, Berbérah seule a quelque avenir; elle possède un bon port, le meilleur de la côte jusqu'au cap Guardafui, tandis que Zeïlah n'a qu'une mauvaise rade foraine, nullement abritée des vents du sud-ouest ou du nord-ouest; cette rade est si peu profonde, que les bâtiments doivent mouiller à 3 ou Zt milles de la côte K

Depuis le mois de mars 1888, notre territoire s'est accru d'un nouveau port, celui du Ras-Jibouti, au sud des îles Mouscha. En cet endroit, le rivage forme une anse dont les contours sont assez accentués pour préserver les navires des vents du nord-est; le mouillage est sûr, profond et, à quelques centaines de mètres de la mer, une chaîne de collines abrite des vents du sud-ouest. En quel ques mois, il s'est créé au Ras-Jibouti un mouvement commercial assez considérable, et les départs ou les arrivées de caravanes vont sans cesse en nombre croissant.

La ville d'Harrar. — Située à 1.-856 mètres au-dessus du niveau de la mer, Harrar a une population de 30 à 35.000 âmes et une superficie de Zi8 hectares \ Presque

Page 1