CHAPITRE II Description géographique et ethnographique
Description générale. — Les montagnes. — Le littoraL — Les cours d'eau. — Les rivières du nord. — Les rivières du Gabon. — L'Ogôoué. — Les rivières de la côte de Loango. — Le Kiliou. — Le bassin intérieur du Congo. — Esquisse géologique. — Faune et flore. — Races indigènes. — Mœurs et usages communs aux diverses peuplades. — Les M'pongoués. — Les Pahouins. — Les Chakés. — Les Batékés. — Les Bafourous ou Boubanghis. — Les M'bochis. — Les Loangos. — Résidences des diverses tribus indigènes. — Rapports des indigènes avec les traitants.
Description générale. — Les montagnes. — Le Congo français est traversé entièrement du nord au sud, et parallèlement à la côte, par un groupe de petites chaînes montagneuses qui établissent une ligne de démarcation bien définie entre la région maritime et la région de Fintérieur.
Cette chaîne porte le nom de Monts de Cristal et descend à peu près en droite ligne jusqu'au coude de rOgôoué. Sa hauteur est assez variable; les sommets les plus élevés ne dépassent pas 1,500 mètres et ceux qui dépassent ou atteignent 1,000 mètres sont en petit nombre
Ainsi, les deux parties de la chaîne formant la vallée de la rivière Noyo, qui, avant d'aller rejoindre le Muny, coule du sud au nord, ont, celles de l'est, environ 1,450 à 1,500 mètres de haut, celles de l'ouest, plus proches de la mér, 900 mètres seulement. Vers les sources de la rivière Komo, la chaîne a encore l,ZiOO mètres; elle n'en a plus que 1,000 en arrivant àl'Ogôoué.
Tout en suivant une direction parallèle à la côte, elle envoie, vers l'ouest, de petits rameaux qui se terminent généralement par des pics assez élevés (Mont deBata, 850 mètres; mont de la Mitre, 1,200 mètres) et forment sur le littoral des promontoires escarpés, d'aspect rougeâtre, dont le plus important est le cap Saint- Jean.
Au sud de rOgôoué, le plus haut sommet est l'Igoumbi- Andèle (1,060 mètres) qui domine le pays de Kama; enfin, la chaîne se confond avec les monts Devarenne (600 mètres) qui séparent le Niari-Kiliou du bas Congo.
Dès qu'en venant du littoral, on a dépassé cette longuè artère montagneuse, on s'aperçoit que le sol s'élève progressivement vers l'est par une suite de gradins successifs, après lesquels apparaît une série non interrompue de plateaux sablonneux, qui forment le point culminant de la ligne de partage des eaux entre les bassins de rOgôoué et du Gabon et le bassin du Congo intérieur.
En même temps qu'il s'élève de la sorte, ce terrain présente des caractères bien différents.
Au nord du Gabon, la côte est assez élevée et le sol, delà mer aux monts de Cristal, figure assez bien un plan incliné
1. Toutes les altitudes données sont approximatives^ aucune observation précise n'ayant pu encore être faite.
GABON ET CONGO FRANÇAIS
de Test à l'ouest. Après la chaîne de Cristal, commencent alors des gradins assez élevés et assez rapprochés les uns des autres, qui font place à leur tour à des plateaux de nature sablonneuse. Par suite de cette conformation du terrain, les cours d'eau se trouvent divisés, d'une façon générale, chacun en trois biefs distincts, dont deux seulement sont navigables : celui qui se trouve sur les hauts plateaux et celui qui coule dans la région maritime ^ La partie intermédiaire qui traverse la zone des gradins, a son cours entièrement obstrué par des chutes ou par des rapides.
Dans toute cette région des rivières du nord, la bande maritime et la zone des terrasses sont couvertes d'une végétation magnifique.
Après le cap Esterias, le rivage devient bas, sablonneux, marécageux; il disparaît sous les mangliers, les palétuviers et les hautes herbes. Toute cette contrée, qui a son centre au Fernan-Vaz et s'étend du Gabon au Kiliou est assez malsaine.
La zone maritime, qui s'étend à quelques dizaines de kilomètres dans l'intérieur fait place, dès que le sol commence à s'élever (ou, si l'on est sur un fleuve, à hauteur des premiers rapides) à la zone de la forêt vierge, qui est entrecoupée ça et là de quelques clairières herbeuses. Vient ensuite (à 350 ou AOO mètres au-dessus du niveau de la mer) une troisième zone qui comprend principalement d'immenses prairies verdoyantes, la forêt y restant limitée aux rives des cours d'eau ou aux terrains directement irrigués par ceux-ci. Enfin, à 7 ou 800 mètres de hauteur, existe une dernière zone, celle des hauts plateaux situés entre le bassin du Congo et les bassins des fleuves secondaires (Ogôoué, Niari-Kiliou, etc.) Dans cette zone, qui suit assez exactement la ligne de partage des eaux, on aperçoit
i. Cette division n'est pas rig"oureusement exacte ; les parties navigables sont généralement coupées aussi par des rapides.
de vastes et longues plaines sablonneuses, à la végétation clairsemée comme celle de la brousse du Cayor au Sénégal; de temps en temps, on distingue sur le sol une coupure qui s'élargit peu à peu, au fur et à mesure qu'elle disparaît à Thorizon : c'est une vallée, formée par une rivière qui a pris naissance sur le plateau et se dirige vers le Congo ou vers la mer.
Après cette quatrième zone, on pénètre dans le bassin du Congo intérieur où Ton retrouve, en sens inverse, en descendant vers le fleuve, des régions présentant tour à tour les différents caractères que nous venons d'indiquer.
Le Littoral. — De l'embouchure de la rivière Kampo jusqu'au cap Saint-Jean, la côte, assez élevée, est coupée par une multitude de cours d'eau et bordée par un nombre assez important de villages; elle forme la baie de Batah et reçoit la rivière Benito.
Après le cap Saint-Jean et au nord du cap Estérias, est une vaste baie qui renferme quatre îles, dont la plus importante s'appelle Tîle Corisco; les trois autres sont l'île Banya, la grande et la petite Elobey. Cette dernière, qui ne mesure qu'un kilomètre carré, est en réalité la seule qui soit habitée par les Européens. Dans la baie de Corisco se jettent la rivière Mouny et la rivière Moundah.
C'est entre la pointe Pongara et la pointe Santa-Clara que se trouve l'estuaire du Gabon, qui adonné son nom aune partie de nos possessions et s'enfonce de 70 kilomètres dans les terres.
Il est divisé en deux parties par l'île Coniquet, et par l'île aux Perroquets. Ces deux parties, qu'on peut désigner sous les noms de bassin extérieur et bassin intérieur^ ne sont pas également navigables. Malgré les bancs qui l'obstruent en certains endroits, le bassin extérieur est praticable pour les grands navires par des passes balisées avec soin; il a des fonds de 9 à iO mètres. Le bassin intérieur ne convient qu'aux petits bâtiments calant au plus 3™, 50 à U mètres.
Au fond de l'estuaire coulent deux rivières, la Rhamboé et le Komo, qui forment entre elles une sorte de langue semblable au Bec d'Ambez, ce qui a fait souvent comparer l'estuaire du Gabon à celui de la Gironde, avec lequel le premier a, en effet, de nombreux points de ressemblance.
La Passa en aval de Franceville.
Après avoir dépassé le Gabon, on remarque, à l'est du capLopez, la baie de Nazareth qui reçoit deux des bras du delta de l'Ogôoué, le Nazareth et le Yumbé. En continuant de descendre le long de la côte, on aperçoit Hle Mandji au nord de laquelle se trouve le cap Lopez, et Ton atteint le Fernan-Vaz, une des bouches de FGgôoué.
De ce point à Sette-Kama, le rivage est bordé de lagunes * .
1. Il est à remarquer que, du Fernan-Vaz au Niari-Kiliou, tous Afrique, ir. ^
• Jusqu'à l'embouchure du Kiliou, les points à signaler sont principalement le cap Sainte-Catherine, le poste de Sette- Kama, la rivière Ndogoué, la pointe Pedras, la rivière Nyanga, la pointe du JNord, le poste de Mayumba, le cap Matuti, la pointe Banda, et Konkuati, succursale d'une factorerie hollandaise.
Enfin, du Kiliou à la frontière portugaise, indiquée par l'embouchure de la Luémé, la côte n'offre de remarquable que plusieurs centres de commerce ou de population, tels que Loango, Pointe-Noire et Massabi.
Les cours d'eau : les rivières du nord. — Nous ne citerons que pour mémoire la rivière Kampo dont le cours inférieur sert de délimitation entre le Congo français et le territoire allemand de Kameroun, sur lequel elle prend sa source. La rivière Benito, qu'on rencontre un peu plus au sud, est navigable, sur un parcours de 35 kilomètres, jusqu'à l'endroit appelé Yobé (les eaux fortes) au pied des premiers rapides; elle est formée de deux rivières, la Mumbé et le Volo ; elle reçoit sur sa gauche la Lanya.
La rivière Muny n'est qu'une artère large et courte, à laquelle viennent se réunir, en forme d'éventail, le Kongué, rutungo, le Bonié, leTemboni et le Noyo; ces deux derniers cours d'eau ont seuls quelque importance. Enfin la rivière Moundah, qui n'est en réalité qu'un estuaire, reçoit quelques petits affluents, dont un seul, la Djomboé, mérite d'être signalé. ^
Les rivières du Gabon — Le Komo descend des monts de Cristal et s'élargit très rapidement, mais son cours inférieur est en partie obstrué par des îles appelées : la Ningué-Ningué (qui fixe la limite de la navigation pour les navires d'un moyen tonnage), la Sombié, la Ningué-Ouaté, la Ningué-Bouendé et la Sika. Le Komo reçoit à gauche la
les cours d'eau, dont la direction normale est de l'est à l'ouest, forment, au moment de se jeter dans la mer, un crochet dans la direction du nord-nord-ouest.
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rivière Bokoué et, près de son embouchure, la Maga et le Yambi.
La Rhamboé prend également sa source dans les monts de Cristal ; son lit n'est pas très large, mais assez profond. JN'étant pas une voie de pénétration, c^tte rivière est beaucoup moins fréquentée que l'autre.
L'Ogôoué. — C'est à 200 kilomètres environ au nordouest de Brazzaville, sur le plateau des Achicouyas, que rOgôoué prend sa source. Son cours supérieur est obstrué par des chutes très hautes et très rapprochées les unes des autres. La Passa, qui est le premier affluent imponant du fleuve, a également quelques chutes assez élevées dans la partie supérieure de son cours; mais elle est, à 15 kilomètres dé son confluent, praticable aux pirogues et aux embarcations calant au plus 2 mètres à 2"^, 50. Cette rivière dont les eaux sont claires et le courant rapide, a une largeur variant entre 70 et 100 mètres. Avec ses coudes nombreux, ses bords ombragés par une végétation splendide, ses ponts suspendus formés de lianes, cette rivière forme une des parties les plus pittoresques de toute la région.
A partir de l'endroit où il est rejoint par la Passa, rOgôoué serpente entre deux rangées de collines de hauteur variable et coupées elles-mêmes par de nombreux cours d'eau.
En descendant le cours du fleuve, — ce qu'on ne fait pas sans danger, à cause des rapides qu'il faut franchir jus^ qu'au poste deN'Djolé, — on rencontre successivement : à gauche, de petits ruisseaux sans importance, le Liboko qui descend des plateaux Ondoumbas ; la Libumdi; la Lékélé; la Léboka; la Leyu et la Mumbu, — à droite, la Likabo, qui naît dans les marais, près du village de Nghia; la rivière JN'Koni, dont les rives sont très pittoresques; enfin la rivière Sébéqui change plusieurs fois de direction avant de rejoindre rOgôoué.
On passe alors les chutes de Doumé et Ton arrive au
poste de Lastoursville (ancien Madiville), après lequel se trouvent les rapides de Boundji; on rencontre ensuite à gauche la Lolo et TOfoué, à droite la rivière Ivindo. Du village deZabouré, situé avant la Lolo, jusqu'à N'Djolé, les rapides sont parfois distants de quelques kilomètres seulement, tandis qu'au delà de IN'Djolé le cours du fleuve est absolument libre de tout obstacle.
Après la rivière Ivindo, on franchit les chutes de Booué, on dépasse Ashouka, Lopé, Obombi, Apinjis (tous placés sur la rive gauche), le mont Otombi, la rivière Okano qui se trouve sur la rive droite, et l'on arrive enfin au poste de N'Djolé, placé à peu près à l'endroit où l'Ogôoué, faisant un coude, tourne brusquement vers le sud-ouest.
De N'Djolé à la mer, le fleuve ne reçoit sur sa droite que des petites rivières; sur sa gauche, au contraire, il reçoit un cours d'eau fort important, le N'gounié; c'est au confluent de cette rivière avec rOgôoué qu'est située la Pointe Fétiche.
Un peu plus bas, se trouve le village de Lambaréné, no a loin duquel les eaux du fleuve commencent à se déverser en plusieurs bras qui arrivent à former sur les deux rives des lacs d'étendues diverses. Le plus grand de ceux-ci est, à gauche, le Zonangué, que parsèment une multitude dé petits îlots dont le groupe principal est celui des îles Sacrées. A droite, la rivière Adoumba fait communiquer le fleuve avec le lac Azîngo, dont les eaux s'écoulent vers la mer par la rivière N'Goumba. Enfin, après le lac Anengué, commence le delta du fleuve, bas, sablonneux, couvert de palétuviers et surtout de hautes herbes où vivent de préférence les hippopotames et les oiseaux de la contrée.
L'Ogôoué appelé Ogobé par les Bakalais, Lebagni par les Adoumas, Otemboué par les Okandas, et Rhembo M'polo par les Inengas et les Galois S prend sa source à Zi50 mètres de haut; sur son parcours, ses diff'érentes alti-