Les indigènes prononcent Kouilou
par son principal affluent, la Luisa, grossie elle-même des rivières Mandolo et Lali.
C'est à partir de Makabana que le Niari prend le nom de Kiliou. Tournant brusquement au sud-ouest, il descend droit vers la mer et ses eaux sont grossies jusqu'à Tembouchure par une multitude de petites rivières, parmi lesquelles on peut citer, à droite, la Lebulu, le Gokambo, le Paulu, la Libesse et, à gauche, la Luvako, le Pazi-Pazi et la Lubomé. L'entrée du fleuve est fermée par une barre mobile assez difficile à franchir; son cours est navigable environ pendant une soixantaine de kilomètres. Comme les rivières du nord, il est obstrué par des rapides assez nombreux.
Le bassin du Congo intérieur. — A l'endroit où le Congo commence à baigner le territoire français, la largeur du fleuve est d'environ 5 à 6 kilomètres et son cours est un peu avant le confluent de la rivière Léfini, parsemé d'îles innombrables K Après avoir reçu l'Oubanghi, dont la rive droite appartient seule à la France, le Congo reçoit, à une centaine de kilomètres de là, ses deux autres affluents très rapprochés Tun de l'autre, la Sanga et la Likuala.
C'est à quelque distance du dernier de ces cours d'eau qu'il atteint sa plus grande largeur — 18 kilomètres à peu près; — en se rapprochant de l'Alima, autre affluent assez important, il commence à se rétrécir et, vers le confluent de la petite rivière N'Kèmi qui arrose le poste des Galois, il n'a plus que 9 à 10 kilomètres de large; un peu plus loin, avant la Léfini, cette largeur n'est plus que de 2 à 3 kilomètres.
En continuant à descendre vers le sud-ouest, il atteint le lac Stanley sur les bords duquel sont, à gauche, Léopold
1. Le territoire français baigné par le Congo même commence au confluent de l'Oubanghi qui se jette dans le grand fleuve à peu près en face du village de N'Gombi. Il ne sera ici question que des affluents qui longent nos possessions, comme l'Oubanghi, ou de ceux qui les parcourent.
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viPe, capitale de TÉtat libre et, à droite, Brazzaville, centre fort important du territoire français, également baigné par la petite rivière Djoué.
Au lac Stanley commencent les rapides qui obstruent le Congo inférieur sur un parcours d'environ Zi50 kilomètres et empêchent les communications directes entre la côte et l'intérieur du pays. De ce lac à Manyanga, limite de nos possessions, le fleuve ne reçoit que deux petits affluents, le N'Kengué et la Luvubi.
Parmi tous les cours d'eau que nous venons de citer, les plus importants sont l'Oubanghi, la Sanga, la Likuala et l'Alima.
L'Oubanghi est le principal affluent du Congo ; on estime son cours à 2500 kilomètres et son débit est de 8000 mètres cubes par seconde. On peut le remonter en bateau jusqu'aux rapides de Zongo, qui sont à 700 kilomètres de son confluent et ne peuvent être franchis en pirogue que pendant l'hivernage. On croit que l'Oubanghi est la continuation de la rivière l'Ouellé, reconnue en ces dernières années par un certain nombre de voyageurs et voisine du bassin du Nil. Pendant la saison sèche, l'Oubanghi inférieur, large de plus de 3 kilomètres, n'a guère qu'un mètre de proondeur et est obstrué par des bancs de sable; mais, pendant l'hivernage les eaux s'élèvent à plus de 5 mètres.
La Sanga ou Massangha est considérée comme étant un des plus importants affluents du Congo. On estime son cours à 1600 ou 4700 kilomètres, mais on ne sait encore jusqu'à quel point elle est navigable ni où elle prend sa source. On croit cependant qu'elle descend du nord en droite ligne vers le grand fleuve; son débit est d'environ 3000 mètres cubes par seconde.
La Likuala a été parcourue presque entièrement en 1884 et 1885 par la mission scientifique dirigée par Jacques de Brazza. Elle a, dit-on, une longueur de 650 à 700 kilomètres, dont plus de 300 sont navigables ; le débit de cette rivière est de 1100 mètres cubes par seconde. Elle reçoit
divers affluents qui sont : à droite, le Lékoli et la Lébaï- Nghia, grossie elle-même de la Lébaï-Okona et de TObimbaya et, à gauche, l'Oba, dans laquelle se jette la Lébaï- N'gouco.
Sur 500 kilomètres de longueur, TAlima, appelée par les indigènes Nbochî, en compte environ 350 de navigables. Elle descend du plateau des Achicouyas et est formée par la réunion de la rivière de Diélé et du Ngampo. Elle reçoit à droite le Lékété et la M'Pama. C'est une voie de pénétration jusqu'au Congo pour les voyageurs qui ont suivi la route de rOgôoué. Débit par seconde : environ 900 à 1000 mètres cubes.
EnfiQ, la Léfini et la N'Kémi, ont chacune un parcours total de 250 kilomètres. Toutes deux proviennent du plateau des Achicouya -.
Esquisse géologique. — En décembre 1882, M. Jacques Savorgnan de Brazza, docteur ès sciences naturelles et frère cadet de l'explorateur, était chargé par le ministère de l'instruction publique de diriger une mission scientifique ayant pour objet l'étude de Thistoire naturelle et de l'ethnographie des nouvelles possessions françaises du bassin du Congo.
La mission termina ses travaux en 1886 et revint à Paris rapportant de nombreuses collections zoologiques, botaniques et minéralogiques, qui font aujourd'hui partie de notre Muséum d'histoire naturelle, où elles forment une galerie spéciale K
En même temps M. Jacques de Brazza dressait, d'après ses notes, une carte géologique d'ensemble des régions qu'il avait parcourues ; cette carte, dont il existe seulement deux exemplaires, n'a pas encore été publiée. C'est d'après ce document, que nous indiquerons, d'une ma-
1. Le comte Jacques de Brazza-Savorgnan-Cergneu, est mort à la fin du mois de janvier 1888, des suites de fièvres contractées pendant sa mission au Congo.
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nière succincte, quelle est la composition des diverses parties du territoire exploré du Congo français.
Le sol y est composé généralement de roches primitives, surtout de granit et de quartz. La région des hauts plateaux, depuis Kameroun jusqu'au Congo, est recouverte de sable quartzeux, provenant de la désagrégation des ro-
L'Alima en aval de Diélé.
ches occasionnée par la violence et la fréquence des pluies; niais, dans les vallées formées par les cours d'eau, ce sable fait place à un grès quartzeux de natur^^ friable et de couleur blanchâtre ; de sorte qu'au seul examen de la carte géologique, on pourrait à peu près reconstituer le parcours des rivières.
Le long du Congo, à droite et à gauche de la Léfini, de N'gantchou au poste des Galois, on a constaté l'existence d'un filon de quartzite veiné; un peu plus haut, toujours le long du fleuve, les confluents de rAlima, de la Likuala^ de la Sanga et de l'Oubanghi, sont presque exclusivement formés d'alluvions au milieu desquelles apparaissent (entre la Sanga et l'Oubanghi), deux bancs de limonite pisolithique. Un peu plus haut, sur la rive gauche de la Likuala, on a remarqué un important dépôt de sel gemme.
Dans le bassin de Kiliou, la Lali traverse tour à tour des bancs de granit, de calcaire gris, de grès quartzeux et longe sur sa gauche une vaste région cuprifère dont le centre principal porte le nom de M'boko-Songo K De son côté, le Niari passe à travers un banc de phyllades ressemblant à ceux des terrains anciens, à travers un autre de calcaire gris, puis, à travers du granit, du quartzite veiné et des gîtes métallifères; enfin, de Ludima à la côte, on a constaté l'existence d'un vaste dépôt de grès quartzeux coupé en deux parties par des phyllades et du calcaire gris.
Tout le pays, entre le Niari et l'Ogôoué, comprend successivement, en descendant vers la mer, du schiste siliceux, de l'itabirite, du quartz, des micaschistes, du gneiss et des alluvions. En remontant le cours de l'Ogôoué, on trouve, à f)artir de Lambaréné, du granit qui remplace les alluvions du littoral, des phyllades, du gneiss, des micaschistes, des phyllades pour la seconde fois, du granit divisant un assez large dépôt de quartzite veiné, du calcaire gris et du grès quartzeux fin et compact.
Au Gabon, les rives de l'estuaire sont formées d'une bande de calcaire liasique, entourée elle-même d'une autre bande de limonite pisolithique. Enfin, du Gabon à la rivière Kampo, la succession des terrains est la même que celle
1. Les mines de cette contrée sont exploitées depuis un temps immémorial par les indigènes, et le cuivre se répand dans l'intérieur jusque dans le Haut-Congo sous forme de petits lingots.
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de la région située entre le Kiliou et rOgôoué. Les terres d'alluvion y sont toutefois remplacées par des roches, tantôt rouges, tantôt jaunes, selon qu'elles contiennent de l'oxyde de fer ou des sulfures.
Comme on le voit, la craie, si abondante dans le Sahara, fait généralement défaut et c'est la potasse qui domine, rendant ce pays favorable à certaines cultures de l'Europe ou de l'Afrique du Nord, telles que la vigne, le mil, les légumineuses, le café, le cacao, l'indigo, les plantes alimentaires dites farineuses et la plupart des arbres fruitiers.
Faune. — Les animaux qu'on rencontre au Congo français sont si nombreux et si divers qu'il est impossible d'en donner une énumération complète. Nous mentionnerons donc seulement les principaux d'entre eux :
Carnassiers. — Il n'existe, au Congo, ni tigres, ni panthères, mais seulement des léopards, qu'on trouve rarement sur le littoral, mais qui sont communs dans la région des forêts.
On y trouve également le chat-tigre, le chat sauvage. En outre, il existe un animal signalé par du Chaillu et par certains traitants, qui passa longtemps pour un être imaginaire. D'après la description qui en a été faite, ce carnassier, armé de dents fort tranchantes, a la tête de la belette, le corps de la loutre et la queue du castor. M. Marche fut assez heureux pour en rapporter un spécimen, d'après lequel les naturalistes donnèrent à cet animal le nom de potamogal velox.
Pachydermes, — Les plus communs sont : l'éléphant, qu'on ne rencontre plus guère que de l'autre côté des monts de Cristal et qu'on devrait essayer de domestiquer et l'hippopotame.
Ruminants, — Les ruminants sont : l'antilope, qui appartient à différentes espèces, le bœuf sauvage, un mouton sans laine et une chèvre au poil ras.
Singes. — Les singes sont en quantités considérables — on pourrait dire en multitudes, — et quelques-uns servent à la nourriture des indigènes. Les individus de la grande taille sont le chimpanzé et le gorille, puis viennent les petites espèces dont les spécimens les plus connus sont le macaque et le ouistiti.
Rongeurs. — Les plus communs sont le rat ordinaire, le rat palmiste au pelage gris et noir qui mange les noix du palmier oléifère et celles du cocotier, le rat de roseau, le porc-épic et l'écureuil.
Édentés, — Les édentés sont représentés par le paresseux, qui
est fort rare, et le pangolin, qui vit parfois dans les habitations qu'il préserve des fourmis dont il se nourrit.
Oiseaux. — On remarque principalement le passereau, Toiseaumouche, le colibri, le merle métallique (lamprocolivs)^ le cardinal, le guêpier jaune azur, le touraco, sorte de grimpeur de couleur bleu de ciel, le martin-pêcheur, la caille, la perdrix grise, la poule de Guinée, le pigeon, la tourterelle, la colombe, le coq et la poule de basse-cour, le canard, le perroquet gris ; sur le littoral, la frégate, la bécassine, le marabout, Tibis, la poule d'eau, la grue, le héron, le pélican, l'aigrette; enfin, parmi les oiseaux de proie, l'aigle,. le vautour, l'effraie et le chat-huant.
Insectes. — Un volume ne suffirait pas si l'on voulait donner avec quelque détail la nomenclature des insectes qui vivent dans la région du Gabon-Congo. La liste seule en serait même beaucoup trop longue, et nous devons nous contenter de citer les individus les plus remarquables de cette classe. Ce sont : l'abeille, la guêpe, la fourmi, — principalement la fourmi rouge qu'on a de la peine à éviter, même dans les habitations, et la fourmi blanche ou termite, avec laquelle les noirs font, paraît-il, des repas succulents, le maringouin, la blatte ou cancrelat, la chique {pulex penetrans) ^, l'araignée, le scorpion, la scolopendre, le mille-pieds, l'ascaride et le ver de Guinée, également appelé filaire ou dragonneau.
Reptiles, crocodiles, sauriens et chéloniens. — Les principaux représentants de cette classe sont : le boa constrictor ou coluber, et le python, qui ne sont pas venimeux, le serpent noir, très commun et assez timide, mais fort dangereux, le serpent vert ou serpent des bananiers, qui se tient logé sur les feuilles de ce végétal ou s'enroule autour des arbustes; le céraste ou vipère cornue, qu'on trouve dans toute l'Afrique et qui est très commune en Algérie comme en Tunisie, et la vipère au museau uni.
Il existe égalemejit un serpent de mer nommé dans le pays Ndyolébé, et un serpent d'eau douce qui se tient sur les palétuviers, d'où il se lance sur le poisson.
Les crocodiles sont représentés par une espèce qu'on ne rencontre qu'assez loin dans l'intérieur. Comme sauriens, il n'y a guère que l'iguane et le caméléon qui méritent quelque attention. On sait que ce dernier est absolument inoffensif et n'a aucun autre moyen de défense que la faculté qu'il a de se dissimuler sur les arbres, en prenant progressivement la couleur de la feuille ou de là branche sur laquelle il se tient, se nourrissant, malgré son immobilité complète, avec des insectes qu'il attrape avec adresse au bout d'une
1. On pourra voir, à propos de la chique, le fascicule concernant la Guinée.
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langue mince, longue et gluante. Parmi les chcloniens, nous ne citerons que la tortue, qui présente un grand nombre de variétés.
Batraciens. — Outre le crapaud et la grenouille, il existe, sous les racines des palétuviers, un batracien dont on n'a pas pu encore se procurer un seul spécimen, tant est grande sa rapidité à fuir et
Marchands de bois sur le Bas-Ogôoué.
à se cacher dans l'eau vaseuse où il est impossible d'aller le saisir; son aspect est celui d'une grande salamandre de couleur brune.
Cétacés, poissons. — Les cétacés que l'on rencontre le plus souvent sur la côte sont le cachalot et le marsouin ; parfois même on y aperçoit une baleine qui s'y égare, provenant des mers australes. Il existe également un mammifère d'eau douce, devenu assez rare dans toutes les rivières de l'Atlantique, le lamantin, qui habite rOgôoué et ses affluents.
Les poissons qui méritent d'être plus particulièrement cités Bont :
le requin^ la raie, toujours de grande taille, l'espadon, le poissontorpille, qui engourdit par une décharge électrique la main qui le saisit, le poisson-volant, le cyprin, le mulet, la dorade, le capitaine, l'anguille de mer et de rivière, la sole et enfin la sardine qui apparaît sur la côte par bancs très nombreux.
Crustacés, mollusques, — Le crabe, le bernard-Permite, la langouste, très abondante dans toute la baie de Gorisco, la crevette, la pieuvre, la seiche, l'huître qui s'attache parfois aux palétuviers et un grand nombre de coquillages, sont les principales espèces de crustacés et de mollusques que l'on rencontre en ces régions i-.
Flore. — La flore du Congo n'est pas encore entièrement connue et Ton ignore encore l'usage d'un grand nombre de végétaux (plantes ou arbres), dont les spécimens ont été rapportés par Jacques de Brazza.
Comme une semblable énumération n'ofîrirait sans doute qu'un médiocre intérêt, nous ne nous sommes occupés que des espèces qu'on peut exploiter ou cultiver, et nous renvoyons le lecteur au chapitre IV de cette notice, où il trouvera toutes les indications qu'il pourra désirer.
Rages indigènes. — Les diverses peuplades qui habitent le Congo français sont si nombreuses et parfois si différentes, sinon de mœurs, du moins de langage, que M. de Brazza a préféré les diviser, une fois pour toutes selon leur nature et leur caractère, en-psuplades de la brousse (c'est-à-dire des contrées un peu boisées), et en peuplades des forêts (c'est-à-dire des contrées entièrement couvertes par la végétation).
Les dernières de ces peuplades sont en général belliqueuses, sauvages, méfiantes, cruelles, difficiles à apprivoiser et à plier ; au contraire, les gens de la brousse sont
1. Le lecteur qui voudrait faire une étude spéciale de Thistoire naturelle du Congo, devra se reporter à une petite brochure-catalogue de M. L. Rivière, du Muséum d'histoire naturelle, où sont énumérées, dans le plus grand détail, les intéressantes collections zoologiques réunies par M* Jacques de Brazza au cours de sa mission Clans rOuest-africain.
un peu mous, mais plus travailleurs et moins sanguinaires. Aussi leur concours est-il plus efficace que celui des gens de ia forêt !
Il ne nous est pas possible néanmoins de nous contenter de cette distinction dans Texposé rapide que nous voulons faire de ces peuplades; par contre, il ne nous est pas permis de nous étendre longuement sur toutes les petites tribus qui se rattachent, par leur origine ou par leur langage, à l'une des principales races indigènes de la contrée. Ces races principales sont :
1^ Au Gabon même, la race M'ponguée à laquelle appartiennent les Boulous ou Chekianis, les Orougous, les Inengas, les Galois et les Ivilis.
2^ Au noid du Gabon principalement, et un peu au sud de l'estuaire, la race IM'benga, dont proviennent les Koumbés, les Moussedjis et les Egaras.
3^ Tout le long de la rive gauche de rOgôoué, sur une partie de sa rive droite, et s'étendant vers le nord en suivant un des affluents de ce fleuve, la rivière Tebé, la race Shaké, qui comprend d'abord les Bakalais et les Bangoués, puis les Okandas, Okotas, Adoumas et Obambas.
4^ Le long du littoral, dans le bassin du N'Gounié et dans celui du Kiliou, un groupe hétérogène dont une partie appartient aux Kamas, une autre aux Bavilis, parents des Ivilis cités plus haut, une autre enfin à ceux
qu'on appelle les Loangos, lesquels ne sont que la réunion des Bafiottes, des Bayakas, des Babouendés, des Siakas, des Balumbos, des Bakounis et des Mayumbés.
5« A l'est de chaîne de Cristal, du Komo à la rive gauche de rOgôoué entre Lopé et Doumé, la race des M'fans ou Pahouins, à laquelle appartiennent les Ossyébas et les Ondoumbas.
6° Dans toute la région des hauts plateaux, depuis le haut Niari
Femme okota.
et la haute Lali jusqu'à l'Alima supérieur, la race batéké et ses deux dérivés, les Achicouyas, et les Balalis.
70 Tout le long du Congo, à partir de l'Alima moyen, jusqu'au cours inférieur de la Likuala et la plus grande partie du bassin de l'Oubanghi, la race des Bafourous, qui comprend aussi les Bou- Banghis (ou Oubanghis).
8** Enfin une race qui se tient sur le bas Alima, principalement sur la rive droite, celle des M'bochis*.
De ces huit groupes principaux il en est trois qui, par leur nombre et leur influence, méritent d'être mentionnés tout spécialement; ce sont :
lo les Pahouins ; — 2« les Chakés ; — 3"" les Batékés.
Les MTongoués: moeurs et usages communs aux diverses PEUPLADES. — Il convient dy ajouter la race M'Pongouée, des rives du Gabon, qui est depuis longtemps soumise à la domination française et qui fut jadis l'une des plus riches de la contrée ^.
Elle est en général assez belle; les indigènes ont la peau d'une belle couleur bronzée, les extrémités un peu grêles, mais bien prises, le front haut, l'œil clair, la physionomie intelligente ; contrairement aux autres indigènes des peuplades qui se distinguent entre eux de cette façon, les M'pongoués ne portent pas de tatouages.
Cette race diminue de jour en jour et l'on ne compte plus guère que trois à quatre mille individus de sang pur; les autres tribus, Boulons, Inengas, Galois, Orougous, sont
1. On remarquera que les noms de la plupart des peuplades s^nt précédés d'un préfixe, qui est tantôt la syllabe &a, tantôt la lettre 0, tantôt la lettre a, tantôt enfin la lettre m, suivie d'une apostrophe. Ces différents préfixes signifient ordinairement : gens du pays de. Ainsi, sur la haute Lali, les indigènes qui habitent la contrée portent le nom de Balalis — gens du pays de Lali. — On a alors les Batékés, les Bafourous, les Bakalais, les Bangoués, les Baviiis, les Adoumas, les Achicouyas, les Apinjis, les M'pongoués, les M'fans, les M'bengas, les M'Bochis, les Obambas, les Okotas, les Okandas, etc., etc.
2. Les M'pongoués étaient enrichis, avant notre établissement dans le pays, par le commerce des esclaves; ils servaient d'intermédiaires entre les négriers de la côte et les peuples de l'intérieur.
Afrique, ii.
de sang mêlé. Les maladies, provenant principalement de la scrofule, du miasme tellurique, de l'abus des liqueurs fortes et de l'avortement ont si bien éclairci les rangs de ce peuple, qu'il n'a pu lutter contre l'envahissement des M'Fans, venus, d'après ce qu'on croit, du nord-ouest du Gabon.
Chez les M'Pongoués comme dans les autres peuplades, l'homme libre ne travaille pas ou du moins travaille le moins possible; il chasse, pêche ou fait palabre.
Le palabre est une réunion des hommes libres de la tribu, seuls, ou avec des noirs d'une tribu voisine ; de longs et filandreux discours en font tous les frais; mais c'est là justement que subsiste le plaisir, tant est inné chez ces indigènes le besoin de parler — et de parler longuement; il en est d'ailleurs ainsi dans toute l'Afrique, depuis le Sén- gal et la Guinée jusqu'à la côte orientale et jusqu'à la mer Kouge.
A la femme incombent les besognes les plus pénibles, les soins du ménage, les soins à donner aux animaux domestiques et aux plantations destinées à la subsistance.
Le nègre, comme l'Arabe, peut avoir plusieurs femmes^ dont le nombre varie suivant sa fortune. Il a tout droit sur elles et en use largement.
L'indigène est naturellement méfiant et soupçonneux, ce qui le rend facilement cruel. Dans toute la région du Cor»go, depuis le bas Niger, et par conséquent sur tout le territoire français de l'Ouest africain, il est fétichiste. Les pratiques varient selon les peuplades ; de môme les fétiches; il y en a des quantités; le nombre et la nature de ces fétiches varient suivant les tribus. Mais il y a entre les peuples quelques traits commune. Tel est, par exemple, l'usage du poison d'épreuve, donné dans certaines circonstances. Lorsqu'un roi est mort, lorsqu'un événement grave et malheureux est survenu, le féticheur de la tribu satisfait sa rancune personnelle en accusant de cette mort ou de ce malheur quelque indigène qui ne lui ^ point fait, à son idée, assez de cadeaux. Le malheureux doit alors avaler
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le poison, qui le tuera, s'il est coupable^ tandis que, s'il est innocent, le fétiche le protégera. Le poison ainsi administré est généralement un composé de strychnine, dont le patient réchappe rarement.
Les cases diffèrent peu les unes des autres ; elles ont toujours, du Gabon au Congo, des traits communs assez nombreux ; on les construit avec un bambou ou un palmier qu'on rencontre dans la forêt.
11 n'y a pas d'autre ouverture que la porte, et la case est ordinairement divisée en deux parties : la première est la pièce commune, salon, salle à manger et cuisine; l'autrjest celIeoùroQcoache,où l'on met les fétiches ainsi que les coffres qui contiennent la fortune de l'indigène. Le lit est en bois équarri recouvert de feuilles de palmier. Du côté de Libreville cependant, les noirs, depuis longtemps en contact avec les Européens^ ont pris quelques habitudes de luxe et de confort, et il n'est pas rare de voir dans une case, uq lit avec une paillasse, des chaises, une table et quelquefois même une armoire à glace, meuble d'un grand prix en ces régions.
L'indigène de l'intérieur est peu vêtu ; il s'habille avec de l'étoffe, faite au moyen de fibres de raphia, ou avec l'écorce d'un figuier rendue souple par le macérage et le battage. Au fur et à mesure qu'il entre en contact avec les Européens, il s'habille avec nos étoffes. A la côte, et surtout à Libreville, les hommes commencent à porter des habits à l'européenne, tandis que les femmes s'habituent peu à peu à porter des robes, qui sont parfois en tissus de soie. La plupart de ces vêtements sont des défroques de nos magasins d'Europe.
Tous aiment passionément le tabac, et, sur le littoral, il n'y a que les gens trop misérables qui ne possèdent pas une pipe en terre comme celles que l'on vend en France cinq ou dix centimes.
La nourriture varie selon les contrées et selon les peuplades. Presque partout le fond de cette nourriture est.
d'abord le manioc et la banane, ensuite le maïs, le miU l'igname et la patate douce. 11 s'y ajoute parfois, principalement aux grandes fêtes, du gibier, de la chair de cabri, ou des poules; partout on fait usage de poisson fumé.
Rarement, les indigènes de ces contrées ont des armes; ceux qui sont riches achètent des fusils à pierre, d'autres se fabriquent une espèce de javelot qu'ils n'emploient qu'à la chasse et, exceptionnellement, à la guerre.
Sur la côte, au Gabon, dans les bassins de rOgôoué, du Kiliou et du Congo, les noirs se servent de pirogues. Ces pirogues sont faites au moyen de certaines essences d'arbres qu'on abat, qu'on dégrossit et qu'on creuse avec des instruments de fer très primitifs, ordinairement une hachette et une herminette; on flambe ensuite la surface que l'embarcation présente à l'eau, de façon qu'elle soit lisse, polie, glissante et imperméable.
Dans les rivières du nord, la pirogue est très petite; plus bas dans l'Ogôoué, elle est d'une plus grande taille et peut porter jusqu'à vingt et trente pagayeurs. Enfin, sur le Congo intérieur, principalement sur l'Oubanghi, les Bafourous ont des embarcations qui peuvent tenir jusqu'à 100 hommes; plus haut encore, les indigènes construisent, des radeaux de guerre sur lesquels 120 et même 150 combattants peuvent prendre place.
Comme tous leurs congénères des autres régions de l'Afrique, les noirs du Congo sont d'un naturel gai et, dès que le soleil est couché, ils se livrent à des jeux et à des danses effrénées au son du tamtam ou de quelques instruments de musique n'ayant aucun caractère. Aux danses des hommes, fort peu pudiques déjà, succèdent les danses des femmes et des jeunes filles, d'une lubricité effrénée.
Passons maintenant rapidement aux traits généraux, qui caractérisent chacune des races précédemment citées : les Pahouins, les Chakés et les Batékés.
Les Pahouins. — Les Pahouins se reconnaissent à leur haute taille et à leur tatouage qui se compose de cinq
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raies tracées derrière le cou. Ils tressent leurs cheveux et leur barbe et, comme beaucoup de leurs voisins chakés, se liment les dents en forme de pointes acérées Ils sont violents -et d'un naturel sauvage et belliqueux. Prompts à attaquer, ils redoutent également les agressions et leurs villages sont construits en conséquence: deux rangées de
Ile aux Perroquets, en amont d'Ashouka.
huttes placées sans interruption à côté les unes des autres et donnant Taspect d'une large rue fermée à ses extrémipar des portes massives, crénelées et armées de meurtrières. Les Pahouins n'ont d'autre industrie que de forger le fer.
Les Chakés. — Les Chakés (Bakalais, Bangoués, Apinjis, Okotas, Okandas, Obambas, etc..) sont d'une taille au-
1. Cette coutume est d'ailleurs commune à un grand nombre de peuplades de l'Afrique centrale.
dessus de la moyenne, mais bien découplés; ils ont, eux aussi, un tatouage spécial. Situés autrefois sur les deux rives de rOgôoué, ils ont été chassés d'une partie de la rive droite par une tribu pahouine, celle des Ossyébas. La plupart d'entre eux, les Bakalais, les Adoumas et les Okandas, sont des piroguiers excellents.
Les Adoumas sont également de bons tisserands.
Les Ratékés. — Les Batékés sont de petite taille; d'une sobriété extrême, ils vivent de manioc et de millet ; ils mangent aussi des fourmis blanches, des vers et des insectes; car la nourriture animale est très rare chez eux. Gomme tous leurs congénères de l'Afrique centrale (il faut en excepter les quelques races du littoral qui vivent côte à côte avec les Européens), ils pratiquent le cannibalisme en temps de guerre et mangent les prisonniers ou les gens de leur tribu morts au combat.
Ce sont des travailleurs fort actifs qui se livrent principalement à l'agriculture, ne laissant aux femmes que les soins du ménage. Celles-ci, d'ailleurs, sont loin d'être traitées en esclaves et assistent parfois même aux conseils. Les Batékés vont également faire le commerce chez les peuples voisins; enfin ils s'engagent comme porteurs et. sont d'excellents serviteurs de l'autorité française.
Les Bafourous ou Boubanghis. — Ces indigènes sont de grande taille, très forts et généralement très beaux. Ils sont également anthropophages et vêtus ordinairement de feuilles et de filaments croisés et joints ensemble. l's se peignent le corps, qu'ils couvrent de tatouages en forme de bourrelets charnus, obtenus au moyen de tiges de bambous faisant sétcn. Ils sont très commerçants, hardis en affaires et avides de nouvelles qu'ils s'empressent de colporter dans les pays environnants. Les femmes portent aux jambes et au cou des ornements en cuivre massif qui forment parfois un poids total énorme. Leurs bateaux, nous l'avons dit plus haut, sont de très grande dimension ; en raison du nombre considérable de pagayeurs — ils sont
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parfois une centaine — un homme, placé à Pavant de Tembarcaiion, est chargé de battre du pied pour indiquer le rythme des pagayes : un autre agite une sonnette pour effrayer les hippopotames, qu'on rencontre en grande quantité dans les rivières.
Lorsqu'un chef meurt, on sacrifie plusieurs de ses femmes et de ses esclaves ; c'est la première épouse qui est chargée de désigner celles de ses compagnes qui suivront le mari dans le tombeau.
Certaines tribus de cette race vivent entièrement sur Peau; leurs membres ne quittent jamais la tribu où ils sont nés et où ils mourront, et ce sont eux qui vont chercher chez les Batékés, dans le haut Alima, le manioc destiné à la nourriture d'une partie des peuplades riveraines du Congo.
Les M'bochis. — Disons également quelques mots des M'bochis : sauvages, méfiants, entêtés, très âpres au gain, ces indigènes nous ont été longtemps hostiles et, encore aujourd'hui, ils ne voient notre occupation que d'un fort mauvais œil. C'étaient, en effet, avant notre arrivée, de grands marchands d'esclaves, mais l'autorité française leur a imposé l'obligation de renoncer à ce trafic.
Ils sont particulièrement graves, jamais gais et ne dansent ni ne chantent comme les autres peuples de l'Afrique centrale et occidentale. Ils se badigeonnent le corps de diverses couleurs afin d'éloigner le mauvais sort et défendent l'entrée de leurs villages au moyen de retranchements gazonnés (fossés et parapets), que protègent des abatis d'arbres aux pointes empoisonnées.
Les Loangos. — Les naturels des contrées situées entre le N'gounié et le haut Kiliou (Bavilis, Kamas, Baloumbos) vivent aussi retirés que possible, les souvenirs de la traite leur ayant fort peu donné le désir de fréquenter les Européens. Ils n'ont d'ailleurs pas de besoins et se contentent, pour vivre, des produits du sol ou de ceux de la pêche. La seule industrie à laquelle ils se livrent est l'exportation
du sel qu'ils vendent ensuite à une autre tribu loango, les Bayakas.
Les Loang'os, principalement les Bafiottes, sont de belle taille et d'un naturel orgueilleux et fier; ils se considèrent comme les plus civilisés de tous les noirs. Ils sont marins et font le cabotage des côtes; ils sont également porteurs et font le service des convois du Niari-Kiliou et de Brazzaville. Ils s'engagent volontiers pour aller en pays étranger et sont bons cuisiniers, et tailleurs assez habiles. Ciie2 eux, la division du temps est quaternaire et non pas sep^ ténaire comme chez nous : le quatrième jour est le jourj du marché ^ Les femmes occupent une grande place! dans la tribu; elles ont, comme les Batékés, voix aux conseils et ont même le droit de choisir leur époux. Cette race se développe bea icoup en nombre, à cause des soins que les mères ont pour leurs enfants, dont la mortalité est presque nulle.
RÉSIDENCES DE DIVERSES TRIBUS INDIGÈNES. — Maintenant que nous avons rapidement esquissé les principaux traits des tribus indigènes les plus importantes, voyons maintenant où réside chacune d'entre elles.
En descendant de la rivière Kampo jusqu'à la frontière portugaise, on rencontre : dans la baie de Batah, sur la rivière Benito, les M'bengas ; dans la rivière Mouny, les Boulous; à l'ouest de l'estuaire Moundah, les Chékianis; autour du Gabon et dans le Bas-Komo, les M'Pongoués. Au sud du Gabon, à l'ouest de la Rhamboé, sont encore des Chékianis; dans le Bas-Ogôoué, on rencontre, sur la rive droite, les Galois; entre rOgôoué et le Kiliou, se trouvent les Kamas et les Bavilis sur la côte, puis les Baloumbos et les Bayakas à l'est des Bavilis. Dans tout le bassin du Kiliou sont les races loangos.
i. Cette division du temps n'est pas spéciale aux Loangos, mais est commune à toutes les peuplades du bassin du Congo, y compris les Batékés.
GABON ET CONGO FRANÇAIS
Le long dé la chaîne de Cristal, en refaisant le même trajet du nord au sud, on rencontre depuis les sources de la rivière Mouny jusqu'à la rive droite du moyen Ogôoué, c'est à dire à la hauteur de Lambaréné, de N'Djolé, de Lopé, de Booué et de Zabouré, les Pahouins et les Ossyébas, qui s'étendent fort au loin dans le nord-est. De l'autre côté de rOgôoué, sur la rive gauche de ce fleuve, sont le Inengas et les Bakalais, qui rejoignent vers le Haut-N'gounié, la tribu des Bayakas.
En remontant l'Ogooué, on remarque, sur la rive gauche, à partir de Lambaréné : les Bakalais, les Okotas vers N'Djolé, les Apinjis près du mont Otombi, à Oborabi, les Okandas à Lopé, Ashouka et Booué, les Adoumasà Boundji, les Ondoumbos, au confluent delà Passa et de la Lébagai ; sur la rive droite, après les Ossyébas dont il a été question tout à l'heure, c'est-à-dire après Zabouré, se trouvent les Ghébés, en face des Adoumas, et les Obambas, en face des Ondoumbos.
Les Batékés commencent au sud de Brazzaville, prennent toute la rive droite du Congo jusqu'au N'kémé, continuent sous le nom de Balalis et d'Achicouyas vers la région de rOgôoué et du Haut-Alima^ puis, en cette contrée, ils reprennent leur appellation de Batékés et s'étendent au nord jusqu'aux sources de l'Oba et de la Lebaï-N'gouko.
Au nord des Chébés, sont les Bangoués et, à côté d'eux, au nord-est des Obambas, un nouveau groupe d'Okotas.
Les M'Bochis habitent le long du Congo dans la presqu'île formée par le N'kémé et le Bas-Alima.
Enfin les Bafourous s'étendent depuis le Moyen Ahma et la rive gauche du Bas-Alima, jusqu'à l'Oubanghi, tout le long duquel ils s'étendent, prenant, à partir de la Likuala, le nom de Boubanghis.
Rapports des indigènes avec les traitants. — Nous dirons enfin quelques mots des rapports qui existent entre les commerçants de toute origine et les indigènes, principalement les Pahouins, qui habitent à l'est du Gabon.
Eq 1850, le général Faidherbe donnait à ce sujet des indications déjà précieuses :
Le capitaine de vaisseau Baudin, disait-il, a visité un village pahouin, celui d'Acuengo, dans le Komo et a été parfaitement accueilli par ce peuple, chez lequel les M'Pongoués s'efforcent d'entretenir de la défiance contre nous et à qui, par exemple, ils ont fait croire que nous mangions les nègres qu'achetaient les Tiégriers et que notre vin était du sang de nègre, qui a subi une transformation. Ce commencement de relations françaises avec les Pahouins ne peut qu'engager ceux-ci à s'aboucher directement avec les troqueurs, ou du moins à forcer les traitants indigènes de la côte à rabattre un peu de leurs prétentions, par la crainte de nous voir attirer vers la mer un peuple qu'ils redoutent beaucoup et auquel ils se sentent incapables de résister.
A ceci, M. de Brazza ajoutait en 1886 :
Depuis vingt-trois ans les traitants et les populations Voisines de la côte ont suivi la ligne de conduite que signalait si bien le général Faidherbe. Guidés par leurs intérêts commerciaux, ils représentaient les Pahouins comme des sauvages intraitables, féroces, pillards, cannibales, et bons tout au plus à être détruits parle fer et par le feu... Aussi les Pahouins n'ont-ils guère connu de notre civilisation que les fréquents châtiments qu'on leur infligeait en incendiant leurs villages! Actuellement, vingt-trois ans se sont écoulés depuis leur apparition, et notre influence dans les rivièrés navigables de l'estuaire du Gaboa ne s'étend pas au delà de la portée de nos balles ou de nos obus, et ne dure que le temps du séjour des canonnières... Et maintenant, au lieu de pouvoir utiliser la vigueur de cette race, au lieu de pouvoir, grâce à son travail, mettre en valeur la fertilité exubérante du sol, éminemment propre à la culture du café, de la canne à sucre et du cacao, nous nous trouvons en présence de peuplades animées envers nous de sentiments invétérés de haine, d'hostilité et de représailles, qui rendent difficile un rapprochement cependant nécessaire pour la tranquillité et la prospérité de la contrée.
Ce n'est donc qu'en pénétrantprogressivement au milieu des indigènes comme on le fait dans rOgôoué, dansTAlima et dans le Kiliou, comme on commence à le faire dans le bassin du Congo qu'on arrivera à les rassurer et qu'on leur apprendra à mieux connaître les Européens; et alors, peu
à peu, les peuplades des autres contrées se trouveront, par la force des choses, obligées de suivre le mouvement.
Il faut s'attendre cependant à rencontrer certaines résistances; les premières seront celles des féticheurs, quePinstallation des blancs ruinera en partie, sinon totalement; les autres, plus sérieuses, seront celles des traitants indigènes, qui ne pourront plus, à partir de ce moment, faire des bénéfices aussi scandaleux dans leurs marchés avec les noirs. Ce sont des résistances de cette nature que nous rencontrons, au Sénégal, à Saint-Louis particulièrement, où l'on verra toujours les traitants indigènes, qu'ils soient mulâtres, noirs ou maures, faire une opposition acharnée à tout ce qui aura pour conséquence de faciliter d'une manière quelconque nos communications avec les escales du fleuve ou avec l'intérieur du pays.
Cour et magasin général de Franceville.