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DUPLEIX

sonnel, la Compagnie réalise pendant les années de paix (1724-1743) des bénéfices bruts de près de 100 pour 100, mais de ces bénéfices 52pourl00 sont absorbés par les frais généraux, le reste par le remboursement des emprunts. La Compagnie est à la merci d'un naufrage ou d'un accident. Or deux naufrages (1739-1740), l'armement d'une escadre (1740) confiée à La Bourdonnais (1741), les dépenses considérables engagées à Mahé et à Karikal, compromettent définitivement une situation précaire : après 1744, en dépit des secours du roi, la détresse financière ira en s'accentuant ; la crainte de la banqueroute imminente paralysera les directeurs au moment même où Dupleix leur demandera un vigoureux effort.

Certes, l'œuvre des prédécesseurs de Dupleix n'est point négligeable; rinde créée par Martin, sa grandeur commerciale assurée par Lenoir, sa puissance militaire par Dumas, témoignent d'une rare continuité de mérites éminents. Dupleix cependant éclipse tous les gouverneurs de l'Inde ; son œuvre, malgré l'échec final, est sans précédent et n'a pas été imitée. Il est l'homme qui embrasse toutes les expériences faites avant lui, et qui des résultats épars construit un système : successeur de marchands, marchand lui-même pendant de longues années, il ne parvient qu'après de multiples tâtonnements à formuler un plan politique; il ne découvre, n'innove rien qui n'ait été entrevu ou pratiqué avant lui; ce qui est nouveau en lui, c'est sa méthode, c'est une vue également précise du résultat possible, et des moyens d'y parvenir, c'est un ensemble de qualités rarement unies au même degré, une grande intelligence et un grand cœur au service d'une grande volonté, c'est son génie.

Joseph-François Dupleix était né à Landrecies le 1" janvier 1697. On ne sait presque rien de sa jeunesse: il fit ses études à Quimper, aimait les mathématiques et les sciences naturelles. Son père fut en 1721 fermier de la ferme des tabacs pour le compte de la Compagnie ; dans la même charge, son frère aîné Dupleix de Bacquemont, devint fermier général, la Compagnie ayant remis le bail du tabac aux fermiers généraux. Luimême peu aimé, semble-t-il, par son père, fut embarqué en 1715 sur un vaisseau de la Compagnie. François Dupleix fit ainsi plusieurs voyages aux Indes. Puis on obtint pour lui le poste de membre du conseil supérieur et de commissaire des guerres de la Compagnie à Pondichéry (1721). Dans cette situation, Dupleix, qui avait reçu de précieux conseils du commissaire général Dulivier, commença à s'adonner au commerce dinde en Inde; il fit un voyage en Chine. A la suite d'une accusation d'escroquerie portée contre lui, il fut suspendu de ses fonctions par Lenoir (1727). Rétabli dans ses titres par ordre de la Compagnie (1729) après complète justification, il devint l'année suivante gouverneur de Chandernagor : « Ce que l'on attend de moi, écrit-il, c'est le rétablissement d'une colonie manquant de tout, et d'oii l'indolence, le relâchement de la discipline, la pauvreté ont à jamais banni le commerce. » 11 y travailla avec audace et activité, fit de sa maison un véritable établissement de crédit, ouvrit des relations avec l'Arabie, la Perse, Manille, tout en pratiquant le commerce d'Inde en Inde et en cherchant à faire sa fortune personnelle. Il songeait à rentrer en France. La colonie se releva, devint la place de commerce la plus importante de la Compagnie. En récompense, Dupleix (divers accidents avaient cora-

promis sa fortune), reçut la succession de Dumas (1740). Il épousa en 1741 la veuve d'un conseiller de la Compagnie, M»» Vincens, Jeanne Albert, fille d'un Français et d'une métisse de la maison de Castro. M""" Dupleix. Begum Johanna (la princesse Jeanne, comme l'appelaient, dit-on, les indigènes), dont on a voulu à tort faire une collaboratrice politique de son mari, fut simplement pour lui une compagne dévouée « partageant tous ses soucis et ses sentiments ». Rien d'ailleurs ne fait encore présager les futures idées de Dupleix : un titre maure et un jaguir lui avaient été offerts en 1739; il avait refusé le jaguir, « c'est-à-dire les terres, la richesse, la puissance... 11 n'est ni un rêveur héroïque ni un homnie d'État, mais un marchand, et qui n'a pas fait fortune ». Dès son arrivée à son nouveau poste (janvier 1742), Dupleix eut à faire face à une situation difficile et, comme il n'avait pas encore pénétré la faiblesse des gouvernements indigènes, il agit avec timidité, d'autant plus que la Compagnie était hors d'état de faire la guerre aux Indes, et que le roi voulait la paix.

Les directeurs lui envoient des ordres formels : « Réduire absolument toutes les dépenses de l'Inde à moins de moitié, suspendre toutes les dépenses des bâtiments et des fortifications (1743). «

Il propose aux Anglais de proclamer la neutralité des vaisseaux et des établissements des deux Compagnies à l'est du cap de Bonne-Espérance.

Première guerre anglaise. La Bourdonnais. — A ces

avances. Morse, gouverneur de Madras, répond par des déclarations belliqueuses. Le Commodore Barnett commence les hostilités en arrêtant dans le détroit de Banca les vaisseaux qui revenaient de Chine et de Manille. Dupleix se prépare à attaquer Madras. Ln vain, de sa propre initiative, le nabab d'Arcate, Anaverdi-khan, essaya-t-il d'assurer la neutralité du Dekkan, et défendit-il aux Européens de troubler la paix dans le pays : le gouverneur de Pondichéry passa outre : il essaya d'indisposer le nabab contre les Anglais, en insistant sur ce fait qu'ils avaient commencé la guerre (1744). En même temps il adressait à Paris de pressantes demandes de secours, mais en vain : « Si le cri de notre conscience, écrivait-il en 1746, ne nous rassurait, nous pourrions croire que nous sommes des proscrits ; se peut-il que depuis deux ans que la guerre est déclarée, la Compagnie n'ait même pas songé à envoyer un navire? » Désespéré de cet abandon, Dupleix tombaitenfin malade, allait jusqu'à demander son rappel, à l'heure même oii le roi à Versailles l'anoblissait et le nommait chevalier de Saint- Louis. Enfin, le 23 avril 1746, l'annonce de la prochaine arrivée d'une escadre le guérit subitement. Ne fallait-il point préparer le ravitaillement des vaisseaux, et surtout disposer tout en vue d'une campagne décisive!

Le chef de l'escadre était Mahé de La Bourdonnais, un Breton héroïque et têtu, qui avait quitté Saint-Malo, sa ville natale, à l'âge de dix ans, avait couru toutes les mers du globe, s'était distingué à la prise de Mahé, et avait déployé d'admirables qualités d'organisateur dans le gouvernement de l'île de France (Maurice) ; de cette île presque abandonnée, 11 avait fait une colonie florissante sur la route de la France aux Indes, et en avait tiré les ressources nécessaires pour venir au secours de l'Inde. Avec 10 vaisseaux et i 330 hommes, il livra un glorieux

L'LNDiE FRANÇAISE

combat à la flotte de lanùral Peylon, et, le 8 juillet 1746, fit son entrée à Pondichéry. L'accueil de Dupleix, qui était depuis longtemps en correspondance avec lui, fut enthousiaste; La Bourdonnais répondit par des protestations de dévouement et de confiance.

Pourtant une sourde mésintelligence ne tarda pas à éclater entre les deux hommes : La Bourdonnais attaqua et prit Madras le 21 septembre,

mais repoussa aussitôt les instructions de Dupleix et du conseil de Pondichéry, s'engagea à remettre la ville moyennant une rançon de 1 100 000 pagodes (10 millions environ) à l'Anglais Morse, qui s'était rendu à discrétion. Dupleix cassa le traité, envoya des délégués à Madras; les uns furent emprisonnés, les autres chassés. On ne sait comment se serait terminé le conflit si un ouragan, (12-13 octobre) n'avait détruit en partie l'escadre française dans les eaux de Madras. La Bourdonnais signa alors son traité définitif avec les Anglais, alla jusqu'à commettre un véritable faux, en surchargeant la première convention de capitulation, écrivit au conseil de Pondichéry :

« Mon parti est pris sur Madras; je vous l'abandonne, pour me donner tout entier à sauver lea débris de nos pertes. Je signe la capitulation, c'est à vous de tenir ma parole. » Puis il partit, désespéré, trouva à l'île de France im successeur installé, l'ordre de révocation qui le rappelait lui-même en France. Pris, puis relâché par les Anglais, il fit trois ans de Bastille, fut, après un long procès, acquitté, et mourut le 9 septembre 1753.

D'Espréménil, demeuré maître de Madras après le départ de La Bourdonnais, avait reçu de Dupleix l'ordre de se tenir sur la défensive. Attaqué par les troupes d'Ana verdi-khan, il fit une sortie avec 400 hommes; ses deux canons mirent en déroute des milliers de cavaliers. L'armée hindoue,

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