LA BOURDONNAIS
Gravure de Vincenzo Vangelisty (1776).
campée près de San-Thomé, fut ensuite surprise, attaquée simultanément par d'Éprémesnil et par Paradis, accouru de Pondichéry à la tête d'un millier d'iiommes dont 230 Européens, dispersée par une double charge à la baïonnette (i novembre 1746). Bury, chargé par Dupleix d'emporter le fort Saint-David où s'étaient réfugiés les derniers agents anglais, échoua, mais, dans une nouvelle rencontre, tua 2 000 Hindous. Ainsi Dupleix prit définitivement conscience de la ridicule faiblesse des Mogols, dont le prestige militaire se trouva anéanti à jamais. Anaverdi-khan traita. De nouveau. Paradis marcha sur Saint-David : l'arrivée de la flotte anglaise l'obligea à la retraite. Ce ne fut toutefois qu'un an plus tard que les Anglais résolurent de frapper un grand coup; au mois d'août 1748, l'amiral Boscawen, avec une flotte formidable, 3 000 Européens et 3 000 indigènes, mettait le siège devant Pondichéry. Dupleix, de concert avec l'ingénieur Paradis organisa la défense, et, après la mort de son collaborateur dans une sortie, dirigea lui-même les opérations. L'héroïque résistance des Français lassa enfin Boscawen qui, le 17 octobre, battait en retraite après avoir perdu 1 065 hommes. Trois mois plus tard, parvenait aux Indes la nouvelle de la signature du traité d'Aix-la-Chapelle. Louis X'V, qui agissait n en roi, non en marchand », restituait Madras aux Anglais; mais nos établissements demeuraient intacts, notre prestige militaire plus^ grand que jamais. Dupleix avait tout sauvé avec ses seules forces.
Guerres du Deklian et du Carnatic. — Deux vieillards
plus que centenaires étaient maîtres de llnde méridionale et, suzerains de Dupleix, le condamnaient à l'immobilité, Anaverdi-khan, nabab du Carnatic, Nizam-ul-Mulk, soiibab du Dekhan. En 1749, une double guerre de succession éclate dans les deux Etats et fournit à Dupleix une occasion d'intervention. Nizam-ul-Mulk mort, ses fils et petit-fils, Naser-Djang et Mouzafer-Djang, se disputaient le Dekhan; en même temps notre ancien allié Chanda-Sahib, uni aux Mahrattes, attaquait Anaverdi-khan; Chandai Sahib et Mouzafer s'allièrent et sollicitèrent le secours de Dupleix en luoffrant des villes et des territoires. Sans hésiter, et semble-t-il, sans autre préoccupation que des préoccupations personnelles et de lucre, Dupleix accepta, fit partir d'Auteuil avec 400 Français, 1200 cipayes, 6 canons (juillet 1749). Alors commencent une série d'opérations pendant lesquelles les Français vont connaître des alternatives de succès inouïs suivis de rapides revers.
D'Autheuil, secondé par Bussy, battit et tua Anaverdi à Ambour (3 août). Mouzafer et Chanda proclamés, l'un soubab du Dekkan. l'autre nabab du Carnatic, vinrent à Pondichéry remercier Dupleix, qui les reçut en potentat oriental. Mais les deux alliés s'attardèrent à rançonner le radja de Tanjaour; Naser-Singh et Mohamed-Ali en profitèrent pour réunir 300 000 hommes et obtenir le secours de 600 Anglais sous le major Lawrence. Mouzafer et Chanda-Sahib se réfugièrent à Pondichéry. Dupleix, nullement effrayé, négocia ; tout à coup, à la suite d'une mutinerie de quelques-uns de ses officiers, Bussy dut se retirer précipitamment sous les murs de Pondichéry; d'Autheuil empêcha par son courage la retraite de se transformer en désastre : « Tout pouvait se réparer,
Colonies II. 19
disait Dupleix, avec la ferme volonté de maintenir une discipline rigoureuse. » Mais on apprit que Mouzafer, épouvanté, s'était livré à son rival. Très abattu, quand il apprit cette nouvelle, Dupleix, encouragé par sa femme, reprit les négociations, paya d'audace; une nuit il lança 300 hommes, commandés par La Touche, contre le camp hindou ; une terreur folle s'empara de l'armée du nizam, et ses 300 000 hommes se dispersèrent. Les Anglais se retirèrent à Saint-David. Puis, Bussy battit Mohamed-Ali sur le Pounar, enleva la forteresse, réputée imprenable, de Gingi (12 septembre); La Touche surprit de nouveau le nizam, qui fut massacré par ses propres troupes ; Mouzafer délivré, acclamé par larmée de son rival et par celle de Bussy, fit de nouveau une entrée triomphale à Pondichéry, porté dans le même palanquin que Dupleix. Il reconnut le protectorat de Dupleix sur le Dekhan, lui abandonna le Garnate. Mazulipatam, Yanaon, Karikal avec des territoires étaient cédés à la Compagnie, d'immenses revenus en terres accordés à Dupleix et à sa femme. Dupleix donna à son ami Chanda l'investiture du Garnate, et chargea Bussy d'assurer la conquête du Dekhan. Mohamed-Ali posa les armes, reconnut Ghanda-Sahib nabab du Garnate, et offrit de lui remettre Trichinapaly.
Bussy partit avec 300 Français, 1 800 cipayes, une batterie d'artillerie; brillant officier, politique prudent, Bussy paraissait assuré du succès. En route, un coup de théâtre : au cours d'une révolte de nababs mécontents, Mouzafer est tué.- Bussy est entouré par 300 000 Hindous menaçants. Résolument il écarte les fils de Mouzafer, trop jeunes, tire de prison et fait proclamer le fils aîné deNazir, Salabet-Singh. Le nouveau nizam confirme toutes les concessions antérieures, y ajoute de nouveaux territoires, la propriété du Garnate. La marche continua. Bussy, approuvé par Dupleix, intimida les Mahrattes, installa triomphalement Salabet dans sa capitale, Aurengabad (20 juin), et s'établit lui-même dans la citadelle, tout en ménageant, à force de prudence, les susceptibilités du Nizam et de la population. Le « peshva » mahratte, Badji-Rao, ayant envahi le Dekhan avec 100 000 hommes, Bussy fit une diversion contre sa capitale, Pounah : le peshva accourut; sa cavalerie, réputée invincible, se brisa sur le petit noyau des carrés de l'infanterie française à Ahmedurgar; le 9 décembre 1751, Bussy profita d'une éclipse de lune qui épouvantait les Mahrattes pour surprendre leur camp et disperser leurs forces; quelques jours plus tard, les Hindous, attaquant les fuyards, se firent battre ; les Français rétablirent le combat et demeurèrent maîtres du terrain entre deux armées en déroute; leçon doublement profitable. Le peshva signa la paix.
A la fin de l'année 1751, Dupleix, au faite de sa puissance, dominait le Dekhan d'une mer à l'autre. Alors, « raisonnant sur l'histoire de la Compagnie, sur les merveilleux résultats obtenus si vite avec si peu de ressources, sur la faiblesse des princes hindous et la force de l'Europe, il vit qu'il était facile d'ériger en méthode politique la conduite qui, pour lui, n'avait été jusque-là qu'une suite d'expédients heureux... A chaque victoire nouvelle, l'humilité de ces nababs, qui devaient toute leur puissance aux armes françaises, attestait le triomphe de la force européenne :
une richesse énorme affluait chez les particuliers. Dupleix et ses soldats se voyaient les arbitres de l'immense Dekiian : ils entrevoyaient maintenant la domination de l'Inde entière ». (Cultru.)
La lutte contre Clive et Xja'wrence. — Dès le milieu de l'année 1750, Mohamed Ali avait repris les armes et entrepris de tenir tête « au grand nabab de Pondichéry ». Dupleix lança contre Trichinapaly son parent d'Autheuil, indécis, goutteux, et qui paralysa l'armée ; d'Autheuil fut remplacé par Lavv.« ... le plus entêté des incapables... brave, mais sans caractère, hésitant, ou sans idée... Avec cela Écossais, et par cela même suspect au soldat ». Law se contenta de bloquer la ville. 11 a d'ailleurs sous ses ordres des troupes peu solides : les derniers détachements envoyés à Dupleix avaient été recrutés dans les prisons. Alors parut à la tête des Anglais Clive. Il a un noyau d'excellents soldats, Suisses, ou réguliers de la métropole. Il obtient d'abord du gouverneur Saunders de commander une diversion contre Arcate, capitale du Carjiate, et s'en empare par un heureux coup de main; attaqué par les Hindous de Rajah-Sahib et 100 Français, il fait une admirable défense et disperse ses ennemis. Dupleix riposte par une diversion sur Madras, mais Clive est encore victorieux à Covrebank. Avec Lawrence, il ravitaille Trichinapaly. Affolé, Law se relire dans lile de Séringham : 900 Français, 2000 cipayes et 30 000 Hindous sont bloqués par 400 Anglais, 700 cipayes et 3 000 Mahrattes. D'Autheuil, envoyé au secours de Law, est surpris, met bas les armes. Law lui-même capitule (13 juin 1752). Cette honteuse campagne nous faisait perdre le Carnate.
Tout cependant n'était pas perdu; Dupleix conservait l'espoir de vaincre : « Je n'ai pas été battu parce que mes plans sont mauvais ; ma politique n'est ni chimérique, ni téméraire. Mon prestige est compromis, non détruit. Je puis le reprendre, si fai un général et quelques succès. » La France et l'Angleterre n'étant point en guerre, les Anglais n'oseraient attaquer Pondichéry. 11 fallait, par une habile action diplomatique, mettre la division dans le camp des vainqueurs, et surtout conserver le Dekhan, « s'y cramponner » (Dupleix). Non seulement Bussy ne fut point rappelé, mais Dupleix, ayant reçu un secours de 500 hommes, lui en envoya 300. En même temps il négociait avec les princes indigènes, gagnait le radja de Maïssour, le Mahratte Morari-Rao. 11 confia 350 Français à son neveu Kerjean, qui remporta un succès siu* Kinneer et Lawrence. Lawrence prit sa revanche et s'empara de Kerjean, mais Clive, malade, rentra en Angleterre.
Nous demeurions maîtres du Dekhan, sauvé d'une nouvelle invasion de l'Afghan Ganzi-kban; mais la présence de Bussy y était nécessaire, par suite des intrigues anglaises suivies de tentatives de complots. A Pondichéry, le général désiré par Dupleix ne se trouva point. Dupleix reprit l'offensive dans le Carnate, s'empara bien de Tiravadi et de plusieurs forteresses, mais les furieuses attaques de nos officiers, Astruc, Brennier, Mainville, se brisèrent contre la tactique de Lawrence. Trichinapaly ne dut être emporté. Dupleix s'écriait : « Je n'ai pas un homme de tète pour conduire la moindre opération. Que n'ai-je eu un Bussy à la tête de l'ar-
mée de Trichinapaly ! » Il entama des négociations à Sadras, les rompit; il reprenait la lutte avec une indomptable énergie, quand éclata la nouvelle de sa disgrâce.
La cliute de Dupleix. — L'opinion en France n'avait point cessé, en effet, d'être hostile à Dupleix; ses projets paraissaient chimériques, invraisemblables ses victoires. La foule s'était prise de pitié pour le prisonnier de la Bastille, défendu par Voltaire, La Bourdonnais, dont les pamphlets dénonçaient en Dupleix « un proconsul avide... un tyran, un fou ». Les actionnaires, les directeurs de la Compagnie, manquant de-^ indications pour apprécier la valeur de projets tout à fait contraires à leurs traditions, accueillaient ces dénonciations, s'inquiétaient. D'Autheuil, envoyé par Dupleix pour présenter la défense de son œuvre, ne put renverser le courant : « D'Autheuil parlait gloire, avenir de la France, honneur du roi, on lui répondait argent, commerce, dividende » (Rambaud). Cette ambassade même prouvait-elle autre chose que l'obstination orgueilleuse de Dupleix? Dupleix se décide alors à exposer lui-même ses idées aux directeurs ; il le fait dans le mémoire du 16 octobre 1753, « première et définitive expression de sa politique » ; il y joint un excellent travail de Bussy sur les principes de la politique d'intervention dans les affaires indigènes. Il insiste sur les événements des dernières années, « enchaînement de circonstances qu'on n'aurait pu prévoir... Les occurrences de la dernière guerre ont fait apercevoir des objets auxquels on n'aurait jamais pensé auparavant. « La Compagnie a besoin d'un revenu iixe : ce revenu peut être tiré de l'exploitation des domaines cédés par les Hindous, « et pour assurer ces propriétés contre la versatilité des Maures, on était conduit à établir en Dekhan un protectorat de fait, et en Carnate un régime bien défini, attribuant à la France la souveraineté du pays. »
Malheureusement, ces mémoires qui devaient entraîner un revirement d'opinion, parvinrent en France beaucoup trop tard : Godeheu était parti depuis six mois.
Le rappel de Dupleix (qui ne fut nullement imposé par les Anglais à Duvelaër) fut décidé par Silhouette, pour qui l'idée de faire la loi à tout le Dekhan avec une poignée de Français était « une folie ». <f On pose pour principe, ajoutait-il, qu'il ne convient pas à la Compagnie de se rendre dans l'Inde une puissance militaire, et qu'elle doit se borner aux objets de commerce. » Machault approuva cette idée (juillet 1753).
Le gouvernement de Louis XV désigna Godeheu, que Dupleix croyait son ami, pour faire une enquête sur la situation de la Compagnie dans l'Inde ; mais en outre Godeheu recevait secrètement l'ordre « de renvoyer Dupleix en France » ; il « emportait une lettre de cachet signifiant à Dupleix son interdiction et son rappel, une ordonnance pour en assurer l'exécution, un ordre pour faire embarquer M™» Dupleix et sa famille, un ordre pour faire arrêter Dupleix en cas de résistance, de désobéissance, ou de preuves acquises d'infidélité ». Godeheu se fit précéder de lettres hypocrites, remplies de protestations amicales. Trompé, Dupleix annonçait à ses agents la décision de la Compagnie : « Je la regarde (cette décision) ... comme un service essentiel qu'elle me rend et surtout d'avoir
fait le choix de Godeheu, qui est le plus cher de mes amis! Je Tattends avec impatience. » Godeheu débarqua le 2 août à Pondichéry; redoutant une résistance, il continua son odieuse dissimulation, ne dévoila ses pouvoirs que peu à peu, traita Dupleix tour à tour avec insolence et défiance. La lecture des ordres suprêmes, en plein conseil, n'arracha à Dupleix qu'un seul cri : « Vive le roi! » Sa modération désarmait Godeheu. Toutefois Godeheu confisqua ses revenus, puis, brusquement, le fit embarquer pour la France avec toute sa famille (12 octobre 1754). Assez bien accueilli à son arrivée en France, Dupleix ne put ensuite obtenir la restitution de sa fortune engagée au service de la Compagnie. Il entama un procès, fut en butte aux injures des libellisles, à l'insolence des directeurs, ne rencontra partout qu'hostilité ou indifférence. Après neuf années de lutte, le H novembre 1763, il mourut dans l'indigence, oublié; sa femme était morte dès 1756.
La fin de l'Inde française. Lally-Tollendal. — Godeheu
était arrivé aux Indes avec des forces que Dupleix et Bussy n'avaient jamais pu obtenir, des approvisionnements, 2000 hommes. Il s'empressa de signer une trêve; la chute de Dupleix avait déconcerté nos alliés; Saunders exagéra ses prétentions, obtint ce qu'il voulut. Le traité, signé à Sadras le 26 décembre 1754, stipula que les deux Compagnies renonçaient à toute dignité indigène et à toute intervention dans les États hindous, abandonnaient toutes places autres que celles dénommées dans le traité. La Compagnie anglaise, qui ne possédait rien en dehors de ses quelques places, ne perdait rien ; la Compagnie française perdait l'empire des Indes; l'œuvre de Dupleix était anéantie d'un trait de plimie. Les Anglais eux-mêmes demeurèrent surpris de la précipitation avec laquelle Godeheu ratifia ces conditions honteuses ; six mois après son arrivée, son œuvre néfaste accomplie, il repartait pour la France (18 février 1755).
En réalité, le traité de Sadras était inapplicable tel qugl : il devait être soumis à la ratification des deux gouvernements, et ne fut point appliqué, les deux partis ayant respecté le statu quo. Les Anglais, attaqués par le soubab du Bengale, Souradja-ud-Daoula, ripostèrent; Clive enleva Hougly, Duval de Leyrit, successeur de Godeheu, maintint Bussy dans le Dekhan, prêta des troupes au radja de Maïssour contre les Anglais. Ainsi la lutte reprenait avant la grande guerre imminente.
Quand celle-ci éclata, les Français reconquirent presque toutes les citadelles du Carnate (1756), mais Clive nous enleva Chandernagor, écrasa Souradja à Plassey (1757), jeta les bases d'un empire anglais dans le Bengale.
Le 28 avril 1758 arrive enfin aux Indes ime escadre française commandée par d'Aché : 3 000 hommes de bonnes troupes étaient à bord ; un brillant état-major, recruté parmi les plus grandes familles de France, entourait le chef de l'expédition, Lally-ToUendal. Gentilhomme d'origine irlandaise, Lally servait la France en haine de l'Angleterre : diplomate officieux, brillant soldat, il avait conspiré au service de Charles-Edouard, tenté une alliance franco-russe, s'était distingué sur tous les champs de bataille par sa fougue intempérante. Ignorant complètement l'Inde, ju-
géant Dupleix d'après l'opinion des directeurs de la Compagnie, il avait proposé à ceux-ci une transaction « entre les vues rétrécies de l'esprit mercantile, et le délire pernicieux d'une ambition follement effrénée. » 11 voyait dans l'administration de la Compagnie aux Indes un repaire de voleurs et d'escrocs à détruire, et se croyait d'ailleurs appelé à jeter les Anglais à la mer. Cette partie capitale de son programme accomplie, il abandonnerait nos établissements épars, et ne conserverait que « quelques
domaines serrés et contigus, formant avec Pondichéry une masse solide. » En dépit de d'Argenson, qui redoutait la violence de son caractère, Lally, promulieutenant général, grand-croix de Saint-Louis, avait reçu les pouvoirs les plus étendus ; toutefois de Leyrit demeurait gouverneur.
Aussitôt débarqué, Lally attaqua Saint-David, le prit d'assaut (2, 3 juin), et prépara une attaque contre Madras. Mais il manquait d'argent ; d'Aché, après les premiers combats, n'osait plus affronter la flotte anglaise, et refusait son concours. Lally, plein de mépris pour les indigènes, incapable de comprendre quel surcroît de force pouvaient lui apporter les chefs hindous, fit une expédition dans le Tanjaour pour s'y créer des ressources par le pillage ; ses réquisitions, ses cruautés soulevèrent le pays ; il fit une retraite désastreuse sur Karikal. Puis, il s'empara d'Arcate, mais n'en retira aucun bénéfice ; ses troupes, privées de solde, se mutinèrent ; la situation s'aggravait. Il reprit son projet contre Madras et brusqua l'attaque; la ville indigène fut prise, la ville blanche bombardée, mais un assaut échoua ; la flotte anglaise parut. Lally dut lever le siège (16 février 1759), et se retirer à Pondichéry. Ce n'était point le plus grave échec que nous subissions alors dans l'Inde ; dès le 13 juin 1758, Lally avait rappelé Bussy du Dekhan ; Bussy, fidèle représentant de la politique de Dupleix, avait obéi la mort dans l'âme ; toutes ses représentations demeurèrent incomprises : « Quand je reçois une lettre de M. de Bussy,