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CARTE DE L'EXPANSION FRANÇAISE DU CONGO AU LAC TCHAD

Mission Gentil. — Après la mission Clozel, une autre mission, confiée à M. Gentil, fut envoyée dans la même direction, La recherche de la route de communication la plus courte et la plus pratique entre les affluents du Congo et les tributaires du lac Tchad, tel était le programme à l'exécution duquel l'explorateur se consacra,

M. Emile Gentil, avec la mission, partit de Loango le 27 juillet 1895 et

remonta le Congo et rOubangui jusqu'au confluent de la Kémo, à bord du Léon-Blot, vapeur démontable. Les explorateurs établirent plusieurs postes, notamment surlaNana, affluent du Chari ; ils descendirent cet affluent du Tchad, partout accueillis avec défiance.

Le sultan du Baguirmi, Gaourang, permit à Gentil, mais à lui seul, l'accès de sa résidence, Massénya. Il déclara au chef de la mission que son ennemi, le chef de bandes Rabah (ancien esclave du traitant Zobeïr) avait fait donner la mort à Crampel par son lieutenant Hassen. Gaourang conclut un traité d'alliance et de protectorat avec Gentil (octobre 1897).

Cependant la mission laissa Massénya le 20 octobre et passa du Baguirmi dans le pays soumis à Rabah. Elle arriva au Logone le 27, et c'est à son confluent, au village de Koussri, qu'elle rencontra la première garnison de Rabah. Elle ne tarda pas ensuite à atteindre le delta que. forme le Chari à son approche du lac Tchad et prit la branche de Goulféï, où elle trouva une nouvelle forteresse de Rabah, Le l^r novembre 1897, le Léon-Blot flottait sur les eaux du lac Tchad. Mais la situation pouvait devenir trop dangereuse pour qu'une longue exploration fût possible. Rabah était tout-puissant dans celte région, et il devait être vrai-

Émile GENTIL, né en 1866.

Phot. Eug. Pirou.

LETS EXPLORATIONS 55

semblablement excité par la réception que les Baguirmiens avaient faite aux Français. Aussi, après avoir séjourné trois jours sur le lac Tchad, la mission jugea-t-elle prudent de prendre le chemin du retour et de rentrer au Baguirmi. M. Gentil envoya l'un des membres de sa mission, M. Prins, comme résident auprès du sultan Gaourang.

Les résultats de cette expédition furent très importants au point de vue géographique. M. Gentil avait fait connaître tout le cours du Chari et de ses affluents et parcouru un itinéraire complet, de Ouadda au lac Tchad, Au point de vue politique et économique, M. Gentil, complétant l'œuvre de Crampel, de Dybowski et de Maistre, et réalisant le plan qu'avait conçu M. de Brazza, avait établi la liaison entre le bassin du Congo et celui du Tchad, et ouvert le Baguirmi et tout le bassin du grand lac africain à notre influence politique et commerciale.

La mise en valeur du Congo français.—

Diverses missions avaient fait connaître les principales ressources du Congo. M. Henri Lecomte,en 1893, avait étudié les végétaux et les cultures du Congo; M.Maurice Barrât, ingénieur des mines, avait la Maurice BARRAT (1868-1896).

même année indiqué les ri- Phot. Merlin,

chesses minières de la région de rOgôoué (1). L'extension

du Congo français du côté de l'Oubangui et du lac Tchad avait préparé encore des débouchés nouveaux au commerce et à la colonisation.

Mais, pour mettre en valeur cette immense colonie, il fallait tout d'abord y créer des voies de communication. Depuis les reconnaissances entreprises en 1887-1888 par l'ingénieur Jacob du côté du Kouilou-Niari, de nouvelles études avaient été faites en 1893 par M. Le Chàtelier dans la même région, sans qu'il fût donné aucune suite à ces projets. Pendant

(il M. Barrât releva une coupe en forme de 8, dont la longueur développée est d'environ 2 ooo kilomètres. Au point de vue géographique, en gagnant Ndjolé par la forêt équatoriale, il parcourut des pays entièrement nouveaux; de Ndjolé, il parvint non sans danger, par les monts de Cristal, aux sources du Como, qu'il découvrit.

ce temps, les Belges s'étaient occupés de construire un chemin de fer destiné à relier le Congo supérieur à la côte. Leur chemin de fer de Matadi au Stanley-Pool, commencé en 1890, fut inauguré le 6 juillet 1898.

Mission Fourneau- Fonder e. — Une étude nouvelle fut faite au Congo français pour la recherche d'une voie plus septentrionale que celle du Kouilou- Niari, et mettant en communication l'estuaire du Gabon etunpoint navigable, en toute saison, du bassin de la Sangha. Elle fut confiée aux administrateurs Fourneau et Fondère, auxquels furent adjoints le lieutenant d'artillerie Lucien Fourneau et le D'aspiré, médecin de 2* classe des colonies.

Le 12 février 1899, toute la mission se trouva concentrée à Ouesso, surlaSangha.

Elle en partit le 14 février et se dirigea vers l'ouest, afin d'atteindre Libreville à travers un pays à peu près inconnu.

Abandonnée par son guide

le 1er mars et obligée de

marcher à la boussole, la

mission passa dans le bassin

de rivindo et reconnut que ce

fleuve n'était pas navigable.

De N'Loua, dans le bassin

du haut Okano, oîi la mission

se concentra de nouveau, elle

suivit à peu près le même

itinéraire que M. Fourneau

en 1890. M. Fondère arriva

à Libreville le 29 mai 1899,

et M. Fourneau, par une autre voie, le 6 juin. Les deux explorateurs

avaient levé plus de 2 000 kilomètres en pays totalement inconnu jusqu'à

ce jour.

Missions Bretonnet et Qentil ; lutte contre I^abali.

— Les garnisons qu'entretenait Rabah dans l'ancienne province occidentale du Baguirmi s'étaient retirées à l'approche de la mission Gentil, bien que celle-ci n'eût manifesté aucune hostilité. Mais à peine la mission futelle àMas-énya,que Rabah réinstalla ses troupes à Goulféï et à Koussri.

L'administrateur A.-L. FOURNEAU, né en 1860.

tES EXPLORATIONS

Puis, s'attaquant au sultan du Baguirmi, Gaourang, il le chassa de ses États ; celui-ci, ne pouvant résister, fit incendier sa capitale.

Cette incursion de Rabah dans le Baguirmi, placé sous notre protectorat, nous obligea à prendre des précautions pour sauvegarder nos intérêts dans toute la région

occidentale du Tchad, recon- ^

nue française par la conven- i j

tion avec l'Allemagne du 4 février 1894, et celle avec l'Angleterre du 14 juin 1898.

Dn ancien lieutenant de vaisseau qui s'était déjà distingué dans le haut Dahomey, Bretonnet, fut envoyé administrer les territoires du Baguirmi et du Tchad ; il partit en septembre 1898, avec le lieutenant d'artillerie de marine Braun, quelques tirailleurs sénégalais et les envoyés du sultan Gaourang et de Senoussi qui étaient venus à Paris avec M. Gentil. L'administrateur Bretonnet allait avoir, dès son arrivée, à s'occuper de la pacification du pays, et il pouvait craindre des difficultés le jour où il prendrait contact avec Rabah.

En présence de H gravité de cette situation, M. Gentil, qui venait d'être nommé commissaire du gouvernement au Chari, s'embarqua dès janvier 1899 pour le Congo, avec les capitaines Robillot et de Cointet. La colonne Bretonnet devenait ainsi l'avant-garde de la mission Gentil.

Le 22 mars 1899, Bretonnet arriva au poste de la Nana, et le 30 mai à N'Délé, chez Senoussi. Il s'avança en plein Baguirmi, persuadé que Rabah ne l'attaquerait pas. Mais, le 3 août, M. Gentil reçut de Bretonnet une lettre faisant prévoir une attaque imminente. Bien qu'il se fût porté dès le lendemain à son secours, le commissaire du gouvernement ne put le rejoindre à temps.

Sans pouvoir attendre ce renfort, il avait dû, en effet, dans les derniers

Lieutt de vaisseau H.-E. BRETONNET.

Phot Nadar.

jours de juillet, soutenir avec 30 tirailleurs sénégalais, à Niellim,un combat inégal contre 7 000 à 8 000 honnmes. Rabah lui-même dirigeait l'attaque. Bretonnet fut tué, ainsi que le lieutenant Braun et à peu près toute son escorte. Un sergent sénégalais qui avait été fait prisonnier put s'enfuir et apporta à M. Gentil la nouvelle de ce désastre (1).

Une première vengeance fut tirée de ce massacre à la fin de la même année. Des forces, mises à la disposition de M. Gentil, sous le commandement des capitaines Robillot, Julien, de Gointet et de Lamothe, attaquèrent Rabah, à Kouno, le 29 octobre, et lui infligèrent une retentissante défaite, Démoralisé, Rabah s'enfuit vers le nord. La faiblesse de nos effectifs ne permit cependant pas de poursuivre notre ennemi. On dut attendre l'arrivée de missions qui étaient en route pour rejoindre celle du Chari, à savoir la mission Foureau-Lamy et la mission Joalland-Meynier (ancienne mission Voulel-Ghanoine).

Jonction de trois missions françaises au lac Tchad. — Venue du Sahara, la mission Foureau-Lamy s'était dirigée de Zinder vers le Tchad. Contournant le lac par le nord, elle rencontra le 18 février 1900 le lieutenant Joalland au village de Déguénemdjï. Cinq jours après, elle joignit à Goulféï le reste de la mission de l'Afrique centrale, à la tête de laquelle étaient les lieutenants Joalland et Meynier.

La mission Foureau-Lamy ne s'arrêta pas longtemps à Goulféï. Elle traversa le Chari, qu'elle suivit jusqu'aux environs de Koussri, au confluent du Logone. Le 2 mars, elle campa à quelque distance de cette ville» qui était occupée par les troupes de Rabah, et dont le commandant Lamy s'empara le lendemain, après un brillant assaut. La mission s'y installa.

Pendant ce temps, M. Gentil descendait le Chari pour rejoindre Koussri. Le 2 avril, la mission saharienne reçut des nouvelles du capitaine Lamothe, qui commandait l'avant-garde de la mission Gentil. Le 11 avril, les deux missions se joignirent à Mandjafa. Cette fois, la soudure était faite définitivement entre tous les anneaux de la chaîne française, de la Méditerranée au Congo.

A ce moment, le rôle de la mission saharienne étant terminé, son escorte, de même que celle de la mission de l'Afrique centrale, fut placée à la disposition du commissaire du gouvernement au Chari, M. Gentil.

(1) Peu de temps après, de Béhagle, qui poursuivait un voyage dans un but purement commercial, fut aussi une victime de Rabah. De Béhagle s'était proposé de parcourir l'Afrique du Congo à la Méditerranée et de créer des postes commerciaux tout le long de la route, en partant du Gribingui. Arrivé à Brazzaville le 8 janvier 1898, il gagna Bangui, sur l'Oubangui. Il indiqua quelques rectifications au cours des rivières Tomi et Kémo, et fit plusieurs voyages dans le bassin du Chari, sur le Léon-Dlot, que M. Gentil avait mis à sa disposition. Il découvrit les sources du Gribingui et leva une partie du cours du Ba-Mingui. De Béhagle voulait pénétrer chez Rabah; après avoir vainement cherché à le détourner de ce projet, M. Prins le conduisit jusqu'à la limite des États de ce chef, et le laissa le 13 mars 1899. Le mois n'était pas terminé que de Béhagle était retenu prisonnier près de Dikoa, presque sans vivres, sous la garde de Niebbé, fils de Rabah, qui le fit pendre.

Le 14 avril, MM. Foureau et Gentil se séparèrent. Le premier remonta le Chari pour gagner le Congo et arriva à Brazzaville le 21 juillet; le second se rendit à Koussri pour y rejoindre les troupes des missions.

Défaite et mort de Rabali. — Ce fut le 21 avril que les' troupes du Chari parvinrent à Koussri. Dès le lendemain, M. Gentil ordonna la formation d'une colonne d'opération contre Rabah, composée des forces combinées des trois missions et placée sous les ordres du commandant Lamy. Cette colonne vint attaquer Rabab, qui avait concentré la plus grande partie de ses forces à 5 kilomètres au nord de Koussri ; elles comprenaient environ 5 000 hommes, 600 chevaux et 3 canons, auxquelles nous n'avions à opposer que 700 soldats, 1 500 auxiliaires et 4 canons.

Après un violent combat où le feu de l'artillerie et de l'infanterie se prolongea durant deux heures et demie, un assaut énergique de nos troupes enleva le point d'appui principal de l'ennemi. Mais celui-ci opéra un retour offensif qui coûta la vie au commandant Lamy et au capitaine de Cointet, de la mission du Chari. Le capitaine de Lamothe et les lieutenants Meynier, de Chambrun et Galland furent blessés. Dans la même action Rabah fut d'abord blessé, puis atteint par un tirailleur qui lui trancha la tète. Cette victoire, chèrement achetée, mit définitivement en déroute les bandes de Rabah et nous ouvrit tout le pays du Chari.

Le !«' mai, nos troupes entrèrent à Dikoa; le lendemain, le capitaine Reibeli occupa le camp de Fadifallah, fils de Rabah. Le 7, il s'empara d'un nouveau camp fortifié. Fadifallah réussit à s'échapper, mais il fut réduit à l'impuissance.

Missions topographlques. — A la suite de décrets rendus au début de 1899 pour assurer la mise en valeur du Congo français, on se préoccupa d'organiser des missions chargées de procéder aux délimitations des concessions nouvelles et à la confection du cadastre.

Les lieutenants Rouyer, Avelot et Gritty furent chargés par le ministère des Colonies de parcourir la région comprise entre l'Ogôoué et son affluent, le N'Gounié, qui n'avait guère été visitée auparavant que par l'ingénieur Barrât en 1893 et MM. Godel et Baron en 1894. La mission, constituée en octobre 1899, termina ses travaux au début de 1900.

Une autre mission fut envoyée dans le courant de 1899 pour faire le levé de la partie de la colonie comprise entre Libreville et Brazzaville. Elle comprenait deux brigades. La première, ayant à sa tête le commandant d'artillerie Gendron, fut brusquement envoyée renforcer la mission Gentil au Chari. La seconde, composée des lieutenants d'artillerie Jobit et Demars, et du lieutenant d'infanterie de marine Lofler, suivit des vallées inexplorées pour rechercher une voie de pénétration vers le Congo plus favorable que celle de l'Ogôoué. Celte brigade étudia à cet effet la route de terre entre Libreville et N'Djolé, et les affluents du N'Gounié. M. Jobit en détermina les sources, ainsi que celles du Lolo ; M. Demars reconnut celles des rivières Louanga et Louété.

Gustave Regelsperger.

Le Congo français est la seule de nos possessions de l'Ouest africain qui soit restée indépendante et ne relève pas du gouvernement général de l'Afrique occidentale française.

Organisation (1). — L'organisation administrative du Congo français est déterminée par les dispositions du décret du 28 septembre 1897, complété et modifié, en ce qui concerne les régions du Chari et du lac Tchad par celui du 5 septembre 1900. Aux termes de ces actes, la colonie est placée sous la haute autorité d'un commissaire général du gouvernement. Celui-ci est assisté et secondé, pour le Congo proprement dit, par un lieutenant-gouverneur, et un secrétaire général, et, en ce qui concerne le territoire militaire du Tchad créé par le décret précité du 5 septembre 1900, il a sous ses ordres un commissaire du gouvernement chargé de l'administration de ce territoire, et assisté d'un commandant supérieur des troupes.

Le conseil d'administration, que nous retrouvons ici comme dans toutes les auti-es colonies de la côte d'Afrique, est composé (décret du 11 octobre 1899) du commissaire général du gouvernement, président, de trois fonctionnaires, de trois habitants notables désignés par lui, et d'un secrétaire archiviste. Ce conseil peut se constituer en conseil du contentieux par l'adjonction de magistrats, où, à défaut, de fonctionnaires titulaires du diplôme de licencié en droit.

Le siège du gouvernement général est à Libreville. D'une façon générale, les pouvoirs du commissaire général du gouvernement sont les mêmes que ceux des gouverneurs des autres colonies, et nous trouverions leur définition dans les dispositions de l'ordonnance du 7 septembre 1840. Ils sont plus étendus cependant en ce qui a trait à la passation de traités avec les chefs indigènes, et quant aux rapports du commissaire général avec les autorités métropolitaines. Le commissaire général a le droit, en certain cas, de s'adresser au chef du gouvernement, tout en envoyant copie de ses communications au ministre des Colonies.

Le lieutenant-gouverneur supplée et remplace le commissaire général en cas d'absence ou d'empêchement. Ce dernier peut lui déléguer tout ou partie de ses pouvoirs sur certains territoires déterminés.

Le secrétaire général remplit les fonctions qui lui sont dévolues par les règlements. 11 a sous ses ordres tout un personnel de chefs et de souschefs de bureaux, et de commis du cadre des secrétariats généraux. Des administrateurs, des chefs d'exploration, de stations et de postes, qui correspondent aux agents des affaires indigènes des autres colonies de la côte, assurent l'administration intérieure du pays.

Les territoires de la colonie sont répartis en régions, subdivisées en

(i) Sur le régime légal et le personnel colonial, voir, pour les principes généraux, t. I", pp. 1-11 et 6-19.

cercles. Ces régions sont celles de Loango (cercles de Mayumba et de Setté-Cama); celle de rOgôoué (cercles de N'djolé et du Fernan-Vaz); celle de Brazzaville; celles du Moyen-Congo (Loukolela), de la Sangha, (cercles de la Haute et Basse-Sangha) et de l'Oubangui (Bangui et Semio).

Le territoire de Libreville est constitué en cercle indépendant.

La loi française et les coutumes indigènes (V. t. I»', p. 32). — La situation du Congo français à ce point de vue est la même que celle des autres colonies de la côte d'Afrique. Il sufQra d'indiquer que l'élément musulman est peu ou point représenté au Gabon et que, par suite, la domination française n'a pas eu a tenir compte, dans son développement, de l'influence des doctrines mahométanes.

Les indigènes restés fétichistes ont vu leurs coutumes et leurs mœurs respectées ; ils peuvent porter leurs différends devant la juridiction de leurs chefs de village, ou, s'ils le désirent, saisir la juridiction française.

Justice (V. 1. 1«', pp. 41-44). — Des juges de paix, à N'djolé, Loango Mayumba, Ouesso, Carnot, Lokoléla, Bangui et Mobaye, un conseil d'appel, pouvant se transformer en tribunal criminel et siégeant à Libreville, et deux tribunaux de première instance à Libreville et à Brazzaville, assurent l'administration de la justice au Congo français. Cette organisation a été instituée, en ce qui concerne le conseil d'appel et les tribunaux de première instance par un décret du 19 décembre 1900, et en ce qui concerne les justices de paix par une décision du commissaire général du 24 avril 1901.

Depuis l'attribution de vastes concessions territoriales dans la colonie et la création de sociétés en vue de l'exploitation de ces concessions, cette réorganisation du service de la justice s'imposait. Le conseil d'appel est présidé par un magistrat du rang de conseiller, nommé par décret, et qui est en même temps chef du service judiciaire de la colonie. Les présidents et les juges des tribunaux de première instance sont également des magistrats de carrière, nommés par décret.

Les autres fonctions judiciaires sont remplies, comme dans les colonies du gouvernement général de l'Afrique occidentale, par des fonctionnaires de l'ordre administratif, désignés par le commissaire général.

L'Instruction publique (V. t. I", pp. 43-46). — Toutes les écoles de la colonie, au nombre de 42, sont dirigées par des missionnaires, appartenant les uns à la congrégation des Pères du Saint-Esprit et les autres à la société des Missions érangéliques de Paris et à la Mission de l'Église presbytérienne américaine.

Les cours professés sont ceux de l'enseignement primaire. Les élèves des deux sexes sont au nombre de 2 654. Le personnel enseignant comprend 43 instituteurs européens et 26 indigènes, 17 institutrices européennes et une aide institutrice indigène, en tout 87 personnes.

Des ateliers ont été créés, et des cours professionnels sont institués en vue de former des ouvriers d'état.

Cultes (V. t. l«r, p. 47). — Le budget local de la colonie attribue chaque année une allocation au desservant de la paroisse de Libreville, et une allocation au desservant de l'hôpital colonial de cette ville. Au point de vue du culte catholique, la colonie est divisée en vicariat apostolique du Gabon, vicariat apostolique du Congo français et vicariat apostolique de rOubangui, qui sont placés sous la haute autorité de trois évêques.

Le culte protestant comprend des missions de la Société des missions évangéliques de Paris et de l'Église presbytérienne américaine.

Régime financier (V. t. 1er, pp. 48-51). — Les principaux titres de recettes du budget local du Congo sont en dehors de la subvention de l'État : l'impôt foncier, les patentes et licences, les droits d'importation, les taxes de consommation, les produits du domaine, divers produits et revenus (postes et télégraphes, etc.) ; enfin, les produits des concessions territoriales, qui doivent servir à constituer une caisse spéciale de colonisation (décret du 8 mars 1899).

Les dépenses, en dehors des dépenses générales de personnel et de matériel, identiques à celles des autres colonies, comprennent une prévision annuelle pour l'amortissement d'un emprunt de 2 000 000 de francs contracté auprès de la Caisse de dépôts et consignations.

Le service financier est assuré par un trésorier payeur résidant à Libreville, un trésorier particulier résidant à Brazzaville et un préposé du Trésor à Loango.

L'article 3 du décret du 3 septembre 1900, qui a institué le territoire militaire du Tchad, a créé pour ce territoire un budget spécial autonome. Il a, en outre, mis à la charge de ce budget l'entretien des troupes stationnées dans ces régions. Un deuxième décret du 8 septembre 1900, en déterminant les effectifs de ces troupes, permet de spécifier que ces dépenses s'élèveront envii'on à 1 600 000 francs. Par contre, le budget du Congo proprement dit ne reçoit plus de la métropole qu'une subvention de 500 000 francs par an.

Le budget autonome du Tchad, quoique entièrement distinct du budget local du Congo proprement dit, est arrêté par le commissaire général du gouvernement en conseil d'administration.

Armée (V. t. I", pp. 125-139). — Le budget de l'État entretient sur les territoires militaires du Tchad les troupes nécessaires à leur occupation. Ces troupes se composent d'un bataillon de tirailleurs sénégalais et de corps auxiliaires sous le commandement d'un commandant supérieur des troupes.

Au Congo proprement dii, un corps de milice à l'effectif de 874 indigènes, commandé par un administrateur, 7 inspecteurs et 9 gardes européens, assure la sécurité du pays, fait, le cas échéant, des opérations de police, et fournit aux concessionnaires les garnisons nécessaires au maintien de la paix sur les territoires qui leur ont été attribués.

Louis Desbordes.

GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE

La colonie du Congo français se compose, au point de vue économique, de deux régions bien distinctes : d'une part, les territoires de l'ancienne colonie du Gabon, comprenant le bassin de rOgôoué, auquel on peut ajouter les bassins de la Nyanga et du Kouilou ; d'autre part, le bassin du Congo proprement dit, avec ses deux affluents, l'Oubangui et la Sangha.

La première de ces deux régions déverse directement ses produits sur les différents ports de la côte; la seconde centralise les siens — avec ceux du bassin du Chari qu'elle draine — à Brazzaville, d'où ils sont acheminés par voie de fer, en territoire belge, jusqu'au port de Matadi. Les deux régions ne sont reliées que par une route qui mène de Loango à Brazzaville ; et cette route, qui n'est qu'une piste de caravanes non carrossable, est aujourd'hui à peu près abandonnée, le commerce préférant emprunter le chemin de fer belge, quelque élevés qu'en soient les tarifs.

Les produits du bassin intérieur du Congo se trouvent donc placés dans une situation très inégale vis-à-vis de ceux des bassins côtiers, puisque le prix de revient à la factorerie est nécessairement majoré pour eux du prix de transport par voie de fer de Léopoldville à Matadi, qui, pour le caoutchouc, par exemple, atteint 430 francs par tonne. Cette inégalité durera tant que le projet de chemin de fer entre Loango et Brazzaville, dont les études ont été faites en 1894-189S, n'aura pas été réalisé et n'aura pas, en détruisant le monopole de fait de la compagnie belge, contraint cette dernière à abaisser ses tarifs. Et encore conviendrait-il de se demander si, avec des tarifs réduits, deux voies ferrées concurrentes reliant la côte au Stanley-Pool auraient un transit suffisant pour pouvoir subsister l'une et l'autre.

Quoi qu'il en soit, la conséquence de la situation présente est que les territoires du bassin du Congo ne peuvent exporter que des produits riches, nécessairement peu nombreux, tandis que le commerce des bassins côtiers peut s'exercer sur de multiples variétés de denrées.

Productions et cultures. — Le Congo français exporte, à l'état brut, trois produits principaux : deux d'origine végétale, dont la production se développe de plus en plus, le caoutchouc

et les bois; un d'origine animale, dont la production, aujourd'hui stationnaire, est appelée à décroître et peut-être à disparaître à bref délai, l'ivoii'e.

Le caoutchouc est fourni, au Congo, par des lianes appartenant surtout au genre Landolphia et qui se rencontrent dans toutes les parties boisées de la colonie, sauf dans le haut Oubangui, où elles deviennent rares en amont du confluent de la rivière Kotto. La coagulation se fait, soit par l'action de la chaleur seule, soit par la chaleur après addition de sel ou de jus de citron. Les indigènes apportent le caoutchouc aux factoreries en boules dont la grosseur varie suivant les régions, ou en lanières de l'épaisseur d'un doigt et d'environ O^jlO de largeur. Il leur est payé de 1 franc à 1 fr. 50 le kilogramme et se vend en Europe de 3 francs à 6 francs.

Les indigènes ont malheureusement l'habitude non pas seulement de saigner les lianes, mais de les couper pour en extraire le plus de latex possible : il en résulte que les lianes à caoutchouc ont disparu près de la côte et aux abords des grandes rivières. En vue de remédier à cette destruction, l'administration impose aux concessionnaires de terrains, entre autres charges corrélatives aux avantages qui leur sont accordés, l'obligation de planter un certain nombre de pieds de caoutchoutiers par tonne de produit exportée. La culture des lianes étant encore mal connue, il est préférable de recourir pour ces plantations à des plantes mieux étudiées et présentant un développement plus rapide. Des expériences sont faites à ce sujet par le jardin d'essai de Libreville, qui a successivement introduit au Congo le caoutchoutier de Ceara (mam'Aof Glaziovii), une autre variété dite « maniçaba », dont le rendement paraît très supérieur, et l'hevea {guyanensis et brasiliensis).

Les bois proviennent des bassins côtiers, sur lesquels règne parallèlement à la mer, et dès que le sol commence à s'élever, une immense forêt vierge d'une profondeur moyenne d'environ 100 à 150 kilomètres.

L'exploitation se fait progressivement, en attaquant la forêt sur les points les plus rapprochés de la côte et en remontant le cours des fleuves. Malgré la difficulté du transport jusqu'aux points d'embarquement, l'obstacle considérable que constitue la barre dans presque tous les ports, enfin la valeur relativement faible de cette catégorie de marchandises eu égard à son volume et à son poids, l'exportation des bois du Congo français croît rapidement.

Les principales espèces sur lesquelles porte le mouvement

commercial sont lébène {diospyros), qui se rencontre principalement dans le bassin de rOgôoué et dans la région du Fernan- Vaz; Tokoumé {bosivellia klaineana], bois rosé principalement abondant au voisinage des lagunes; le santal rouge ijtterocarpus erinaceus), qui se trouve dans toute la forêt de Mayombe, et un bois jaune, le bilinga, analogue au buis.

Ces bois, qui servent à l'ébénisterie et au pavage, sont expédiés en billes brutes ou équarries à la hache. Ils sont peu connus encore sur les marchés de France et se vendent surtout à Liverpool, Anvers et Hambourg. Leur prix atteint de 200 à 250 francs la tonne pour Tébène et varie entre 80 et 150 francs pour les autres essences.

L'ivoire est apporté du centre africain par les caravanes : l'éléphant, rare déjà dans le bassin du Congo et même dans le haut Oubangui, a disparu presque complètement des bassins côtiers. La plus grande partie de l'ivoire exporté provient des réserves constituées par les chefs indigènes; mais les réserves s'épuisent et le temps n'est pas loin où ce produit, le plus riche du Congo français (1), sera hors d'état de fournir un mouvement d'exportation suivi.

Le Congo français est un pays neuf, dont le développement économique commence à peine : aussi est-il essentiel de considérer, à côté de ses ressources naturelles présentes, celles que lui promet l'avenir.

Elles sont considérables. Parmi les productions réservées actuellement à la seule consommation locale, il en est un grand nombre qui sont susceptibles de donner lieu à un mouvement commercial important.

Tels sont, parmi les textiles, le cotonnier {gossypium barbadense), l'arbre à ouate [eriodendrwn anfractuosum), le chanvre, l'ananas, le raphia, le papyrus; parmi les plantes oléagineuses, le palmier à huile [elais guineensis), l'arachide, le koumounou {coula edulis), le djawé, le nôungou, l'owala [pentaclethra macrophylla), l'oba {irvingia gabonensis); parmi les arbres producteurs de résines, l'okoumé et un certain nombre d'autres boswellia, les copaifera, les pentadesma. Le copal se rencontre fréquemment dans le Mayombe. Certains fruits, tels que la mangue, l'ofos, la papaye, l'ananas, la banane, fournissent des alcools de bonne qualité. Enfin, le Congo produit diverses j' plantes médicinales, dont la plus intéressante est la kola.

(i) Le prix moyen de l'ivoire en Europe est de 16 francs le kilogramme. Les belles pointes atteignent jusqu'à 25 et 30 francs le kilogramme.

Colonies. II. 5

L'agriculture proprement dite est peu développée chez les indigènes. Aux abords immédiats des villages seulement existent quelques plantations de bananiers, de manioc, de patates, d'igname, ou de maïs. A l'intérieur, on cultive le sorgho, et dans le haut Oubangui, le sésame, l'arachide et le mil.

Ce n'est que de 1889 que datent les premiers essais de culture industrielle tentés par des Européens. A la période inévitable d'hésitation et de tâtonnement a succédé un mouvement très accentué en faveur de la mise en valeur du sol, et les entreprises agricoles vont actuellement en se multipliant d'année en année. Les produits cultivés sont, en dehors des diverses essences de caoutchoutier importées du Brésil, le café, le cacao, la vanille et, dans une mesure très restreinte encore, le tabac.

L'élevage n'existe qu'à l'état rudimentaire dans la colonie, à l'exception des territoires du haut Oubangui et du Chari, où des troupeaux considérables seraient, paraît-il, entretenus par les indigènes.

Industrie. — Le Congo français n'a connu jusqu'à ces dernières années d'autre industrie que la fabrication, pour ainsi dire domestique, des objets nécessaires à la vie journalière des indigènes : tissus, armes, pirogues, bijoux grossiers. Ce n'est que tout récemment que des colons européens ont créé dans la colonie, et seulement en vue de la consommation locale, quelques scieries, briqueteries et distilleries.

Il est permis de croire cependant que l'industrie minière, qui n'est actuellement pratiquée que par les indigènes et dans la limite de leurs besoins, pourra prendre un certain développement. Le Congo français paraît, en effet, assez riche en minerais. Dans le bassin du Kouilou, on connaît une vaste région cuprifère, dont le centre porte le nom de M'Boko-Songo. Ces gisements sont exploités depuis un temps immémorial par les indigènes et le cuivre se répand dans l'intérieur sous la forme de petits lingots. Le minerai affecte principalement la forme de malachite (carbonate de cuivre vert). — On rencontre aussi des diaptases (cuivre hydrosilicaté), du sulfure de cuivre mêlé de filons d'argent, de la galène (sulfure de plomb).

Le fer existe dans toute la colonie sous les formes suivantes :

1° Filons d'hématite dans les massifs de l'Ogôoué;

2° Fer oligiste et fer magnétique dans les monts de Cristal ;

3° Grès ferrugineux dans la région côtière ;

4° Argile imprégnée de limonite, sur le littoral.

Ce fer est utilisé par les indigènes pour la fabrication des

armes. La méthode de traitement qu'ils emploient rappelle celle de la forge catalane.

Le zinc, le plomb, l'argent, se rencontrent également au Congo, associés principalement au cuivre, au fer et au manganèse dans leurs gisements.

Il existe, paraît-il, de l'or dans le bassin de la Nyanga, mais sans doute en faible quantité. '

On ne connaît pas dans cette colonie de gisements de houille.

Hslage d'un chaland sur le haut Oubangui. — phot. G. Bruel.

Il existe sur certains points, notamment dans le pays des Eshiras, des sources d'huiles minérales, mais leur débit ne paraît pas considérable. On trouve des sources salées au Rhamboé et dans le pays des Bakambas. Sur la rive gauche de la Likouala existe un important dépôt de sel gemme.

Voies de communication. — Commerce. — Le Congo français ne possède encore aucun chemin de fer : les routes même y sont rares et ne sont utilisables que pour le portage à dos d'homme. Les seules voies de pénétration qui s'ouvrent au commerce sont les cours d'eau.

Le réseau fluvial du Congo est d'ailleurs admirable, mais la plupart des rivières sont obstruées par des rapides qui

rendent la navigation généralement difficile, souvent impossible.

Ces différentes considérations expliquent d'une part l'étendue des concessions territoriales accordées au Congo français — chacune d'elles devant posséder de larges accès aux fleuves ou aux rivières — et, d'autre part, l'obligation imposée aux concessionnaires d'entretenir un certain nombre de bateaux à vapeur

Caravane de porteurs dans le haut Oubangui. — Phot. G. Bruel.

susceptibles d'être réquisitionnés pour les transports postaux, administratifs ou militaires.

En vue de l'accomplissement de cette obligation, des groupements se sont formés entre diverses sociétés concessionnaires, et ces groupements ont abouti à la constitution d'un certain nombre de compagnies de navigation fluviale qui assurent aujourd'hui des transports réguliers sur le Congo, l'Oubangui et la Sangha.

La colonie est reliée au Havre, à Bordeaux, à Marseille, à Lisbonne, à Liverpool, à Hambourg et à Anvers par différentes lignes de navigation qui desservent les principaux ports de la

LA MISE EN VALEUll 69

côte. Mais, à l'exception de Libreville et de Loango, dans tous ces ports encore dépourvus d'appontements, la barre rend les embarquements difficiles, spécialement pour les marchandises lourdes.

Au Congo, d'une façon générale, le numéraire n'existe pas. Sauf à Libreville et sur certains points de la côte où la monnaie française et quelques monnaies étrangères ont cours, sauf aussi dans les régions où la civilisation musulmane a plus ou moins pénétré, comme les territoires du Chari et même la haute Sangha, où le thaler de Marie-Thérèse commence à circuler, la monnaie, c'est la marchandise, et le commerce est l'échange.

Les marchandises d'échange varient suivant les peuplades et suivant le goût du moment. Ici, les indigènes recherchent les fusils à silex, la poudre, les coutelas, le tafia, le sel; là, ils préfèrent les colliers de corail, les bracelets de cuivre, les miroirs; ailleurs circule un coquillage appelé « cauri » [cyprœa moneta), ou le « mitako », barrette de laiton d'environ 0"ï,20 de longueur. Seuls, les tissus et les perles ont cours à peu près partout.

Le mouvement commercial, qui croît d'une manière continue, a dépassé en 1899 13 millions de francs. Ce chiffre se répartit à peu près également par moitié entre les importations et les exportations.

Les marchandises importées (tissus, alcools, poudres, fusils de traite, tabac en feuilles, quincaillerie, bimbeloterie, sel, riz, faïence, verrerie) proviennent pour 1/3 [environ de France ou des colonies françaises, et pour 2/3 de l'étranger; les produits exportés sont dirigés pour 1/4 sur la France ou les colonies françaises, et pour 3/4 sur l'étranger.

Travail et main-d'œuvre. — Le climat du Congo interdit aux Européens tout effort matériel soutenu, et spécialement le travail de la terre : aussi la question de la main-d'œuvre indigène se pose-t-elle avec une gravité toute particulière dans cette colonie dont le territoire a presque été entièrement concédé à de grandes compagnies agricoles et commerciales.

Dans la région où, depuis un certain nombre d'années, les populations se trouvent en contact avec des Européens, dans l'ancien Gabon et sur toute la côte, le problème a peut-être été partiellement résolu. Des appétits, des besoins, sont nés chez les indigènes, engendrant avec le désir du gain la nécessité du travail ; en outre, la main-d'œuvre autochtone a pu être, dans une certaine mesure, suppléée ou complétée par l'immigration d'où-

vriers sénégalais ou kroumen. Dans les sultanats du haut Oubangui, d'autre part, où il existe, avec une civilisation relative, une organisation politique ancienne et assez solidement établie, il sera possible d'utiliser cette organisation et de se servir de l'autorité des sultans pour obtenir la main-d'œuvre nécessaire à la mise en valeur des concessions.

Mais, dans tout le moyen Congo et dans le bas Oubangui, où ni l'influence européenne ni l'influence musulmane ne se sont encore fait sentir, l'indigène qui, sans effort appréciable, satisfait ses besoins presque nuls, ignore ou méprise le travail. II sera indispensable de l'y accoutumer progressivement en lui créant des besoins nouveaux, et le jeu naturel des lois économiques pourra être utilement secondé par l'établissement d'un impôt que justifierait pleinement d'ailleurs la sécurité qui résulte pour les indigènes de notre occupation. Toutefois, les effets d'une semblable mesure ne pourront évidemment se manifester qu'à la longue, et les nécessités auxquelles les compagnies concessionnaires ont à faire face sont immédiates. Aussi quelquesunes d'entre elles, suivant l'exemple donné par certaines sociétés établies dans l'État indépendant du Congo, se préoccupent-elles de recourir, pour se procurer la main-d'œuvre qui leur manque, à l'immigration de nègres des Antilles, qu'elles engagent notamment à Cuba (1).

Marcel Guillemot.

RÉGIME DE LA PROPRIÉTÉ

Le mouvement d'expansion considérable qui s'est produit en France vers notre colonie du Congo date des années 1897-1898.

A cette époque, l'État indépendant du Congo venait d'être rapidement organisé, doté d'un chemin de fer, partagé entre d'activés compagnies de colonisation, et ces compagnies faisaient de brillantes affaires. Anvers, grâce à celles-ci, devenait un des principaux marchés de l'ivoire et du caoutchouc. Ce succès provoqua quelque émotion en France, et les demandes de concession au Congo français affluèrent au ministère des Colonies.

En juillet 1898, ces demandes se faisant de plus en plus nombreuses. M. Trouillot, ministre des Colonies, constitua une commission (décret du 16 juillet), la quatrième saisie de la matière. Elle était présidée par M. le

(1) L'Emigration des travailleurs indigènes. — Préoccupé du développement considérable pris par le mouvement d'émigration des travailleurs indigènes, ainsi que de l'innuence préjudiciable que ce mouvemeat pouvait exercer sur l'ave-

conseiller d'État Cotelle. En une année (1898-1899), sous l'impulsion du nouveau ministre des Colonies, M. Guillain, elle répartit le sol entre trente-huit compagnies, représentant un capital de près de 60 millions. Un décret du 13 novembre 1899 la réorganisa et lui adjoignit des hommes, disait le rapport du ministre, M. Decrais, qui, par leur propre expérience et leur connaissance du monde des affaires, pouvaient l'éclairer et la renseigner promptement et sûrement.

La commission, dès le début, eut à répondre à cette question : Y a-t-il lieu d'accorder de vastes concessions à des sociétés d'exploration et de colonisation ? Elle répondit oui, jugeant que, surtout pour le Congo et les parties encore mal connues de notre empire colonial, l'institution de ces sociétés était la seule chance de mise en valeur prompte et complète. Car, à celte tâche, ne pouvait suffire ni l'action de l'État (l'organisation, même rudimenlaire, de ces énormes étendues par l'administration ruinerait sûrement nos finances), ni celle de l'individu. La commission, toutefois, voulut que la colonisation individuelle ne fût découragée en rien et qu'on réservât pour celle-ci, dans les régions déjà connues, d'un accès relativement facile, de petits lots de 500 à 1 000 hectares.

Le second point à examiner était relatif aux droits à accorder aux sociétés concessionnaires. Il résultait des déclarations unanimes des demandeurs que, pour l'instant du moins, ils considéraient comme devant être leur source unique de bénéfices l'exploitation directe ou indirecte, c'est-àdire par l'intermédiaire des indigènes, des produits naturels du pays (ivoire et caoutchouc) ; l'activité de ces sociétés devait donc être d'abord purement commerciale. Or, dans ces immenses régions à peines connues, les dépenses de premier établissement devaient être sûrement très considérables ; il était juste de favoriser dans la plus large mesure possible les capitaux assez hardis pour tenter l'entreprise. Il ne pouvait cependant être question de monopole commercial; les stipulations des actes généraux de Berlin et de Bruxelles (26 février 1885 et 2 juillet 1890) s'y opposaient. Pour résoudre la difficulté, la commission avait sous les yeux l'œuvre des grandes puissances coloniales, nos voisines ; et elle se souvint que l'Angleterre, l'Allemagne, la Belgique, avaient établi, au profit de leurs propres compagnies, sur le territoire de leurs possessions coloniales, un monopole de fait. Le rapport de M. E: van Eetvelde, secrétaire d'État de l'État indépendant du Congo, au roi souverain (15 janvier 1897), est à cet égard significatif. Il commence par proclamer, en théorie, le principe de la liberté commerciale. Mais le roi, propriétaire de tous les biens sans maître (ce qui équivaut pour lui à être propriétaire de la presque totalité du sol), peut concéder son droit de propriété à une société qui devient

nir économique du Congo, le commissaire général de cette colonie a pris poor l'enrayer un arrêté confirmé par un décret du 2 juillet 1901. Nul ne peut entreprendre au Congo français les opérations d'engagement et de transport des émigrants ou de recrutement des travailleurs engagés à temps, sans l'autorisation du commissaire général donnée en conseil d'administration ; cette autorisation est toujours révocable et des pénalités sont prévues pour toute infraction au.x dispositions du décret.

ainsi maîtresse absolue sur l'étendue de sa concession. Ainsi interprété, le principe de la liberté commerciale ne signifie plus que ceci : liberté des \oies el communications, égalité de tous les pavillons quant aux tarifs et taxes de péage, libre trafic avec les indigènes pour la vente des produits des terrains que ceux-ci occupent effectivement. L'exemple était engageant et la solution élégante : la commission l'adopta. Elle mit, elle aussi, à la base de tout son système, l'ai'ticle 713 du Gode civil: « Les biens qui n'ont pas de maître appartiennent à l'État. »

Ses travaux aboutirent à la publication de quatre décrets relatifs au domaine public (8 février 1899), au régime foncier, aux concessions, au régime forestier (28 mars 1899), décrets qui constituent ce qu'on a appelé la charte domaniale du Congo français.

Du domaine national (V. t. Je'', pp. 65-75). — Domaine public. — Le décret du 8 février 1899 classe comme faisant partie du domaine public au Congo : le rivage de la mer et une zone de 100 mètres à partir de la limite des plus hautes marées; les cours d'eau avec une zone de passage de 25 mètres sur chaque rive pour ceux qui sont navigables ou flottables ; les lacs, étangs et lagunes avec une zone de passage de 25 mètres sur chaque rive; les canaux, chemins de fer, routes, ports, rades, digues, ouvrages d'éclairage ou de balisage ; les lignes télégraphiques et téléphoniques et leurs dépendances ; les ouvrages de défense classés, ainsi qu'une zone de 250 mètres autour de ces ouvrages ; et généralement les biens de toute nature que le Code civil et les lois françaises déclarent non susceptibles de propriété privée. Les autres articles du décret déterminent les servitudes d'utilité publique.

Domaine privé. — Le domaine public est constitué, nous savons quelles sont les parties de la colonie qui sont inaliénables. Mais quelles sont les terres aliénables? Qui a qualité pour en disposer? Dans quelle forme et au profit de quel budget ? Tels sont les problèmes qui restaient en suspens au moment où. intervint le décret du 28 mars 1899 (V. t. I*', pp. 65-75).

Deux théories se trouvaient en présence : l'une soutenait que dans les colonies nouvelles le principe, en matière domaniale, devait être le même que dans les colonies anciennes. L'ordonnance du 17 août 1825 avait, en effet, décidé qu'à la Martinique, à la Guadeloupe, à la Réunion, l'État faisait abandon en toute propriété à ces colonies des établissements publics de toute nature et des propriétés domaniales à l'exception des bâtiments militaires, des ouvrages de défense et, le long des rivages, des cinquante pas du roi ou pas géométriques. Cet abandon, disait-on, a été consenti par l'État comme contre-partie de charges imposées aux budgets locaux. Ces charges existent dans les colonies nouvelles aussi bien que dans les anciennes. La question domaniale doit donc y être résolue selon la même règle.

Suivant une autre doctrine, l'État n'aurait jamais fait abandon d'aucun de ses droits sur le domaine aux colonies. Il faudrait, affirmait-on, une loi pour consacrer une semblable renonciation; or, cet acte législatif n'existe

pas. Logiquement, donc, le produit de toute aliénation, de toute location, des terres domaniales devrait figurer en recette au budget métropolitain.

Le décret du 28 mars 1899 fit prévaloir une solution qui donnait une satisfaction partielle aux partisans des deux systèmes.

Il proclame tout d'abord que les teires vacantes et sans maître dans le Congo français font partie du domaine de l'Etat, mais il ajoute, immédiatement après, que les produits domaniaux resteront attribués au budget local. L'État conserve ses droits. La colonie ne perd pas ses recettes. II est vrai qu'elle ne les conserve qu'à titre de subvention pour les dépenses de colonisation, et à charge de les faire figurer sur un compte spécial, en regard des dépenses ayant pour objet la gestion du domaine. Comme ces dépenses comprennent l'établissement des routes, des chemins de fer, des lignes télégraphiques, l'entretien des forces de police, le service des emprunts et en général toutes celles qui peuvent favoriser le développement économique de la colonie, il n'est pas à prévoir que l'État ait prochainement à faire valoir ses droits sur le reliquat qui pourrait théoriquement exister le jour où les recettes du compte spécial seraient supérieures aux dépenses.

i^Jiénation des terres domaniales. Concessions.

— Sous quelle forme a lieu Taliénation des terres domaniales? L'article 4 du décret répond: l» par adjudication publique; 2° de gré à gré, par lots de moins de 1 000 hectares, à titre gratuit ou à titre onéreux, suivant les conditions résultant de règlements arrêtés par le commissaire général du gouvernement en conseil d'administration et approuvés par le ministre des Colonies; 3" à titre gratuit au pi'ofit de l'exploitant d'une concession de jouissance temporaire, en ce qui concerne les parcelles qu'il aura mises en valeur dans les conditions spécifiées par l'acte de concession. L'article 5 ajoute que ces concessions de jouissance temporaire sont données, lorsque la superficie ne dépasse pas 10 000 hectares, par le commissaire général, et au-dessus de 10 000 hectares par un décret avec cahier des charges, sur le rapport du ministre des Colonies. Dans les deux cas, l'avis de la commission des concessions coloniales instituée au rninistère des Colonies est obligatoire.

Après avoir adopté les principes généraux, la commission élabora, en vue de l'attribution des concessions de grande étendue, et conformément à l'article 5 du décret du 28 mars 1899, sur le régime des terres domaniales, un décret type et un cahier des charges type, dont voici sommairement les principales dispositions.

Le caractère essentiel du régime des sociétés concessionnaires, c'est que celles-ci ne reçoivent aucune délégation de souveraineté. L'État se réserve toutes ses prérogatives et ne concède aucun « droit régalien ». Ainsi se difi"érencient ces sociétés et des grandes compagnies de l'ancien régime, et des compagnies privilégiées actuelles anglaises ou allemandes. Elles ne sont chargées ni de l'administration, ni de la police, ni de la défense des territoires qui leur sont concédés.

Un deuxième caractère est que ces concessions sont temporaires (trente ans). Il ne s'agit donc ici que d'un bail véritable. Disons tout de

suite, cependant, que les terres concédées deviendront la pleine et entière propriété de la société, au fur et à mesure quelles auront été mises en valeur par ses soins ou son industrie. Ces terres, toutefois, ne pourront être vendues ou affermées par la société, leur propriétaire, qu'à des personnes agréées par le gouverneur (art. 7 du décret type). Le cahier des charges type (art. 8) définit la « mise en valeur ».

Mais, au point de vue économique, dans l'intérieur des territoires concédés, les droits des concessionnaires sont très étendus. Durant les trente années, durée de chaque concession, les concessionnaires peuvent y exercer « tous droits de jouissance et d'exploitation » (art. 1er). Ainsi, nous avons profité de l'exemple des Anglais et des Belges, qui ont institué pour leurs compagnies un monopole de fait. Voici les restrictions toutes naturelles apportées dans l'exercice de ces droits.

Les premières sont en faveur des indigènes. Non seulement les mœurs, coutumes, religion et organisation de ceux-ci devront être respectées, mais encore leurs propriétés, qui seront exactement délimitées. « Les terrains et droits ainsi réservés ne pourront être cédés par les indigènes qu'avec l'autorisation du gouverneur delà colonie » (art. 18). Seront réservés également les terrains, cours d'eau, etc., qui font partie du domaine public ou qui en constituent des dépendances, et les terrains sur lesquels des tiers ont des droits acquis. De plus, afin de laisser une porte ouverte à la colonisation individuelle, l'administration se réserve le droit de prélever pendant la durée de la concession, « pour les faire valoir directement, pour les affermer ou pour les cédera des particuliers en vue d'y créer des établissements agricoles à l'exclusion de toute exploitation forestière autre que le défrichement, des parcelles d'une étendue inférieure à 5 000 hectares chacune, sans que la superficie totale de ces parcelles puisse dépasser le vingtième de la concession » (art. 2 du cahier des charges type).

. Outre ces restrictions, sont imposées aux concessionnaires de nombreuses obligations, dont nous énumérons ici les principales. D'abord, et pour éviter de faciles spéculations, la concession ne devient définitive qu'après que les demandeurs se sont substitués une société anonyme, dont le capital est fixé par le décret (par exemple, pour une concession de 800 000 hectares le capital a dû être de 800 000 francs). Les demandeurs restent pendant trois ans solidairement responsables avec la société des engagements pris par elle. Ils n'auront droit qu'au remboursement de leurs avances ; toutefois les statuts pourront leur réserver une part dans les bénéfices à distribuer, après que le capital-actions aura reçu une rémunération de 5 pour 100 (art. 2). Les trois quarts des membres du conseil d'administration, dont le président et les vice-présidents, devront être Français, et le siège social devra être en territoire français (art. 5). La société payera annuellement : 1» une redevance fixe, dont le chiffre est proportionnel à l'étendue de la concession (par exemple, pour une concession de 800 000 hectares : 3 000 francs pour les cinq premières années, 4 500 francs pour les cinq suivantes, 6 000 francs à partir de la onzième année), et 2» les quinze centièmes du revenu de la société (art. 6). D'autres obligations portent sur l'exploitation même. C'est ainsi que, pour

sauvegarder les richesses naturelles de la colonie, la société est tenue « de planter et de maintenir, jusqu'à la fin de la concession, en remplaçant ceux qui viendraient à disparaître pour une cause quelconque, au moins cent cinquante nouveaux pieds de plantes à caoutchouc par tonne de caoutchouc produite par la concession » (art. 6 du cahier des «barges). Elle est également tenue de mettre les terres concédées en exploitation progressive, soit par aménagement, soit par culture, et d'installer des factoreries de plus en plus nombreuses (art. 7). Enfin, obligation lui est faite de mettre à flot, dans un délai de deux ans, et d'entretenir en service jusqu'à l'expiration de la concession, sur les cours d'eau navigables qui traversent son territoire, au moins un bateau à vapeur (art. 11), rem. plissant certaines fonctions déterminées.

Le décret et le cahier des charges types une fois établis, la commission des concessions eut à examiner 160 demandes. Elle en retint seulement 40, et aujourd'hui le Congo français, de la mer au Babr-el-GhazaI, et à l'exception des territoires réservés par l'administration, est entièrement partagé entre quarante sociétés concessionnaires (1). Les superficies concédées représentent au total 754 840 kilomètres carrés (superficie totale de la France, 528 571 kilomètres carrés). Les capitaux engagés s'élèvent à près de 60 millions de francs.

Quant aux concessions rurales de 10 000 hectares et au-dessus, un arrêté local du 14 avril 1900, approuvé par le ministre des Colonies» après avis de la commission des concessions coloniales, en a réglementé l'attribution par le commissaire général du gouvernement du Congo, dans les conditions prévues au décret du 28 mars 1899. La principale condition posée par cet acte pour l'obtention d'une de ces concessions est la justification par le demandeur de la possession d'un capital d'au moins 200 000 francs, pour une étendue de 9 000 à 10 000 hectares, ou d'au moins 40 francs par hectare, pour les étendues moindres, sans toutefois que ce capital puisse être inférieur à 10 000 francs.

Forêts. — Le régime forestier a été l'objet des décrets du 28 mars et du 5 septembre 1899. Le premier de ces actes établit une série de formalités assez compliquées dont l'objet est de protéger les forêts du Congo contre les dangers dune exploitation abusive : interdiction d'abattre des arbres au-dessous d'une certaine taille, de déboiser les montagnes ; obligation de remplacer par des plants nouveaux les arbres d'essence précieuse et les arbres ou lianes à latex ; obligation de frapper les bois abattus d'un marteau à forme triangulaire portant la marque de l'exploitant, et les autres produits d'un timbre indiquant le nom de l'expéditeur. Excellentes en elles-mêmes, ces prescriptions étaient dune application difficile dans des régions où l'autorité administrative est à peine représentée. C'est ce qu'a fait remarquer le gouverneur du Congo, et le second

(!) Il existe en réalité au Congo français 42 sociétés concessionnaires de terres domaniales, mais deux d'entre elles: la Société agricole, commerciale et industrielle du Haut-Ogôoué et la Compagnie propriétaire du Kouilou-Niari, ont été instituées antérieurement k l'année 189S.

décret lui donne satisfaction en édictant que le Gode forestier du Congo ne sera rendu applicable que progressivement dans les différentes parties de la colonie, « suivant le progrès de la pénétration et de l'établissement effectif de l'autorité française sur les populations indigènes ». Des arrêtés locaux prescriront cette mise en vigueur successive.

La propriété privée. — Le décret du 28 mars 1899 sur le régime de la propriété foncière est une judicieuse adaptation à notre colonie du Congo des principes sur lesquels repose le système foncier des colonies australiennes {Act Torrens). Dans tout pays neuf la propriété n'est constituée au profit des indigènes que par des titres généralement peu précis. S'il se présente de nouveaux acquéreurs du sol, le besoin se fait sentir de donner aux droits qui leur sont conférés une base solide. Tel est l'objet de Vimmalriculation des terres et des immeubles, qui tend à constituer une sorte de Grand-Livre de la propriété foncière, où sont inscrits, après enquête, avec numéro d'ordre et plans à l'appui, les titres désormais indiscutables des légitimes propriétaires du sol. Pour que celte constatation des droits des propriétaires soit complète, il faut évidemment qu'elle comporte la mention des droits immobiliers conférés à des tiers. Les hypothèques ne sont valables dans ce système qu'en vertu d'une inscription sur le registre où s'est faite l'immatriculation. Les dispositions du Gode civil, en ce qui touche les privilèges et les hypothèques, sont d'ailleurs fort simplifiées. Le régime inauguré par le décret ne comporte sur les immeubles immatriculés que deux sortes d'hypothèques : l'hypothèque conventionnelle, qui peut être consentie par acle sous seing privé, et l'hypothèque forcée, acquise en vertu d'une décision de justice. Sont écartées toutes hypothèques légales et judiciaires, ainsi que les privilèges spéciaux sur les immeubles ; des garanties spéciales et limitées assurent toutefois la protection nécessaire aux mineurs, à la femme mariée, au vendeur, à l'échangiste et aux copartageants. En résumé, le but de la législation nouvelle est, en donnant à la propriété foncière une certitude absolue, d'une part de mettre le propriétaire, sûr de son titre, à l'abri de toute revendication imprévue, d'autre part de garantir les tiers contre toute surprise en ce qui touche l'étendue de leurs droits. A cette sécurité dans les relations s'ajoute, pour la constitution et la transmission des droits immobiliers, une simplification de forme aussi complète que possible. L'ensemble de ces dispositions devra avoir pour résultat d'accélérer et de multiplier les transactions immobilières et de contribuer ainsi à accroître la valeur des terres dans la colonie (t).

(1) Le propriétaire qui veut obtenir rimmatriculation saisit le cooservateur de la propriété foncière d'une demande, accompagnée de toutes les pièces et indications propres à désigner l'immeuble et les charges dont il peut être grevé. Le conservateur fait publier au Journal officiel de la colonie un extrait de la demande et des pièce.s qui y sont jointes et il envoie au représentant de l'autorité française de la localité dans laquelle se trouve l'immeuble un placard, extrait du Journal officiel, reproduisant cette insertion. Après affichage de ce placard, il est procédé au bornage sur le terrain par les soins d'un agent dûment qualifié, puis

Ajoutons, en terminant, que les règles et la procédure établies par le décret sont facultatives et que les habitants du Congo peuvent, s'ils le jugent préférable, s'en tenir au droit commun, c'est-à-dire au régime du Code civil, qui a été promulgué au Congo français.

TRAVAUX PUBLICS

Travaux publics (V, t. !«', pp. 93-99). — Le personnel du service des travaux publics comprend : un sous-ingénieur, chef du service à Libreville, deux conducteurs de 3* classe dont un à Brazzaville, un conducteur auxiliaire de l''* classe, un commis comptable, un surveillant des travaux, deux magasiniers et deux mécaniciens, des contremaîtres et ouvriers indigènes de toutes les spécialités.

Le service des travaux publics est chargé de la construction et de l'entretien des immeubles appartenant à la colonie, de l'entretien et de l'amélioration des voies de communication déjà existantes, de l'ouverture des nouvelles routes ou pistes, de la surveillance et du service des ports et rades. La flottille locale est en outre placée sous sa direction, ainsi que le service des cultures.

En dehors des immeubles de la colonie, les seuls travaux qui ont été entrepris au Congo, et donnent lieu à certaines dépenses d'entretien, sont ceux de la route des caravanes entre Loango et Brazzaville, et des ports et rades.

Un décret du 6 juillet 1899 a fixé pour toutes les colonies ou pays de protectorat de l'Afrique continentale (autres que l'Algérie et la Tunisie) — le Congo se trouve donc compris — la réglementation sur la recherche et l'exploitation des mines. (V. Sénégal.)

RÉGIME COMMERCIAL

Tarif douanier (V. t. l^t, pp. 105-121). — Au point de vue du régime douanier, le Congo français est divisé en deux parties bien distinctes ; l'une, l'ancien Gabon, c'est-à-dire les régions comprises entre la frontière sud du Cameroun allemand et le 2o,30 de latitude nord, est soumise au tarif général métropolitain; l'autre, formée des territoires composant la zone neutre dite bassin conventionnel, est régie par un pro-

à rétablissement d'un plan. Le plan et le procès-verbal des opérations qui précèdent sont envoyés an conservateur, en même temps que, s'il y a lieu, les oppositions formulées par des tiers. S'il ny a pas en d'oppositions, le tribunal compétent rend une ordonnance d'immatriculation. S'il existe des oppositions ou des contestations, elles sont jugées par le tribunal du lieu de la situation do l'immeuble, en dernier ressort jusqu'à 1 000 francs de revenu, et sauf appel, s'il s'agit dun immeuble d'un revenu supérieur. Les décisions en matière d'immatriculation ne sont pas susceptibles de recours en cassation.

tocole signé à Lisbonne le 8 avril 1892, par les représentants de la France, du Portugal et de l'État indépendant, et qui a fixé les droits à percevoir à l'entrée et à la sortie pour une durée de dix ans.

Dans l'ancien Gabon, les marchandises françaises entrent en franchise; les produits étrangers importés, sauf certaines exceptions et exemptions (décret du 26 novembre 1892), supportent les mêmes droits que s'ils étaient introduits en France; un droit à l'exportation de 7 pour 100 ad valorem est perçu sur l'ivoire, le caoutchouc, le bois d'okoumé et la piassaoua; enfin, des taxes de consommation frappent sans distinction d'origine les poudres, armes, munitions, tabacs, spiritueux et tissus.

Dans le bassin conventionnel, les marchandises importées acquittent d'une façon générale un droit de 6 pour 100 ad valorem sans distinction d'origine. Les armes et les munitions, la poudre et les spiritueux supportent un tarif plus élevé; les navires, les machines, les locomotives et le matériel des chemins de fer, les instruments de précision, les objets du culte, les bagages des voyageurs sont exemptés de tous droits. A la sortie, les taxes sont les suivantes : 10 pour 100 ad valorem pour l'ivoire et le caoutchouc; 5 pour 100 ad valorem pour les arachides, le café, le copal rouge et blanc, l'huile de palme, les noix palmistes, les sésames.

A leur arrivée dans la métropole, les produits de l'ancien Gabon sont admis en franchise, à l'exception des denrées coloniales indiquées au tableau E, annexé à la loi du 11 janvier 1892 (cacao et café principalement), qui acquittent la moitié des droits supportés par les produits étrangers de même nature. Ceux du bassin conventionnel sont soumis au tarif minimum.

Institutions de crédit (V. Banque de l'Afrique occidentale^

t. 1er, p. 630).

Monnaies, poids et mesures. — En dehors des monnaies françaises et de la livre sterling, utilisées pour les transactions entre Européens ou indigènes, la généralité des affaires commerciales se traite à l'aide d'objets d'échange, variables avec les régions. Ce sont principalement des tissus, des perles, des cauris, des mitakos ou barrettes de laiton, d'environ 20 centimètres de longueur. Dans les régions du Nord, Haute-Sangha et Chari, partout oîi nous nous trouvons en relation avec des populations musulmanes, la monnaie d'argent est représentée par le thaler de Marie-Thérèse, dont le cours est fixé à 3 francs.

Les poids et mesures, d'une façon générale, sont les mêmes qu'en France. Cependant, dans les transactions avec les indigènes, certains poids et mesures spéciaux sont d'un usage courant : la calebasse et les paniers, employés comme mesures de capacité pour les grains et le caoutchouc ; le kounta, représentant environ 100 kilogrammes d'ivoire; la brasse d'étoffe — environ in^iTO — pour le mesurage des tissus.

Louis Desbordes.

VILLES PRINCIPALES^'

Libreville, chef-lieu du Congo français, sur le rivage nord de l'estuaire du Gabon. La rade est très vaste et bien abritée. Une buée grise, des nuages bas, gros d'orages, assombrissent presque constamment le ciel; mais la végétation puise dans cette chaude humidité de l'atmosphère une intensité de vie extraordinaire. Les palétuviers, les palmiers, les fromagers géants, font une ceinture de luxuriante verdure aux édifices, aux villas de la ville blanche, ainsi qu'aux cases des indigènes. Une longue avenue ou route ombragée conduit au faubourg de Glass (à 6 kil.). Des rues régulières et larges, également plantées d'arbres au feuillage opulent, ont été 'tracées dans le quartier européen, qui renferme dans son périmètre les édifices officiels et les factoreries. Libreville a été désignée comme point d'appui de la flotte.

On peut évaluer à 130 le nombre des Européens, fonctionnaires et commerçants établis au chef-lieu de la colonie. La population indigène, répandue dans les villages groupés aux environs du quartier, s'élève à 4 000 ou 5 000 âmes. Toutes les peuplades du Congo y sont représentées, mais les Pahouins en forment le principal élément.

Libreville est le centre d'un mouvement commercial assez important : sa situation en fait l'entrepôt des marchandises amenées d'Europe et des produits de l'intérieur en transit pour la France.

Brazzaville, bourgade du Congo français, à 10 kilomètres nord de Léopoldville, sur un mamelon haut de 40 mètres, qui domine le Stanley- Pool. Lat. S. 4° 16' 55"; long. E. 12° 50. 350 Européens environ. La vue s'élend jusqu'à 60 kilomètres sur la rive opposée de cette vaste expansion du fleuve Congo. En 1880, un groupement de cases indigènes fut le point de départ de cette ville naissante qui, sans être le chef-lieu officiel de la colonie, n'en est pas moins le centre le plus important des régions du Congo et de l'Oubangui. L'installation de nombreuses factoreries et agences par les compagnies concessionnaires a décuplé la population de Brazzaville. Des rues et des avenues, ombragées de manguiers, de citronniers et de palmiers, la coupent dans tous les sens. Aucun village indigène n'existe dans ses environs immédiats.

(i) Population totale : environ 8 millions ou lO millions d'habitants. Aucun recensement n'a été fait.

Les habitants de race européenne sont au nombre de 730, dont 527 Français, 32 Belges, 45 Anglais, 26 Allemands, 18 Portugais, 60 Hollandais, 4 Suédois, 8 Américains, 8 Suisses, 1 Grec et i Havanais. Leur répartition dans les différents cercles ou villes de la colonie est la suivante : Libreville, 116 Français, 14 étrangers ; Komo, 5 Français ; région de l'Ogôoué, 78 Français, 85 étrangers; Fernan- Vaz, 25 Français, 8 étrangers ; Mayumba, 32 Français, 22 étrangers ; Loango, 77 Français, 16 étrangers; Brazzaville, 150 Français, 98 étrangers.

LE PAYS

MADAGASCAR Sépare le canal de Mozambique de l'océan Indien. Située aune distance de 600 kilomètres de la Réunion et de 400 kilomètres de la côte d'Afrique, sur la route du Cap aux Indes, au Zambèze et à Zanzibar, la grande île, que dépassent seule en étendue Bornéo et la Nouvelle-Guinée, est comprise entre 11° 57' 17" et 25° 38' 55" lat. S. d'une part, et entre 40° 51 '50" et 480 7' 40" long. E. d'autre part. De forme ovoïde allongée, son grand axe s'inclinant de 18° sur le plan méridien, elle a un développement de 1 580 kilomètres du cap d'Ambre au nord au cap Sainte-Marie au sud, sa largeur moyenne atteignant 430 kilomètres. La superficie totale de l'île équivaut à celles de la France, de la Belgique et de la Hollande réunies, soit 600 000 kilomètres carrés. Les côtes ont un développement de 5000 kilomètres.

Nature et relief du sol. — Les roches qui constituent l'ossature de Madagascar sont stratifiées partout suivant une même direction, aussi bien dans les terrains métamorphiques que dans les terrains secondaires. Les lignes de plissement affectent généralement la direction nord-sud; d'où l'on doit conclure que la pression orogénique s'est produite dans la direction est-ouest. Les terrains primitifs et les roches métamorphiques (gneiss, micaschistes, granit, calcaires cristallins, schistes ardoisiers, quartzites granitoïdes) s'étendent tout le long de l'île, sur la zone des plateaux, sur les territoires du nord et dans la région de l'est. Les terrains volcaniques, signalés parles basaltes et les trachytes, dressent leurs cônes dans la chaîne culminante de l'Ankaratra, à l'extrémité nord (baie de Pasandava, mont d'Ambre) et à l'extrémité sud (cratère en fer à cheval de l'Ivohitsomby). Ces terrains datent de deux périodes d'éruption. Des sources thermales, d'une température élevée, jaillissent à proximité des anciens volcans. Absents de la région de l'est, les terrains jurassique et crétacé apparaissent en larges bancs sur la côte ouest. Les sédiments tertiaires, peu répandus, sont disséminés sur le pourtour de l'île. L'or alluvionnaire (les placers proprement dits n'existent pas) ; le fer, d'une richesse exception-

COLOMES IL 6

nelle et presque à l'état pur en Émyrne ; le cuivre, le plomb, le graphite, la houille ou lignite (au nord-ouest), la tourbe, l'argent, l'étain, le soufre, le salpêtre, le sel gemme, l'asphalte, le marbre, le cristal de roche, le kaolin, l'ardoise, la chaux (à l'ouest), toutes les variétés de pierres précieuses (moins le diamant), mais à coloration défectueuse, figurent dans l'écrin minéralogique de Madagascar, encore imparfaitement connu- Plus rapproché de l'océan Indien que du canal de Mozambique, un puissant massif de montagnes occupe le centre de l'île (région de l'Imérina, duBetsiléo et du Bara). C'est le massif tourmenté et disloqué en chaînes secondaires de l'Ankaratra, dont les ramures morcelées se prolongent jusqu'au mont d'Ambre (1360 mètres) au nord, par les monts Ambohimena (1492 mètres), les Antsianaka (900 mètres), les Andengalenga (600 mètres). Dans la direction de l'extrême sud, la grande chaîne rejoint le massif du Manambria. Le massif central de l'île recouvre une aire de 800 kilomètres de longueur et de 300 kilomètres de largeur.

Cet axe montagneux, dont le renflement central est nettement modelé, ou plutôt découpé à vif sur ses rebords est et ouest, s'appuie à une crête orientale, haute de 1 600 mètres, ayant pour socle une succession déchaînons parallèles à la côte, de la Pointe à Larrée à la baie Sainte-Luce. Cette zone de gradins a une largeur de 100 à 120 kilomètres ; sur le littoral, sa lisière a une élévation de 200 à 400 mètres. Le rebord ouest du grand plateau domine la plaine sakalave à l'altitude de 1 200 mètres.

Le nœud du système orographique, le groupe des cimes de l'Ankaratra proprement dit, a pour sommet culminant le Tsiafajavona (2650 mètres) au sud de Tananarive (1 460 mètres. Plus au sud, dans le Betsiléo et dans le Bara, se dressent des pics hauts de 1 200 à 2 000 mètres : le Tsitondroïna atteint 1926 mètres d'élévation et le Vohibé monte à l'altitude de 2200 mètres. Au sud-ouest de Tananarive le lac Itasy se trouve à 1 200 mètres au-dessus du niveau de la mer ambiante.

Des plateaux intermédiaires, de 800 mètres d'élévation, rattachent la grande chaîne centrale à deux terrasses ondulées ou bourrelets de collines, parallèles à la côte ouest et se rejoignant au nord dans le massif Fandjia. La chaîne de Bongo-Lava, courant sur le front ouest du plateau de l'Imérina, a une élévation de 400 à 800 mètres; la chaîne côtière du Bemaraha, ancien banc de coraux, s'affaisse au-dessous de 250 mètres. Les ultimes proéminences du sol rident à peine la ceinture littorale du sud-ouest. Au sud, les derniers mamelons

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de la chaîne centrale, le Tsiambovositra et le Tsaranoro, se dressent respectivement à l'altitude de 1 120 et de 1 200 mètres.

Climat. — On peut diviser l'île en quatre zones, présentant chacune certains caractères généraux qui la différencient des

autres. Sur la côte orientale, région chaude et humide, il pleut presque toute l'année ; les pluies tombent en averses orageuses de peu de durée, mais se succédant les unes aux autres avec une grande violence ; les saisons n'y sont pas nettement tranchées. Sur la côte ouest, chaude également, les saisons ont un régime régulier, caractérisé par huit mois de saison sèche et quatre mois de pluies. Dans la région de l'extrême sud, les pluies sont beaucoup plus rares, mais plus intenses, et la sécheresse y est grande. Enfin, sur le plateau central, qui doit à son altitude un climat tempéré, les saisons sont bien tranchées. La saison sèche, relativement froide, commence dans les premiers jours d'avril, pour finir vers la mi-novembre. Elle est suivie de cinq mois de pluies abondantes qu'accompagnent des orages violents. Les trombes d'eau et les cyclones, parfois dévastateurs, sont amenés par la mousson du nord-ouest, qui succède au vent alizé du sudest. Les altitudes du sol étant très variables, les conditions de température ne sont pas les mêmes sur les divers points de l'île, bien que le voisinage de l'Océan régularise le climat. Sur la côte occidentale (Tulléar) et la côte orientale (Tamatave), le thermomètre marque en juillet 16°; on observe la température maxima, 33°, en janvier. A Tananarive, le thermomètre descend à 6" en juin-août et monte à 29° en novembre. Ainsi, à mesure que l'on s'éloigne des bords de la mer, pour gravir les pentes du massif central, on rencontre des climats de plus en plus cléments à l'Européen. En Imérina, il n'est pas rare de voir tomber la grêle sur l'Ankaratra et la glace se former sur les flaques d'eau du massif. L'écart de température n'étant que de 17° à Tamatave, et à Tulléar, de 23° à Tananarive, Madagascar jouit, somme toute, d'un climat égal ou normal, peu exposé aux sauts brusques de température. L'Émyrne, en particulier, se recommande aux colons européens par un climat sain et des conditions d'hygiène favorables.

Hydrographie. — Les principaux fleuves de l'île et leurs tributaires ont leurs sources dans les hautes vallées et dans les lacs du massif central, et quelques-uns tracent leur cours entre des rives parfois marécageuses; leur bassin affecte un caractère lacustre, tantôt dans la zone maritime, tantôt dans la zone alpestre. La ligne de partage des eaux étant très voisine de la côte orientale (distance moyenne, 100 kilomètres), les rivières de moindre développement arrosent le versant de l'Est. Celles du Sud et de l'extrême Nord ont également un cours d'une étendue restreinte, ces fleuves côtiers étant sous la

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dépendance de conditions orographiques de même nature.

Amboliimarina [^environs de Tananarive) : l'entrée ae i ecneiie.

Sur la zone étroite et tourmentée du versant oriental, il suffît de mentionner : le Tambato, qui se rend à la baie d'Antongil ; le

Manampa, tributaire de la baie de Tintingue ; le Maningory, émissaire du lac Alaotra, ancienne mer intérieure dont le niveau surpassait le niveau actuel de 347 mètres, et nappe régulatrice des eaux du grenier de l'Émyrne (longueur, 40 kilomètres sur une largeur de 10 à 12 kilomètres); le Mangoro, grossi de l'Onibé, le Mananjary; le Manahara, formé de trois rivières et décrivant un sillon de 500 kilomètres. A l'exception du Mandrary, dont les affluents ont leur source sur les pentes méridionales du Tsiombovositra (altitude 1120 mètres), les petits fleuves de la côte sud et de la côte sud-ouest n'offrent qu'un médiocre intérêt.

Il en est de même pour nombre de rivières arrosant le versant occidental; mais plusieurs de ces fleuves, trois entre autres, la Betsiboka, la Tsiribihina et le Mangoky, possèdent une certaine importance, destinée à recevoir plus d'extension avec le développement des ressources de la colonie. La Betsiboka et rikopa, son principal tributaire, nés dans le massif de rimérina, descendent du haut plateau par une série de chutes et se déversent dans la baie de Majunga, obstruée de bancs de sable; la Betsiboka est navigable pendant la saison pluvieuse pour les petites embarcations sur un parcours de 145 kilomètres. La Tsiribihina, réunion de plusieurs rivières issues du massif de l'Ankaratra (lac Itasy et marais d'Ifanja), a son cours coupé de chutes comme la Betsiboka; toutefois les canots à vapeur peuvent le remonter jusqu'au Betsiriry. Le Mangoky enserre une aire très vaste entre l'écartement de ses bras supérieurs (50000 kilomètres carrés), les uns descendant par des gorges profondes des monts du Betsiléo au nord, les autres du plateau Bara au sud. Ses eaux abondantes forment un delta, mais les rapides échelonnés sur son lit le rendent impropre à la navigation. L'Onilahy, qui recueille plusieurs rivières du plateau Bara et qui se rend à la baie Saint-Augustin, est navigable pour les pirogues.

Outre l'Alaotra et l'Itasy, qui paraissent diminuer de profondeur, outre les lagunes du pourtour de l'île, Madagascar renferme plusieurs cuvettes d'eau douce; ces bassins alpestres ou côtiers étaient jadis plus nombreux et plus étendus. Ces lacs sont le lac d'Amparite, près de Tananarive; le Tritriva, occupant un ancien cratère, au sud-ouest de l'Ankaratra; le Kinkony et le Safy, au sud-ouest de Majunga; l'Andranomena dans le Menabé ; le Befotoka, au nord du Manambolo ; l'Iétry, au sud du Mangoko ; le Tsimanampetsotra, sur la côte, au sud-ouest de l'Onilahy.

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