CAMBODGE
Le Cambodge, compris entre le 10° et le 13° de latitude nord et entre le 101° et le 104° de longitude ouest, est borné, au nord, par le territoire de Bassac et le Laos; au sud et au sud-ouest, par la Cochinchine; à l'ouest, par le golfe de Siam et, à l'est, par des tribus sauvages tributaires. Ses provinces de Battambang et d'Angkor, jadis conquises par le Siam et non réannexées par nous, sont officiellement reconnues comme pays d'influence française. Sa superficie est d'environ 120 000 kilomètres carrés.
lielief du sol. — Le sol du Cambodge peut se diviser en quatre parties : 1° les montagnes et les collines, boisées et très peu peuplées;
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2° les plateaux et les plaines, couverts de grandes herbes et peu peuplés; 3» les terrains de hauteur moyenne, couverts par l'inondation annuelle du Mé-Kong, très fertiles et très peuplés; 4» les terrains marécageux, couverts de forêts. Dans la région des montagnes et des collines, les sommets les plus élevés ne dépassent pas 1 200 à 1 500 mètres. Le nord et le nordouest du royaume, notamment, sont couverts par les dernières ramifications des chaînes qui se détachent du plateau central asiatique. On peut citer : les monts du Fléau (Pnom-Dang-Rek) ; la montagne de Fer (Pnom- Dek) ; les monts de Cardamone (Pnom-Pursat et Pnom-Krevah).
Climat. — Le climat est moins dur que celui de la Gochinchine. Cependant la région des montagnes est malsaine : la fièvre des bois y règne en permanence. Le thermomètre, pendant l'été, ne monte jamais au-dessus de 40° et il descend souvent à 20«>. De mars à octobre, la température est la même et de novembre à février, le thermomètre descend à 150.
Hydrograpliie. — Le Cambodge est arrosé par le Mé-Kong, qui est navigable dans la presque totalité de son parcours sur le sol du pays. Ce fleuve se bifurque en deux branches près de Pnom-Penh, à la séparation dite des Quatre-Bras : la première branche est appelée fleuve Supérieur; la seconde porte le nom de fleuve Postérieur, tous deux entrent en Cochinchine. Quant aux affluents du Mé-Kong au Cambodge, ce sont de petits cours d'eau non navigables et sans aucune importance.
Le territoire du royaume est coupé par divers lacs. La dépression du Grand-Lac (Tonlé-Sap), qui touche à l'ancien Cambodge, s'étend du sud-est au nord-ouest, et se subdivise en trois cuvettes d'inégale profondeur. Elle a une longueur de 140 kilomètres et une largeur de 30 kilomètres. Un bras du Mé-Kong, long de 120 kilomètres, avec une largeur de 1 000 mètres, lui sert alternativement d'affluent et d'émissaire. Le Tonlé-Sap est le modérateur naturel des inondations du delta. Plusieurs cours d'eau se déversent dans son bassin. Une épaisse forêt recouvre ses berges. Il est soumis à l'influence des marées. Des îlots, des bancs de sable, et une herbe aux longues tiges flottantes recouvrent çà et là la surface de ce lac que les hautes eaux portent au double. Sa profondeur, de 1",50 au maximum à la saison sèche, atteint de 12 à 16 mètres à la saison des pluies. A l'époque du retrait des eaux, les indigènes, au nombre de 30 000 à 35 000, y organisent des pêcheries dont le produit est très abondant.
« Au point de vue de la constitution du sol, dit le capitaine Lunet de Lajonquière (1), le Cambodge peut être divisé en deux zones: celle des terres basses annuellement inondées, celle des terres hautes non inondées. Il est presque entièrement situé dans la vallée du Mé-Kong. La résidence de Kampot, celle de Soaï-Rieng, et la province de Thpong- Khmum font seules exception. Encore ces dernières dépendent-elles du bassin des Vaïcos, qui, réunis au Mé-Kong à travers de vastes plaines ma-
(1) Académie des inscriptions et bellcs-letiros, séance du 21 juin I90i.
LE PAYS
récageuses par des canaux naturels ou artificiels, subissent dans leur cours inférieur tout au moins les variations du grand fleuve.
« Le Mé-Kong est la raison d'être du Cambodge, il en est la vie. Les populations se pressent sur ses rives, le désert commence de nos jours là où elles ne se font plus sentir. Dès son entréejau Cambodge, en aval des rapides de Préa-Patang, il s'étale, il s'élargit. Son lit est doublé par de larges dépressions parallèles, anciens lits abandonnés, dont les ouvertures ensablées ne donnent plus passage qu'aux eaux de crues. Il couvre le pays de ses ramifications, va rejoindre à 100 kilomètres vers le nord-
Bords dii fleuve à Pnom-Penh.
ouest la vaste dépression du Tonlé-Sap, puis, divisé en deux grands bras reliés l'un à l'autre par de nombreux canaux, se jette dans la mer à travers le delta de Cochinchine.
« Lorsqu'aux rayons du soleil de juin, les neiges fondent sur les plateaux du Thibet, les eaux bourbeuses dévalent en masse par les rapides, couvrent les rochers et les bancs de sable, se précipitent en tourbillonnant sur les berges, passent par toutes les coupures, remontent le cours des rivières et s'étendent par les campagnes. Alors, en arrière du bourrelet que forment les deux rives couvertes d'arbres fruitiers, de jardins et d'b^itations, les lacs, les dépressions marécageuses, les plaines jusqu'à la ligne sombre des forêts disparaissent sous une même nappe d'eau. En octobre, les eaux baissent, les rivières et les bras des lacs recommencent à couler vers le fleuve, le sol s'assèche, puis se fendille sous le soleil. Les indigènes qui s'étaient établis pour les cultures dans des villages provisoires, . au milieu des plaines noyées, regagnent, la moisson faite, leurs
demeures familiales sur les bords du Mé-Kong et de ses grands affluents. « Voilà le régime de la zone inondée, celle qui présente les groupements les plus importants de population et qui fut, selon toute probabilité, colonisée la première par les immigrants hindous. Sauf dans les régions trop marécageuses qui n'assèchent jamais complètement et qui sont trop basses pour être mises en cultures, les monuments archéologiques sont
Route de Kampot à Pnom-Penh. — D'après ua dessia de Montader.
(Comm. par M. A. Pavie.)
en grand nombre dans cette zone. Ce sont, pour la plupart, de petits sanctuaires qui se dressent isolés sur les collines, les ondulations qui émergent, ou sur la lisière de la forêt, à la naissance de la zone des terres hautes. L'aspect de celle-ci est tout autre. Au delà des limites de l'inondation annuelle, le sol modelé en larges ondulations s'étend jusqu'aux grandes chaînes des frontières : les Dang-Rek au nord, les montagnes de Thpong et de Sang-Ré à l'ouest, la chaîne annamitique à l'est. Les cours d'eau qui sillonnent cette région ne sont que des torrents qui tarissent presque tous à la saison sèche. Ils coulent dans des lits profonds, à travers des
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plaines que les pluies d'été transforment en marécages impraticables. De pauvres hameaux s'élèvent de loin en loin au débouché des vallées. Tout le reste n'est que forêt et jungle, forêt surtout. »
Côtes. — Baigné par le golfe de Siam, le littoral du Cambodge s'étend, du sud-est au nord-ouest, depuis la baie vaseuse de Rach-Gia jusqu'au port de Chantaboun. Au large de la baie de Rach-Gia, émerge l'archipel Poulo-Dama. Au delà d'Ha-Tien la côte se relève, et les lies et îlots qui se présentent à l'entrée des principales échancrures — mais toutes de mauvaises rades — les baies de Ha-Tien, de Kampot, de Kompong-Son, sont rocheuses. Ce sont les îles des Pirates, de Phu-Quoc, de Koh-Rong, de Koh-Kong, de Koh-Kut et de Koh-Chang.